• Accueil
  • > CHRONIQUE
  • > Fronde des députés: Signe d’une nouvelle ère démocratique ou fin de règne?
( 21 septembre, 2008 )

Fronde des députés: Signe d’une nouvelle ère démocratique ou fin de règne?

Les députés frondeurs reprochent à Yahya Ahmed Ould Waghef qui est un pur produit du régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya d’avoir associé «des symboles de la gabegie » à son gouvernement d’ouverture politique formé le 11 mai dernier.

Dans ce pays, qui ose lever la main- du moins pour ceux qui furent partie de l’ancien régime autocratique- et jurer à la face des mauritaniens qu’il ne fait pas partie de ces «symboles de la gabegie » adulés hier et diabolisés aujourd’hui. Parce que les temps ont changé qu’on peut se permettre de défendre une certaine moralité de la République et de ses valeurs constitutionnelles. 

Lorsqu’on entend les propos de certains sur cette crise politique, on ne peut s’empêcher de laisser échapper un sourire. Que ceux-là qui sont à l’origine de cette crise politique veuillent que les choses changent, c’est fort bien. Mais, s’ils le font pour des raisons dictées par des intentions purement matérielles ou autre que ce soit qui ne va pas dans l’intérêt des populations mauritaniennes, ils auraient perdu leur peine même s’ils ont réussi à ébranler viscéralement la République. 

Si, aujourd’hui, la Mauritanie connaît une crise politique sans précédent, depuis les indépendances à nos jours, c’est en grande partie la faute au Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui s’est encanaillé avec une bande de papelards, de profiteurs à controverse et sans vergogne. Leur avidité du pouvoir est connue. Ils changent de figure lorsque leurs intérêts sont menacés. C’est là où ils peuvent devenir dangereux, ignobles et venimeux.

Comment peut-on oublier que c’est cette bande qui a accompagné, pendant plus de 20 ans, le pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed  Taya qui a mené le pays à mauvais port d’où sa chute du 3 août 2005 ? 

On n’a pas de moralité politique, de leçons de bonne gestion économique à recevoir de la part de cette bande versatile à outrance. C’est cette bande encore qui a osé réclamer, sans honte et gêne, le retour de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, au cours d’un débat. 

C’est tout simplement aberrant ! Alors que les passifs de son pouvoir ne connaissent pas toujours un règlement définitif, on se permet de demander le retour de ce Président autocratique qui ne mérite que d’être pris par le collet et traduit en justice. Leurs mains ne sont pas aussi propres comme ils le prétendent. Puisqu’ils ont tous, sans exception,  volé l’argent du contribuable. Et cela, pendant plus de 20 ans !  

Le pessimisme pathologique de certains mauritaniens se comprend. Avec cet argent volé, on a construit de belles villas. L’actuel siège du Pacte National pour le Développement et la Démocratie n’est-il pas une preuve flagrante de ces «symboles de la gabegie ». Cette maison qui appartient à l’une des filles de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya n’est-il pas non plus une preuve vivante que ce dernier a passé tout son temps à s’enrichir et à enrichir ses acolytes ? 

Combien de sommes d’argent ont été détournées par nos ministres, nos députés, nos maires et nos gouverneurs qui ont accompagné le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed. On prête même à cette bande de frondeurs d’avoir des affinités avec Ely Ould Mohamed Vall.

D’ailleurs, ils ne s’en dérobent guère. Maouiya et Ely sont comme deux gouttes d’eau sauf que ce dernier a eu l’intelligence de remettre le pouvoir aux mains des civils. Ce dernier, un colonel de surcroît, est actionnaire dans de nombreuses sociétés de la place et possèdent de nombreux biens immobiliers. Aucun ancien chef d’Etat comme lui ne bénéficie d’une garde rapprochée aussi impressionnante. C’est uniquement en Mauritanie qu’on peut voir cela. Tous les moyens sont parfaits pour s’enrichir illégalement avec toujours l’appui de «vieux loups» toujours à l’affût de liasses d’argent. 

Cette clique qui a soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi durant sa campagne présidentielle de février-mars 2007 jusqu’à son élection à la tête de la magistrature suprême est en train de dérouler son rouleau compresseur autour de lui ! Le fauteuil présidentiel qu’occupe Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi semble vaciller et tout dépend de la tournure que vont prendre les événements à venir.

Toute la cacophonie des députés frondeurs vise implicitement à pousser le président de la république à rendre le tablier. Ainsi donc, on organisera des élections anticipées auxquelles participera Ely Ould Mohamed Vall. Et, tout dépend visiblement de ce que sera la coloration du futur gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef. 

Pour certains, d’ailleurs, les Roumouz El Vessad avaient soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, non pas pour son programme politique, contre lequel ils s’élèvent aujourd’hui, mais parce que les militaires, après les avoir transformés en indépendants, le leur avaient demandé  pour leurs intérêts. Actuellement, le président de la République est en train de le payer cher. Il vient de comprendre assez tardivement qu’il avait affaire à une bande de mesquins téléguidés par qui vous savez. 

Il n’y pas de doute que Yahya Ahmed Ould Waghef bénéficie, jusqu’à preuve du contraire, de la confiance de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui l’a reconduit ipso facto, après avoir rendu le tablier sous la pression d’une vingtaine de députés qui menaçaient de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Ould Waghef.

Le président de la république est pris entre l’enclume des députés frondeurs et le marteau des généraux. D’une part, il sera tenté de contenter les députés fondeurs qui ont eu la malignité d’avancer un argument convaincant devant les mauritaniens et osant défier les choix de Ould Waghef.

D’autre part, ne voulant pas se débarrasser de celui qui fut le Secrétaire Général de la Présidence de la République, il essayera d’imposer sa volonté pour tirer Ould Waghef des mailles de ses opposants de même camp qui réclamait sa tête sauvée de justesse par le président de la république qui l’a reconduit au poste de Premier ministre. 

Les contours de la crise actuelle que traverse la Mauritanie montrent qu’on est loin de connaître une fin dont dépend en grande partie la composition du futur gouvernement. Car, ce gouvernement va prendre en considération les récriminations des députés frondeurs. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ould Waghef se retrouvent dans une posture très délicate.

C’est ce qui explique certainement le retard accusé jusqu’à présent dans la formation du nouveau gouvernement. Après une semaine tumultueuse marquée par la fronde des députés issus du Pacte National pour le Développement et la Démocratie(PNDD) menaçant de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef et le discours du 2 juillet du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi intimidant de dissoudre l’Assemblée Nationale si les députés réclamant la tête du Premier ministre s’aventuraient à déposer la motion de censure sur le bureau de l’Assemblée Nationale, on vit la désescalade. 

Quant à Ould Waghef, il semble tenir bon sans désemparer. Mais jusqu’à quand ? La tension et la pression sont toujours vives et visibles. Les députés sont toujours aux aguets et attendent de voir la future composition du Gouvernement pour dégouliner de nouveau leur désapprobation et leur état d’âme sur la place publique.

Osons espérer que cette fois-ci, Yahya Ahmed Ould Waghef ne leur donnera pas cette opportunité à décocher des flèches envers son gouvernement. Certainement, qu’il est sorti de cette situation mature et consciente de l’immense espoir qui pèse sur ses épaules. Certainement aussi, qu’il ne décevra pas non plus les mauritaniens en reprenant des «symboles de la gabegie » qui sont à l’origine de cette crise politique jamais connue par la Mauritanie. 

Babacar Baye NDiaye 

Pas de commentaires à “ Fronde des députés: Signe d’une nouvelle ère démocratique ou fin de règne? ” »

Fil RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

|