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( 9 juillet, 2008 )

Les frères Athié:Le temps d’un concert, ils ressuscitent le reggae en Mauritanie

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On pensait qu’il n’y avait pas de jeunes musiciens mauritaniens qui sachent jouer de la musique reggae. Mais, les Frères Athié ont démontré, ce jeudi 26 juin dernier, au Centre Culturel français, qu’il n’en est rien. Sous un ciel d’été et devant un public enthousiasmé, ils ont joué durant deux tours d’horloge, les 11 morceaux qui composent leur nouvel album «Moritani ». À propos, «Moritani » ? Au-delà de la provocation linguistique se dissimule une profonde démystification de la Mauritanie. «Le pays ne fonctionne pas comme ça devrait, trouve Abdoul Athié, lead vocal du groupe. C’est une raison qui explique cette déformation orthographique. » 

On peut y voir  une certaine revendication à la justice, en référence aux événements douloureux qui se sont produits entre 1986 et 1991. Cette chanson «Moritani » qui est le titre éponyme de l’album relate aussi la mémoire des intellectuels et officiers noirs trucidés  pendant cette époque par le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya. «On est obligé d’en parler », pense Abdoul Athié.  

Il y a eu une véritable communion entre eux et le public qui en demandait toujours. Les frères Athié, c’est d’abord l’histoire d’une famille que rien ne prédestinait à faire ensemble de la musique. Dès les premières notes distillées, on avait cru qu’on était quelque part en Jamaïque, la terre de naissance du reggae ; on croyait que c’était Bob Marley, ressuscité, qui donnait un concert. «Les gens écoutent de plus en plus de reggae. Il y a un véritable retour à la musique de Bob Marley, notamment de la part des jeunes. Le reggae ressemble un peu à nos musiques traditionnelles. C’est la même base. Les gens s’y identifient et s’y retrouvent très rapidement. Ce sont les mêmes vibrations. Nous, les jeunes, aimons beaucoup tout ce qui est engagé », commente Abdoul Athié. 

Leurs chansons traitent des sujets sans limites : l’espoir, la tolérance, la paix, la citoyenneté, la fraternité, bref tout ce qui touche à la susceptibilité du cœur humain. Avec eux, on est sûr de passer d’agréables moments de musique, de redécouvrir notre identité, de savoir qu’on est avant tout des êtres appelés à vivre ensemble. Leurs chansons constituent des points d’interrogation et un regard sur la société mauritanienne. 

Leurs textes, très engagés, sont empreints de réalisme, de tempérance et de tolérance. On en a vachement besoin surtout à cette époque où nous vivons marqué par des tiraillements, des turbulences tous azimuts. Leurs chansons sont aussi une invitation à ne pas omettre nos valeurs culturelles, nos origines et nos croyances. 

Le groupe «Les Frères Athié » existe depuis 1995 sur l’initiative de Vieux (bassiste) et Alpha (soliste). Après avoir accompagné un groupe de Kaédi qui s’appelait «Dandé Léniol » ou la Voix du Peuple, Vieux et Alpha décident de former leur propre groupe. C’est eux qui vont entraîner leurs autres frangins dans la musique. Petit à petit, ils vont s’écarter de leurs études auxquelles ils ne croyaient plus.  

Abdoul en deviendra le lead vocal incontesté. Avec un répertoire vide, «Les Frères Athié » font des reprises de certains morceaux de Bob Marley et de Dire Straits pour roder le groupe. Passionnés de musique, ils vont tronquer leur habit de futurs marabouts pour celui de musiciens. Leur père, un marabout érudit, finira, en dépit de ses réticences, par accepter le choix de ses héritiers qui ont préféré la voie musicale.  

Il est inimaginable, voire inacceptable, dans les familles maraboutiques qu’un des leurs fasse de la musique. C’est une abomination à leurs yeux et même une malédiction. À leurs yeux, faire de la musique, c’est pactiser avec le diable. Abdoul et les siens ont dû user de tous les subterfuges pour venir à bout de l’opposition parentale notamment de leur père, connu pour sa rigueur, son orthodoxie et sa foi en la religion musulmane.  

En plus, cela était aussi inadmissible parce qu’ils sont de sang noble et par conséquent ne doivent pas faire de la musique qui est une activité strictement réservée aux griots. Ce genre de préjugés a gâché la carrière de nombreux artistes. 

