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( 13 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«La soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme » Nicolas Machiavel

Combien de délégations ont été dépêchées par la France, les Etats-Unis d’Amérique, les Nations-Unies, l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Unité Africaine à Nouakchott pour trouver une sortie de crise à la situation actuelle que traverse la Mauritanie ? C’est tristement malheureux ce qui est arrivé ou en train d’arriver à notre pays. Le responsable n’est autre que Mohamed Ould Abdel Aziz, le premier officier de l’armée mauritanienne à être promu au rang de général. 

A l’image de la Chine, de la Guinée, de la Tunisie, de la Birmanie, la Mauritanie peut être maintenant classée dans ces dictatures, après une éclaircie de 3 ans, où on n’a pas le droit de s’égosiller sa désapprobation, de manifester son ras-le-bol, de défendre ses opinions…  

La marche avortée du Front National pour la Défense de la Démocratie du 5 octobre et de celle des centrales syndicales deux jours après a remis à jour les vieux réflexes du pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya où la répression était sa manie, la justification de l’existence de son pouvoir ! Il a révélé à n’en pas douter l’utilisation de la manière forte avec laquelle compte diriger ce pays Mohamed Ould Abdel Aziz. 

Museler les partis politiques qui ne l’applaudissent pas, terrifier les récalcitrants, bâillonner la presse qui voudrait se dresser en rempart contre lui, tel semble être la volonté de Mohamed Ould Abdel Aziz et de son gouvernement. Et de quoi ont peur les nouvelles autorités lorsqu’elles déclarent qu’elles vont interdire toutes sortes de manifestations ?  

Manifester est un droit reconnu par notre charte fondamentale. Sans doute, Mohamed Ould Abdel Aziz ne l’ignore pas. Il est en train malheureusement de s’inscrire dans la lignée des grandes dictatures que ce monde a enfantées. Sa police ne tergiverse pas à canarder des manifestants à coup de grenades lacrymogènes et à utiliser des matraques et des tasers.  

Tout ceci pour humilier, brutaliser qui est même l’essence de nos forces de l’ordre. La meilleure manière de demeurer au pouvoir, c’est d’intimider ses adversaires, les annihiler au néant. C’est de trucider dans l’œuf toute expression d’adversité ou désapprobation émanant de la population, des partis politiques, des travailleurs et de la société civile. Et, sur ce point, le général ne cesse de nous surprendre.   

De Pinochet à Robert Gueï, les régimes militaires n’ont jamais tenu face à l’épreuve du temps. Ne dit-on pas souvent qu’il faut savoir tirer les leçons de nos erreurs. Mohamed Ould Abdel Aziz semble en outrepasser pensant qu’il peut dribler tout le monde. Tous les militaires, excepté Thomas Sankara, ont échoué dans leur entreprise de former un nouvel ordre étatique et républicain.  

Mohamed Ould Abdel Aziz, même s’il est venu au pouvoir pour rectifier, il ne comprend rien de l’Etat, de l’administration, de la République et ne croit pas aux valeurs démocratiques. Avec une police nerveusement armée de matraques, de tasers et de grenades lacrymogènes, Mohamed Ould Abdel Aziz pense pouvoir avoir la main mise sur la situation actuelle qui prévaut dans le pays.

Les mauritaniens, ayant beaucoup souffert des excès de nos militaires, sont en train de payer un lourd tribut. Après avoir quitté en 2007, ils reviennent pour mettre le feu sur la paille. On n’aurait dû jamais se retrouver à cette situation. Et, bizarrement, nos hommes politiques n’ont jamais osé faire face à ce problème, fuyant ainsi leur responsabilité.  

Si les militaires décident de rester, c’est sûr qu’ils vont rester. Par contre, ceux qui pensent que le coup d’Etat du 6 août 2008 fut une bénédiction se gourent lourdement. Je serai le premier à applaudir si Mohamed Ould Abdel Aziz, en réussissant à rester au pouvoir, parvenait à améliorer les choses, à réduire les dépenses excessives de l’Etat, à lutter contre le favoritisme, à augmenter les salaires et à anéantir les contrecoups de la cherté de la vie.  

A l’image de la classe politique, de la société civile et des organisations des travailleurs, le peuple mauritanien est dubitatif et ne sait pas toujours de ce que demain sera fait. Il nous faut un Président de la République qui inspire la confiance. Or, Mohamed Ould Abdel Aziz, jusqu’à preuve du contraire, ne fait pas l’affaire pour parler prosaïquement.  

