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( 16 juin, 2008 )

Terres de la vallée:Des expropriés racontent à contrecœur comment leurs terres ont été spoliées par des hommes ‘intouchables’

Les plaintes relatives à des cas d’expropriation de terre que viennent de recevoir S.O.S. Esclaves, qui a tenu une conférence de presse à ce propos ce jeudi 12 juin, témoignent de l’ampleur de ce problème.

Souvent l’œuvre d’anciens hauts fonctionnaires du régime déchu du Président Maouiya Ould Sid’Ahmed ou de riches commerçants, ces spoliations se sont produites substantiellement entre 1986-1991.  Profitant de la déportation des populations de la vallée vers le Sénégal, ces spoliateurs se sont accaparés de leurs terres de culture illégalement et souvent par la force. Aujourd’hui, ces populations, qui sont de retour, veulent reprendre leurs terres. Ce que ne veulent pas entendre les spoliateurs. Ce problème, au lieu de trouver une issue heureuse, ne fait que s’accroître de jour en jour.  

Pire encore, il n’y a aucun signe de bonne volonté de la part des occupants de restituer ces terres. Au niveau des populations, la coupe semble être pleine. Pendant ce temps-là, que fait l’Etat ?

Les nouvelles autorités, vont-elles attendre jusqu’à ce que ce problème, ô combien délicat, se complique, s’il ne l’est déjà, et ne dégénère, pour qu’elles réagissent. En tout cas, leur responsabilité est entière. C’est à elles de trouver les voies et moyens pour sortir de ce canevas. 

Des problèmes nés de la déportation 

«Nous sommes encore loin, hélas très très loin du minimum de sacrifice que l’Etat doit consentir(…) pour prétendre se joindre au club des Etats du monde qui ont décidé d’exorciser les maux structurels qui les rongent en s’engageant systématiquement dans la voie de la transition vers la démocratie, la justice et la paix. »

Tel est le constat amer fait par Birame Ould Dah Ould Abeid, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, en réaction à la lenteur de l’évolution du règlement de la question des déportés et du passif humanitaire.

«Notre pays ne peut sortir de l’onde des suspicions et des dangers, poursuit-il, tant qu’il ne s’est pas résolu à engager une procédure nationale équitable et transparente de recherche de la vérité sur le génocide perpétré contre les noirs dans notre pays entre 1981-1991. » Durant cette période, en effet, des centaines voire des milliers de mauritaniens ont été tués. Aujourd’hui, le mystère plane toujours sur l’étendue de ces massacres. Dans ce registre, les Organisations de Défense des Droits de l’Homme sont en train d’exercer des pressions sur le gouvernement pour qu’il éclaire la lanterne des victimes qui attendent toujours la vérité.

Et surtout de sa bonne disposition à reconnaître aux victimes le droit de savoir. «Ce droit à la vérité ne peut se concrétiser que par des investigations indépendantes, des auditions publiques, des exhumations des corps et de charniers pour que toutes les personnes soient édifiées sur l’ampleur du forfait », préconise-t-il.  Par rapport à la question du passif humanitaire, rien encore n’a été concrètement décidé par le gouvernement.  C’est toujours le statut quo. Alors que présentement, les victimes qui fondaient beaucoup d’espoir en la bonne foi du Président de la République de rétablir la justice, sont dans l’obscurité totale. Jusqu’à aujourd’hui, elles ne savent pas à quoi s’en tenir.  Birame Ould Dah Ould Abeid a exigé du Président de la République «la demande de pardon explicite au nom de l’Etat » de tout ce qui a été commis entre 1986-1991 et notamment «des réparations » en commençant par «la mémorialisation des lieux et dates » pour que ce qui s’est déroulé lâchement pendant cette période ne se répète plus.  

