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( 28 septembre, 2008 )

Les Nouvelles du Jour

                            Candidat des militaires ?     

Depuis quelques jours, l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou déploie d’énormes efforts afin de convaincre les généraux de la pertinence d’un parrainage de la candidature de Sidi Mohamed Ould Boubacar à la prochaine présidentielle, à l’instar de ce qu’ils ont fait pour Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi lors de la présidentielle de 2007. Ould Boubacar, actuellement ambassadeur de la Mauritanie à Madrid est le sujet de louanges sans précédent, ces derniers temps à Nouakchott, de la part de Ould Bouamatou et de ses proches. Ould Bouamatou, dont les rapports avec Ely Ould Mohamed Vall se sont détériorés ces derniers temps fait tout ce qui est en son pouvoir afin de barrer la route de la présidence à l’ancien président démocratiquement élu. Ses rapports avec Ould Abdel Aziz sont, semble-t-il, au beau fixe. Il est par exemple le coordinateur d’un intense lobbying afin de faire accepter le coup d’état par les occidentaux. Rien, en revanche, ne permet de dire pour l’instant qu’il a réussi à convaincre Ould Abdel Aziz de parrainer la candidature de Ould Boubacar.

                                                  Népotisme  

Le Haut Conseil d’État (HCE) vient de nommer un nouveau consul pour la Mauritanie à Djeddah en Arabie Saoudite. Il s’agit de Eddou Ould Bebena, président de la chambre de commerce. Selon plusieurs observateurs du paysage politique, cette nomination est perçue comme une récompense de son frère, le député Mohamed Ould Bebana qui a joué un grand rôle dans la promotion du coup d’état du 6 août dernier. Une autre nomination a été accordée à un proche du député Sidi Mohamed Ould Maham en la personne de son proche Abdarahmane Ould Brahim Ould Banem, qui a remplacé Ahmed Ould Mohameden. De même, la nomination de Hamoud Ould Abdi à la tête de l’Agence Nationale de la Promotion de l’Emploi des Jeunes (Anapej) ne peut pas être isolée du rôle joué par son épouse, la députée Ghleiwé Mint Ahdhana dans l’explication et la promotion du putsch.

                                                         Rfd-Tvm 

Le 24 septembre 2008, la TVM a diffusé dans ses journaux télévisés du soir une déclaration attribuée à un groupe d’individus présentés comme étant des militants du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD). Cette diffusion par la TVM a été relayée ensuite par radio Mauritanie ainsi que par les journaux Horizon et Chaab. Face à cette mascarade, le Parti a mandaté M. Yedali Ould Cheikh, Président de la Commission Communication, pour une mise au point au sujet de l’intervention de ce groupe d’imposteurs et protester auprès des médias publics concernés contre cette opération de désinformation malveillante à l’endroit du RFD et de ses instances officielles. La Direction de Communication du Parti devait prendre contact avec la TVM pour l’organisation de la diffusion de la mise au point projetée.  

                                                Position de l’Algérie  

Le ministre des Affaires étrangères, M. Mourad Medelci, a réaffirmé jeudi que la position de l’Algérie par rapport au coup d’Etat en Mauritanie est claire. M. Medelci qui était l’invité de l’émission de la Radio internationale(Rfi), a rappelé que la position de l’Algérie a été exprimée mercredi par le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines à l’envoyé spécial mauritanien, le général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed. « La position de l’Algérie a été claire, notamment à travers le communiqué du ministère des Affaires étrangères qui est bâti sur des principes claires », a-t-il précisé. Le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, M. Abdelkader Messahel, avait « réitéré la position constante de l’Algérie qui condamne les changements de pouvoir en violation des règles constitutionnelles ». Interrogé sur la position de l’Union du Maghreb arabe (UMA) au sujet du coup d’Etat, M. Medelci a rappelé que le guide libyen, le colonel Maamar El-Gueddafi, avait « immédiatement, en sa qualité du président de l’UMA, dépêché son secrétaire général qui a pris contact avec des responsables mauritaniens et a établi son rapport ». « Je crois que l’UMA va continuer à travailler dans le sens du raffermissement du dialogue et elle est extrêmement soucieuse de la préservation de la démocratie dans le pays (Mauritanie) », a-t-il ajouté. Interrogé sur la visite d’Etat du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, le ministre a indiqué que les autorités des deux pays ont fait, au cours de cette visite, le tour d’horizon sur les relations bilatérales et examiné leur élargissement à d’autres domaines, notamment touristique et culturel. Au sujet du dossier du nucléaire iranien, M. Medelci a réitéré la position de l’Algérie qui soutient le développement nucléaire à des fins pacifiques, exprimant par ailleurs sa désapprobation quant à la politique de « deux poids deux mesures » qui fait, a-t-il dit, que « certains pays peuvent avoir des possibilités ou des degrés de liberté, alors qu’on les refuse à d’autres ». Pour le ministre, le dialogue autour du dossier, entre les pays 5+1 avec la présence d’un représentant du gouvernement américain, « est extrêmement important et constitue un élément d’espoir qu’il faut développer pour rétablir, dans les semaines qui viennent, les rapports de confiance de nouveau » afin de trouver, a-t-il dit, « une solution politique acceptable pour les différentes parties ».  

                                                        Ultimatum  

L’ultimatum fixé pour le 6 octobre prochain par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (CPS), lequel a exigé le retour à l’ordre constitutionnel en Mauritanie “par le rétablissement inconditionnel de M. Sidi Ould Cheikh Abdallahi, président de la République, dans ses fonctions”, n’a pas été du goût de Nouakchott, qui a rejeté cette injonction par la voix de députés favorables au coup d’État. En effet, ces derniers, majoritaires au Parlement, ont rejeté l’ultimatum de l’Union africaine (UA). Par la voix du député Sidi Mohamed Ould Maham, porte-parole des députés pro-putsch, il ont rétorqué : “Nous rejetons cet ultimatum parce qu’il ignore tout simplement la réalité dans le pays où les deux-tiers du Parlement, la quasi-totalité des maires élus et la majorité du peuple sont favorables au changement du 6 août.”  Ne s’arrêtant pas là, il a déclaré que ses amis sont scandalisés par cet ultimatum qui “émane d’une institution censée servir la paix en Afrique et qui s’emploie au contraire à susciter la guerre civile et attiser les contradictions dans notre pays”. Pour étayer cette position, favorable aux putschistes, il a ajouté : “Nous avons l’exemple des solutions à l’africaine, au Zimbabwe et au Kenya, on aurait pu aller dans ce sens en Mauritanie mais, apparemment, notre pays est vu comme le maillon le plus faible.”Selon lui : “Le retour de l’ex-président au pouvoir est une ligne rouge à ne pas franchir.” Sidi Mohamed Ould Maham ira jusqu’à affirmer : “L’UA et le reste du monde doivent savoir que ce projet (du retour du président déchu) serait fatal pour la Mauritanie, l’ancien président étant une partie du problème. Son retour n’est pas négociable, tout le reste par contre peut être discuté.” Il recommandera à l’UA de tenir compte de la feuille de route initiée par le Parlement et prévoyant une élection présidentielle dans 12 à 14 mois, précédée de journées de concertations ouvertes à toutes les forces politiques du pays et aux partenaires étrangers de la Mauritanie. Pour ce groupe de parlementaires, l’UA “doit reconsidérer ses injonctions et ses menaces”. Reste à savoir qu’elle sera la réaction de l’UA, qui avait à l’issue de sa réunion tenue à New York, en marge des travaux de l’Assemblée générale des Nations unies, demandé instamment “aux États membres de l’Union africaine et à la communauté internationale dans son ensemble de considérer comme illégitimes et illégales toutes les actions et initiatives des auteurs du coup d’État destinées à faire échec à la restauration de l’ordre constitutionnel”. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a déclaré “nulles et de nul effet toutes les mesures de nature constitutionnelle, institutionnelle et législative prises par les autorités militaires et découlant du coup d’État du 6 août 2008”. Jusque-là, seul le Maroc s’est solidarisé avec le nouveau régime militaire en place à Nouakchott, à travers un message de soutien du roi Mohammed VI, au général Mohamed Abdel Aziz, chef de la junte.Quant à l’Algérie, elle a réitéré récemment, par la voix d’Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, son souhait que les auteurs du coup d’État en Mauritanie “acceptent d’aller à la rencontre de la seule solution viable et juste, celle du retour à l’ordre constitutionnel”. 

                                                       Pêche 

Le commissaire européen à la pêche, Joe Borg, a déclaré vendredi que l’Union européenne avait trois semaines pour mettre en œuvre l’accord sur la pêche conclu avec la Mauritanie et qu’elle ne verserait les sommes prévues que si elle est certaine de leur bonne utilisation par la junte militaire. « Nous utilisons le temps dont nous disposons pour nous assurer que les termes du contrat concernant l’utilisation de l’argent que nous donnons à la Mauritanie seront  respectés », a-t-il annoncé. « Si nous avons la confirmation que la Mauritanie respecte les termes de l’accord, le paiement sera effectué dans les délais », a-t-il ajouté. Les ministres de la Pêche des Vingt-sept ont signé en juillet un accord aux termes duquel l’UE devait verser 86 millions d’euros à la Mauritanie avant le 31 août pour obtenir l’autorisation de pêcher dans ses eaux territoriales. 

( 27 septembre, 2008 )

Convocation de Khattou Mint El Boukhary au Sénat: »Illégale et constitue un flagrant délit » dixit Me Lô Gourmo

Les avocats de la fondation KB à savoir Me Lô Gourmo Abdoul et Moulaye Ghali Ould Moulaye Ely n’ont pas mis de temps pour réagir suite à la convocation orchestrée à la six-quatre-deux par le Sénat de l’épouse du président déchu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Khattou Mint El Boukhary, par ailleurs, présidente de la fondation KB, objet d’une enquête sénatoriale.

Au cours d’une conférence de presse tenue ce vendredi 26 septembre, Me Lô en compagnie de son collègue avocat s’en est ouvertement pris à ceux qui ont conduit l’ancienne première dame au Sénat. «Ce qui s’est passé (ce jeudi 25 septembre) est d’une extrême gravité », constate Me Lô Gourmo en fustigeant la méthode qui a été utilisée par le Sénat pour convoquer Khattou Mint El Boukhary. Ainsi donc, avec cette convocation, la Commission d’enquête sénatoriale, dont les membres viennent de prêter serment,  passe à la vitesse supérieure : obtenir des aveux de la part de Khattou Mint El Boukhary, sur la gestion et les modes de financement de sa fondation.