Le général semble intrépide et inamovible. Lui qui veut conserver toutes les commandes du pays, jusqu’où est-il prêt à aller ? Déjà, il a fini par installer ses sbires à tous les postes de nomination stratégiques. Hélas, nous risquons de nous acheminer vers l’établissement d’une dictature militaire où les libertés publiques seront restreintes. Notre général est prêt à tout même à sacrifier la Mauritanie, le peuple mauritanien pour rester au pouvoir.  

L’obstination est souvent scabreuse. Que Dieu nous en préserve. Ceux qui disent que Mohamed Ould Abdel Aziz est venu au pouvoir pour «rectifier» n’ont rien compris de ses intentions. Il les utilise comme on en fait avec une serpillère ou un «Kleenex ». 

On le sait : les militaires ne sont pas du genre à tenir leurs engagements. Maouiya, Mobutu, Castro, Saddam Hussein, Lansana Konté…en sont des illustrations. Comme Churchill qui déclarait à la fin de la seconde guerre mondiale : «nous avons tué le mauvais cochon » en parlant de l’Allemagne nasie, nous pouvons dire de Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il a tué la démocratie à cause de son avidité pour le pouvoir.

Par Babacar Baye Ndiaye

( 13 octobre, 2008 )

Serigne MBaye Gueye alias Disiz la Peste: »Je peux mentir dans ma vie mais avec ma musique et le public, je n’y arriverai pas »

Il a sorti à son actif 4 albums dont le plus vendu demeure à ce jour «Le Poisson rouge » qui a remporté avec le single «J’pète les plombs » un très grand succès à la vente (200.000 albums vendus et 500.000 singles). Ce single est inspiré par le film de Joël Schumacher Chute libre ou Falling Down en Anglais. Il  a participé aussi à de nombreuses compliations et de mixtapes et fait de nombreux featiring avec des rappeurs très célèbres tels que La fouine, La boussole, Iron Sy, Diam’s, Akhenaton…Il était de passage à Nouakchott dans le cadre d’une tournée africaine. Durant son concert de ce 11 Octobre, il a foutu, lui son groupe, le bordel au Centre Culturel Français de Nouakchott. Avant le début de son show, il nous a accordé une interview dans laquelle, il est revenu, entre autres sujets évoqués avec lui, sur la politique de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration et de son fameux discours du 26 juillet 2007 prononcé à Dakar.  

Le Rénovateur Quotidien : D’abord, que connaissez-vous du Rap mauritanien ? En avez-vous déjà entendu parler ? 

Disiz la Peste : Oui, je connais deux groupes : Diam Min Tekky et Military Underground. Je suppose qu’il y en a plein d’autres. Mais, je n’ai rencontré que ces deux-là à l’occasion d’un concert que j’étais venu faire par l’initiative de Moulaye Abass en hommage à son père par rapport au challenge Sidi Mohamed Ould Abass. Durant mon séjour à Nouakchott, j’avais demandé de rencontrer des groupes de Rap mauritanien et d’enregistrer un morceau avec eux. J’ai «rappé» avec eux et j’étais très content. 

Le Rénovateur Quotidien : Et comment les avez-vous trouvés ? 

Disiz la Peste : Sincèrement, très bons! Military Underground avait un côté beaucoup plus revendicatif et conscient. Diam Min Tekky était plus dans le flow même s’il dénonçait certaines choses. J’ai aimé cette diversité dans le Rap. Cela prouve qu’il y a une richesse et une ouverture d’esprit contrairement en France où on a un peu perdu ce côté-là. Les rappeurs hardcore ne se mélangent pas avec les rappeurs conscients et vice versa. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est votre deuxième fois de venir en Mauritanie en l’espace d’une année. Qu’est-ce que cela signifie pour vous de venir y jouer ? 

Disiz la Peste : Vous savez : j’adore l’Afrique. Elle m’inspire énormément ! Ce n’est pas de belles paroles. C’est sincère. Le fait de revenir encore en l’espace d’un an en Afrique et plus articulièrement en Mauritanie pour y jouer, c’est très important pour moi. Cette fois-ci, je suis ici dans le cadre d’une tournée. Je viens de découvrir des pays comme le Niger, le Burkina Faso, que je ne connaissais pas. Je ne connaissais que le Sénégal et un petit peu la Mauritanie. Je suis vraiment content d’être là encore en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous disiez tantôt que vous aimez l’Afrique. Par rapport aux difficultés qu’elle rencontre, par rapport à sa jeunesse qui manque de perspectives, quel regard en faites-vous ? 

