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( 9 juillet, 2008 )

Les frères Athié:Le temps d’un concert, ils ressuscitent le reggae en Mauritanie

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On pensait qu’il n’y avait pas de jeunes musiciens mauritaniens qui sachent jouer de la musique reggae. Mais, les Frères Athié ont démontré, ce jeudi 26 juin dernier, au Centre Culturel français, qu’il n’en est rien. Sous un ciel d’été et devant un public enthousiasmé, ils ont joué durant deux tours d’horloge, les 11 morceaux qui composent leur nouvel album «Moritani ». À propos, «Moritani » ? Au-delà de la provocation linguistique se dissimule une profonde démystification de la Mauritanie. «Le pays ne fonctionne pas comme ça devrait, trouve Abdoul Athié, lead vocal du groupe. C’est une raison qui explique cette déformation orthographique. » 

On peut y voir  une certaine revendication à la justice, en référence aux événements douloureux qui se sont produits entre 1986 et 1991. Cette chanson «Moritani » qui est le titre éponyme de l’album relate aussi la mémoire des intellectuels et officiers noirs trucidés  pendant cette époque par le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya. «On est obligé d’en parler », pense Abdoul Athié.  

Il y a eu une véritable communion entre eux et le public qui en demandait toujours. Les frères Athié, c’est d’abord l’histoire d’une famille que rien ne prédestinait à faire ensemble de la musique. Dès les premières notes distillées, on avait cru qu’on était quelque part en Jamaïque, la terre de naissance du reggae ; on croyait que c’était Bob Marley, ressuscité, qui donnait un concert. «Les gens écoutent de plus en plus de reggae. Il y a un véritable retour à la musique de Bob Marley, notamment de la part des jeunes. Le reggae ressemble un peu à nos musiques traditionnelles. C’est la même base. Les gens s’y identifient et s’y retrouvent très rapidement. Ce sont les mêmes vibrations. Nous, les jeunes, aimons beaucoup tout ce qui est engagé », commente Abdoul Athié. 

Leurs chansons traitent des sujets sans limites : l’espoir, la tolérance, la paix, la citoyenneté, la fraternité, bref tout ce qui touche à la susceptibilité du cœur humain. Avec eux, on est sûr de passer d’agréables moments de musique, de redécouvrir notre identité, de savoir qu’on est avant tout des êtres appelés à vivre ensemble. Leurs chansons constituent des points d’interrogation et un regard sur la société mauritanienne. 

Leurs textes, très engagés, sont empreints de réalisme, de tempérance et de tolérance. On en a vachement besoin surtout à cette époque où nous vivons marqué par des tiraillements, des turbulences tous azimuts. Leurs chansons sont aussi une invitation à ne pas omettre nos valeurs culturelles, nos origines et nos croyances. 

Le groupe «Les Frères Athié » existe depuis 1995 sur l’initiative de Vieux (bassiste) et Alpha (soliste). Après avoir accompagné un groupe de Kaédi qui s’appelait «Dandé Léniol » ou la Voix du Peuple, Vieux et Alpha décident de former leur propre groupe. C’est eux qui vont entraîner leurs autres frangins dans la musique. Petit à petit, ils vont s’écarter de leurs études auxquelles ils ne croyaient plus.  

Abdoul en deviendra le lead vocal incontesté. Avec un répertoire vide, «Les Frères Athié » font des reprises de certains morceaux de Bob Marley et de Dire Straits pour roder le groupe. Passionnés de musique, ils vont tronquer leur habit de futurs marabouts pour celui de musiciens. Leur père, un marabout érudit, finira, en dépit de ses réticences, par accepter le choix de ses héritiers qui ont préféré la voie musicale.  

Il est inimaginable, voire inacceptable, dans les familles maraboutiques qu’un des leurs fasse de la musique. C’est une abomination à leurs yeux et même une malédiction. À leurs yeux, faire de la musique, c’est pactiser avec le diable. Abdoul et les siens ont dû user de tous les subterfuges pour venir à bout de l’opposition parentale notamment de leur père, connu pour sa rigueur, son orthodoxie et sa foi en la religion musulmane.  

En plus, cela était aussi inadmissible parce qu’ils sont de sang noble et par conséquent ne doivent pas faire de la musique qui est une activité strictement réservée aux griots. Ce genre de préjugés a gâché la carrière de nombreux artistes. 

Originaires de Kaédi, au sud de la Mauritanie, ils habitent présentement le quartier chic de Las Palmas (à Nouakchott) où ils ont aménagé leur propre studio et où ils font aussi leur enregistrement et leur répétions. Comme à l’image de tous les autres artistes mauritaniens, ils s’indignent de l’absence de structures musicales en Mauritanie et de la cherté de la location des deux maisons de jeunes qui ne s’obstiennent qu’en débloquant plus de 200.000 UM. Quel est ce musicien mauritanien qui peut se payer ce luxe s’il n’a aucun sponsoring derrière lui ?  

Le seul espace ouvert à nos musiciens, c’est le Centre Culturel Français où rêvent de jouer les artistes mauritaniens. «Il faut mettre en place une grande structure musicale, suggère Abdoul Athié, lead vocal du groupe, où l’on puisse organiser des tremplins, des concours pour gagner un enregistrement en partenariat avec le ministère de la Culture ou avec une association de musiciens (…). Les musiciens n’ont pas assez de moyens. Il est impératif d’essayer d’imaginer des spectacles qui peuvent profiter aux artistes. » 

Des enfants de la rue à l’immigration clandestine en passant par la femme, celle qui trime, fagote, se bat pour le développement de son pays, le nouvel album des Frères Athié constitue la somme d’une longue expérience et le résultat de plusieurs influences musicales dont notamment celles de Bob Marley et un creuset des racines culturelles mauritaniennes. En un mot, le fruit d’un gigantesque travail !

 

Babacar Baye Ndiaye

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