Pour amener Khattou Mint El Boukhary devant la Commission d’enquête sénatoriale, les éléments de la garde nationale et de la police nationale furent mobilisés comme dans un Polar. Ce comportement digne d’un Etat policier et militaire traduit aux yeux de Me Lô Gourmo la faillite et l’effondrement de l’Etat de Droit en Mauritanie. «On est en train d’assister à un trou noir des libertés dans lesquelles nos droits se sont engouffrés », regrette-t-il.  Dramatisant la manière dont l’épouse du président déchu a été convoquée, Me Lô Gourmo y voit déjà le début d’une clochardisation de nos institutions représentatives. 

Première du genre, la convocation de Khattou Mint El Boukhary, a rappelé Me Lô Gourmo, est un véritable cas de conscience. «On n’a jamais vu un Sénat dans le monde où il y a des immunités dans lesquelles ce qui s’est passé ce jeudi auraient pu se passer. Un Sénat dans lequel, une police s’installe, une garde s’installe pour frapper, chasser les gens y compris des sénateurs empêchés d’accéder (au Sénat). » 

A en croire Me Lô Gourmo qui se base sur une série de faits qu’il a qualifiés d’extrême gravité, la convocation de Khattou Mint El Boukhary au Sénat ne restera pas sans conséquence juridique. «Il y a une introduction abusive de la part d’individus (les éléments de la police) dans le demeure de la première dame sans mandat ni aucun ordre de quelque autorité reconnue dans ce pays », renseigne Me Lô Gourmo en faisant savoir que c’est un acte puni par le Code de Procédure Pénale. 

Pendant des heures, après son audition par les membres de la Commission d’enquête sénatoriale, Khattou Mint El Boukhary fut séquestrée dans l’une des salles du Sénat. «Ce n’était donc plus une chambre de Sénat. C’était une prison, une prison illégale par conséquent. Et, c’est extrêmement grave », souligne Me Lô Gourmo. «Ensuite, poursuit-il, on lui a fait subir un interrogatoire par des individus qui n’ont aucune qualité à le faire. Même à supposer que nous reconnaissions que cette commission est légale, elle n’a pas actuellement de règlement intérieur légal qui puisse justifier une procédure quelconque par laquelle ces membres peuvent agir. C’est une commission qui existe nominalement. Mais, qui n’a pas de procédure de fonctionnement. Par conséquent, les individus qui se sont adonnés à cet interrogatoire sont apparus comme des individus qui ont procédé à des interrogatoires de police. » 

Pire encore, les membres de la Commission d’enquête sénatoriale ont refusé que Me Lô Gourmo et Moulaye Ghali Ould Moulaye Ely assistent leur cliente, Khattou Mint El Boukhary durant son interrogatoire. En outre, les avocats ont révélé que l’interrogatoire s’est fait sur des pressions psychologiques. «C’est presque de la torture », s’écrie Me Lô Gourmo. «La loi mauritanienne donne droit à chaque citoyen mauritanien le droit de se faire assister par un avocat. C’est pour le témoignage. Sinon, on peut me faire dire du n’importe quoi. On peut dire également que j’ai dit n’importe quoi », rappelle-t-il.  

Les avocats de la Fondation KB ont fait savoir aussi au cours de cette conférence de presse qu’ils vont porter plainte contre les membres de la Commission d’enquête sénatoriale pour que leur immunité soit levée, car, en procédant à la séquestration de Khattou Mint El Boukhary, ils ont commis un flagrant délit. 

Si l’on s’en tient aux assertions de Me Lô Gourmo, Khattou Mint El Boukhary, à la suite de son audition (qui a duré plus de 6 tours d’horloge) par les membres de la commission d’enquête sénatoriale chargée de faire la lumière sur la provenance des fonds de la Fondation KB, a eu des ennuis de santé. « Ça a été extrêmement pénible et perturbant », a-t-il révélé.  

Babacar Baye Ndiaye  

Déclaration de Khattou Mint El Boukhary 

Le 24 Septembre 2008, aux alentours de 11h, plusieurs individus se présentant comme des policiers se sont introduits par force dans notre domicile familial, sans aucune autorisation ni mandat de quelque nature que ce soit. Après avoir bousculé des membres de la famille et proféré des grossièretés, ces individus aux allures inquiétantes m’ont trouvé dans ma chambre à coucher et ont voulu m’obliger à les suivre vers une destination inconnue. Devant leur attitude de provocation manifeste, j’ai été amenée à les suivre sans aucune indication du lieu de destination, encadrée par des policiers en tenue. Dehors, un dispositif impressionnant de police bouclait entièrement le quartier et empêchait toute entrée ou sortie. Un convoi de six véhicules remplis de policiers en tenue s’est ébranlé et nous a déposé au Sénat. Sur place, mes deux avocats, Me Lô Gourmo Abdoul et Moulaye Ghali Ould Moulaye Ely nous ayant rejoint en même temps que de nombreux citoyens dont des parlementaires, venus aux nouvelles ont été évacués de force du Sénat par des dizaines de garde et de policiers directement aux ordres de «sénateurs » se présentant comme des membres d’une «commission d’enquête ». L’un de mes deux avocats, Me Lô Gourmo a été rudoyé. Après l’évacuation de mes avocats, empêchés de m’assister, je suis restée seule en face des individus soi-disant membres d’une «commission d’enquête » qui semblait réciter une leçon sans conviction et qui, à tour de rôle, m’ont posé des questions de caractère général sur la Fondation, sans se référer à aucun fait précis. Du fait de l’illégalité manifeste de cette «commission » et des conditions de grave violation des libertés et droits à l’occasion de mon enlèvement et vde ma séquestration, j’ai refusé de me prêter à la farce de cette «audition à huis clos ». Je n’ai répondu à aucune des questions posées malgré toutes les tentatives inquisitoriales des membres de cette «commission ». Après plus de 6 heures de séquestration dont tout juste une dizaine de minutes d’ «interrogatoire » et de tentatives maladroites de m’enregistrer, j’ai été relâchée sans autres explications. De cette grave violation des règles élémentaires de l’Etat de droit, il apparaît clairement que l’intention des instigateurs et exécutants de cette farce est de créer un climat de peur et suspicion de nature à décourager toute résistance à l’action de force et à la mise de l’échec cuisant de leur tentative de se servir de la Fondation et de ses principaux responsables en cause de l’ordre constitutionnel. C’est une preuve supplémentaire comme bouc émissaire pour justifier et faire accepter leur forfait.

Fait à Nouakchott, le 26 septembre 2008

( 27 septembre, 2008 )

Le mutisme de Ely sur la crise actuelle, la liberté d’expression, les mouvements de soutien au HCE…au menu des discussions entre la presse indépendante et les responsables du FNDD autour d’un Ftour

Autour d’un Ftour, les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) ont dégouliné toute leur amertume sur le dos du Haut Conseil d’Etat dirigé par le Général Mohamed O. Abdel Aziz, tout en bivouaquant sur leur position : le retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi au poste de Président de la République. La Mauritanie, depuis le coup d’Etat du 6 août dernier, est divisée en deux camps : les pro-putschistes et les légalistes. Ceci a créé un climat de tiraillements, de confusion dans l’esprit des populations et de chasses croisées entre ces deux camps. «Nous ne sommes pas à l’origine de ce qui s’est passé », a dégagé d’un revers de la main Boïdiel Ould Homeïd, ancien ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République et actuel Secrétaire Général du parti PNDD-Adil.

Cette rencontre informelle entre la presse indépendante et les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) fut une occasion de parler du rôle que doit mener la presse nationale mauritanienne dans la crise politique actuelle que traverse la Mauritanie, faute de dépassement et surtout de dialogue franc entre les interlocuteurs, chacun renvoyant la responsabilité sur le compte de l’autre camp.

Après avoir salué la présence de la presse à ce Ftour, Boïdiel Ould Homeïd a souligné la nécessité pour la presse nationale de participer à l’amélioration de notre système politique en y jetant un regard critique par rapport à ce que nous vivons présentement et ce qui a été réalisé par les régimes précédents c’est-à-dire sur notre expérience démocratique.

Entre les journalistes et ceux qui réclament vaille que vaille le retour de la légalité constitutionnelle, l’atmosphère était plutôt détendue et bon enfant. Certains responsables même du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) en ont profité pour dévoiler leurs qualités d’humouristes.

Plus qu’une rencontre informelle, le Ftour organisé solennellement par le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) était destiné à faire les yeux doux à la presse écrite indépendante. D’ailleurs, ce ne sont pas les éloges qui ont manqué, ce 25 septembre à l’hôtel Chinguetty Palace (Pub gratuite). «La liberté de presse est un bien précieux pour la démocratie. Il faut que la presse soit libre. Mais, il faut qu’elle soit aussi sérieuse pour qu’elle soit responsable. Il faut qu’elle soit courageuse, qu’elle fouille et dise la vérité », lâche Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’Alliance Populaire Progressiste qui n’a pas manqué de souligner, en citant Nelson Mandela, que la presse doit tenir un rôle de redresseur vis-à-vis des acteurs de la vie publique.

Aujourd’hui, la Mauritanie est dans une mauvaise passe. Et, est-ce que le Front National pour la Défense de la Démocratie(FNDD) serait-il disposé à faire des concessions pour sauver notre pays d’une situation inextricable qui compromettrait son unité nationale et sa cohésion sociale ?

Les responsables du FNDD ont préféré renvoyer la réponse au Haut Conseil d’Etat (HCE) et à ses thuriféraires qu’ils accusent d’usurpateurs. Sur ce point, Boïdiel Ould Homeïd a fait savoir qu’il n’y a pas de dialogue à engager avec le HCE. En outre, les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) ont fustigé l’exploitation pernicieuse et abusive que le Général Mohamed Ould Abdel Aziz est en train de faire de notre charte fondamentale.

Depuis le coup d’Etat du 6 août dernier, l’ancien président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) n’a pas fait de déclaration officielle pour condamner ou approuver ce coup d’Etat. Mieux encore, depuis son retour de l’extérieur, il s’est emmuré dans un silence imperceptible. Et, cela inquiète les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD). «Est-ce que vous avez entendu parler d’une quelconque expression de Ely sur ce sujet, sur ce qui se passe actuellement. Lui ! On dit que c’est le père de la démocratie mauritanienne. Et, l’enfant est en train d’être malmené. Donc, son papa doit crier, doit réagir », déclare Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des Forces de Progrès, avec beaucoup d’ironie.

Toujours, en marge de ce Ftour, les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) s’en sont pris ouvertement au Qatar, au Soudan et à la Libye qui ont adressé des lettres de félicitation récemment au Haut Conseil d’Etat. «On vient d’avoir une véritable tragédie et ce n’est pas le moment d’adresser des félicitations. Ils devaient plutôt envoyer des condoléances », a dit Ould Maouloud en qualifiant cela de «bourde diplomatique ».