Disiz la Peste : L’Afrique porte sa croix depuis des siècles. Je vois des choses qui changent, qui s’empirent. Cela fait dix ans que je viens en Afrique. Malgré toutes les difficultés qu’elle rencontre, je n’ai jamais perdu d’espoir. Ce n’est pas de ma nature. Moi qui viens d’Occident, si je viens en Afrique et que je baisse les bras, quel message je vais envoyer à la jeunesse. En Afrique, il y a beaucoup de jeunesses. Il y a énormément de talents. Quel continent aurait pu résister à tous ces vols des occidentaux ? Quel continent aurait la force et la dignité de subir tout cela et de garder espoir comme l’Afrique et sa jeunesse ? Je ne le pense pas. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous revendiquez votre négritude ? 

Disiz la Peste : Ah! Oui, tout le temps. Tout ce que je peux dénoncer, je le fais. Quand j’ai fait mon album intitulé «Itinéraire d’un enfant bronzé », j’ai parlé de certains problèmes que j’ai pu rencontrer en France par rapport à ma couleur de peau, par rapport à ceux qui voudraient venir en France. A ces derniers, je leur fais savoir qu’il y a des foyers d’immigrés qui brûlent, des gens qui meurent ou qui se retrouvent à
la Seine parce qu’ils ont peur d’être retrouvés par la police, qu’il y a énormément de racisme, de discrimination. Il y a des choses bien aussi. Voilà, c’est des choses que je parle dans ma musique. 

Le Rénovateur Quotidien : Si je ne m’abuse pas, vous aviez annoncé votre retrait du Rap. N’allez-vous pas laisser un goût amer ou frustrer vos milliers de fans que vous avez habitué à donner du plaisir depuis presque 10 ans ?  

Disiz la Peste : Je suis quelqu’un de libre. Le Seul à qui je dois rendre compte, pour moi, c’est Dieu. Et, à mon avis, continuer à faire de la musique pour mes fans juste pour des raisons d’argent, ce serait me perdre en quelque sorte. De toute façon, je continuerai à faire de la musique. Aux Etats Unis d’Amérique où le public est beaucoup plus ouvert, je n’aurai jamais dit cela. Mais, en France, à partir du moment où on met une guitare sur sa musique (Rap, Ndlr), les gens considèrent qu’on ne fait plus du Rap. Ces gens-là, ils ont l’esprit fermé. Plutôt qu’on me dise Disiz ne rappe plus, je préfère le dire moi-même. Je reste authentique dans ma musique sauf que je change un peu de formes. 

Le Rénovateur Quotidien : En 2007, durant la campagne présidentielle, vous avez soutenu Ségolène Royal. Par la suite, Nicolas Sarkozy est devenu Président de
la République. Quelle appréciation faites-vous de sa politique générale notamment en matière d’immigration ?
 

Disiz la Peste : En fait, je rectifie. Je n’étais pas aux côtés de Ségolène Royal. C’était à l’occasion de son dernier meeting (1ier mai 2007, au stade Charléty, Ndlr) où c’était clairement elle ou Sarkozy. Vu que j’étais contre Nicolas Sarkozy, je suis allé assister son meeting. Maintenant, par rapport à sa politique en matière d’immigration, rien ne m’étonne. Les Français s’étonnent et disent oui ce n’est pas normal. Eh ! bien, il ne fallait pas voter pour lui. Maintenant, c’est trop facile de se lever et dire qu’il y a plein de choses qui ne va pas. On a vu comment son prédécesseur (Jacques Chirac) avait joué sur l’insécurité. Qui dit insécurité en France fait allusion aux gens bronzés qui viennent souvent  d’Afrique. Par rapport à sa politique d’immigration, Sarkozy l’avait bien définit dans son programme de campagne présidentielle. Il a réussi à récupérer des voix à Jean Marie Le Pen. Et, il a été au bout de sa démarche en plaçant Brice Hortefeux (actuelle ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire, Ndlr). Parallèlement à sa politique de répression, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a renforcé ses contrôles dans la lutte contre l’immigration. Tout cela ne m’étonne pas. En plus, le Président Sarkozy vient à Dakar faire un discours (le 26 juillet 2007, Ndlr) où il parle de l’ancienne aura de l’Afrique. Quand, du haut de son complexe de supériorité, il dit que le paysan africain doit «se motoriser » et rentrer dans le grand concert du monde, il montre tout son mépris envers les Africains. 

