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( 17 octobre, 2008 )

Me Lô Gourmo Abdoul à Mohamed Ould Znagui: »Ne croyez pas qu’il sera facile d’instrumentaliser la justice de notre pays »

Les avocats de la fondation KB dirigée par l’épouse de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, président déposé le 6 août dernier par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, ont organisé au siège de la dite fondation un point de presse. A l’ordre du jour, deux points : leur visite à Dakar pour déposer plainte contre Baba Tandian, un homme d’affaires sénégalais, pour diffamation calomnieuse à l’endroit de leur cliente et les dernières déclarations faites par le président de la commission sénatoriale  chargée d’enquêter sur l’origine des fonds de la fondation KB, Mohamed Ould Znagui.

———————–Par Babacar Baye Ndiaye

 

 

Me Lô Gourmo Abdoul, au cours de ce point de presse, est longuement et amplement revenu sur leur voyage de la semaine dernière, lui et Me Moulaye Ould Ghali, à Dakar. «Nous étions partis porter plainte au nom de la fondation KB contre l’homme d’affaires sénégalais (Baba Tandian) dont les déclarations extrêmement graves et intempestives à propos de madame la présidente de la fondation (Khattou Mint El Boukhary, Ndlr) ont porté un très grand tort à la première dame et donné à ceux qui soutiennent le coup d’Etat matière à alimenter la confusion et à détourner l’opinion publique de la réalité », renseigne-t-il. 

Baba Tandian aurait tenu, selon Me Lô Gourmo Abdoul, sur les ondes sénégalaises et sur certains plateaux de chaînes de télévisions, des propos très «hargneux et attentatoires» à l’encontre de Khattou Mint El Boukhary. «Il (Baba Tandian, Ndlr) a laissé croire que le coup d’Etat en Mauritanie provient de l’attitude et des activités de l’ex-première dame. Que c’est elle qui en est la cause. Il a aussi laissé croire qu’elle s’était accaparé du pouvoir pour en faire un objet entre ses mains : instrumentalisant tout, nommant des ministres, dégommant des ministres et même limogeant des généraux ! Pour agrémenter tout cela du sel nécessaire, il a même dit qu’on a transformé le palais présidentiel en bergerie et en lieu de débauche », a déclaré Me Lô Gourmo, en rapportant les propos de Baba Tandian. 

Ces propos tenus par Baba Tandian, à l’en croire toujours, ont écorné l’image de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et de sa femme en particulier, accusée à tort et à raison, de tirer du bout du nez son mari et surtout d’avoir détourné d’importantes sommes d’argent au nom de sa fondation. Durant leur séjour à Dakar, les avocats de la fondation KB rejoints par Me Aïssata Sall (elle a participé à de nombreux procès en Mauritanie notamment celui de Haïdalla et de Ouadenague, Ndlr), ont saisi la justice sénégalaise en introduisant ce qu’on appelle la procédure de citation directe. Elle permet à la victime de saisir directement le tribunal en informant le prévenu (celui-ci doit fournir la preuve de ses allégations dans un délai de 15 jours) sans avoir à demander au Procureur de
la République de faire une enquête ou à saisir un juge d’instruction. Le procès aura lieu en principe le 6 Novembre prochain à Dakar.
 

Selon Me Lô Gourmo, «on n’est pas obligé de porter atteinte à l’honneur des gens ni de les insulter », a-t-il affirmé en faisant savoir, en réponse à Baba Tandian, que l’affaire Khattou Mint El Boukhary n’est pas une mince affaire. «On est en plein dans le cœur du coup d’Etat du 6 août 2008. L’une des justifications qui a été avancée, c’est la corruption, la concussion, le trafic d’influence, le clientélisme familial, le népotisme. Ce n’est donc pas une affaire pour rigoler », a-t-il tenu à rappeler. 

Me Lô Gourmo Abdoul est aussi, au cours de ce point de presse, revenu sur les déclarations de Mohamed Ould Znagui, président de
la Commission sénatoriale chargée d’enquêter sur la provenance des fonds de la fondation KB, dirigée par Khattou Mint El Boukhary. On lui prête l’intention de vouloir convoquer à nouveau, en usant de la force, de la menace et de la pression policière, la présidente de la fondation KB pour l’auditionner. «C’est vraiment très significatif d’un état d’esprit », révèle l’avocat de la fondation KB en assimilant cette commission sénatoriale à une «commission inquisitoriale ».
 

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Ce monsieur Znagui est accusé par les avocats de la fondation KB d’avoir proféré des menaces à l’endroit de leur cliente, Khattou Mint El Boukhary qui a refusé de déférer à une deuxième convocation de la commission d’enquête sénatoriale. Ils lui reprochent aussi de vouloir «user des moyens de l’Etat et exiger au ministère de l’intérieur de prendre en charge le dossier afin que Khattou Mint El Boukhary puisse venir témoigner par force et être auditionnée » par les membres de la commission d’enquête sénatoriale. 