Etaient présents à ce Ftour, Jémil Mansour, président de Tawassoul, Ba Mamadou Allassane de Plej et Abdoulaye Mamadou Ba, ancien conseiller et porte-parole à la Présidence de la République avant le coup d’Etat militaire du 6 août 2008. Mais, ils n’ont pas la parole ! Après la bataille populaire, le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) s’engage maintenant dans la bataille médiatique en faisant les yeux doux à la presse indépendante. Plus malins qu’eux, tu meurs !

Babacar Baye Ndiaye

( 26 septembre, 2008 )

Le Hip Hop Mauritanien:Etat des lieux d’une musique en mal de reconnaissance ?

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La Mauritanie n’est pas seulement le pays d’un million de poètes. C’est aussi le pays où des milliers de jeunes veulent devenir des rappeurs. Mais les autorités de ce pays répugnent encore à accorder du crédit au Hip Hop. Tel est le constat !

Et les acteurs de ce mouvement musical ne semblent pas pardonner ce désintéressement et négligence de la part du Ministère de la Culture qui ne joue pas, à leurs yeux, son véritable rôle d’appui et d’organisateur. C’est ce manque de considération qui a poussé certains à soutenir mordicus que le Hip Hop est le parent pauvre de la musique mauritanienne.  

Et pourtant,  les concerts de Hip Hop sont incontestablement les seuls spectacles qui drainent un monde fou à Nouakchott comme à l’intérieur du pays. «Pourquoi donc continuer à ignorer cette musique », s’interroge Khalzo. «Le Hip Hop comme la musique en général peut être une source d’enjeux financiers avec des retombées socio-économiques incalculables. Il peut alimenter des studios d’enregistrement, favoriser le show-biz et participer à la mise en place d’une véritable industrie culturelle », souligne-t-il.                              

Lorsqu’on parle de Hip Hop, on pense aussitôt que c’est une musique de jeunes, une musique de revendication. «Le Hip Hop est une musique militante. Elle contribue à promouvoir certains aspects, certains droits, certaines revendications de la jeunesse », déclare Georges Lopez dit Dj Gee Bayss, à l’occasion de sa présence à la première édition du «Festival Assalamalekoum Hip Hop » de mai 2008.

«Le Hip Hop, rappelle Dj Khalzo, n’est pas, contrairement à ce que pensent certaines personnes, une musique qui favorise la dépravation de notre jeunesse. Il s’agit d’un courant musical qui a pour objectif d’éduquer la jeunesse, de la sensibiliser sur les problèmes de l’heure en tentant, à travers des messages, d’inculquer l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, la nécessité de préserver l’environnement et bien d’autres valeurs essentielles pour la construction du pays. »

Certains diffuseurs, à l’image de Dj Gee Bayss, s’intéressent à la Mauritanie depuis de bonnes années. C’est que notre pays regorge d’importants nids de rappeurs talentueux. Ce dernier a produit de nombreux jeunes rappeurs mauritaniens. Grâce à lui, ces derniers se sont fait connaitre au niveau du Sénégal et sur le plan international.

«Le Hip Hop mauritanien à travers moi peut avoir une plate forme d’expression », avait-il déclaré. Aux yeux de Monza, le Hip Hop était une sous-culture que certains mauritaniens avaient du mal à adopter. « Mais grâce à certains artistes, le hip hop s’est aujourd’hui imposé de lui-même en tant que musique et genre à part de la musique mauritanienne », s’enorgueillit-il.

Et le Hip Hop naquit… 

C’est au milieu des années 90, qu’a commencé véritablement le Hip Hop en Mauritanie. Au fil des années, ce mouvement a fini par s’imposer lui-même un peu partout dans le pays et notamment à Nouakchott où fleurissent d’importants nids de jeunes rappeurs et des groupes de rap : Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad, Military Underground, Minen Tèye, Waraba, MC Go, Number One African Salam, Adviser, Bad’s Diom, Big Diaz, Habobé Bassal, Youpi for Ever, Cee Pee, Paco Leniol, Franco Man, Laye B, MD Max…

Mais, c’est à partir de 2007, avec la sortie du 1ier album de Diam Min Tekky(Gonga), d’Ewlade Leblad(Adatne), de la Rue Publik(Incontextablement) et de Military Underground(Au Secours en 2008) que la mayonnaise Hip Hop mauritanien a commencé vraiment à intéresser les gens et à gagner notamment la sympathie des jeunes mauritaniens en mal d’occupation et de loisirs.                                                                                                         

Les années 2007 et 2008 marqueront un tournant décisif dans l’évolution du mouvement Hip Hop en Mauritanie. Le Hip Hop semble pousser des ailes. Désormais, rien ne peut l’appréhender. Dans les concerts, le public répond massivement. Comme en témoigne ceux organisés au Centre Culturel Français et notamment la Première édition de «Assalamalekoum Hip Hop Festival ».

Mais, c’est à partir de 2004, que le Hip Hop en Mauritanie commence à se professionnaliser avec l’apparition de studios d’enregistrement, d’ingénieurs de sons. S’arrimant au rythme de l’évolution des nouvelles technologies, les rappeurs mauritaniens prennent conscience de la nécessité d’améliorer le fond et la forme de leurs textes mais surtout leur flow. 

Le Hip Hop, qui  englobe la danse, le dee-jaying et le graffiti qui est encore embryonnaire en Mauritanie, conquiert de nouveaux espaces. En effet, depuis 2000, début de son explosion avec la floraison de groupes de Rap, le Hip Hop ne cesse de se dessiner une autre trajectoire que celle qu’il avait connue jusque-là. Du moins, c’est ce que pensent certains rappeurs comme Monza, président 2 la Rue Publik.

«Dans toute sa totalité, quelque soit l’endroit où on se trouve, ce que j’ai vu et vécu, ce que j’ai pu faire et les autres aussi, me donnent une certaine conviction que le Hip Hop en Mauritanie est sur de bons rails », croit-il.

Le Hip Hop mauritanien fait face à une double difficulté. A savoir la production et la diffusion. Mais cela n’a pas empêché les rappeurs ou groupes de Rap mauritaniens de percer à l’extérieur à l’image de Military Underground, Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad ou Waraba qui a participé à la compilation «AURA» regroupant différents rappeurs africains de renommée internationale dont Dj Awadi. Le Hip Hop n’est plus cette musique de voyous, cette musique malsaine et corruptrice. Et pour cause. De plus en plus, on constate un intéressement grandissant de la part de la jeunesse mauritanienne au Rap et surtout une éclosion de rappeurs ou de groupes de Rap.

Excellent canal de sensibilisation et de mobilisation, comme on le voit souvent à l’occasion des élections ou autres manifestations officielles, la place du Hip Hop est désormais une évidence dans la société mauritanienne.

A côté de la musique traditionnelle, tradimoderne ou moderne à l’image de Malouma, Noura Mint Seymali, Tahara Mint Hembara, Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué ou Dimi entre autres, le Hip Hop, contre vents et marées, a réussi à se creuser son propre sillon. «. Les responsables politiques du pays doivent se tourner vers la jeunesse qui est un moteur de développement », demande Monza, le président 2 la Rue Publik.

Des structures défaillantes 

Au niveau de l’enregistrement, les rappeurs mauritaniens, depuis quelques temps, n’ont plus rien à envier à leurs camarades de la sous-région ou du Maghreb. Là où se situe le bât blesse, c’est au niveau de la duplication, de la distribution et de la communication.

Et, pour vendre un produit musical, il faut de la promotion et de la diffusion au niveau des médias. Sur ce point, notre pays traîne encore. Nonobstant, les efforts de la TVM Plus qui commence à diffuser des clips de Rap mauritanien, la contribution des médias officiels est très infime dans le rayonnement du Hip Hop en Mauritanie.                            

Face à cette situation criarde, certains rappeurs, comme Monza, ont trouvé la clef de la solution. «On a essayé de mettre en place des studios d’enregistrement et de production en investissant de l’argent considérable pour pouvoir nous satisfaire nous-mêmes et satisfaire aussi les autres », explique-t-il.

Ne disposant pas de structures pouvant les protéger, certains rappeurs mauritaniens se sont retournés vers la BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur) ou d’autres structures comme la SACEM (Société des Auteurs compositeurs et éditeurs de Musique) pour défendre leurs produits.    

A vrai dire, comment peut-on développer la musique de manière générale sans pour autant avoir au préalable des réseaux de distribution ? C’est le dilemme principal des rappeurs. Ne sachant pas que faire, ils sont astreints, pour écouler leur produit, d’organiser ce qu’on appelle «Les Concerts Dédicace ».

Et, Dieu sait que cette procédure ou méthode ne réussit pas à tout le monde. Le Hip Hop Mauritanien est bien représenté à l’étranger. En France, par B.O.B et au Sénégal, par Laye B qui y a sorti en 2003 et 2007, respectivement «Black à part » et «Sénégal-Mauritanie ».

On n’investit pas dans le Hip Hop 

Les producteurs se comptent par gouttes. Fatigués de taper à toutes les portes à chaque fois qu’il s’agit de production, certains rappeurs ont fini par se muer en producteurs. «Il n’y a pas de personnes aptes à produire.

Elles ne savent pas ce que c’est que la production. Il n’y a pas de gens qui veulent s’engager dans une structure pour investir sur des artistes en produisant leurs albums », s’indigne Monza. «Nous, les rappeurs, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir et de travail à faire pour que les gens soient totalement convaincus de ce que nous faisons », estime Waraba alias Big Power.    

Pour certains rappeurs mauritaniens, à l’image de Waraba, qui ont eu la chance de voyager et côtoyer d’autres rappeurs africains, le Hip Hop Mauritanien  va mal. Lui aussi, il met en avant les problèmes de structures et d’organisation.

«Et pourtant, il y a des talents et des rappeurs qui font du bon boulot. Ils écrivent de très bons textes. Mais, bon ! Il n’y a pas une aide derrière », regrette-t-il. Certains pensent que le Rap doit être une musique militante et engagée. «Cela dépend des sources d’inspirations. Aujourd’hui, le Rap, rappelle Waraba, n’est pas une musique circonscrite. C’est une musique d’ouverture. Si certains pays sont en avance sur nous, c’est parce qu’ils élargissent ce qu’ils font. On est tous engagés mais de différente manière. »

Pour Mar de Diam Min Tekky, le Hip Hop en Mauritanie s’est détourné de sa voie originale. Pour lui, il y a des choses plus importantes que de faire danser les gens. «C’est là(en Mauritanie) où se trouve le racisme, l’inégalité et l’esclavage », se justifie-t-il.