Originaires de Kaédi, au sud de la Mauritanie, ils habitent présentement le quartier chic de Las Palmas (à Nouakchott) où ils ont aménagé leur propre studio et où ils font aussi leur enregistrement et leur répétions. Comme à l’image de tous les autres artistes mauritaniens, ils s’indignent de l’absence de structures musicales en Mauritanie et de la cherté de la location des deux maisons de jeunes qui ne s’obstiennent qu’en débloquant plus de 200.000 UM. Quel est ce musicien mauritanien qui peut se payer ce luxe s’il n’a aucun sponsoring derrière lui ?  

Le seul espace ouvert à nos musiciens, c’est le Centre Culturel Français où rêvent de jouer les artistes mauritaniens. «Il faut mettre en place une grande structure musicale, suggère Abdoul Athié, lead vocal du groupe, où l’on puisse organiser des tremplins, des concours pour gagner un enregistrement en partenariat avec le ministère de la Culture ou avec une association de musiciens (…). Les musiciens n’ont pas assez de moyens. Il est impératif d’essayer d’imaginer des spectacles qui peuvent profiter aux artistes. » 

Des enfants de la rue à l’immigration clandestine en passant par la femme, celle qui trime, fagote, se bat pour le développement de son pays, le nouvel album des Frères Athié constitue la somme d’une longue expérience et le résultat de plusieurs influences musicales dont notamment celles de Bob Marley et un creuset des racines culturelles mauritaniennes. En un mot, le fruit d’un gigantesque travail !

 

Babacar Baye Ndiaye

( 9 juillet, 2008 )

Anniversaire:Dj Khalzo fête ses 6 ans de microphone

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En prélude à l’anniversaire de ses 6 ans d’animation et de présentation, Dj Khalzo a tenu une conférence de presse au Centre Culturel Français, ce dimanche 6 juillet, pour parler de cet événement qui aura lieu le 10 juillet prochain avec un grand concert animé par de célèbres groupes de Rap mauritaniens. Il a parlé de ses débuts dans le Rap et sa reconversion au métier de Disc Jockey (DJ). Entre autres sujets évoqués, le manque de soutien dont souffrent nos artistes et ses rapports avec Dj Paco.

 

Avant de se lancer dans le métier d’animateur-présentateur en 2002, Dj Khalzo fut d’abord un rappeur. Il était membre d’un groupe qu’on appelait à l’époque «Children Black Africa ». Quelques années plus tard, il change d’air et se lance, avec Ernesto, alias Thié Koné, dans la formation d’un autre groupe de Rap «Be One Black». Le destin ne tient à rien. Il suffit d’un petit événement quelconque pour que tout bascule, dans un sens ou dans un autre.

 

Il était écrit qu’il deviendrait un jour animateur-présentateur. Le virus du DJ l’a rattrapé un jour, lorsqu’il a remplacé celui qui d’habitude présentait les spectacles. Depuis ce jour-là, il traîne ce virus. Encouragé à cette époque par la bande à Papa Fall et F-Diou qui deviendra plus tard «Military Underground», il décide de rentrer de plain pied dans le métier d’animateur-présentateur.

 

D’encouragements en encouragements, il se sent pousser des ailes. Et puis, «la volonté a commencé à naître, avoue-t-il. Et, au fil des temps, je me suis lancé (dans le métier de DJ) et je suis devenu ce que je suis aujourd’hui. »

 

Un an d’existence, ça se fête, a fortiori 6 ans ! Pour sa 6ème année de microphone, Dj Khalzo a inclus dans la manifestation l’Association des Jeunes Mauritaniens pour la Culture, le loisir et la technique. Ce jeudi 10 juillet, jour d’anniversaire de ses 6 ans de microphone, il y aura 19 prestations de spectacles (individuelles et en groupe) en plus d’un documentaire sur … lui-même !

 

«Ce sera un anniversaire dédié à la jeunesse mauritanienne», explique-t-il. De Minen Teye à Ewlad Leblad en passant par Military Underground, Diam Min Tekky et Rue Publik, pour ne citer que ceux-là, Dj Khalzo a fouiné son nez partout pour dénicher presque tous les meilleurs groupes de Rap et de rappeurs du moment. «Je ne le fais pas pour l’argent», prévient-il.