Depuis le 29 janvier dernier, plus de 2000 déportés sont rentrés en Mauritanie sans compter ceux qui sont revenus volontairement entre 1995-1996. Les terres de ces derniers, après leur déportation vers le Sénégal, furent accaparées par d’autres, pensant qu’un jour qu’ils n’allaient plus remettre leurs pieds en Mauritanie. Aujourd’hui, ces terres sont au cœur de nombreux litiges.

«Il faut leur restituer leurs terres qui sont leur seule source économique », a demandé Birame Ould Dah Ould Abeid. «Comment les autorités administratives, judiciaires et sécuritaires du pays vont-elles prouver leur bonne volonté à des victimes alors que ces mêmes autorités confortent des intrus et usurpateurs dans leurs occupations des terres et maisons des victimes ? », s’interroge-t-il. 

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Hothiéré Tioubaly, Keur Madické, Fass Village: Trois villages, même préoccupation 

Hothiéré Tioubaly est située géographiquement dans la Moughataa de Bababé. Dans ce village de peulhs à vocation agro-pastorale, plus de 120 ha ont été spoliées par…Mahfoud Ould Mohamed Aly, ancien ministre de l’Economie et des Finances.

Profitant de l’appel du Président de la République pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, ce monsieur est venu exploiter ces terres. Comble de l’ironie, ces villageois n’ont jamais su que leurs terres de culture avaient été accaparées.

A leur grande surprise, il y a de cela 3 semaines, ils ont remarqué la présence de tracteurs dans leurs champs. Lorsqu’ils saisirent le hakem, Mohamed Miské Ould Mohamed, ce dernier leur fit savoir qu’il n’était pas au courant d’une telle attribution. 

Au début du mois de mai passé, sous la pression des villageois, le hakem de Bababé a fini par convoquer l’ancien ministre de l’économie et des finances. A l’issue de cette convocation, les populations de ce village ont soupçonné le hakem de ‘ne pas être impartial’ dans le règlement de ce problème.

N’ayant pas obtenu gain de cause au niveau de l’administration locale, ces populations ont fini par écrire au ministère de l’intérieur, l’autorité compétente, pour arbitrer ce litige. C’était le 26 mai dernier. Parallèlement, ils ont saisi aussi la Commission Nationale des Droits de l’Homme et porté plainte devant l’administration pour réclamer la restitution de leurs terres.   Keur Madické a aussi souffert des vagues de déportation de 1989. Après leur déportation vers le Sénégal, leurs terres ont été occupées par Brahim Ould Hadour et Mamoud Ould Khantéit. La superficie occupée est de 143 ha.

Entre 1995 et 1996, une partie des déportés sont revenus. A plusieurs reprises, ils ont adressé plusieurs correspondances aux autorités compétentes. Mais, elles ont été toujours classées sans suite. Depuis leur retour du Sénégal, ils courent derrière leurs terres.  En dehors de l’expropriation des terres qui appartiennent aux villageois, les occupants ont aménagé une digue à proximité des habitations. Et, lorsqu’ils utilisent des produits chimiques, ça empeste partout et l’air devient irresponsable.

Cette digue empêche les populations de mener calmement leur vie. le seul espace de dégagement qui reste dans ce village a été aussi occupé. Les populations de cette localité, ont profité de la conférence de presse, pour dénoncer cette volonté manifeste de leur exproprier leurs terres. En plus, cette localité ne s’appelle plus Keur Madické mais Dar-Es-Salem. Elles y voient une volonté manifeste de la part des autorités d’effacer la mémoire de ce village.   Le village de Fass a vécu lui aussi le même sort que Keur Madické. Les personnes revenues après l’appel du Président de la République courent aux aussi derrière leurs terres. Avant leur déportation vers le Sénégal, elles avaient à leur disposition, plus d’une centaine d’hectare  qui sont actuellement entre les mains de Baba Ould Habib et Moctar Ould Hami.  Maintenant, elles sont venues confier leur sort à la Commission Nationale des Droits de l’Homme. 

Babacar Baye Ndiaye 

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