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( 29 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Gutenberg n’a pas attendu le développement du marché du livre pour inventer l’imprimerie » Nicole Notat

J’aime voyager : découvrir la manière de vivre des populations de l’intérieur du pays, loin des tracas de la vie urbaine comme celle de Nouakchott, une ville qui pervertit nos mœurs et nos esprits. Et, sur ce point, nous avons beaucoup à apprendre des populations de l’intérieur qui se singularisent par leur modestie dans tous les sens du terme.  

C’est toujours pour moi une délectation de voyager à l’intérieur du pays à chaque fois que l’occasion se présente. Une occasion de voyage ne se refuse pas. C’est comme un cadeau offert par une amie. Ça ne se refuse pas ! 

Donc, ce jeudi 23 Octobre, j’ai embarqué, à défaut de trouver une « mercédes », à bord d’un autocar qu’on appelle communément « car » en destination de Dioudé Dièry.  Le voyage se fit en nuit. Outre que cela est plus stressant, j’aime naturellement voyager pendant la nuit : sentir l’air frais glisser dans mes narines. Le temps de faire des réflexions sur la vie, sur la situation actuelle du pays. 

Pendant, ce temps-là, ceux avec qui je voyageais (deux grandes femmes allaitant leur progéniture et trois hommes) roupillaient profondément chacun dans son petit coin. A travers ce voyage, j’ai encore réalisé combien nous étions en retard sur le plan infrastructurel, sur la perception de l’évolution de ce monde qui file pareil à un TGV. Mais, aussi, combien nous étions rétrogrades.  

La Mauritanie, contrairement à ce que pensent certains, n’est pas un pays de paradoxes. Bien au contraire, c’est ceux qui la dirigent et qui incarnent la puissance publique qui sont des hommes de paradoxes. Je me suis toujours posé des questions sans pour autant y apporter des réponses. J’en concluais que la faute venait de nos responsables politiques et militaires qui ont dirigé ce pays pendant un demi-siècle. 

Concrètement, qu’est-ce que nous avons fait pour aider ce cultivateur qui n’arrive pas à écouler sur le marché national sa récolte de melon qu’il voit pourrir sous le soleil ? Qu’est-ce qu’on a fait pour ce village du Hodh El Chargui où la population manque terriblement de l’eau potable et qui est astreinte hélas de boire de l’eau des étangs ? Qu’est-ce que nous avons fait aussi pour cet autre village du Guimakha où les femmes enceintes n’ont pas la possibilité de se faire suivre médicalement faute de poste de santé ?  

Qu’est-ce que nous avons fait pour cette fillette en âge d’aller à l’école mais qui se voit ainsi privée de son droit le plus absolu parce que tout simplement dans son village il n’y a pas d’école ? Qu’est-ce que nous avons fait en termes de réduction de lutte contre le paludisme pour réduire à 50% le nombre de décès ? Qu’est-ce que notre pays, sans pour autant nier certains acquis, a entrepris en termes de réformes institutionnelles, de justice, de lutte contre la corruption, le terrorisme, la pauvreté et de protection des droits de l’Homme ?  

C’est parfois révulsant ! Nous passons tout notre temps à vétiller, à leurrer les populations et à les miroiter des mirages que nous ne tenons jamais. Nous n’avons jamais utilisé à bon escient l’aide publique que nous recevons pour l’investir sur la population. Cette politique politicienne ne mène nulle part à part un jour vers le ras-le-bol ou la révolte.  

On ne peut pas construire un pays comme la Mauritanie sur des mensonges, sur des injustices et le favoritisme. Cette manière de gouverner, nous en avons beaucoup souffert, pendant un quart de siècle marqué par des violations massives des droits de l’Homme, par des dérives autoritaires, par une situation économique et sociale inquiétante…Et regardez où en sommes-nous arrivés aujourd’hui : un climat d’incertitude et de suspicion plane au-dessus de nos têtes. 

Depuis 48 ans, le discours politique est resté le même. Le Président qui passe plagie le précédent, utilise la même procédure, fait du réchauffé, essaie de parler comme lui. C’est un des avatars de nos hommes politiques qui manquent de nature et d’originalité. Quand est-ce qu’on aura des hommes politiques de la trempe de Barack Obama capable de faire rêver le peuple mauritanien qui est en train de vivre les pires convulsions de sa vie ? 

La santé, l’éducation, les réformes, le transport, la réduction du train de vie de l’Etat, la sécurité sociale, l’assurance-maladie, la rareté de l’eau, la lutte contre la dépendance extérieure, l’autosuffisance alimentaire…Voilà les vraies questions sur lesquelles nous devons nous pencher et auxquelles nous devons trouver, très rapidement, des réponses diligentes si nous voulons rattraper le peloton des pays émergents ou se faire respecter.  

L’intérêt de la Mauritanie a toujours été pris en otage par des hommes politiques, des hommes d’affaires et des officiers, sans vergogne et sans scrupule, dont le seul souci est de se faire de l’argent, de construire de belles villas, d’avoir des épiceries partout à Nouakchott, de vivre dans la félicité au grand mépris du peuple mauritanien.  

La Mauritanie se circonscrit uniquement à Nouakchott. Il suffit de se rendre à l’intérieur du pays pour en savoir quelque chose. On a perdu trop de temps à trouver une sortie à cette crise née du coup d’Etat du 6 août 2008. Allons, passons à autre chose pour le bonheur de tout le monde ! Sidi ou Aziz, qu’importe ! L’un ou l’autre nous est égal. L’essentiel qu’il soit capable de susciter en nous l’espoir. Mettons-nous au travail : le reste n’est que perte de temps.

Babacar Baye Ndiaye

( 29 octobre, 2008 )

M’bouh Séta Diagana: »La littérature mauritanienne ne devrait souffrir d’aucun complexe »

 

M’bout Séta Diagana, professeur de littérature à l’Université de Nouakchott, vient de publier aux éditions Harmattan son premier livre « Eléments de la littérature mauritanienne de langue française ». La présentation de ce livre a eu lieu au Centre Culturel Français de Nouakchott, ce mardi 28 Octobre. De la poésie engagée au roman en passant par la poésie du dialogue et le théâtre, il aborde tous ces différents genres de la littérature mauritanienne d’expression française. 

 

Sur la quinzaine de romans qu’il a étudiés, la thématique de l’esclavage occupe une place prépondérante dans la littérature mauritanienne d’expression française. Dans une large mesure, nos auteurs abordent, sans tabous et sans détours, sous différents angles cette question. 

 

Même si les raisons restent inconnues, toujours est-il que, de Tène Youssouf Guèye à Mbareck Ould Beyrouk en passant par Ould Yacoub, cette question est posée. »Quelque soit la communauté dont on est issu, tout le monde (en) parle parois de façon très passionnée qui frise la polémique ou souvent de manière ironique et très sarcastique », a noté M’bouh Séta Diagana en étudiant la littérature mauritanienne d’expression française. 

 

Son travail a essentiellement porté sur la littérature de fiction et non sur des récits documentaires comme par exemple « L’enfer d’Inal » ou « J’étais à Oualata »… »C’est des ouvrages qui ne rentrent pas dans la littérature proprement dite… », pense-t-il. »Je suis très orthodoxe. Je reste fidèle à ce que mes maîtres m’aient appris. C’est la seule raison pour laquelle, je n’ai pas étudié ces textes. Mais, cela n’enlève en rien, bien sûr, leur qualité », reconnaît-il.

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La littérature mauritanienne d’expression française est une littérature encore mineure. »Mais, force est de constater qu’elle ne devrait souffrir d’aucun complexe par rapport à toutes ces littératures nationales », soutient-il en citant l’exemple des dramaturges mauritaniens à l’image de Moussa Diagana dont l’œuvre « La légende de Ouagadougou » a été porté devant l’écran par un cinéaste burkinabé. 

