• Accueil
  • > Archives pour le Dimanche 21 septembre 2008
( 21 septembre, 2008 )

Violences à l’égard des femmes

Un phénomène de plus en plus grandissant en Mauritanie ! 

 

C’est un secret de polichinelle : la Mauritanie, en matière de violences exercées à l’égard des femmes, fait partie des mauvais élèves. Un jour ne passe sans que la presse n’en fasse ses choux gras. D’où l’inquiétude grandissante des organisations de défense des droits de la femme. «La violence s’accentue dans ce pays de jour en jour. Personne n’est à l’abri de la violence et particulièrement les femmes parce qu’elles constituent la couche la plus vulnérable (de la société) », s’inquiète Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF). 

 

Les violences à l’égard des femmes constituent à nos jours un sujet tabou dans la société mauritanienne. C’est pour vaincre ce signe indien que l’Association des Femmes Chefs de Famille en partenariat avec le FLM a organisé le week-end dernier une journée de formation sur les violences contre les femmes au profit des juges, des avocats et des hommes de sécurité. «Parler des violences faites à l’égard des femmes, c’est parler de nos réalités, pense madame Aïssata Salgui Sy, coordinatrice de l’Initiative pour la Promotion de l’Education Citoyenne et du Dialogue Politique(IPCD). Nous devons réfléchir à cette situation qui prévaut actuellement. Nous devons nous interroger pourquoi y’a-t-il de plus en plus de violences faites à l’égard des femmes. » 

 

Un détour sur les statistiques montre combien le phénomène est devenu sérieux et inquiétant. En effet, en 2000, plus d’un million de personnes en partie des femmes, à travers le monde, sont décédées suite à un acte de violences. Et, nul n’ignore l’impact de ces violences sur la santé, l’environnement, le développement, la qualité de la vie et le bien-être social. En Mauritanie, faute de statistiques, il est impossible de dire avec exactitude le nombre de cas de violences faites à l’égard des femmes. Cependant, la situation semble alarmante. «Les femmes battues se présentent par dizaine chez nous. C’est des victimes qui viennent nous voir pour chercher secours et l’encadrement. Elles cherchent à être orientées et à être accompagnées dans les violences qu’elles subissent », renseigne Aminétou Mint El Moctar. 

 

Lorsqu’il s’agit de ratifier ou de signer des conventions internationales, la Mauritanie est championne dans ce domaine. Mais quand il s’agit de les appliquer, bonjour les obstacles. Parallèlement à cela, la police et la justice ne facilitent pas la tâche aux associations de défense des droits de la femme. Les plaintes qu’elles déposent souvent à la brigade mixte n’aboutissent pas. Ce sont les victimes qui en pâtissent en premier lieu. «Toutes les portes sont closes devant elles, s’indigne la présidente de l’AFCF. A la police comme à la justice. Elles sont découragées même de poser leur problème. Maintenant, elles se taisent sur les plus grandes violences dont elles sont victimes. Elles ne savent pas à qui se confier. Elles sont abandonnées à leur sort. Elles ne sont pas écoutées. Plus grave encore, elles sont menacées par la police. » 

 

C’est pour améliorer cette image que cette journée de formation a été organisée dans le but de sensibiliser les personnes concernées par ce phénomène. La négligence des autorités notamment celles de la police qui ferment les yeux sur cette plaie ouverte qu’est le phénomène des femmes violentées a été rudement dénoncée. En outre, jusqu’à ce jour, il n’y a pas de structures d’insertion pour les femmes victimes de violences. Non plus, il n’y a pas de juridictions ou de lois spécifiques, comme au Maroc par exemple, qui permettent de traiter le phénomène des violences faites à l’égard des femmes convenablement et lui apporter des solutions adéquates. Pour autant, on peut assister ces femmes-là juridiquement. «Il y a quand même, malgré tout, dans le code Pénal et la constitution, des règles qui permettent de traiter le problème judiciairement dans le cadre de la répression de la violence en général et des agressions contre les individus de droit commun », précise Ahmed Bezeid O. El Mamy. 

 

Aux yeux de maître Bilal O. Dick, avocat à la cour, on peut améliorer voire changer la situation des femmes victimes de violences notamment sur le plan juridique d’abord en révisant les textes. «Tous les textes qui régissent le domaine des violences sont des textes qui ne sont pas précis. Les jugements qui sont souvent rendus ne sont pas tout à fait concordants avec la réalité. Ce n’est pas dû à l’incompétence du juge. C’est peut être dû à l’interprétation qu’il fait du texte dans la mesure où les textes ne donnent pas une position précise de ce phénomène », fait-il remarquer. 

 

Souvent, les auteurs de ces violences ne sont pas inquiétés ou les peines sont légères. «La grande partie des jugements que nous avons, c’est des jugements qui sont de 2 à 3 ans avec une réparation de la victime de 100.000 UM. Nous estimons que c’est très insignifiant », soutient maître Bilal O. Dick. «Les policiers et les magistrats sont de mentalités d’antan. Ils ont des considérations sur la femme qui relèvent de la mentalité médiévale. Pour eux, la femme est parfois elle-même la source des problèmes. Malheureusement, pour ce qui concerne les violences à l’égard des femmes, les autorités policières et judiciaires sont toujours méfiantes », confie maître Ahmed Bezeid O. El Mamy. «Il faut que les juges et les policiers mesurent l’impact de ces violences pour aider les victimes à les surmonter », a lancé Aminétou Mint El Moctar. 

 

La prise en charge des femmes victimes, la lutte contre l’impunité, l’assouplissement des procédures juridiques, l’application de la loi et surtout son harmonisation avec les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie peuvent constituer des étapes importantes dans l’éradication du phénomène des violences exercées à l’égard des femmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

( 21 septembre, 2008 )

Mar de Diam Min Tekky: «Nous sommes là pour le peuple »

                                                    mar1.bmp

S’ils ne sont pas les meilleurs rappeurs que comptent actuellement la Mauritanie, ils en font partie. Leur premier album ‘Gonga’ (la vérité) les a révélés au grand public mauritanien. Si, aujourd’hui, Diam Min Tekky est admiré par la jeunesse mauritanienne, c’est parce qu’ils ont refusé, jusque-là, de faire la courbette devant les autorités de ce pays. Entretien avec Mar, un des membres du groupe.

 

Le Rénovateur Quotidien : Le public mauritanien est composé aussi de wolophones, de soninképhones et de hassanyaphones. Mais vous, vous ne chantez qu’en poular. Cela ne constitue pas un handicap pour vous ?  

Mar de Diam Min Tekky : (il m’interrompt). On ne rappe pas uniquement en poular. 50% de nos morceaux sont chantés en poular. 25% de hassanya et peu de Wolof. Lorsque que vous aurez écouté notre album, vous en conviendrez avec moi que Diam Min Tekky ne chante pas uniquement en poular. Sur scène aussi, on utilise toutes les langues.

 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué qu’à chaque fois vous êtes sur la scène, vous aimez ramollir les policiers. Expliquez-nous un peu pourquoi ? 

Mar de Diam Min Tekky : La police ? C’est l’ennemi de la jeunesse. C’est des gens qui aiment toujours déranger. Vous voyez là (il montre une plaie cicatrisée), c’est un policier qui m’a blessé gratuitement. Après la sortie de notre premier album ‘Gonga’ (la vérité) en février 2007, on a eu pas mal d’ennuis avec la police. Et pour cause : l’album était trop engagé. Vous savez qu’en Mauritanie, la démocratie n’existe pas et la liberté d’expression aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et qu’est-ce qui vous fait dire que la liberté d’expression et la démocratie n’existent pas en Mauritanie ?  

