• Accueil
  • > Archives pour le Jeudi 20 novembre 2008
( 20 novembre, 2008 )

Mohamed Fouad Barrada, chercheur en Economie: »S’il n’y a pas une vigilance de la part de nos décideurs en essayant de contrôler notre système bancaire, il peut s’écrouler »

              mohamedfouadbararada.jpg

Mohamed Fouad Barrada est un chercheur en Economie et en même temps chroniqueur au journal hebdomadaire mauritanien « La Tribune » depuis plus de trois ans. Dans cette interview suivante qu’il nous a accordée, il donne son avis sur la crise financière mondiale qui n’a pas encore pris fin et sur les répercussions que celle-ci pourrait avoir aussi sur le système bancaire mauritanien

Le Rénovateur Quotidien : La crise financière a étalé partout ses tentacules. Les banques mauritaniennes peuvent-elles échapper à cette crise financière née des suites de la faillite des banques américaines Lehmann Brothers et autres ?

Mohamed Fouad Barrada : A ma connaissance, bien que le système bancaire mauritanien souffre de plusieurs anomalies dû essentiellement à la structure bancaire même de ce pays conçu sur la base de la connaissance, de l’intervention, du favoritisme et du clientélisme, et depuis la réforme de 1985, la Banque centrale essaie d’imposer certaines mesures et certains ratios pour contrôler le système bancaire. Il y a une imposition et une capitalisation propre pour assurer les clients.

La problématique des crises financières est due essentiellement à une prise de risques qui dépasse les normes, donc en cherchant la rentabilité. Et cela, pour que les dirigeants bancaires essaient d’avoir une rémunération en fonction du rendement.  Le système bancaire occidental actuel se base sur ce qu’on appelle la spéculation en donnant du crédit, en augmentant les rendements à court terme. Les dirigeants peuvent en profiter même ou essayer de faire profiter les actionnaires. A un moment donné, on est arrivé au seuil et le risque était vraiment dépassé. C’est ce qui a expliqué en grande partie la crise financière actuelle.

Pour ce qui est du système bancaire mauritanien, il n’est pas touché puisqu’on n’a pas une bourse où se font les spéculations. Ensuite, il y a des mesures de ratios à suivre. En plus, les banques mauritaniennes n’accordent pas de crédit aux particuliers. Souvent, on accorde du crédit à l’Etat. Et l’Etat est souvent solvable.

Le Rénovateur Quotidien : Et à votre avis, pourquoi les banques mauritaniennes accordent uniquement à l’Etat et non aux particuliers ?

Mohamed Fouad Barrada : Généralement, pour accorder du crédit, il faut des hypothèques ou une garantie. Et, on a un problème de chômage. Les employés de la fonction publique ne dépassent pas quarante mille (40.000) y compris les contractuels. Les banques accordent du crédit à ceux qui ont un salaire par exemple de plus de trente mille ouguiyas (30.000 UM) en vous accordant un prêt allant d’1 million à 2 millions d’ouguiyas. Le taux d’intérêt est très élevé en Mauritanie. Ce n’est pas comme dans les autres pays où il varie entre 1 et 3%. 

Le système bancaire des autres pays consiste à créer de la consommation en vous donnant par exemple du crédit sans garantie. Mais, une fois que tu ne rembourses pas, vous êtes considéré parmi les clients à risque. A cause de l’engouement et de la recherche du crédit, on pousse les gens à prendre du crédit rapidement.  Il arrive aussi que les gens n’arrivent pas à rembourser.

Dans notre système bancaire, ce n’est pas le cas : il n’y pas de crédit ni une société de consommation. On donne des crédits à des gens vraiment solvables. Ou sinon, on donne des crédits à des groupes. Les banques essaient d’assurer les devises pour les commerçants. A la fois, il y a des commerçants et des banquiers. La meilleure solution, c’est qu’on essaie de spécifier l’activité bancaire en dehors de l’activité commerciale. Le banquier doit servir le pays puisque la banque a une vocation sociale. Une banque doit créer de l’emploi et assurer donc le développement du pays en ouvrant partout des guichets.

Dans cet aspect, il y a une expérience très importante, c’est celle du capital-risque en Mauritanie qui peut aider la lutte contre le chômage. Ceci a poussé les américains à développer les nouvelles technologies. Une banque peut accompagner un chômeur, un employeur en lui accordant un prêt et en rentrant dans le capital de son entreprise. Tout ceci nécessite une étude de faisabilité solide qui permettra de donner une idée à celui qui cherche du prêt pour son entreprise. La banque peut accompagner le pourvoyeur d’essai pendant 5 ans.

Le Rénovateur Quotidien : Pour le cas de la Mauritanie, spécifiquement, y a-t-il des signes qui montrent que notre pays n’a pas été épargné par la crise financière internationale ?

Mohamed Fouad Barrada : Du point de vue direct, on ne peut pas être touché. Mais par contre, dans certains secteurs d’activité comme le tourisme, on peut être touché. Si les occidentaux sont frappés par le phénomène de la récession mondiale, il n’y aura pas d’affluence touristique. Un autre domaine, celui du chômage qui entraîne la diminution du PIB.

L’économie du monde ne peut pas marcher sans les parties prenantes à savoir les puissances économiques. S’il y a une chute de devise, cela peut entraîner une répercussion sur notre économie puisqu’il y a ce qu’on appelle le panier d’échanges dans la banque centrale. Si cette devise chute, il y aura des répercussions sur notre PIB. S’il y a une chute de 30% du dollar et notre transaction est d’1 dollar, notre devise va chuter de 30%. Cela peut entraîner même une diminution sur notre PIB. A long terme, cela peut nous toucher.

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on donc en déduire que les fondements de notre système bancaire sont solides ?

Mohamed Fouad Barrada : Du point de vue garantie, il n’est pas comparable au système flexible américain. Les américains font ce qu’on appelle une déréglementation abusive depuis les années 90. On ne cherchait pas à mettre des limites à l’action économique ou commerciale. C’est pour cela qu’on accorde des crédits sans vraiment contrôler le risque par client. Notre système n’est pas le même puisque ce n’est pas un système de consommation de base.

Ensuite, on ne donne pas de crédit. Mais, il y aura des répercussions par exemple au niveau des produits alimentaires et de la devise s’il y a une chute de la valeur de la devise, de la capitalisation bancaire au niveau locale. En plus, on a des implantations de banques étrangères. Et notre système ne contribue pas vraiment au développement du pays sauf l’initiative des caisses d’épargne. S’il n’y a pas une vigilance de la part de nos décideurs en essayant de contrôler  notre système bancaire, il peut s’écrouler.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Baba Tandian: »Je suis désolé de ce qui est arrivé à Sidi »

« Ce qui est arrivé à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ne devait jamais arriver », a tenu Baba Tandian, propriétaire du « Groupe Tandian Multimédia », au cours d’une conférence presse, en réponse au coup d’Etat du 6 Août 2008. 

Il a apporté des précisions sur les propos qu’il avait tenu à l’encontre de Khattou Mint El Boukhary, l’ex-première laquelle est accusée par l’actuel pouvoir d’avoir bénéficié illicitement des fonds publics de l’Etat. Il est revenu aussi sur les mobiles du coup d’Etat né, selon lui, de la mésentente entre Khattou Mint El Boukhary et Mohamed Ould Abdel Aziz. 