 

« La littérature mauritanienne a de beaux jours devant elle si et seulement si, certaines contraintes sont levées », tempère-t-il. Et, pour éviter que la littérature mauritanienne ne devienne pas l’apanage de quelques rares spécialistes, il a préconisé que certains soient levés : les problèmes d’ordre matériel, les problèmes d’édition, la faible circulation des œuvres qui ne sont pas souvent accessibles à toutes les bourses, le peu d’appui à encourager les auteurs à éditer leurs œuvres et surtout inscrire la littérature mauritanienne au programme dans les écoles… 

 

Lorsqu’on étudie la littérature mauritanienne de manière générale, on se demande toujours dans quelle tendance faut-il la situer ? Négro-africaine ou maghrébine ? « C’est une richesse et une chance d’avoir dans un pays deux littératures côte à côte. Cela peut créer une certaine émulation si et seulement si ces deux littératures ne se regardent pas en chiens de faïence. C’est-à-dire, il faut qu’il y ait une sorte de complémentarité plutôt qu’une sorte de contradiction », défend-il en citant l’exemple du Maroc, de l’Algérie ou de la Tunisie où il y a deux littératures. 

 

« La littérature mauritanienne a la chance d’être un trait d’union, sans aucune considération politique, entre la littérature négro-africaine et la littérature maghrébine », souligne-t-il en se basant sur les textes fondateurs de la littérature mauritanienne. 

 

Face à une littérature en mal de reconnaissance, M’bouh Séta Diagana a préconisé, au cours de sa conférence sur la littérature mauritanienne, qu’on donne les moyens à ses auteurs de pouvoir publier et surtout qu’on leur facilite l’édition. »Il y a beaucoup de mauritaniens qui écrivent mais peu d’entre eux publient », regrette-t-il. 

 

Dans son livre aussi, il a abordé les raisons qui empêchent l’émergence véritable d’une littérature mauritanienne d’expression française. Parmi celles-ci, il a avancé les différentes réformes scolaires que la Mauritanie a connues depuis l’indépendance à nos jours. 

 

Babacar Baye Ndiaye

( 26 octobre, 2008 )

Heurts entre habitants et forces de l’ordre : Un bain de sang a plané sur Dioudé Dièry

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Dioudé Dièry est un trou perdu, à presque 2 kilomètres de Bababé, une des quatre Moughataas de la Wilaya du Brakna. Cette partie de la Mauritanie est connue pour sa verdure et ses terres fertiles. D’où la convoitise de toutes sortes d’ambitieux (hommes ou autres).

Dans cette zone, les affrontements entre éleveurs, agriculteurs ou populations et forces de l’ordre sont fréquents. C’est l’un des problèmes auxquels font face presque quotidiennement les autorités locales, souvent prises entre l’enclume des populations autochtones en grande partie agriculteurs et le marteau des éleveurs.  

Souvent dépassées par la complexité des événements, les autorités locales tentent cahin caha d’engager des discussions, après plusieurs heures, avec les parties en conflit, dans le but de trouver les voies et moyens pour mettre fin à ces affrontements. Les autorités locales qui mesurent l’ampleur de ces rivalités récurrentes butent parfois, malgré leur force de dissuasion, sur l’intransigeance de certaines populations.

Ce jeudi 23 octobre, Dioudé Dièry a vécu une journée chaude qui restera vivace dans la mémoire des habitants de ce village de moins de 500 âmes réputé être un havre de paix. A partir d’un incident, ce village s’est presque transformé en champ de bataille entre les habitants et les forces de l’ordre.

D’après les informations, ce qui s’est passé à Dioudé Dièry est un précédent. A l’origine de ce problème : quelques soixante-dix bovins ont dévasté leurs champs. C’est ainsi que les habitants de Dioudé Dièry décidèrent de garder le troupeau. Informés, les propriétaires alertent la police.

Aussitôt, le Commissaire de police de Bababé, Mohamed Ould Ahmed Damou, accompagné de 14 éléments, débarquent sur les lieux et tentent, selon les témoignages des villageois, de libérer par la force, une partie du bétail qui appartient à la tribu « Idelik ». Ceci dégénéra en affrontements entre les populations et les forces de l’ordre.   

Au lendemain des heurts entre les forces de l’ordre et les habitants de Dioudé Dièry, la tension était retombée fort heureusement. Cependant, l’amertume et le remords se lisaient encore sur les visages des habitants. « Nous n’avons jamais eu de problèmes avec les forces de l’ordre qui représentent l’Etat mauritanien », défend le chef de village, Diaw Oumar Moussa. »L’Etat nous avait aidés à acheter des barbelés pour clôturer nos champs. Cela n’a pas empêché le bétail de venir paître jusque dans nos champs, pendant la nuit », déplore ce septuagénaire, la canne à la main.     

En outre, profitant de l’occasion, il n’y est pas allé par quatre chemins pour fustiger l’attitude des autorités locales de la Moughataa de Bababé qu’il accuse d’avoir accordé, sans leur avis ni leur autorisation, leur domaine ancestral qui s’étend à perte de vue. Voilà plus de 5 ans que cela dure, qu’ils assistent impuissants au lotissement de leurs terres.   

D’ailleurs, ils ont adressé de nombreuses lettres de protestation aux autorités locales pour leur signifier leur mécontentement et leur désapprobation. Mais, à chaque fois, leurs doléances sont classées sans suite. « On a achevé tous les moyens de recours légaux sans avoir toujours aucun gain de cause », nous renseigne un habitant du village.   

Leur domaine ancestral, considèrent-ils, est devenu un gâteau à partager. Pour nous convaincre de cet état de fait, deux jeunes du village sont mandatés par les notables, en réunion pour décider de la suite à donner à leurs différends qui leur opposent aux propriétaires du bétail, pour nous montrer les périmètres de terrains déjà lotissés, à quelques mètres seulement de la route reliant Boghé à Bababé. Arrivés sur les lieux, l’un des deux jeunes lance : »Il y a quelques années, cet espace était cultivable. Mais, pour permettre aux ruminants de pouvoir accéder directement au fleuve, nous avons décidé de ne pas y construire ou y habiter… ».   

Tout cet espace attenant au cimetière du village Dioudé Dièry est aujourd’hui entièrement loti. D’ailleurs, on peut lire sur des écriteaux affichés sur certains périmètres le nom des nouveaux propriétaires. « D’ici 5 ans, où est-ce que nous allons enterrer nos morts… », s’interroge-t-il visiblement impuissant face à cette frénésie de lotissements en considérant cela comme une invasion qui ne dit pas son nom.   

« Je comprends qu’ils demandent à bénéficier d’un lotissement. Mais, je ne comprends pas qu’ils disent que c’est leur domaine », avance le hakem de Bababé, Ahmed Miské Ould Mohamed. »Pour être exproprié, il faut être d’abord propriétaire. En plus, les textes sont clairs : la terre appartient à l’Etat », rappelle-t-il.    Dépossédés de leurs terres, les habitants de Dioudé Dièry s’en remettent maintenant au Ciel par résignation. Les élus locaux de
la Moughataa de Bababé ont toujours été saisis de cette affaire mais ont toujours brillé par leur absence et leur laxisme dans ce genre de problème. 
  

Du côté de la mairie de Bababé dont dépend administrativement Dioudé Dièry, on reconnaît de fait la complexité de ce qui s’est passé dans cette localité. Dioudé Dièry n’est que la partie visible de l’iceberg. Mais, ici, au niveau de la mairie de Bababé, on préfère plutôt user de la langue de bois en classant cela dans le registre des « incidents récurrents » que vit la Moughataa. 

« Mais, si, ce n’est pas résolu à temps, dans des conditions sereines, cela risque de dégénérer », prévient la première adjointe de la mairie de Bababé, madame Hafsa Abdoulaye Bâ qui n’a pas manqué de manifester ses craintes par rapport à l’amplification de ce phénomène au niveau de la wilaya du Brakna, après les récents évènements dans sa municipalité.   

Quant au commissaire de Bababé, Mohamed Ould Ahmed Damou, accusé par les habitants de Dioudé Dièry d’avoir pris parti en faveur des éleveurs de la tribu « Idelik », a balayé d’un revers de la main toutes les accusations portées à son égard. Au début, un peu réticent au sujet de notre intention de l’entendre dans cette affaire, il accepte de nous recevoir chez lui. 

Toutefois, il reconnaît lui-même avoir utilisé des balles réelles. « Nous n’allons pas baisser les bras jusqu’à ce que nous soyons lynchés… », se justifie-t-il en faisant savoir qu’il était dans une position de légitime défense tout en précisant qu’il a procédé à des tirs de sommation.   

