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( 25 juillet, 2008 )

Système Educatif Mauritanien:Où en sommes-nous aujourd’hui, après 5 réformes ?

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«Le Système Educatif Mauritanien : réalités et perspectives ». Tel est l’intitulé de la conférence débat introduit par Fara Ba, Secrétaire National à l’Education de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR), ce vendredi, au siège dudit parti. L’objectif de ce débat est d’initier, en vue des états généraux sur l’Education,  une réflexion, une analyse et un diagnostic du système éducatif mauritanien. 

 

Saviez-vous que l’Education est un droit reconnu universellement ? Saviez-vous aussi qu’elle constitue un puissant moyen de promotion socio-économique ? «C’est pourquoi, souligne Fara Ba, nous sommes assurément fondés à considérer que les enfants mauritaniens sans exclusive, sans discrimination aucune, doivent bénéficier d’un enseignement à la hauteur des ambitions et des intérêts de notre peuple. Dans le même ordre d’idées, il ne faudrait pas perdre de vue l’alphabétisation fonctionnelle qui concerne spécifiquement les adultes. » 

 

En Mauritanie, pendant la période précoloniale, l’enseignement était dispensé en arabe et était essentiellement théologique. «Progressivement, le colonisateur français exerce sa domination sur le territoire conquis(la Mauritanie). Afin de conforter son hégémonie, il ouvre des écoles. Il savait pertinemment que la meilleure façon de pérenniser sa domination était d’assimiler les populations assujetties. C’est de cette façon que la langue française nous a été imposée », révèle Fara Ba. 

 

L’Ecole 1 de Kaédi (1904 ou 1905), l’établissement francoarabe de Boutilimit(1912) et le Collège Zavier Coppolanni(1946) vont être les premières écoles françaises construites en Mauritanie. «Cela fait plus d’un siècle que notre école existe. Donc, il n’y a pas de raison qu’elle puisse pêcher dans certains travers, qu’elle ne puisse pas avoir son développement minimum, que nous n’ayons pas un système éducatif performant », s’indigne-t-il. 

 

Pendant la période précoloniale, l’enseignement était unifié. En 1959, la Mauritanie se prépare à accéder à la souveraineté internationale. C’est à cette date aussi que sera initiée la première réforme du système éducatif mauritanien qui avait comme objectif principal de mieux organiser l’enseignement de l’Arabe en Mauritanie. En outre et parallèlement à cela, de 1960 à 1963, il y aura une véritable levée de boucliers de la part des enseignants arabes contre la langue française qu’ils déconsidèrent comme un héritage pour les mauritaniens. Parmi eux, il y avait un certain Moustapha Ould Badredine, l’actuel vice-président de l’Union des Forces de Progrès et député à l’Assemblée Nationale. 

 

Ces derniers vont mettre la pression sur le gouvernement de feu Moktar Ould Daddah pour que l’Arabe remplace le français. Face à un syndicat des enseignants extrêmement dynamiques et intransigeants, Moktar Ould Daddah finit par céder. En 1965, il prend le décret 35-36 rendant obligatoire l’enseignement de l’Arabe au secondaire. Certains intellectuels noirs voient à travers ce décret, pris par Moktar Ould Daddah dans l’unilatéralisme, comme une sorte de caisse de résonance des revendications des enseignants arabisants. 

 

Cette décision étatique prise sans concertation va provoquer une grande indignation au niveau de la communauté noire qui y voit une certaine volonté de domination. Inéluctablement, cela va engendrer le manifeste des 19 pour dénoncer la situation d’oppression des noirs. Non contents de la décision de feu Moktar Ould Daddah de rendre obligatoire l’Arabe dans l’enseignement secondaire, les noirs vont exprimer leur désapprobation par la manifestation, la grève et parfois même par la bagarre. «C’était une étape historique. La situation était tellement délétère et incontrôlable qu’elle a abouti à une tragédie », se souvient Fara Ba. A l’issue des affrontements entre noirs et maures, il y aura 70 morts. Cela montre la sensibilité et la délicatesse de la question de l’Education et des langues en Mauritanie. 

 

A Nouakchott et à l’intérieur du pays, cette situation va engendrer un climat d’insécurité, de méfiance, de suspicion, de haine. C’est dans ce contexte, que le Parti du Peuple Mauritanien, décide de tenir dans l’urgence son congrès en 1966 à Aïoun. Les congressistes initient une nouvelle réforme en 1967 en décidant d’adapter notre système éducatif à nos aspirations et exigences culturelles. En d’autres termes, il s’agit de réhabiliter et d’institutionnaliser la langue arabe. Cette réforme de 1967, aux yeux de Fara Ba, n’était qu’une étape vers une réforme plus profonde et  plus radicale du système éducatif mauritanien. 

 

Ces réformes sont avant tout idéologiques. Ainsi donc, les autorités de l’époque ont voulu «œuvrer à la restauration de notre authenticité culturelle qui définit les dimensions de l’homme mauritanien nouveau qui doit se libérer des séquelles de la colonisation culturelle » et «conduire à l’adéquation de notre système scolaire à nos réalités spécifiques et à une indépendance culturelle véritable grâce à la réhabilitation de la langue arabe et de la culture islamique ». Le processus de la réforme de 1973 était ainsi balisé sans préparation et encore sans concertation. 

 

Toujours, dans le cadre du renforcement de l’arabisation, la circulaire 02 de 1979 vient créer une autre indignation. Dans cette circulaire, il est prévu d’augmenter les coefficients des matières enseignées en arabe. La réaction de la part des élèves noirs ne se fera pas attendre. Ayant tiré les leçons de 1966 où la Mauritanie a frôlé la guerre civile, le Comité Militaire de Salut National(CMSN) procède aux réaménagements de la réforme de 1973 en décidant d’officialiser toutes les langues nationales, de les réinsérer dans le système éducatif. La spécificité de cette réforme est la mise en place de deux filières, l’une dite arabe et l’autre bilingue. Certains pensent que c’était un système pourri. 

 

Une fois au pouvoir, Maouiya Ould Sid’Ahmed supprime d’abord l’Institut National des Langues et prépare une nouvelle réforme du système éducatif national en 1999. C’est cette réforme qui est toujours en cours. Les initiateurs de cette réforme entendent repositionner notre système éducatif sur de nouvelles bases pour répondre à temps aux nouveaux impératifs d’ouverture et d’efficacité qu’imposent la mondialisation et la concurrence. L’objectif majeur de cette réforme, c’est l’unification du système éducatif en mettant l’accent sur son efficacité interne et externe. Comme dans toutes les réformes, on continue à privilégier l’enseignement de l’Arabe. Par exemple, la philosophie et l’Histoire et la Géographie seront enseignées en arabe. 

 

Le constat sur ce système est dramatique : faible niveau à la fois en arabe et en français. «Cela a un retentissement négatif sur leurs capacités à assimiler toutes les autres matières au programme », souligne Fara Ba. Et pire, il n’y a pas eu une commission de réforme qui a été mise en place. Cette réforme a été faite sans étude approfondie et sans concertation. 

 

Notre système éducatif a connu 5 réformes et les lacunes demeurent toujours. Mais aussi, il aura été mêlé à toutes les sauces. Décrié et rejeté depuis tout le temps, le système éducatif mauritanien se prépare à son énième réforme. Peut être, à l’issue des états généraux, une nouvelle vision consensuelle verra le jour au grand dam des élèves. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 juillet, 2008 )

Pratiques esclavagistes: Ça suffit, la coupe est pleine !!!

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Tout est parti de l’affaire de «La Saline d’Igil » dans la wilaya de Tiris-Zemmour, lorsque le 07 mai dernier, les chambres réunies de la cour suprême ont rendu la décision n° 21 08 reconnaissant aux suzerains Kunta Ehel Choumad, Ehel Sidaty,  Ehel Lahah, Ehel Mohamed Lemine et Ehel Cheikh de s’arroger le droit de percevoir 24 % du revenu du travail dans l’extraction des barres de sel de leurs tributaires ou affranchis Aghzazir.

Cette décision a provoqué l’ire de ces derniers qui ont qualifié ce jugement d’arbitraire. Pire encore, les 23 magistrats qui ont pris cette décision sont issus sans exception des lignages dominants et esclavagistes du pays. 

Cette situation d’injustice a mobilisé ainsi certaines Organisations de Défense des Droits de l’Homme et certains partis politiques comme Conscience et Résistance(CR) et Rassemblement pour l’Egalité et la Justice(REJ) qui viennent de lancer une motion de pétition contre la légitimation et la perpétuation de rapports esclavagistes.