Mar de Diam Min Tekky : La raison est toute simple ! C’est parce que, moi en tant qu’artiste, lorsque je dis certaines réalités, on me menace en essayant de m’intimider. Personnellement, j’ai été victime à plusieurs reprises de ces intimidations qui ne feront que raffermir notre position dans la lutte contre les injustices en Mauritanie. On nous a emprisonnés pour nos idées, nos prises de position sans ambiguïté. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela vous enchante-t-il de voir tout le temps le public, à chaque fois que vous êtes sur scène, entonnait ‘Diam Min Tekky’ ? 

Mar de Diam Min Tekky : On ‘kiffe’ le public d’une manière inexplicable. Lorsque nous sommes sur scène, on leur dit leurs problèmes. Cette symbiose qui existe entre nous et le public mauritanien, c’est comme par exemple lorsque quelqu’un écoute son griot lui chanter ses louanges, n’est-ce pas il est heureux. Nous aussi, c’est pareil et réciproque. Si, on a du courage à aller de l’avant, c’est grâce en partie à eux.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que le Rap mauritanien peut connaître une nouvelle tournure allant dans un sens positif ? 

Mar de Diam Min Tekky : Nous sommes optimistes. L’essentiel, c’est de montrer aux autres qu’on peut rivaliser avec eux. Ce qui nous manque, c’est d’avoir des coups de main de la part des autorités, de diffuser le Rap. Je pense par exemple que des événements comme «Assalamalékoum Hip Hop Festival » sont à multiplier. C’est une idée que nous avons appréciée à sa juste valeur. C’est aussi une étape dans le développement du Hip Hop en Mauritanie. On sera tout le temps présents lorsqu’il s’agira de porter haut le porte-étendard du Hip Hop mauritanien en dehors de nos frontières.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky a-t-il un rôle à jouer dans l’unité nationale puisque vous êtes des leaders d’opinion ? 

Mar de Diam Min Tekky : Parfaitement et comme tout bon citoyen épris de paix. Toutefois, il serait fallacieux de penser que les choses qui sont à l’origine de ce que nous vivons ont bougé d’un iota. Des choses se sont passées ! Là-dessus, il faut qu’on éclaircisse notre lanterne. On dépend du passé pour mieux vivre le présent. Pourquoi, à l’école, on nous dit que l’indépendance de la Mauritanie, c’est le 28 novembre ? NON. On ne va jamais oublier le passé. Ceci dit, nous ne sommes pas contre l’unité nationale. Mais, pour que cette unité existe, il faut que les cœurs soient rassurés. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky est connu pour son engagement. Cela ne vous a pas valu une certaine mise à l’écart ? 

Mar de Diam Min Tekky : Si ! Mais, nous sommes là pour le peuple. Si, nous étions là pour nous-mêmes, ce serait autrement. Pendant les élections, les politiciens viennent nous voir pour nous proposer des millions pour qu’on fasse des chansons pour eux. Ils savent qu’il y a un public derrière nous. L’argent ne nous épate pas. En plus, cela ne nous effraie pas de savoir qu’on nous surveille comme du lait sur du feu. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 21 septembre, 2008 )

Fronde des députés: Signe d’une nouvelle ère démocratique ou fin de règne?

Les députés frondeurs reprochent à Yahya Ahmed Ould Waghef qui est un pur produit du régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya d’avoir associé «des symboles de la gabegie » à son gouvernement d’ouverture politique formé le 11 mai dernier.

Dans ce pays, qui ose lever la main- du moins pour ceux qui furent partie de l’ancien régime autocratique- et jurer à la face des mauritaniens qu’il ne fait pas partie de ces «symboles de la gabegie » adulés hier et diabolisés aujourd’hui. Parce que les temps ont changé qu’on peut se permettre de défendre une certaine moralité de la République et de ses valeurs constitutionnelles. 

Lorsqu’on entend les propos de certains sur cette crise politique, on ne peut s’empêcher de laisser échapper un sourire. Que ceux-là qui sont à l’origine de cette crise politique veuillent que les choses changent, c’est fort bien. Mais, s’ils le font pour des raisons dictées par des intentions purement matérielles ou autre que ce soit qui ne va pas dans l’intérêt des populations mauritaniennes, ils auraient perdu leur peine même s’ils ont réussi à ébranler viscéralement la République. 

Si, aujourd’hui, la Mauritanie connaît une crise politique sans précédent, depuis les indépendances à nos jours, c’est en grande partie la faute au Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui s’est encanaillé avec une bande de papelards, de profiteurs à controverse et sans vergogne. Leur avidité du pouvoir est connue. Ils changent de figure lorsque leurs intérêts sont menacés. C’est là où ils peuvent devenir dangereux, ignobles et venimeux.

Comment peut-on oublier que c’est cette bande qui a accompagné, pendant plus de 20 ans, le pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed  Taya qui a mené le pays à mauvais port d’où sa chute du 3 août 2005 ? 

On n’a pas de moralité politique, de leçons de bonne gestion économique à recevoir de la part de cette bande versatile à outrance. C’est cette bande encore qui a osé réclamer, sans honte et gêne, le retour de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, au cours d’un débat. 

C’est tout simplement aberrant ! Alors que les passifs de son pouvoir ne connaissent pas toujours un règlement définitif, on se permet de demander le retour de ce Président autocratique qui ne mérite que d’être pris par le collet et traduit en justice. Leurs mains ne sont pas aussi propres comme ils le prétendent. Puisqu’ils ont tous, sans exception,  volé l’argent du contribuable. Et cela, pendant plus de 20 ans !  

Le pessimisme pathologique de certains mauritaniens se comprend. Avec cet argent volé, on a construit de belles villas. L’actuel siège du Pacte National pour le Développement et la Démocratie n’est-il pas une preuve flagrante de ces «symboles de la gabegie ». Cette maison qui appartient à l’une des filles de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya n’est-il pas non plus une preuve vivante que ce dernier a passé tout son temps à s’enrichir et à enrichir ses acolytes ? 

Combien de sommes d’argent ont été détournées par nos ministres, nos députés, nos maires et nos gouverneurs qui ont accompagné le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed. On prête même à cette bande de frondeurs d’avoir des affinités avec Ely Ould Mohamed Vall.

D’ailleurs, ils ne s’en dérobent guère. Maouiya et Ely sont comme deux gouttes d’eau sauf que ce dernier a eu l’intelligence de remettre le pouvoir aux mains des civils. Ce dernier, un colonel de surcroît, est actionnaire dans de nombreuses sociétés de la place et possèdent de nombreux biens immobiliers. Aucun ancien chef d’Etat comme lui ne bénéficie d’une garde rapprochée aussi impressionnante. C’est uniquement en Mauritanie qu’on peut voir cela. Tous les moyens sont parfaits pour s’enrichir illégalement avec toujours l’appui de «vieux loups» toujours à l’affût de liasses d’argent. 

Cette clique qui a soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi durant sa campagne présidentielle de février-mars 2007 jusqu’à son élection à la tête de la magistrature suprême est en train de dérouler son rouleau compresseur autour de lui ! Le fauteuil présidentiel qu’occupe Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi semble vaciller et tout dépend de la tournure que vont prendre les événements à venir.

Toute la cacophonie des députés frondeurs vise implicitement à pousser le président de la république à rendre le tablier. Ainsi donc, on organisera des élections anticipées auxquelles participera Ely Ould Mohamed Vall. Et, tout dépend visiblement de ce que sera la coloration du futur gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef. 

