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( 27 février, 2009 )

Salene Fishing Limited:Le MPEM tente de rassurer les armateurs nationaux

Suite à la déclaration du Ministère des Pêches et de l’Economie Maritime (MPEM) à l’issue de sa mission en Afrique du sud, qui avait été sanctionnée par la signature d’une convention pour la mise en œuvre d’un important programme d’investissement dans les domaines des pêches des captures et de l’aquaculture entre la Mauritanie et la société sud africaine « Salene Fishing Limited », certains armateurs, à travers quelques organes de presse, ont qualifié cette société de fictive, et la mission d’échec. 

Le directeur adjoint de la Pêche Artisanale et Côtière au Ministère des Pêches et de l’Economie Maritime, Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye, a déclaré que le « Projet Salene Fishing Limited » aidera à surmonter les contraintes du secteur des Pêches, pour démentir certaines allégations qualifiant cette mission de « voyage touristique ».

Plus de 120 millions US$ seront investis dans le projet « Salene Fishing Limited »

Cette mission est consécutive à la signature, le 24 septembre 2008, d’un « Mémorandum pour l’instauration d’un partenariat en matière d’investissement dans la pêche et l’aquaculture entre notre pays et le groupe sud africain : Salene Technology ». Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye a rappelé que ce groupe Sud africain est disposé à entreprendre, aussitôt que possible, les travaux de réalisation du projet d’investissement dans la pêche et l’aquaculture en Mauritanie, dès l’attribution par les autorités portuaires du Port Autonome de Nouakchott de la parcelle de terrain devant arbitrer la composante de base de ce projet.

Pour matérialiser le « projet de programme d’investissement dans la pêche en Mauritanie », le Ministre des Pêches a effectué en Afrique du Sud une visite officielle du 18 au 22 janvier 2009. Le montant de ce projet avoisine les 120 millions d’US$. Ce programme d’investissement sera exécuté, selon le directeur adjoint de la Pêche Artisanale et Côtière, par une société privée de droit mauritanien dénommée « Salene Fishing Limited ».

Cette société va générer plus de 1.500 emplois directs et une production annuelle de 45.000 tonnes d’espèces pélagiques. Il est prévu, dans ce programme d’investissement, la construction, à Nouakchott, d’un complexe industriel d’infrastructures de débarquement, de transformation et de stockage des produits de la mer, d’une superficie de 50 hectares.

Ce programme va inclure aussi l’activité de production d’environ une quarantaine d’unités de navires de pêches artisanale, côtière et pélagique industrielle pour alimenter la composante de base et en plus, en cas de besoin, l’activité de production des navires de pêche pourra être complétée par l’achat des espèces de fonds et/ou par la production des projets d’élevage de fruits de mer notamment les crustacés et les céphalopodes.

La création de « Salene Fishing Limited » suscite beaucoup d’appréhensions du côté des armateurs mauritaniens qui ont laissé entendre que cette société est « fictive ». Ce qui a été balayé d’un revers de la main par le directeur adjoint de la Pêche Artisanale et Côtière qui a réfuté toutes les accusations portées contre « Salene Fishing Limited ».

Cette société est une filiale du groupe sud-africain « Salene Technology ». « Elle a été créée exclusivement pour gérer le projet d’investissement des pêches en Mauritanie », renseigne Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye.

« Salene Technology » possède parallèlement plusieurs groupes spécialisés dans divers domaines : exploitations minières, énergies, industries, bâtiments, pêche…présents dans plus d’une douzaine de pays notamment en Europe et en Afrique- y compris en Mauritanie où il compte à travers sa filiale « TransAfrika » investir plus de 2 milliards de dollars dans l’exploitation du fer.

Une aubaine pour la Mauritanie en termes de création d’emplois

Les opportunités que vont engendrer la création de « Salene Fishing Limited » ne semblent pas épater les armateurs mauritaniens déjà éprouvés par les flottilles européenne et sénégalaise. Mais, Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye a tenu à les rassurer.