Au cours d’une conférence de presse, tenue hier, au siège du Forum des Organisations de Défense des Droits Humains, ils ont affirmé leur détermination à se battre jusqu’au bout afin de bouter hors de la Mauritanie l’injustice visiblement édifiée en système. 

Ces organisations de défense des droits de l’Homme semblent être déçues par l’attitude des autorités actuelles qui feignent d’appliquer la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage. Et pourtant, beaucoup d’esclaves continuent  à être victimes d’expropriation de terre ou de mauvais traitements corporels.

La loi criminalisant l’esclavage n’a jamais été appliquée par les magistrats. Cela engendre forcément l’injustice et l’impunité. Cette situation a exacerbé les Organisations de Défense des Droits de l’Homme. Elles ont appelé l’Etat à revoir la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes dont l’effectivité pose problème. 

Elles ont profité de cette occasion pour décocher des flèches en direction de l’administration judiciaire composée souvent de maîtres esclaves.  Ceci, évidemment, constitue un obstacle à l’application de la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage.

Autre fait qui annihile cette loi : rares, aujourd’hui,  sont les juridictions qui ne sont pas dirigées par des maîtres esclaves. La preuve, les plaintes qui leur sont souvent soumises ou transmises traînent à longueur d’année et finissent par être rangées sans suite. Au détriment des esclaves.

Pour autant, cela ne va pas désarmer ces organisations et partis politiques. Cette situation laisse dubitatifs ces derniers qui ne croient pas à l’application de la loi criminalisant l’esclavage considéré comme une normalité en Mauritanie. Aux yeux d’Aminétou Mint Ely Moctar, pour avoir une administration judiciaire composée d’hommes probes, il faut systématiquement procéder à son assainissement. 

Autrement dit, mettre des fonctionnaires capables d’appliquer la loi, de juger dans l’équité et donner à chaque citoyen mauritanien son droit le plus absolu. La systématisation de la société mauritanienne en féodaux, en chefs, en nobles y est pour quelque chose et selon la présidente de l’Afcf, il faut d’abord ébranler cette stratification de la société mauritanienne qui privilégie le noble et assujettit l’esclave.   

S.O.S. Esclaves, l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance, Rassemblement pour l’Egalité et la Justice, le COPECO…veulent à travers cette pétition amener les autorités de ce pays à mieux reconsidérer la question de l’esclavage qui est une grave atteinte aux droits de l’Homme. Déjà, à la sortie de la salle, il y avait plus d’une trentaine de signature contre la légitimation et la perpétuation des rapports esclavagistes. 

Cheikh Saad Bouh Camara, lui aussi présent, a appelé les bonnes volontés éprises de vérité et de justice à appuyer cette pétition initiée par Birame Ould Dah Ould Dah, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH).

«Il y a des mafias, des réseaux et ceux qui nous oppriment. Nous devons, nous aussi,  constituer des réseaux de résistance. Ce sont ces réseaux de résistance qui vont être les vecteurs de notre combat. Mais, il ne faut pas se tromper. Ça va être encore très difficile. Certains parmi nous vont nous abandonner. Mais ceux qui vont rester doivent continuer à résister et aller de l’avant pour que chaque mauritanien puisse jouir de tous ses droits », dit-il. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 juillet, 2008 )

Diddal Jaalal:Le temps des concerts et des découvertes

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Décidément, Diddal Jaalal a le vent en poupe ces derniers temps, est-on tenté de dire. De retour de la Gambie, où ils ont participé pour leur première fois à l’International Gambian Roots, Festival qui s’est tenu du 31 mai au 7 juin dernier, ils ont enchaîné sans répit concert sur concert à Nouakchott. Au stade de Banjul, plein à craquer, ils ont ouvert ce festival devant le Président de la République gambienne Yaya Djameh et l’ambassadeur de la Mauritanie en Gambie. 

Durant leur séjour, ce fut l’occasion pour Diddal Jaalal de découvrir la Gambie.  Par exemple, ils ont joué au Kamasutu Cultural Camp, un lieu réputé pour sa lagune naturelle bordée de maisonnettes fantastiques. Situé à quelques kilomètres de la capitale gambienne, ce haut lieu touristique et écologique offre un cadre de vie exceptionnel. C’est dans ce lieu à la fois moderne et sauvage que la ministre gambienne a dansé aux rythmes de la musique de Diddal Jaalal.   

Autres localités où a joué Diddal Jaalal : Kanélagne, Diandiambouré. L’objectif visé par les organisateurs de l’International Gambian Roots Festival, c’est de promouvoir le tourisme culturel en Gambie, qui demeure un pays peu connu des touristes européens. A Banjul,  à l’occasion de l’International Gambian Roots Festival, Diddal Jaalal a laissé une bonne impression au sein du public gambien. 

C’est dans cette atmosphère de dégustation inachevée que Diddal Jaalal a quitté la Gambie. De retour à Nouakchott, le temps d’un répit, ils vont enchaîner coup sur coup en jouant successivement au Centre de détention pour mineurs de Beyla à l’occasion de la journée de l’Enfant africain, à l’Ecole Souleymane Baal durant les journées de la scolarité, à Nouakchott. 

Le 21 juin, voilà Diddal Jaalal au Centre Culturel français, pour célébrer avec les mauritaniens, la fête de la musique aux côtés de Ousmane Gangué, Tahara Mint Hembara, la virtuose de l’ardine. Avec cette dernière, ils viennent de créer un nouveau morceau intitulé «Ligodène Leydimen» qui signifie en français «développons notre patrie». Le mois de juin ne fut pas de tout repos pour Diddal Jaalal. D’ores et déjà, il en sera autant pour juillet ! 

A l’occasion de la Quinzaine des Arts du 18 juin au 2 juillet dernier, Diddal Jaalal a rencontré le groupe toulousain Afrodream de Momar Kane, un sénégalais établi en France. Chacun a découvert en l’autre des affinités, des points communs sur le plan musical. Coup du destin ou pure coïncidence, ces deux groupes ont comme blason la vache. Entre le blues que joue Afrodream de Momar Kane et l’Afronomade que joue Diddal Jaalal, il n’y a quasiment pas de frontières, ou si peu. 

Organisée par Médiation, une structure artistique basée en Europe, la quinzaine des arts fut une occasion grandiose pour Diddal Jaalal de faire des créations internationales avec des groupes comme Afrodream de Momar Kane, Kodé Pinal d’Ousmane Gangué… 

Lors de toutes ces rencontres, les échanges furent enrichissants pour Diddal Jaalal qui venait de franchir une autre étape dans sa professionnalisation. Avec Balléké Cissako, Michaël Delféro, Kenneth String, Old Grey Goose…, Diddal Jaalal a encore une fois montré que c’est un groupe qui bouge en direction des autres, toujours à la quête d’échanges culturels, de nouvelles expériences et de nouvelles connaissances. Bref, à la quête de l’autre. Une des caractéristiques qui fait le charme du groupe ! 

Si, aujourd’hui, Diddal Jaalal commence à conquérir d’autres horizons, c’est grâce au style musical très différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre en Mauritanie. Leur style musical, l’Afronomade, est une musique que partagent des peuples de culture nomade, une musique qui transcende les frontières physiques. Universelle, elle l’est aussi parce qu’on la joue dans de nombreux pays africains. 

Ce succès n’emballe pas pour autant les membres du groupe qui garde la tête sur les épaules. Même si ça leur fait plaisir de découvrir le monde, d’autres cultures, d’autres publics. En l’espace de 8 ans, Diddal Jaalal a beaucoup appris par le biais de leurs voyages à l’extérieur et des relations qu’ils ont su tisser avec d’autres artistes. 

C’est vrai qu’une carrière internationale est toujours agréable et alléchante. On peut même s’attirer quelquefois les foudres de la jalousie ! Dans leur esprit, le travail d’abord avant de penser à l’argent. Ainsi donc, ils sont en train de construire leur propre promotion et leur propre carrière musicale. Chemin nécessaire pour atteindre les sommets de la gloire et de la célébrité. Maintenant, ils comprennent comment fonctionne le monde du showbiz. Leur destin est déjà tout tracé. Il ne leur reste plus qu’à le suivre. Idem pour le succès. Aujourd’hui, la Mauritanie peut compter sur ce groupe artistique hors pair qui a commencé déjà à faire connaître le pays sur le plan international grâce à la musique, la leur ! 