Le Hip Hop Mauritanien a du mal à se départir de l’influence extérieure notamment américaine. «Les rappeurs mauritaniens plagient beaucoup. On voit un Method Man, un Awadi en Mauritanie. Cela handicape notre Rap. On doit rester des mauritaniens et créer notre propre style », pense-t-il. «Le Hip Hop Mauritanien est là pour prouver par rapport aux autres », soutient-il en pensant qu’il n’est pas encore l’heure de faire du show-business, mais, de dénoncer.

«On n’a pas le temps de faire sortir des filles habillées en string », ironise-t-il en faisant allusion aux clips américains ou sénégalais. «Si on sent que le Hip Hop en Mauritanie  ne va pas, nous ouvrir, nous les rappeurs, d’autres portes, nous allons laisser tomber et faire autre chose », lance-t-il avec défi.

Waraba est de ceux qui croient dur comme fer que le Hip Hop Mauritanien peut rivaliser avec celui des autres pays comme le Sénégal ou le Mali. «Les talents sont là. Mais cela ne suffit pas. Il faut avoir un staff derrière. Par exemple, les rappeurs maliens, ils sont bien structurés. De même que les sénégalais ou burkinabé. C’est ce qui fait qu’ils sont en avance sur nous », explique-t-il.

Aujourd’hui, malgré une évolution en termes de production, on a constaté que le Hip Hop Mauritanien ne se vent pas bien. Là où un rappeur malien, sénégalais ou burkinabé arrive à vendre 100.000 cassettes, un rappeur mauritanien ne parvient même pas à écouler plus de 1.500 cassettes. Pire encore, il n’y a pas de lieux de vente. Quand un rappeur sort son album, il est obligé de louer l’Ancienne Maison des Jeunes pour espérer vendre son produit. Dans ces conditions-là, peut-on exporter le Hip Hop Mauritanien ?

Des rappeurs comme P.A et F. Diou de Military Underground qui en ont fait l’expérience portent d’une part cette responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture et d’autre part sur celui des artistes qui manquent, à leurs yeux, d’organisation. «Nous, les rappeurs, nous ne voyons pas aucune initiative venant d’une bonne volonté. Nous avons besoin d’appui pour que la musique Hip Hop puisse avancer notamment au niveau des ventes afin qu’on vive de notre art », affirme F. Diou. «C’est très important le fait de vendre, enchaîne P.A. On ne peut pas espérer mieux que cela. C’est la base de tout. » 

Autre problème auquel sont confrontés les rappeurs est celui de la piraterie qui les empêche de dormir à tête reposée. Le cri est partout le même chez les artistes. Là aussi, selon P.A et F. Diou, la piraterie constitue un manque à gagner considérable pour les rappeurs mauritaniens. Cela n’empêche pas qu’il y ait une ruée vers le Hip Hop de la part des jeunes.

Le Hip Hop est devenu une porte ouverte à tout le monde. «Chacun y a sa place », pense F. Diou.  Cependant, avertit-il, on devrait assainir le Rap gangrené par des musiques ou paroles pleines d’incivilité et d’insolence.

«Le rappeur est mal vu et mal jugé dans nos sociétés déjà.  Cela n’a pas sa raison d’être dans le mouvement Hip Hop mauritanien », dit-il. Pour autant, les «Hip hoppeurs » mauritaniens semblent être optimistes. «Le Hip Hop mauritanien a de l’avenir. La preuve, nos albums sont appréciés par tout le monde », déclare P.A, optimiste.

L’absence de médias privés, le peu de crédit accordé au Hip Hop par les médias officiels, le déficit structurel en termes de diffusion et de distribution, le manque de niveau et d’instruction participent au retard de l’explosion du Hip Hop en Mauritanie. En outre, au niveau de la tonalité et du groove de la musique, la qualité pose problème parce que les studios ne disposent pas de machines de masteurisation.   

Babacar Baye Ndiaye  

( 25 septembre, 2008 )

Ousmane Gangué, lead vocal de « Koodé Pinal »

«La musique mauritanienne patauge. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est » 

 

A l’occasion des dix ans de musique d’Ousmane Gangué et de son Groupe «Kodé Pinal », le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser des questions relatives à sa carrière musicale, de ce qu’il pense de la situation actuelle de la musique mauritanienne et surtout de la nécessité de créer des structures propices à son développement. Et sa position par rapport au coup d’Etat du 6 août 2008. Entretien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous êtes un grand artiste dont le talent ne fait plus l’ombre d’un doute. Toutefois, on a remarqué que vous avez du mal à vous imposer et surtout à investir dans la musique ? 

 

Ousmane Gangué : Certes, je suis connu, je fais des tournées internationales. Mais, je le fais avec les moyens du bord. Si, aujourd’hui, la musique de Ousmane Gangué est arrivée à un certain niveau de notoriété, c’est grâce à ma volonté et ma propre abnégation. Sans l’aide de personne ! Si vous jetez un coup d’œil dans le microcosme musical mauritanien, quel est cet artiste qui peut se targuer de vivre dans de très conditions enviables. Comment peut-on investir dans la musique alors qu’il n’y a aucune volonté de faire bouger les vieux réflexes ? 

Les artistes vivotent. Ils commencent à se décourager parce qu’il n’y a aucune perspective qui se décline devant eux. Il ne faut pas être surpris si certains artistes comme moi prennent leurs claques et leurs cliques pour aller s’installer à l’extérieur. Rien n’a été fait pour que la musique mauritanienne puisse connaître des jours heureux. La preuve, nos prédécesseurs vivent dans des conditions lamentables. Ils n’ont pas réussi à sortir du trou la musique mauritanienne. Notre génération est en train de revivre la même situation. Quoique très difficile, je vais continuer à mener le combat afin de redresser la situation moribonde dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Ma femme est de nationalité française. Je pourrais aller avec elle et vivre en France comme tout le monde. Mais, ce ne serait pas une bonne idée. 

A mon avis, on doit rester ici et relever les défis relatifs aux problèmes structurels que rencontre la musique mauritanienne. Je préfère demeurer en Mauritanie pour relever le niveau de notre musique. Toutefois, cela demande beaucoup de sacrifices et surtout des structures qui vont épauler la démarche des artistes. Pour que je puisse investir en Mauritanie, il faudrait que j’aie des retombées d’abord au niveau de ma musique. Que la musique que je joue soit écoutée en Mauritanie. Et, surtout qu’on arrête de prendre des griots qui prétendent être des artistes pour les envoyer à de grands festivals internationaux pour y représenter la Mauritanie. Cela ne fait que retarder la musique mauritanienne! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous en connaissez, comme vous le dites, des griots qui ont été envoyés à l’extérieur pour représenter la Mauritanie ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne parle pas dans le vide ! Nous avons participé à un grand festival en France alors que nous n’avions même pas encore sorti un album. Cela a ébahi beaucoup de personnes. Nous avons réussi à faire connaître la Mauritanie à travers ce festival. Pour la petite histoire, certaines personnes confondaient la Mauritanie à l’Ile Maurice (Mauritus en Anglais). Pour lever cette équivoque, on a pris une carte pour pouvoir situer la Mauritanie. On avait filmé notre participation à ce festival. Le film, jusqu’à présent, dort dans les tiroirs de la télévision nationale.  Est-ce que cela va nous motiver ? NON ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : A qui la faute ? Le ministère de la Culture ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne peux pas porter toute la responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture. La Culture est le parent pauvre en Mauritanie. Il y en a certains qui réussissent à s’en sortir. Nous savons tous que la musique mauritanienne va mal. Et pourquoi ? Rares aujourd’hui sont les artistes mauritaniens qui peuvent décrocher des tournées internationales !

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Le Rénovateur Quotidien : Pour mieux défendre leurs intérêts, des artistes ont mis en place deux structures pour échanger des idées et voir comment ils peuvent faire pour que la musique mauritanienne connaisse des jours heureux. Qu’en pensez-vous ? 

Ousmane Gangué : Pour vous dire la vérité, ces structures n’ont aucune utilité à mes yeux. Ce n’est pas elles qui vont faire évoluer la musique mauritanienne. Il faut qu’il y ait d’abord de la stimulation et qu’on sente vraiment qu’il y a une main derrière les artistes. Cela ne demande pas grand-chose. Si par exemple, on voit un artiste qui progresse sur le plan musical, qu’on lui attribue des distinctions. Cela va pousser les autres artistes à vouloir faire mieux et à avancer de l’avant. Et je vais vous dire une autre chose par rapport à ces structures : elles sont souvent utilisées à des fins saugrenues. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En fin de compte, la musique mauritanienne n’est-elle pas à l’image du pays, raison pour laquelle elle n’arrive pas à voler de ses propres ailes ? 

 

Ousmane Gangué : Effectivement ! Cela dit, nous, les artistes, nous allons continuer à nous battre pour porter la musique mauritanienne aux quatre coins du monde. Nous comptons sur la participation de tous les mauritaniens pour changer la situation. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A part les rappeurs, les artistes mauritaniens sont timidement engagés. L’actualité de ces derniers jours reste dominé par le Coup d’Etat du 6 août 2008. Peut-on savoir ce que vous en pensez ? 

 

Ousmane Gangué : Moi, je suis apolitique ! Je ne suis pas derrière personne. Je suis avec celui qui est là pour œuvrer dans l’intérêt des populations, qui prône la justice et l’égalité. Je suis apolitique ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique mauritanienne est aussi handicapée par l’absence de médias audiovisuels privés. Cette situation vous réjouit-elle ? 

 

Ousmane Gangué : Pas du tout ! C’est un secret de polichinelle. Les médias surtout privés sont incontournables dans le rayonnement de toute musique. Nous lançons un appel aux autorités de ce pays de libéraliser le secteur audiovisuel. Cela pourrait changer la situation actuelle dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Sans cela, on sera toujours parmi ceux qui traînent. Et, cela n’est pas bien pour notre pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les médias publics jouent faiblement leur rôle dans le développement de la musique. Pour pallier à cela, les autorités avaient créé la TVM Plus pour entre autres, favoriser une certaine expression musicale. D’ailleurs, qu’en pensez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Je suis leur premier admirateur ! Malgré leurs faibles moyens, ils ont réussi à abattre un énorme travail. Si aujourd’hui, beaucoup de mauritaniens ont commencé à regarder la télé, c’est grâce à la TVM Plus. La télévision est un miroir, un reflet de la société. Les mauritaniens s’identifient à la TVM Plus parce qu’elle a su donner ce que veulent voir les mauritaniens. Si elle continue sur cette lancée, on n’aura plus besoin d’ici peu de temps de regarder les autres télévisions nationales comme la RTS. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Si on fait un feed back sur votre carrière musicale, on voit visiblement qu’ Ousmane Gangué a beaucoup évolué notamment musicalement. Ce n’est plus non plus la période des vaches maigres. La preuve, vous semblez être comblé. 

