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( 9 juillet, 2008 )

Situation des migrants en Mauritanie:Elle est inquiétante, selon un rapport d’Amnesty International

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Les migrants vivent dans une situation extrêmement difficile en Mauritanie. C’est l’amer constat fait par Amnesty International qui a présenté ce 1ier juillet dernier, dans les locaux du Forum National des Organisations des Droits Humains (FOANDH), un rapport intitulé : ‘Mauritanie : «Personne ne veut de nous »’.   

 

Ce rapport d’une cinquantaine de pages nous édifie sur la manière dont des milliers de migrants, accusés de tenter de se rendre irrégulièrement aux Iles Canaries en Espagne depuis la Mauritanie, ont été appréhendés puis renvoyés vers le Mali ou le Sénégal sans aucun droit de recours pouvant remettre en cause cette décision devant un organe judiciaire. Cette conférence de presse a été animée par maître Niane Youssouf et Gaëtan Mootoo, auteurs de ce rapport et respectivement avocat mauritanien et chercheur mauricien. 

 

Des arrestations arbitraires, massives et disproportionnées 

 

Dans ce rapport qui a été présenté devant le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (Mohamed Saïd Ould Homedi) et de nombreuses associations mauritaniennes de défense des droits de l’Homme dont S.O.S. Esclaves, Amnesty International s’est dite extrêmement préoccupée par la politique sécuritaire de l’Union Européenne et de ses Etats membres, notamment l’Espagne, qui sont dans un processus d’externalisation de leur politique de gestion des flux migratoires. 

 

Le rapport d’Amnesty International s’appuie sur une mission de recherche effectuée en Mauritanie, en mars 2008, au cours de laquelle les délégués de l’organisation ont pu s’entretenir notamment avec des personnes détenues dans le Centre de Rétention de Nouadhibou, avec des migrants qui ont tenté- ou cherchaient à tenter- de rejoindre l’Europe ainsi qu’avec des réfugiés venant, pour la plupart, des pays de l’Afrique de l’Ouest. 

 

 «Un grand nombre d’entre eux ont été maintenus durant plusieurs jours dans ce centre où certains ont été victimes de mauvais traitements commis par les membres des forces de sécurité mauritaniennes », révèle le rapport qui indique que ces personnes ont été souvent victimes de rackettage et d’arrestations arbitraires de la part des autorités mauritaniennes. «Cette politique d’arrestations et de renvois collectifs de la part des autorités mauritaniennes, note le rapport, fait suite aux pressions intenses exercées sur ce pays par l’Union Européenne (UE) et notamment l’Espagne qui cherchent à impliquer certains pays africains dans leur lutte contre les migrations irrégulières vers l’Europe. » 

 

 

 

La Mauritanie signe, en 2003, avec l’Espagne un accord qui la contraint, moyennant d’importantes sommes d’argent, à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. C’est ainsi qu’une école a été transformée pour devenir Centre de Rétention de Nouadhibou. 

 

Aux yeux de maître Youssouf Niane, ce centre était conçu pour servir d’outil de contrôle de l’immigration en vue de freiner les migrations irrégulières vers l’Europe. «De telle sorte que tout celui qui tente de franchir les frontières mauritaniennes pour aller à l’étranger est immédiatement arrêté et détenu dans ce centre », constate-t-il. Et pourtant, il n’y a aucun texte qui réprime le fait pour un étranger de sortir de la Mauritanie pour aller vers un autre pays. 

 

«Ces arrestations ont provoqué un climat de terreur à Nouadhibou. Les migrants, aujourd’hui, ils ne peuvent pas se déplacer librement à l’intérieur de la ville parce qu’ils sont automatiquement soupçonnés (…) de vouloir préparer une embarcation. Ils ne peuvent pas circuler à certaines heures de la nuit. Ils sont quotidiennement sous la menace d’une arrestation. Beaucoup de migrants ont témoigné avoir été arrêtés pendant qu’ils revenaient de leur lieu de travail », raconte Youssouf Niane. 

 

 

Dans ce rapport aussi, Amnesty International explique «les raisons qui poussent des milliers de jeunes africains à affronter de rudes épreuves et parfois la mort pour tenter de rejoindre l’Europe ». Cette organisation déplore la manière dont «l’UE et ses Etats membres ont répondu à ces mouvements de migration irrégulière par un resserrement de leur politique de gestion des flux migratoires ». 

