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( 26 octobre, 2008 )

Heurts entre habitants et forces de l’ordre : Un bain de sang a plané sur Dioudé Dièry

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Dioudé Dièry est un trou perdu, à presque 2 kilomètres de Bababé, une des quatre Moughataas de la Wilaya du Brakna. Cette partie de la Mauritanie est connue pour sa verdure et ses terres fertiles. D’où la convoitise de toutes sortes d’ambitieux (hommes ou autres).

Dans cette zone, les affrontements entre éleveurs, agriculteurs ou populations et forces de l’ordre sont fréquents. C’est l’un des problèmes auxquels font face presque quotidiennement les autorités locales, souvent prises entre l’enclume des populations autochtones en grande partie agriculteurs et le marteau des éleveurs.  

Souvent dépassées par la complexité des événements, les autorités locales tentent cahin caha d’engager des discussions, après plusieurs heures, avec les parties en conflit, dans le but de trouver les voies et moyens pour mettre fin à ces affrontements. Les autorités locales qui mesurent l’ampleur de ces rivalités récurrentes butent parfois, malgré leur force de dissuasion, sur l’intransigeance de certaines populations.

Ce jeudi 23 octobre, Dioudé Dièry a vécu une journée chaude qui restera vivace dans la mémoire des habitants de ce village de moins de 500 âmes réputé être un havre de paix. A partir d’un incident, ce village s’est presque transformé en champ de bataille entre les habitants et les forces de l’ordre.

D’après les informations, ce qui s’est passé à Dioudé Dièry est un précédent. A l’origine de ce problème : quelques soixante-dix bovins ont dévasté leurs champs. C’est ainsi que les habitants de Dioudé Dièry décidèrent de garder le troupeau. Informés, les propriétaires alertent la police.

Aussitôt, le Commissaire de police de Bababé, Mohamed Ould Ahmed Damou, accompagné de 14 éléments, débarquent sur les lieux et tentent, selon les témoignages des villageois, de libérer par la force, une partie du bétail qui appartient à la tribu « Idelik ». Ceci dégénéra en affrontements entre les populations et les forces de l’ordre.   

Au lendemain des heurts entre les forces de l’ordre et les habitants de Dioudé Dièry, la tension était retombée fort heureusement. Cependant, l’amertume et le remords se lisaient encore sur les visages des habitants. « Nous n’avons jamais eu de problèmes avec les forces de l’ordre qui représentent l’Etat mauritanien », défend le chef de village, Diaw Oumar Moussa. »L’Etat nous avait aidés à acheter des barbelés pour clôturer nos champs. Cela n’a pas empêché le bétail de venir paître jusque dans nos champs, pendant la nuit », déplore ce septuagénaire, la canne à la main.     

En outre, profitant de l’occasion, il n’y est pas allé par quatre chemins pour fustiger l’attitude des autorités locales de la Moughataa de Bababé qu’il accuse d’avoir accordé, sans leur avis ni leur autorisation, leur domaine ancestral qui s’étend à perte de vue. Voilà plus de 5 ans que cela dure, qu’ils assistent impuissants au lotissement de leurs terres.   

D’ailleurs, ils ont adressé de nombreuses lettres de protestation aux autorités locales pour leur signifier leur mécontentement et leur désapprobation. Mais, à chaque fois, leurs doléances sont classées sans suite. « On a achevé tous les moyens de recours légaux sans avoir toujours aucun gain de cause », nous renseigne un habitant du village.   

Leur domaine ancestral, considèrent-ils, est devenu un gâteau à partager. Pour nous convaincre de cet état de fait, deux jeunes du village sont mandatés par les notables, en réunion pour décider de la suite à donner à leurs différends qui leur opposent aux propriétaires du bétail, pour nous montrer les périmètres de terrains déjà lotissés, à quelques mètres seulement de la route reliant Boghé à Bababé. Arrivés sur les lieux, l’un des deux jeunes lance : »Il y a quelques années, cet espace était cultivable. Mais, pour permettre aux ruminants de pouvoir accéder directement au fleuve, nous avons décidé de ne pas y construire ou y habiter… ».   