« En plus des centaines d’emplois qui seront générés, d’importants avantages sont attendus de ce projet. Outre la formation de la main d’œuvre, le paiement des impôts, taxes et redevances de droit d’accès d’une quarantaine de navires ainsi que le loyer annuel du domaine public où sera construite la composante de base (complexe industriel et infrastructures de débarquement), il y a aussi le pourcentage annuel de bénéfices hors impôts (à hauteur de 10% du bénéfice pour financer des activités à caractère social », explique-t-il.

Au sujet de la concurrence avec les armateurs nationaux, Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye a affirmé que « la nouvelle société va aider à surmonter les contraintes de l’armement actuel en termes de débarquement des captures (approvisionnement des usines et du marché), de renouvellement de la flotte devenue vétuste, d’écoulement des produits de pêche qui connaissent une mévente en raison de l’unicité de leur acheteur (japonais) et d’accroissement des capacités nationales de stockage ».

Toutefois, a-t-il précisé,  » Salene Fishing Limited » ne sera pas autorisée à exploiter les espèces de fond, mais seulement à les acheter, car ces ressources restent exclusivement destinées à la flotte nationale.

Ce projet, à l’en croire, il y aura une forte capacité d’absorption de main d’œuvre. Sur les 40 navires environ, il y aura en moyenne 12 mauritaniens par navire. Il y aura aussi une mauritanisation graduelle des équipages. L’usine de conserve qui sera créée pourra fournir entre 600 et 700 opportunités d’emplois sans compter qu’il y aura d’autres unités ainsi que le personnel administratif qui sera mauritanien, dans son ensemble, à l’exception des postes de directeurs.

Le démarrage du projet n’attend que l’attribution par les autorités compétentes de la parcelle devant abriter la composante de base du projet. Le processus de disponibilisation de cette parcelle est en cours ainsi que l’examen des autres composantes de ce programme d’investissement.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Etats Généraux de la Démocratie:Conscience Harratine s’insurge contre leur exclusion

Conscience Harratine, qui regroupe des cadres et initiatives participants aux Etats Généraux de la Démocratie a publié, au cours d’une rencontre, un communiqué dans lequel le mouvement met en garde les pouvoirs publics contre le non règlement de certains problèmes qui peuvent menacer la stabilité du pays.

«La Mauritanie se trouve aujourd’hui dans une crise politique et sociale marquée par la pauvreté et l’inégalité sociale. Cette crise se manifeste en grande partie par la marginalisation de la majorité de la population dont la couche Harratine », explique Conscience Harratine.

Pour cette association, une telle situation a créé une communauté nationale fracturée et peu homogène. «Par carence d’une politique d’intégration et de nivellement, les mêmes inégalités se sont perpétuées », constate l’organisation, amèrement.

Cette carence de politique qui touche tous les échelons de la vie nationale exclue par conséquent la communauté Harratine de tous les centres de décision notamment du gouvernement, des Secrétaires Généraux, des Conseillers à la Présidence de la République, des Conseillers à la Primature, de l’Administration Centrale et Territoriale (Walis, Hakems), de la Diplomatie.

Conscience Harratine a insisté sur la nécessité d’instaurer une politique de discrimination positive au sein des Forces armées et de sécurité, du parlement où la communauté Harratine est quasi sous représentée et enfin du pouvoir judiciaire. «Malgré la place centrale de la Justice en tant que pilier principal d’un Etat de Droit il y a absence totale des Harratines  au niveau de la présidence des Cours et Tribunaux », fait remarquer Conscience Harratine qui estime, par ailleurs, que c’est le laxisme de la justice qui fait que les pratiques esclavagistes et leurs séquelles perdurent impunément.

Le document évoque aussi le volet socio-économique mettant en exergue l’insuffisance de la loi incriminant l’esclavage et l’absence de mesures d’accompagnement , ainsi que la carence de facteurs essentiels du Développement Humain à savoir l’Education, la Formation et la Santé.