Le Rénovateur Quotidien : De «Poisson Rouge » aux «Histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue » en passant par «Jeu de société », «Itinéraire d’un enfant bronzé » et «Disiz The End », vous avez réussi à vous imposer dans le milieu du Rap français. Comment en êtes-vous arrivé là et quel est votre petit secret ? 

Disiz la Peste : Vous savez, mon premier album (Le Poisson Rouge sorti en 2000, Ndlr), il a eu un grand succès. Il a énormément vendu. Le second (Jeu de Société sorti en 2003, Ndlr) beaucoup moins. J’ai fait deux albums au Sénégal (Sant Yalla et Sama Adjana, Ndlr) qui m’ont beaucoup rapporté. J’ai eu la chance de faire un film (Dans tes rêves de Denis Thybaud sorti en 2005, Ndlr). Après, j’ai sorti un album qui a un peu mieux marché. Là, je m’apprête à faire autre chose. Cela fait 12 ans que je fais de la musique. Je remercie simplement Dieu. Mon secret à moi, c’est l’authenticité. Je peux mentir dans ma vie mais avec ma musique et le public, je n’y arriverai pas. J’ai l’impression d’avoir un miroir en face de moi. C’est pour cela, chaque parole est mesurée. Dès fois, je suis énervé, j’ai envie de dire des choses vraiment violentes. Mais, je fais attention aux plus jeunes qui m’écoutent. Mon secret, c’est d’être plus sincère que possible dans ma musique. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre album «Poisson Rouge » a été double disque d’or et «Les Histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue » meilleur album de l’année aux Victoires de la musique 2006. Seriez-vous en mesure de rééditer cet exploit ? 

Disiz la Peste : Ah ! Je ne sais pas. Peut-être, c’est possible. Mais, ce n’est pas moi qui décide. C’est Dieu. Je sais que la façon dont j’entreprends ma musique est la même que celle que je faisais à l’époque. C’est juste que je donne tout de moi. Si cela marche, tant mieux ! J’ai écrit une phrase qui dit : «Moi, je suis auteur de mes albums/Le public est auteur de mes succès ». 

Le Rénovateur Quotidien : Au nom de l’ouverture musicale, le Rap est aujourd’hui mêlé à toutes sortes de sauces musicales. Quelle appréciation en faites-vous ? 

Disiz la Peste : Ah ! Oui, je suis parmi les premiers à le faire en France. Maintenant, j’ai une orientation un peu plus Rock. J’aurai dû commencer depuis longtemps avec une orientation beaucoup plus africaine. Je suis pour l’ouverture du Rap à d’autres styles de musique. L’essence du Rap au départ, c’était de se mélanger. Le Hip Hop, c’est un entonnoir. Et, je ne pense pas que cela puisse tuer le Rap. Le Rap, c’est le fond. La forme, c’est un outil. Le Rap, c’est la parole des pauvres. C’est la musique qu’on n’a pas besoin d’apprendre. C’est de la musique instinctive. Le Rap ne mourra jamais, jamais. Il s’adaptera toujours. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes aussi un acteur. D’ailleurs, vous avez participé à de nombreux (Dans tes rêves, Petits meurtres en famille…) qui ont connu du succès en France. Y êtes-vous venu pour gagner de l’argent ou pour vous faire plaisir ? 

Disiz la Peste : Non, c’est le cinéma qui est venu me chercher. Je ne suis pas allé chercher le cinéma. C’était par rapport à un clip que j’avais fait qui s’appelle «J’pète les plombs » (inspiré du film de Joël Schumacher, Ndlr). Et là, des gens ont vu dans ce clip que je pourrai faire du cinéma. On m’a proposé un rôle, cela m’a plu et je l’ai accepté (Il s’agit du film «dans tes rêves » où il incarne le rôle d’un jeune rappeur qui veut accomplir son rêve, un film réalisé par Denis Thybaud, Ndlr). Ce n’est pas pour l’argent que je suis venu au cinéma. On m’a proposé d’autres rôles après. Je ne les ai pas acceptés parce que cela ne correspondait pas à mon état d’esprit. C’était des rôles qui montraient une mauvaise image des noirs ou des jeunes de la banlieue. Et, pourtant, il y avait beaucoup d’argent. 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que ce que le Rap n’a pas réussi à vous donner, le cinéma vous le donnera ?  