 

Ousmane Gangué : Pas encore ! La musique, comme tous les métiers, est une carrière avec des hauts et des bas. C’est vrai que nous vivons des fruits de notre musique. Mais, croyez-moi, parfois on a envie de crier : aïe ! Ce n’est pas une sinécure. Il nous arrive souvent de vouloir tout remettre en cause. Les artistes mauritaniens manquent de tout : de spectacles pour se produire, de lieux de distraction… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Parallèlement à ces problèmes structurels, les artistes mauritaniens n’ont pas un bureau qui défend leurs œuvres. 

 

Ousmane Gangué : Personnellement, je n’ai pas ce problème. Mes œuvres sont protégées par le BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur). Ce serait une bonne idée que les artistes mauritaniens puissent avoir une structure capable de protéger leurs œuvres. On nous avait promis, par les autorités, de mettre en place une telle structure. Nous attendons toujours ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Certains mauritaniens ne comprennent pas toujours pourquoi vous êtes établi au Sénégal. Qu’en est-il exactement ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne suis pas établi au Sénégal. Je travaille là-bas. Il y a des mauritaniens qui travaillent aux Etats-Unis d’Amérique. C’est pareil pour mon cas. Si j’ai du travail au Sénégal, j’y vais ! Il y a aussi une chose que j’aimerais qu’on sache. J’ai des origines sénégalaises aussi. C’est vrai que je suis un artiste mauritanien. Ce n’est pas dans mon esprit de rester uniquement en Mauritanie. NON !

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Le Rénovateur Quotidien : Vous représentez à l’image d’autres artistes comme Malouma entre autres la musique mauritanienne sur le plan international. Pensez-vous que la Mauritanie peut rivaliser avec le Mali, le Sénégal, la Cote d’Ivoire qui ont réussi à imposer leur musique hors de leurs frontières ? 

 

 

Ousmane Gangué : On est loin de là. Ces pays-là, contrairement à nous, se sont investis dans le développement de leur musique en mettant les structures qu’il faut. Ces pays-là ont favorisé leurs artistes, leurs traditions et leurs cultures. En Mauritanie, nous avons mis les charrues avant les bœufs. La preuve, les mauritaniens continuent à s’abreuver de leurs musiques. On n’investit pas sur les artistes mauritaniens. On préfère appeler un artiste étranger et lui payer plus d’un million d’ouguiyas que de prendre Ousmane Gangué. C’est là où se situe d’abord le malaise de la musique mauritanienne.   

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de la célébration de vos dix ans de carrière musicale, comment vous sentez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Free ! Dix ans de musique, ce n’est pas dix ans de carrière. On célèbre juste les dix ans de mon groupe Kodé Pinal. C’est pour montrer aux mauritaniens que nous sommes sur la scène musicale depuis dix ans. On ne se cantonnera pas uniquement à fêter les dix ans d’Ousmane Gangué et du Kodé Pinal. Ce sera l’occasion pour nous de jeter un regard critique sur la musique mauritanienne. Car, a-t-on remarqué, elle traîne toujours par rapport à celles des pays de la sous-région comme le Sénégal. Nous avons estimé nécessaire de faire une analyse par rapport à l’évolution de la musique mauritanienne. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vos propos laissent apparaître des sentiments d’indignation. Estimez-vous que la musique mauritanienne est au fond du trou ? 

 

Ousmane Gangué : La musique mauritanienne patauge. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est. En premier lieu, ce sont les artistes eux-mêmes qui sont d’abord les premiers concernés. Si la musique mauritanienne se développe, ce sera d’abord à leur avantage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos dix ans de musique avec votre groupe Kodé Pinal ? 

 

Ousmane Gangué : Sur le plan musical, j’ai beaucoup progressé. Mais, moralement, je ne suis pas satisfait. Un artiste ne vit que de sa musique. Or, la musique mauritanienne sombre de plus en plus dans des difficultés écoeurantes. Le sort de la plupart des artistes est triste et lamentable. Ils ont besoin d’appui pour pouvoir, surtout, progresser. Moi, personnellement, je suis mieux connu au Sénégal qu’en Mauritanie. C’est un contraste ! Les artistes mauritaniens ne représentent rien aux yeux du public. Quand les artistes étrangers viennent jouer en Mauritanie, le public répond massivement. Si c’est un artiste mauritanien, personne ne vient. Il y a problème ! Cela ne participe pas à motiver les artistes mauritaniens. C’est à nous, les artistes, de se ferrailler pour que les mentalités changent et évoluent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour revenir à ce problème de notoriété dont souffrent les artistes mauritaniens, j’en prendrai comme preuve votre cas. On a remarqué par exemple, au Sénégal, vous avez réussi à vous imposer. Ce que vous n’avez pas réussi à faire dans votre propre pays. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

 

Ousmane Gangué : C’est une situation qu’on a du mal à comprendre. Je pense que c’est dû essentiellement à la mentalité mauritanienne. Les mauritaniens éprouvent un complexe d’infériorité sur le plan musical par rapport aux autres pays qu’ils soient africains ou arabes. Même sur le plan sportif, ils en souffrent. Tant que cet état d’esprit va demeurer, on n’ira pas loin. C’est ce manque de considération qui fait que la musique d’Ousmane Gangué n’a pas réussi véritablement à s’imposer. Le showbiz au Sénégal est rude. Et, pourtant, j’ai réussi à m’imposer. Cela veut dire que la musique d’Ousmane Gangué marche très bien. Le problème est à rechercher au niveau du public et non du coté des artistes. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de fêter vos dix ans de carrière musicale sous le haut patronage de Ahmed Hamza Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott et le parrainage de Baba Maal et Youssou Ndour. Volonté d’impressionner ou simple invitation ? 

 

Ousmane Gangué : Pour ce qui est de Hamza, non seulement je le considère comme un maire, mais c’est une personne que j’admire énormément. Je n’ai pas à me dérober. Hamza est un monsieur qui a beaucoup fait pour moi. En retour, je lui dois le minimum de considération et de sympathie. Je n’ai pas froid aux yeux de le dire : c’est grâce à lui que j’ai pu organiser mes dix ans de carrière musicale. Youssou Ndour : je travaille avec son label (Jololi). Ce ne serait pas élégant, si je ne l’avais pas convié à cette fête. Baba Maal, c’est une icône pour moi. Quelqu’un qui a su porter la culture poular à travers le monde. Je le considère comme une idole. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait presque 3 ans que vos fans attendent la sortie de votre deuxième album. Est-ce que cela est dû à un manque d’inspiration ? 

 

Ousmane Gangué : Avec le label de Youssou Ndour, on ne sort pas sur une prise de tête un album. Non ! Ensuite, je ne vois pas l’opportunité ou l’avantage de sortir des albums coup sur coup. A la limite, cela peut lasser les consommateurs. Il y a aussi une chose à comprendre : ce n’est pas la sortie d’un album qui va faire les affaires d’un artiste. La plupart des artistes qui sortent coup sur coup des albums n’ont pas d’orchestre. Je ne suis pas pressé de sortir mon deuxième album. Mon contrat avec Jololi va expirer d’ici deux ans. Je verrai si je peux continuer ou non ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye NDiaye 

 

( 25 septembre, 2008 )

Portrait de Birame Ould Dah Ould Abéid

Un adepte de la franchise et du franc-parler comme Birame Ould Dah Ould Abéid ne manque pas d’adversaires dans un pays comme la Mauritanie dirigée par des bonimenteurs, des hypocrites, des tribalistes, des esclavagistes, des racistes, des traditionalistes, des arrivistes, des ethnicistes et des exclusivistes de tout genre. «C’est le prix de l’engagement à payer », explique-t-il. 

Ses prises de position contre certaines injustices et pratiques sociales et religieuses lui ont valu d’être considéré par l’Etat mauritanien  comme un élément subversif de la société mauritanienne. «Très tôt, dans ma jeunesse, j’ai été fiché et mis en quarantaine », raconte-t-il. Cet agitateur n’a jamais été en odeur de sainteté auprès des pouvoirs publics. Malgré ses diplômes et son parcours, on le privera de ses droits. En 2004, il sort major du concours de l’ENA de Paris. A la place d’une reconnaissance de la République, il aura droit à une marginalisation. 

Malgré ces crocs-en-jambe et ces anicroches, Birame Ould Dah Ould Abéid, en bon musulman, ne faillit pas mais continue à croire en son combat : celui de la justice et de l’égalité entre tous les citoyens mauritaniens sans distinction de communauté. Aujourd’hui, il est l’une des personnalités, dans le domaine des droits de l’homme, les plus en vue en Mauritanie.

Contrairement à certains droits-de-l’hommistes de la place, au lieu de vivre dans les quartiers chics de Nouakchott comme Tévragh-Zéina, Las Palmas, E-Nord, il a préféré vivre à PK, à quelques mètres du carrefour Bamako. «C’est dans les quartiers populaires qu’on retrouve les franges les plus humbles de la société. Je suis issu de ce milieu. La grande partie de mon combat est destiné à ce milieu », se justifie-t-il. 

Descendant d’esclave, de par sa grand-mère maternelle qui a été capturée pendant les guerres samoriennes au Soudan, l’actuel Mali, le cœur de Birame Ould Dah Ould Abéid ne se gonfle pas pour autant d’amertume. Au contraire, cette situation de descendant d’esclave, dit-il, il le vit comme un stimulant à ne donner aucune concession à l’injustice sans faiblir en guise de mémoire à sa grand-mère maternelle qui a été écoulée au Trarza comme une marchandise puis achetée par un riche commerçant maure. 

Mais Birame Ould Dah Ould Abéid est-il un esclave ? «Pour la société dans laquelle je vis, répond-il en soupirant, je suis classé dans la catégorie des esclaves et des anciens esclaves avec tout ce que cela découle comme mépris, stigmatisation, préjugés et supériorité sur nous qu’ont les groupes dominants dits nobles qu’ils soient arabo-berbères ou négro-africains. » 

Né en 1965 à Dagana (en Mauritanie), l’actuel Jidrel Mohguen où il a passé la totalité de sa jeunesse, Birame Ould Dah Ould Abéid est issu d’une famille modeste. Propriétaire terrien et de bétail, son père faisait parallèlement du commerce entre le Sénégal et la Mauritanie. Après l’obtention de son baccalauréat, il entre dans l’administration judiciaire en tant que greffier. Sa soif de découverte et de connaissance le pousseront plus tard à s’inscrire à l’Université de Nouakchott où il y sortira avec une maîtrise en droit. 