Il y a aussi la pauvreté et la dépendance de la communauté Harratine composée dans sa majorité d’analphabètes et d’illettrés du fait de leur statut d’esclaves qui ne leur offre pas la possibilité ou l’opportunité de suivre un cursus scolaire normal. A cela, s’ajoute l’absence d’une Politique Agraire, Foncière, d’Elevage et de pêche au profit des Harratines.

Cette organisation, qui lutte pour la reconnaissance des droits de la communauté Harratine, s’est aussi prononcée sur le manque de Promotion et d’Insertion des Harratines dans la vie active ; ce qui a engendré une orientation sélective vers les tâches serviles et dures, (domestique, gardiennage, manœuvres) du fait d’une discrimination négative et en raison d’une main d’œuvre travaillant dans des conditions serviles.

L’exclusion des Harratines n’a pas été du goût de Conscience Harratine. Pour elle, le fait qu’aucun Harratine ne préside un atelier des Etats Généraux de la Démocratie n’est que la suite naturelle de leur condition de défavorisés par rapport à la gestion de la chose publique. Pour venir à bout de cette exclusion, l’organisation estime qu’une telle situation demande une solution de fond grâce à une politique de représentation juste comprenant toutes les composantes du pays pour contribuer à une sortie de crise.

La résolution du problème Harratine, aux yeux de Conscience Harratine, qui devrait passer au préalable par l’institutionnalisation d’une politique de discrimination positive au sein de la Constitution de la République Islamique de Mauritanie serait la plus pertinente. Aussi, cette organisation regrette-t-elle que le problème incontournable des Harratines ne soit pas introduit comme thème de réflexion dans les différents ateliers des Etats Généraux de la Démocratie.                                                              

De plus en plus de cadres appartenant à la communauté Harratine expriment leur mécontentement et leur ras-le-bol. Ainsi donc, des voix s’élèvent pour dénoncer cette «politique de domination et de discrimination sournoise et sciemment orchestrée par tous les systèmes politiques ayant dirigé la Mauritanie depuis l’indépendance à nos jours».

Conscience Harratine estime que, pour la consolidation de l’unité nationale, il appartient à tous les mauritaniens de régler les problèmes de l’esclavage, du passif humanitaire, de la gabegie, du tribalisme, du régionalisme, du népotisme et d’instaurer une bonne gouvernance…

Cette organisation recommande aussi le droit à la représentation légitime des Harratines au sein de toutes les institutions de la République Islamique de Mauritanie par un quota permanent au moins égal à un tiers et ce au niveau notamment du gouvernement, de l’administration centrale, de l’administration territoriale, de la diplomatie, de la hiérarchie des forces armées et de sécurité, du Parlement, des Collectivités, des sociétés d’Etat, de la présidence des Cours et Tribunaux…

Dans le même ordre d’idées, Conscience Harratine préconise la création de décrets d’application de la loi incriminant les pratiques esclavagistes, la création d’une Agence chargée d’une politique de promotion des Harratines dont les fonds doivent être dûment budgétisés de même que la création de Zones d’Education Prioritaire (ZEP) avec pour vocation une éducation primaire et secondaire assistée à la base.

Cette organisation ne s’arrête pas là uniquement. Elle a demandé que soit mise sur pied une nouvelle politique de santé destinée aux couches les plus démunies par la création de postes de santé et de pharmacie communautaires, l’engagement dans les meilleurs délais d’une réforme agraire et foncière juste en plus d’une réorganisation plus équitable du secteur de la Pêche artisanale et de l’Elevage.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Affaire Ould Marcou : A défaut d’être fixées sur son sort, l’Afcf et SOS Esclaves demandent sa libération immédiate

Brahim Ould Marco croupit toujours en prison et son jugement est toujours renvoyé aux calendes grecques. Cette situation n’en finit pas d’exaspérer la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, Aminétou Mint El Moctar qui suit ce dossier de près depuis le début. «Brahim Ould Marco est écroué en prison, sans toute forme de procès », déplore-t-elle.