 

C’est un secret de polichinelle : les artistes mauritaniens souffrent de tout et surtout du manque de mécénat. L’occasion, pour DJ Khalzo, d’évoquer leur sort «En Mauritanie, il y a une activité à laquelle on n’accorde pas assez d’importance. C’est la musique.», déplore-t-il devenu subitement critique. Vous qui avez toujours pensé que Khally Mamadou Diallo alias Dj Khalzo ne sait que se saisir d’un microphone ou annoncer la montée sur la scène d’un artiste, détrompez-vous !

 

Il sait aussi dénoncer. User des détours, il ne connaît pas. «Jamais, un artiste mauritanien n’a organisé un spectacle, un festival soutenu par une entreprise. Ces sociétés-là organisent des manifestations  mais n’invitent pas les artistes mauritaniens. Elles partent au Sénégal chercher des artistes ! », témoigne-t-il en dénonçant l’attitude de nos entreprises qui refusent de sponsoriser les musiciens mauritaniens.

 

«Dis la vérité», rapporte-t-il d’un verset du Saint Coran. Aujourd’hui, celui qui a tout donné à la jeunesse mauritanienne ne demande qu’une chose : que cette jeunesse, longtemps mise au banc, réunisse et fasse des efforts pour participer au développement de la Mauritanie en mettant de côté les préjugés liés à la couleur, à la race, à la communauté, qui sont un terrain dangereux ! 

 

Dj Khalzo compte aussi s’inscrire dans l’ancrage de la démocratie, le respect entre les communautés du pays, l’unité nationale, le changement de mentalités et l’amélioration des conditions de vie des populations mauritaniennes. Il compte, parallèlement, s’engager dans tout ce qui est lutte contre la pauvreté, les pandémies et les endémies en Mauritanie. C’est dans ce cadre que sa collaboration avec l’Association des Jeunes Mauritaniens pour la Culture, le Loisir et la Technique est née.

 

La carrière de Dj Khalzo a connu des hauts et des bas. Le métier d’animateur-présentateur ? «C’est très difficile. C’est très dur», s’empresse-t-il de dire. Mais n’empêche, il a toujours cru qu’au bout du chemin, il y a de la lumière. «Je suis fier d’être un Dj mauritanien. C’est ce qui fait ma fierté ! Sans me jeter des fleurs, si je ne voulais pas vivre en Mauritanie au coté de la jeunesse mauritanienne, je serais parti pour ne plus revenir en Mauritanie (…). Au lieu de partir en France, je préfère rester ici et participer au développement de mon pays», s’exalte-t-il.

 

Homme de principe, il refuse de verser dans la versatilité. Aujourd’hui, il s’insurge contre certaines personnes qui n’ont pas accompli leur mission et surtout contre la manipulation dont la jeunesse mauritanienne est souvent victime à cause d’un système qui, pense-t-il, est mis en place pour coincer l’épanouissement de la jeunesse mauritanienne. «Celui qui va à la chasse doit s’attendre à tout», lâche-t-il, devenant subitement philosophe.

 

 

Ses relations avec Dj Paco ont été abordées au cours de sa conférence de presse qu’il a tenu dans la salle des spectacles du Centre Culturel Français de Nouakchott. Entre lui et Paco, il n’y a aucun malentendu ni un esprit de concurrence ou d’animosité. «Paco, c’est un grand-frère. Seul Dieu sait ce qu’il y a dans mon cœur à son égard», tente-t-il de nous expliquer pour nous faire avaler la pilule. Pour nous convaincre, il part puiser encore dans la sagesse populaire avec son bons sens légendaire, à toute épreuve : «La personne, c’est le cœur. Ce n’est pas la langue ».

 

 

Même s’il reconnaît en Dj Paco, qui n’a pas été présent à sa conférence de presse, sa belle voix et son talent certain, il avoue cependant : «C’est tout à fait normal, quelque part, qu’il y ait des petites querelles. Il arrive des fois qu’on vous coince devant la porte ! Je subis parfois certaines difficultés, mais bon j’oublie. S’il n’est pas là, ce n’est pas parce qu’il n’est pas au courant. Entre lui et moi, il n’y a aucune jalousie.»