Ensuite, direction : l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar pour faire un Diplôme d’Etudes Supérieures (D.E.A.) en droit. Actuellement, il est doctorant. Ainsi donc, accumuler des diplômes, tel semble être parmi ses sports favoris. «J’aime les études et surtout les études sociologiques et historiques », dit-il en ajoutant : «C’est par rapport au combat contre l’esclavage et les autres injustices (que je mène). J’ai embrassé ces études pour étoffer encore ma connaissance sur ces phénomènes que je combats et pour pouvoir avoir un avis d’expert en la matière. » 

Grand sympathisant du mouvement El Hor, Birame Ould Dah Ould Abéid a très tôt milité dans les mouvements d’élèves et étudiants avant de déposer ses baluchons à l’UFD/Ere Nouvelle, dirigée à l’époque par Ahmed Ould Daddah. C’était le parti d’opposition qui était en vogue. Mais, son passage dans ce parti ne sera que de courte durée. «Je l’ai quitté en 1993 lorsque j’ai constaté qu’elle était devenue un parti dans lequel s’est installé le système social mauritanien que je décris », explique-t-il. 

Pour la petite histoire, après avoir claqué la porte de l’UFD/Ere Nouvelle, il se présente donc, pensant qu’il peut faire le poids devant le PRDS (Parti Républicain Démocrate et Social, Ndlr), comme un candidat indépendant à la mairie de Nouadhibou aux élections municipales de Janvier 1994. «(Ma) candidature s’est terminée en échec », révèle-t-il. «Cela a raffermi ma conviction à poursuivre la lutte (contre le système social mauritanien)», croit-il. 

Déçu, il semble ne plus croire à l’efficacité et à l’action des partis politiques. «Tous les partis politiques, affirme-t-il, portent en eux-mêmes une dose d’héritage de notre système social et idéologique. Surtout, une dose d’insanité propre à notre société à savoir l’hypocrisie, le culte de la personnalité, les non-dits et les coups bas ». Difficile donc pour lui de s’acclimater dans un tel environnement. Dans une société comme la nôtre fortement caractérisée par les combats de positionnement et d’opportunisme, lui, il préfère ne pas aliéner son indépendance et sa liberté d’esprit et de pensée. «C’est à ce moment que je peux jouer mon véritable rôle », pense-t-il. 

En politique, il ne dérobe pas son admiration et son soutien à Messaoud Ould Boulkhéir, président de l’APP (Alliance Populaire Progressiste), qu’il considère comme étant son père spirituel même s’il n’a jamais eu la chance de le côtoyer tout près. «Mais, j’ai appris à travers  ses discours, confie-t-il, ses positions et sa trajectoire, la manière dont un citoyen comme moi descendant d’esclave devrait se comporter. » 

Il apprécie à sa juste valeur le compagnonnage de Messaoud Ould Boulkhéir avec Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi depuis son élection du 19 avril 2007. Car, pense-t-il, cette sympathie insuffle au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, une dose d’humanité, d’humilité et d’attention aux plus pauvres. «Messaoud Ould Boulkhéir est une caution morale très importante pour le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Cette caution, quand elle disparaît, la position de beaucoup de mauritaniens sera reconsidérée vis-à-vis du pouvoir », prédit-il. 

Ce que la politique ne lui a pas donné, c’est les droits de l’Homme qui vont le lui donner : la célébrité. C’est dans les droits de l’Homme qu’il va retrouver ses repères, se faire découvrir aux yeux du monde. Désormais, lui qui a toujours refusé l’aliénation et la domination, il va pouvoir agir sans contrainte électoraliste, ethnisciste ou communautariste. L’Homme est désormais au cœur de son combat. 

Mais… «La culture des droits de l’Homme est extrêmement minoritaire pour ne pas dire inexistante, s’indigne-t-il amèrement. L’idéologie qui gère la mentalité des hommes et femmes de ce pays est réfractaire aux droits de l’Homme autant dans ses interprétations religieuses que dans ses us et coutumes. Il y a aussi la tradition des pratiques administratives, judiciaires et policières qui laissent à désirer. L’idéologie sociale perçoit les droits de l’Homme comme une vague d’invasion civilisationnelle et culturelle de l’Occident qui vient éclabousser, déraciner et mettre sous sa coupe la culture nationale. Certains mauritaniens ne savent pas que les droits de l’Homme sont des valeurs universelles qui sont seules capables de faire le bien être de tous et garantir la paix civile et l’Etat de droit. » 

Son activisme dans le combat des droits de l’Homme en Mauritanie absorbe énormément son temps. Lui-même, il le reconnait. Il n’a pratiquement pas de vie de famille. «Les plaintes sont tellement nombreuses. Nous sommes régulièrement sollicités par les victimes, par les parents des victimes. Il n’y a aucun répit. Nous n’avons aucune possibilité de pouvoir jouir d’un temps pour la lecture et la famille. Les victimes sont souvent dans des conditions graves et interpellantes », raconte-t-il. 

Dans sa famille, chacun est devenu un militant des droits des droits de l’Homme à force de côtoyer les victimes. Sa maison se transforme souvent en foyer d’accueil et d’écoute pour ces dernières. Sans l’appui de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de S.O.S. Esclaves, Birame Ould Dah Ould Abéid aurait certainement croulé comme un château de cartes depuis belle lurette. Actuellement, il semble avoir le vent en poupe. Et rêve-t-il déjà la tête de ces deux organisations ? «Pas du tout ! Boubacar Ould Messaoud comme Messaoud Ould Boulkhéir sont des monuments indispensables vu leur qualité, leur combativité, leur persévérance et leur courage. Autant, l’un est indispensable au mouvement des droits de l’Homme et surtout à la lutte anti-esclavagiste; autant, l’autre l’est en politique(…) », pense-t-il. 

En direction de Mohamed Saïd O. Homedi, président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH), il ne tarit pas d’éloges. «Mohamed Saïd O. Homedi est un homme mûr, un démocrate et un homme de lettres. Je ne prétends pas qu’il est militant parce qu’il ne l’est pas. C’est un homme consensuel, un modérateur et un fédérateur des différentes mouvances de la CNDH qui étaient à l’origine des mouvances très opposées et à couteaux tirés. Mais, son prestige, son talent, sa capacité de modération et son tact à lui ont pu rapprocher les gens », témoigne-t-il. 

Birame Ould Dah Ould Abéid a mal lorsqu’il voit la communauté arabo-berbère détenir seule les leviers de commande du pays en paraissant  insouciante et insensible aux dangers qui couvent au sein de la communauté négro-africaine martyrisée et harratine populeuse et paupérisée. «Cela peut nous amener dans des situations extrêmement graves et regrettables », craigne-t-il. «Rien n’est fait par les pouvoirs publics pour essayer de garantir la paix civile. Cela passe d’abord, cette paix civile, par l’édification d’un système judiciaire fiable et équitable, par le partage des richesses d’une manière juste, par le diagnostic clair et net, sans ambages ni tabou, des phénomènes et anachronismes qui rongent la société (mauritanienne) », regrette-t-il tout en s’indignant de la démission des pouvoirs publics sur cet état de fait dangereux. 

Aujourd’hui, Birame Ould Dah Ould Abéid ne rêve que d’une seule chose : avoir des compagnons de lutte qui croient comme lui à la même cause et prêtent à se sacrifier, à défier la société et le pouvoir pour imposer les droits de l’Homme en Mauritanie. Mais aussi la disparition des bidonvilles de Nouakchott, la fin des pratiques esclavagistes, la mémorialisation des victimes du génocide effectué entre 1986 et 1991 en leur dressant des sépultures décentes. Son discours radical lui vaut de temps en temps des menaces à travers le net, des violences verbales. «Ceci ne m’intimide pas », lâche-t-il. «J’ai décidé depuis que j’ai eu l’âge de 35 ans, en faisant un sermon, que je ne me tairai jamais face aux injustices », rappelle-t-il. 

Ce qu’il ne compte pas refaire non plus, c’est se réengager en politique. Et quand il parle de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi, il ne prend pas de gants. «C’est un homme qui appartient à la communauté arabo-berbère qui domine le pays. Il a les mêmes réflexes, les mêmes idées et les mêmes positions qu’un vieux maure normal. Il n’est pas anti-esclavagiste. Il n’est pas particulièrement solidaire des victimes des violations des droits de l’Homme. Il n’est pas un homme qui tient rigueur pour la vérité ni pour l’intégrité », pense-t-il. 

Comme tout le monde, Birame Ould Dah Ould Abéid suit avec beaucoup d’attention et d’intérêt les élections présidentielles de novembre 2008. Il soutient Barack Obama donné favori. Déjà, il pense que la Mauritanie aura un jour un président noir. «Cela va se réaliser après des secousses. L’histoire va ainsi », croit-il. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 septembre, 2008 )

Violences à l’égard des femmes

Un phénomène de plus en plus grandissant en Mauritanie ! 

 

C’est un secret de polichinelle : la Mauritanie, en matière de violences exercées à l’égard des femmes, fait partie des mauvais élèves. Un jour ne passe sans que la presse n’en fasse ses choux gras. D’où l’inquiétude grandissante des organisations de défense des droits de la femme. «La violence s’accentue dans ce pays de jour en jour. Personne n’est à l’abri de la violence et particulièrement les femmes parce qu’elles constituent la couche la plus vulnérable (de la société) », s’inquiète Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF). 

 

Les violences à l’égard des femmes constituent à nos jours un sujet tabou dans la société mauritanienne. C’est pour vaincre ce signe indien que l’Association des Femmes Chefs de Famille en partenariat avec le FLM a organisé le week-end dernier une journée de formation sur les violences contre les femmes au profit des juges, des avocats et des hommes de sécurité. «Parler des violences faites à l’égard des femmes, c’est parler de nos réalités, pense madame Aïssata Salgui Sy, coordinatrice de l’Initiative pour la Promotion de l’Education Citoyenne et du Dialogue Politique(IPCD). Nous devons réfléchir à cette situation qui prévaut actuellement. Nous devons nous interroger pourquoi y’a-t-il de plus en plus de violences faites à l’égard des femmes. » 

 

Un détour sur les statistiques montre combien le phénomène est devenu sérieux et inquiétant. En effet, en 2000, plus d’un million de personnes en partie des femmes, à travers le monde, sont décédées suite à un acte de violences. Et, nul n’ignore l’impact de ces violences sur la santé, l’environnement, le développement, la qualité de la vie et le bien-être social. En Mauritanie, faute de statistiques, il est impossible de dire avec exactitude le nombre de cas de violences faites à l’égard des femmes. Cependant, la situation semble alarmante. «Les femmes battues se présentent par dizaine chez nous. C’est des victimes qui viennent nous voir pour chercher secours et l’encadrement. Elles cherchent à être orientées et à être accompagnées dans les violences qu’elles subissent », renseigne Aminétou Mint El Moctar. 