Pour elle, ce dernier est tout simplement victime d’une injustice. Puisque la liberté provisoire que lui avait accordée le juge d’instruction a été refusée par le procureur de la République. Rappelons qu’à cet effet, sa conjointe, qui a été simultanément appréhendée par la police de l’aéroport à leur retour de Maroc où ils avaient convolé en noces, a été relâchée, grâce à son oncle Vadhili Ould Nagi, à l’époque commissaire de l’aéroport de Nouakchott.

Pour la présidente de l’Afcf, le cas d’Ould Marco est une illustration parfaite du manque de justice en Mauritanie. «Nous condamnons le comportement de la justice envers une tranche de la société. Nous demandons que la justice soit à la portée de tous et qu’il n’y ait pas de discrimination entre les différentes communautés du pays », dit-elle.

Cette affaire doit, selon elle, trouver une solution très rapidement. Elle n’a pas épargné dans ses critiques l’ex-procureur de la République qui a été démis de ses fonctions et principalement le commissaire Vadhili qu’elle accuse tous deux d’être derrière cette affaire. «Ce n’est pas le commissaire Vadhili qui peut bouleverser toute une justice », précise-t-elle.

La présidente de l’Afcf a affirmé qu’elle va éclairer la lanterne des mauritaniens au sujet de l’affaire Ould Marco, derrière laquelle se trouverait la main de Vadhili Ould Nagi.

Selon la présidente de l’Afcf, il y aurait aussi derrière cette affaire la main de Cheiyakh Ould Ely, actuellement conseiller à la présidence de la République qui aurait fait pression sur le ministre de la justice.

Aminétou Mint El Moctar semble avoir la coupe pleine et d’ailleurs elle l’a fait savoir en tirant à boulets rouges sur ce qu’elle appelle la féodalité mafieuse. «Ils sont en train de bafouer la justice mauritanienne et font tout ce qu’ils veulent. Ils utilisent leurs postes pour faire régner la terreur au sein des populations mauritaniens », a-t-elle dénoncé. «On ne peut pas continuer à violer allègrement les droits des citoyens », conclut-elle sur un ton de dépit.

Aminétou Mint El Moctar demande à ce qu’Ould Marco soit libéré. «Il n’a rien fait et il est innocent », soutient-elle puisque Brahim Ould Marco s’est marié avec Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi dans la légalité au royaume chérifien. Aussi, elle a demandé sa libération immédiate, à défaut de procès.

Boubacar Messaouad, président de SOS Esclaves, venu prêter main forte à la présidente de l’Afcf, n’y est pas allé de main morte en qualifiant l’affaire Ould Marco comme étant un crime. «La situation d’Ould Marco et de Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi est une situation de déni de droit », dit-il. «C’est l’expression d’une discrimination très flagrante et compréhensible dans un Etat féodal où les hommes et les femmes ne sont pas égaux », explique-t-il.

Pour Boubacar Messaoud comme pour Aminétou Mint El Moctar, l’affaire Ould Marco est la preuve que les autorités du pays ne veulent point instaurer un nouvel ordre social, basé sur la justice et l’égalité des chances entre les différents citoyens.

La famille de Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi, qui exerce un chantage sur Ould Marco, est en train de tout faire pour que le mariage de ce dernier avec Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi soit cassé et surtout qu’Ould Marco se sépare de son épouse, pour sortir de prison. «Nous voulons savoir pourquoi Ould Marco ne peut pas épouser Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi ? Pourquoi veut-on que leur mariage soit rompu ? Pourquoi est-on en train de punir Ould Marco ? », s’interroge Boubacar Messaoud.