Sur un plan purement économique, il a endossé la responsabilité de l’échec du président Sidi sur son ancien Premier Ministre Zéine Ould Zéidane qu’il accuse de n’avoir pas été à la hauteur de sa mission, surtout pour un économiste de sa stature. Par rapport aux milliards supposés détournés par Khattou Mint El Boukhary, Tandian Baba a apporté des clarifications en faisant savoir qu’il s’agissait tout simplement de « la simulation » et non des accusations fortuites portées envers elle. Et qu’il n’a pas de problèmes particuliers avec l’ex-première dame. 

Concernant le procès qui l’oppose à la fondation KB finalement ajourné, Tandian Baba a fait savoir que les avocats de la dite fondation ont demandé le report dudit procès au mois de Janvier prochain. En raison de l’absence de Me Lô Gourmo, actuellement en France où il est professeur de Droit. 

Relativement à son interview accordée à son journal « Le Matin » en date du 8 août 2008, il a précisé que ce n’était pas une volonté délibérée de dénigrer ou de faire de la diffamation envers Khattou Mint El Boukhary. «Moi, la première dame, je ne la connais pas. Je l’ai vue une fois. C’était à Dakar pour accueillir son mari. C’était la première fois, je la voyais. C’était la dernière fois que je la voyais », précise-t-il. Suffisant donc pour lui de refuser tout colportage envers la première dame que lui prêtent certaines langues déliées.  

                  babatandian.jpg 

Par rapport aux marchés qu’on lui prête d’avoir gagné en Mauritanie, il a dégagé d’un revers de la main les accusations faites contre lui. De même que ses supposés liens avec un homme d’affaires mauritanien très célèbre. «Moi, je n’ai jamais eu de marchés à la présidence. Je n’ai jamais bénéficié de largesses de personne. Jamais ! », se défend-il. Par contre, «pendant les élections, toutes les affiches que vous avez vues en l’occurrence Sidi et Zéine ont été imprimées chez moi », rajoute-t-il en exhibant simultanément les portraits de Sidi.  

«Ce qui est insolite, c’est que la moitié des affiches a été payée par moi-même et l’autre par un ami du président », dit-il en faisant savoir qu’il a participé à la campagne de Sidi à qui il a donné 50 millions d’ouguiyas. Ironie du sort, c’est à l’hôtel Khalima où il a tenu sa conférence de presse qu’il l’avait remis ce chèque. Il a révélé aussi que c’est lui qui a financé les affiches de Zéine à hauteur de 100 millions. 

Baba Tandian a fait savoir à l’assistance qu’il va porter plainte contre certains journaux locaux qui l’accusent d’avoir participé à la descente aux enfers de Sidi Mohamed Ould Cheikh. «Qui m’a vu participer à la destabilisation de Sidi », s’interroge-t-il. 

La guerre entre Baba Tandian et la fondation Kb semble ouverte. Désormais, «Le Matin se réserve maintenant le droit d’enquêter, d’écrire sur la fondation, sur ses dirigeants et ses avocats. Et surtout de faire connaître aux sénégalais qui est Khattou Mint El Boukhary. Les investigations se feront en Mauritanie, au Niger et au Koweït. Nous avons les moyens de notre politique », a-t-il révélé. 

Babacar Baye Ndiaye  

( 20 novembre, 2008 )

Pierre Bonte, anthropologue: »La tribu permet de comprendre certaines évolutions et réalités contemporaines »

Pierre Bonte est un anthropologue d’origine française. Il a consacré de nombreuses recherches sur les sociétés tribales sahariennes. Son domaine de prédilection porte sur les tribus et plus particulièrement sur celles de la Mauritanie. Pour une énième fois encore, il a été invité à Nouakchott pour présenter, au Centre Culturel Français de Nouakchott, son dernier ouvrage intitulé « Ibn Khaldun et l’anthropologie moderne : l’Emirat de l’Adrar ».

La Mauritanie est un pays qui se caractérise, sur le plan ethnique, par la prédominance des tribus dans notre système d’organisation sociale. Mais, pour autant, la tribu ne semble pas une spécificité typiquement mauritanienne. Déjà, les romains, avant de s’organiser en cité, étaient regroupés en tribus. Item chez les grecs. En Irak, en Afghanistan, on y retrouve aussi des zones tribales. Et, dans d’autre pays de la planète. C’est un phénomène qui a de beaux jours devant lui en Mauritanie. « La tribu, c’est encore une réalité dans le monde mauritanien contemporain malgré les mutations sociales, économiques et culturelles qu’a connu la société mauritanienne », s’étonne Pierre Bonte.

Pour autant, les tribus ont toujours souffert et continuent à souffrir de certaines étiquettes. « Quand on parle de tribus, il y a beaucoup de jugements de valeurs qui sont posés à priori. Quand on parle de tribus, on pense archaïsmes, anarchie, irréductibilité, opposition et contradiction entre l’Etat », relève-t-il.

La tribu, « c’est aussi, tout ce qui empêche la modernité, la mise en place de l’Etat et du sentiment national », pensent certains. Contrairement aux touaregs dont la filiation est fondée sur la filiation matrilinéaire, celle des tribus mauritaniennes est fondée sur la filiation patrilinéaire.

La tribu en Mauritanie est un type de société fondé sur la filiation unilinéaire. C’est-à-dire que les groupes qui la constituent se définissent en référence à un ancêtre commun. Leur mode d’organisation a très tôt intéressé les historiens et les anthropologues. D’ailleurs, ce type d’organisation a fait dire à de nombreux chercheurs que ces sociétés tribales étaient comparées à des modèles de sociétés sans Etat. Ce type d’organisation, à leurs yeux, correspondait à un stade nécessaire de l’organisation de l’humanité marqué par trois phases d’évolution : la sauvagerie, la barbarie et la civilisation.

                 pierrebonte.jpg

Dans ses recherches sur les tribus mauritaniennes, Pierre Bonte s’est aperçu de l’existence de hiérarchie sociale et politique au sein de ses tribus. S’inspirant de Ibn Khaldun, il a réussi à comprendre les mécanismes qui régissent ces tribus.

Dans son ouvrage, pour mieux comprendre le fonctionnement de la société tribale mauritanienne fondée sur les liens de l’utérus : il étudie minutieusement la succession de l’Emir de l’Adrar du nom de Mohamed Ould Haïda mort en 1861. Après sa mort, s’est ouvert un cycle infernal pour sa succession entre ses différentes progénitures qui se livrèrent à de rudes combats parfois mortels. A cette époque, l’Emirat de l’Adrar connut une instabilité sociale et politique sans précédent. Cette histoire a beaucoup marqué la vie politique et sociale de l’Adrar.

Autre histoire évoquée dans son livre, c’est l’assassinat de l’Emir Ahmed Ould Mohamed, petit fils de Mohamed Ould Haïda. Ce dernier profita de l’affaiblissement de l’Emirat d’Adrar pour restaurer l’autorité. Son règne connut aussi un cycle de meurtres dans lequel va intervenir l’Emir du Tagant. L’intervention de ce dernier va élargir le conflit entre les différentes tribus de l’Adrar. Cette histoire montre combien ces sociétés tribales sont complexes dans leur fonctionnement. Elles connaissaient régulièrement des changements de position politique et statutaire constante. De tels changements peuvent aussi être l’objet de conflits plus ou maîtrisés.

En général, les clivages s’effectuaient, la plupart du temps, en fonction des appartenances maternelles. De même que les systèmes d’alliances. « Le fait d’avoir des enfants de mères différentes n’était pas exceptionnelle dans la société maure de cette époque », rappelle Pierre Bonte.