Sans album, ce groupe déjà populaire (chaque année, il joue plus de 200 concerts à l’intérieur du pays !) est en phase de devenir l’un des ambassadeurs de la musique mauritanienne. En attendant la sortie imminente de leur premier album, Diddal Jaalal déguste paisiblement ses succès. Ce n’est que le début d’une histoire, d’une aventure d’une bande de musiciens qui ne rêvent que de conquérir le monde. Mais, une chose : Diddal Jaalal ne pense pas s’établir en Europe pour y promouvoir sa musique ! Leur place est ici en Mauritanie, clament-ils. 

    Ba Djibril Ngawa, artiste peintre                      ba.jpg

Partout où il est, il est tout le temps avec son appareil photo en train d’immortaliser certaines scènes quotidiennes de la vie. Même s’il est en voyage. Il ne s’en débarrasse jamais. Il est aujourd’hui l’un des rares artistes peintres mauritaniens qui utilisent la photographie comme expression artistique. C’est sa vie. Enfant déjà, lorsqu’il voyait quelqu’un avec un appareil photo, il s’émerveillait de joie. L’envie de caresser cet appareil photo s’emparait subitement de lui et envahissait son esprit. 

Adolescent, dans son village, quand il se promenait en pleine nature, il revenait la tête, remplie d’images. Aujourd’hui, il maîtrise aussi bien les techniques de la photographie que celles de la peinture ou du dessein. «La photographie est très négligée en Mauritanie. L’art plastique s’impose. La peinture s’impose. Mais la photographie, elle n’arrive pas à s’imposer», constate-t-il. 

Présentement, il a réalisé plus de dix mille photographies sur la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie et la France. Il croit dur comme fer que la photographie peut participer au rayonnement de l’image de la Mauritanie à l’extérieur. «C’est bien possible car la Mauritanie a de très beaux paysages», croit-il. Cependant, un fait est là : ces paysages sont aujourd’hui négligés. Et, pourtant, ils peuvent contribuer à l’évolution du tourisme culturel en Mauritanie, un concept qui lui est si cher. 

On ne peut pas développer le tourisme culturel, dit-il, sans pour autant que les autorités en charge de la Culture et du Tourisme fassent un effort de bonne volonté en soutenant la production photographique de certains artistes qui réalisent de belles photographies. 

En peinture, il est aussi un maître incontesté. A son actif, plus de 3000 esquisses et une cinquantaine de tableaux. Sa forme d’expression lui a valu d’être surnommé Picasso. Et, surtout, de travailler avec de nombreux artistes étrangers qui admirent en lui ses tableaux toujours riches en couleurs. 

Durant la Quinzaine des Arts qui a eu lieu du 18 juin au 2 juillet, ce fut une délectation pour lui de faire la connaissance d’artistes étrangers avec qui il a réalisé des tableaux. A son avis, il pense que les artistes mauritaniens ont besoin de ce genre de manifestations culturelles pour s’enrichir. «On a beaucoup appris. Les échanges étaient très riches entre les artistes. C’était excellent. On a appris de nouvelles techniques. Cela nous a enrichis», reconnaît-il. 

Durant cette première édition de la Quinzaine des Arts, Ba Djibril Ngawa a travaillé avec Nadia H. Cas, une artiste-peintre française et Diallo Abdoulaye, sur un tableau commun qu’ils ont appelé «Amitié». Avec Myrielle, une mosaïste française, dans «Point d’interrogation sur le futur des mariages», ils s’interrogent, avec le développement des mariages homosexuels, sur l’avenir de l’institution du mariage qui semble être menacé. 

Parallèlement à cela, Ba Djibril Ngawa a exposé à l’Université de Nouakchott, à la Communauté Urbaine de Nouakchott et au Musée National dans le cadre d’une exposition commune à l’occasion de la Quinzaine des arts. «Les frontières», «Le fardeau» et «Vie sur terre» sont ces dernières créations artistiques qui constituent des quêtes permanentes de soi. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 juillet, 2008 )

Ibrahima Moctar Sarr, Président de l’AJD/MR: »Si le Président de la République est incapable de prendre ses propres responsabilités, nous lui demandons de démissionner et de prendre le peuple à témoin  »

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Le Président de l’AJD/MR, Ibrahima Moctar Sarr, a appelé, au cours d’une conférence de presse, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à se ressaisir et à tendre la main aux partis politiques qui veulent faire avancer le pays sur la base d’un programme alternatif. «Quand nous (l’ajd/mr) avons entendu cette déclaration du Président de la République (le 2 juillet, ndlr), nous avons pensé effectivement, qu’il était prêt à prendre ses responsabilités. Mais, force est de constater, que le Président a reculé devant l’exigence des députés », note Ibrahima Moctar Sarr visiblement déçu par la volte-face du Président de la République après avoir menacé de dissoudre l’Assemblée Nationale.

Cette situation, selon lui, a fragilisé le pouvoir et a installé la Mauritanie dans «une crise qui perdure et qui menace la stabilité du pays et la pérennité des institutions ». Cette crise au sommet de l’État a eu pour conséquence directe le retard de la formation du gouvernement bis de Ould Waghef reconduit ipso facto par le Président de la République après avoir rendu le tablier. Depuis plus de dix jours, la Mauritanie est sans gouvernement. «Aujourd’hui encore, nous attendons la formation du prochain gouvernement. Cette situation est vécue par les mauritaniens avec beaucoup d’inquiétudes parce que les tenants et les aboutissements ne sont pas toujours clairs. On va de spéculations en spéculations. Les discussions dans les salons et les rumeurs vont bon train. Rien ne nous indique que la crise est dénouée et que nous allons vers un aboutissement heureux », annonce-t-il.

Ibrahima Moctar Sarr a aussi évoqué la situation économique du pays, caractérisée par le renchérissement du coût de la vie et la paupérisation accrue des populations. «Rien n’est fait pour porter secours à ces populations faibles dans la campagne et les bidonvilles. Ces populations regardent médusées cette situation conflictuelle au niveau du plus haut sommet de l’Etat », s’indigne-t-il.

Le Président de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation ne semble pas être surpris par la situation inquiétante que traverse la Mauritanie depuis la levée de boucliers de certains députés qui avaient menacé de déposer une motion de censure à l’encontre du gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghf si certaines personnalités issues du régime de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya siégeaient encore dans ce gouvernement.

Les raisons d’une telle situation, selon lui, sont à chercher ailleurs. «La manière dont la transition militaire s’est opérée dans ce pays allait conduire nécessairement à une situation comme celle que nous vivons aujourd’hui. La transition militaire qui n’a pas joué le rôle qu’on attendait d’elle a permis l’arrivée au pouvoir d’un homme qui resterait sous leur dévotion. C’est pourquoi ce qui se passe aujourd’hui ne nous étonne pas au niveau de notre parti. Nous l’avions dit et écrit. »

Le Président de la République n’est-il pas le gardien de la Constitution ? N’est-il pas le chef des forces armées ? N’a-t-il pas juré devant le peuple de faire des réformes et d’aller dans le sens du développement de la Mauritanie ?

Autant de faits qui devaient pousser Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, selon Ibrahima Moctar Sarr, à prendre ses responsabilités dès le début de la crise au sommet de l’État. «Ce qui ressemble à une volonté de remettre en cause un gouvernement va au-delà. Il s’agit bel et bien d’une volonté d’amener le Président de la République lui-même à se démarquer », croit le Président de l’ajd/mr. «Qui a intérêt à faire partir le Président de la République ? », se demande-t-il.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, aux yeux d’Ibrahima Moctar Sarr, a été victime de ses propres erreurs et tactiques stratégiques. «Dans sa volonté de se remettre, de repréciser son pouvoir, après avoir pris des décisions importantes par rapport à l’examen du passif humanitaire, à la loi sur l’esclavage, au retour des déportés, le Président de la République n’a pas trouvé mieux que de faire appel à ceux qui étaient à la base de tous ces problèmes qu’a connus la Mauritanie. »

Ibrahima Moctar Sarr a dû mal à comprendre que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, avec sa volonté de poursuivre les réformes qu’il a entreprises, veuille reprendre les mêmes personnes qui ont fait les mauvais jours de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya pour reconstruire la Mauritanie sur la justice, la démocratie et l’unité. «C’est pourquoi, à ce niveau, nous ne pouvons pas, malgré tout ce qu’il a pris comme réforme et décision, le comprendre dans son attitude. »

Concernant ceux qui réclament tambour battant la tête de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Ibrahima Moctar Sarr est revenu sur ce que tout le monde sait déjà : «Eux-mêmes, ils ne sont pas non aussi propres qu’ils veuillent le faire croire. Beaucoup parmi eux figurent parmi ceux qu’on appelle les « Roumouz El Vessad ». Eux aussi, sont impliqués par le passé dans la gabegie, la forfaiture et certainement dans des crimes contre des mauritaniens. »

