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( 7 octobre, 2008 )

Tensions au marché Lihmoum:Les ouvriers mauritaniens s’en prennent aux ouvriers étrangers

La xénophobie serait-elle en train de gagner le cœur de certains mauritaniens ? Au matin du 7 octobre, une bagarre entre un malien et un mauritanien a failli dégénérer en affrontement général entre les étrangers et les mauritaniens. Finalement, tout est revenu à l’ordre.  

Au marché Lihmoum (charbon en hassanya), on y retrouve des étrangers de nationalité malienne, sénégalaise et guinéenne. Ils sont venus en Mauritanie pour monnayer leur force de travail. Pas moins d’une centaine de personnes afflue tous les jours vers ce marché à la recherche d’un emploi. On y retrouve aussi des mauritaniens. Ils sont, pour la plupart du temps, des plombiers, des maçons, des carreleurs, des menuisiers, des manœuvres… 

Aboubakar Sidik Farro, 23 ans, est de ceux-là. Voilà à peine 3 mois qu’il est en Mauritanie. Originaire de la Guinée Conakry, il a d’abord séjourné en Gambie où il est resté 7 mois avant de venir en Mauritanie pour gagner de l’argent afin de survivre. Sac au dos et visage émacié, il nous explique les raisons qui ont poussé les ouvriers mauritaniens à agir de la sorte. «Nous sommes des étrangers, des aventuriers. Si, nous sommes là, c’est pour chercher de l’argent. Nous n’avons pas de parents ici. Cela fait 3 jours que les ouvriers mauritaniens nous mettent les bâtons dans les roues. Ils n’arrêtent pas de penser que les ouvriers étrangers se sont accaparés de toutes les manœuvres » 

Depuis deux jours, les ouvriers étrangers sont empêchés de traîner aux alentours du marché Lihmoum. Les mauritaniens leur reprochent de casser les prix de la main d’œuvre. Là où les ouvriers étrangers proposent 1000 UM, les ouvriers mauritaniens demandent 3000 UM. En plus, la main d’œuvre étrangère est plus sollicitée que la main d’œuvre locale, créant ainsi une jalousie dans l’esprit des ouvriers mauritaniens. 

Ce n’est pas la première fois, que cette situation est survenue. Face à une main d’œuvre étrangère de plus en plus sollicitée par les patrons de la place, les ouvriers mauritaniens ont fini par péter les plombs. Pour certains, comme Boubacar Coulibaly de nationalité mauritanienne, ce qui s’est passé hier, au marché Lihmoum de la capitale, entre ces travailleurs de l’informel est à classer dans le registre des actes récurrents. 

Pour lui, il n’y a pas lieu d’envenimer les choses et d’ébranler les liens existant entre la Mauritanie et les pays de la sous-région comme le Sénégal, le Mali, la Guinée Conakry d’où sont issus la plupart des ouvriers étrangers. «C’est des choses qui ne sont pas importantes, juge-t-il. Ça arrive souvent entre les ouvriers étrangers et les ouvriers mauritaniens. C’est des petits problèmes entre ouvriers. » 

Au fil des ans, le marché de Lihmoum, devenu un marché noir, engendre de plus en plus de convoitise et de jalousie entre la main-d’œuvre étrangère et celle mauritanienne. Ils sont nombreux ceux qui pensent comme Boubacar Coulibaly que l’incident qui a eu lieu entre un ouvrier malien et un autre mauritanien est «un petit problème ».  

Toutefois, du côté des ouvriers étrangers, c’est la peur et l’inquiétude. Ils commencent déjà à s’interroger sur leur sécurité. Avant-hier, par exemple, un ouvrier étranger a été tabassé par des ouvriers mauritaniens. Actuellement, il est admis à l’Hôpital National où il a été interné depuis 3 jours. La police, mise au parfum, est intervenue pour disperser la foule qui s’était formée autour de la dispute. Aucun blessé n’a été constaté.  

Pendant quelques heures, les esprits se sont échauffés. On ne sait pas qui, du malien ou du mauritanien, a provoqué le premier la bagarre. Non plus les raisons. Chacun y est allé de sa propre interprétation et de sa propre version des faits.  

Aussitôt alertée, l’ambassade du Mali a réagi en apaisant l’esprit de ses ressortissants. Ces «petits problèmes » peuvent être tout de même sources d’incidents diplomatiques.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2008 )

Marche du FNDD violemment réprimée par la POLICE

Comme la guerre de Troie, la manifestation tant attendue du 5 Octobre du Front National pour la Défense de la Démocratie n’a pas finalement eu lieu. Cependant quelques partisans de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ont tenu à marcher pour exprimer toute leur désapprobation au coup d’Etat du 6 août 2008. La junte militaire au pouvoir dirigée par le Général Mohamed Ould Abdel Aziz a ressuscité les vieilles méthodes de la répression dignes d’un Etat policier. Un dispositif sécuritaire très important a été déployé au centre ville de Nouakchott pour faire capoter toute tentative de marche de protestation du Front National pour la Défense de la Démocratie. Dès 16 heures, une poignée de manifestants composée d’une centaine de personnes annonçait les couleurs en scandant le nom de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi en prenant d’assaut le carrefour de l’hôpital National de Nouakchott, sous le regard intrépide des policiers nerveusement armés de matraques et de grenades lacrymogènes. Les policiers ne mirent pas assez de temps pour éparpiller ces manifestants à coups de grenades lacrymogènes. Devant ce spectacle désolant, des pick up remplis de policiers, au moins cinq, ont été appelés pour renforcer le dispositif sécuritaire.  A 16h 15, il n’y avait pas encore l’ombre d’un responsable du Front National pour la Défense de la Démocratie. «C’était en quelque sorte prévisible, souligne un manifestant du nom de Mohamed Abdallahi Ould Baba. C’était prévisible que les leaders du FNDD ne s’exposent pas à une police plus soucieuse de violer les libertés fondamentales que de protéger les citoyens. » 