Car, souligne-t-il, les habitants de Dioudé Dièry étaient armés de cailloux, de gourdins, de haches…pour faire face aux éléments de la police venus libérer le bétail gardé depuis plus de 72 heures. Il y eut dans la foulée des tirs de grenades lacrymogènes. Ce qui a fait dire aux habitants que Dioudé Dièry était transformé en champ de bataille. 

Informé de cette situation où heureusement il n’y a pas eu de blessés, le Hakem de Bababé a dépêché illico presto le commandant de la brigade de gendarmerie de Bababé, Mahfouz Ould Hussein à Dioudé Dièry, pour tenter une médiation entre les habitants du village et les propriétaires des bovins. Grâce à lui, on a pu libérer le bétail et éviter le pire.   

Du côté des habitants de Dioudé Dièry, on accuse le commissaire de Bababé d’avoir voulu user de la force sans pour autant discuter avec eux. En un clin d’œil, ceci a provoqué l’ire des habitants du village. 

Toujours est-il que c’est à l’arrivée du commandant que le bétail a été libéré. C’est ainsi qu’il prit contact avec trois responsables du village (Borom Thiam, Diop Alioune et Sy Mamadou Samba) et les propriétaires des bovins.   

Pendant 5 tours d’horloge, à la préfecture de Bababé, devant le hakem, le commissaire et le commandant de la brigade de la gendarmerie, les deux parties vont parvenir à trouver un terrain d’entente c’est-à-dire un arrangement écrit, après d’âpres discussions. C’est ainsi qu’on décida que les habitants doivent libérer le bétail et en contrepartie ils seront dédommagés en conformité avec l’ampleur des dégâts constatés sur les champs dévastés. Les éleveurs se sont engagés à payer 35.000 UM. 

Ce travail d’inventaire a été fait par une commission composée d’un représentant de la mairie de Bababé, d’un conseiller des droits de l’homme, de l’inspecteur du ministère de l’élevage et de l’agriculture et du commissaire de police. C’est cette commission qui évalue les dégâts causés par le bétail sur les champs et les dégâts causés aussi sur le bétail.  

Le représentant du ministère de l’agriculture et de l’élevage, Monsieur Aliou Bâ, absent de Bababé, nous a confirmé, joint au téléphone, que les champs ont été bel et bien dévastés. Toutefois, il a révélé qu’il ne pouvait pas dire avec exactitude si c’était ces mêmes bovins qui en étaient l’origine. 

Le hakem de Bababé, Ahmed Miské Ould Mohamed, tout en reconnaissant la complexité de ce problème qui interpelle tout le monde, a fait savoir qu’il n’y avait pas de raison de fouetter un chat, car dit-il, c’est un problème banal.   

En décidant de confiner les bovins dans un enclos, souligne-t-il, les habitants de Dioudé Dièry ont commis l’imprudence de ne pas en informer la commune de Bababé qui est leur premier interlocuteur direct. 

En plus, toujours lui, ils n’ont pas le droit de garder du bétail qui a dévasté leurs champs pendant plus de 72 heures et qu’aussi la réglementation ne prévoit pas des fourrières villageoises. Et,  comme l’Etat mauritanien ne dispose pas assez de moyens pour ouvrir dans les villages ou campements des fourrières, il a été prévu qu’en pareil cas, la responsabilité incombe à la commune (ici Bababé) qui dispose d’une fourrière municipale.    Ce problème pouvait être facilement réglé si les deux parties s’étaient conformées aux dispositions prévues en cas de litiges entre éleveurs et agriculteurs. Hélas, la majorité d’entre eux ignorent la plupart du temps le contenu des dispositions qui régissent leurs rapports. 

Finalement, tout est rentré dans l’ordre. Fort heureusement ! 

De notre envoyé spécial sur les lieux 

Babacar Baye Ndiaye

( 26 octobre, 2008 )

Zeinebou Mint Chiaa, artiste peintre : Pour sa première exposition au CCF, elle a séduit le public

Quand une beauté, comme Zeinebou Mint Chiaa, expose dans un lieu comme le Centre Culturel Français de Nouakchott, c’est la grande affluence. Cerise sur le gâteau, des ambassadeurs comme ceux de la République Française et du Soudan, ont fait le déplacement pour apprécier le travail de génie de Zeinebou Mint Chiaa. Ses œuvres picturales sont à son image, captivante et séduisante. 

Zeinebou Mint Chiaa a fait ses premiers pas à la Maison des Artistes de Nouakchott où elle a eu la chance de côtoyer, durant deux ans, de grands noms de la peinture mauritanienne comme Mokhis. Dans ses tableaux, elle utilise différentes techniques comme par exemple le collage, la peinture à l’eau, la peinture à l’huile, le sable, les pigments. Ses mosaïques riches en couleurs et en formes sont bien inspirées et découpées.  

Les 20% des ventes de ses tableaux, au nombre de 32, seront destinés au soutien des enfants en difficultés. « C’est une bonne volonté à saluer et à encourager. Les enfants méritent plus d’attention de notre part. Ils méritent d’être encadrés pour qu’ils s’épanouissent et deviennent aptes à participer à l’édification de notre pays… », a estimé Amar Ould Rajel, Secrétaire Général de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie et maître d’œuvre du vernissage.  

Le sort des enfants mauritaniens en difficultés a toujours préoccupé Zeinebou Mint Chiaa qui vient d’atteindre ses 22 ans. C’est une manière pour elle, dit-elle, de contribuer à l’amélioration des conditions de vie et d’existence des enfants et de participer au développement social de la Mauritanie.  

Chaque artiste a ses particularités, ses richesses en matière d’art et son propre style, très particulier. Pour cette artiste de vocation qui s’intéresse à la peinture depuis son jeune âge, elle n’est pas venue bousculer les hiérarques de la peinture mauritanienne. Elle vient, avec une singularité remarquable, enrichir le milieu de la peinture mauritanienne en mal de reconnaissance.  

Zeinebou Mint Chiaa excelle dans l’art décoratif, un domaine assez peu développé en Mauritanie. Malgré son jeune âge, elle se distingue déjà par son expression artistique très remarquable. Sa touche artistique caractérisée par des mosaïques décoratives en miniatures ajoute un intérêt particulier à son travail. Pratiquement, elle est présentement la seule artiste peintre mauritanienne qui a un art qui lui est désormais spécifique : l’art décoratif.

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Le talent de cette artiste en herbe est un présage de bon augure. « C’est une artiste pleine de talent. Elle pourra éventuellement représenter la Mauritanie dans les manifestations artistiques à l’échelle internationale… »commente un visiteur, visiblement ébloui par le travail de Zeinebou Mint Chiaa. »C’est une exposition très réussie », lâche, dans une euphorie, Fatma Mint Taky, mère de Zeinebou Mint Chiaa, venue uniquement  contempler le travail de sa fille.  

Même les connaisseurs de l’art ont été agréablement surpris par le travail de Zeinebou Mint Chiaa qui est désormais entrée dans le panthéon des filles qui ont fait de la peinture une vocation. « On n’a pas encore de grands artistes en Mauritanie. Mais, il y a un commencement extraordinaire. Quand je vois que c’est des femmes, je suis plus surpris et plus content », avoue monsieur Kane Mamadou Hadiya, directeur du musée national de Nouakchott. « Cela mérite une aide de la part de tous, en premier lieu, de nous d’abord, les autorités culturelles et des médias aussi. La peinture : c’est comme la littérature. Elle ne peut pas se développer sans la critique. Or, on n’a pas de critiques en peinture (…) Il faut que le public mauritanien s’habitue à ce genre d’expression (la peinture), à l’aimer pour pouvoir la déchiffrer… », lance-t-il. 

Son exposition de ce mardi 21 Octobre est le résultat d’un travail de deux ans. Ses tableaux de peinture bien élaborés ont fait dire à certains connaisseurs de l’art que Zeinebou Mint Chiaa est une future icône de la peinture mauritanienne. Elle aborde dans ses tableaux des thématiques universelles comme la paix, la liberté, la mort, l’existence, l’absurdité de la vie, les bouleversements du monde…De « la vieille époque » à la « Vie nomade » en passant par « la plage sauvage », « la triste époque » et « les mystères de la mer », Zeinebou Mint Chiaa nous invite à fracasser certaines convenances comme à l’image du « musicien du vent ».