 

 

Au cours de sa conférence, il a défendu la cause des jeunes mauritaniens. Dj Khalzo en a profité pour bifurquer vers la politique en demandant l’implication de la jeunesse dans le jeu politique. Et qu’aussi, les partis politiques ouvrent leurs portes aux jeunes mauritaniens en les associant aux prises de décision. Toutefois, il ne se s’est pas contenté uniquement de se ranger du côté de la jeunesse mauritanienne.

 

Il a dénoncé le manque de patriotisme de la part des jeunes mauritaniens qui n’ont aucune idée de la République et de ses institutions. Admirateur de Moktar Ould Daddah, il reprend une de ses citations que le père de la nation aimait à dire : «La Mauritanie sera ce qu’en fera sa jeunesse». Il a pointé aussi un doigt accusateur sur l’attitude des «vieux loups», corrompus qui refusent de céder la place aux jeunes cadres. «Ils lavent le torchon sale sur notre dos et nous les jeunes, nous continuons à dormir», regrette-t-il. Il faut que cela cesse !

 

Babacar Baye Ndiaye

( 9 juillet, 2008 )

A la recherche d’une vie meilleure:L’immigration clandestine vue par nos cinéastes

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Durant la troisième édition de la Semaine Nationale du Film (SENAF), une douzaine de courts-métrages ont été projetés, tous réalisés par de jeunes cinéastes mauritaniens. Leur particularité et leur point commun : ils évoquent sans exception la thématique de l’immigration clandestine. D’où le thème choisie à cette édition : «Migration…d’ici et de là-bas ».

 

Face à la forte pression migratoire, les pays européens corsent et durcissent les mesures contre l’immigration clandestine des jeunes africains, chassés de leur pays par la misère, la pauvreté et l’absence de perspectives. En 2006, à la demande de l’Espagne, complètement débordée par l’arrivée massive d’immigrants illégaux, sur l’archipel espagnol des Canaries, Frontex, créée en 2004 (une agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union Européenne) met en place un dispositif de contrôle de l’immigration clandestine au large du Sénégal et de la Mauritanie.

 

Le 18 juin 2008, les députés européens adoptent, dans le même sillage, un projet de loi fixant des normes minimales communes au renvoi des sans-papiers de l’Union Européenne. Cette loi européenne, sur initiative française, baptisée «directive retour », vise en priorité à faciliter les départs volontaires des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans l’Union Européenne tout en prévoyant la nécessité de les expulser dans le cas contraire, avec une durée de rétention minimale de 18 mois, et un bannissement de 5 ans après expulsion.

 

Visiblement, ces mesures, décriées à contrecoeur par de nombreuses organisations non gouvernementales et des droits-de-l’hommistes, visent substantiellement les migrants africains illégaux. Tous les moyens sont parfaits pour circonscrire, à défaut de la contrecarrer, l’immigration illégale des jeunes africains. Craignant d’être infestés, les pays européens signent par-ci et coopèrent par-là. Ceci dans le but de montrer que l’Europe ne peut pas accueillir, nourrir, loger et donner du travail à tous ces jeunes désespérés issus souvent de milieux défavorisés.

 

Les contrôles et les recherches se renforcent. Par exemple, en décembre 2007, à Tripoli, dans la capitale libyenne, le ministre italien de l’Intérieur, Giuliano Amato, et le ministre libyen des affaires étrangères, Abdurrahman Mohamed Shalgam, signent un accord de coopération pour lutter contre l’immigration clandestine.

 

Dans la foulée, l’Espagne fait signer à la Mauritanie, en 2003, un accord qui la contraint à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. Un Centre de Rétention pour migrants sera créé à Nouadhibou, sur fonds espagnol.

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Plus qu’un sujet d’actualité, le phénomène de la migration touche presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest où des milliers de jeunes tentent de rejoindre l’Europe via la Mauritanie. Même si ce n’est pas un phénomène nouveau, il connaît de plus en plus un développement spectaculaire. Malheureusement, le continent africain n’échappe pas à ce phénomène. Mondialisation oblige ! Et, surtout, nécessité de réussir dans la vie. Nous gardons fraîchement ces images choquantes exhibant des «cayucos », remplis d’âmes, chavirer au large des côtes espagnoles et de celles des pays riverains de la Méditerranée.