Maître Lô Gourmo a, en outre, attiré l’attention de l’opinion publique mauritanienne sur les mécanismes de droit qui sont en train d’être bouleversés et violés sur l’affaire KB qu’il a qualifié « d’explosive » par les membres de la commission d’enquête sénatoriale. «Il ne mesurent pas les risques et les dangers qui tournent autour des manipulations de ce dossier », a-t-il souligné. 

Dans le dernier numéro de Jeune Afrique en date du 14 octobre 2008, Monsieur Mohamed Ould Znagui y allègue que
la Commission d’enquête sénatoriale détiendrait des «documents» qui authentifient que la fondation KB aurait été financée par le trésor public mauritanien. Sa sortie à Jeune Afrique a provoqué l’ire de Me Lô Gourmo. «Avant d’aller révéler à la presse ce que tu as eu comme résultats de ton enquête, il faut aller le dire à tes mandants. Il faut aller d’abord déposer ton rapport devant ceux qui t’ont désigné comme président d’une commission d’enquête avant de le dire à Jeune Afrique. Avant de dire ce que tu as découvert à Jeune Afrique mais dis-le d’abord aux sénateurs qui t’ont élu », dit-il en s’adressant à Mohamed Ould Znagui. 
 

Ensuite, sur un ton d’indignation, il s’adresse directement en le vouvoyant cette fois-ci à Monsieur Znagui, président de la commission d’enquête sénatoriale en ces termes : «Ce n’est pas de cette manière que cela se passe. Puisque vous avez été mandaté par les sénateurs, puisque votre commission a essayé en vain d’auditionner madame Khattou, vous devriez revenir voir les sénateurs qui vous ont élu et leur dire : « Messieurs les sénateurs, la dame Khattou refuse de nous entendre. Nous pensons qu’elle est coupable ». Si les sénateurs sont convaincus de la justesse de vos arguments, monsieur Znagui, d’après une résolution d’un article très précis du règlement intérieur du Sénat, une procédure devant un juge au nom du principe de la séparation des pouvoirs sera engagée (…) en passant par la voie régulière des communications avec l’exécutif, avec en charge le parquet qui va engager la procédure d’ouverture contre x », explique-t-il.  

A ses yeux, cette commission d’enquête sénatoriale n’est pas habilitée à auditionner Madame Mint El Boukhary. En plus, c’est une commission nébuleuse. «Si maintenant les membres d’une commission d’enquête devaient se substituer aux assemblées qui les ont désignés pour aller droit au but en passant par-dessus la tête les mandats qu’ils ont reçu, mais il n’y a plus de liberté. On est dans une logique conventionnelle qui mène vers la dictature fasciste : les fameuses commissions qui se créent, qui dépouillent des dossiers, qui prennent des décisions et éventuellement qui sanctionnent dans l’obscurité la plus complète », déclare-t-il en fustigeant avec véhémence cet état de fait.  

«Ce n’est pas à une commission d’enquête sénatoriale à laquelle nous avons affaire mais à une commission d’individus privés qui se sont affranchis des règles du sénat en agissant selon leur bon vouloir et en s’acharnant sur une femme… Ce sont des règlements de compte politiques qui ont cours actuellement et n’ont strictement rien à voir avec quelque recherche de vérité que ce soit. Quand on cherche la vérité, on l’expose à ceux qui vous ont mandaté. Il s’agit d’une humiliation et une insulte contre une chambre que le monde entier qualifie de chambre des sages », note-t-il avec indignation.  

«Si la commission Znagui croit pouvoir nous impressionner en narguant de sa volonté de poser quelques preuves que ce soit devant les juges, nous leur disons chiche. Nous n’attendons que la justice », dit-il. «Depuis que ce cirque a commencé, la fondation KB ne peut plus fonctionner normalement. Elle ne peut obtenir aucun appui. On est en train de compromettre son image… », s’insurge-t-il. 

Me Lô Gourmo Abdoul demeure convaincu en l’impartialité et à l’indépendance de notre justice parce que, croit-il, nous avons des juges aussi patriotes que n’importe quel autre mauritanien. «Nous avons également des juges qui ont conscience de l’importance du travail qu’ils font et qui savent que l’histoire les jugera comme aux juges sénégalais auxquels nous sommes allés nous plaindre. Si vous pensez que le fait de se saisir de la justice est suffisant pour l’amener à faire ce que vous voudriez qu’elle fasse, c’est une erreur », dit-il en faisant savoir que Khattou Mint El Boukhary ne se laissera pas marcher dessus. Et que «nous attendons avec sérénité la phase judiciaire », a-t-il conclu.

 

Babacar Baye Ndiaye

 

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