( 13 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«La soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme » Nicolas Machiavel

Combien de délégations ont été dépêchées par la France, les Etats-Unis d’Amérique, les Nations-Unies, l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Unité Africaine à Nouakchott pour trouver une sortie de crise à la situation actuelle que traverse la Mauritanie ? C’est tristement malheureux ce qui est arrivé ou en train d’arriver à notre pays. Le responsable n’est autre que Mohamed Ould Abdel Aziz, le premier officier de l’armée mauritanienne à être promu au rang de général. 

A l’image de la Chine, de la Guinée, de la Tunisie, de la Birmanie, la Mauritanie peut être maintenant classée dans ces dictatures, après une éclaircie de 3 ans, où on n’a pas le droit de s’égosiller sa désapprobation, de manifester son ras-le-bol, de défendre ses opinions…  

La marche avortée du Front National pour la Défense de la Démocratie du 5 octobre et de celle des centrales syndicales deux jours après a remis à jour les vieux réflexes du pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya où la répression était sa manie, la justification de l’existence de son pouvoir ! Il a révélé à n’en pas douter l’utilisation de la manière forte avec laquelle compte diriger ce pays Mohamed Ould Abdel Aziz. 

Museler les partis politiques qui ne l’applaudissent pas, terrifier les récalcitrants, bâillonner la presse qui voudrait se dresser en rempart contre lui, tel semble être la volonté de Mohamed Ould Abdel Aziz et de son gouvernement. Et de quoi ont peur les nouvelles autorités lorsqu’elles déclarent qu’elles vont interdire toutes sortes de manifestations ?  

Manifester est un droit reconnu par notre charte fondamentale. Sans doute, Mohamed Ould Abdel Aziz ne l’ignore pas. Il est en train malheureusement de s’inscrire dans la lignée des grandes dictatures que ce monde a enfantées. Sa police ne tergiverse pas à canarder des manifestants à coup de grenades lacrymogènes et à utiliser des matraques et des tasers.  

Tout ceci pour humilier, brutaliser qui est même l’essence de nos forces de l’ordre. La meilleure manière de demeurer au pouvoir, c’est d’intimider ses adversaires, les annihiler au néant. C’est de trucider dans l’œuf toute expression d’adversité ou désapprobation émanant de la population, des partis politiques, des travailleurs et de la société civile. Et, sur ce point, le général ne cesse de nous surprendre.   

De Pinochet à Robert Gueï, les régimes militaires n’ont jamais tenu face à l’épreuve du temps. Ne dit-on pas souvent qu’il faut savoir tirer les leçons de nos erreurs. Mohamed Ould Abdel Aziz semble en outrepasser pensant qu’il peut dribler tout le monde. Tous les militaires, excepté Thomas Sankara, ont échoué dans leur entreprise de former un nouvel ordre étatique et républicain.  

Mohamed Ould Abdel Aziz, même s’il est venu au pouvoir pour rectifier, il ne comprend rien de l’Etat, de l’administration, de la République et ne croit pas aux valeurs démocratiques. Avec une police nerveusement armée de matraques, de tasers et de grenades lacrymogènes, Mohamed Ould Abdel Aziz pense pouvoir avoir la main mise sur la situation actuelle qui prévaut dans le pays.

Les mauritaniens, ayant beaucoup souffert des excès de nos militaires, sont en train de payer un lourd tribut. Après avoir quitté en 2007, ils reviennent pour mettre le feu sur la paille. On n’aurait dû jamais se retrouver à cette situation. Et, bizarrement, nos hommes politiques n’ont jamais osé faire face à ce problème, fuyant ainsi leur responsabilité.  

Si les militaires décident de rester, c’est sûr qu’ils vont rester. Par contre, ceux qui pensent que le coup d’Etat du 6 août 2008 fut une bénédiction se gourent lourdement. Je serai le premier à applaudir si Mohamed Ould Abdel Aziz, en réussissant à rester au pouvoir, parvenait à améliorer les choses, à réduire les dépenses excessives de l’Etat, à lutter contre le favoritisme, à augmenter les salaires et à anéantir les contrecoups de la cherté de la vie.  

A l’image de la classe politique, de la société civile et des organisations des travailleurs, le peuple mauritanien est dubitatif et ne sait pas toujours de ce que demain sera fait. Il nous faut un Président de la République qui inspire la confiance. Or, Mohamed Ould Abdel Aziz, jusqu’à preuve du contraire, ne fait pas l’affaire pour parler prosaïquement.  

Le général semble intrépide et inamovible. Lui qui veut conserver toutes les commandes du pays, jusqu’où est-il prêt à aller ? Déjà, il a fini par installer ses sbires à tous les postes de nomination stratégiques. Hélas, nous risquons de nous acheminer vers l’établissement d’une dictature militaire où les libertés publiques seront restreintes. Notre général est prêt à tout même à sacrifier la Mauritanie, le peuple mauritanien pour rester au pouvoir.  

L’obstination est souvent scabreuse. Que Dieu nous en préserve. Ceux qui disent que Mohamed Ould Abdel Aziz est venu au pouvoir pour «rectifier» n’ont rien compris de ses intentions. Il les utilise comme on en fait avec une serpillère ou un «Kleenex ». 

On le sait : les militaires ne sont pas du genre à tenir leurs engagements. Maouiya, Mobutu, Castro, Saddam Hussein, Lansana Konté…en sont des illustrations. Comme Churchill qui déclarait à la fin de la seconde guerre mondiale : «nous avons tué le mauvais cochon » en parlant de l’Allemagne nasie, nous pouvons dire de Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il a tué la démocratie à cause de son avidité pour le pouvoir.

Par Babacar Baye Ndiaye

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