A ses yeux, on est en train d’assister à un «divorce forcé » entre Brahim Ould Marco et Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi. Il n’a pas non plus manqué de dénoncer la prise en otage de la justice mauritanienne par une famille, une tribu ou une communauté. «C’est à cause de cela, explique-t-il, que la Mauritanie continue d’être la Mauritanie des Kwars, la Mauritanie des Bidhanes, la Mauritanie des Harratines… »

Ainsi donc, il estime que, tant que cela continuera, la situation du pays ne va jamais changer. «On n’oblige pas une femme à épouser quelqu’un. Mais non plus, on ne l’oblige pas à divorcer », dit-il.

Boubacar Messaoud va plus loin. Il  assimile l’affaire d’Ould Marco à certains cas relatifs à l’esclavage. «Les esclaves ne peuvent pas épouser des femmes qui ne sont pas esclaves. Les Harratines ne peuvent pas épouser des femmes qui ne sont pas Harratines. Les forgerons ne peuvent pas se marier en dehors de leurs castes, de même que les griots. Par contre, certains peuvent épouser qui ils veulent », souligne Boubacar Messaoud. 

Aux dernières nouvelles, Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi serait en état de grossesse. Et du côté de sa famille, on tente, par tous les moyens, de la faire avorter. A ce sujet, la mère de Brahim Ould Nagi, Fatimétou Mint Hameydane, qui était présente à cette conférence de presse, a laissé entendre que si la famille de sa belle fille s’aventurait à le faire, son fils les poursuivrait en justice.

Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi qui est majeure a consenti à se lier librement à Brahim Ould Marco. Mais ses parents continuent de soutenir que son mariage est nul. Ce qui n’est pas de l’avis de Boubacar Messaoud qui a déclaré que la justice devait avoir la même attitude vis-à-vis de Brahim Ould Marco et de Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi.

Les détracteurs d’Ould Marco se fondent principalement, pour casser ce mariage, sur le fait qu’il aurait des origines chrétiennes. «C’est une manière de faire la pression sur lui afin qu’il cède », a expliqué Aminétou Mint El Moctar.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Abderrahmane Ould Ahmed Salem: »Notre jeunesse souffre de marginalisation et du manque de possibilités de parvenir à ses aspirations »

Le cinéma, c’est sa passion. « Cette passion a grandi et s’est développée en moi, et m’a conduit à considérer « l’autre » et de me rapprocher de lui », révèle-t-il dans un entretien accordé à « Magharebia ». Dans cette interview, Abderrahmane Ould Ahmed Salem explique comment il a pu entrer dans le monde du cinéma en particulier dans une société traditionnelle et conservatrice. 

« A cette époque, j’allais à la campagne pour montrer à mes amis un spectacle sous la forme de photos intermittentes, un peu à la manière de ce que l’on appelait « le théâtre des ombres » dans le théâtre ancien, se souvient-il. Les problèmes auxquels j’étais confronté dans cette société bédouine, prise entre l’attitude de la sharia vis-à-vis du cinéma et l’appréhension toute bédouine de tout ce qui est statique, étaient énormes. »

A l’en croire, la société mauritanienne n’avait pas en face d’elle une véritable entité créative et stable. Pourtant, cela n’a pas empêché que les mauritaniens réagissent au cinéma lorsqu’ils commencèrent à s’y identifier. « Dans l’un des spectacles itinérants organisés par la Maison des Cinéastes à Oualata, l’une des villes historiques de la partie orientale de la Mauritanie, un film tourné dans la ville avait été projeté. Les habitants de Oualata ne l’avaient jamais vu depuis son tournage en 1952. Nous avons remarqué l’intensité et l’émotion suscitée par ce film », explique-t-il.

Interrogé sur l’extrémisme chez les jeunes mauritaniens, Abderrahmane Ould Ahmed Salem lie ce phénomène au fait que la jeunesse souffre de marginalisation et du manque de possibilités de parvenir à ses aspirations. En outre, il appuie son argument sur le fait que « les jeunes ne connaissent pas « l’autre » parce qu’ils n’en ont jamais eu ». « Ils reçoivent seulement des images importées, sans disposer des capacités nécessaires pour discerner le bien du mal », dit-il.