 

En dépit des plans d’actions déroulés par les pays membres de l’Union Européenne notamment la France et l’Espagne pour tenter de contenir les départs des «cayucos » vers les Iles Canaries, le drame sera irréversible ! La question de la migration est ainsi portée sur l’écran et devient un sujet de film. Chacun y allant de sa propre imagination, de sa propre analyse et de ses propres ressentiments par rapport à ce phénomène mondial. En Mauritanie, nos jeunes cinéastes vont se saisir de ce sujet pour en faire des films.

 

 

Ces films, empreints d’une réalité crue, sont en quelque sorte, une alerte sur l’immigration clandestine des jeunes africains. Dans «Le rêve brisé » d’Ousmane Diagana, on voit une mère qui ne pense qu’à amener son enfant en Europe. Au-delà de cette recherche de l’ailleurs, Ousmane Diagana a voulu porter un regard critique sur les raisons de ce phénomène. «Dans la plupart des films(sur l’immigration clandestine), constate-t-il, on pointe un doigt accusateur sur l’Europe. Je ne suis pas d’accord avec ses réalisateurs, écrivains ou journalistes qui le voient de cette manière. Sur l’immigration clandestine, nous, africains, avons aussi notre part de responsabilité. Nos gouvernants, aussi, ont leur part de responsabilité. Si, aujourd’hui, les jeunes quittent l’Afrique pour aller en Europe, ce n’est pas pour regarder le spectacle de la neige ou comment vivent les blancs. C’est la richesse économique qui les amène là-bas. Si on arrive à forger notre richesse économique (…), on arrivera à retenir les jeunes ».

 

La question de la migration est un sujet ouvert et chacun y va de ses propres réflexions. Quand certains portent un regard critique, d’autres déplorent la manière dont les expulsions se font et les arrestations. «Nous voyons tous les jours des immigrés qui se font retourner à leur pays d’origine. Nous avons vu aussi les images choquantes montrant des corps gisant au bord des côtes espagnoles. C’est vrai que ceux qui choisissent la voie de l’immigration clandestine n’ont pas le choix. Mais, ce n’est pas une raison supplémentaire pour se sacrifier bêtement en bravant la mort ! », lâche Moussa Samba Mbow, réalisateur de «Amanda ou la liberté »

 

Ces films sonnent ainsi comme un haro au phénomène de l’immigration clandestine. En outre, des films comme «Là-bas dans la capitale » de Ahmed Taleb Ould Taleb Khiar ayant remporté le 1ier prix de la SENAF traite d’une autre forme de migration plus connue sous le nom d’exode rural. «C’est le même processus qui est en marche ; que l’on quitte la brousse pour rejoindre Nouakchott ou que l’on quitte un pays pour un autre c’est toujours à la recherche d’une autre vie qu’on espère meilleure », tente-t-il d’expliquer.

 

Le film «Voyageurs égarés » de Jean Louis Chambon aborde lui le thème de la migration sous un angle différent. «J’ai voulu montrer que les immigrés, ce sont aussi des Européens qui viennent vivre en Afrique…. Et que là aussi, cela peut tourner mal ou s’avérer très décevant. Cependant, on ne peut mettre en parallèle les deux migrations, comme je l’ai fait dans ce film, que pour les opposer : l’européen a presque toujours des ressources matérielles derrière lui, alors que l’Africain, lui, retombe sans filet… Depuis que je suis en Afrique, cette inégalité n’a jamais cessé de me frapper », constate-t-il. 

A travers ces films, chacun essaie de porter un regard différend de la question migratoire avec une dose parfois de conscientisation. «L’Europe, ce n’est pas ce que vous pensez encore moins ce que montrent certains films bien faits qui poussent à rêvasser. Que la souffrance et la galère existent là-bas aussi ! D’ailleurs, les immigrés qui sont là-bas sont souvent maltraités et inconsidérés », affirme Mohamed Mahmoud dit Alphadi, réalisateur de «Les Frontières ». «Il n’y a pas que l’Europe pour vivre heureux. Le continent africain est plein de richesses ! Ils n’ont qu’à essayer de rester ici, travailler et vivre dans le bonheur. Au lieu de penser à l’Europe, encore l’Europe, toujours l’Europe ! », conclut-il.

Maintenant, reste à savoir, si les jeunes africains vont accepter d’entendre ce message.