Hier, Nouakchott a vécu une chaude journée entre d’une part des manifestants qui réclamaient le retour à l’ordre constitutionnel et d’autre part des policiers déchaînés comme il est de coutume dans ce genre de manifestations. Des disputes se sont engagées entre les éléments de la police et certains manifestants. Certains manifestants furent brutalisés même certains journalistes, venus faire leur métier, n’ont pas échappé à la «lessive » légendaire de nos policiers. Face à la persistance des manifestants qui occupaient l’axe reliant le carrefour BMD et l’Hôpital National de Nouakchott, les policiers ont fini par perdre leur sang-froid. Et lorsque nos policiers se déchaînent, bonjour les bavures.  Des scènes choquantes se sont produites durant cette répression. On a vu certains manifestants, sous l’effet des matraques, marcher à quatre pattes. Accéder à l’Hôpital National de Nouakchott, c’était presque faire le chemin de la Croix. Pendant presque une heure d’horloge, ce fut une véritable chasse aux manifestants que se sont livrés les policiers. Cela n’a pas manqué d’écœurer certains manifestants. «Cette junte est là pour la répression, dit Abdallahi Moctar Fall. Ils sont en train de fatiguer le peuple qui est là pour manifester sa désapprobation à la junte. Le peuple mauritanien n’a pas besoin de cette junte. Il veut le retour à la légalité. C’est cela qui fait exactement bouger la junte. Ce qu’est en train de faire la police dénote de la pure répression. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 7 octobre, 2008 )

Retour de Sidi:Les responsables du FNDD ne démordent pas !

Les responsables du Front National pour la Défense de la Défense mis en place au lendemain du coup d’Etat militaire dirigé par le général Mohamed Ould Abdel Aziz ont dressé un bilan positif de leur marche de protestation violemment réprimée par les forces de l’ordre, dimanche dernier. Tour à tour, dans leurs interventions, de Amar Ould Yali(APP) à Ba Mamadou Alassane(PLEJ) en passant par Mohamed Ould Maouloud(UFP), Boïdiel Ould Homeïd(Adil) et Jémil Ould Mansour(Tawassoul), les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie, devant des militants venus leur apporter confort moral, ont rappelé leur détermination à poursuivre leur lutte visant le rétablissement de l’ordre constitutionnel et le retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dans ses fonctions de Président de la République de Mauritanie. Cela fait deux mois qu’il est toujours en détention surveillée. Et, depuis quelques temps, ses proches n’ont pas eu de ses nouvelles. A part, celles fournies par les émissaires de l’Union Africaine, durant leur dernier passage à Nouakchott. Cette situation «est une anomalie », selon Boïdiel Ould Homeïd qui a demandé ipso facto la libération de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. 

La sortie massive des populations de Nouakchott à l’occasion de la marche du 5 octobre dans diverses zones de la capitale traduit, selon les responsables du FNDD, un refus de leur part de dire non au coup d’Etat du 6 août 2008 et à la junte militaire, au pouvoir depuis exactement 2 mois. Ils ont appelé la communauté internationale à exercer davantage de  pressions sur la junte militaire jusqu’au retour à la légalité constitutionnelle. Sur ce point, Mohamed Ould Maouloud a demandé à l’Union Européenne de faire respecter les 24 engagements pris par les militaires durant la période de transition. Tout en se désolant des actes de provocations et d’humiliations dont furent victimes leurs militants, à l’occasion de la marche du 5 octobre dernier, les leaders réunis autour du Front National pour la Défense de la Démocratie se sont réjouis du fait que la marche n’ait pas connu de dérapages grâce à  leur sang-froid et de leur retenue vis-à-vis de la police qui a utilisé à profusion des grenades lacrymogènes et des tasers. Ils ont appelé également les forces armées à s’abstenir de toute ingérence dans le bras de fer qui leur oppose au HCE et surtout de ne pas accepter d’être instrumentalisées par le général Mohamed Ould Abdel Aziz. 

Durant cette conférence de presse, il a été annoncé que les avocats de la fondation KB, objet d’enquête d’une commission sénatoriale, qui devaient se rendre hier à Dakar, ont été empêchés de sortir du territoire national. Leurs passeports furent confisqués. Les raisons de ce refus n’ont pas été avancées par les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie qui ont donné cette nouvelle qui, si elle est avérée, vient de confirmer les velléités du Haut Conseil d’Etat de restreindre les libertés publiques. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

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