Pour certains, d’ailleurs, les Roumouz El Vessad avaient soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, non pas pour son programme politique, contre lequel ils s’élèvent aujourd’hui, mais parce que les militaires, après les avoir transformés en indépendants, le leur avaient demandé  pour leurs intérêts. Actuellement, le président de la République est en train de le payer cher. Il vient de comprendre assez tardivement qu’il avait affaire à une bande de mesquins téléguidés par qui vous savez. 

Il n’y pas de doute que Yahya Ahmed Ould Waghef bénéficie, jusqu’à preuve du contraire, de la confiance de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui l’a reconduit ipso facto, après avoir rendu le tablier sous la pression d’une vingtaine de députés qui menaçaient de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Ould Waghef.

Le président de la république est pris entre l’enclume des députés frondeurs et le marteau des généraux. D’une part, il sera tenté de contenter les députés fondeurs qui ont eu la malignité d’avancer un argument convaincant devant les mauritaniens et osant défier les choix de Ould Waghef.

D’autre part, ne voulant pas se débarrasser de celui qui fut le Secrétaire Général de la Présidence de la République, il essayera d’imposer sa volonté pour tirer Ould Waghef des mailles de ses opposants de même camp qui réclamait sa tête sauvée de justesse par le président de la république qui l’a reconduit au poste de Premier ministre. 

Les contours de la crise actuelle que traverse la Mauritanie montrent qu’on est loin de connaître une fin dont dépend en grande partie la composition du futur gouvernement. Car, ce gouvernement va prendre en considération les récriminations des députés frondeurs. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ould Waghef se retrouvent dans une posture très délicate.

C’est ce qui explique certainement le retard accusé jusqu’à présent dans la formation du nouveau gouvernement. Après une semaine tumultueuse marquée par la fronde des députés issus du Pacte National pour le Développement et la Démocratie(PNDD) menaçant de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef et le discours du 2 juillet du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi intimidant de dissoudre l’Assemblée Nationale si les députés réclamant la tête du Premier ministre s’aventuraient à déposer la motion de censure sur le bureau de l’Assemblée Nationale, on vit la désescalade. 

Quant à Ould Waghef, il semble tenir bon sans désemparer. Mais jusqu’à quand ? La tension et la pression sont toujours vives et visibles. Les députés sont toujours aux aguets et attendent de voir la future composition du Gouvernement pour dégouliner de nouveau leur désapprobation et leur état d’âme sur la place publique.

Osons espérer que cette fois-ci, Yahya Ahmed Ould Waghef ne leur donnera pas cette opportunité à décocher des flèches envers son gouvernement. Certainement, qu’il est sorti de cette situation mature et consciente de l’immense espoir qui pèse sur ses épaules. Certainement aussi, qu’il ne décevra pas non plus les mauritaniens en reprenant des «symboles de la gabegie » qui sont à l’origine de cette crise politique jamais connue par la Mauritanie. 

Babacar Baye NDiaye 

( 21 septembre, 2008 )

Ewlade Leblade: L’histoire d’un trio qui a fait tomber les masques de la société mauritanienne!

                         ewladeleblad.jpg 

Ewlade Leblade, c’est Sidi Brahim Mohamed alias Izak Ice, Mamoudi Ould Sidi alias Hamada et enfin Sidi Mohamed Ould Mbareck alias M.D (voir photo). Trois vies différentes, un même destin : celui de faire plaisir. La sortie en 2007 de leur premier album «Adat’ne » les a imposés sur la scène musicale mauritanienne. Véritable révélation de la musique mauritanienne en 2007, Ewlade Leblade n’en finit pas d’émerveiller, à chaque concert, le public mauritanien. Ils sont aimés et adulés comme des «gourous ».

 

Sidi Brahim Mohamed alias Izak Ice (au milieu de la photo) 

 

Ce natif de la ville de Rosso Mauritanie a grandi à Nouakchott. Chez lui, la musique n’est pas une histoire de famille. Sachant que les études ne vont pas lui réussir, il les abandonne très vite. A cause de la musique ! Et bonjour les ennuis avec sa famille qui ne l’excusa pas de cette désinvolture qu’elle considéra comme étant un acte de défiance. Leur opposition n’y fit rien. Car, son destin était déjà fait. Et, il était écrit sur la table d’airain qu’il en serait ainsi. Indésirable, il quitte Nouakchott et sa famille en destination de Rosso, sa ville natale. Bien vite, il se découvre une prédisposition pour le Rap. Déjà, à partir de 1996, il commençait à flirter avec le milieu du Rap, à Nouakchott. Et, c’est contre le gré familial qu’il se lance dans la musique. A Rosso, il retrouve ses repères et commence à se faire découvrir. C’est dans cette ville méridionale de la Mauritanie que vont se dessiner les prémices de sa carrière musicale. Pendant son séjour, il y fit la connaissance d’un certain groupe de Rap du nom de «Salamen ». Il chante à l’occasion des concerts de Rap qui se font ça et là à Rosso. Il alterne podiums sur podiums. C’est dans cette atmosphère qu’il va réussir à se creuser son propre sillon. Le succès et la gloire commençaient à germer dans son esprit lorsqu’il voyait le défunt «Black Muslim » sur scène, un groupe de Rap qu’il admirait éperdument. Aujourd’hui, ironie du sort, c’est l’un des membres du groupe (Khadim) qui est devenu son manager. Il rêvait de grandeur en assistant aux concerts de «Black Muslim ». Entre 1995 et 1996, il se glisse sur le tatami du «mouvement Hip Hop ». Sa voix forte et sa grande taille ont fait de lui un Rappeur complet. De nature joviale, sociable et surtout tranquille, il se préserve de toute arrogance et de toute altération. Ce longiligne n’est pas du genre à reculer devant l’adversité de la vie. Ce n’est pas un hasard s’il croit dur comme fer que la célébrité et la notoriété sont au bout de l’effort. C’est parce qu’il se nourrit de la sève de son guide, le prophète Mohamed (Psl). Un musulman convaincu, il l’est. Sa force réside en sa foi. Sa seule obsession : la perfection musicale. Sobre, il l’est et l’a toujours été. Le vent de notoriété qui a soufflé sur «Ewlade Leblade » ne l’a pas emporté. C’est un homme introverti ! Hier banni par sa famille, il a su aujourd’hui se forger une nouvelle image. Avec son talent, il a fini par convaincre les siens.

 

Mamoudi Ould Sidi alias Hamada(à gauche de la photo)

 

