( 21 septembre, 2008 )

Amal Dria, artiste-peintre

Un symbole et une incarnation de l’universalité !

Amal Dria ? On ne peut qu’être admiratif devant cette créature féminine d’origine marocaine aux yeux de chaton gris ! Elle a des atouts pour plaire et faire chavirer le cœur d’un mollah : la beauté, le physique, le sourire enchanteur et captivant, l’innocence dans les propos, le sex-appeal, l’intelligence, l’élocution…Bref, tout ce qu’un homme peut désirer chez une femme. Il n’y a pas que cela ! Elle est aussi un cordon bleu. Et, vous ne serez certainement pas vexé lorsqu’elle vous préparera du couscous marocain, de la soupe hariri, du riz avec de la viande…Derrière cette femme qui raffole beaucoup le mafé(mets à base d’arachide) pour son goût particulier se dissimule la silhouette d’une grande artiste peintre. Elle est restée, au fil des ans, sobre et surtout créative et naturelle dans ses productions. Ce qui fait qu’elle n’a jamais eu de modèles particuliers. «J’ai toujours préféré ma façon de faire les choses. Quant à imiter quelqu’un d’autre dans son travail ? Non. Je n’aimais pas », confie-t-elle. 

Presque la trentaine, Amal Dria symbolise incontestablement cette catégorie d’artistes qui se ferraillent pour panser «les identités meurtrières », casser les frontières physiques nées de l’imagination des hommes et surtout faire disparaître les «fiertés » communautaristes souvent sources de conflits. Pour s’épanouir et vivre en harmonie, dit-elle, l’être humain a besoin de paix, d’amour et surtout d’un travail décent. «On n’a pas besoin plus ! Essayons de vivre ensemble dans la paix et l’amour. Aimer soi-même et aussi les autres. Ne pas être égoïste, ni hypocrite ? », rappelle-t-elle devenant subitement prédicatrice.

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Les infortunes des descendants d’Adam et d’Eve, c’est d’avoir créé leurs propres armes de destruction. Pour autant, doivent-ils continuer à s’enliser davantage dans des situations de conflits qui vont engendrer leur perte et précipiter leur chute ? Amal Dria est écoeurée, dépitée…lorsqu’elle entend le discours glorifiant la supériorité d’une communauté ou d’une race sur une autre pour des raisons dues au rang social, à la couleur de la peau, à la croyance ou à la religion. «Cela déchire, crée des barrières et engendre des frustrations. Si je traite quelqu’un de n’importe quoi, cela peut créer une confrontation. On s’engueule. On prend les armes. On commence à s’entretuer. Et le sang commence à couler sur terre… », lâche-t-elle.

Comme toute autre forme d’expression artistique, les Arts Plastiques ont un rôle aussi : celui de décrire la réalité en brisant les tabous, en secouant les vieilles habitudes et si possible de rapprocher les peuples. «Il n’y a pas de différence entre le fait d’être un chinois, un africain, un français ou un américain. Nous sommes tous des êtres humains », dit-elle pour faire comprendre aux autres que les questions identitaires ne doivent plus avoir leur place dans un monde de métissage et des échanges culturels. Amal Dria est un capricorne. Et les capricornes, c’est des personnages qui savent bien ce qu’ils font. C’est des personnages qui ont en même temps les pieds sur terre. Sa référence : le Saint-Coran. Elle croit au Destin, à Dieu, à la religion et au Prophète Mohamed (PSL).  

Le destin ne tient à rien. A bas âge, elle chantait déjà. C’était sa passion en dehors de la natation. C’est en Mauritanie qu’elle découvre les Arts Plastiques à la suite de l’affectation de son père, un architecte. Ne piffant plus la solitude dans laquelle elle vivait, elle décide un jour de se rendre à la Maison des Artistes. Et là, elle commence à peindre. «Le premier tableau que j’avais fait, se remémore-t-elle encore, représentait un monsieur qui vit dans une coquille au fond de la mer complètement en rupture avec le monde extérieur. Au bord de la mer, il y avait des gens qui faisaient le thé ». Plutôt qu’une œuvre d’art, ce tableau représentait son état d’âme ! 

