• Accueil
  • > Archives pour le Vendredi 25 juillet 2008
( 25 juillet, 2008 )

Système Educatif Mauritanien:Où en sommes-nous aujourd’hui, après 5 réformes ?

                      fara.jpg 

«Le Système Educatif Mauritanien : réalités et perspectives ». Tel est l’intitulé de la conférence débat introduit par Fara Ba, Secrétaire National à l’Education de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR), ce vendredi, au siège dudit parti. L’objectif de ce débat est d’initier, en vue des états généraux sur l’Education,  une réflexion, une analyse et un diagnostic du système éducatif mauritanien. 

 

Saviez-vous que l’Education est un droit reconnu universellement ? Saviez-vous aussi qu’elle constitue un puissant moyen de promotion socio-économique ? «C’est pourquoi, souligne Fara Ba, nous sommes assurément fondés à considérer que les enfants mauritaniens sans exclusive, sans discrimination aucune, doivent bénéficier d’un enseignement à la hauteur des ambitions et des intérêts de notre peuple. Dans le même ordre d’idées, il ne faudrait pas perdre de vue l’alphabétisation fonctionnelle qui concerne spécifiquement les adultes. » 

 

En Mauritanie, pendant la période précoloniale, l’enseignement était dispensé en arabe et était essentiellement théologique. «Progressivement, le colonisateur français exerce sa domination sur le territoire conquis(la Mauritanie). Afin de conforter son hégémonie, il ouvre des écoles. Il savait pertinemment que la meilleure façon de pérenniser sa domination était d’assimiler les populations assujetties. C’est de cette façon que la langue française nous a été imposée », révèle Fara Ba. 

 

L’Ecole 1 de Kaédi (1904 ou 1905), l’établissement francoarabe de Boutilimit(1912) et le Collège Zavier Coppolanni(1946) vont être les premières écoles françaises construites en Mauritanie. «Cela fait plus d’un siècle que notre école existe. Donc, il n’y a pas de raison qu’elle puisse pêcher dans certains travers, qu’elle ne puisse pas avoir son développement minimum, que nous n’ayons pas un système éducatif performant », s’indigne-t-il. 

 

Pendant la période précoloniale, l’enseignement était unifié. En 1959, la Mauritanie se prépare à accéder à la souveraineté internationale. C’est à cette date aussi que sera initiée la première réforme du système éducatif mauritanien qui avait comme objectif principal de mieux organiser l’enseignement de l’Arabe en Mauritanie. En outre et parallèlement à cela, de 1960 à 1963, il y aura une véritable levée de boucliers de la part des enseignants arabes contre la langue française qu’ils déconsidèrent comme un héritage pour les mauritaniens. Parmi eux, il y avait un certain Moustapha Ould Badredine, l’actuel vice-président de l’Union des Forces de Progrès et député à l’Assemblée Nationale. 

 

Ces derniers vont mettre la pression sur le gouvernement de feu Moktar Ould Daddah pour que l’Arabe remplace le français. Face à un syndicat des enseignants extrêmement dynamiques et intransigeants, Moktar Ould Daddah finit par céder. En 1965, il prend le décret 35-36 rendant obligatoire l’enseignement de l’Arabe au secondaire. Certains intellectuels noirs voient à travers ce décret, pris par Moktar Ould Daddah dans l’unilatéralisme, comme une sorte de caisse de résonance des revendications des enseignants arabisants. 

 

Cette décision étatique prise sans concertation va provoquer une grande indignation au niveau de la communauté noire qui y voit une certaine volonté de domination. Inéluctablement, cela va engendrer le manifeste des 19 pour dénoncer la situation d’oppression des noirs. Non contents de la décision de feu Moktar Ould Daddah de rendre obligatoire l’Arabe dans l’enseignement secondaire, les noirs vont exprimer leur désapprobation par la manifestation, la grève et parfois même par la bagarre. «C’était une étape historique. La situation était tellement délétère et incontrôlable qu’elle a abouti à une tragédie », se souvient Fara Ba. A l’issue des affrontements entre noirs et maures, il y aura 70 morts. Cela montre la sensibilité et la délicatesse de la question de l’Education et des langues en Mauritanie. 