Par rapport aux querelles intestines qui dévorent le parti ADIL et qui sont ressenties même jusqu’au sommet de l’État, le Président de l’AJD/MR est sans équivoque. «L’ajd/mr ne peut pas se mettre dans un camp contre l’autre parce qu’il ne s’agit pas de la lutte contre un pouvoir et des opposants potentiels qui veulent faire avancer le pays. Mais, il s’agit d’une lutte pour le contrôle du pouvoir de deux éléments d’un même système. »

En termes plus clairs, l’ajd/mr ne s’alignera pas sur aucun camp. «Nous sommes dans le camp de ceux qui veulent préserver les acquis démocratiques déjà réalisés. Ces acquis qui sont le fruit de la lutte du peuple mauritanien. Qui ne sont pas octroyés par aucune force ! C’est la lutte du peuple mauritanien qui a amené ce que nous avons connu comme avancées sur le plan démocratique. Nous ne souhaitons pas qu’on nous ramène en arrière. »

Ayant constaté que l’actuelle configuration de l’Assemblée Nationale ne reflète pas la réalité politique, Ibrahima Moctar Sarr a demandé ipso facto la dissolution immédiate de cette institution. «L’Assemblée Nationale a été élue avant l’élection présidentielle, rappelle-t-il. Cela a donné une autre réalité géopolitique. Les députés qui siègent actuellement à l’Assemblée Nationale ne reflètent pas véritablement la configuration (politique) du pays. »

Le Président de la République va-t-il revenir sur sa décision de dissoudre l’assemblée nationale après avoir fait volte-face devant l’intransigeance de certains députés à faire tomber le gouvernement de Ould Waghf ?

Si c’est l’option susceptible de faire sortir le pays de cette crise au sommet de l’État, il n’y aurait pas d’inconvénient à ce que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi fasse usage de l’article 31 de la Constitution qui lui permet de dissoudre l’Assemblée Nationale, après consultation du Premier Ministre et des Présidents des Assemblées.

D’ici là, le Président de l’AJD/MR peut prendre son chapelet et prier pour que le Président de la République procède à la dissolution de l’Assemblée Nationale.

Babacar Baye Ndiaye

( 11 juillet, 2008 )

NON CONTENTS DE LA COMPOSITION DU NOUVEAU GOUVERNEMENT:DES DEPUTES DE LA MAJORITE DEPOSENT UNE MOTION DE CENSURE

La démocratie s’est-elle, définitivement, ancrée en Mauritanie? En tout cas, des députés de la majorité présidentielle ont déposé une motion de censure pour dénoncer la formation d’un gouvernement qui n’est pas de leur goût. Une première dans l’histoire de la Mauritanie. 

 La Mauritanie a l’épreuve de la démocratie, tel pouvait être l’intitulé du feuilleton politique qui retient l’attention des mauritaniens: une motion de censure portée par des députés de la majorité pour remettre en cause le choix de leur leader. En fait, pour avoir formé un gouvernement qui n’est pas du goût de quelques uns de ses partisans, le président de la République, Sidi Ould Cheikh Abdallahi fait face à sa première véritable crise politique. Une première, d’ailleurs, dans l’histoire politique de la Mauritanie.   

Ainsi, ils sont 39 députés, proches du pouvoir, à déposer, lundi dernier, sur la table du président de l’Assemblée nationale, siégeant en séance plénière pour le renouvellement du bureau de l’Assemblée, une motion de censure pour le renversement du gouvernement mis en place le 11 mai dernier et dirigé par Yahya Ould Ahmed Al Waqef. Des motifs brandis par les frondeurs, l’on retient: «le recul de tous les indicateurs de croissance», «la mauvaise gestion des revenus pétroliers», «l’échec du plan spécial d’intervention pour alléger le renchérissement des prix», «l’opacité dans la gestion du budget de l’Etat» et «l’accentuation du chômage et l’appauvrissement des populations». En plus de ces motifs, l’on avance l’idée selon laquelle les signataires de la motion n’ont pas apprécié la présence des partis de l’Union des forces du progrès (Ufp) et le Tawassoul (Islamistes modérés) dans l’actuel gouvernement, arguant que «le gouvernement ne doit refléter que la majorité politique qui a travaillé à l’élection du président de la République». Déposée à l’absence du président de la République et avant que le Premier ministre, Yahya Ould Ahmed Al Waqef, ne présente sa déclaration de politique générale, la motion doit être votée par 48 députés pour pouvoir passer. Ce qui ne posera pas de problème puisque les principaux partis de l’opposition ont affirmé leur intention de soutenir la motion de censure dont le vote est prévu par la constitution pour demain, jeudi, c’est-à-dire 48 heures après son dépôt. Il reste que le règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoit que «ce délai peut être prolongé de trois jours». 

Au-delà des raisons avancées, des observateurs renseignent que le dépôt de la motion de censure n’est que le prolongement du conflit qui oppose le Chef de l’Etat aux principaux chefs de l’Armée,  à savoir le Chef d’Etat major particulier du président de la République, Général Mohamed Ould Abdel Aziz et le Chef d’Etat major de l’Armée nationale et Mouhamed Ould Cheikh Ahmed Ould Ghazwani, par ailleurs Chef d’Etat major de l’Armée nationale. Ceux-là mêmes qui, avec Ely Ould Mohamed Vall, avaient réussi à renverser le pouvoir de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya et installer le Conseil militaire pour la justice et la démocratie (Cmjd). Une structure qui a mené, en main de maître, le processus de la transition démocratique en Mauritanie avant de déposer le pouvoir entre les mains des civils, suite à des élections jugées libres et transparentes par toute la communauté internationale. 

En fait, ce que les militaires n’ont pas pu digérer c’est «pourquoi Sidi Ould Cheikh Abdallahi procède au changement du gouvernement sans demander leur avis. Pire, pourquoi a-t-il permis aux anciens caciques du pouvoir de Maaouiya d’occuper des postes ministériels stratégiques, notamment celui de l’Intérieur, des Affaires étrangères et du Pétrole». 

Ainsi, la suite à donner à cet acte dépend de l’attitude du président de la République. S’il veut instaurer un climat d’apaisement, il devra laisser la procédure suivre son cours normal et aboutir à la formation d’un nouveau gouvernement qui pourra refléter la cartographie de l’Assemblée nationale. Ce qui donnera une victoire politique aux frondeurs. Sinon, il peut laisser la situation continuer et puis «se rabattre sur les partis de l’ex-Coalition des forces du changement démocratique (Cfcd) pour former un gouvernement d’union nationale». La pertinence de cette option est qu’elle va constituer un rempart contre les députés initiateurs de la motion de censure. La dernière attitude que Sidi Ould Cheikh Abdallah peut adopter est la dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation, dans les 40 jours qui suivent, d’élections législatives. Ce qui constitue un danger pour lui, car par rapport à la situation actuelle du pays, rien ne peut lui garantir une nouvelle majorité. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 9 juillet, 2008 )

Les frères Athié:Le temps d’un concert, ils ressuscitent le reggae en Mauritanie

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On pensait qu’il n’y avait pas de jeunes musiciens mauritaniens qui sachent jouer de la musique reggae. Mais, les Frères Athié ont démontré, ce jeudi 26 juin dernier, au Centre Culturel français, qu’il n’en est rien. Sous un ciel d’été et devant un public enthousiasmé, ils ont joué durant deux tours d’horloge, les 11 morceaux qui composent leur nouvel album «Moritani ». À propos, «Moritani » ? Au-delà de la provocation linguistique se dissimule une profonde démystification de la Mauritanie. «Le pays ne fonctionne pas comme ça devrait, trouve Abdoul Athié, lead vocal du groupe. C’est une raison qui explique cette déformation orthographique. » 

On peut y voir  une certaine revendication à la justice, en référence aux événements douloureux qui se sont produits entre 1986 et 1991. Cette chanson «Moritani » qui est le titre éponyme de l’album relate aussi la mémoire des intellectuels et officiers noirs trucidés  pendant cette époque par le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya. «On est obligé d’en parler », pense Abdoul Athié.  