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 26 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons » Jean Renoir 

Croyez-vous que le peuple mauritanien n’en a pas ras-le-bol de cette crise ! Croyez-vous aussi qu’il ne se demande pas quand est-ce qu’on va y sortir. Pensez-vous enfin qu’il n’éprouve pas une peur viscérale par rapport à ce qu’il entend chaque jour que Dieu fait. On en a tellement entendu parler que finalement on ne sait plus quel camp a tort ou raison. A qui se fier ! Tout ce que l’un propose, l’autre le refuse et vice versa. Et jusqu’à quand ? 

Ceux qui soutiennent le Haut Conseil d’Etat ne veulent pas entendre du retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Du côté du Front National pour la Défense de la Démocratie, on réclame le départ sans conditionnalité de Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir en rétablissant l’ordre constitutionnel.  

En attendant que la classe politique mauritanienne- y compris le Haut Conseil d’Etat- trouve, dans l’urgence et très rapidement, une solution consensuelle à cette présente crise née du coup d’Etat du 6 août 2008, il faudra faire avec Mohamed Ould Abdel Aziz, se résigner à son unilatéralisme, s’habituer à ses discours populistes et ses talk-show, ruminer son impatience… 

Même les sanctions américaines ou autres tentatives de destabilisation (au sein de ceux qui le soutiennent) ne le feront pas fléchir. Il ne sera pas facile, pour le Front National pour la Défense de la Démocratie ou la Communauté Internationale, de le tirer par le bout du nez ou de le traîner dans la boue. Il l’a démontré durant deux mois qu’il a passés à la tête de l’Etat et du pays. Malgré les intimidations, brandies çà et là, il garde toujours son sang-froid en montrant qu’une éventuelle mise à l’écart de la Mauritanie sur le banc international ne l’ébranlerait guère. 

Excusez du peu mon intention de déconcerter : le Front National pour la Défense de la Démocratie est en train de poursuivre lamentablement une cause perdue d’avance. Les responsables de ce front manquent d’audace. Ils ont raté l’occasion de tordre le cou de Mohamed Ould Abdel Aziz le 5 Octobre dernier. Ils savent mieux que quiconque, à eux seuls, ils ne peuvent rien faire contre Mohamed Ould Abdel Aziz. Même si ce dernier a commis, certes, des erreurs impardonnables. Aussi ne sont-ils pas obligés de se tourner vers la communauté internationale pour qu’elle fasse le travail à leur place. Ils comptent sur cette Europe-là capable de vendre son âme à n’importe quel prix pourvu que son intérêt soit cautionné. 

Ce qui intrigue le Front National pour la Défense de la Démocratie, ce n’est pas le fait que Abdel Aziz ne veuille pas rétablir l’ordre constitutionnel encore moins libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ou qu’il assure cette période de transition. Ce qui l’intrigue : c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz veuille demeurer au pouvoir ou se présenter à une éventuelle élection présidentielle.  

Fort de sa position de maître du bord, notre général semble se gausser de ses irréductibles adversaires qui voudraient obtenir de lui la caution qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle de 2009- ce qu’il n’a pas encore promis laissant les supputations les plus démentielles aller bon train, surtout après sa visite à l’hôpital national et à « El Haye Essaken », que certains ont analysé à tort ou à raison, comme des signes de campagne pré-électorale. Ce dont on est sûr, c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz va fermer cette page transitoire qu’il a ouverte. Et les responsables du FNDD devaient plutôt chercher d’abord à libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi que de chercher à demander le départ de Aziz qui n’est pas prêt à se décharger de sa fonction de Président du Haut Conseil d’Etat. 

Il sait que le peuple mauritanien raffole de discours dans lesquels on prône le redressement de l’économie, du pays, la répartition équitable des richesses entre les citoyens, la lutte contre l’esclavage, la consolidation de l’unité nationale…Il sait aussi que les occidentaux aiment entendre des discours dans lesquels on prône la lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine, le respect des droits de l’homme, la bonne gouvernance et patati patata.  

Depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Ould Abdel Aziz n’a exhibé aucun signe de disposition et de bonne volonté de rétablir l’ordre constitutionnel  ou de réhabiliter, ce qu’il ne veut pas entendre lui et ses partisans, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, dans ses fonctions de Président de la République. Aussi le moment ne serait-il pas venu pour lui de tenter de dialoguer avec le Front National pour la Défense de la Démocratie.  

Est-on en train de vivre les pires convulsions de notre histoire politique et sociale ? Après la confiscation du pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu par la majorité des mauritaniens et la restriction des libertés civiles et politiques, Mohamed Ould Abdel Aziz veut franchir un nouveau palier : s’imposer convaincu qu’il est investi par le destin de lutter contre le terrorisme et d’assurer à
la Mauritanie et au peuple mauritanien leur développement économique et social.  

Cette manière de gouverner, nous en avons beaucoup souffert, pendant un quart de siècle. Mohamed Ould Abdel Aziz a réussi, on ne sait comment, à mettre sous son joug l’armée, la police, la garde nationale et la gendarmerie. La semaine dernière, le général a consacré une réunion de travail, nous dit-on avec le Ministre de
la Défense et les principaux chefs de l’armée nationale. 

Depuis 48 ans, le discours politique est resté le même. Le Président de la République plagie son prédécesseur, utilise le même protocole, fait du réchauffé, essaie de parler comme lui. C’est un des avatars de nos hommes politiques qui manquent de style, de nature et d’originalité. Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas dérogé à cette règle. Pire encore, il reproduit les mêmes méthodes qui l’ont poussé à kidnapper Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Mais, certains dérapages se paient cash. Cela est immanquable !  

La bataille de l’opinion a assez duré entre le Front National pour la Défense de la Démocratie et les nouvelles autorités de ce pays. Il est temps maintenant d’observer une trêve et de permettre à chaque partie de souffler ! Les possibilités de sortir de cette crise existent. C’est à notre classe politique et au HCE de les trouver.

Par Babacar Baye Ndiaye

( 22 octobre, 2008 )

Fama Mbaye, artiste musicienne:Une future vedette de la musique mauritanienne !

Certes, elle est novice dans la musique. Mais, on dit déjà qu’elle fera un malheur en Mauritanie d’ici quelques années. Fama Mbaye, 24 ans, est une jeune musicienne prometteuse qui a toujours le sourire au bout des lèvres. Séduisante, elle l’est. Elle est venue à la musique pour s’imposer comme tout le monde, bousculer la hiérarchie et pourquoi ne pas faire mieux que ses mamans : Thiédel Mbaye, Malouma, Hawa Diméra, Dimi Mint Haba…

———————-Par Babacar Baye Ndiaye

 

Incontestablement, avec Dioba, elle a de l’avenir. Originaire de Mbagne (dans la wilaya du Brakna), au Sud de la Mauritanie, Fama Mbaye est descendante d’une famille de griot. Dans la famille des griots, les études ne sont pas leur tasse de thé. Mais elle, elle a eu la chance d’être amenée à l’école qu’elle fréquenta jusqu’au collège. Ceci lui a permis d’avoir une certaine ouverture sur le monde. 

En 2002, elle jette l’éponge à cause, dit-elle, de la musique. Sa décision est à la limite compréhensive. Une griotte, comme elle, n’a pas vocation de faire des études poussées. Elle n’est jamais obnubilée par les diplômes. Les études, ce ne sont pas leur marque de fabrique.  

Chez elle, la gêne de la chanson se transmet de génération en génération. Chaque parent lègue cet héritage à sa progéniture. Dans sa famille, tout le monde chante. C’est leur métier. On les appelle « griots ». Dans les cérémonies de mariage, de baptême : c’est eux qui font office de maîtres des lieux. Fama Mbaye est aussi passée dans ces cérémonies. Lorsqu’elle n’était pas à l’école, elle était aux trousses de sa grand-mère, Coumba Rella, elle est aussi une grande poétesse musicienne. 

Elle grandit sous l’encadrement de cette dernière qui l’amenait, depuis toute petite, dans les cérémonies. Avec sa grand-mère, elle voyagea et découvrit certaines contrées du pays. C’est dans cet environnement qu’elle se forgea une destination morale jusqu’au jour où elle rencontrât un certain Seydou Sarr, son actuel manager qui lui propose de faire carrière dans la musique. En 2006, elle quitte sa ville natale pour venir tenter sa chance à Nouakchott. 