Lui aussi, il est natif de Nouakchott où il a grandi au quartier populaire du 5ième arrondissement. Il a très tôt flirté avec l’école buissonnière. En 1999, en classe de 3ième année Collège, il commence à sécher les cours. A cause, lui aussi, du virus de la musique. Il fréquente Papis Koné, le guitariste solo du groupe «Walfadjri », le temps de comprendre comment cela fonctionne. Son premier morceau qu’il va composer s’intitulera «Touvlaha tetemacha-i » qui parle de l’amour fondé sur l’intérêt. Il découvre alors sa passion pour le Rap. Bye bye l’école ! Débute une nouvelle vie pour lui. Plus tonitruante, celle-là. En 2000, il fit la connaissance de Izak Ice et de Sidi Mohamed Ould Mbareck. Partageant les mêmes idées et les mêmes préoccupations, ils forment leur propre groupe de Rap «Hassanya Clan».  Ils abandonnèrent cette appellation à connotation raciale. Au studio «Afric Médias », dans le cadre de la préparation de leur maquette, ils adoptent comme nom de groupe «Ewlade Leblade », un nom qui continue à marquer les esprits. Il aurait dû être douanier, mais il avait envie de faire de la musique. Il défie le roc parental. Il troque sa «daraa» contre les jeans, casquettes, tee-shirts et autres colliers en argent. Il hume l’air frais des mélodies made in USA, notamment celles de 2 Pac très aromatiques pour s’en débarrasser. Le petit maure se métamorphose. Il ne sera pas épargné par l’accoutrement américain. C’est le début de l’aventure. Il heurta sa famille en premier lieu son père qui avait du mal à accepter le choix que sa progéniture avait fait. Exit les malentendus entre lui et sa famille qui pensait que leur fils flânait avec des personnes malveillantes. Aujourd’hui, à son grand bonheur, les temps ont changé et ses parents ont fini par abdiquer. Issu de famille modeste, il sait qu’il devra son salut qu’à la musique. Dans ses textes, il cogne sur les dérives de la société et pointe un regard critique par rapport à la situation sociale du pays. Hamada est un artiste qui voue son existence à la musique. Il a réussi à briser les stéréotypes culturels qui ont toujours cloué au pilori certains talents. Il a réussi en s’en défaire. Il n’hésite pas à cracher sur le feu lorsqu’il voit certaines souffrances humaines. Aujourd’hui, il est devenu plus mature. Les textes qu’il écrit parlent de nous, de nos réalités. Là-dessus, il fait mouche !

 

Sidi Mohamed Ould Mbareck alias M.D(à droite de la photo) 

 

Certainement, il doit être fier d’être l’aîné du groupe et de partager avec Izak Ice et Hamada le même destin et les mêmes préoccupations. Né en 1978 à Kaédi, au Sud de la Mauritanie, il a grandi à Nouakchott entre le 5ième et le 6ième arrondissement. Ses parents sont originaires de Mbout. Il n’est pas allé très loin dans les études. Non pas parce qu’il les détestait, mais à cause de certaines contingences sociales et familiales. Turbulente et tonitruante, telle était son enfance. Dans un monde de plus en plus intrépide, comment faut-il faire, se demande-t-il, pour assurer sa survie ? Il devient encaisseur entre 1993 et 1994. Derrière ce bout de bois de Dieu, s’est toujours dissimulé un éternel bosseur qui a toujours su compter sur lui-même et sa propre détermination. Issu de famille peu aisée, il quitte très tôt le foyer à la recherche de l’argent et de la réussite. Il voyage et découvre un jour Nouakchott. Volontariste et de carapace dure, il s’arme de courage et d’abnégation. Nouakchott est une ville où on réussit facilement quelque soit l’activité qu’on exerce, se dit-il. Il achète des fringues qu’il revend. Ça y est ! À le voir à cette époque, on aurait parié que rien ne le prédisposerait à faire de la musique. C’est donc par hasard qu’il y est venu, sans la moindre connaissance de la réalité de ce milieu comme la plupart des jeunes. Contrairement à Izak Ice ou Hamada, il reçut la bénédiction de ses parents. Il démarra sur les chapeaux de roues. Et tout marcha comme sur des roulettes. Aujourd’hui, ces parents ne vivent plus. Ceci a participé à forger son âme. Lorsqu’il en parle, c’est l’émotion. Il devient maussade. Après la mort de ses parents, il se lança très tôt dans le business. Parallèlement, il fréquente les concerts de Rap et se fait des amis rappeurs. Il commence à chantonner et à écrire des textes. Il se dit qu’il peut devenir lui aussi rappeur comme Method Man qui l’émerveilla. Ne dit-on pas que le destin ne tient à rien. Il se découvre des aptitudes musicales et se lance dans le Rap. Il se sent pousser des ailes et commence à rêver, lui qui n’a jamais décroché aucun diplôme. Aujourd’hui, avec Hamada et Izak Ice, ils forment le trio d’Ewlade Leblade qui a réussi à faire tomber les masques de la société mauritanienne. Mais que de chemin parcouru avant d’en arriver là. Lui-même, Sidi Mohamed Ould Mbareck, le reconnaît. Fichtre ! Fini l’époque des vaches maigres. Avec Ewlade Leblade, il vit dans le bonheur et s’estime le plus heureux sur la terre. 

 

Babacar Baye Ndiaye

 

( 21 septembre, 2008 )

Entretien avec Monza à propos du Hip Hop

                   monza.jpg

Le Rap mauritanien souffre, c’est sans nul doute. Il souffre de médiatisation. Les canaux de distribution et de diffusion font terriblement défaut. Et pourtant ! Dieu sait que le talent est là. Dans l’entretien suivant que j’ai eu avec Monza à propos du Hip Hop en Mauritanie, vous verrez bien qu’il n’est pas du genre à ruminer la vérité. 

Le Rénovateur Quotidien : Le Rap en Mauritanie a-t-il évolué depuis 10 ans ? 

Monza : Depuis 10 ans ? Ce qui nous ramène en 1998. Je dirai qu’à partir de cette date, le mouvement Hip Hop en Mauritanie, surtout à Nouakchott, était accès sur les concerts. Il y avait beaucoup de concerts à cette époque. Il y avait aussi le phénomène des boîtes de nuit qui commençaient à apparaître en Mauritanie. Certains rappeurs passaient par ces boîtes pour y faire des prestations. A cette époque, ça bougeait ! Beaucoup plus que par exemple, deux ans plus tard, au moment où les albums ont commencé à sortir. Du moment qu’il y a eu des albums qui sont sortis, je dirai qu’il y a une relative évolution.  

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous une idée des premiers albums de Rap qui ont été sortis par des mauritaniens ? 

Monza : Le premier album de Rap sorti en Mauritanie, c’est l’album de Papis Kimi (actuellement aux Etats-Unis d’Amérique, Ndlr). Cet album s’intitulait «Mani Zani » avec la participation entre autres de Maxi P sorti en 2000. Ensuite, il y a eu Black à Part qui a sorti «Mine the Man ». En 2004, j’ai sorti «Président 2 la Rue Publik ». C’est à partir de ce moment là qu’il va y avoir de la production musicale purement mauritanienne. C’est le premier projet qui a été entièrement réalisé en Mauritanie. Les albums d’avant étaient enregistrés souvent au Sénégal avec des compositeurs sénégalais. Il y a l’album de Diam Min Tekky (Gonga) qui a été enregistré ici, l’album de Military Underground (Au Secours) et celui d’Ewlade Leblade (Adat’ne). 

Le Rénovateur Quotidien : Entre 2000 et 2008, il y a eu une floraison impressionnante de groupe de Rap et de rappeurs. Là aussi, on a noté une certaine évolution. 

Monza : Il y a une nouvelle génération de rappeurs qui arrivent. Parmi ces jeunes rappeurs, je trouve qu’il y a de très bons artistes surtout dans les régions. J’ai rencontré, dans mes déplacements à l’intérieur du pays, des groupes de Rap qui ont un certain niveau et du talent. Dans toute sa totalité, quel que soit l’endroit où on le pratique, ce que j’ai vu me donne une certaine conviction que le Rap a de l’avenir en Mauritanie. Je crois en ce mouvement. 

Le Rénovateur Quotidien : N’empêche que ce mouvement auquel vous croyez foncièrement patauge. Et, concrètement, que faut-il faire pour que le Rap puisse se développer ? 

Monza : Aujourd’hui, je peux dire côté structures, en tout cas pour l’enregistrement, nous avons ce qu’il faut pour enregistrer des produits. Pour la duplication et la distribution, on a un problème. Pour la communication, il faut une certaine promotion et une diffusion sur les ondes. Pour la Mauritanie, ce n’est pas encore le cas. On n’a pas de radios qui font passer du Rap. Ni une télévision qui diffuse du Rap. Il y a la TVM Plus qui commence à faire passer quelques clips. Mais, cela pourrait allait au-delà.  