Tout cet espace attenant au cimetière du village Dioudé Dièry est aujourd’hui entièrement loti. D’ailleurs, on peut lire sur des écriteaux affichés sur certains périmètres le nom des nouveaux propriétaires. « D’ici 5 ans, où est-ce que nous allons enterrer nos morts… », s’interroge-t-il visiblement impuissant face à cette frénésie de lotissements en considérant cela comme une invasion qui ne dit pas son nom.   

« Je comprends qu’ils demandent à bénéficier d’un lotissement. Mais, je ne comprends pas qu’ils disent que c’est leur domaine », avance le hakem de Bababé, Ahmed Miské Ould Mohamed. »Pour être exproprié, il faut être d’abord propriétaire. En plus, les textes sont clairs : la terre appartient à l’Etat », rappelle-t-il.    Dépossédés de leurs terres, les habitants de Dioudé Dièry s’en remettent maintenant au Ciel par résignation. Les élus locaux de
la Moughataa de Bababé ont toujours été saisis de cette affaire mais ont toujours brillé par leur absence et leur laxisme dans ce genre de problème. 
  

Du côté de la mairie de Bababé dont dépend administrativement Dioudé Dièry, on reconnaît de fait la complexité de ce qui s’est passé dans cette localité. Dioudé Dièry n’est que la partie visible de l’iceberg. Mais, ici, au niveau de la mairie de Bababé, on préfère plutôt user de la langue de bois en classant cela dans le registre des « incidents récurrents » que vit la Moughataa. 

« Mais, si, ce n’est pas résolu à temps, dans des conditions sereines, cela risque de dégénérer », prévient la première adjointe de la mairie de Bababé, madame Hafsa Abdoulaye Bâ qui n’a pas manqué de manifester ses craintes par rapport à l’amplification de ce phénomène au niveau de la wilaya du Brakna, après les récents évènements dans sa municipalité.   

Quant au commissaire de Bababé, Mohamed Ould Ahmed Damou, accusé par les habitants de Dioudé Dièry d’avoir pris parti en faveur des éleveurs de la tribu « Idelik », a balayé d’un revers de la main toutes les accusations portées à son égard. Au début, un peu réticent au sujet de notre intention de l’entendre dans cette affaire, il accepte de nous recevoir chez lui. 

Toutefois, il reconnaît lui-même avoir utilisé des balles réelles. « Nous n’allons pas baisser les bras jusqu’à ce que nous soyons lynchés… », se justifie-t-il en faisant savoir qu’il était dans une position de légitime défense tout en précisant qu’il a procédé à des tirs de sommation.   

Car, souligne-t-il, les habitants de Dioudé Dièry étaient armés de cailloux, de gourdins, de haches…pour faire face aux éléments de la police venus libérer le bétail gardé depuis plus de 72 heures. Il y eut dans la foulée des tirs de grenades lacrymogènes. Ce qui a fait dire aux habitants que Dioudé Dièry était transformé en champ de bataille. 

Informé de cette situation où heureusement il n’y a pas eu de blessés, le Hakem de Bababé a dépêché illico presto le commandant de la brigade de gendarmerie de Bababé, Mahfouz Ould Hussein à Dioudé Dièry, pour tenter une médiation entre les habitants du village et les propriétaires des bovins. Grâce à lui, on a pu libérer le bétail et éviter le pire.   

Du côté des habitants de Dioudé Dièry, on accuse le commissaire de Bababé d’avoir voulu user de la force sans pour autant discuter avec eux. En un clin d’œil, ceci a provoqué l’ire des habitants du village. 

Toujours est-il que c’est à l’arrivée du commandant que le bétail a été libéré. C’est ainsi qu’il prit contact avec trois responsables du village (Borom Thiam, Diop Alioune et Sy Mamadou Samba) et les propriétaires des bovins.   

Pendant 5 tours d’horloge, à la préfecture de Bababé, devant le hakem, le commissaire et le commandant de la brigade de la gendarmerie, les deux parties vont parvenir à trouver un terrain d’entente c’est-à-dire un arrangement écrit, après d’âpres discussions. C’est ainsi qu’on décida que les habitants doivent libérer le bétail et en contrepartie ils seront dédommagés en conformité avec l’ampleur des dégâts constatés sur les champs dévastés. Les éleveurs se sont engagés à payer 35.000 UM. 