 

Lorsqu’il s’agit de ratifier ou de signer des conventions internationales, la Mauritanie est championne dans ce domaine. Mais quand il s’agit de les appliquer, bonjour les obstacles. Parallèlement à cela, la police et la justice ne facilitent pas la tâche aux associations de défense des droits de la femme. Les plaintes qu’elles déposent souvent à la brigade mixte n’aboutissent pas. Ce sont les victimes qui en pâtissent en premier lieu. «Toutes les portes sont closes devant elles, s’indigne la présidente de l’AFCF. A la police comme à la justice. Elles sont découragées même de poser leur problème. Maintenant, elles se taisent sur les plus grandes violences dont elles sont victimes. Elles ne savent pas à qui se confier. Elles sont abandonnées à leur sort. Elles ne sont pas écoutées. Plus grave encore, elles sont menacées par la police. » 

 

C’est pour améliorer cette image que cette journée de formation a été organisée dans le but de sensibiliser les personnes concernées par ce phénomène. La négligence des autorités notamment celles de la police qui ferment les yeux sur cette plaie ouverte qu’est le phénomène des femmes violentées a été rudement dénoncée. En outre, jusqu’à ce jour, il n’y a pas de structures d’insertion pour les femmes victimes de violences. Non plus, il n’y a pas de juridictions ou de lois spécifiques, comme au Maroc par exemple, qui permettent de traiter le phénomène des violences faites à l’égard des femmes convenablement et lui apporter des solutions adéquates. Pour autant, on peut assister ces femmes-là juridiquement. «Il y a quand même, malgré tout, dans le code Pénal et la constitution, des règles qui permettent de traiter le problème judiciairement dans le cadre de la répression de la violence en général et des agressions contre les individus de droit commun », précise Ahmed Bezeid O. El Mamy. 

 

Aux yeux de maître Bilal O. Dick, avocat à la cour, on peut améliorer voire changer la situation des femmes victimes de violences notamment sur le plan juridique d’abord en révisant les textes. «Tous les textes qui régissent le domaine des violences sont des textes qui ne sont pas précis. Les jugements qui sont souvent rendus ne sont pas tout à fait concordants avec la réalité. Ce n’est pas dû à l’incompétence du juge. C’est peut être dû à l’interprétation qu’il fait du texte dans la mesure où les textes ne donnent pas une position précise de ce phénomène », fait-il remarquer. 

 

Souvent, les auteurs de ces violences ne sont pas inquiétés ou les peines sont légères. «La grande partie des jugements que nous avons, c’est des jugements qui sont de 2 à 3 ans avec une réparation de la victime de 100.000 UM. Nous estimons que c’est très insignifiant », soutient maître Bilal O. Dick. «Les policiers et les magistrats sont de mentalités d’antan. Ils ont des considérations sur la femme qui relèvent de la mentalité médiévale. Pour eux, la femme est parfois elle-même la source des problèmes. Malheureusement, pour ce qui concerne les violences à l’égard des femmes, les autorités policières et judiciaires sont toujours méfiantes », confie maître Ahmed Bezeid O. El Mamy. «Il faut que les juges et les policiers mesurent l’impact de ces violences pour aider les victimes à les surmonter », a lancé Aminétou Mint El Moctar. 

 

La prise en charge des femmes victimes, la lutte contre l’impunité, l’assouplissement des procédures juridiques, l’application de la loi et surtout son harmonisation avec les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie peuvent constituer des étapes importantes dans l’éradication du phénomène des violences exercées à l’égard des femmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

( 21 septembre, 2008 )

Violences à l’égard des femmes

Un phénomène de plus en plus grandissant en Mauritanie ! 

 

C’est un secret de polichinelle : la Mauritanie, en matière de violences exercées à l’égard des femmes, fait partie des mauvais élèves. Un jour ne passe sans que la presse n’en fasse ses choux gras. D’où l’inquiétude grandissante des organisations de défense des droits de la femme. «La violence s’accentue dans ce pays de jour en jour. Personne n’est à l’abri de la violence et particulièrement les femmes parce qu’elles constituent la couche la plus vulnérable (de la société) », s’inquiète Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF). 

 

Les violences à l’égard des femmes constituent à nos jours un sujet tabou dans la société mauritanienne. C’est pour vaincre ce signe indien que l’Association des Femmes Chefs de Famille en partenariat avec le FLM a organisé le week-end dernier une journée de formation sur les violences contre les femmes au profit des juges, des avocats et des hommes de sécurité. «Parler des violences faites à l’égard des femmes, c’est parler de nos réalités, pense madame Aïssata Salgui Sy, coordinatrice de l’Initiative pour la Promotion de l’Education Citoyenne et du Dialogue Politique(IPCD). Nous devons réfléchir à cette situation qui prévaut actuellement. Nous devons nous interroger pourquoi y’a-t-il de plus en plus de violences faites à l’égard des femmes. » 

 

Un détour sur les statistiques montre combien le phénomène est devenu sérieux et inquiétant. En effet, en 2000, plus d’un million de personnes en partie des femmes, à travers le monde, sont décédées suite à un acte de violences. Et, nul n’ignore l’impact de ces violences sur la santé, l’environnement, le développement, la qualité de la vie et le bien-être social. En Mauritanie, faute de statistiques, il est impossible de dire avec exactitude le nombre de cas de violences faites à l’égard des femmes. Cependant, la situation semble alarmante. «Les femmes battues se présentent par dizaine chez nous. C’est des victimes qui viennent nous voir pour chercher secours et l’encadrement. Elles cherchent à être orientées et à être accompagnées dans les violences qu’elles subissent », renseigne Aminétou Mint El Moctar. 

 

Lorsqu’il s’agit de ratifier ou de signer des conventions internationales, la Mauritanie est championne dans ce domaine. Mais quand il s’agit de les appliquer, bonjour les obstacles. Parallèlement à cela, la police et la justice ne facilitent pas la tâche aux associations de défense des droits de la femme. Les plaintes qu’elles déposent souvent à la brigade mixte n’aboutissent pas. Ce sont les victimes qui en pâtissent en premier lieu. «Toutes les portes sont closes devant elles, s’indigne la présidente de l’AFCF. A la police comme à la justice. Elles sont découragées même de poser leur problème. Maintenant, elles se taisent sur les plus grandes violences dont elles sont victimes. Elles ne savent pas à qui se confier. Elles sont abandonnées à leur sort. Elles ne sont pas écoutées. Plus grave encore, elles sont menacées par la police. » 

 

C’est pour améliorer cette image que cette journée de formation a été organisée dans le but de sensibiliser les personnes concernées par ce phénomène. La négligence des autorités notamment celles de la police qui ferment les yeux sur cette plaie ouverte qu’est le phénomène des femmes violentées a été rudement dénoncée. En outre, jusqu’à ce jour, il n’y a pas de structures d’insertion pour les femmes victimes de violences. Non plus, il n’y a pas de juridictions ou de lois spécifiques, comme au Maroc par exemple, qui permettent de traiter le phénomène des violences faites à l’égard des femmes convenablement et lui apporter des solutions adéquates. Pour autant, on peut assister ces femmes-là juridiquement. «Il y a quand même, malgré tout, dans le code Pénal et la constitution, des règles qui permettent de traiter le problème judiciairement dans le cadre de la répression de la violence en général et des agressions contre les individus de droit commun », précise Ahmed Bezeid O. El Mamy. 

 

Aux yeux de maître Bilal O. Dick, avocat à la cour, on peut améliorer voire changer la situation des femmes victimes de violences notamment sur le plan juridique d’abord en révisant les textes. «Tous les textes qui régissent le domaine des violences sont des textes qui ne sont pas précis. Les jugements qui sont souvent rendus ne sont pas tout à fait concordants avec la réalité. Ce n’est pas dû à l’incompétence du juge. C’est peut être dû à l’interprétation qu’il fait du texte dans la mesure où les textes ne donnent pas une position précise de ce phénomène », fait-il remarquer. 

 

Souvent, les auteurs de ces violences ne sont pas inquiétés ou les peines sont légères. «La grande partie des jugements que nous avons, c’est des jugements qui sont de 2 à 3 ans avec une réparation de la victime de 100.000 UM. Nous estimons que c’est très insignifiant », soutient maître Bilal O. Dick. «Les policiers et les magistrats sont de mentalités d’antan. Ils ont des considérations sur la femme qui relèvent de la mentalité médiévale. Pour eux, la femme est parfois elle-même la source des problèmes. Malheureusement, pour ce qui concerne les violences à l’égard des femmes, les autorités policières et judiciaires sont toujours méfiantes », confie maître Ahmed Bezeid O. El Mamy. «Il faut que les juges et les policiers mesurent l’impact de ces violences pour aider les victimes à les surmonter », a lancé Aminétou Mint El Moctar. 

 

La prise en charge des femmes victimes, la lutte contre l’impunité, l’assouplissement des procédures juridiques, l’application de la loi et surtout son harmonisation avec les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie peuvent constituer des étapes importantes dans l’éradication du phénomène des violences exercées à l’égard des femmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

( 21 septembre, 2008 )

Mar de Diam Min Tekky: «Nous sommes là pour le peuple »

                                                    mar1.bmp

S’ils ne sont pas les meilleurs rappeurs que comptent actuellement la Mauritanie, ils en font partie. Leur premier album ‘Gonga’ (la vérité) les a révélés au grand public mauritanien. Si, aujourd’hui, Diam Min Tekky est admiré par la jeunesse mauritanienne, c’est parce qu’ils ont refusé, jusque-là, de faire la courbette devant les autorités de ce pays. Entretien avec Mar, un des membres du groupe.

 

Le Rénovateur Quotidien : Le public mauritanien est composé aussi de wolophones, de soninképhones et de hassanyaphones. Mais vous, vous ne chantez qu’en poular. Cela ne constitue pas un handicap pour vous ?  

Mar de Diam Min Tekky : (il m’interrompt). On ne rappe pas uniquement en poular. 50% de nos morceaux sont chantés en poular. 25% de hassanya et peu de Wolof. Lorsque que vous aurez écouté notre album, vous en conviendrez avec moi que Diam Min Tekky ne chante pas uniquement en poular. Sur scène aussi, on utilise toutes les langues.

 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué qu’à chaque fois vous êtes sur la scène, vous aimez ramollir les policiers. Expliquez-nous un peu pourquoi ? 