Le Rénovateur Quotidien : A votre niveau, vous les rappeurs, avez-vous essayé à faire quelque chose. Il ne s’agit pas tout simplement de vouloir porter la responsabilité sur le dos des autorités comme vous le faites tout le temps ? 

Monza : Chacun fait selon sa démarche. Il y a des gens qui sont là et qui poireautent un producteur. Il y en a d’autres qui sont là et qui vous disent non en essayant de prendre les choses en mains. A notre niveau, on a essayé d’ouvrir notre propre studio en y mettant du matériel moderne pour pouvoir nous satisfaire d’abord et ensuite satisfaire les autres. «Assalamalekoum Hip Ho Festival » représente par exemple une occasion où les artistes peuvent se produire. Pour la 2ième édition de ce festival, il y aura des rappeurs de différentes wilayas de la Mauritanie qui vont se produire. 

Le Rénovateur Quotidien : Tout ceci, c’est bien encourageant. Mais, comment expliquez-vous le fait que les rappeurs ne vendent pas assez bien leurs produits ?  

Monza : Tout simplement, parce qu’il n’y a aucun réseau de distribution à Nouakchott. Il n’y a pas de points de vente. Il n’y a pas d’endroits spécifiques où le public peut aller  acheter tel ou tel album. Et, pourtant, il y a une manière de faire, en tout cas, c’est la nôtre, c’est d’organiser des concerts et de faire l’entrée avec le CD. Il y a une partie qu’on arrive à écouler. Dès fois, on écoule tout. Cela dépend des groupes ou du public. A partir de là, les CDs sont piratés ou vendus à la sauvette. 

Le Rénovateur Quotidien : Un autre problème et non des moindres, c’est celui des droits d’auteur. Très peu de rappeurs mauritaniens sont protégés. Sur ce point, qu’envisagez-vous faire ? 

Monza : Les artistes savent qu’il n’y a pas un bureau des droits d’auteur. Certains se disent qu’ils vont se protéger au Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur (BSDA). Je pense que cela ne servira à rien. Le BSDA lui-même n’arrive pas régler les problèmes des artistes sénégalais à plus forte des artistes d’autres pays. Par contre, il y a des structures comme la SACEM (Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique) qui protège les artistes. Elle est à l’écoute de toutes les radios même de Radio Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Y’a-t-il une concurrence saine entre les rappeurs mauritaniens ? 

Monza : Artistiquement, je pense qu’il doit y avoir de la concurrence. Cela pousse un artiste à progresser. Lorsqu’il s’agit de concurrence malsaine, d’hypocrisie, de jalousie, ce n’est pas bien. Personnellement, je ne peux même être dans le lot du Rap mauritanien. Je suis un artiste. Point barre.  

Le Rénovateur Quotidien : Le Rap Mauritanien peut-il s’exporter ? Et réellement, y’a-t-il des rappeurs mauritaniens qui sont prêts à défendre cette idée ? 

Monza : En tout cas, pour ma part, je fais de mon mieux pour qu’on arrive à exporter le Rap mauritanien en essayant d’organiser des concerts à l’étranger, de monter des projets à long terme. J’ai participé à un festival qui s’appelle ‘Les Arts croisés’ en France. J’ai été au Palais des Nations Unies à Genève. Je suis au début de mon exportation. Nous avons un projet de chanter la déclaration universelle des droits de l’homme dans plusieurs langues sur un album. Tout ceci, si vous voulez, rentre dans ce cas. 

Le Rénovateur Quotidien : Certains enregistrements sont de piètre qualité alors que les nouvelles technologies ont fait leur entrée dans la musique depuis belle lurette ? 

Monza : C’est un manque de compétences. Aujourd’hui, la musique Rap est industrialisée. Donc, tout le monde travaille avec des machines. La machine la plus idéale, ce serait une station Protoolth M Powered pour faire de la bonne musique Rap avec une SP 1200, un sampler Aky 2500, une MPC 2000. Cela demande énormément d’argent. La qualité qu’on a actuellement, c’est une qualité de maquette. Même au niveau de la tonalité et du groove de la musique, ça pose problème. Il n’y a pas de machine de masteurisation aussi. 

 Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

( 21 septembre, 2008 )

Birame Ould Dah Ould Abéid

«Les autorités font tout pour nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie et mettre les bâtons dans les roues du mouvement abolitionniste et des militants anti-esclavagistes »

                 birame1.jpg 

Dans la présente interview, que nous a accordée Birame Ould Dah Ould Abéid, membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de S.O.S. Esclaves, dans le cadre de la sortie du film «Chasseurs d’esclaves » produit par la télévision franco-allemande Arte, l’intéressé fait des révélations et brosse le tableau de la situation sociale du pays avec un focus sur la question centrale – celle de l’esclavage – phénomène que la société mauritanienne continue à appréhender comme étant normal et contre lequel personne ne doit s’insurger, ou se révolter.

Quand à vouloir en sanctionner les auteurs, c’est du domaine de l’utopie. Comme vous allez le constater, il ne sera pas du tout tendre avec les magistrats, les officiers de police judiciaire, les administrateurs civils, les médias officiels qu’il considère comme les pires propagandistes de l’idéologie esclavagiste.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez participé, avec Aminétou Mint Ely Moctar, à la réalisation d’un film d’Arte, intitulé «Chasseurs d’esclaves ». Comment est née l’idée de réaliser ce film?

Birame Ould Dah Ould Abéid : J’ai été sollicité par Sophie Jeannot, qui est une journaliste-réalisatrice à Arte. Au cours d’une discussion que j’ai eue avec elle, elle m’a fait part de son intention de se déplacer jusqu’en Mauritanie pour nous accompagner dans l’une de nos actions pour libérer des esclaves en cas de plainte des leurs.

Son arrivée a coïncidé avec une mission que je devais accomplir au nom de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). J’étais accompagné d’Aminétou Mint Ely Moctar. L’avocat Ishaq Ould Ahmed Hadi, qui devait être de la mission, s’est désisté à la dernière minute pour des raisons personnelles. Aminétou et moi sommes finalement partis seuls avec l’équipe d’Arte pour libérer Haby Mint Rabah, esclave depuis la naissance chez ses maîtres (Abdoulaye Ould Moctar et sa sœur Aminétou Mint Moctar).

L’origine de cette mission, c’est la plainte introduite par Bilal Ould Rabah, frère de Haby Mint Rabah, auprès de S.O.S. Esclaves d’abord, puis auprès de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez été mandaté, comme vous dites, par la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Mais, concrètement, avez-vous rencontré des difficultés, des réticences sur le terrain de la part des autorités pour libérer Haby Mint Rabah ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Effectivement ! Premièrement, nous avons dû faire face à l’hostilité manifeste des autorités administratives et judiciaires. Dès notre arrivée à Tiguint, nous avons été interceptés par un peloton de gendarmerie qui nous a cernés et conduits devant le chef d’arrondissement de cette bourgade.

Nous nous sommes même engueulés avec lui puisqu’il voulait, lui et la gendarmerie, mettre en doute l’objet de notre mission en voulant nous empêcher d’y aller. Ils nous ont même empêchés de prononcer le mot «esclavage ».  Ils ont voulu nous culpabiliser d’office en percevant notre mission comme une action subversive contre la société et l’Etat mauritanien.