Ainsi donc, après plusieurs années passées à chanter dans les cérémonies, elle tourne casaque en décidant de se lancer dans une carrière musicale. Petit à petit, elle commence à creuser son sillon et se faire remarquer du grand public et des organisateurs événementiels qui ne peuvent pas se passer d’elle. Aussi, elle est invitée dans les concerts. Avec le peu d’argent qu’elle thésaurise, elle met en place un orchestre restreint. Elle commence à être sollicitée et à voyager. Dans son rôle de chef d’orchestre en tant que jeune musicienne, elle avoue ne pas rencontrer d’obstacles majeurs.  

Mais, depuis qu’elle est entrée dans la musique, comme profession, celle-ci lui bouffe énormément de temps. Pour autant, elle continue à chanter dans les cérémonies, le temps de perpétrer une tradition, un héritage. Pour elle, impossible de ne pas chanter dans les cérémonies. Elle serait mal appréciée et en plus cela fait partie de leurs us et coutumes. C’est une question d’honneur. Même la réussite sociale ne pouvait muer en rien cet état de fait. 

Son grand-père n’est autre que Samba Malal, un grand maître à la fois dans l’art de chanter et de jouer du « xalam »(guitare traditionnelle africaine à une seule corde). Il a voyagé partout en Mauritanie, à travers le monde en participant à de grands festivals internationaux, pour y répandre la culture des griots. Fama Mbaye, ainsi donc, a tout le potentiel pour marcher sur les traces de son grand-père qui fut aussi un grand poète musicien dont la renommée a transcender les frontières mauritaniennes.

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Fama Mbaye est une musicienne qui progresse vite. C’est en cela qu’elle est surprenante et qu’elle a, sans supercherie et sans fausse modestie, de beaux jours devant elle. En quelques années, elle a réussi à se faire découvrir, se faire apprécier. Et, lorsqu’elle chante, vous ne pouvez pas vous empêcher d’apprécier sa belle voix et de ressentir la chair de poule. «Quand tu es une artiste, il faut être charmante sur scène. Parmi le public : certains admirent ton comportement, d’autres sont attirés par la musique et d’autres encore font attention à ton accoutrement… », dit-elle. 

Elle est encore jeune, sans expérience musicale. Et, sans aller jusqu’à la hisser au rang d’une nouvelle Thiédel Mbaye ou Malouma, on ne peut qu’être admiratif de sa voix forte si captivante et de sa présence remarquable sur la scène. Toutefois, elle est consciente des dures réalités qui existent dans le milieu de la musique et de l’énorme espoir qui pèse sur ses frêles épaules. Elle est consciente aussi qu’elle ne peut compter que sur elle-même pour réussir dans la musique, surtout dans un pays où on rechigne à mettre la main dans la poche pour développer la musique mauritanienne qui manque malheureusement de soutien. 

Malgré ses difficultés, elle n’est pas tentée par l’aventure, par l’exil…Elle ne veut pas s’embarquer sans biscuit dans une entreprise dans laquelle elle ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants. «Si tous les artistes mauritaniens se tournent vers l’extérieur notamment vers le Sénégal, c’est un signe de complexe d’infériorité. Ils doivent pouvoir rester ici et changer la situation », s’écrie-t-elle. En Mauritanie, les artistes mettent trop de temps pour sortir leur premier album. Depuis 2007, elle attend le premier producteur providentiel, après avoir démarché infructueusement de nombreuses personnes. 

Dans un monde où les mentalités évoluent vite, elle ne s’inquiète guère de la disparition progressive des griots. A une certaine époque, avant l’apparition des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le griot était la mémoire du peuple. C’est en cela qu’il était respecté parce qu’il était leur pilier. «Si ce n’était pas lui, on ne saurait rien de l’histoire, de la vie des peuples précédents et notamment des grands hommes et des familles royales », nous rappelle Fama Mbaye. 

Aujourd’hui, cette fonction de nos poètes musiciens est usurpée par des intrus. La musique est devenue un fourre-tout. Chacun pense avoir droit au chapitre. Il n’y a plus seulement les griots qui font office d’être les dépositaires de la mémoire collective. Cela n’inquiète pas outre mesure Fama Mbaye. 

Fama Mbaye est ouverte à toutes les musiques. «Je n’ai pas de musique spécifique à écouter. Je dois être ouverte à toutes les musiques. Cela peut m’enrichir car chaque musicien est différent de l’autre. » Fidèle en amitié. «J’entretiens les mêmes relations que j’avais avec mes ami(e)s d’enfance. Si je reviens de voyages, je m’enquiers de leurs nouvelles en les appelant… » Fama Mbaye est aussi superstitieuse et se méfie comme une peste des mauvaises langues. «Récemment, j’ai eu trois programmes qui ont été annulés », raconte-t-elle en y voyant le mauvais sort. Depuis lors, elle est devenue plus attentive à sa carrière musicale. 

Sur scène, elle s’est imposée une limite à son accoutrement : jamais de tenue sexy ou des décolletés provoquants et lascifs. C’est contre son état d’état d’esprit et de ce que doit véhiculer une musicienne sur scène ou hors scène. Cela ne rentre pas dans sa ligne de conduite. Pour elle, une artiste doit être un miroir de la société et notamment pour les jeunes filles qui l’admirent. Les grands boubous ou les demi saisons restent ses accoutrements favoris. Il n’empêche : cette femme est capable de faire tourner la tête par sa coquetterie, sur scène, tout spectateur.  

C’est elle qui compose ses chansons qui tournent essentiellement autour des faits de société. Comme Alexandre le Grand parti à la conquête du monde, elle espère, elle aussi, conquérir la Mauritanie avec sa musique et sa voix. Derrière cette apparence de jeune musicienne que tout intéresse excepté la politique, Fama Mbaye est une ambitieuse. Une carrière internationale trotte déjà dans son esprit. Elle avoue être prête à s’y engager car elle sait ce que cela implique comme ressources. 

Et, pour le moment, elle ne pense pas au mariage même si elle avoue que les hommes qui lui font la cour ne manquent pas. Mais, elle privilège d’abord sa carrière musicale encore très fragile. Aînée de sa famille, elle rêve d’être une vedette de la musique mauritanienne. Pour elle, il n’est pas question de rater le coche. Chaque jour est un défi pour elle. Son statut de jeune musicienne n’enlèvera en rien sa détermination. 

Issue d’une famille modeste et héritière d’une lignée qui a toujours appartenu à l’histoire des grandes familles royales, elle n’oublie pas qu’elle ne doit pas décevoir. Sa devise « je ne me décourage jamais ! » en dit quelque chose. Elle en appelle aussi à ses sœurs de ne pas baisser les bras pour conquérir leur indépendance. Aussi n’est-elle pas née pour chanter ?

 

Babacar Baye Ndiaye

( 19 octobre, 2008 )

Moussa Sarr, artiste musicien : L’Espoir de Koungueul !

Moussa Sarr est un chanteur-guitariste. A 41 ans, il ne fait plus figure de débutant et il a démontré de solides arguments à faire valoir ce mardi 7 Octobre au Centre Culturel Français où il ouvrait le bal des concerts K’fet de l’année, un moment inédit de distraction et de saveur à découvrir. Contrairement à certains artistes qui ne croient plus en eux, en leur musique, en leur force du fait d’un milieu musical très hostile et où il est très difficile de se faire un nom, au pays d’un million de poètes, lui, il enfourche sa détermination croyant dur comme fer qu’il peut lui servir, sans aucun état d’âme, de cheval de Troie.

Très tôt, il se passionne de musique. Adolescent déjà, il ne rêvait que d’une seule chose : devenir comme ses oncles en suivant leurs traces. Tous ces oncles ont flirté avec la musique. Et, certaines de ses tantes. Chez lui, la musique est une affaire de famille et non de showbiz. C’est une passion et rien d’autre. On n’est pas appâté par l’argent. C’est un penchant naturel et dépouillé de toutes considérations financières.

Un de ses oncles du nom de Samba Lô a fait ses beaux jours et ses belles nuits, à l’Orchestre National de Mauritanie. Un autre aussi, du nom de Gamby Lô a longtemps accompagné certains groupes de Kaédi. En les côtoyant, il voulut très tôt devenir comme eux : une star de la musique, adulée et écoutée par tout le monde.