A ses débuts en Mauritanie, elle vécut des moments difficiles. Ne comprenant pas les gens ni dans leur façon de s’exprimer ni dans leur manière de voir les choses. Les Arts Plastiques vont l’extirper de son mal de vivre et de son enfermement. Subitement, elle sort de son isolement et reprend goût à la vie grâce à la peinture. «C’est elle qui m’a fait sortir de cette solitude absolue dans laquelle je vivais. Je me suis retrouvée dans un milieu que j’ai beaucoup aimé », avoue-t-elle. Entre elle et la peinture, c’était parti pour le début d’une véritable aventure. L’opposition de son père qui ne voulait pas qu’elle fasse profession artiste-peintre n’y fit rien. «J’ai tellement aimé que je n’ai pas pu m’en séparer », s’écrie-t-elle. La preuve, elle a été gérante dans un supermarché, dans un hôtel, caissière-contrôleuse à l’Hôtel Khalima. Mais, finalement, la passion pour la peinture l’emporta. Et elle eut la chance que les gens aimaient et achetaient ses tableaux.  

Certaines ruptures, surtout lorsqu’elles sont inopinées et brutales, font mal, très mal. Imaginez qu’on vous arrache, jeune, de votre lieu de naissance, du lieu où vous avez grandi, pour une destination inconnue. Que devriez-vous ressentir ? A part de la révulsion, de la peur de l’inconnu. Mais, pour Amal Dria, ce bouleversement, elle l’a vécu de manière positive et surtout avec beaucoup de philosophie. «La Mauritanie, au début, c’était un choc. Mais, après, j’ai tellement aimé. J’ai aimé le désert, les étoiles, la façon de vivre des poètes mauritaniens, cette magie qu’ils ont dans leur langage. C’est vraiment doux. J’aime la langue hassanya. Lorsque j’entends ‘machaa allah’, ‘inchaa allah’, ‘fatabaraka allah’…je suis tellement contente.  C’est divin ! C’est en liaison avec le Bon Dieu. C’est poétique et moi j’adore la poésie », avoue-t-elle avec beaucoup de sincérité.

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Ni fataliste, elle suit le cours de son destin. Heureuse, elle l’est en dépit de certaines difficultés de la vie. De son père, elle a reçu une forte éducation basée sur le respect de l’autre. De lui aussi, elle comprit l’importance de la liberté d’expression. D’un esprit indépendant, elle n’est pas du genre à se laisser malmener. Elle n’a pas froid aux yeux de vous opposer un niet catégorique. Au lycée des Jeunes Filles de Nouakchott, elle refusa de porter le voile. «Je vous accepte comme vous êtes et vous m’acceptez comme je suis », avait-elle lancé aux responsables du Lycée. On lui refusa de passer le bac, par ricochet, de décrocher son diplôme. Elle déféra à l’obligation de porter le voile. «Je ne porte pas le voile. Il n’y a personne qui peut m’arracher ma liberté », répond-elle.  

Pour elle, le fait d’être de culture arabo-musulmane qui lui impose le port du voile ne change en rien sa liberté d’être, de faire et de penser. «Le coran, il faut bien le comprendre. Les gens sont en train de commettre des fautes graves. Ils sont en train d’expliquer les choses différemment de la réalité. Ce n’est pas bien. Chacun d’entre nous, lorsqu’il lit le Coran, le livre saint, doit chercher la réalité profonde et pas superficielle. Le Bon Dieu nous a créés libres », estime-t-elle. 

Amal Dria n’est pas une enfant de la balle. Elle adore chanter surtout lorsqu’elle fait la cuisine. «Je chante des choses que je sente vraiment en moi, des choses réelles », glousse-t-elle. «Quand je chante, je vis mes émotions, mes sentiments. Je suis moi-même ». Elle compte faire carrière dans la musique. D’ailleurs, elle a commencé à apprendre comment jouer avec la guitare. Elle apprécie Momar Kane du groupe toulousain «Afrodream » pour sa philosophie, Malouma, sa manière de chanter, de vivre la chanson lorsqu’elle chante et enfin, Domi Blanc Bec, son âme sœur. En ce dernier, il adore sa façon de voir les choses, sa liberté et son respect envers l’autre. De même qu’Oumou Kelthoum, la grande diva égyptienne. Avec Domi Blanc Bec, ils préparent un projet de chanter dans le même morceau.  