Le Rénovateur Quotidien : Et comment expliquez-vous ce refus de leur part ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Ce refus s’explique par le fait que la société et l’Etat mauritanien restent dominés par l’idéologie esclavagiste. La pensée sociale continue à appréhender l’esclavage comme un phénomène normal et contre lequel on ne doit pas s’insurger, se révolter et qui ne doit pas attirer de sanctions, ni d’investigations.

D’autre part, l’Etat mauritanien reste dominé par une communauté esclavagiste en l’occurrence la communauté arabo-berbère qui détient tous les leviers de commande du pouvoir.

L’Etat aussi dans ses différents corps (administrateurs civils, magistrats, officiers de police judiciaire,…) est constitué en majorité d’esclavagistes. On ne peut compter sur de telles personnes, pratiquant l’esclavage pour le criminaliser, le combattre et l’éradiquer.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez tenu beaucoup de conférences de presse sur la question de l’esclavage. Mais, visiblement, cela n’a pas servi à grande chose. Est-ce que c’est dans ce cadre que ce film a été réalisé, pour servir de moyen de pression sur les autorités pour qu’elles reconsidèrent davantage le problème de l’esclavage en Mauritanie ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je pense que ce film va constituer un jalon de plus dans la somme des documents visuels et sonores qui, sans aucune équivoque, mettent en lumière sur la question de l’esclavage en Mauritanie et mettent en accusation, devant l’opinion publique nationale et internationale, l’Etat mauritanien, ses fonctionnaires et ses oulémas qui essaient de cacher vaille que vaille la question de l’esclavage qui est un crime.

Le Rénovateur Quotidien : On a vu dans ce film, un imam balayer du revers de la main l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Cela vous écœure-t-il d’entendre de tels propos alors que tout le monde sait que l’esclavage existe en Mauritanie, sauf aux yeux de ceux qui le nient ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Cet imam, c’est Mohamed El Hafedh Ould Enahoui, qui est un imam esclavagiste à plus d’un titre. Il est l’un des actionnaires dominants de la filière orientale de l’esclavage. Il fait passer des filles esclaves mauritaniennes vers le Golfe. Il est impliqué dans la tentative de faire passer une de ses esclaves, Zéina.

C’est un imam qui pratique jusqu’à présent l’esclavage. Il a plusieurs femmes esclaves et sur lesquelles il exerce un esclavage sexuel.

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi, ce monsieur n’est-il pas inquiété alors qu’il existe une loi criminalisant l’esclavage ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et son pouvoir n’ont pas fait la loi pour qu’elle soit appliquée. Ils ont fait la loi pour essayer de redorer le blason de la Mauritanie, en faisant de l’agitation et de la propagande sur cette loi. C’est pour faire le change devant la communauté internationale.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi nie lui-même l’existence de l’esclavage. Il ne parle que de séquelles. Les ministres, les officiers de police judiciaire, les administrateurs civils ont classé tous les cas d’esclavage avérés qui ont été portés devant la justice et l’administration mauritanienne.

Au jour d’aujourd’hui, depuis la promulgation de la loi (n°2007-048, Ndlr), il n’y a que 43 esclaves au total qui ont été libérés. Aucun des criminels soupçonnés d’esclavage n’a été poursuivi ni interpellé. Il n’y a aucune enquête en bonne et due forme.

Le Rénovateur Quotidien : Quelle a été la réaction des autorités lorsque «Chasseurs d’esclaves » est sorti ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je ne sais pas, mais je sais que, lorsque nous avons amené Haby Mint Rabah, le Premier ministre de l’époque, Zéine Ould Zéidane, a joué des têtes et des pieds.

Lui et sa directrice adjointe de cabinet, Mint Bourdid, ont inondé nos responsables supérieurs (la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Ndlr) de plaintes et de messages pour dire que Haby Mint Rabah n’est pas une esclave, que c’était un kidnapping, que c’était femme libre qui vit avec ses parents.

Le Premier ministre à l’époque (Zéine Ould Zéidane) était très solidaire des esclavagistes.  Il avait même demandé qu’on reprenne Haby Mint Rabah pour la rendre aux gens présentés comme ses parents alors qu’ils ne sont que ses maîtres.

Il n’y a pas un démenti plus grand que ces allégations tenues par le Premier ministre et sa directrice adjointe de cabinet.

Le Rénovateur Quotidien : Au vu de tout cela, peut-on espérer la disparition imminente de l’esclavage en Mauritanie ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Non ! On ne peut pas espérer une disparition proche de l’esclavage en Mauritanie. Loin s’en faut ! Les autorités, à travers l’action des magistrats, des officiers de police judiciaire, des administrateurs civils, à travers le discours des ministres, du Premier ministre et du président de la république, font tout pour nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie et mettent les bâtons dans les roues du mouvement abolitionniste et des militants anti-esclavagistes.

La destitution de l’ancien wali du Brakna, Sidi Maouloud Ould Brahim, qui a coopéré avec la mission de la CNDH qui a libéré la petite esclave Messouda Mint Hova des griffes de ses maîtres à Boghé en est une preuve évidente.

Il est encore clair que les médias officiels (la radio et la télévision mauritaniennes) continuent à rebattre les oreilles des mauritaniens de discours négationnistes. Ces médias officiels subliment l’esclavage mauritanien en le rendant social, acceptable et sacré à travers plusieurs programmes comme El Beddaa qui met en relief toute l’arrogance ethnique et de classe de la communauté (arabo-berbère) qui détient tous les leviers de commande du pays.

Cela dénote d’un grand mépris que ces autorités ont pour toutes les victimes, les militants des droits de l’homme en Mauritanie.

Le Rénovateur Quotidien : Votre dépit et déception se comprennent parfaitement. Pensez-vous que le fait de porter la question de l’esclavage sur le plan international, comme en témoigne le film d’Arte (Chasseurs d’esclaves), reste l’unique solution de se faire entendre ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je pense que la seule solution, c’est de consolider le mouvement abolitionniste (mauritanien), le raffermir au niveau national, l’encadrer et surtout essayer d’explorer toutes les voies de lutte possibles.

Mais encore, il faut s’inscrire dans le registre d’une dénonciation systématique de ce qui se passe en Mauritanie afin de porter la complicité des autorités mauritaniennes (politiques, judiciaires, religieuses…) devant la communauté internationale.

Le Rénovateur Quotidien : Ne faudrait-il pas, toujours dans le cadre des voies de lutte contre l’esclavage, essayer d’initier une journée contre l’esclavage comme on l’avait fait au moment où la Mauritanie était confrontée au problème terroriste ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Nous sommes sur un plan d’actions qui va englober tout cela. Il y aura bientôt une série de manifestations pour dire non à l’esclavage, mais aussi à certains anachronismes et phénomènes graves qu’on fait subir à des êtres humains en Mauritanie.

Le Rénovateur Quotidien : La classe politique, dans son ensemble, est évasive sur la question de l’esclavage en dépit de son opposition de principe à ce phénomène. Pensez-vous que certains hommes politiques ont des privilèges à sauvegarder ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Les partis politiques en général, ce sont des partis qui s’arriment à l’idéologie de la société. Je pense que, en dehors du parti APP (Alliance Progressiste Populaire, Ndlr) dont le chef Messaoud Ould Boulkhéir est le chantre incontesté de la lutte anti-esclavagiste en Mauritanie, le REJ (Rassemblement pour l’Egalité et la Justice, Ndlr) de Cheikh Sid’Ahmed Dieng et Tawassoul de Jémil Mansour, il n’y a pas d’autres partis qui essaient de s’inscrire dans une optique abolitionniste.

