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( 17 juin, 2008 )

La maison des cinéastes

Un symbole d’unité nationale, d’engagement de la jeunesse et de liberté d’expression 

 

La Maison des Cinéastes n’est pas une maison comme les autres. En effet, lorsque vous y  mettez les pieds, pour la première fois, vous avez l’impression de vous retrouver dans une caserne de Baba Aly. Le maître d’œuvre de cette prouesse n’est autre que Abderrahmane Ould Salem. Sur les murs, sont collés des écriteaux sur lesquels sont inscrites des phrases qui poussent à la méditation et des portraits de grands noms du monde de la Culture(Kane Saïdou Boly, Malouma, Pierre-Yves Vandeweerd, Abderrahmane Cissako…) et de la politique(Martin Luther King,  Moctar Ould Daddah, Mouawiya Ould Sid’Ahmed, Ely Ould Mohamed Vall, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi…). 

Aujourd’hui, la Maison des Cinéastes est presque connue de tous les mauritaniens. Et, pourtant, au début de sa création en juillet 2002, peu de gens accordaient du crédit à ce projet que certains qualifiaient de fanfaron. A cette époque, il n’était pas permis aux mauritaniens de rêver un jour d’avoir leur propre image. Avec l’appui de quelques amis, Abderrahmane Ould Salem, de retour de Paris, après une formation cinématographique à l’Ecole d’Eicar, décide de se lancer, contre vents et marées, dans le cinéma. Petit à petit, il mûrit son idée. Son ambition : créer un public cinéphile qui comprend l’intérêt du cinéma. A l’époque, les associations étaient sous le contrôle de l’administration de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Pour éviter certaines tracasseries administratives, il débute en tant qu’établissement commercial. Parce qu’il n’aime pas être contrôlé. Ce n’est qu’en 2005, que la Maison des Cinéastes sera reconnue comme association par les pouvoirs publics.  

La Maison des Cinéastes est née dans un contexte assez particulier. On ne parlait plus de cinéma au pays d’un million de poètes. Les salles de cinéma que nous a léguées la première génération de cinéastes avaient disparu sans laisser de traces visibles. Le Cinéma était mort. Il n’existait plus. Ce constat ne laissait pas indifférent Abderrahmane Ould Salem qui ne pouvait pas imaginer tout un pays comme le nôtre sans aucune culture cinématographique. Ainsi donc, il fallait se battre pour avoir un espace à Nouakchott où on parlerait uniquement  de cinéma.  

Ayant constaté que les mauritaniens sont très pressés et ne font pas des choses qui s’inscrivent dans le temps, Abderrahmane Ould Salem décide alors de monter son propre projet. Avec ce projet, il vise la diffusion large d’un cinéma qui reflète la réalité de la Mauritanie, de sa Culture et de sa Civilisation. Au fil des années, la Maison des Cinéastes va devenir un symbole de l’unité nationale, de l’engagement de la jeunesse et de la liberté d’expression. D’ailleurs, sa devise qui est celle de rapprocher les hommes et les cultures, résume bien cet engagement social et culturel de la part des cinéastes mauritaniens. La Maison des Cinéastes joue aujourd’hui un rôle de pont entre les différentes cultures du pays, entre la Mauritanie et les autres pays, entre la Culture africaine et les autres cultures du monde.  

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De 2002, début de l’expérience, à nos jours, la Maison des Cinéastes a connu un très grand parcours nomade. L’histoire de cette maison est liée à celle de Abderrahmane Ould Salem. Au début, il était seul et travaillait avec l’aide d’un ordinateur portable et une petite caméra digitale. Tenace et optimiste, il commence à organiser de petites manifestations et des prises de contact. A cette époque, il était là où est logée présentement la Maison des Cinéastes. Certains amis, ayant compris que c’était un projet sérieux, vinrent se joindre à lui. Sur invitation de la direction de la Maison des Jeunes, Abderrahmane et sa bande s’installent dans la dite maison.  Plutard, ils reçurent une lettre du Ministère de la Culture les demandant de libérer les bureaux.  Successivement, ils s’installèrent à Arafat et au Centre-ville avant de retourner à leur ancienne maison qui abrite actuellement l’administration de la Maison des Cinéastes.  