Dans un monde caractérisé par la peur, le chaos permanent, il faut casser les frontières, pense-t-elle, cesser les guerres, vivre en harmonie et en paix avec les peuples. «C’est très simple. Mais, les gens compliquent les choses », croit-elle. Lorsqu’elle voit des peuples qui se déchirent, elle est éberluée et choquée. La situation en Palestine, en Irak, en Somalie… «C’est vraiment malheureux », pense-t-elle. Et à ceux qui assimilent l’Islam au terrorisme, elle est sans équivoque. «Il ne faut pas mêler l’Islam à ces choses-là. C’est des comptes personnels. Chacun utilise la religion comme il veut pour atteindre un but bien déterminé dans sa tête », lâche-t-elle. Le sort des femmes la turlupine aussi. Et, malheureusement, pour elle, qu’elle n’a pas de baguette magique pour améliorer leurs conditions de vie. «Mais, je vais y participer », promet-elle. 

En attendant, elle continue à donner bénévolement des cours d’Arts Plastiques aux enfants rien que pour faire aimer cette activité artistique. Avec passion et désintéressement ! Elle fait partie de ceux qui s’investissent personnellement pour que les Arts Plastiques conquièrent le cœur des mauritaniens. Les enfants, elle les adore parce que, dit-elle, ils sont réels. «Quand un enfant veut pleurer, il pleure. Il ne fait pas du cinéma. Lorsqu’il a faim, il le dit. Il ne va pas avoir ce complexe que les adultes ont pour montrer qu’ils vont bien. Les grandes personnes d’aujourd’hui portent des masques. Cela me gêne. Je n’aime pas porter les masques. Je n’aime pas l’hypocrisie », se dévoile-t-elle. Elle déteste aussi la concurrence qui engendre souvent la jalousie qui annihile à son tour toute évolution positive. 

La mort ne l’intrigue pas. «C’est le destin de chacun d’entre nous. Pourquoi m’attrister ? », se demande-t-elle. «Je suis un être qui veut vivre en paix, ses émotions, ses amours, ses passions sans avoir honte, sans mentir, sans être hypocrite, m’exprimer sans cacher les choses, sans tourner autour du pot… », éclaire-t-elle. Ce qui lui fait peur, au contraire, c’est le mariage. «Je suis une personne libre. Mes attitudes, ma façon de vivre ne s’adaptent pas facilement à n’importe quelle autre façon de vivre. J’ai peur de me mettre dans une cage », explique-t-elle. 

Le succès, la gloire ne l’intéressent pas. Ce qui l’intéresse, c’est de faire passer son message, celui de casser les frontières, de faire disparaître les méchancetés, de cesser de faire souffrir l’humanité. Elle n’aime pas qu’on lui fasse du mal. Elle ne supporte pas. Elle profite de la vie pour se consacrer aux enfants qu’elle initie aux Arts Plastiques, aux projets d’exposition, à son travail, à l’architecture, à la guitare…

Le temps, pour elle, est circonscrite. Conséquence : il lui arrive parfois de déprimer. Et, lorsque le temps le lui permet, elle se consacre à la lecture de ses œuvres favorites : «Les identités meurtrières » d’Amin Malouf, «Les sentences et proverbes de la sagesse chinoise » de Bernard Ducourant et enfin «Les morceaux choisis » de Mark Edouard Nabe…

Babacar Baye Ndiaye

6 Commentaires à “ Amal Dria, artiste-peintre ” »

  1. MOHAMED TALEB dit :

    Je pense que c’est excellent qu’une créature pareille puisse aimer la mauritanie dans sa diversité culturelle et artistique..
    je lui conseille d’apprécier à sa juste valeur la liberté, la simplicité des gens, toute la beauté du desert etc…..
    Je lui souhaite plein succés et du courage …..

  2. jimmy derwichoo dit :

    je suis fiere de connaitre une personne comme amel dria qui respect l’art

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    verdadeiramente informativo. Eu sou ia cuidado para Bruxelas.
    I’ll apreciar se você continuar esta futuramente. Muitos serão beneficiados de sua escrita.
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