Disiz la Peste : Ah, non ! Le cinéma, c’est très compliqué. Surtout, en France. Comme je disais tantôt, les rôles qu’on propose à des jeunes comme moi sont souvent stéréotypés. Par contre, j’ai écrit un livre qui s’appelle «Les Derniers de
la Rue Pontiers » qui va sortir le 7 janvier en France. J’ai demandé à mon éditeur de faire une édition spéciale pour l’Afrique afin que le livre soit à la portée des bourses africaines. C’est un roman qui se passe en Afrique notamment à Dakar au Sénégal. Si à 40 ou à 50 ans, on pouvait se rappeler de moi comme un écrivain, quitte à ce qu’on oublie que j’ai fait de la musique même si j’adore ça, je serai très fier. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans votre album «Les histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue », il y a un morceau intitulé «Ultrabogosse ». Que voulez-vous insinuer par-là ? 

Disiz la Peste : En fait, c’était juste pour me moquer un peu de tout ce superflu qu’on a en France qui entoure la nouvelle génération. Je voyais plein de garçons qui faisaient énormément attention à eux. C’est un morceau qui voulait se moquer de tout cela. Il y a souvent du second sens dans mes propos. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 octobre, 2008 )

Les Nouvelles du Jour

                                    Sanctions économiques

Dans un pays qui importe environ 70 pour cent de ses denrées alimentaires et où, selon les estimations des Nations Unies, plus d’un million de personnes souffrent de malnutrition chronique, certains bailleurs craignent qu’un embargo de longue durée sur l’aide au développement ne pénalise pas seulement l’armée, qui s’est emparée du pouvoir, mais aussi les civils. L’Union européenne (UE), le gouvernement américain et la Banque mondiale ont suspendu, ou menacé d’annuler, le versement de plus de 500 millions de dollars d’aide non-humanitaire, selon des statistiques compilées par IRIN, pour condamner la prise de pouvoir de l’armée, le 6 août, et la séquestration continue du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Ces fonds devaient servir à soutenir, entre autres projets, des opérations de développement rural, des activités sanitaires et éducatives, des opérations de déminage, de maintien de la paix, des opérations anti-terroristes, des entraînements militaires et des opérations de construction routière, selon les listes publiques de financement de projets de l’UE, du gouvernement américain et de la Banque mondiale.

                   Des répercussions limitées dans l’immédiat

Hormis neuf millions de dollars, gelés par la Banque mondiale, aucune de ces suspensions ne concerne l’aide humanitaire ou alimentaire. L’Agence française de développement (AFD), premier bailleur bilatéral de la Mauritanie, a suspendu tout nouveau financement hors urgence jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement soit établi, selon Marc Flattot, chargé d’affaires de l’ambassade de France à Nouakchott. M. Flattot a expliqué à IRIN que les programmes pour lesquels les financements avaient déjà été déboursés continueraient à être gérés. « Comme les projets de l’AFD sont des projets lourds qui s’étalent parfois sur plusieurs années, les répercussions des sanctions ne vont pas forcément se faire sentir tout de suite. Malgré tout, pour la junte [militaire], il sera difficile de résister à ces sanctions ; 100 millions d’euros (142 millions de dollars) sur trois ans, ce n’est pas rien ». Il n’a pas précisé, néanmoins, la somme en jeu, ni le montant déjà déboursé, sur cette somme.

