( 26 août, 2008 )

Diallo Abdoulahi Tobal:Un homme, trois vies !

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Il est à la fois photographe, peintre et cameraman. Trois univers, trois environnements, trois vies dissemblables mais aussi faites de complémentarité. On pourrait dire, aussi, qu’il y a une sorte de passerelle qui les lie. Certes, Diallo Abdoulahi Tobal est encore à la recherche de la gloire, de la popularité et de la reconnaissance.

 

Mais, au fil du temps, il ne cesse de montrer qu’il a envie d’en arriver là. Sa rencontre avec Ba Djibril Ngawa, le manager du groupe Diddal Jaalal (peintre lui aussi), qu’il considère par ailleurs comme son maître, fut le véritable catalyseur de son éclosion dans l’art plastique.

 

Ba Djibril Ngawa a fait de Diallo Abdoulahi Tobal un véritable artiste plasticien en lui donnant le goût et l’envie de manier les pinceaux et en lui faisant découvrir tout le talent d’artiste enfoui en lui. L’admiration qu’ils se portent est sincère et réciproque.

 

Diallo Abdoulahi Tobal considère Ba Djibril Ngawa comme une idole, une icône, un inspirateur, un chef qui mérite le respect et l’estime. Ce dernier, comme un devin, a vu en Diallo Abdoulahi Tobal un futur grand artiste plasticien ! Avec humilité et modestie, il reconnaît devoir tout à Ba Djibril Ngawa et surtout dans le domaine de la photographie où il constitue avec lui les deux seuls artistes mauritaniens à utiliser la photographie comme forme d’expression artistique.

 

1987 : de retour de Bagdad en Irak, Ba Djibril Ngawa ramène un appareil photographique dans ses bagages. Cette date est encore gravée dans sa mémoire. C’est comme si c’était hier. Ebloui et découvrant cet objet qui l’a toujours façonné, il se résolut à se payer, lui aussi, après quelques démarches fructueuses, un appareil photographique à 3.000 UM.

 

Depuis cette date, une sensation très forte s’est emparée de son esprit. Ainsi, sous l’œil vigilant de son maître, il se lance dans la photographie à partir de la fin des années 90. Ainsi naquit le début de son aventure dans la photographie.

 

Son penchant pour l’art de manière générale l’a emporté sur le reste de sa vie, de ses activités et de ses études. Diallo Abdoulahi Tobal est à la fois surprenant et déroutant. Il aurait pu être ingénieur, professeur, technicien, cadre supérieur dans une entreprise de la place. Ayant une Maîtrise en Géologie à l’Université de Nouakchott option arabe, il voue à l’art une passion indescriptible.

 

D’ailleurs, il n’a pas de vie privée. Il est tout le temps partagé entre la photographie, la peinture et son activité de cameraman sans perdre de vue les incessantes pérégrinations à l’intérieur comme à l’extérieur du pays de Diddal Jaalal dont il est le gestionnaire inamovible.

 

Avec sa physionomie, il donne l’air d’avoir plus que son âge. Cependant, détrompez-vous : il est né en 1978 à Ould Yenge. Son adolescence, il l’a passée entre Ould Yenge, Kiffa, Kankossa et Sani où il a fait son cycle fondamental. A l’école, il se faisait déjà remarquer par ses dessins de forme animale. D’ailleurs, il a toujours obtenu de bonnes notes dans cette matière. Même au Collège, son professeur de Sciences Naturelles était admiratif devant ses croquis. Bon élève, il l’a toujours été !

 

En 1998, il décroche son baccalauréat. Destination : Nouakchott pour y poursuivre ses études supérieures. Sa découverte de Nouakchott lui ouvre de nouvelles perspectives. Depuis 2003, année à laquelle il a obtenu sa maîtrise en géologie à l’Université de Nouakchott, il est devenu le gestionnaire de l’association musicale Diddal Jaalal.

 

Entre une carrière administrative et une carrière artistique, il a porté son choix sur cette dernière. Pour autant, il n’a pas rangé au second plan ses connaissances en géologie puisque dans certaines de ses photographies, il y a une forte imprégnation des structures et formes géologiques (minerais, montagnes…).

 

A son actif, entre 2000 et 3000 photographies prises à Nouakchott et à l’intérieur du pays. Toutes ces photos sont jalousement conservées et archivées et constitueront sans nul doute un riche témoignage de notre époque. Son premier tableau porte sur l’unité nationale. C’était à l’occasion des journées culturelles de Nouakchott au musée national en 2007 où il a exposé en compagnie d’autres artistes mauritaniens.

 

Ba Djibril Ngawa peut dormir à tête reposée puisque son disciple, Diallo Abdoulahi Tobal, est digne d’être son vrai successeur. Et si vous vous hasardez à lui poser la question de savoir s’il a d’autres maîtres à penser à part Ba Djibril Ngawa, il s’empresse de vous répondre : «Non, non ! C’est Ba Djibril seulement !»

 

Diallo Abdoulahi Tobal ne connaît pas le répit. C’est une véritable machine à travailler. S’il n’est pas en train de dessiner, il prend des photographies ou participe au briefing de l’association musicale Diddal Jaalal. Le peu de temps qu’il lui reste, il le consacre à sa douce moitié et à son enfant.

 

La quinzaine des arts du 18 juin au 2 juillet dernier, fut une grande et riche découverte pour lui. Il fera la connaissance de grands artistes étrangers notamment Nadia H. Cas avec qui il a fait un tableau commun intitulé «Amitié » avec, aussi, la participation de son maître (décidément, il ne le quitte jamais de la semelle), Ba Djibril Ngawa. Artiste depuis une bonne décennie, il s’indigne du sort réservé aujourd’hui aux activités artistiques qui ne nourrissent pas leurs hommes sous nos tropiques.

 

Dans sa famille, il est le seul à être artiste. Issu d’un monde de culture nomade et pastorale, Diallo Abdoulahi Tobal fut aussi un petit berger, comme il est de coutume chez les peulhs. Aujourd’hui, il ne rêve que d’une seule chose : que l’art plastique s’impose en Mauritanie.

 

Depuis 2005, date de son mariage, les choses semblent aller de mieux en mieux, même s’il reconnaît avoir du mal à supporter les tracas de la vie conjugale et quotidienne. Les temps et les époques ont vraiment changé pour lui. La preuve, c’est que ceux qui devaient être derrière les vaches, les chèvres et les moutons font aujourd’hui la photographie et de la peinture. Diallo Abdoulahi Tobal en est une parfaite illustration. C’est seulement en 2002, donc il n’y a pas longtemps, qu’il a arrêté de suivre les troupeaux.

 

Présentement, il est en train de préparer sa nouvelle collection de tableaux. Cet homme à la chevelure bien fournie et toujours souriant, en vrai peulh, pourrait bien aller à l’extérieur y poursuivre son 3ème cycle. Mais, il aurait préféré qu’il y’en ait un à l’Université de Nouakchott. Ça lui épargnerait certainement le mal du pays. Son seul handicap, c’est qu’il ne maîtrise pas assez bien le français. Cependant, il compte remettre les pendules à l’heure !

 

Babacar Baye Ndiaye

 

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