Il y a eu une véritable communion entre eux et le public qui en demandait toujours. Les frères Athié, c’est d’abord l’histoire d’une famille que rien ne prédestinait à faire ensemble de la musique. Dès les premières notes distillées, on avait cru qu’on était quelque part en Jamaïque, la terre de naissance du reggae ; on croyait que c’était Bob Marley, ressuscité, qui donnait un concert. «Les gens écoutent de plus en plus de reggae. Il y a un véritable retour à la musique de Bob Marley, notamment de la part des jeunes. Le reggae ressemble un peu à nos musiques traditionnelles. C’est la même base. Les gens s’y identifient et s’y retrouvent très rapidement. Ce sont les mêmes vibrations. Nous, les jeunes, aimons beaucoup tout ce qui est engagé », commente Abdoul Athié. 

Leurs chansons traitent des sujets sans limites : l’espoir, la tolérance, la paix, la citoyenneté, la fraternité, bref tout ce qui touche à la susceptibilité du cœur humain. Avec eux, on est sûr de passer d’agréables moments de musique, de redécouvrir notre identité, de savoir qu’on est avant tout des êtres appelés à vivre ensemble. Leurs chansons constituent des points d’interrogation et un regard sur la société mauritanienne. 

Leurs textes, très engagés, sont empreints de réalisme, de tempérance et de tolérance. On en a vachement besoin surtout à cette époque où nous vivons marqué par des tiraillements, des turbulences tous azimuts. Leurs chansons sont aussi une invitation à ne pas omettre nos valeurs culturelles, nos origines et nos croyances. 

Le groupe «Les Frères Athié » existe depuis 1995 sur l’initiative de Vieux (bassiste) et Alpha (soliste). Après avoir accompagné un groupe de Kaédi qui s’appelait «Dandé Léniol » ou la Voix du Peuple, Vieux et Alpha décident de former leur propre groupe. C’est eux qui vont entraîner leurs autres frangins dans la musique. Petit à petit, ils vont s’écarter de leurs études auxquelles ils ne croyaient plus.  

Abdoul en deviendra le lead vocal incontesté. Avec un répertoire vide, «Les Frères Athié » font des reprises de certains morceaux de Bob Marley et de Dire Straits pour roder le groupe. Passionnés de musique, ils vont tronquer leur habit de futurs marabouts pour celui de musiciens. Leur père, un marabout érudit, finira, en dépit de ses réticences, par accepter le choix de ses héritiers qui ont préféré la voie musicale.  

Il est inimaginable, voire inacceptable, dans les familles maraboutiques qu’un des leurs fasse de la musique. C’est une abomination à leurs yeux et même une malédiction. À leurs yeux, faire de la musique, c’est pactiser avec le diable. Abdoul et les siens ont dû user de tous les subterfuges pour venir à bout de l’opposition parentale notamment de leur père, connu pour sa rigueur, son orthodoxie et sa foi en la religion musulmane.  

En plus, cela était aussi inadmissible parce qu’ils sont de sang noble et par conséquent ne doivent pas faire de la musique qui est une activité strictement réservée aux griots. Ce genre de préjugés a gâché la carrière de nombreux artistes. 

Originaires de Kaédi, au sud de la Mauritanie, ils habitent présentement le quartier chic de Las Palmas (à Nouakchott) où ils ont aménagé leur propre studio et où ils font aussi leur enregistrement et leur répétions. Comme à l’image de tous les autres artistes mauritaniens, ils s’indignent de l’absence de structures musicales en Mauritanie et de la cherté de la location des deux maisons de jeunes qui ne s’obstiennent qu’en débloquant plus de 200.000 UM. Quel est ce musicien mauritanien qui peut se payer ce luxe s’il n’a aucun sponsoring derrière lui ?  

Le seul espace ouvert à nos musiciens, c’est le Centre Culturel Français où rêvent de jouer les artistes mauritaniens. «Il faut mettre en place une grande structure musicale, suggère Abdoul Athié, lead vocal du groupe, où l’on puisse organiser des tremplins, des concours pour gagner un enregistrement en partenariat avec le ministère de la Culture ou avec une association de musiciens (…). Les musiciens n’ont pas assez de moyens. Il est impératif d’essayer d’imaginer des spectacles qui peuvent profiter aux artistes. » 

Des enfants de la rue à l’immigration clandestine en passant par la femme, celle qui trime, fagote, se bat pour le développement de son pays, le nouvel album des Frères Athié constitue la somme d’une longue expérience et le résultat de plusieurs influences musicales dont notamment celles de Bob Marley et un creuset des racines culturelles mauritaniennes. En un mot, le fruit d’un gigantesque travail !

 

Babacar Baye Ndiaye

( 9 juillet, 2008 )

Anniversaire:Dj Khalzo fête ses 6 ans de microphone

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En prélude à l’anniversaire de ses 6 ans d’animation et de présentation, Dj Khalzo a tenu une conférence de presse au Centre Culturel Français, ce dimanche 6 juillet, pour parler de cet événement qui aura lieu le 10 juillet prochain avec un grand concert animé par de célèbres groupes de Rap mauritaniens. Il a parlé de ses débuts dans le Rap et sa reconversion au métier de Disc Jockey (DJ). Entre autres sujets évoqués, le manque de soutien dont souffrent nos artistes et ses rapports avec Dj Paco.

 

Avant de se lancer dans le métier d’animateur-présentateur en 2002, Dj Khalzo fut d’abord un rappeur. Il était membre d’un groupe qu’on appelait à l’époque «Children Black Africa ». Quelques années plus tard, il change d’air et se lance, avec Ernesto, alias Thié Koné, dans la formation d’un autre groupe de Rap «Be One Black». Le destin ne tient à rien. Il suffit d’un petit événement quelconque pour que tout bascule, dans un sens ou dans un autre.

 

Il était écrit qu’il deviendrait un jour animateur-présentateur. Le virus du DJ l’a rattrapé un jour, lorsqu’il a remplacé celui qui d’habitude présentait les spectacles. Depuis ce jour-là, il traîne ce virus. Encouragé à cette époque par la bande à Papa Fall et F-Diou qui deviendra plus tard «Military Underground», il décide de rentrer de plain pied dans le métier d’animateur-présentateur.

 

D’encouragements en encouragements, il se sent pousser des ailes. Et puis, «la volonté a commencé à naître, avoue-t-il. Et, au fil des temps, je me suis lancé (dans le métier de DJ) et je suis devenu ce que je suis aujourd’hui. »

 

Un an d’existence, ça se fête, a fortiori 6 ans ! Pour sa 6ème année de microphone, Dj Khalzo a inclus dans la manifestation l’Association des Jeunes Mauritaniens pour la Culture, le loisir et la technique. Ce jeudi 10 juillet, jour d’anniversaire de ses 6 ans de microphone, il y aura 19 prestations de spectacles (individuelles et en groupe) en plus d’un documentaire sur … lui-même !

 

«Ce sera un anniversaire dédié à la jeunesse mauritanienne», explique-t-il. De Minen Teye à Ewlad Leblad en passant par Military Underground, Diam Min Tekky et Rue Publik, pour ne citer que ceux-là, Dj Khalzo a fouiné son nez partout pour dénicher presque tous les meilleurs groupes de Rap et de rappeurs du moment. «Je ne le fais pas pour l’argent», prévient-il.

 

C’est un secret de polichinelle : les artistes mauritaniens souffrent de tout et surtout du manque de mécénat. L’occasion, pour DJ Khalzo, d’évoquer leur sort «En Mauritanie, il y a une activité à laquelle on n’accorde pas assez d’importance. C’est la musique.», déplore-t-il devenu subitement critique. Vous qui avez toujours pensé que Khally Mamadou Diallo alias Dj Khalzo ne sait que se saisir d’un microphone ou annoncer la montée sur la scène d’un artiste, détrompez-vous !

 

Il sait aussi dénoncer. User des détours, il ne connaît pas. «Jamais, un artiste mauritanien n’a organisé un spectacle, un festival soutenu par une entreprise. Ces sociétés-là organisent des manifestations  mais n’invitent pas les artistes mauritaniens. Elles partent au Sénégal chercher des artistes ! », témoigne-t-il en dénonçant l’attitude de nos entreprises qui refusent de sponsoriser les musiciens mauritaniens.

 

«Dis la vérité», rapporte-t-il d’un verset du Saint Coran. Aujourd’hui, celui qui a tout donné à la jeunesse mauritanienne ne demande qu’une chose : que cette jeunesse, longtemps mise au banc, réunisse et fasse des efforts pour participer au développement de la Mauritanie en mettant de côté les préjugés liés à la couleur, à la race, à la communauté, qui sont un terrain dangereux ! 