Je remarque que les autres partis n’accordent pas une importance à cela parce qu’ils ont une position de classe vis-à-vis de la question de l’esclavage.

Le Rénovateur Quotidien : Je reviens de nouveau au film «Chasseurs d’esclaves ». Pensez-vous qu’il aura un impact au niveau des autorités ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je ne le pense pas. Aussi bien que les groupes dominants dont elles sont issues, les autorités sont imbues d’une forte arrogance et se caractérisent par une myopie qui va les perdre à la longue et je le regrette hélas. Ce film a eu un écho à l’étranger.

A travers ce film, j’ai été invité par les députés verts au sein du parlement autrichien. J’ai été invité par des universitaires autrichiens et des personnalités françaises pour des contributions sur l’esclavage en Mauritanie, à la lumière de ce film.

Le Rénovateur Quotidien : Récemment, notre pays, par la voix du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, s’est solidarisé avec Oumar El Béchir, le Président soudanais, accusé par le procureur de la Cour Pénale Internationale, de crimes commis au Darfour. En tant que défenseur des droits de l’homme, qu’en pensez-vous ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je soutiens sans réserve l’action de la Cour Pénale Internationale contre tous les criminels de droit commun, les coupables de crimes contre l’humanité, de crime de génocide ou de crimes de guerre.

Omar Hassan El Béchir et ses collaborateurs doivent répondre des actes de génocide qu’ils ont commis au Darfour. La position de certains partis politiques et certaines personnalités notamment le Président de la République dénote que la Mauritanie et ses dirigeants reste encore un Etat réfractaire aux Droits de l’Homme.

Contrairement à ce que disent certains détracteurs, la CPI n’est pas un tribunal américain ni un tribunal européen. La CPI est un tribunal international à laquelle les Etats de la communauté internationale, dans leur large majorité, hormis les Etats voyous comme le nôtre et le Soudan, ont déjà souscrit et ratifié la charte.

En Mauritanie, il y a des criminels, notamment d’anciens chefs d’Etat ou hauts fonctionnaires de l’administration, qui doivent comparaître devant ce tribunal et nous ne ménagerons aucun effort pour qu’ils comparaissent.

Le Rénovateur Quotidien : Vous venez d’évoquer d’anciens chefs d’Etat mauritaniens considérés par certaines organisations de défense des droits de l’Homme comme étant des criminels et des génocidaires. On cite souvent le nom de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, qu’on accuse d’avoir commis des crimes contre les populations négro mauritaniennes. Actuellement, il vit, sans être inquiété, au Qatar. Etes-vous pour son extradition en Mauritanie pour qu’il réponde des accusations portées contre lui ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Quand on l’extrade ici, il va trouver l’impunité ! Ici, c’est le pays de l’impunité. Il y a des gens qui ont commis des crimes de droits humains très graves, des crimes économiques, des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité. Ces gens-là sont ici, sans pour autant être inquiétés.

Pire encore, ils sont promus de jour en jour. Ils continuent de bénéficier des honneurs de la République. L’extrader ici (Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya), non ! Je veux qu’il soit, comme tous les autres, jugé par la Cour Pénale Internationale.

Mais le ramener en Mauritanie, c’est lui garantir une impunité totale. Ce n’est pas une justice de classe, une justice ethniciste, corrompue et prise en otage par des réseaux mafieux et esclavagistes qui peut juger ce genre de crimes et de criminels.

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 21 septembre, 2008 )

Amal Dria, artiste-peintre

Un symbole et une incarnation de l’universalité !

Amal Dria ? On ne peut qu’être admiratif devant cette créature féminine d’origine marocaine aux yeux de chaton gris ! Elle a des atouts pour plaire et faire chavirer le cœur d’un mollah : la beauté, le physique, le sourire enchanteur et captivant, l’innocence dans les propos, le sex-appeal, l’intelligence, l’élocution…Bref, tout ce qu’un homme peut désirer chez une femme. Il n’y a pas que cela ! Elle est aussi un cordon bleu. Et, vous ne serez certainement pas vexé lorsqu’elle vous préparera du couscous marocain, de la soupe hariri, du riz avec de la viande…Derrière cette femme qui raffole beaucoup le mafé(mets à base d’arachide) pour son goût particulier se dissimule la silhouette d’une grande artiste peintre. Elle est restée, au fil des ans, sobre et surtout créative et naturelle dans ses productions. Ce qui fait qu’elle n’a jamais eu de modèles particuliers. «J’ai toujours préféré ma façon de faire les choses. Quant à imiter quelqu’un d’autre dans son travail ? Non. Je n’aimais pas », confie-t-elle. 

Presque la trentaine, Amal Dria symbolise incontestablement cette catégorie d’artistes qui se ferraillent pour panser «les identités meurtrières », casser les frontières physiques nées de l’imagination des hommes et surtout faire disparaître les «fiertés » communautaristes souvent sources de conflits. Pour s’épanouir et vivre en harmonie, dit-elle, l’être humain a besoin de paix, d’amour et surtout d’un travail décent. «On n’a pas besoin plus ! Essayons de vivre ensemble dans la paix et l’amour. Aimer soi-même et aussi les autres. Ne pas être égoïste, ni hypocrite ? », rappelle-t-elle devenant subitement prédicatrice.

                           amaldria1.jpg 

Les infortunes des descendants d’Adam et d’Eve, c’est d’avoir créé leurs propres armes de destruction. Pour autant, doivent-ils continuer à s’enliser davantage dans des situations de conflits qui vont engendrer leur perte et précipiter leur chute ? Amal Dria est écoeurée, dépitée…lorsqu’elle entend le discours glorifiant la supériorité d’une communauté ou d’une race sur une autre pour des raisons dues au rang social, à la couleur de la peau, à la croyance ou à la religion. «Cela déchire, crée des barrières et engendre des frustrations. Si je traite quelqu’un de n’importe quoi, cela peut créer une confrontation. On s’engueule. On prend les armes. On commence à s’entretuer. Et le sang commence à couler sur terre… », lâche-t-elle.

Comme toute autre forme d’expression artistique, les Arts Plastiques ont un rôle aussi : celui de décrire la réalité en brisant les tabous, en secouant les vieilles habitudes et si possible de rapprocher les peuples. «Il n’y a pas de différence entre le fait d’être un chinois, un africain, un français ou un américain. Nous sommes tous des êtres humains », dit-elle pour faire comprendre aux autres que les questions identitaires ne doivent plus avoir leur place dans un monde de métissage et des échanges culturels. Amal Dria est un capricorne. Et les capricornes, c’est des personnages qui savent bien ce qu’ils font. C’est des personnages qui ont en même temps les pieds sur terre. Sa référence : le Saint-Coran. Elle croit au Destin, à Dieu, à la religion et au Prophète Mohamed (PSL).  

Le destin ne tient à rien. A bas âge, elle chantait déjà. C’était sa passion en dehors de la natation. C’est en Mauritanie qu’elle découvre les Arts Plastiques à la suite de l’affectation de son père, un architecte. Ne piffant plus la solitude dans laquelle elle vivait, elle décide un jour de se rendre à la Maison des Artistes. Et là, elle commence à peindre. «Le premier tableau que j’avais fait, se remémore-t-elle encore, représentait un monsieur qui vit dans une coquille au fond de la mer complètement en rupture avec le monde extérieur. Au bord de la mer, il y avait des gens qui faisaient le thé ». Plutôt qu’une œuvre d’art, ce tableau représentait son état d’âme ! 