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

 

 

 

 

 

 

( 9 juillet, 2008 )

Situation des migrants en Mauritanie:Elle est inquiétante, selon un rapport d’Amnesty International

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Les migrants vivent dans une situation extrêmement difficile en Mauritanie. C’est l’amer constat fait par Amnesty International qui a présenté ce 1ier juillet dernier, dans les locaux du Forum National des Organisations des Droits Humains (FOANDH), un rapport intitulé : ‘Mauritanie : «Personne ne veut de nous »’.   

 

Ce rapport d’une cinquantaine de pages nous édifie sur la manière dont des milliers de migrants, accusés de tenter de se rendre irrégulièrement aux Iles Canaries en Espagne depuis la Mauritanie, ont été appréhendés puis renvoyés vers le Mali ou le Sénégal sans aucun droit de recours pouvant remettre en cause cette décision devant un organe judiciaire. Cette conférence de presse a été animée par maître Niane Youssouf et Gaëtan Mootoo, auteurs de ce rapport et respectivement avocat mauritanien et chercheur mauricien. 

 

Des arrestations arbitraires, massives et disproportionnées 

 

Dans ce rapport qui a été présenté devant le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (Mohamed Saïd Ould Homedi) et de nombreuses associations mauritaniennes de défense des droits de l’Homme dont S.O.S. Esclaves, Amnesty International s’est dite extrêmement préoccupée par la politique sécuritaire de l’Union Européenne et de ses Etats membres, notamment l’Espagne, qui sont dans un processus d’externalisation de leur politique de gestion des flux migratoires. 

 

Le rapport d’Amnesty International s’appuie sur une mission de recherche effectuée en Mauritanie, en mars 2008, au cours de laquelle les délégués de l’organisation ont pu s’entretenir notamment avec des personnes détenues dans le Centre de Rétention de Nouadhibou, avec des migrants qui ont tenté- ou cherchaient à tenter- de rejoindre l’Europe ainsi qu’avec des réfugiés venant, pour la plupart, des pays de l’Afrique de l’Ouest. 

 

 «Un grand nombre d’entre eux ont été maintenus durant plusieurs jours dans ce centre où certains ont été victimes de mauvais traitements commis par les membres des forces de sécurité mauritaniennes », révèle le rapport qui indique que ces personnes ont été souvent victimes de rackettage et d’arrestations arbitraires de la part des autorités mauritaniennes. «Cette politique d’arrestations et de renvois collectifs de la part des autorités mauritaniennes, note le rapport, fait suite aux pressions intenses exercées sur ce pays par l’Union Européenne (UE) et notamment l’Espagne qui cherchent à impliquer certains pays africains dans leur lutte contre les migrations irrégulières vers l’Europe. » 

 

 

 

La Mauritanie signe, en 2003, avec l’Espagne un accord qui la contraint, moyennant d’importantes sommes d’argent, à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. C’est ainsi qu’une école a été transformée pour devenir Centre de Rétention de Nouadhibou. 

 

Aux yeux de maître Youssouf Niane, ce centre était conçu pour servir d’outil de contrôle de l’immigration en vue de freiner les migrations irrégulières vers l’Europe. «De telle sorte que tout celui qui tente de franchir les frontières mauritaniennes pour aller à l’étranger est immédiatement arrêté et détenu dans ce centre », constate-t-il. Et pourtant, il n’y a aucun texte qui réprime le fait pour un étranger de sortir de la Mauritanie pour aller vers un autre pays. 

 

«Ces arrestations ont provoqué un climat de terreur à Nouadhibou. Les migrants, aujourd’hui, ils ne peuvent pas se déplacer librement à l’intérieur de la ville parce qu’ils sont automatiquement soupçonnés (…) de vouloir préparer une embarcation. Ils ne peuvent pas circuler à certaines heures de la nuit. Ils sont quotidiennement sous la menace d’une arrestation. Beaucoup de migrants ont témoigné avoir été arrêtés pendant qu’ils revenaient de leur lieu de travail », raconte Youssouf Niane. 

 

 

Dans ce rapport aussi, Amnesty International explique «les raisons qui poussent des milliers de jeunes africains à affronter de rudes épreuves et parfois la mort pour tenter de rejoindre l’Europe ». Cette organisation déplore la manière dont «l’UE et ses Etats membres ont répondu à ces mouvements de migration irrégulière par un resserrement de leur politique de gestion des flux migratoires ». 