En outre, dans ses recherches sur les tribus mauritaniennes, il a remarqué qu’il y avait une opposition symbolique marquée entre le monde des tentes (lieu féminin par excellence) et le monde des campements (le lieu de l’autorité).  » Ceci illustre qu’elles (les tribus mauritaniennes, Ndlr) sont des sociétés fortement patrilinéaires privilégiant les valeurs masculines », note-t-il.

Toujours, dans ces sociétés tribales, une femme ne peut pas épouser un homme de rang inférieur au sien. Ce statut lui procure une position sociale centrale. Par exemple, dans la gestion de la violence, elle fait office d’intermédiaire.

La violence ne caractérisait uniquement pas les sociétés tribales mauritaniennes où souvent des conflits se développaient, des positions se modifiaient et où des hiérarchies pouvaient apparaître. Inscrite dans la culture mauritanienne,  les tribus passionnent toujours les anthropologues qui s’interrogent encore sur leur permanence dans la société mauritanienne.

Par Babacar Baye Ndiaye 

( 20 novembre, 2008 )

Session ordinaire de l’Assemblée Nationale:Les députés du Front National pour la Défense de la Démocratie s’expliquent sur les motivations de leur boycott

Deux jours, après l’ouverture de la session ordinaire du Parlement, les députés appartenant au Front National pour la Défense de la Démocratie, ont organisé une conférence de presse, ce mercredi 12 Novembre, à l’Assemblée Nationale, pour expliquer les raisons de leur boycott.

Pour MOustapha Ould Bedreddine, numéro 2 de l’Union des Forces de Progrès (UFP) et député à l’Assemblée Nationale, « le pays vit sous un régime militaire, un régime exceptionnel, anti-constitutionnel et illégal » depuis le 6 août 2008 qui a vu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi renversé par le général Mohamed Ould Abdel Aziz.

Cette situation qu’il a qualifiée « d’extraordinaire » explique, selon lui, leur décision de ne pas participer à la session ordinaire du Parlement, ce lundi 10 novembre dernier. Autre explication donnée à leur boycott : l’emprisonnement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et de Yahya Ahmed Ould Waghf. Pour lui, leur libération conditionne préalablement leur participation à toute autre session au niveau de l’Assemblée Nationale.

Il a, par ailleurs, rappelé les deux rôles du Parlement qui consistent à légiférer et à contrôler l’action du gouvernement. Or, selon lui, ces deux rôles n’ont pas de raison d’être dans la situation actuelle. En plus, ils ne reconnaissent pas le Haut Conseil d’Etat et le gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Sans compter la restriction des libertés publiques et l’usurpation des médias publics par le HCE. Autant de raisons qui expliquent qu’ils ont jugé « inutile de participer à cette session ordinaire ». « En tout cas, pas dans la situation actuelle », a précisé Mustapha Ould Bedreddine, en attendant que Mohamed Ould Abdel Aziz quitte, certainement, le pouvoir, comme ils l’ont toujours réclamé.

Par rapport à la présence des sénateurs appartenant au Front National pour la Défense de la Démocratie à la session ordinaire, Moustapha Ould Bedreddine a laissé entendre que cette décision a été faite dans la concertation. A ceux qui y voient, déjà, les prémices d’une cassure au sein du Fnnd, il les a rassurés en affirmant que « les deux attitudes, qui semblent contradictoires, ont été autorisées et acceptées au niveau du Front ». »Ils (les sénateurs, Ndlr) peuvent mener une action qui va dans le sens de la lutte et la restauration de la démocratie et de la légalité au niveau du Sénat », estime-t-il.

Dans un communiqué, publié en marge de la conférence de presse, le Front National pour la Défense de la Démocratie y affirme que « chacune des deux positions s’inscrit dans le cadre de sa stratégie visant à faire échouer le coup d’Etat et à rétablir la légalité constitutionnelle en collaboration avec toutes les forces vives, y compris les parlementaires du Fndd et ses sympathisants au sein des deux chambres ».

Prenant la parole, Jémil Ould Mansour, président de Tawassoul et député aussi à l’Assemblée Nationale, a fait savoir, lui aussi, que la session ordinaire du Parlement du 10 Novembre n’a aucune valeur du point de vue juridique, politique et moral. Il s’est basé sur le fait que l’institution présidentielle, incarnée par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, est aujourd’hui paralysée. D’où leur boycott, selon lui, de la session ordinaire. En outre, il a dénoncé l’attitude des putschistes qui persévèrent toujours dans leur entêtement à ne pas faire de concessions pour essayer de décrisper la crise actuelle.

Le président de l’Assemblée Nationale Messaoud Ould Boulkheir, qui n’a pas d’ailleurs présidé l’ouverture de la session ordinaire prévue par la Constitution, a expliqué dans une déclaration lue en la circonstance les raisons de sa non participation. Pour lui, « les règles du fonctionnement normal des institutions de la République ont été délibérément violées ». Par conséquent, « il est tout à fait dérisoire de prétendre, dans une telle situation, que tout se déroule normalement comme dans le meilleur des mondes ».

Cette conférence de presse n’a pas été sanctionnée par de grandes décisions. Rien de nouveau, peut-on dire, sous les cieux du Front National pour la Défense de la Démocratie ! Et, ceux qui attendaient que leurs députés annoncent leur démission en cascade de l’Assemblée Nationale en sont pour leurs frais. Il n’en est rien. A part des déclarations de principes, comme à l’accoutumée et la réaffirmation de leur position sur le coup d’Etat du 6 août que tout le monde connaît déjà, le Front National pour la Défense de la Démocratie tergiverse encore et tarde à entrer dans la deuxième phase de son combat.

Ils ont tout simplement estimé que leur boycott vise à montrer à l’opinion publique nationale et internationale leur refus du coup d’Etat du 6 août 2008. Mais, au-delà de cette réaffirmation de leur position par rapport à ce coup d’Etat, vont-ils oser franchir la deuxième étape de leur lutte, après leur campagne de dénonciation, à savoir leur démission de l’Assemblée Nationale ?

Par Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Esclavage: L’IRA, un mouvement abolitionniste, exprime sa peur et ses craintes

Birame Ould Dah Ould Abeid nous a encore réservés une de ses surprises dont lui seul a le secret. Et, retenez bien cet acronyme : IRA à ne pas confondre avec l’IRA (Irish Republican Army ou Armée Républicaine Irlandaise).

L’IRA ou Initiative de Résistance du Mouvement Abolitionniste est une direction collégiale composée de Birame Ould Dah Abeid Ould Abeid, Issa Ould Alioune, Abdallahi Ould Mbareck, Ramdane Ould M’Boyrik, Brahim Ould Malik, Hamadi Ould Lihbouss et Alioune Ould Youssouf.

Cette initiative a tenu une conférence de presse au cours de laquelle elle a fait part de son outrance de « l’action des putschistes » qui continuent, selon elle, à exhiber leur « inimité viscérale à l’égard du mouvement abolitionniste ».

Dans une déclaration lue en marge de cette conférence de presse, l’Initiative de Résistance du Mouvement Abolitionniste a tiré à boulets rouges sur l’ancien Premier ministre de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qu’elle accuse de « connivence avec les groupes mafieux et extrémistes qui le soutenaient (forces du changement et nationalistes) et la hiérarchie ethniciste de l’armée » dans le but de « remettre en cause tous les acquis que le mouvement abolitionniste a pu réaliser pendant et avant la transition démocratique ».

En outre, l’IRA a révélé que l’argent destiné aux esclaves et anciens esclaves dans le cadre de la prise en charge de leur affranchissement économique octroyé par les partenaires européens a été détourné par le gouvernement de Zéine Ould Zéidane.