A ses débuts en Mauritanie, elle vécut des moments difficiles. Ne comprenant pas les gens ni dans leur façon de s’exprimer ni dans leur manière de voir les choses. Les Arts Plastiques vont l’extirper de son mal de vivre et de son enfermement. Subitement, elle sort de son isolement et reprend goût à la vie grâce à la peinture. «C’est elle qui m’a fait sortir de cette solitude absolue dans laquelle je vivais. Je me suis retrouvée dans un milieu que j’ai beaucoup aimé », avoue-t-elle. Entre elle et la peinture, c’était parti pour le début d’une véritable aventure. L’opposition de son père qui ne voulait pas qu’elle fasse profession artiste-peintre n’y fit rien. «J’ai tellement aimé que je n’ai pas pu m’en séparer », s’écrie-t-elle. La preuve, elle a été gérante dans un supermarché, dans un hôtel, caissière-contrôleuse à l’Hôtel Khalima. Mais, finalement, la passion pour la peinture l’emporta. Et elle eut la chance que les gens aimaient et achetaient ses tableaux.  

Certaines ruptures, surtout lorsqu’elles sont inopinées et brutales, font mal, très mal. Imaginez qu’on vous arrache, jeune, de votre lieu de naissance, du lieu où vous avez grandi, pour une destination inconnue. Que devriez-vous ressentir ? A part de la révulsion, de la peur de l’inconnu. Mais, pour Amal Dria, ce bouleversement, elle l’a vécu de manière positive et surtout avec beaucoup de philosophie. «La Mauritanie, au début, c’était un choc. Mais, après, j’ai tellement aimé. J’ai aimé le désert, les étoiles, la façon de vivre des poètes mauritaniens, cette magie qu’ils ont dans leur langage. C’est vraiment doux. J’aime la langue hassanya. Lorsque j’entends ‘machaa allah’, ‘inchaa allah’, ‘fatabaraka allah’…je suis tellement contente.  C’est divin ! C’est en liaison avec le Bon Dieu. C’est poétique et moi j’adore la poésie », avoue-t-elle avec beaucoup de sincérité.

                         amaldria.jpg 

Ni fataliste, elle suit le cours de son destin. Heureuse, elle l’est en dépit de certaines difficultés de la vie. De son père, elle a reçu une forte éducation basée sur le respect de l’autre. De lui aussi, elle comprit l’importance de la liberté d’expression. D’un esprit indépendant, elle n’est pas du genre à se laisser malmener. Elle n’a pas froid aux yeux de vous opposer un niet catégorique. Au lycée des Jeunes Filles de Nouakchott, elle refusa de porter le voile. «Je vous accepte comme vous êtes et vous m’acceptez comme je suis », avait-elle lancé aux responsables du Lycée. On lui refusa de passer le bac, par ricochet, de décrocher son diplôme. Elle déféra à l’obligation de porter le voile. «Je ne porte pas le voile. Il n’y a personne qui peut m’arracher ma liberté », répond-elle.  

Pour elle, le fait d’être de culture arabo-musulmane qui lui impose le port du voile ne change en rien sa liberté d’être, de faire et de penser. «Le coran, il faut bien le comprendre. Les gens sont en train de commettre des fautes graves. Ils sont en train d’expliquer les choses différemment de la réalité. Ce n’est pas bien. Chacun d’entre nous, lorsqu’il lit le Coran, le livre saint, doit chercher la réalité profonde et pas superficielle. Le Bon Dieu nous a créés libres », estime-t-elle. 

Amal Dria n’est pas une enfant de la balle. Elle adore chanter surtout lorsqu’elle fait la cuisine. «Je chante des choses que je sente vraiment en moi, des choses réelles », glousse-t-elle. «Quand je chante, je vis mes émotions, mes sentiments. Je suis moi-même ». Elle compte faire carrière dans la musique. D’ailleurs, elle a commencé à apprendre comment jouer avec la guitare. Elle apprécie Momar Kane du groupe toulousain «Afrodream » pour sa philosophie, Malouma, sa manière de chanter, de vivre la chanson lorsqu’elle chante et enfin, Domi Blanc Bec, son âme sœur. En ce dernier, il adore sa façon de voir les choses, sa liberté et son respect envers l’autre. De même qu’Oumou Kelthoum, la grande diva égyptienne. Avec Domi Blanc Bec, ils préparent un projet de chanter dans le même morceau.  

Dans un monde caractérisé par la peur, le chaos permanent, il faut casser les frontières, pense-t-elle, cesser les guerres, vivre en harmonie et en paix avec les peuples. «C’est très simple. Mais, les gens compliquent les choses », croit-elle. Lorsqu’elle voit des peuples qui se déchirent, elle est éberluée et choquée. La situation en Palestine, en Irak, en Somalie… «C’est vraiment malheureux », pense-t-elle. Et à ceux qui assimilent l’Islam au terrorisme, elle est sans équivoque. «Il ne faut pas mêler l’Islam à ces choses-là. C’est des comptes personnels. Chacun utilise la religion comme il veut pour atteindre un but bien déterminé dans sa tête », lâche-t-elle. Le sort des femmes la turlupine aussi. Et, malheureusement, pour elle, qu’elle n’a pas de baguette magique pour améliorer leurs conditions de vie. «Mais, je vais y participer », promet-elle. 

En attendant, elle continue à donner bénévolement des cours d’Arts Plastiques aux enfants rien que pour faire aimer cette activité artistique. Avec passion et désintéressement ! Elle fait partie de ceux qui s’investissent personnellement pour que les Arts Plastiques conquièrent le cœur des mauritaniens. Les enfants, elle les adore parce que, dit-elle, ils sont réels. «Quand un enfant veut pleurer, il pleure. Il ne fait pas du cinéma. Lorsqu’il a faim, il le dit. Il ne va pas avoir ce complexe que les adultes ont pour montrer qu’ils vont bien. Les grandes personnes d’aujourd’hui portent des masques. Cela me gêne. Je n’aime pas porter les masques. Je n’aime pas l’hypocrisie », se dévoile-t-elle. Elle déteste aussi la concurrence qui engendre souvent la jalousie qui annihile à son tour toute évolution positive. 

La mort ne l’intrigue pas. «C’est le destin de chacun d’entre nous. Pourquoi m’attrister ? », se demande-t-elle. «Je suis un être qui veut vivre en paix, ses émotions, ses amours, ses passions sans avoir honte, sans mentir, sans être hypocrite, m’exprimer sans cacher les choses, sans tourner autour du pot… », éclaire-t-elle. Ce qui lui fait peur, au contraire, c’est le mariage. «Je suis une personne libre. Mes attitudes, ma façon de vivre ne s’adaptent pas facilement à n’importe quelle autre façon de vivre. J’ai peur de me mettre dans une cage », explique-t-elle. 

Le succès, la gloire ne l’intéressent pas. Ce qui l’intéresse, c’est de faire passer son message, celui de casser les frontières, de faire disparaître les méchancetés, de cesser de faire souffrir l’humanité. Elle n’aime pas qu’on lui fasse du mal. Elle ne supporte pas. Elle profite de la vie pour se consacrer aux enfants qu’elle initie aux Arts Plastiques, aux projets d’exposition, à son travail, à l’architecture, à la guitare…

Le temps, pour elle, est circonscrite. Conséquence : il lui arrive parfois de déprimer. Et, lorsque le temps le lui permet, elle se consacre à la lecture de ses œuvres favorites : «Les identités meurtrières » d’Amin Malouf, «Les sentences et proverbes de la sagesse chinoise » de Bernard Ducourant et enfin «Les morceaux choisis » de Mark Edouard Nabe…

Babacar Baye Ndiaye

|