 

Dj Khalzo compte aussi s’inscrire dans l’ancrage de la démocratie, le respect entre les communautés du pays, l’unité nationale, le changement de mentalités et l’amélioration des conditions de vie des populations mauritaniennes. Il compte, parallèlement, s’engager dans tout ce qui est lutte contre la pauvreté, les pandémies et les endémies en Mauritanie. C’est dans ce cadre que sa collaboration avec l’Association des Jeunes Mauritaniens pour la Culture, le Loisir et la Technique est née.

 

La carrière de Dj Khalzo a connu des hauts et des bas. Le métier d’animateur-présentateur ? «C’est très difficile. C’est très dur», s’empresse-t-il de dire. Mais n’empêche, il a toujours cru qu’au bout du chemin, il y a de la lumière. «Je suis fier d’être un Dj mauritanien. C’est ce qui fait ma fierté ! Sans me jeter des fleurs, si je ne voulais pas vivre en Mauritanie au coté de la jeunesse mauritanienne, je serais parti pour ne plus revenir en Mauritanie (…). Au lieu de partir en France, je préfère rester ici et participer au développement de mon pays», s’exalte-t-il.

 

Homme de principe, il refuse de verser dans la versatilité. Aujourd’hui, il s’insurge contre certaines personnes qui n’ont pas accompli leur mission et surtout contre la manipulation dont la jeunesse mauritanienne est souvent victime à cause d’un système qui, pense-t-il, est mis en place pour coincer l’épanouissement de la jeunesse mauritanienne. «Celui qui va à la chasse doit s’attendre à tout», lâche-t-il, devenant subitement philosophe.

 

 

Ses relations avec Dj Paco ont été abordées au cours de sa conférence de presse qu’il a tenu dans la salle des spectacles du Centre Culturel Français de Nouakchott. Entre lui et Paco, il n’y a aucun malentendu ni un esprit de concurrence ou d’animosité. «Paco, c’est un grand-frère. Seul Dieu sait ce qu’il y a dans mon cœur à son égard», tente-t-il de nous expliquer pour nous faire avaler la pilule. Pour nous convaincre, il part puiser encore dans la sagesse populaire avec son bons sens légendaire, à toute épreuve : «La personne, c’est le cœur. Ce n’est pas la langue ».

 

 

Même s’il reconnaît en Dj Paco, qui n’a pas été présent à sa conférence de presse, sa belle voix et son talent certain, il avoue cependant : «C’est tout à fait normal, quelque part, qu’il y ait des petites querelles. Il arrive des fois qu’on vous coince devant la porte ! Je subis parfois certaines difficultés, mais bon j’oublie. S’il n’est pas là, ce n’est pas parce qu’il n’est pas au courant. Entre lui et moi, il n’y a aucune jalousie.»

 

 

Au cours de sa conférence, il a défendu la cause des jeunes mauritaniens. Dj Khalzo en a profité pour bifurquer vers la politique en demandant l’implication de la jeunesse dans le jeu politique. Et qu’aussi, les partis politiques ouvrent leurs portes aux jeunes mauritaniens en les associant aux prises de décision. Toutefois, il ne se s’est pas contenté uniquement de se ranger du côté de la jeunesse mauritanienne.

 

Il a dénoncé le manque de patriotisme de la part des jeunes mauritaniens qui n’ont aucune idée de la République et de ses institutions. Admirateur de Moktar Ould Daddah, il reprend une de ses citations que le père de la nation aimait à dire : «La Mauritanie sera ce qu’en fera sa jeunesse». Il a pointé aussi un doigt accusateur sur l’attitude des «vieux loups», corrompus qui refusent de céder la place aux jeunes cadres. «Ils lavent le torchon sale sur notre dos et nous les jeunes, nous continuons à dormir», regrette-t-il. Il faut que cela cesse !

 

Babacar Baye Ndiaye

( 9 juillet, 2008 )

A la recherche d’une vie meilleure:L’immigration clandestine vue par nos cinéastes

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Durant la troisième édition de la Semaine Nationale du Film (SENAF), une douzaine de courts-métrages ont été projetés, tous réalisés par de jeunes cinéastes mauritaniens. Leur particularité et leur point commun : ils évoquent sans exception la thématique de l’immigration clandestine. D’où le thème choisie à cette édition : «Migration…d’ici et de là-bas ».

 

Face à la forte pression migratoire, les pays européens corsent et durcissent les mesures contre l’immigration clandestine des jeunes africains, chassés de leur pays par la misère, la pauvreté et l’absence de perspectives. En 2006, à la demande de l’Espagne, complètement débordée par l’arrivée massive d’immigrants illégaux, sur l’archipel espagnol des Canaries, Frontex, créée en 2004 (une agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union Européenne) met en place un dispositif de contrôle de l’immigration clandestine au large du Sénégal et de la Mauritanie.

 

Le 18 juin 2008, les députés européens adoptent, dans le même sillage, un projet de loi fixant des normes minimales communes au renvoi des sans-papiers de l’Union Européenne. Cette loi européenne, sur initiative française, baptisée «directive retour », vise en priorité à faciliter les départs volontaires des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans l’Union Européenne tout en prévoyant la nécessité de les expulser dans le cas contraire, avec une durée de rétention minimale de 18 mois, et un bannissement de 5 ans après expulsion.

 

Visiblement, ces mesures, décriées à contrecoeur par de nombreuses organisations non gouvernementales et des droits-de-l’hommistes, visent substantiellement les migrants africains illégaux. Tous les moyens sont parfaits pour circonscrire, à défaut de la contrecarrer, l’immigration illégale des jeunes africains. Craignant d’être infestés, les pays européens signent par-ci et coopèrent par-là. Ceci dans le but de montrer que l’Europe ne peut pas accueillir, nourrir, loger et donner du travail à tous ces jeunes désespérés issus souvent de milieux défavorisés.

 

Les contrôles et les recherches se renforcent. Par exemple, en décembre 2007, à Tripoli, dans la capitale libyenne, le ministre italien de l’Intérieur, Giuliano Amato, et le ministre libyen des affaires étrangères, Abdurrahman Mohamed Shalgam, signent un accord de coopération pour lutter contre l’immigration clandestine.

 

Dans la foulée, l’Espagne fait signer à la Mauritanie, en 2003, un accord qui la contraint à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. Un Centre de Rétention pour migrants sera créé à Nouadhibou, sur fonds espagnol.

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Plus qu’un sujet d’actualité, le phénomène de la migration touche presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest où des milliers de jeunes tentent de rejoindre l’Europe via la Mauritanie. Même si ce n’est pas un phénomène nouveau, il connaît de plus en plus un développement spectaculaire. Malheureusement, le continent africain n’échappe pas à ce phénomène. Mondialisation oblige ! Et, surtout, nécessité de réussir dans la vie. Nous gardons fraîchement ces images choquantes exhibant des «cayucos », remplis d’âmes, chavirer au large des côtes espagnoles et de celles des pays riverains de la Méditerranée.

 

En dépit des plans d’actions déroulés par les pays membres de l’Union Européenne notamment la France et l’Espagne pour tenter de contenir les départs des «cayucos » vers les Iles Canaries, le drame sera irréversible ! La question de la migration est ainsi portée sur l’écran et devient un sujet de film. Chacun y allant de sa propre imagination, de sa propre analyse et de ses propres ressentiments par rapport à ce phénomène mondial. En Mauritanie, nos jeunes cinéastes vont se saisir de ce sujet pour en faire des films.

 

 

Ces films, empreints d’une réalité crue, sont en quelque sorte, une alerte sur l’immigration clandestine des jeunes africains. Dans «Le rêve brisé » d’Ousmane Diagana, on voit une mère qui ne pense qu’à amener son enfant en Europe. Au-delà de cette recherche de l’ailleurs, Ousmane Diagana a voulu porter un regard critique sur les raisons de ce phénomène. «Dans la plupart des films(sur l’immigration clandestine), constate-t-il, on pointe un doigt accusateur sur l’Europe. Je ne suis pas d’accord avec ses réalisateurs, écrivains ou journalistes qui le voient de cette manière. Sur l’immigration clandestine, nous, africains, avons aussi notre part de responsabilité. Nos gouvernants, aussi, ont leur part de responsabilité. Si, aujourd’hui, les jeunes quittent l’Afrique pour aller en Europe, ce n’est pas pour regarder le spectacle de la neige ou comment vivent les blancs. C’est la richesse économique qui les amène là-bas. Si on arrive à forger notre richesse économique (…), on arrivera à retenir les jeunes ».