L’initiative voit l’arrivée des militaires au pouvoir comme « l’entame d’une véritable campagne de conditionnement psychologique et idéologique général qui a pour arrière-plan la préparation d’une répression ciblant le mouvement abolitionniste et, au-delà, l’existence politique de la communauté haratine ».

Cette initiative inscrit les récentes interpellations de certains compagnons de lutte de Messaoud Ould Boulkhéir dans une perspective, selon elle, d’étouffer le mouvement abolitionniste.

« Le retour des officiers putschistes et de leurs acolytes à la rhétorique de négationnisme systématique de l’esclavage en Mauritanie et le déni, dans le fond comme dans la forme de ce crime odieux contre l’humanité est un signe de confrontation au mouvement abolitionniste que le régime a choisi », lit-on dans leur communiqué.

Comparant la Mauritanie à Israël et au Soudan qui ont érigé la discrimination, le génocide et l’esclavage en système de gouvernement, l’IRA n’a pas épargné les médias publics de l’Etat qui mènent une campagne de diabolisation du mouvement abolitionniste et de légitimation de l’idéologie esclavagiste.

L’Initiative de Résistance du Mouvement Abolitionniste a du pain sur la planche car elle ambitionne de déconstruire le socle idéologique et mental de la société mauritanienne fondé sur la suprématie, l’écrasement et l’inégalité des chances. En marge de cette conférence de presse, l’IRA a donné la parole à des victimes ayant subi l’injustice.

Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Bassékou Kouyaté, musicien-chanteur: »C’est à nous, les Africains, de mettre en valeur nos instruments de musique traditionnelle »

                 basskoukouyat1.jpg

Ce virtuose du N’Goni n’est plus à présenter sur le plan international. Il joue une musique, le « Korossé Koré », très proche du blues, qui enthousiasme avec des rythmes qui ensorcellent. Il était de passage à Nouakchott où il a donné un concert au Centre Culturel de Nouakchott, ce jeudi 6 Novembre 2008. On en a profité pour lui tendre notre micro. Il n’est pas du même avis que ceux qui pensent qu’on ne peut rien faire avec nos instruments traditionnels comme nos balafons, nos tidinits, nos koras ou nos calebasses…Il est une preuve vivante que nous, les Africains, nous n’avons pas besoin des instruments occidentaux. Entretien.

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous rappeler brièvement vos débuts dans la musique en tant que professionnel ?

Bassékou Kouyaté : Mon début ? D’abord, je suis griot. Au Mali, un griot, c’est celui qui fait de la musique, qui intervient dans les conflits dans les villages, qui chante dans les mariages…Mon père, mon grand-père et mon arrière grand-père qui furent de grands griots sont passés par-là. Contrairement à eux, j’ai voulu travailler autrement. J’ai mis en place mon propre groupe de musique où on ne joue que du N’goni, un instrument traditionnel. Je me suis professionnalisé. Je pense que c’est à nous, les Africains, de mettre en valeur nos instruments de musique traditionnelle.

Le Rénovateur Quotidien : Votre musique est un mélange subtil de la musique traditionnelle malienne, de Jazz et de Blues. Est-ce un choix qu’on vous a imposé ou c’est plutôt un choix personnel ?

Bassékou Kouyaté : Le blues, je peux dire, vient de chez nous. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter, la musique qu’on joue à Ségou ou Ali Farka Touré. Le blues n’a pas été, franchement, inventé par les américains. Ce sont les esclaves noirs. Si vous partez à Ségou, en pleine campagne, et vous demandez à un griot de vous jouer « Korossé Koro », il vous le fera. Et lorsque vous lui demandez de jouer du blues, il vous demandera ce que c’est. Les américains savent mieux que quiconque que le blues vient de chez nous.

Le Rénovateur Quotidien : N’est-ce pas ce qui explique la ruée des américains musiciens notamment noirs sur Ségou pour se ressourcer ?

Bassékou Kouyaté : C’est cela en fait ! Tout le monde connaît déjà le blues. A Ségou, ce sont les griots qui ont inventé le « Korossé Koro ». Mais, ils n’ont jamais essayé de le valoriser. Si vous demandez à un vieux à Ségou depuis quand il joue cette musique, il vous dira qu’on joue cette musique depuis le règne de Bito Mamaré Coulibaly, l’empereur de Ségou, mort au 17ième siècle. Nos parents n’ont jamais pensé à valoriser cette musique hors des frontières de Ségou. Par exemple, mon père n’a jamais accepté de venir jouer à la télévision nationale ou à la radio. Par contre, mon grand-père (Ba Soumana Sissoko, très connu au Mali) a une fois voyagé sur Paris. Quand vous écoutez sa musique et celle de John Rucker, vous allez en déduire que c’est la même musique.

Le Rénovateur Quotidien : Vos parents n’ont jamais été tentés par une carrière internationale. Et, pourquoi, avez-vous décidé de vous lancer à la conquête du monde ?

Bassékou Kouyaté : Les contextes ne sont pas les mêmes. De même que les ambitions. La plupart des griots, à une époque récente, jouaient uniquement pour les rois qui entretenaient en retour leurs griots. Ces derniers n’avaient donc pas de soucis particuliers à se faire. Les griots ont toujours vécu sous la coupole des rois. C’était ainsi. Maintenant les temps ont changé. Il n’y a pas plus de rois. Les gens ont assez de problèmes pour se permettre de prendre en charge, sans bourse délier, un griot. C’est, partant de ce constat, que j’ai décidé de me lancer dans une carrière musicale professionnelle dans le but de m’imposer sur le plan international. Et Dieu merci, j’ai réussi à imposer ma musique que tout le monde apprécie. Nous avons une belle musique que nous ont légués nos anciens. C’est à nous, la nouvelle génération de griots, de valoriser cette musique sur le plan international. Le « Korossé Koro » est une musique spécifique aux griots.

Le Rénovateur Quotidien : Comment avez-vous connu Lucy Duran qui est à la fois spécialiste de la musique africaine et journaliste radio à la BBC et qui a, d’ailleurs, produit, votre premier album ?

Bassékou Kouyaté : Je la connais depuis plus d’une dizaine d’années. C’est elle qui a produit Toumani Diabaté par exemple. Elle a collaboré avec de nombreux musiciens maliens. On a un rapport de confiance. D’ailleurs, c’est elle qui doit produire mon second album qui doit sortir, en principe, au mois de décembre au Mali. Avec la participation de la maison de production de « Out Here ».

Le Rénovateur Quotidien : Votre premier album « Segu Blue » sorti en 2007 vous a propulsé sur le plan international. Peut-on l’espérer davantage de votre second album qui devra, certainement, confirmer tous vos talents de musicien ?

Bassékou Kouyaté : J’ai bien peur que le succès de mon second album ne dépasse de loin celui du premier album. Avec mon premier, je n’étais pas assez bien connu et c’était un peu difficile. Aujourd’hui, j’ai acquis une grosse expérience en voyageant et en côtoyant de grands professionnels de la musique. Mon groupe, aussi, a acquis de la maturité. Rien que pour cette année-ci, on a fait, à présent, plus de 60 concerts, à travers le monde.

Le Rénovateur Quotidien : Sur le plan international, vous avez réussi à vous creuser votre propre sillon. Cependant, en Afrique, vous avez dû mal à vous imposer. Comment pouvez-vous nous expliquer ce contraste ?

Bassékou Kouyaté : J’avoue que c’est très difficile de se faire un nom en Afrique. Au Mali, on apprécie beaucoup ma musique. Pour apprécier une musique, il faut d’abord la connaître. Le problème, en Afrique, c’est que la plupart des gens ne connaissent pas la valeur de nos instruments musicaux. C’est dû au fait aussi que je n’ai pas essayé véritablement à chercher un public en Afrique. Ce qui m’intéresse d’abord, c’est de construire d’abord ma carrière internationale.

