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( 26 août, 2008 )

Hakima Dria, artiste peintre: Une Enfant du Monde pas comme les autres !

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Bien que née à Fès au Maroc, le 27 avril 1975, elle se considère comme étant «Une Enfant du Monde ». Elle vit en Mauritanie depuis une bonne douzaine d’années et c’est par hasard qu’elle s’est retrouvée un jour au pays d’un million de poètes. Son père, Kassem Dria, est un architecte. A la suite d’un déplacement de travail de ce dernier, toute la famille déménage avec lui pour s’installer en Mauritanie.

Pour la première fois de sa vie, Hakima Dria venait de découvrir un pays qu’elle n’avait jamais connu que par le nom. «Au début, se souvient-elle, c’était un peu difficile parce que l’environnement et l’ambiance ne sont pas les mêmes. Les habitudes, les coutumes et les traditions non plus. »

Dès ses premiers jours à Nouakchott, elle vécut une sorte de dépaysement. Son adaptation fut pathologique et difficile. «J’ai vécu, souligne-t-elle, toute seule pendant une bonne période. Je ne fréquentais personne. »

Mais un jour, en se promenant, dans l’espoir de rencontrer des artistes peintres mauritaniens, dans les artères du centre ville, elle aperçut, à l’hôtel Halima, des tableaux accrochés au mur et appartenant à un artiste du nom de Sorel. Malheureusement, pour elle, elle ne fera jamais sa connaissance malgré une volonté affichée de le rencontrer.

Toutefois, ne dit-on pas souvent que certaines rencontres ou événements constituent un catalyseur dans la suite de la vie d’une personne ? Ainsi donc, elle fit la connaissance de Mokhis alors qu’elle était réceptionniste à l’hôtel Halima. «Monsieur, lui a-t-elle dit contente enfin de rencontrer un artiste peintre mauritanien, je crois qu’à partir d’aujourd’hui, on ne va plus se séparer. »

Lorsque vous lui parlez du Maroc, son cœur bouillonne de joie et d’émotion. Même si elle ne s’y rend pas fréquemment. Du Maroc, son pays natal, elle garde toujours de vivants souvenirs que l’éloignement n’a pas pu dissimuler. C’est dans son pays que son histoire et son contact avec l’art ont véritablement commencé. A l’âge de 3 ans, avant même de pouvoir lire et écrire, elle dessinait déjà, en imitant son père qui est dessinateur puisque le métier d’architecte consiste tout le temps à tracer et à dessiner des plans.

Pour faire plaisir à sa fille et l’occuper en stimulant son imagination, Kassem Dria lui paye un matériel de dessin et de coloration. Elle ne tarda pas à dessiner, à reproduire et à illustrer tout ce qu’elle voyait sur les bandes dessinées que lui avait achetées papa. Ce dernier, peut être sans le savoir, traçait la voie que devait passer sa fille.

Très rapidement, elle subit l’influence de son père qu’elle voyait tout le temps dessiner. Profitant de son matériel, elle faisait des illustrations ou gribouillait sur un papier blanc.

Cet amour pour le dessin ne la quittera jamais. A l’école, elle illustrait tous ses cahiers de cours. Ce qui provoquait une certaine admiration de la part de ses professeurs. Elle se permettait parfois de les caricaturer. C’est elle aussi qui illustrait les cahiers de ses camarades de classe nuls en dessins. Une véritable artiste !

Après l’obtention de son brevet, toujours au Maroc, elle voulut faire des études en Arts plastiques. Mais son père s’y opposa catégoriquement en lui disant pour la dissuader. «Ce n’est pas un métier qui pourrait te nourrir. »

L’autorité parentale l’emporta sur la volonté de la fille. Mais, pour autant, elle ne jeta pas l’éponge puisque, à l’université, elle continuait de dessiner. «Un jour, je me suis dit que je ne peux pas en rester là. Il faudrait que j’évolue puisque j’aime les arts plastiques. Ça me tient à cœur. Il faut que je trouve une solution ! »

La solution, elle l’aura par hasard, en suivant un reportage à la télévision sur Mohamed Migri, un artiste marocain à la fois peintre, musicien et écrivain. Elle qui a toujours rêvé de rencontrer de grands artistes peintres, elle va en rencontrer un.

D’abord, pour voir ce monsieur, il fallait qu’elle prenne rendez-vous. Ce qui se fera sans difficulté. Et, ensuite, prendre le train puisque Mohamed Migri n’habite pas dans la même localité qu’elle. Accompagnée d’une de ses amies, elle se rend aux Oudayas à Rabat (site historique et touristique où logent uniquement de grandes personnalités).

«Il nous a bien accueillies et fait visiter sa maison. Et, puis, il nous a invitées à boire du thé dans une cafétéria traditionnelle. On a bien discuté. Je lui ai montré tout ce que j’avais fait sur papier. C’était pour moi quelque chose d’extraordinaire », lâche-t-elle en pensant que le Ciel avait déjà décidé qu’elle serait une future artiste peintre.