 

La question de la migration est un sujet ouvert et chacun y va de ses propres réflexions. Quand certains portent un regard critique, d’autres déplorent la manière dont les expulsions se font et les arrestations. «Nous voyons tous les jours des immigrés qui se font retourner à leur pays d’origine. Nous avons vu aussi les images choquantes montrant des corps gisant au bord des côtes espagnoles. C’est vrai que ceux qui choisissent la voie de l’immigration clandestine n’ont pas le choix. Mais, ce n’est pas une raison supplémentaire pour se sacrifier bêtement en bravant la mort ! », lâche Moussa Samba Mbow, réalisateur de «Amanda ou la liberté »

 

Ces films sonnent ainsi comme un haro au phénomène de l’immigration clandestine. En outre, des films comme «Là-bas dans la capitale » de Ahmed Taleb Ould Taleb Khiar ayant remporté le 1ier prix de la SENAF traite d’une autre forme de migration plus connue sous le nom d’exode rural. «C’est le même processus qui est en marche ; que l’on quitte la brousse pour rejoindre Nouakchott ou que l’on quitte un pays pour un autre c’est toujours à la recherche d’une autre vie qu’on espère meilleure », tente-t-il d’expliquer.

 

Le film «Voyageurs égarés » de Jean Louis Chambon aborde lui le thème de la migration sous un angle différent. «J’ai voulu montrer que les immigrés, ce sont aussi des Européens qui viennent vivre en Afrique…. Et que là aussi, cela peut tourner mal ou s’avérer très décevant. Cependant, on ne peut mettre en parallèle les deux migrations, comme je l’ai fait dans ce film, que pour les opposer : l’européen a presque toujours des ressources matérielles derrière lui, alors que l’Africain, lui, retombe sans filet… Depuis que je suis en Afrique, cette inégalité n’a jamais cessé de me frapper », constate-t-il. 

A travers ces films, chacun essaie de porter un regard différend de la question migratoire avec une dose parfois de conscientisation. «L’Europe, ce n’est pas ce que vous pensez encore moins ce que montrent certains films bien faits qui poussent à rêvasser. Que la souffrance et la galère existent là-bas aussi ! D’ailleurs, les immigrés qui sont là-bas sont souvent maltraités et inconsidérés », affirme Mohamed Mahmoud dit Alphadi, réalisateur de «Les Frontières ». «Il n’y a pas que l’Europe pour vivre heureux. Le continent africain est plein de richesses ! Ils n’ont qu’à essayer de rester ici, travailler et vivre dans le bonheur. Au lieu de penser à l’Europe, encore l’Europe, toujours l’Europe ! », conclut-il.

Maintenant, reste à savoir, si les jeunes africains vont accepter d’entendre ce message.

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

 

 

 

 

 

 

( 9 juillet, 2008 )

Situation des migrants en Mauritanie:Elle est inquiétante, selon un rapport d’Amnesty International

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Les migrants vivent dans une situation extrêmement difficile en Mauritanie. C’est l’amer constat fait par Amnesty International qui a présenté ce 1ier juillet dernier, dans les locaux du Forum National des Organisations des Droits Humains (FOANDH), un rapport intitulé : ‘Mauritanie : «Personne ne veut de nous »’.   

 

Ce rapport d’une cinquantaine de pages nous édifie sur la manière dont des milliers de migrants, accusés de tenter de se rendre irrégulièrement aux Iles Canaries en Espagne depuis la Mauritanie, ont été appréhendés puis renvoyés vers le Mali ou le Sénégal sans aucun droit de recours pouvant remettre en cause cette décision devant un organe judiciaire. Cette conférence de presse a été animée par maître Niane Youssouf et Gaëtan Mootoo, auteurs de ce rapport et respectivement avocat mauritanien et chercheur mauricien. 

 

Des arrestations arbitraires, massives et disproportionnées 

 

Dans ce rapport qui a été présenté devant le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (Mohamed Saïd Ould Homedi) et de nombreuses associations mauritaniennes de défense des droits de l’Homme dont S.O.S. Esclaves, Amnesty International s’est dite extrêmement préoccupée par la politique sécuritaire de l’Union Européenne et de ses Etats membres, notamment l’Espagne, qui sont dans un processus d’externalisation de leur politique de gestion des flux migratoires. 

 

Le rapport d’Amnesty International s’appuie sur une mission de recherche effectuée en Mauritanie, en mars 2008, au cours de laquelle les délégués de l’organisation ont pu s’entretenir notamment avec des personnes détenues dans le Centre de Rétention de Nouadhibou, avec des migrants qui ont tenté- ou cherchaient à tenter- de rejoindre l’Europe ainsi qu’avec des réfugiés venant, pour la plupart, des pays de l’Afrique de l’Ouest. 

 

 «Un grand nombre d’entre eux ont été maintenus durant plusieurs jours dans ce centre où certains ont été victimes de mauvais traitements commis par les membres des forces de sécurité mauritaniennes », révèle le rapport qui indique que ces personnes ont été souvent victimes de rackettage et d’arrestations arbitraires de la part des autorités mauritaniennes. «Cette politique d’arrestations et de renvois collectifs de la part des autorités mauritaniennes, note le rapport, fait suite aux pressions intenses exercées sur ce pays par l’Union Européenne (UE) et notamment l’Espagne qui cherchent à impliquer certains pays africains dans leur lutte contre les migrations irrégulières vers l’Europe. » 

 

 

 

La Mauritanie signe, en 2003, avec l’Espagne un accord qui la contraint, moyennant d’importantes sommes d’argent, à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. C’est ainsi qu’une école a été transformée pour devenir Centre de Rétention de Nouadhibou. 

 

Aux yeux de maître Youssouf Niane, ce centre était conçu pour servir d’outil de contrôle de l’immigration en vue de freiner les migrations irrégulières vers l’Europe. «De telle sorte que tout celui qui tente de franchir les frontières mauritaniennes pour aller à l’étranger est immédiatement arrêté et détenu dans ce centre », constate-t-il. Et pourtant, il n’y a aucun texte qui réprime le fait pour un étranger de sortir de la Mauritanie pour aller vers un autre pays. 

 

«Ces arrestations ont provoqué un climat de terreur à Nouadhibou. Les migrants, aujourd’hui, ils ne peuvent pas se déplacer librement à l’intérieur de la ville parce qu’ils sont automatiquement soupçonnés (…) de vouloir préparer une embarcation. Ils ne peuvent pas circuler à certaines heures de la nuit. Ils sont quotidiennement sous la menace d’une arrestation. Beaucoup de migrants ont témoigné avoir été arrêtés pendant qu’ils revenaient de leur lieu de travail », raconte Youssouf Niane. 

 

 

Dans ce rapport aussi, Amnesty International explique «les raisons qui poussent des milliers de jeunes africains à affronter de rudes épreuves et parfois la mort pour tenter de rejoindre l’Europe ». Cette organisation déplore la manière dont «l’UE et ses Etats membres ont répondu à ces mouvements de migration irrégulière par un resserrement de leur politique de gestion des flux migratoires ». 

 

 

La pauvreté, l’absence de perspectives, d’avenir, la pression de la famille, la violence politique et les guerres civiles dans certains pays comme le Libéria, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire sont les motifs qui expliquent en grande partie le phénomène de l’immigration clandestine. 

 

Certains défenseurs des droits de l’Homme sont en train de se battre pour la suppression de ce centre qui n’a pas sa raison d’être en Mauritanie car il ne sert que les intérêts espagnols, selon eux. En plus, notre constitution interdit toute arrestation ou détention en dehors des cas déterminés par la loi et des formes légales. «Si la Mauritanie a fourni ce centre aux autorités espagnoles pour servir de dispositif de lutte contre l’immigration clandestine, en contrepartie, l’Espagne se devrait d’assurer le financement et la fourniture en moyens matériels et l’assistance technique aux autorités mauritaniennes pour pouvoir face à l’entretien de ce centre », a demandé maître Youssouf Niane. 

 

Les témoignages recueillis à Nouadhibou sont accablants et montrent que les droits des migrants et de certains réfugiés sont violés par les forces de sécurité mauritanienne qui procèdent parfois à des arrestations arbitraires, à des rackets et à des mauvais traitements à l’encontre de personnes accusées de vouloir rejoindre l’Europe de manière irrégulière. 

 

L’invasion des illégaux 

 

Aujourd’hui, quand les jeunes africains veulent franchir les portes de l’Europe, on parle d’invasion des illégaux. En outre, dans les pays européens, on associe souvent la question de la migration à celle de l’insécurité. Tous les plans sont bons pour contourner cette invasion. L’Europe continue de durcir sa politique  contre l’immigration clandestine qui est une préoccupation majeure de la présidence française à la tête de l’Union Européenne. Son objectif, c’est d’harmoniser la politique de la migration au sein de l’espace des Etats membres de l’Union Européenne. 