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu à travers le monde grâce notamment à votre N’Goni qui est un instrument traditionnel. Y’a-t-il de la baraka dans cet instrument ou un esprit qui vous accompagne dans votre carrière musicale ?

Bassékou Kouyaté : (Il se tord de rires). NON ! Ce qui m’accompagne par contre, c’est mon travail. Je bosse dur et sans répit. Quand j’ai joué, un jour, à Los Angeles, avec Carlos Santana, il m’a demandé s’il y avait quelque chose dans mon instrument. C’est pour vous dire que dans la musique et dans tout autre domaine, il n’y a pas de secrets particuliers. Il faut retrousser les manches. On ne peut pas passer tout son temps à lézarder et espérer des résultats satisfaisants. Non ! Et aux jeunes griots notamment, je n’ai qu’un seul mot à leur dire : travaillez ! Et, surtout valoriser la musique griot. Nous, les Africains, nous n’avons pas besoin des instruments occidentaux. On peut créer toutes sortes de musique avec nos balafons, nos tidinits, nos koras, nos percussions, nos calebasses…On a beaucoup de choses à valoriser en Afrique. On n’est pas obligé de singer les autres. Si tous les musiciens africains avaient fait comme moi, on n’en serait pas là aujourd’hui.

Le Rénovateur Quotidien : En 2008, aux BBC Radio 3 Awards for World Music, vous avez remporté le prix du meilleur artiste africain et l’album de l’année. Comment pouvez-vous nous expliquer ce succès fou ?

Bassékou Kouyaté : Le travail ! Franchement, je n’ai pas de répit. Le succès est entre les mains. Avec le N’Goni, on peut créer n’importe quel son instrumental. C’est un instrument incroyable, un instrument complet. C’est pourquoi, j’ai toujours essayé de travailler jour et nuit pour avoir un résultat positif. On répète tout le temps, sans répit. Même si les membres de mon groupe se plaignent, je leur force la main en leur faisant savoir que la réussite est au bout de la peine. Aujourd’hui, on a fait le tour du monde. Là où je passe, on parle de moi et de mon groupe. La presse anglaise va même jusqu’à dire que nous sommes le meilleur groupe de Rock n’Roll du monde. Récemment, à Anvers, j’ai joué devant plus de 2000 personnes émerveillées d’entendre ma musique. Actuellement, je suis en train de voir comment ouvrir une école pour y enseigner cette musique. Je ne le souhaite pas de sitôt. Imaginez que je disparaisse un jour. Qui va continuer à répandre cette musique ?

Le Rénovateur Quotidien : On vous compare déjà à Ali Fraka Touré en pensant que vous êtes en train de suivre ses pas. Cela vous réjouit-il ?

Bassékou Kouyaté : Monsieur le maire de Gnafanké, monsieur le maire Ali Farka Touré, qu’il repose en paix. J’ai travaillé avec lui. On a fait ensemble « Savana ». Je n’ai jamais eu la chance de travailler avec quelqu’un d’autre comme lui. C’est un monsieur humble et bienveillant. En Afrique, certains leaders musiciens ne soutiennent pas souvent certains talents qui veulent éclore. Tel n’était pas son cas, lui. C’est grâce à lui que j’ai pu oser m’engager dans une carrière professionnelle. C’est lui aussi qui m’a aidé à trouver un producteur et m’a présenté à de grands noms du monde de la production musicale mondiale. Je garde beaucoup de souvenirs de lui. On a tourné ensemble à travers le monde et à chaque fois, c’est moi qui assurais la première partie. Je lui dois tout.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Mensonges, populisme, démagogie…:Le Fndd sort la grosse artillerie pour accabler le HCE

Les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (Fndd) ont organisé, ce jeudi 6 Novembre 2008, un meeting à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott. A défaut d’obtenir une autorisation de manifester leur ras-le-bol en marchant dans les artères du centre ville de Nouakchott ! 

Après une accalmie de plus d’une semaine, le Front National pour la Défense de la Démocratie semble se revigorer et veut faire le plein ces jours à venir dans l’optique de discréditer les thèses du HCE qui est en train de mener, avec tambour battant et caméras à l’appui, des campagnes d’explication à l’intérieur du pays pour faire comprendre aux populations les tenants et les aboutissants du mouvement de rectification du 6 Août 2008.   

Tour à tour, au cours de ce rassemblement qui a réuni des centaines de contre-putchistes, les responsables du Fndd ont une nouvelle fois affiché leur détermination à faire partir Aziz du pouvoir. Décidemment, le Fndd n’est pas prêt à lâcher du lest.

Bâ Mamadou Alassane, président du Plej, n’y est pas allé, lui aussi, avec le dos de la cuillère. « Nous ne faisons pas confiance à la junte militaire, aux généraux putschistes. Parce qu’ils n’ont pas respecté l’engagement qu’ils avaient pris à Bruxelles », s’insurge-t-il. »Ils avaient promis de retourner à leurs casernes. Ils ont ramené la dictature dans le pays en privant les gens de liberté. Ils ont mis en prison et arbitrairement un président démocratiquement élu (Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Ndlr) « , rappelle-t-il. 

A tour de rôle, les responsables politiques du Fndd ont dénoncé les mensonges, les méthodes et le populisme utilisé par la junte militaire pour s’éterniser au pouvoir. Ils ont appelé les militaires à s’inspirer de la démocratie américaine qui vient de nous donner une leçon à méditer et pourquoi pas à imiter en Mauritanie. « Il n’y a qu’avec la démocratie et le respect des institutions qu’un pays peut avancer et qu’une société peut se développer », souligne Mohamed Ould Khoulane, vice-président de Tawassoul. « Cela devrait être aussi une leçon pour les usurpateurs qui, aujourd’hui, au 21ième siècle, veulent encore s’arroger un pouvoir de manière arbitraire par la force des armes alors que c’est une méthode qui est anachronique et que nous n’allons jamais accepter », conclut-il. 

Ladji Traoré, secrétaire général de l’Alliance Progressiste Populaire (APP), toujours en verve, a réitéré dans ses propos leur attachement au retour à l’ordre constitutionnel incarné par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « Seul le peuple a le droit d’élire ses représentants et de les changer », adresse-t-il à la junte militaire au pouvoir. »Le contexte dans lequel nous vivons aujourd’hui est un contexte d’arbitraire, de mensonges, de populisme et de démagogie », dit-il. « On ne peut pas faire croire au peuple mauritanien qu’on va transformer en 3 semaines ou 6 semaines El Haye Essaken. Non ! Ou bien, on va donner des habitats à l’ensemble des populations du 6ième. Ou bien, on va instrumentaliser l’image et le nom de l’ancien président de la Mauritanie en disant : on va lui donner enfin une avenue », ironise-t-il en assimilant cela à de la démagogie facile. 

L’humoriste du Front National pour la Défense de la Démocratie, Boïdiel Ould Homeïd, en outre vice-président du Parti Adil, a gratifié le public d’un cours magistral sur les fondements de la démocratie et les différentes péripéties qu’a connu la Mauritanie dans son processus politique. Pour lui, notre pays vit aujourd’hui une situation d’exception comparable à l’époque où la Mauritanie était caractérisé par le système du parti unique. Pour étayer ses propos, il cite les médias publics qui sont aujourd’hui entre les mains du HCE et ses laudateurs. 