 

 

La pauvreté, l’absence de perspectives, d’avenir, la pression de la famille, la violence politique et les guerres civiles dans certains pays comme le Libéria, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire sont les motifs qui expliquent en grande partie le phénomène de l’immigration clandestine. 

 

Certains défenseurs des droits de l’Homme sont en train de se battre pour la suppression de ce centre qui n’a pas sa raison d’être en Mauritanie car il ne sert que les intérêts espagnols, selon eux. En plus, notre constitution interdit toute arrestation ou détention en dehors des cas déterminés par la loi et des formes légales. «Si la Mauritanie a fourni ce centre aux autorités espagnoles pour servir de dispositif de lutte contre l’immigration clandestine, en contrepartie, l’Espagne se devrait d’assurer le financement et la fourniture en moyens matériels et l’assistance technique aux autorités mauritaniennes pour pouvoir face à l’entretien de ce centre », a demandé maître Youssouf Niane. 

 

Les témoignages recueillis à Nouadhibou sont accablants et montrent que les droits des migrants et de certains réfugiés sont violés par les forces de sécurité mauritanienne qui procèdent parfois à des arrestations arbitraires, à des rackets et à des mauvais traitements à l’encontre de personnes accusées de vouloir rejoindre l’Europe de manière irrégulière. 

 

L’invasion des illégaux 

 

Aujourd’hui, quand les jeunes africains veulent franchir les portes de l’Europe, on parle d’invasion des illégaux. En outre, dans les pays européens, on associe souvent la question de la migration à celle de l’insécurité. Tous les plans sont bons pour contourner cette invasion. L’Europe continue de durcir sa politique  contre l’immigration clandestine qui est une préoccupation majeure de la présidence française à la tête de l’Union Européenne. Son objectif, c’est d’harmoniser la politique de la migration au sein de l’espace des Etats membres de l’Union Européenne. 

 

 «Quand on entend des dirigeants européens parler de la question européenne, de la notion européenne, de la philosophie européenne, on est très admiratifs. Mais à la fois, quand on voit l’Union Européenne qui essaie de renvoyer la question de la migration au sud de la Méditerranée, on est très surpris », déclare Gaëtan Mootoo qui voit à travers cette délégation de la question de la migration une sorte de fuite de responsabilité de la part des pays européens. «Ces accords que l’Union Européenne essaie de provoquer à tout prix, de pousser les pays d’Afrique à passer des accords de réadmission, signale-t-il, ont des effets pervers. » 

 

Il cite l’exemple de la Mauritanie qui a accepté de réadmettre sur son sol des ressortissants étrangers. «Ce n’est pas pour les garder sur le sol mauritanien mais c’est pour les expulser à Rosso ou vers la frontière malienne », s’indigne Gaëtan Mootoo. «Il suffit que vous ayez deux vestes, deux pantalons ; que vous ayez deux sacs sur le dos et que vous soyez rassemblés avec des amis dans un lieu quelconque, alors tout de suite on vous soupçonne de vouloir partir », ironise-t-il. «Il y a également un vrai réseau de trafic qui se fait. Il y a une complicité entre des passeurs et des policiers qui ferment les yeux pendant une demie heure ou un quart d’heure moyennant des sommes d’argent. Peu de temps après, ces personnes sont arrêtées. On prend le moteur, l’essence. On les dépouille de leurs portables », raconte-t-il.   

 

 «A l’époque, quand les blancs venaient en Afrique par la mer, on ne les traitait pas de clandestins ; pourquoi aujourd’hui, quand nous essayons d’aller par la mer en Europe, on nous traite de clandestins ». Ce graffiti, rapporté par Gaëtan Mootoo, est écrit par un migrant au Centre de Rétention de Nouadhibou. «Je trouve que c’est une revendication juste. On remet les pendules à l’heure sur cette question de la migration », croit-t-il.   

 

 Amnesty International, dans son nouveau rapport sur la situation des migrants en Mauritanie, a recommandé au gouvernement mauritanien d’observer certaines restrictions en ce qui concerne le placement en détention des migrants notamment que l’incarcération soit légale, qu’elle soit justifiée à titre de mesure nécessaire et proportionnée conforme au droit international, qu’elle fasse l’objet d’un examen judiciaire et que sa durée soit aussi brève que possible. 

 

Babacar  Baye Ndiaye

 

 

 

 

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