Marié et père de 4 enfants, cela ne l’empêche pas de vivre pleinement sa musique, avec discrétion et sans l’appui de personne. Et, n’en déplaise aux autorités, celles sensées promouvoir la culture et les arts dans notre pays : la musique se développera sans elles. Elles ont montré leurs limites et leurs possibilités. C’est une question d’ambition et des ambitieux, du genre de Moussa Sarr, hargneux et déterminé,
la Mauritanie en regorge des centaines de milliers.

Le parcours de Moussa Sarr est assez singulier. Il fut d’abord danseur. Il s’y fera remarquer. Mais, aussi, à Kaédi, à l’école, il faisait du théâtre populaire. C’était vers la fin des années 80. Par la suite, il se lance dans la musique. Il sera astreint, pour joindre les deux bouts, d’exercer parallèlement les métiers de peintre en bâtiment et de carreleur, tellement les difficultés sont insoutenables. C’est par la suite qu’il se résolut à abandonner de tels métiers où il gagnait beaucoup pour se consacrer exclusivement à sa carrière de musicien.

Son premier texte qu’il écrira, « Sourga »(célibataire en Français), évoque les difficultés de la vie que rencontrent les jeunes notamment célibataires. Cette composition va marquer son entrée dans la scène musicale. On est en 1992. A cette époque, il se sentait pousser des ailes. Plus qu’une description d’une jeunesse en mal de réjouissance, ce morceau est avant tout un clin d’œil à la contrariété que vit cette jeunesse.

Cet homme à l’allure juvénile est originaire de Koungueul à 54 km de Kaédi au Sud dela Mauritanie. Pour cause d’études, il quitte très tôt son village natal en destination de Kaédi, ville qui le révélera au grand public. Il y fait ses études primaires. Mais, en première année collège, un bon jour, il décide contre toute attente de ses parents, de laisser définitivement les études pour faire de la musique. Depuis ce jour-là, il y est resté malgré les âpretés de la vie de musicien.

Au moment où il prenait cette décision, il n’avait pas encore atteint sa dix-huitième année. Comme certains jeunes de sa génération, il ne croyait pas aux études. Il était déjà emporté par la fièvre musicale qui régnait à Kaédi. Il céda devant la pesanteur et l’influence de la musique. Surtout, dans une ville comme Kaédi, réputée être un carrefour musical et une ville qui a produit de grands musiciens. 

Sa musique est un miroir de la société mauritanienne et puise dans les différentes sonorités musicales des autres communautés du pays. Un mélange ingénieux de tout, de toutes les couleurs musicales du pays. Représentative, elle se veut aussi ouverte. Son objectif : imposer sa musique dans l’oreille des mauritaniens. Lui aussi, il est venu avec son propre style. Son groupe qu’il a créé depuis 1996 est à l’image de sa musique. Il est entouré d’étrangers et de mauritaniens de diverses cultures. Ce qui ajoute à sa musique une certaine authenticité.

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La musique n’est plus l’apanage des griots. L’essentiel, c’est d’avoir la voix, de savoir bien chanter et surtout de faire plaisir pendant de bonnes heures. Avec 9 morceaux joués ce 7 Octobre au Centre Culturel Français, il a séduit le public. Moussa Sarr, en effet, n’est pas un blanc-bec dans le domaine de la musique. Sa musique se nourrit de la folk music, de la musique guinéenne et des ballades. Avec 3 guitares, un hoddu (un instrument monocorde) et une batterie, il allie musique moderne et musique traditionnelle.

Avec une musique soft et open, il parvient à ressusciter les mélodies de la musique traditionnelle. Moussa Sarr est un artiste moderne, émancipé et soucieux de l’avenir de l’humanité. Comme disait l’autre, tout ce qui est humain ne lui est pas indifférent. Il sait aussi être narquois, registre où il excelle pas mal, notamment en direction des célibataires sur qui il ne tergiverse pas à décocher des flèches. Même s’il manque d’originalité dans la conception musicale, les thématiques qu’il aborde sont remarquables par leur densité et leur message.

Dans la vie d’un artiste, il y a des moments qui constituent une étape très importante. Son concert du 7 Octobre en était une. Il espère apporter sa modeste contribution pour changer la musique en Mauritanie. Lui qui a su tirer profit de l’expérience de ses oncles en les côtoyant à bas âge utilise sa musique pour sensibiliser les populations sur certaines maladies et certains problèmes liés à la vie. 

Ses morceaux s’inspirent de la vie des mauritaniens et de certaines réalités : le célibat, la dépigmentation, le bouleversement des mœurs… Ils abordent aussi certains thèmes d’actualités comme la mondialisation et les échanges culturels. Son micro lui sert d’arme pour aussi fustiger certaines pratiques sociales et coutumières comme les mariages précoces ou forcés.

Il a chanté le sida, une manière pour lui de sensibiliser les populations sur cette maladie qui a tué plus de 25 millions d’individus depuis 1983, date de sa découverte. Il est aussi un paire éducateur. Il a reçu une formation dans ce sens. Depuis 5 ans, il travaille avec une ONG locale du nom de « Networld ». Avec son groupe, il a fait de nombreuses tournées partout en Mauritanie avec cette ONG pour sensibiliser sur certaines maladies comme le sida, la tuberculose…La musique au service de la société, telle est sa conception, pour faire passer le message.

Malgré tout son talent, c’est comme si la guigne le poursuivait. Car, jusqu’à présent, il a du mal à sortir son premier album. Une réalité auxquels sont confrontés les artistes mauritaniens. Et, si son album déjà enregistré en France n’est pas sur le marché national, c’est pour cause de duplication qui coûte énormément chère. La date de la sortie de son album, prévue en 2009, risque ainsi d’être repoussée. Il compte sur l’appui du Centre Culturel Français pour sortir son 1ier album.

C’est un handicap permanent que vivent les musiciens mauritaniens. Mais que faire ? Ils n’ont d’autres choix que de solliciter l’appui de « mains étrangères » pour pouvoir sortir leur album. Depuis 1996, date de la création de son groupe « Jaalal Leñol » ou le Pilier du Peuple, il n’arrive pas à sortir son premier album. Il n’est pas le seul artiste à le vivre. Ceux qui sont en mesure de pouvoir aider la musique mauritanienne à se développer tergiversent toujours à mettre la main dans la poche pour soutenir un tel ou tel artiste.

Réussir musicalement en Mauritanie, c’est faire le chemin de la croix. «Le public mauritanien n’apporte rien à ses musiciens », constate-t-il. «On a fait des concerts gratuitement. Mais pour que le public vienne, c’est un problème », s’indigne-il. Une carrière internationale ? Il y pense déjà ! Car, pense-t-il, c’est la voie du Salut, pour l’artiste mauritanien.

Pour agrémenter de sel sa soirée du 7 Octobre dernier, au Centre Culturel Français, il a invité des artistes comme Monza, Ousmane Gangué, Fama Mbaye, Guéladjo Bâ, Dioba…qui sont venus témoigner leur amitié à Moussa Sarr en apportant, dans leurs bagages, le feeling et le punch qui faisaient défaut à son concert. Même si la musique ne lui a rien apporté, il trouve du plaisir à égayer le public mauritanien. Il voyage de temps à autre à l’intérieur du pays, notamment au Sud, en France et au Sénégal voisin, dans les villages bordant le fleuve Sénégal, où il est bien apprécié. D’ailleurs, il compte y promouvoir largement sa musique.

Babacar Baye Ndiaye 

( 17 octobre, 2008 )

Me Lô Gourmo Abdoul à Mohamed Ould Znagui: »Ne croyez pas qu’il sera facile d’instrumentaliser la justice de notre pays »

Les avocats de la fondation KB dirigée par l’épouse de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, président déposé le 6 août dernier par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, ont organisé au siège de la dite fondation un point de presse. A l’ordre du jour, deux points : leur visite à Dakar pour déposer plainte contre Baba Tandian, un homme d’affaires sénégalais, pour diffamation calomnieuse à l’endroit de leur cliente et les dernières déclarations faites par le président de la commission sénatoriale  chargée d’enquêter sur l’origine des fonds de la fondation KB, Mohamed Ould Znagui.