Sur un ton ferme, il a dénoncé la répression qu’utilise Mohamed Ould Abdel Aziz. A ses yeux, cela est une mauvaise manière de procéder et en a profité pour appeler la junte militaire au pouvoir de s’inspirer de l’exemple de la démocratie américaine tout en demandant la libération immédiate du président déchu. « On doit laisser le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi achever son mandat. Le droit de sanctionner appartient au peuple et non aux militaires », souligne-t-il. 

Il a appelé Mohamed Ould Abdel Aziz à respecter les dispositions de la Constitution qui a prévu les conditions dans lesquelles on peut être président ou accéder au pouvoir. Dans sa conclusion, il a balayé d’un revers de la main les accusations portées par Aziz qui les reproche d’avoir fait appel à la Communauté Internationale pour régler la crise actuelle. Une infirmation pour dire que le Front National pour la Défense de la Démocratie ne fait pas les yeux doux à la Communauté Internationale. 

Pour le leader de l’Union des Forces de Progrès, Mohamed Ould Maouloud, et par ailleurs président en exercice du Fndd, avec la survenue du coup d’Etat du 6 août 2008, Mohamed Ould Abdel Aziz a ramené la Mauritanie et les mauritaniens en arrière. Ayant tiré les leçons de 2005, Ould Maouloud a fait savoir que cette fois-ci, ils ne se laisseront pas duper pour la deuxième fois par les militaires qui semblent ne pas vouloir quitter le pouvoir. 

Il est revenu sur les marchés de gré à gré qui inaugurent, selon lui, une nouvelle ère de corruption et de mauvaise gestion économique. De même que fustigé l’attitude de la majorité parlementaire qui est en train de fermer les yeux sur cet état de fait. Suffisant pour lui pour dire que le Parlement n’a pas un droit de regard sur ce que fait le HCE. 

Il a révélé aussi que l’argent destiné aux financements du Programme Spécial d’Intervention mis en place par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est en train d’être détourné à d’autres fins dans le but de distraire l’opinion publique nationale. Cela démontre, dit-il, que le HCE est en train de promouvoir la gabegie au sein de l’administration. Pire encore, toujours selon lui, le Haut Conseil d’Etat est en train de puiser dans les fonds de la SNIM pour financer ses propres activités. 

Par rapport aux nominations du HCE, il a analysé cela comme une volonté de la part de Mohamed Ould Abdel Aziz de ne pas quitter le pouvoir. Ce qui est inadmissible à ses yeux. Et sur les élections promises par les militaires, Ould Maouloud semble suspicieux et n’y accorde aucune crédibilité. Pour lui, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. « Toutes les balles ont été utilisées », lance Mohamed Ould Maouloud à l’endroit d’Aziz qui semble s’agripper sur la machine populaire après avoir essuyé, selon lui, un cuisant revers sur le plan international. D’où les campagnes d’explication à l’intérieur du pays. 

Au cours de son intervention qui a duré plus de 25 minutes, il s’est expliqué sur les raisons qui expliquent sa désapprobation du coup d’Etat du 6 août 2008 qui a été fait, à l’en croire, par des intérêts purement personnels et non par des objectifs bien clairs. 

Il n’a pas manqué de dévoiler ses appréhensions de voir la crise actuelle faire basculer la Mauritanie dans un cycle infernal dont on ne saura pas les conséquences. A ses yeux, il est temps que les militaires arrêtent leur campagne de dénigrement dirigé contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi accablé de toutes parts aujourd’hui par la junte militaire qui l’accuse d’avoir failli à sa mission. 

Sur une note d’espoir et qui pourrait constituer un signe de décrispation de la situation politique actuelle du pays, Mohamed Ould Maouloud, après avoir copieusement chargé le HCE, a laissé entendre que le Fndd pourrait participer aux prochaines journées de concertation ou Etats Généraux de la Démocratie. Sauf si, a-t-il précisé, elles ne se déroulaient pas sous la tutelle des militaires. 

Babacar Baye Ndiaye   

( 20 novembre, 2008 )

UE-HCE: Le Fndd prêt à jouer un rôle de facilitateur

Tout en fustigeant l’immobilisme des putschistes, le Front National pour la Défense de la Démocratie semble toujours croire au rétablissement de la légalité constitutionnelle. A l’occasion de leur énième conférence de presse, les responsables de ce front ont fait part encore de leur inquiétude sur la situation « ubuesque » et « ridicule » sans précédent que traverse le pays sur le plan social, économique et politique.  

Devant des militants, cette fois-ci moins nombreux qu’à l’accoutumée, le nouveau président en exercice du Front National pour la Défense de la Démocratie Monsieur Saleck Ould Sidi Ahmed, par ailleurs vice-président de Tawassoul, a passé en revue la situation du pays dominée ces temps-ci par les vagues d’arrestations dans leurs rangs.

Le transfert de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dans la nuit du 12 au 13 Novembre dernier ne semble pas satisfaire le Front National pour la Défense de la Démocratie. Pour eux, cet acte n’est que de la poudre aux yeux et que par conséquent, cela ne diminue en rien leur détermination à poursuivre leur combat jusqu’à ce que ce dernier soit rétabli dans ses fonctions de Président de la République.

Le fait que le Président déchu puisse « discuter » avec ses proches ne contente pas entièrement le Front National pour la Défense de la Démocratie qui estime que son transfert constitue « une mascarade » visant à leurrer intentionnellement le peuple mauritanien et la communauté internationale « à qui on veut faire croire qu’il y a eu quelque chose de nouveau ».

Le Fnnd est sans équivoque : le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz qui dénient toujours la légalité constitutionnelle et prend des décisions illégales continue à narguer le peuple mauritanien et la communauté internationale. Toutefois, le Front National pour la Défense de la Démocratie a révélé qu’il était prêt à devenir facilitateur entre l’Union Européenne et le Haut Conseil d’Etat pour trouver une solution à la crise actuelle qui mine le pays depuis 3 mois.

Cela suppose d’abord, à leurs yeux, l’annulation de toutes les décisions constitutionnelles, législatives, administratives et institutionnelles prises par le Haut Conseil d’Etat durant ces 3 mois d’exercice du pouvoir. Et, surtout le respect des engagements pris par les militaires avec l’Union Européenne en 2005 et leur mise à l’écart définitive du jeu politique. Une fois que ces conditions sont tenues en considération, le Fndd est disposé à dialoguer avec le Haut Conseil d’Etat pour sortir de la crise actuelle.

Le Front National pour la Défense de la Démocratie qui ne reconnaît pas toujours la légitimité du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz est revenu sur les récentes arrestations dans leurs rangs en y voyant de la provocation pure et simple. Ces arrestations traduisent, selon le Fndd, « une hystérie qui commence à affecter les putschistes » et s’apparentent à « une chasse aux sorcières et un règlement de comptes » dans le but d’affaiblir leur camp. Ils n’ont pas manqué de sonner l’alarme sur une telle situation en faisant savoir qu’aujourd’hui aucun mauritanien n’est épargné par cet état de fait.

Par ailleurs, ces vagues d’arrestations montrent, toujours selon le Fndd, « l’incapacité des putschistes à mesurer l’extrême gravité de la situation dans laquelle ils mettent ce pays délibérément pour juste satisfaire les ambitions personnelles de quelques-unes ».

Sur le plan de la gestion des ressources économiques, le Fndd a dénoncé l’amateurisme et l’attitude irrationnelle des nouvelles autorités du pays. Cela risque de conduire, considèrent les responsables du Fndd, la Mauritanie vers une « faillite économique irréversible ». Ils ont mis en garde le peuple mauritanien et la communauté internationale contre les dérives de l’actuel régime militaire qui peuvent acheminer la Mauritanie dans « une situation qui ne pourra plus être redressée sur le plan économique parce que simplement la faillite a été organisé à travers des dirigeants qui n’ont ni l’expérience ni la compétence pour gérer les affaires publiques ».