Ce travail d’inventaire a été fait par une commission composée d’un représentant de la mairie de Bababé, d’un conseiller des droits de l’homme, de l’inspecteur du ministère de l’élevage et de l’agriculture et du commissaire de police. C’est cette commission qui évalue les dégâts causés par le bétail sur les champs et les dégâts causés aussi sur le bétail.  

Le représentant du ministère de l’agriculture et de l’élevage, Monsieur Aliou Bâ, absent de Bababé, nous a confirmé, joint au téléphone, que les champs ont été bel et bien dévastés. Toutefois, il a révélé qu’il ne pouvait pas dire avec exactitude si c’était ces mêmes bovins qui en étaient l’origine. 

Le hakem de Bababé, Ahmed Miské Ould Mohamed, tout en reconnaissant la complexité de ce problème qui interpelle tout le monde, a fait savoir qu’il n’y avait pas de raison de fouetter un chat, car dit-il, c’est un problème banal.   

En décidant de confiner les bovins dans un enclos, souligne-t-il, les habitants de Dioudé Dièry ont commis l’imprudence de ne pas en informer la commune de Bababé qui est leur premier interlocuteur direct. 

En plus, toujours lui, ils n’ont pas le droit de garder du bétail qui a dévasté leurs champs pendant plus de 72 heures et qu’aussi la réglementation ne prévoit pas des fourrières villageoises. Et,  comme l’Etat mauritanien ne dispose pas assez de moyens pour ouvrir dans les villages ou campements des fourrières, il a été prévu qu’en pareil cas, la responsabilité incombe à la commune (ici Bababé) qui dispose d’une fourrière municipale.    Ce problème pouvait être facilement réglé si les deux parties s’étaient conformées aux dispositions prévues en cas de litiges entre éleveurs et agriculteurs. Hélas, la majorité d’entre eux ignorent la plupart du temps le contenu des dispositions qui régissent leurs rapports. 

Finalement, tout est rentré dans l’ordre. Fort heureusement ! 

De notre envoyé spécial sur les lieux 

Babacar Baye Ndiaye

( 26 octobre, 2008 )

Zeinebou Mint Chiaa, artiste peintre : Pour sa première exposition au CCF, elle a séduit le public

Quand une beauté, comme Zeinebou Mint Chiaa, expose dans un lieu comme le Centre Culturel Français de Nouakchott, c’est la grande affluence. Cerise sur le gâteau, des ambassadeurs comme ceux de la République Française et du Soudan, ont fait le déplacement pour apprécier le travail de génie de Zeinebou Mint Chiaa. Ses œuvres picturales sont à son image, captivante et séduisante. 

Zeinebou Mint Chiaa a fait ses premiers pas à la Maison des Artistes de Nouakchott où elle a eu la chance de côtoyer, durant deux ans, de grands noms de la peinture mauritanienne comme Mokhis. Dans ses tableaux, elle utilise différentes techniques comme par exemple le collage, la peinture à l’eau, la peinture à l’huile, le sable, les pigments. Ses mosaïques riches en couleurs et en formes sont bien inspirées et découpées.  

Les 20% des ventes de ses tableaux, au nombre de 32, seront destinés au soutien des enfants en difficultés. « C’est une bonne volonté à saluer et à encourager. Les enfants méritent plus d’attention de notre part. Ils méritent d’être encadrés pour qu’ils s’épanouissent et deviennent aptes à participer à l’édification de notre pays… », a estimé Amar Ould Rajel, Secrétaire Général de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie et maître d’œuvre du vernissage.  

Le sort des enfants mauritaniens en difficultés a toujours préoccupé Zeinebou Mint Chiaa qui vient d’atteindre ses 22 ans. C’est une manière pour elle, dit-elle, de contribuer à l’amélioration des conditions de vie et d’existence des enfants et de participer au développement social de la Mauritanie.  

Chaque artiste a ses particularités, ses richesses en matière d’art et son propre style, très particulier. Pour cette artiste de vocation qui s’intéresse à la peinture depuis son jeune âge, elle n’est pas venue bousculer les hiérarques de la peinture mauritanienne. Elle vient, avec une singularité remarquable, enrichir le milieu de la peinture mauritanienne en mal de reconnaissance.  