 

 

La pauvreté, l’absence de perspectives, d’avenir, la pression de la famille, la violence politique et les guerres civiles dans certains pays comme le Libéria, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire sont les motifs qui expliquent en grande partie le phénomène de l’immigration clandestine. 

 

Certains défenseurs des droits de l’Homme sont en train de se battre pour la suppression de ce centre qui n’a pas sa raison d’être en Mauritanie car il ne sert que les intérêts espagnols, selon eux. En plus, notre constitution interdit toute arrestation ou détention en dehors des cas déterminés par la loi et des formes légales. «Si la Mauritanie a fourni ce centre aux autorités espagnoles pour servir de dispositif de lutte contre l’immigration clandestine, en contrepartie, l’Espagne se devrait d’assurer le financement et la fourniture en moyens matériels et l’assistance technique aux autorités mauritaniennes pour pouvoir face à l’entretien de ce centre », a demandé maître Youssouf Niane. 

 

Les témoignages recueillis à Nouadhibou sont accablants et montrent que les droits des migrants et de certains réfugiés sont violés par les forces de sécurité mauritanienne qui procèdent parfois à des arrestations arbitraires, à des rackets et à des mauvais traitements à l’encontre de personnes accusées de vouloir rejoindre l’Europe de manière irrégulière. 

 

L’invasion des illégaux 

 

Aujourd’hui, quand les jeunes africains veulent franchir les portes de l’Europe, on parle d’invasion des illégaux. En outre, dans les pays européens, on associe souvent la question de la migration à celle de l’insécurité. Tous les plans sont bons pour contourner cette invasion. L’Europe continue de durcir sa politique  contre l’immigration clandestine qui est une préoccupation majeure de la présidence française à la tête de l’Union Européenne. Son objectif, c’est d’harmoniser la politique de la migration au sein de l’espace des Etats membres de l’Union Européenne. 

 

 «Quand on entend des dirigeants européens parler de la question européenne, de la notion européenne, de la philosophie européenne, on est très admiratifs. Mais à la fois, quand on voit l’Union Européenne qui essaie de renvoyer la question de la migration au sud de la Méditerranée, on est très surpris », déclare Gaëtan Mootoo qui voit à travers cette délégation de la question de la migration une sorte de fuite de responsabilité de la part des pays européens. «Ces accords que l’Union Européenne essaie de provoquer à tout prix, de pousser les pays d’Afrique à passer des accords de réadmission, signale-t-il, ont des effets pervers. » 

 

Il cite l’exemple de la Mauritanie qui a accepté de réadmettre sur son sol des ressortissants étrangers. «Ce n’est pas pour les garder sur le sol mauritanien mais c’est pour les expulser à Rosso ou vers la frontière malienne », s’indigne Gaëtan Mootoo. «Il suffit que vous ayez deux vestes, deux pantalons ; que vous ayez deux sacs sur le dos et que vous soyez rassemblés avec des amis dans un lieu quelconque, alors tout de suite on vous soupçonne de vouloir partir », ironise-t-il. «Il y a également un vrai réseau de trafic qui se fait. Il y a une complicité entre des passeurs et des policiers qui ferment les yeux pendant une demie heure ou un quart d’heure moyennant des sommes d’argent. Peu de temps après, ces personnes sont arrêtées. On prend le moteur, l’essence. On les dépouille de leurs portables », raconte-t-il.   

 

 «A l’époque, quand les blancs venaient en Afrique par la mer, on ne les traitait pas de clandestins ; pourquoi aujourd’hui, quand nous essayons d’aller par la mer en Europe, on nous traite de clandestins ». Ce graffiti, rapporté par Gaëtan Mootoo, est écrit par un migrant au Centre de Rétention de Nouadhibou. «Je trouve que c’est une revendication juste. On remet les pendules à l’heure sur cette question de la migration », croit-t-il.   

 

 Amnesty International, dans son nouveau rapport sur la situation des migrants en Mauritanie, a recommandé au gouvernement mauritanien d’observer certaines restrictions en ce qui concerne le placement en détention des migrants notamment que l’incarcération soit légale, qu’elle soit justifiée à titre de mesure nécessaire et proportionnée conforme au droit international, qu’elle fasse l’objet d’un examen judiciaire et que sa durée soit aussi brève que possible. 

 

Babacar  Baye Ndiaye

 

 

 

 

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