 

A Nouakchott et à l’intérieur du pays, cette situation va engendrer un climat d’insécurité, de méfiance, de suspicion, de haine. C’est dans ce contexte, que le Parti du Peuple Mauritanien, décide de tenir dans l’urgence son congrès en 1966 à Aïoun. Les congressistes initient une nouvelle réforme en 1967 en décidant d’adapter notre système éducatif à nos aspirations et exigences culturelles. En d’autres termes, il s’agit de réhabiliter et d’institutionnaliser la langue arabe. Cette réforme de 1967, aux yeux de Fara Ba, n’était qu’une étape vers une réforme plus profonde et  plus radicale du système éducatif mauritanien. 

 

Ces réformes sont avant tout idéologiques. Ainsi donc, les autorités de l’époque ont voulu «œuvrer à la restauration de notre authenticité culturelle qui définit les dimensions de l’homme mauritanien nouveau qui doit se libérer des séquelles de la colonisation culturelle » et «conduire à l’adéquation de notre système scolaire à nos réalités spécifiques et à une indépendance culturelle véritable grâce à la réhabilitation de la langue arabe et de la culture islamique ». Le processus de la réforme de 1973 était ainsi balisé sans préparation et encore sans concertation. 

 

Toujours, dans le cadre du renforcement de l’arabisation, la circulaire 02 de 1979 vient créer une autre indignation. Dans cette circulaire, il est prévu d’augmenter les coefficients des matières enseignées en arabe. La réaction de la part des élèves noirs ne se fera pas attendre. Ayant tiré les leçons de 1966 où la Mauritanie a frôlé la guerre civile, le Comité Militaire de Salut National(CMSN) procède aux réaménagements de la réforme de 1973 en décidant d’officialiser toutes les langues nationales, de les réinsérer dans le système éducatif. La spécificité de cette réforme est la mise en place de deux filières, l’une dite arabe et l’autre bilingue. Certains pensent que c’était un système pourri. 

 

Une fois au pouvoir, Maouiya Ould Sid’Ahmed supprime d’abord l’Institut National des Langues et prépare une nouvelle réforme du système éducatif national en 1999. C’est cette réforme qui est toujours en cours. Les initiateurs de cette réforme entendent repositionner notre système éducatif sur de nouvelles bases pour répondre à temps aux nouveaux impératifs d’ouverture et d’efficacité qu’imposent la mondialisation et la concurrence. L’objectif majeur de cette réforme, c’est l’unification du système éducatif en mettant l’accent sur son efficacité interne et externe. Comme dans toutes les réformes, on continue à privilégier l’enseignement de l’Arabe. Par exemple, la philosophie et l’Histoire et la Géographie seront enseignées en arabe. 

 

Le constat sur ce système est dramatique : faible niveau à la fois en arabe et en français. «Cela a un retentissement négatif sur leurs capacités à assimiler toutes les autres matières au programme », souligne Fara Ba. Et pire, il n’y a pas eu une commission de réforme qui a été mise en place. Cette réforme a été faite sans étude approfondie et sans concertation. 

 

Notre système éducatif a connu 5 réformes et les lacunes demeurent toujours. Mais aussi, il aura été mêlé à toutes les sauces. Décrié et rejeté depuis tout le temps, le système éducatif mauritanien se prépare à son énième réforme. Peut être, à l’issue des états généraux, une nouvelle vision consensuelle verra le jour au grand dam des élèves. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 juillet, 2008 )

Pratiques esclavagistes: Ça suffit, la coupe est pleine !!!

biram.jpg

Tout est parti de l’affaire de «La Saline d’Igil » dans la wilaya de Tiris-Zemmour, lorsque le 07 mai dernier, les chambres réunies de la cour suprême ont rendu la décision n° 21 08 reconnaissant aux suzerains Kunta Ehel Choumad, Ehel Sidaty,  Ehel Lahah, Ehel Mohamed Lemine et Ehel Cheikh de s’arroger le droit de percevoir 24 % du revenu du travail dans l’extraction des barres de sel de leurs tributaires ou affranchis Aghzazir.