Cette Maison dispose d’une direction de la formation et de la diffusion qui a mis en place trois projets de diffusion cinématographique. Le premier projet est intitulé ABCinéma destiné principalement à la formation de collégiens, lycéens et étudiants sur les rudiments du cinéma. Le second  Cinéparc qui est un projet de diffusion organisé en plein air dans différents quartiers de Nouakchott et à l’intérieur du pays.  Le troisième projet concerne l’Ecran dromadaire qui est une caravane cinématographique que la Maison des Cinéastes organise à l’intérieur du pays dans des endroits où les populations n’ont pas accès à l’image.  

Il y a aussi une direction qui s’appelle ‘Connect’. Celle-ci s’occupe de la décentralisation de l’action de la Maison des Cinéastes. En plus de cela, elle s’occupe de l’installation des antennes de la Maison des Cinéastes dans  les différentes moughataas de Nouakchott et à l’intérieur du pays. Le responsable de cette direction gère aussi le projet ‘Kennach’ qui est le Centre de la Mémoire Audiovisuelle. Et enfin, il y a la Maison de la production  qui s’occupe de la production de certains programmes de la télévision nationale à savoir ‘Chabab’ et ‘7ième rendez-vous’.  Hormis cela, elle s’occupe de la production de films de jeunes cinéastes mauritaniens pendant chaque édition de la SENAF. 

Six ans après son existence, il y a beaucoup de mauritaniens qui ne savent pas encore le travail déployé par la Maison des Cinéastes. Mais cela n’a jamais découragé l’équipe de Abderrahmane Ould Salem. Par ailleurs, les difficultés ne manquent pas. Puisque, la Culture coûte aussi énormément chère. Avec 35 salariés et 3 maisons à payer à chaque fin de mois, sans compter l’eau, l’électricité et l’Internet, la Maison des Cinéastes est devenue une boîte très lourde à gérer.  

En 2008, la Maison des Cinéastes a lancé le projet ‘Connect’ qui consiste à installer de mini maisons de cinéastes dans toutes les moughataas de Nouakchott et à l’intérieur du pays. C’est des structures qui feront exactement la même tâche que la Maison des Cinéastes. C’est un projet visant à décentraliser l’action de la Maison des Cinéastes et surtout donner l’espoir aux jeunes de l’intérieur du pays d’avoir la même opportunité que les jeunes de Nouakchott. C’est un projet coûteux puisqu’il y a toute une structure à monter, des formations à organiser, des projections à faire, une bibliothèque à installer et des tournages quotidiens à réaliser pour constituer la mémoire de la maison.  

Rien qu’à Nouakchott, l’enveloppe financière estimée pour l’installation des 9 antennes est de 88 millions d’UM. Les sources de financement vont provenir en partie de la Coopération française, de l’Ambassade d’Espagne, de la Coopération allemande, de l’UNESCO, de la Francophonie…L’autre source de financement provient de la production de la Maison des Cinéastes qui représente 40 et 45% des recettes(production, spot publicitaire, films, programmes pour la télévision, location de projection ou de tournage). La contribution de l’Etat mauritanien dans ce projet est de zéro ouguiya. Aujourd’hui, le budget annuel de la Maison des Cinéastes est de plus de 300 millions d’UM. 

La Maison des Cinéastes est considérée aujourd’hui comme l’unique espace de création et de liberté en Mauritanie mais aussi un espace d’échanges où se côtoient différentes ethnies et cultures. Ceci lui a valu une forte notoriété. «Il y a quelques années, il était impossible d’imaginer un festival cinématographique en Mauritanie, de voir des jeunes qui maîtrisent les rudiments du cinéma et capables de faire une analyse filmographique. C’était impossible de voir un jeune qui rêve de faire son film, de trouver un lieu pour le faire. C’était impossible de trouver un coin à Nouakchott où on peut consulter les archives audiovisuelles de ce pays », énumère Abderrahmane Ould Salem, directeur et fondateur de la Maison des Cinéastes qui fête cette année sa 6ième année d’existence. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

  

( 17 juin, 2008 )

Passif humanitaire : A quand une commission d’enquête ?