Elle voit à travers cette rencontre qu’elle raconte aujourd’hui avec beaucoup d’émotion comme étant un signe du Destin. Pour être artiste peintre, lui dira Mahmoud Migri, il faudra beaucoup de travail et surtout d’apprentissage.

Cette leçon, elle l’a bien assimilée puisque depuis cette rencontre, elle n’a cessé de faire des cours notamment avec Mokhis et d’autres artistes plasticiens mauritaniens ou étrangers. Son outil d’expression demeure son pinceau qu’elle considère comme étant son unique compagnon de route.

Salvador Dali, un peintre espagnol, l’inspire beaucoup. «Je suis une daliste », s’enorgueillit-elle. Elle admire chez ce surréaliste espagnol sa méthode et sa façon de peindre. «C’est un monsieur qui a une très grande imagination. Il fait des compositions extraordinaires », commente-t-elle. Il y a aussi les grands peintres classiques comme Vincent Van Gogh, Léonard De Vinci, Pablo Picasso, qui l’influencent énormément aussi.

Ses parents vivent toujours en Mauritanie. Mais jusqu’à quand ? «Pour le moment, répond-elle, on est là. Nous ne savons pas ce que le Destin fera de nous après. » Idéaliste, elle aimerait voir l’humanité vivre dans un monde de paix où toute personne aura sa place à revendiquer.

Perfectionniste, elle aurait aimé voir un autre monde beaucoup plus humain et dépouillé de tout racisme, toute hypocrisie et toute véhémence dans un esprit de fraternité. «Je me dis que l’homme est capable de faire énormément de choses. Et, si tout un chacun d’entre nous commence par lui-même, à essayer de changer les mentalités, de faire comprendre aux autres qu’on peut tous vivre ensemble, coexister sans pour autant se faire du mal. »

Ses sujets de prédilection : la paix dans le monde, la situation des enfants et le sort réservé aux femmes. Mère d’un enfant, elle ne digère pas dans son âme et conscience l’oppression et la négligence dont sont victimes ces deux catégories vulnérables de la société. «L’avenir de ce monde, pense-t-elle, dépend d’elles. Si on sème de bonnes graines en elles, on récoltera de bons fruits plus tard.»

Elle rêve qu’un jour que toute l’humanité puisse vivre et coexister, sans conflit, sans problème et sans violence dans la paix et l’amour. «J’ai vécu une expérience un peu difficile. J’étais malade et hospitalisée pendant une année. Je ne marchais plus. Je ne bougeais plus. J’avais maigri jusqu’au point de descendre à 40 kg. Par cette expérience, j’ai compris qu’on perd beaucoup de temps en se focalisant sur des choses inutiles. La vie est très courte. Il faut en profiter et semer le bonheur autour de soi. »

Aujourd’hui, elle essaye de partager son bonheur avec sa famille et ses amis. Et, non seulement, elle est tombée sur un mari compréhensif mais elle a eu la baraka que ce dernier soit un métis.

«Quand on dit métis, cela implique beaucoup de choses (…). C’est une ouverture d’esprit et une richesse à la fois. » Elle semble jouir de la compréhension de son mari. «Tout au moins à 90%, sinon, ce serait trop parfait pour être vrai », rajoute-t-elle. Et lorsqu’on a un père dessinateur (architecte), un frère infographiste et une sœur artiste plasticienne, on doit certainement être heureux. Toute sa famille a un rapport avec tout ce qui est art. «Peut-être que, tente-t-elle d’expliquer, c’est un don dans la famille. »

Avec de nombreuses participations à des expositions à l’étranger et plusieurs expériences avec des artistes européens, elle n’a pas de quoi se plaindre. Mais précise-t-elle : «Le jour où un artiste dira qu’il est satisfait de lui-même, il va arrêter de créer. Tant qu’on n’est pas satisfait, on continue à créer, à réfléchir, à penser. Je ne crois pas qu’il y ait un artiste satisfait à cent pour cent de ce qu’il fait. »

Epanouie et heureuse comme une princesse, la vie à Nouakchott ne semble guère l’ennuyer. «Le monde n’a pas de frontières, explique-t-elle. Là où on est, on sera avec des gens. Nous avons nos différences, notre manière de percevoir ce qui se passe autour de nous et c’est toujours enrichissant d’être avec les gens. Là où que je puisse être, je m’adapterai parce que je suis un être humain et tout ce qui est humain est universel. »

Ayant vécu en Mauritanie depuis 1996, elle pense déjà à prendre la nationalité mauritanienne. «Aujourd’hui, je me sens quelque part mauritanienne. Si j’ai la nationalité mauritanienne, je défendrai bien les couleurs de la Mauritanie », lance-t-elle avec défi.

Babacar Baye Ndiaye

1 Commentaire à “ Hakima Dria, artiste peintre: Une Enfant du Monde pas comme les autres ! ” »

  1. Abaga dit :

    Trés jolie photo ,

    J’aime bien l’article meme s’il ne dit pas tout il depeint ton portrait telle que tu es au fond de toi ,curieuse et ouverte au monde.

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