Cette décision a provoqué l’ire de ces derniers qui ont qualifié ce jugement d’arbitraire. Pire encore, les 23 magistrats qui ont pris cette décision sont issus sans exception des lignages dominants et esclavagistes du pays. 

Cette situation d’injustice a mobilisé ainsi certaines Organisations de Défense des Droits de l’Homme et certains partis politiques comme Conscience et Résistance(CR) et Rassemblement pour l’Egalité et la Justice(REJ) qui viennent de lancer une motion de pétition contre la légitimation et la perpétuation de rapports esclavagistes.

Au cours d’une conférence de presse, tenue hier, au siège du Forum des Organisations de Défense des Droits Humains, ils ont affirmé leur détermination à se battre jusqu’au bout afin de bouter hors de la Mauritanie l’injustice visiblement édifiée en système. 

Ces organisations de défense des droits de l’Homme semblent être déçues par l’attitude des autorités actuelles qui feignent d’appliquer la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage. Et pourtant, beaucoup d’esclaves continuent  à être victimes d’expropriation de terre ou de mauvais traitements corporels.

La loi criminalisant l’esclavage n’a jamais été appliquée par les magistrats. Cela engendre forcément l’injustice et l’impunité. Cette situation a exacerbé les Organisations de Défense des Droits de l’Homme. Elles ont appelé l’Etat à revoir la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes dont l’effectivité pose problème. 

Elles ont profité de cette occasion pour décocher des flèches en direction de l’administration judiciaire composée souvent de maîtres esclaves.  Ceci, évidemment, constitue un obstacle à l’application de la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage.

Autre fait qui annihile cette loi : rares, aujourd’hui,  sont les juridictions qui ne sont pas dirigées par des maîtres esclaves. La preuve, les plaintes qui leur sont souvent soumises ou transmises traînent à longueur d’année et finissent par être rangées sans suite. Au détriment des esclaves.

Pour autant, cela ne va pas désarmer ces organisations et partis politiques. Cette situation laisse dubitatifs ces derniers qui ne croient pas à l’application de la loi criminalisant l’esclavage considéré comme une normalité en Mauritanie. Aux yeux d’Aminétou Mint Ely Moctar, pour avoir une administration judiciaire composée d’hommes probes, il faut systématiquement procéder à son assainissement. 

Autrement dit, mettre des fonctionnaires capables d’appliquer la loi, de juger dans l’équité et donner à chaque citoyen mauritanien son droit le plus absolu. La systématisation de la société mauritanienne en féodaux, en chefs, en nobles y est pour quelque chose et selon la présidente de l’Afcf, il faut d’abord ébranler cette stratification de la société mauritanienne qui privilégie le noble et assujettit l’esclave.   

S.O.S. Esclaves, l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance, Rassemblement pour l’Egalité et la Justice, le COPECO…veulent à travers cette pétition amener les autorités de ce pays à mieux reconsidérer la question de l’esclavage qui est une grave atteinte aux droits de l’Homme. Déjà, à la sortie de la salle, il y avait plus d’une trentaine de signature contre la légitimation et la perpétuation des rapports esclavagistes. 

Cheikh Saad Bouh Camara, lui aussi présent, a appelé les bonnes volontés éprises de vérité et de justice à appuyer cette pétition initiée par Birame Ould Dah Ould Dah, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH).

«Il y a des mafias, des réseaux et ceux qui nous oppriment. Nous devons, nous aussi,  constituer des réseaux de résistance. Ce sont ces réseaux de résistance qui vont être les vecteurs de notre combat. Mais, il ne faut pas se tromper. Ça va être encore très difficile. Certains parmi nous vont nous abandonner. Mais ceux qui vont rester doivent continuer à résister et aller de l’avant pour que chaque mauritanien puisse jouir de tous ses droits », dit-il. 

Babacar Baye Ndiaye 

|