———————–Par Babacar Baye Ndiaye

 

 

Me Lô Gourmo Abdoul, au cours de ce point de presse, est longuement et amplement revenu sur leur voyage de la semaine dernière, lui et Me Moulaye Ould Ghali, à Dakar. «Nous étions partis porter plainte au nom de la fondation KB contre l’homme d’affaires sénégalais (Baba Tandian) dont les déclarations extrêmement graves et intempestives à propos de madame la présidente de la fondation (Khattou Mint El Boukhary, Ndlr) ont porté un très grand tort à la première dame et donné à ceux qui soutiennent le coup d’Etat matière à alimenter la confusion et à détourner l’opinion publique de la réalité », renseigne-t-il. 

Baba Tandian aurait tenu, selon Me Lô Gourmo Abdoul, sur les ondes sénégalaises et sur certains plateaux de chaînes de télévisions, des propos très «hargneux et attentatoires» à l’encontre de Khattou Mint El Boukhary. «Il (Baba Tandian, Ndlr) a laissé croire que le coup d’Etat en Mauritanie provient de l’attitude et des activités de l’ex-première dame. Que c’est elle qui en est la cause. Il a aussi laissé croire qu’elle s’était accaparé du pouvoir pour en faire un objet entre ses mains : instrumentalisant tout, nommant des ministres, dégommant des ministres et même limogeant des généraux ! Pour agrémenter tout cela du sel nécessaire, il a même dit qu’on a transformé le palais présidentiel en bergerie et en lieu de débauche », a déclaré Me Lô Gourmo, en rapportant les propos de Baba Tandian. 

Ces propos tenus par Baba Tandian, à l’en croire toujours, ont écorné l’image de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et de sa femme en particulier, accusée à tort et à raison, de tirer du bout du nez son mari et surtout d’avoir détourné d’importantes sommes d’argent au nom de sa fondation. Durant leur séjour à Dakar, les avocats de la fondation KB rejoints par Me Aïssata Sall (elle a participé à de nombreux procès en Mauritanie notamment celui de Haïdalla et de Ouadenague, Ndlr), ont saisi la justice sénégalaise en introduisant ce qu’on appelle la procédure de citation directe. Elle permet à la victime de saisir directement le tribunal en informant le prévenu (celui-ci doit fournir la preuve de ses allégations dans un délai de 15 jours) sans avoir à demander au Procureur de
la République de faire une enquête ou à saisir un juge d’instruction. Le procès aura lieu en principe le 6 Novembre prochain à Dakar.
 

Selon Me Lô Gourmo, «on n’est pas obligé de porter atteinte à l’honneur des gens ni de les insulter », a-t-il affirmé en faisant savoir, en réponse à Baba Tandian, que l’affaire Khattou Mint El Boukhary n’est pas une mince affaire. «On est en plein dans le cœur du coup d’Etat du 6 août 2008. L’une des justifications qui a été avancée, c’est la corruption, la concussion, le trafic d’influence, le clientélisme familial, le népotisme. Ce n’est donc pas une affaire pour rigoler », a-t-il tenu à rappeler. 

Me Lô Gourmo Abdoul est aussi, au cours de ce point de presse, revenu sur les déclarations de Mohamed Ould Znagui, président de
la Commission sénatoriale chargée d’enquêter sur la provenance des fonds de la fondation KB, dirigée par Khattou Mint El Boukhary. On lui prête l’intention de vouloir convoquer à nouveau, en usant de la force, de la menace et de la pression policière, la présidente de la fondation KB pour l’auditionner. «C’est vraiment très significatif d’un état d’esprit », révèle l’avocat de la fondation KB en assimilant cette commission sénatoriale à une «commission inquisitoriale ».
 

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Ce monsieur Znagui est accusé par les avocats de la fondation KB d’avoir proféré des menaces à l’endroit de leur cliente, Khattou Mint El Boukhary qui a refusé de déférer à une deuxième convocation de la commission d’enquête sénatoriale. Ils lui reprochent aussi de vouloir «user des moyens de l’Etat et exiger au ministère de l’intérieur de prendre en charge le dossier afin que Khattou Mint El Boukhary puisse venir témoigner par force et être auditionnée » par les membres de la commission d’enquête sénatoriale. 

Maître Lô Gourmo a, en outre, attiré l’attention de l’opinion publique mauritanienne sur les mécanismes de droit qui sont en train d’être bouleversés et violés sur l’affaire KB qu’il a qualifié « d’explosive » par les membres de la commission d’enquête sénatoriale. «Il ne mesurent pas les risques et les dangers qui tournent autour des manipulations de ce dossier », a-t-il souligné. 

Dans le dernier numéro de Jeune Afrique en date du 14 octobre 2008, Monsieur Mohamed Ould Znagui y allègue que
la Commission d’enquête sénatoriale détiendrait des «documents» qui authentifient que la fondation KB aurait été financée par le trésor public mauritanien. Sa sortie à Jeune Afrique a provoqué l’ire de Me Lô Gourmo. «Avant d’aller révéler à la presse ce que tu as eu comme résultats de ton enquête, il faut aller le dire à tes mandants. Il faut aller d’abord déposer ton rapport devant ceux qui t’ont désigné comme président d’une commission d’enquête avant de le dire à Jeune Afrique. Avant de dire ce que tu as découvert à Jeune Afrique mais dis-le d’abord aux sénateurs qui t’ont élu », dit-il en s’adressant à Mohamed Ould Znagui. 
 

Ensuite, sur un ton d’indignation, il s’adresse directement en le vouvoyant cette fois-ci à Monsieur Znagui, président de la commission d’enquête sénatoriale en ces termes : «Ce n’est pas de cette manière que cela se passe. Puisque vous avez été mandaté par les sénateurs, puisque votre commission a essayé en vain d’auditionner madame Khattou, vous devriez revenir voir les sénateurs qui vous ont élu et leur dire : « Messieurs les sénateurs, la dame Khattou refuse de nous entendre. Nous pensons qu’elle est coupable ». Si les sénateurs sont convaincus de la justesse de vos arguments, monsieur Znagui, d’après une résolution d’un article très précis du règlement intérieur du Sénat, une procédure devant un juge au nom du principe de la séparation des pouvoirs sera engagée (…) en passant par la voie régulière des communications avec l’exécutif, avec en charge le parquet qui va engager la procédure d’ouverture contre x », explique-t-il.  

A ses yeux, cette commission d’enquête sénatoriale n’est pas habilitée à auditionner Madame Mint El Boukhary. En plus, c’est une commission nébuleuse. «Si maintenant les membres d’une commission d’enquête devaient se substituer aux assemblées qui les ont désignés pour aller droit au but en passant par-dessus la tête les mandats qu’ils ont reçu, mais il n’y a plus de liberté. On est dans une logique conventionnelle qui mène vers la dictature fasciste : les fameuses commissions qui se créent, qui dépouillent des dossiers, qui prennent des décisions et éventuellement qui sanctionnent dans l’obscurité la plus complète », déclare-t-il en fustigeant avec véhémence cet état de fait.  

«Ce n’est pas à une commission d’enquête sénatoriale à laquelle nous avons affaire mais à une commission d’individus privés qui se sont affranchis des règles du sénat en agissant selon leur bon vouloir et en s’acharnant sur une femme… Ce sont des règlements de compte politiques qui ont cours actuellement et n’ont strictement rien à voir avec quelque recherche de vérité que ce soit. Quand on cherche la vérité, on l’expose à ceux qui vous ont mandaté. Il s’agit d’une humiliation et une insulte contre une chambre que le monde entier qualifie de chambre des sages », note-t-il avec indignation.  

«Si la commission Znagui croit pouvoir nous impressionner en narguant de sa volonté de poser quelques preuves que ce soit devant les juges, nous leur disons chiche. Nous n’attendons que la justice », dit-il. «Depuis que ce cirque a commencé, la fondation KB ne peut plus fonctionner normalement. Elle ne peut obtenir aucun appui. On est en train de compromettre son image… », s’insurge-t-il. 