 

 «Quand on entend des dirigeants européens parler de la question européenne, de la notion européenne, de la philosophie européenne, on est très admiratifs. Mais à la fois, quand on voit l’Union Européenne qui essaie de renvoyer la question de la migration au sud de la Méditerranée, on est très surpris », déclare Gaëtan Mootoo qui voit à travers cette délégation de la question de la migration une sorte de fuite de responsabilité de la part des pays européens. «Ces accords que l’Union Européenne essaie de provoquer à tout prix, de pousser les pays d’Afrique à passer des accords de réadmission, signale-t-il, ont des effets pervers. » 

 

Il cite l’exemple de la Mauritanie qui a accepté de réadmettre sur son sol des ressortissants étrangers. «Ce n’est pas pour les garder sur le sol mauritanien mais c’est pour les expulser à Rosso ou vers la frontière malienne », s’indigne Gaëtan Mootoo. «Il suffit que vous ayez deux vestes, deux pantalons ; que vous ayez deux sacs sur le dos et que vous soyez rassemblés avec des amis dans un lieu quelconque, alors tout de suite on vous soupçonne de vouloir partir », ironise-t-il. «Il y a également un vrai réseau de trafic qui se fait. Il y a une complicité entre des passeurs et des policiers qui ferment les yeux pendant une demie heure ou un quart d’heure moyennant des sommes d’argent. Peu de temps après, ces personnes sont arrêtées. On prend le moteur, l’essence. On les dépouille de leurs portables », raconte-t-il.   

 

 «A l’époque, quand les blancs venaient en Afrique par la mer, on ne les traitait pas de clandestins ; pourquoi aujourd’hui, quand nous essayons d’aller par la mer en Europe, on nous traite de clandestins ». Ce graffiti, rapporté par Gaëtan Mootoo, est écrit par un migrant au Centre de Rétention de Nouadhibou. «Je trouve que c’est une revendication juste. On remet les pendules à l’heure sur cette question de la migration », croit-t-il.   

 

 Amnesty International, dans son nouveau rapport sur la situation des migrants en Mauritanie, a recommandé au gouvernement mauritanien d’observer certaines restrictions en ce qui concerne le placement en détention des migrants notamment que l’incarcération soit légale, qu’elle soit justifiée à titre de mesure nécessaire et proportionnée conforme au droit international, qu’elle fasse l’objet d’un examen judiciaire et que sa durée soit aussi brève que possible. 

 

Babacar  Baye Ndiaye

 

 

 

 

( 4 juillet, 2008 )

Photographie

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May San Alberto Giraldos présente sa nouvelle création artistique au public mauritanien

 

Imaginez que vous êtes en train de penser, parce que vous êtes préoccupé, parce que vous êtes seul…A ce moment précis, vous êtes ailleurs, vous êtes en train de vous éloignez de la réalité. Tout d’un coup, quelqu’un vous apostrophe et vous demande : «A quoi tu penses ? ». Que lui répondez-vous à part : «A rien ! A n’importe quoi ! ».

 

Avec cette idée, May San Alberto Giraldos a fait une espèce de collage digital à partir duquel on peut observer une couleur très vive, des traits horizontaux et des morceaux de photos verticales qui exhibent diverses formes humaines. Cela donne des structures architecturales impressionnantes. «Quand je demande à quoi tu penses ? Je fais allusion au spectateur qui est en train de regarder mon œuvre. C’est un échange et un dialogue entre l’artiste et le spectateur », explique May San Alberto Giraldos qui était de passage à Nouakchott pour présenter sa nouvelle création artistique, au musée national, sous le thème «A quoi tu penses ? » qui est une métaphore de la pensée.

 

D’Espagne, elle a amené plus d’une dizaine de tableaux lumineux qui résument parfaitement son parcours de voyageuse infatigable. Là où elle passe, elle s’arrête un moment, observe et scrute. Et, puis, tout d’un coup, on entend le crépitement des flashs. Elle en profite pour prendre des photographies qu’elle photocopiera, ciselera, assemblera et enfin collera pour donner naissance à une nouvelle vision des différentes photographies prises. C’est un travail minutieux qui demande beaucoup de dextérité et surtout d’attention pour créer un effet aux yeux du spectateur.

 

Artiste, en même temps, elle est infirmière à l’hôpital de Nouadhibou où elle vient 3 à 4 fois(pendant 15 jours à 1 mois) par an pour aider les infirmiers de cette structure sanitaire dans le cadre de la coopération entre l’Espagne et la Mauritanie. Elle ne voit aucune incompatibilité entre sa vocation artistique et son travail d’infirmière qu’elle exerce depuis plus d’une vingtaine d’années. 

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Son amour pour la peinture est né d’une envie de faire cet art destiné aux esprits élevés. Encouragée par Anna Perrédia, une de ses professeurs qui a très tôt décelé en elle des aptitudes artistiques, elle décide de faire ses humanités à la Faculté des Beaux-Arts de Tenerife aux Iles Canaries avant de se rendre en Angleterre pour se perfectionner dans le domaine artistique. De la poterie à la peinture, en passant par la gravure, les desseins, elle deviendra un touche-à-tout.

 

Parallèlement à ça, elle développe des projets artistiques sur la photographie qui est très développée en Espagne. Petit à petit, elle invente son propre style où elle utilise ingénieusement des techniques approfondies de mélange de la photographie, du dessin, du collage, d’animation, de la diffusion audiovisuelle, de la musique et de la luminosité.

 

Vingt ans de peinture ! Cela lui a permis de découvrir le monde, d’exposer dans les grandes villes européennes comme Paris, Londres ou Madrid. Elle aime voyager. C’est sa nature. La caractéristique des artistes ! Pour la première fois, elle expose ses produits artistiques en Mauritanie qu’elle a découverte en 1978. «J’étais jeune », se rappelle-t-elle. Aujourd’hui, elle trouve que la Mauritanie a beaucoup changé. «Il y a cent ans, la Mauritanie qu’on voit aujourd’hui n’existait pas. Il n’y avait rien. En l’espace de quelques décennies, la Mauritanie a beaucoup évolué. Je ne sais pas si c’est bien ou c’est mieux », s’interroge-t-elle.

 

May San Alberto Giraldos connaît mieux Nouadhibou que Nouakchott. La Mauritanie, confie-t-elle, est son second pays. Elle admire la détermination des femmes mauritaniennes qui ont laissé une forte impression sur elle. «Elles sont très courageuses. Elles commencent à revendiquer leur place dans la société. Elles se positionnent dans la politique, l’éducation, le commerce et les arts aussi », remarque-t-elle. «Il faut créer une Faculté des Beaux-Arts », plaide-t-elle en faveur des femmes artistes mauritaniennes pour qu’elles puissent s’épanouir artistiquement.  

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May San Alberto Giraldos a mis du temps pour s’imposer dans le domaine artistique. De tout temps, l’art a toujours été dominé par les hommes. Au fil des années, elle se trace un chemin à suivre. Bohémienne, symboliste, impressionniste, elle est aussi une artiste insaisissable. C’est ce qui fait certainement son charme et la particularité de son travail.

 

En Espagne, son pays d’origine, elle est devenue l’une des étoiles les plus en vue dans le domaine de la photographie. «Tu dois faire de la photographie », lui avait suggéré un de ses professeurs de la Faculté des Beaux-Arts de Tenerife. «J’ai commencé à y penser, se souvient-elle. Je ne voulais pas faire de la photographie parce qu’en Espagne tout le monde fait de la photographie. »

 

Dans son esprit, elle voulait faire autre chose. En un mot, elle voulait exhiber une nouvelle forme d’expression artistique. «J’ai pris 3 à 4 photos. Je les ai coupées en formes de colonnes d’un cm de large. J’ai fait un collage. Je les ai mélangées et ça donnait une autre réalité. » A partir de là, elle a commencé à faire beaucoup de collages pour faire naître une nouvelle forme d’expression.

 

D’esprit curieux et toujours vers la découverte de nouvelles astuces, elle ouvrira son propre atelier pour s’exercer ainsi à la peinture, et surtout, pour ressortir ce qu’elle a à l’esprit et dans l’âme. Etudiante déjà, elle rêvait de faire de la peinture. Des noms comme Sonia Delanoë entre autres femmes artistes qui ont marqué l’histoire de l’art en Europe l’influencèrent beaucoup aussi.

 

Une chose : May San Alberto Giraldos ne sait pas que photographier ou faire des collages. Elle sait aussi faire la cuisine !

 

Babacar Baye Ndiaye

 

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