Au lieu de fouiner dans leur rang, le Fndd a interpellé les autorités de dire la vérité aux mauritaniens et à l’opinion internationale sur le niveau d’enquête de l’affaire de la drogue et notamment les tenants et les aboutissants de l’attaque de Tourine où 11 soldats mauritaniens ont péri. L’affaire de la drogue et l’attaque de Tourine paraissent rangées dans les tiroirs de l’oubliette. Et, le Fndd n’a pas manqué l’occasion de rappeler aux militaires putschistes leur devoir d’éclairer la lanterne des mauritaniens.

Enfin, ils appelé les autorités militaires à esquiver à la Mauritanie l’isolement diplomatique et économique qui pourrait à son tour engendrer une révolte populaire

Par Babacar Baye Ndiaye

                                    Communiqué de Presse du Fndd

Quelques heures seulement après le transfert du Président de la République , Son Excellence Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi de son lieu de séquestration à Nouakchott vers Lemden, les autorités putschistes ont procédé à une vaste campagne d’arrestations ayant touché le Premier Ministre, M. Yahya Ould Ahmed El Waghf et quelques hauts responsables et personnalités d’envergure nationale, dont plusieurs leaders, militants actifs ou sympathisants du FNDD.

La junte inscrit ces nouvelles arrestations dans ce qu’elle prétend être une enquête sur des actes de gestion; masquant ainsi une chasse aux sorcières désormais claire pour l’opinion nationale et internationale.

Persistant dans cette même logique, les putschistes ont arrêté, jeudi 13 novembre, Monsieur Abdoulaye Mamadou Bâ, Conseiller Porte- parole du Président de la République.

Cette nouvelle escalade s’inscrit dans le cadre de la campagne de diversion menée par la junte militaire, prise des convulsions de fin règne, pour leurrer l’opinion nationale et internationale.

Face à ces manœuvres pitoyables et mesquines qui visent à masquer une perturbation réelle et un manque d’assurance avéré, le FNDD :

1-     condamne le nouveau cycle de répression, d’amalgame et de musellement des libertés visant, en premier lieu,  les personnalités et  cadres engagés dans la résistance au putsch et le combat pour un retour immédiat et inconditionnel à la légalité constitutionnelle ;    

2- réitère sa condamnation de l’obstination de la junte militaire à séquestrer le Président de la République, Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, désormais interné à Lemden ;

3-     se félicite de la persévérance de la communauté internationale et de la fermeté de sa position quant au rétablissement immédiat et inconditionnel du Président de la République dans la plénitude de ses fonctions.  

                                                                      Nouakchott, le 15 Novembre 2008 

( 20 novembre, 2008 )

Mohamed Ould Moine, porte-parole du Gouvernement: »Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’est pas titulaire d’un titre immobilier sur la Présidence de la République »

Au même jour du transfèrement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, renversé le 6 août 2008 par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, à son village Lemden, le ministre de la Communication et des relations avec le Parlement, Mohamed Ould Mohamed Abdrehmane Ould Moine, a appelé le président déchu, à l’occasion d’une conférence de presse, à suivre l’exemple du premier Président de la République Islamique de Mauritanie, feu Me Moctar Ould Daddah, renversé lui aussi par un régime militaire. 

 S’expliquant sur la libération de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Mohamed Ould Mohamed Abdrehmane Ould Moine a laissé entendre que  » c’est tout à fait normal » puisque celle-ci s’inscrit en droite ligne dans « les traditions mauritaniennes ». En outre, il a révélé que le Président déchu « s’est engagé à quitter la (scène) politique et à laisser les mauritaniens choisir librement de sortir de la situation actuelle ».  

Par ailleurs, a souligné le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement, « on ne peut pas l’empêcher de jouir de ses libertés » et en revanche se permettre de le  » cautionner comme Président de la République ». « Nous ne le considérons pas comme tel. Car, il ne l’est pas », dit-il à qui veut l’entendre. « Nous voulons que la classe politique laisse ce monsieur (Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Ndlr) jouir de sa retraite », lance-t-il. 

Cela veut dire, en termes plus clairs, que la page Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est désormais tournée. Et, la junte militaire au pouvoir s’est judicieusement arrangée pour l’envoyer prématurément en retraite. D’ailleurs, le président déchu a toujours constitué une épine dans le pied du Haut Conseil d’Etat (HCE). Le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement s’est expliqué, en filigrane, sur la longue détention surveillée de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « On a toujours voulu le mettre hors d’état de nuire », donne-t-il comme justification.  

Ce relâchement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui intervient à une semaine du second round des négociations entre l’Union Européenne et le Haut Conseil d’Etat est perçu comme un signe d’ouverture de la part de la junte au pouvoir. Il va changer, sans aucun doute, les rapports de force d’une part entre le HCE et la classe politique hostile au coup d’Etat du 6 août 2008 et d’autre part entre l’Union Européenne et la junte militaire au pouvoir. 

Pour le moment, les autorités campent toujours sur leur position et espèrent parachever leur mouvement de rectification quelque soit le prix à payer et malgré l’opposition de la Communauté Internationale qui continue à demander le rétablissement de l’ordre constitutionnel. « Nous voulons que tous les mauritaniens participent aux Etats Généraux sur la Démocratie afin de sortir un compromis nécessaire pour jeter les bases d’une Mauritanie nouvelle, une Mauritanie libre, une Mauritanie démocratique et surtout d’une Mauritanie transparente dans sa gestion des fonds publics », plaide Mohamed Ould Mohamed Abdrehmane Ould Moine. 

Selon le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement, la Mauritanie « est un pays souverain ». « Certains pays ont une évaluation erronée de ce qui se passe en Mauritanie », dit-t-il en allusion à la France ou les Etats-Unis d’Amérique qui demandent le retour à l’ordre constitutionnel. « Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été effectivement élu, reconnaît-il. Mais, il n’est pas titulaire d’un titre immobilier sur la Présidence de la République ».

Pour lui, comme pour cautionner le mouvement de rectification du 6 août 2008, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a failli à sa mission. »Il a gravement échoué et perdu la confiance du peuple mauritanien », insiste-t-il en affirmant que « ceux qui sont avec lui n’ont jamais voté pour lui ». « Ils l’utilisent comme un moyen de marchandage politique. Tout en restant gentilhommesques, je leur demande de faire de la politique et de laisser cette personne (Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallhi, Ndlr) tranquille », lance-t-il. Et sur un ton menaçant qui frise l’arrogance, il lâche : « Pour nous, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’est pas le Président de la République. C’est fini ».

Au cours de sa conférence de presse, le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement a évoqué le niveau d’évolution des prises de contact concernant les « Etats Généraux sur la Démocratie » que le gouvernement a eues avec certains partis politiques et syndicats. « Nous sommes disposés à s’ouvrir à tous les mauritaniens qui veulent trouver, par le dialogue, des solutions à la situation actuelle », a-t-il soutenu.

Mohamed Ould Mohamed Abdrehmane Ould Moine, en réaction au budget 2008-2009, s’est dit satisfait de la situation financière actuelle du pays marquée par la maîtrise de l’inflation. « Cela prouve que quand la volonté politique existe et qu’on est conscient des responsabilités, on peut bien gérer nos moyens pour améliorer le niveau de fonctionnalité et d’investissement dans le pays », dit-il.