Me Lô Gourmo Abdoul demeure convaincu en l’impartialité et à l’indépendance de notre justice parce que, croit-il, nous avons des juges aussi patriotes que n’importe quel autre mauritanien. «Nous avons également des juges qui ont conscience de l’importance du travail qu’ils font et qui savent que l’histoire les jugera comme aux juges sénégalais auxquels nous sommes allés nous plaindre. Si vous pensez que le fait de se saisir de la justice est suffisant pour l’amener à faire ce que vous voudriez qu’elle fasse, c’est une erreur », dit-il en faisant savoir que Khattou Mint El Boukhary ne se laissera pas marcher dessus. Et que «nous attendons avec sérénité la phase judiciaire », a-t-il conclu.

 

Babacar Baye Ndiaye

 

( 17 octobre, 2008 )

Prolifération des marchés noirs: L’exemple du marché «Thieub-thieub » de 5ième

 

Les transformations sociales et économiques qui sévissent ailleurs frappent aussi de plein fouet notre pays. La rareté de la main-d’œuvre exacerbée par des crises financières sporadiques et le sous-emploi a contraint des milliers de jeunes personnes à se transformer en vendeurs à la sauvette, en manœuvres occasionnels… 

Les raisons d’un tel phénomène social sont à rechercher essentiellement dans l’exiguïté du marché de l’emploi qui n’offre pas une certaine perméabilité et possibilités de recrutement aux demandeurs d’emplois. Et, à certaine tranche d’âge, sans qualification professionnelle et sans emploi, le premier boulot est le bienvenu. L’essentiel que cela rapporte et puisse permettre de joindre les deux bouts.  

Disposant de peu de moyens pour loyer une boutique dans un marché ou dans un coin du quartier, refusant de tomber dans la marmite de la misère et de l’assistanat, ces personnes se ruent vers les marchés noirs tels que «Thieub-thieub » pour y trouver leur pitance.  En dehors de l’anarchie et de l’insécurité qui règnent dans de pareils marchés, les clients y trouvent leur compte. Ici, tout est proposé à bon marché et à des prix accessibles à la bourse du citoyen lamnda toujours porté vers la facilité. 

Thieub-thieub, c’est un marché de Nouakchott, un marché bien connu des populations. Un marché célèbre, un marché où le bon côtoie le moins bon. Ce marché qui s’étend sur une vaste zone, est un lieu où se rencontrent toutes les couches sociales de Nouakchott. 

A quelques minutes du centre ville, en plein cœur du 5ième  arrondissement qui jouxte le 6ième arrondissement, Thieub-thieub passe aussi pour l’un des plus grands centres d’approvisionnement pour les populations de Nouakchott. Le «Grand Magasin » en quelque sorte de ces populations. Ici, les tables, les cantines, les dépôts de bois, de ferraille, les boutiques, les étales, les machines à coudre ont pignon sur rue.  

Pour reprendre un slogan de publicité fort légendaire, on pourrait alléguer qu’ «on trouve tout à Thieub-thieub » : de la friperie pour les faibles et moyennes bourses, du poisson fraîchement amené du port artisanal de Nouakchott, et d’autres marchandises de consommation ou de décors intérieurs comme les moquettes ou les bols paraboliques entre autres à de moindres coûts. Sans parler des condiments, des fruits et légumes, des boucheries, des gargotes démesurées. Et bien sûr, de l’abus de confiance.  Car dans ce marché, il semblerait, comme partout d’ailleurs, qu’il y a des gens tricheurs, vicieux, fourbes et incroyablement retors.  

Thieub-thieub est avant tout un lieu où les populations peuvent trouver ce dont ils ont besoin à moindre prix avec l’assurance de n’avoir que l’embarras du choix. A vrai dire, Thieub-thieub est un marché exclusivement «destiné » aux pauvres qui n’ont que la misère, la détresse et la débine dans leurs sacs à main. Les clients comme les vendeurs viennent de partout : des zones périphériques, de Ksar mais aussi de Teyarett. Ce qui se vend dans ce marché à des prix bas, ailleurs, ça se vend à des prix élevés. D’où la raison qui explique la ruée des populations vers ce marché «noir » et «pas comme les autres ». 

Dans le périmètre du marché Thieub-thieub se sont installé plusieurs grossistes, fournisseurs et détaillants. Dans ce marché, les affaires fonctionnement merveilleusement à la grande joie de tout le monde. Malgré le commissariat qui se trouve à côté, n’empêche que ce marché est souvent considéré, à tort ou à raison, comme le «marché aux voleurs » voire «le bordel ». Il n y a pas de contrôle permanent dans cette zone. L’hygiène et les normes de sécurité, n’en parlons même pas. Ça empeste partout notamment dans la surface où sont installées de petites tables sur lesquelles sont disposés les poissons à vendre et au bord desquelles pullulent des bosses d’écaille. Des eaux usées déversées partout ! Un sol qui écœure !  

Ce marché, à l’image des autres marchés de Nouakchott, souffre d’un environnement impropre. Des tas d’immondices et d’ordures gisant par-ci et par-là dans cette zone oubliée des autorités locales et centrales qui laissent en sus cette situation pourrir sans s’engager dans la prise de décisions adéquates. Cette halle déjà, avec celles de 5ème et 6ème, s’étouffe et étouffe les riverains qui n’ont la paix que lorsqu’il se fait tard et que les vendeurs et acheteurs commencent à vider les lieux qui deviennent denses dans la journée, rendant ainsi les deux principales artères de cette zone impraticables. 

Les marchés eux aussi ont besoin  d’études prospectives afin que
la Mauritanie ait des marchés ultramodernes dignes de ce nom et non pas des marchés construits dans des conditions ne respectant pas souvent les normes de construction en matière de bâtiment et de travaux publics. Ces marchés noirs ne sont pas souvent à l’abri d’incendie. L’année dernière, c’est le marché des planchers qui en était victime. Et, ce sont des millions d’ouguiyas qui sont engloutis causant une perte sèche à notre économie nationale. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 octobre, 2008 )

Deuxième marche du FNDD: Les forces de sécurité plus présentes que les manifestants !

La deuxième marche du Front National pour la Défense de la Démocratie prévue hier a été dispersée par les forces de l’ordre déployées dans tous les lieux sensés abriter les manifestations. Pour tromper la vigilance de la police, des groupes de manifestants ont tenté de s’ébranler à partir du garage  d’Arafat dans le quartier d’El Mina.  

Là, ils ont été repoussés par des éléments de la garde nationale dépêchée pour la circonstance en renfort. A coup de matraques et de grenades lacrymogènes, les militants du Front National pour la Défense de la Démocratie ont quitté les lieux abandonnant dans leur débandade des pneus brulés et des projectiles qui encombraient les lieux. Dans tous les autres endroits de la ville, la situation était calme. 

Tous les points présumés pouvant servir de regroupements aux sympathisants du Front National pour la Défense de la Démocratie qui réclame toujours le retour à l’ordre constitutionnel et le rétablissement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dans ses fonctions de Président de la République, ont été quadrillés par la police  mobilisée  très tôt pour prévenir toute tentative du Front de mettre à exécution son mot d’ordre de marcher. 

Et, jusqu’à 17 heures 30, hier, en parcourant les artères du centre-ville, on n’a pas remarqué l’ombre de manifestants ainsi que de celle des responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie.  

De temps à autre, la police faisait des patrouilles pour réprimer la moindre tentative de déstabilisation du régime de Mohamed Ould Abdel Aziz. D’autant plus que le Wali  de Nouakchott  n’avait pas autorisé cette marche annoncée toute la semaine par le Front National pour la Défense de la Démocratie déterminé  cette fois-ci à défier les policiers. Occasion ratée en raison de l’inégalité des armes. Et, pourtant, les manifestants, pierres à la main, étaient déterminés et prêts à marcher et affronter la garde nationale venue au secours pour renforcer les éléments de la police. Certains se demandaient même en ironisant où étaient passés les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie qui s’égosillaient qu’ils allaient cette fois-ci sortir dans la débandade.  

Faut-il le souligner, cette marche intervient à une période où le Front National pour la Défense de la Démocratie traverse une crise interne depuis quelques jours. Plutôt qu’un effet d’annonce, cette marche était  peu probable d’avoir lieu  eu égard aux violentes réprimandes de la semaine dernière par la police.  

L’ardeur du Front National pour la Défense de la Démocratie semble subitement retomber comme un soufflet après l’initiative proposée par Messaoud Ould Boulkhéir pour sortir de la crise actuelle. Est-ce un signe un relâchement? 

 

Babacar Baye Ndiaye 

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