( 4 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Si tu savais changer de nature quand changent les circonstances, ta fortune ne changerait point. » Nicolas Machiavel 

Nous souffrons et nous continuerons certainement à souffrir. A souffrir d’un système politique échafaudé, de toutes pièces, sur le mensonge, la vilenie, les coups bas, la mesquinerie, l’exclusion systématique, les intrigues, le sang, le culte de la personnalité…On pensait que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi allait changer cela. Je l’ai cru, comme certains mauritaniens, car il avait esquissé quelques initiatives et réformes. Mais voilà…Voilà que survient le Coup d’Etat du 6 août 2008. Un coup d’Etat que rien ne justifiait quelques soient les allégations tenues.  

La crise politique qui secoue notre pays depuis plus de 3 mois a révélé un système politique défaillant et aléatoire. Et, nos hommes politiques, ceux-là même censés apportés des clarifications à nos questionnements, n’ont pas nécessairement pris le temps de réfléchir véritablement et sérieusement sur l’efficacité et la viabilité de nos institutions.  

Malgré l’ultimatum du Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine, certaines personnalités politiques favorables au Haut Conseil d’Etat militaire continuent à afficher leur détermination à soutenir ce dernier. Quelque soit le prix à payer dans cette décision ! Les sbires du «mouvement de rectification» s’accrochent à leur fantaisie et à leur idéalisme politique. Rien de plus lamentable pour une République de surcroît un Etat de droit que de vilipender ses acquis démocratiques au grand mépris des intérêts des populations.

Ils sont en train de jouer avec l’avenir de ce pays. Le drame, dans tout cela, on prétend servir le peuple mauritanien. C’est un fallacieux prétexte pour pouvoir demeurer au pouvoir. Mesurent-ils vraiment l’ampleur et l’amplitude des éventuelles sanctions qui pourraient tomber sur la Mauritanie ? Non, ils ne le mesurent pas ! Peut-être, se disent-ils, ce n’est pas encore le temps de remettre les pendules à l’heure. Doit-on continuer à ensevelir la réalité des choses ou attendons tout bonnement que la situation devienne catastrophique qui n’épargnera personne pour qu’on réagisse en jouant les bons offices ?

La bouée de sauvetage sur laquelle compte s’agripper le Haut Conseil d’Etat et ses sbires aux attitudes de benêt, c’est probablement les journées de concertation prévue en Octobre. N’est-ce pas là une diversion, une manière de ne pas envisager d’autres perspectives de sortie de crise qu’à travers de telles journées dont on ne sait pas avec exactitude si tous les partis politiques (pro-putschistes ou légalistes), la société civile, les Organisations syndicales, les partenaires au développement y prendront part.  

Face aux pressions de la France, des Etats-Unis d’Amérique, des Nations Unies, de l’Union Africaine, le Haut Conseil d’Etat semble trouver la bonne formule en espérant que cela marche : résister ! Le général Mohamed Ould Abdel Aziz a exclu ce 27 septembre toute possibilité de retour au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Cela traduit sa détermination à demeurer au pouvoir et un certain obscurantisme qui caractérise sa personnalité. De leur part aussi, les parlementaires pro-putschistes ont exprimé ce 26 septembre leur rejet absolu des résolutions du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.  

Un régime militaire, c’est comme une bergeronnette. Ce n’est bon à rien. Ni à chanter ni à manger. Tout ce qu’elle sait faire, c’est de remuer la queue. Les sbires de Mohamed Ould Abdel Aziz veulent nous aveugler et s’aveugler eux-mêmes. Au lieu de se servir de leur tête, ils se servent de leur cœur. Pour combien de temps encore ?

Au bout d’un certain temps, lorsqu’on est têtu et obstiné comme nos pro-putschistes, le sentiment d’avoir raison vous envahit et vous gonfle. Ça devient une arme fatale ! Si l’on ne fait pas gaffe, l’issue de cette crise risque de nous donner des cauchemars. Pour une bonne simple raison : Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas prêt à quitter le pouvoir comme peuvent en témoigner ces propos tenus ce samedi 27 septembre à l’Hôpital National de Nouakchott en réaction à l’ultimatum du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.  

Mohamed Ould Abdel Aziz sait parfaitement que le temps n’attend pas. Dans la foulée, même les médias officiels sont mobilisés dans l’amadouement de l’opinion publique nationale. Tout cela pour montrer que le peuple est avec le HCE. Certaines dépêches de l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI) ont frisé le ridicule.

Désormais, la peur s’installe dans le camp du HCE et de ceux qui le soutiennent. Certaines personnalités de la Société civile, certains oulémas, imams de mosquée…sont utilisés malgré eux comme des moutons de panurge, avec en retour, une contrepartie financière. Le HCE est en train de vider les caisses de l’Etat pour sauver sa peau. Le commissaire européen des pêches, Joe Borg, a des raisons d’être suspicieux sur l’utilisation par la junte militaire de la contrepartie financière de l’accord de pêche qui lie la Mauritanie et l’Union Européenne.

Babacar Baye Ndiaye

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