Zeinebou Mint Chiaa excelle dans l’art décoratif, un domaine assez peu développé en Mauritanie. Malgré son jeune âge, elle se distingue déjà par son expression artistique très remarquable. Sa touche artistique caractérisée par des mosaïques décoratives en miniatures ajoute un intérêt particulier à son travail. Pratiquement, elle est présentement la seule artiste peintre mauritanienne qui a un art qui lui est désormais spécifique : l’art décoratif.

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Le talent de cette artiste en herbe est un présage de bon augure. « C’est une artiste pleine de talent. Elle pourra éventuellement représenter la Mauritanie dans les manifestations artistiques à l’échelle internationale… »commente un visiteur, visiblement ébloui par le travail de Zeinebou Mint Chiaa. »C’est une exposition très réussie », lâche, dans une euphorie, Fatma Mint Taky, mère de Zeinebou Mint Chiaa, venue uniquement  contempler le travail de sa fille.  

Même les connaisseurs de l’art ont été agréablement surpris par le travail de Zeinebou Mint Chiaa qui est désormais entrée dans le panthéon des filles qui ont fait de la peinture une vocation. « On n’a pas encore de grands artistes en Mauritanie. Mais, il y a un commencement extraordinaire. Quand je vois que c’est des femmes, je suis plus surpris et plus content », avoue monsieur Kane Mamadou Hadiya, directeur du musée national de Nouakchott. « Cela mérite une aide de la part de tous, en premier lieu, de nous d’abord, les autorités culturelles et des médias aussi. La peinture : c’est comme la littérature. Elle ne peut pas se développer sans la critique. Or, on n’a pas de critiques en peinture (…) Il faut que le public mauritanien s’habitue à ce genre d’expression (la peinture), à l’aimer pour pouvoir la déchiffrer… », lance-t-il. 

Son exposition de ce mardi 21 Octobre est le résultat d’un travail de deux ans. Ses tableaux de peinture bien élaborés ont fait dire à certains connaisseurs de l’art que Zeinebou Mint Chiaa est une future icône de la peinture mauritanienne. Elle aborde dans ses tableaux des thématiques universelles comme la paix, la liberté, la mort, l’existence, l’absurdité de la vie, les bouleversements du monde…De « la vieille époque » à la « Vie nomade » en passant par « la plage sauvage », « la triste époque » et « les mystères de la mer », Zeinebou Mint Chiaa nous invite à fracasser certaines convenances comme à l’image du « musicien du vent ».

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 26 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons » Jean Renoir 

Croyez-vous que le peuple mauritanien n’en a pas ras-le-bol de cette crise ! Croyez-vous aussi qu’il ne se demande pas quand est-ce qu’on va y sortir. Pensez-vous enfin qu’il n’éprouve pas une peur viscérale par rapport à ce qu’il entend chaque jour que Dieu fait. On en a tellement entendu parler que finalement on ne sait plus quel camp a tort ou raison. A qui se fier ! Tout ce que l’un propose, l’autre le refuse et vice versa. Et jusqu’à quand ? 

Ceux qui soutiennent le Haut Conseil d’Etat ne veulent pas entendre du retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Du côté du Front National pour la Défense de la Démocratie, on réclame le départ sans conditionnalité de Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir en rétablissant l’ordre constitutionnel.  

En attendant que la classe politique mauritanienne- y compris le Haut Conseil d’Etat- trouve, dans l’urgence et très rapidement, une solution consensuelle à cette présente crise née du coup d’Etat du 6 août 2008, il faudra faire avec Mohamed Ould Abdel Aziz, se résigner à son unilatéralisme, s’habituer à ses discours populistes et ses talk-show, ruminer son impatience… 

Même les sanctions américaines ou autres tentatives de destabilisation (au sein de ceux qui le soutiennent) ne le feront pas fléchir. Il ne sera pas facile, pour le Front National pour la Défense de la Démocratie ou la Communauté Internationale, de le tirer par le bout du nez ou de le traîner dans la boue. Il l’a démontré durant deux mois qu’il a passés à la tête de l’Etat et du pays. Malgré les intimidations, brandies çà et là, il garde toujours son sang-froid en montrant qu’une éventuelle mise à l’écart de la Mauritanie sur le banc international ne l’ébranlerait guère. 