Mar de Diam Min Tekky : La police ? C’est l’ennemi de la jeunesse. C’est des gens qui aiment toujours déranger. Vous voyez là (il montre une plaie cicatrisée), c’est un policier qui m’a blessé gratuitement. Après la sortie de notre premier album ‘Gonga’ (la vérité) en février 2007, on a eu pas mal d’ennuis avec la police. Et pour cause : l’album était trop engagé. Vous savez qu’en Mauritanie, la démocratie n’existe pas et la liberté d’expression aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et qu’est-ce qui vous fait dire que la liberté d’expression et la démocratie n’existent pas en Mauritanie ?  

Mar de Diam Min Tekky : La raison est toute simple ! C’est parce que, moi en tant qu’artiste, lorsque je dis certaines réalités, on me menace en essayant de m’intimider. Personnellement, j’ai été victime à plusieurs reprises de ces intimidations qui ne feront que raffermir notre position dans la lutte contre les injustices en Mauritanie. On nous a emprisonnés pour nos idées, nos prises de position sans ambiguïté. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela vous enchante-t-il de voir tout le temps le public, à chaque fois que vous êtes sur scène, entonnait ‘Diam Min Tekky’ ? 

Mar de Diam Min Tekky : On ‘kiffe’ le public d’une manière inexplicable. Lorsque nous sommes sur scène, on leur dit leurs problèmes. Cette symbiose qui existe entre nous et le public mauritanien, c’est comme par exemple lorsque quelqu’un écoute son griot lui chanter ses louanges, n’est-ce pas il est heureux. Nous aussi, c’est pareil et réciproque. Si, on a du courage à aller de l’avant, c’est grâce en partie à eux.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que le Rap mauritanien peut connaître une nouvelle tournure allant dans un sens positif ? 

Mar de Diam Min Tekky : Nous sommes optimistes. L’essentiel, c’est de montrer aux autres qu’on peut rivaliser avec eux. Ce qui nous manque, c’est d’avoir des coups de main de la part des autorités, de diffuser le Rap. Je pense par exemple que des événements comme «Assalamalékoum Hip Hop Festival » sont à multiplier. C’est une idée que nous avons appréciée à sa juste valeur. C’est aussi une étape dans le développement du Hip Hop en Mauritanie. On sera tout le temps présents lorsqu’il s’agira de porter haut le porte-étendard du Hip Hop mauritanien en dehors de nos frontières.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky a-t-il un rôle à jouer dans l’unité nationale puisque vous êtes des leaders d’opinion ? 

Mar de Diam Min Tekky : Parfaitement et comme tout bon citoyen épris de paix. Toutefois, il serait fallacieux de penser que les choses qui sont à l’origine de ce que nous vivons ont bougé d’un iota. Des choses se sont passées ! Là-dessus, il faut qu’on éclaircisse notre lanterne. On dépend du passé pour mieux vivre le présent. Pourquoi, à l’école, on nous dit que l’indépendance de la Mauritanie, c’est le 28 novembre ? NON. On ne va jamais oublier le passé. Ceci dit, nous ne sommes pas contre l’unité nationale. Mais, pour que cette unité existe, il faut que les cœurs soient rassurés. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky est connu pour son engagement. Cela ne vous a pas valu une certaine mise à l’écart ? 

Mar de Diam Min Tekky : Si ! Mais, nous sommes là pour le peuple. Si, nous étions là pour nous-mêmes, ce serait autrement. Pendant les élections, les politiciens viennent nous voir pour nous proposer des millions pour qu’on fasse des chansons pour eux. Ils savent qu’il y a un public derrière nous. L’argent ne nous épate pas. En plus, cela ne nous effraie pas de savoir qu’on nous surveille comme du lait sur du feu. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 21 septembre, 2008 )

Fronde des députés: Signe d’une nouvelle ère démocratique ou fin de règne?

Les députés frondeurs reprochent à Yahya Ahmed Ould Waghef qui est un pur produit du régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya d’avoir associé «des symboles de la gabegie » à son gouvernement d’ouverture politique formé le 11 mai dernier.

Dans ce pays, qui ose lever la main- du moins pour ceux qui furent partie de l’ancien régime autocratique- et jurer à la face des mauritaniens qu’il ne fait pas partie de ces «symboles de la gabegie » adulés hier et diabolisés aujourd’hui. Parce que les temps ont changé qu’on peut se permettre de défendre une certaine moralité de la République et de ses valeurs constitutionnelles. 

Lorsqu’on entend les propos de certains sur cette crise politique, on ne peut s’empêcher de laisser échapper un sourire. Que ceux-là qui sont à l’origine de cette crise politique veuillent que les choses changent, c’est fort bien. Mais, s’ils le font pour des raisons dictées par des intentions purement matérielles ou autre que ce soit qui ne va pas dans l’intérêt des populations mauritaniennes, ils auraient perdu leur peine même s’ils ont réussi à ébranler viscéralement la République. 

Si, aujourd’hui, la Mauritanie connaît une crise politique sans précédent, depuis les indépendances à nos jours, c’est en grande partie la faute au Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui s’est encanaillé avec une bande de papelards, de profiteurs à controverse et sans vergogne. Leur avidité du pouvoir est connue. Ils changent de figure lorsque leurs intérêts sont menacés. C’est là où ils peuvent devenir dangereux, ignobles et venimeux.

Comment peut-on oublier que c’est cette bande qui a accompagné, pendant plus de 20 ans, le pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed  Taya qui a mené le pays à mauvais port d’où sa chute du 3 août 2005 ? 

On n’a pas de moralité politique, de leçons de bonne gestion économique à recevoir de la part de cette bande versatile à outrance. C’est cette bande encore qui a osé réclamer, sans honte et gêne, le retour de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, au cours d’un débat. 

C’est tout simplement aberrant ! Alors que les passifs de son pouvoir ne connaissent pas toujours un règlement définitif, on se permet de demander le retour de ce Président autocratique qui ne mérite que d’être pris par le collet et traduit en justice. Leurs mains ne sont pas aussi propres comme ils le prétendent. Puisqu’ils ont tous, sans exception,  volé l’argent du contribuable. Et cela, pendant plus de 20 ans !  

Le pessimisme pathologique de certains mauritaniens se comprend. Avec cet argent volé, on a construit de belles villas. L’actuel siège du Pacte National pour le Développement et la Démocratie n’est-il pas une preuve flagrante de ces «symboles de la gabegie ». Cette maison qui appartient à l’une des filles de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya n’est-il pas non plus une preuve vivante que ce dernier a passé tout son temps à s’enrichir et à enrichir ses acolytes ? 

Combien de sommes d’argent ont été détournées par nos ministres, nos députés, nos maires et nos gouverneurs qui ont accompagné le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed. On prête même à cette bande de frondeurs d’avoir des affinités avec Ely Ould Mohamed Vall.

D’ailleurs, ils ne s’en dérobent guère. Maouiya et Ely sont comme deux gouttes d’eau sauf que ce dernier a eu l’intelligence de remettre le pouvoir aux mains des civils. Ce dernier, un colonel de surcroît, est actionnaire dans de nombreuses sociétés de la place et possèdent de nombreux biens immobiliers. Aucun ancien chef d’Etat comme lui ne bénéficie d’une garde rapprochée aussi impressionnante. C’est uniquement en Mauritanie qu’on peut voir cela. Tous les moyens sont parfaits pour s’enrichir illégalement avec toujours l’appui de «vieux loups» toujours à l’affût de liasses d’argent. 

Cette clique qui a soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi durant sa campagne présidentielle de février-mars 2007 jusqu’à son élection à la tête de la magistrature suprême est en train de dérouler son rouleau compresseur autour de lui ! Le fauteuil présidentiel qu’occupe Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi semble vaciller et tout dépend de la tournure que vont prendre les événements à venir.

Toute la cacophonie des députés frondeurs vise implicitement à pousser le président de la république à rendre le tablier. Ainsi donc, on organisera des élections anticipées auxquelles participera Ely Ould Mohamed Vall. Et, tout dépend visiblement de ce que sera la coloration du futur gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef. 

Pour certains, d’ailleurs, les Roumouz El Vessad avaient soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, non pas pour son programme politique, contre lequel ils s’élèvent aujourd’hui, mais parce que les militaires, après les avoir transformés en indépendants, le leur avaient demandé  pour leurs intérêts. Actuellement, le président de la République est en train de le payer cher. Il vient de comprendre assez tardivement qu’il avait affaire à une bande de mesquins téléguidés par qui vous savez. 

Il n’y pas de doute que Yahya Ahmed Ould Waghef bénéficie, jusqu’à preuve du contraire, de la confiance de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui l’a reconduit ipso facto, après avoir rendu le tablier sous la pression d’une vingtaine de députés qui menaçaient de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Ould Waghef.

Le président de la république est pris entre l’enclume des députés frondeurs et le marteau des généraux. D’une part, il sera tenté de contenter les députés fondeurs qui ont eu la malignité d’avancer un argument convaincant devant les mauritaniens et osant défier les choix de Ould Waghef.

D’autre part, ne voulant pas se débarrasser de celui qui fut le Secrétaire Général de la Présidence de la République, il essayera d’imposer sa volonté pour tirer Ould Waghef des mailles de ses opposants de même camp qui réclamait sa tête sauvée de justesse par le président de la république qui l’a reconduit au poste de Premier ministre. 

Les contours de la crise actuelle que traverse la Mauritanie montrent qu’on est loin de connaître une fin dont dépend en grande partie la composition du futur gouvernement. Car, ce gouvernement va prendre en considération les récriminations des députés frondeurs. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ould Waghef se retrouvent dans une posture très délicate.

C’est ce qui explique certainement le retard accusé jusqu’à présent dans la formation du nouveau gouvernement. Après une semaine tumultueuse marquée par la fronde des députés issus du Pacte National pour le Développement et la Démocratie(PNDD) menaçant de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef et le discours du 2 juillet du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi intimidant de dissoudre l’Assemblée Nationale si les députés réclamant la tête du Premier ministre s’aventuraient à déposer la motion de censure sur le bureau de l’Assemblée Nationale, on vit la désescalade. 

Quant à Ould Waghef, il semble tenir bon sans désemparer. Mais jusqu’à quand ? La tension et la pression sont toujours vives et visibles. Les députés sont toujours aux aguets et attendent de voir la future composition du Gouvernement pour dégouliner de nouveau leur désapprobation et leur état d’âme sur la place publique.

Osons espérer que cette fois-ci, Yahya Ahmed Ould Waghef ne leur donnera pas cette opportunité à décocher des flèches envers son gouvernement. Certainement, qu’il est sorti de cette situation mature et consciente de l’immense espoir qui pèse sur ses épaules. Certainement aussi, qu’il ne décevra pas non plus les mauritaniens en reprenant des «symboles de la gabegie » qui sont à l’origine de cette crise politique jamais connue par la Mauritanie. 

Babacar Baye NDiaye 

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