La Coordination des Victimes de la Répression a fêté ce 14 juin sa première année d’existence. A cet effet, elle a organisé une conférence-débat au cours de laquelle, elle a annoncé la création d’un Observatoire pour le Règlement du Passif Humanitaire qui va regrouper l’Aide aux Veuves et Orphelins des Militaires Mauritaniens, la Coordination des Anciens Militaires Mauritaniens et l’Organisation contre la Violation des Droits de l’Homme et le Comité Directeur des Communautés Réfugiées au Sénégal. 

Dans la déclaration distribuée en marge de cette célébration, on peut lire : «S’agissant du passif humanitaire, rien n’est encore officiellement entamé. Des propositions retenues pendant les JNC, aucune n’a connu une orientation claire ». Ces propositions concernent la création d’une commission indépendante composée de personnalités d’envergure nationale reconnues pour leur compétence, leur probité, leur intégrité et leur patriotisme ; la création d’une Commission nationale telle que proposée par le document officiel du Comité interministériel ; l’élargissement de la commission proposée dans le document de travail, aux représentants des victimes, aux organisations de défense des droits de l’Homme et à des personnalités indépendantes. 

Aux yeux de la Coordination des Victimes de la Répression, le gouvernement n’a pas respecté les propositions retenues lors des Journées Nationales de Concertation du 20 au 22 novembre 2007. En plus de cela, la COVIRE a fustigé leur mise à l’écart dans le traitement du passif humanitaire. Et par rapport au retour des déportés, «beaucoup de manquements ont été observés, notamment dans l’organisation des opérations de rapatriement et la prise en charge pour l’installation d’urgence », lit-on dans la déclaration attribuée par la Coordination des Victimes de la Répression. 

«On a fait beaucoup de tambour et de trompette autour du retour des réfugiés. Mais, en réalité, ce qui se passe va mal », a révélé Ngaïdé Alioune Moctar, coordonnateur de la COVIRE. «Il est temps que tout le monde se soude et resserre les coudes autour de ce problème pour le régler », a-t-il lancé tout en relevant les problèmes d’habitat, de santé…auxquels sont confrontés les réfugiés revenus. La Coordination des Victimes de la Répression est donc visiblement déçue de la situation actuelle qui prévaut dans les camps des mauritaniens rapatriés.    

Témoignage de Lô Moussa Mamadou, rescapé militaire 

Il fut adjudant. C’était avant 1989. Il est devenu aujourd’hui le président du Collectif des Rescapés Militaires, créé en 1991 à la suite des événements de 1989. Pendant cette période, il servait à Rosso comme Inspecteur de transmission. Il n’était pas le seul à être appréhendé. Il y avait aussi Dia Daouda, Dieng Abdoul Razak, Sow Amadou Dème. Tous des adjudants arrêtés le même jour par un capitaine de leur base militaire. Ce dernier avait reçu l’injonction de la part de l’Etat major de les arrêter. 

Ce capitaine  avait reçu l’ordre de les tuer au cas où ils voudraient s’opposer à leur arrestation. A leur grande surprise, ce capitaine les a rassurés en leur disant qu’il ne leur ferait pas de mal. Ils furent transportés à un lieu tenu secret. 

Pendant 3 jours, ils ont vécu toutes sortes de supplices et d’humiliation, sans boire ni manger. Par la suite, ils furent envoyés à Béila. Ici aussi, les tortures vont reprendre. Les méthodes utilisées étaient effroyables. 

Par exemple, de 21 h à 4 h, ils étaient enterrés sauf leur tête qui pendait au sol. Ceux qui ne pouvaient pas résister longtemps périssaient immédiatement. De temps à temps, on glissait leur tête dans une position inclinée dans un fût plein d’eau. 

Pendant 6 mois, ils ont vécu l’enfer à Béila. De là, ils furent transférés à Jréida. Ce fut aussi le même accueil. Et le calvaire continuait de plus belle jusqu’à leur transfert à Nbéika. 

Aujourd’hui, après avoir été accusés à tort lui et ses compagnons, Lô Moussa Mamadou ne demande qu’une seule chose, qu’on les rétablisse dans leurs droits et surtout qu’on mette en place une commission d’enquête indépendante pour que toute la lumière soit faite sur cette période. 

Babacar Baye Ndiaye 

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