Excusez du peu mon intention de déconcerter : le Front National pour la Défense de la Démocratie est en train de poursuivre lamentablement une cause perdue d’avance. Les responsables de ce front manquent d’audace. Ils ont raté l’occasion de tordre le cou de Mohamed Ould Abdel Aziz le 5 Octobre dernier. Ils savent mieux que quiconque, à eux seuls, ils ne peuvent rien faire contre Mohamed Ould Abdel Aziz. Même si ce dernier a commis, certes, des erreurs impardonnables. Aussi ne sont-ils pas obligés de se tourner vers la communauté internationale pour qu’elle fasse le travail à leur place. Ils comptent sur cette Europe-là capable de vendre son âme à n’importe quel prix pourvu que son intérêt soit cautionné. 

Ce qui intrigue le Front National pour la Défense de la Démocratie, ce n’est pas le fait que Abdel Aziz ne veuille pas rétablir l’ordre constitutionnel encore moins libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ou qu’il assure cette période de transition. Ce qui l’intrigue : c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz veuille demeurer au pouvoir ou se présenter à une éventuelle élection présidentielle.  

Fort de sa position de maître du bord, notre général semble se gausser de ses irréductibles adversaires qui voudraient obtenir de lui la caution qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle de 2009- ce qu’il n’a pas encore promis laissant les supputations les plus démentielles aller bon train, surtout après sa visite à l’hôpital national et à « El Haye Essaken », que certains ont analysé à tort ou à raison, comme des signes de campagne pré-électorale. Ce dont on est sûr, c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz va fermer cette page transitoire qu’il a ouverte. Et les responsables du FNDD devaient plutôt chercher d’abord à libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi que de chercher à demander le départ de Aziz qui n’est pas prêt à se décharger de sa fonction de Président du Haut Conseil d’Etat. 

Il sait que le peuple mauritanien raffole de discours dans lesquels on prône le redressement de l’économie, du pays, la répartition équitable des richesses entre les citoyens, la lutte contre l’esclavage, la consolidation de l’unité nationale…Il sait aussi que les occidentaux aiment entendre des discours dans lesquels on prône la lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine, le respect des droits de l’homme, la bonne gouvernance et patati patata.  

Depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Ould Abdel Aziz n’a exhibé aucun signe de disposition et de bonne volonté de rétablir l’ordre constitutionnel  ou de réhabiliter, ce qu’il ne veut pas entendre lui et ses partisans, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, dans ses fonctions de Président de la République. Aussi le moment ne serait-il pas venu pour lui de tenter de dialoguer avec le Front National pour la Défense de la Démocratie.  

Est-on en train de vivre les pires convulsions de notre histoire politique et sociale ? Après la confiscation du pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu par la majorité des mauritaniens et la restriction des libertés civiles et politiques, Mohamed Ould Abdel Aziz veut franchir un nouveau palier : s’imposer convaincu qu’il est investi par le destin de lutter contre le terrorisme et d’assurer à
la Mauritanie et au peuple mauritanien leur développement économique et social.  

Cette manière de gouverner, nous en avons beaucoup souffert, pendant un quart de siècle. Mohamed Ould Abdel Aziz a réussi, on ne sait comment, à mettre sous son joug l’armée, la police, la garde nationale et la gendarmerie. La semaine dernière, le général a consacré une réunion de travail, nous dit-on avec le Ministre de
la Défense et les principaux chefs de l’armée nationale. 

Depuis 48 ans, le discours politique est resté le même. Le Président de la République plagie son prédécesseur, utilise le même protocole, fait du réchauffé, essaie de parler comme lui. C’est un des avatars de nos hommes politiques qui manquent de style, de nature et d’originalité. Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas dérogé à cette règle. Pire encore, il reproduit les mêmes méthodes qui l’ont poussé à kidnapper Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Mais, certains dérapages se paient cash. Cela est immanquable !  

La bataille de l’opinion a assez duré entre le Front National pour la Défense de la Démocratie et les nouvelles autorités de ce pays. Il est temps maintenant d’observer une trêve et de permettre à chaque partie de souffler ! Les possibilités de sortir de cette crise existent. C’est à notre classe politique et au HCE de les trouver.

Par Babacar Baye Ndiaye

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