« Nous sommes en train de régler les problèmes du pays par des méthodes basées sur la transparence, la bonne gestion et la fermeté dans la gestion des finances publiques », a-t-il dit estimant que « la majorité de nos problèmes sont d’ordre organisationnel et non structurel ».

Par Babacar Baye Ndiaye 

( 20 novembre, 2008 )

Nadi H Cas:La femme fleur au pollen magique!

Elle pourrait être une bonne mère pleine de grâce comme la fleur au pollen magique qu’elle incarne. Mais, le destin en a décidé autrement. Nadia Georget, plus connue sous le nom d’artiste de Nadi H Cas, est issu d’un milieu modeste. Cette situation qu’elle n’a pas choisie n’a jamais pesé sur sa détermination et sa volonté à se hisser dans une époque où l’homme n’avait pas encore inventé l’ordinateur et l’internet. 

Une époque où les Beaux-arts étaient encore un domaine inaccessible. Née dans les années 50, elle fut marquée par l’époque des grandes revendications féministes en France dont la figure de proue était Simone de Beauvoir. 

Son penchant pour le dessin qui constituait pour elle un refuge ne trahit pas sa vocation d’artiste plasticienne. Depuis toute petite, elle se caractérisa par sa passion pour le bricolage. Elle se saisissait de tout ce qui lui tombait entre les mains. »C’était une manière de m’évader », explique-t-elle. 

Cette autodidacte, même si cette appellation ne lui plaît pas (cela me gêne, se défend-elle, parce que ce serait irrespectueux pour tous les gens que j’ai connus dans ma vie), a réussi, en côtoyant des artistes plasticiens, à forger sa propre trajectoire. Son art, qui se réclame de l’art brut, est avant tout le reflet de ses émotions, de sa nature, de sa personnalité et surtout de son éducation. 

Native de Dreux à l’Ouest de Paris, Nadi H Cas a eu la chance d’avoir des parents qui ont très tôt fait germer en elle le génie créateur. Enfant gâtée, elle l’était. Rien ne lui manquait. Autant elle était comblée de bonheur, autant elle l’était en Amour. Elle grandit dans une atmosphère familiale où on ne lésinait pas sur les moyens pour se priver de la moindre fête. Loin des clichés du genre « marginaux du quartier », elle vivait l’insouciance qui caractérise la jeunesse.  

Elle vécut sa jeunesse avec beaucoup d’empreintes. Elle s’initia très tôt aux arts plastiques, à la lecture…Tout lui était permis même de rêver…Cette éducation libérale lui a permis de développer et de forger son intelligence et son tempérament. Déjà, à l’âge de 12 ans, elle paraissait mature. Sa mère y sera pour quelque chose. Elle grandira dans une époque fortement dominée par beaucoup de tabous. Mais, leur foyer faisait l’exception. Comme elle l’a dit, chez elle, tous les sujets étaient débattus. 

Adolescente, dit-elle, rien ne lui plaisait à part l’art. A cette époque, elle ne croyait pas trop aux études. Très peu de filles parvenaient à s’en sortir. Et celles qui réussissaient à tirer leur épingle du jeu étaient souvent destinées à des carrières subalternes. Elle comprît très tôt que sa vocation était ailleurs. Malheureusement pour elle, elle ne réalisera pas le rêve de son père qui a toujours voulu qu’une de ses progénitures devienne un jour un médecin.

                     nadih.jpg 

Entre elle et les études, ça n’a jamais été le parfait amour. D’ailleurs, elle va quitter les bancs en classe de 3ième année de Collège. A la même année, ses parents quitte Dreux en destination de Vierzion près de Bourges où elle va étudier pendant deux ans les céramiques industrielles. Mais, celles-ci sont un domaine qui ne l’ont jamais intéressé parce qu’elles ne correspondaient pas à son orientation : l’art. Elle quitte Vierzion et part à la recherche du temps perdu. Elle rencontre des céramistes, des sculpteurs, des potiers…Elle devient ouvrière pour gagner son bifteck et plus tard animatrice pour enfants maltraités et parallèlement à cela, elle continue à peindre et à dessiner. 

Peu motivée, elle abandonnera le métier d’animatrice et décide de revenir à ses premières amours : la peinture. Elle s’installe ainsi à l’Ile de Groix en face de Lorient dans le Morbihan où elle ouvre son atelier. Elle y séjournera 5 ans. Elle quitte cette île pour s’installer à Ariège avant de s’installer depuis janvier 2000 à Toulouse. 

A Toulouse, elle va militer dans un collectif appelé « Mixart Myrys » qui réunit plus de 450 artistes plasticiens, musiciens, comédiens…Elle sera la vice-présidente de ce collectif. C’est dans ce collectif qu’elle fera la connaissance de Momar Kane d’Afrodream. 

Par l’intermédiaire donc de Momar Kane, elle vient en Mauritanie qu’elle découvre pour la première fois en juin 2008 à l’occasion de la quinzaine des Arts. Elle y fit la connaissance de tous les artistes plasticiens mauritaniens. Pendant 15 jours, elle fera des résidences avec eux et le résultat de leur travail sera exposé le 1ier juillet 2008 au musée national. Son étonnement fut grand lorsqu’elle découvrit qu’il y avait autant d’artistes plasticiens mauritaniens orientés vers l’art brut et surtout l’existence de l’art africain en Mauritanie. « Cela m’a fait une émotion. C’est comme si on me donnait un cadeau », avoue-t-elle. 

Son séjour en Mauritanie lui fit découvrir la culture et la diversité du peuple mauritanien. Jusqu’à aujourd’hui, elle garde de bonnes impressions sur la Mauritanie. Rentrée à Toulouse, elle prend son pinceau pour extérioriser cette riche expérience de deux semaines qu’elle a passées en terre mauritanienne. Au nombre d’une vingtaine, ses tableaux sont un clin d’œil à tous les artistes plasticiens mauritaniens qu’elle a côtoyé durant la quinzaine des Arts, qui ont changé sa vie et lui ont apporté de la richesse supplémentaire. 

La peinture est devenue pour elle un moyen d’oublier sa maladie. Depuis 3 ans, elle souffre d’un cancer du foie. Pour autant, elle reste forte et refuse toute culpabilisation. Elle l’accepte comme tel en se remettant en bonne croyante entre les mains de l’Eternel. « Je la vis. Je la sens mais je n’y pense pas. Lorsqu’on est en vie, il faut le vivre avec paix, bonheur et joie », dit-elle. Cet état d’esprit est omniprésent dans ses tableaux où domine la thématique de la famille. Une manière de se battre contre sa maladie en refusant qu’elle perturbe sa vie.

                    nadihcas.jpg 

Puisque la vie est un cadeau, tout ce qu’elle fait, elle le fait avec plaisir. Circonscrite et réservée, elle ne met pas en avant l’ambition ou la notoriété. Imbue de la philosophie de la rue, elle ne cherche pas à avoir une image. Sa devise : je fais ce que j’aime en dehors de toutes contraintes ! Condamnée à vivre avec sa maladie, elle n’en demeure pas moins accablée. Cela ne l’empêche pas de vivre sa vie et surtout de voyager lorsque l’envie lui traverse l’esprit. 

Tellement qu’elle se sent une mauritanienne à part entière, elle est revenue pour la deuxième fois à Nouakchott, avec en bagages, plus d’une vingtaine de tableaux. Et quand elle est en Mauritanie, elle se sent guérie. »Là où je suis bien, je me fais adopter », explique-t-elle.  

Par Babacar Baye Ndiaye

12
Page Suivante »
|