                                Propositions de gel à l’UE

L’Union européenne (UE) avait négocié de payer 300 millions d’euros (426 millions de dollars) sur les quatre prochaines années pour obtenir l’autorisation de pêcher dans les eaux mauritaniennes à compter du 31 août 2008. Quelques semaines après la date de démarrage prévue, pourtant, pas un centime n’a été versé dans le cadre de cet accord de pêche, selon Geza Strammer, chef de la délégation de l’UE à Nouakchott. Louis Michel, commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, a en effet recommandé le gel total du contrat de pêche. Les responsables de l’UE ont également menacé de geler une partie des 230 millions de dollars d’aide promis à la Mauritanie jusqu’en 2013. M. Strammer de l’UE a indiqué à IRIN que la proposition d’embargo financier décrété par l’UE ne concernerait ni l’aide d’urgence ni l’aide humanitaire. En revanche, les projets infrastructurels dans lesquels l’UE envisageait d’investir, notamment la rénovation des 200 kilomètres de route qui séparent la ville de Rosso, dans le sud de la Mauritanie, et Nouakchott, ont été suspendus. Selon M. Strammer, si les projets de l’UE ne font pas travailler des milliers de personnes, l’embargo européen sur les investissements pénalisera tout de même les entreprises locales. « Évidemment, lorsqu’un chantier est gelé, c’est autant de ressources en moins pour les ouvriers et cela représente un manque à gagner pour les entreprises locales », a-t-il noté. D’après lui, toutefois, si l’embargo se fait sentir, dans l’immédiat, son impact pour l’Etat ou ses citoyens sera minime. « Il faudra six mois à un an pour que ces limitations de l’aide au développement puissent réellement gêner le fonctionnement de l’Etat [aux mains des meneurs du putsch]. Et cela est d’autant plus vrai que l’on s’attend à une production pétrolière nationale accrue pour les prochains mois. Je pense donc que les militaires peuvent malgré tout survivre à ce choc en se serrant la ceinture, sans pour autant toucher aux fondamentaux de la vie quotidienne des Mauritaniens ». La production pétrolière a commencé en février 2006, mais le rendement est inférieur aux prévisions. Les réserves de pétrole brut, avérées et potentielles, de
la Mauritanie sont estimées à environ 600 millions de barils, et le secteur devrait se développer, selon Extractive Industries Transparency Initiative, un organisme britannique qui plaide en faveur de la transparence des transactions dans le secteur des industries extractives.

                   La Banque mondiale interrompt ses opérations

La Banque mondiale a quant à elle annoncé un gel des prêts accordés à la Mauritanie et n’a pas débloqué les 175 millions de dollars qui auraient permis de financer 17 programmes d’aide et d’investissement dans le pays. Ces fonds représentent une partie des plus de 400 millions de dollars que la Banque s’était engagée à verser dans les secteurs du développement rural, de la santé, de l’éducation et des infrastructures, notamment de la construction routière. En Mauritanie, le personnel, en congé administratif, a été renvoyé chez lui, et aucun contact officiel n’a été établi entre le bureau de la Banque mondiale à Nouakchott et les putschistes, selon un cadre de la Banque mondiale, qui a souhaité conserver l’anonymat. Selon celui-ci, l’institution « [devait] débloquer neuf millions de dollars pour la sécurité alimentaire, mais le feu vert est conditionné à l’avancée des négociations entre la communauté internationale et le nouveau pouvoir [les putschistes militaires] ». Le cadre a également ajouté que les responsables de
la Banque mondiale devaient se réunir à Washington le 25 septembre pour aborder la question.

                         Un impact incertain à long terme

Maria Ribeiro, coordinatrice résidente du système des Nations Unies en Mauritanie, a déclaré à IRIN qu’un embargo prolongé risquait de créer des difficultés pour les Mauritaniens : « à moyen [et] long termes, ces réductions potentielles [des fonds accordés à la Mauritanie] risquent d’engendrer des difficultés plus graves et une plus grande vulnérabilité [des Mauritaniens] aux crises humanitaires ». Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS Net, en anglais), un organisme à but non-lucratif de surveillance de la sécurité alimentaire, a fait état de récentes améliorations de la sécurité alimentaire dans les régions rurales de
la Mauritanie où les populations cultivent leurs propres vivres, mais l’organisme a noté dans un rapport récent sur la sécurité alimentaire que la situation n’était pas stable.
Ici, « la sécurité alimentaire est fragile […] parce qu’une bonne récolte sèche ne permet pas de combler le déficit de production accumulé au cours des années précédentes ». Au sein de l’armée, les appels des bailleurs à un retour au régime constitutionnel sont restés lettre morte. Le président Abdallahi reste en détention, et le 1er septembre, les leaders militaires ont formé un gouvernement transitoire composé de 22 membres, sans préciser la durée de ses pouvoirs transitoires. Les putschistes envisagent toujours d’organiser des élections déjà contestées.

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