Puisque le cinéma à lui seul ne peut pas constituer une solution pour ces jeunes, que faire alors dans une telle situation ? Il préconise dans ce sens des programmes, parmi tant d’autres, destinés à la jeunesse mauritanienne comme par exemple : former les jeunes à utiliser une machine à travers laquelle ils pourront présenter un film reflétant leurs opinions sans avoir besoin d’un forum politique pour ce faire, et les former à lire les images.

Toujours, au sujet de l’extrémisme chez les jeunes, il a laissé entendre que les érudits et les prêcheurs n’ont pas su nous donner une vraie image de la religion. « La religion a jusqu’à présent était projetée… sous forme d’interdits et de tabous qui n’ont rien à avoir avec la vie de tous les jours, pas même avec la religion elle-même parfois », fait-il remarquer. « La religion n’est pas là pour asservir les gens, mais pour les servir. Ces gens n’ont pas été capables de nous présenter la religion sous sa forme brillante, spirituelle et ouverte. Ils se limitent à véhiculer jusqu’à présent des interdits, des takfirs, du désordre… », poursuit-il.

Pour Abderrahmane Ould Ahmed Salem, ceux qui présentent la religion n’ont pas été capables de passer de l’étape de la pratique religieuse purement rituelle à celle du vécu quotidien. « La religion nous a été présentée sous la forme de la prière uniquement, et non sous la forme d’un style de vie, comme les bonnes manières, un sourire face à des invités, l’attention aux pauvres, etc », affirme-t-il, déplorant que cette image ne soit pas celle du monde musulman.

Il s’inscrit en faux contre ceux qui pensent que le cinéma peut être un moyen de changement. « L’art en général n’est pas fait pour changer, mais pour poser des questions et soulever des problèmes, affirme-t-il. Les peintres, les musiciens, les dramaturges et les réalisateurs se doivent de poser les problèmes, ce qui en soi peut soulever un débat, et c’est ce débat qui peut induire le changement ».

L’avenir du cinéma en Mauritanie a été aussi abordé dans l’interview qu’Abderrahmane Ould Ahmed Salem a accordée à « Magharebia ». Pour lui, cet avenir repose sur deux choses : la présence d’une véritable volonté politique permanente et l’exigence que les gens puissent repenser les choses au lieu de ne s’intéresser qu’aux intérêts immédiats. « Un travail créatif qui ne trouve pas la liberté ne verra pas le jour. S’il nait, ce sera par le biais d’une césarienne, et s’il réussit à vivre, il sera handicapé. L’art créatif doit être libre », a-t-il conclu.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Raids israéliens sur Gaza:Indignation des élus et exigence de rupture des relations diplomatiques

Pendant qu’Israël intensifie ses opérations militaires sur la bande de Gaza, où vivent plus d’un million de palestiniens, les parlementaires et maires du pays, excepté ceux du Front National pour la Défense de la Démocratie, se sont donné rendez-vous, ce lundi 5 janvier, à l’hémicycle, pour exprimer leur indignation au sujet des massacres que l’Etat hébreu est en train de commettre sur des civils palestiniens, sans la moindre impunité sous le regard impuissant de la communauté internationale.

Les raids israéliens sur la bande de Gaza en Palestine continuent de susciter des réactions à travers le monde. La Mauritanie, par le biais de ses élus, vient de se joindre à la liste des pays condamnant l’attaque militaire d’Israël sur la bande de Gaza. A l’unanimité, les élus du peuple mauritanien ont fustigé l’attitude belliqueuse d’Israël qui continue de poursuivre ses offensives militaires sur la bande de Gaza. Ils n’ont pas manqué de verve pour assimiler l’Etat d’Israël à un Etat criminel qui ne respecte pas les droits de l’Homme.

Les élus, qui viennent d’emboîter le pas au peuple mauritanien qui est sorti dans la rue pour demander la rupture des relations diplomatiques avec Israël, commencent à perdre patience face à l’attitude de l’Etat hébreu. Ils ont d’ailleurs fait savoir qu’ils allaient rédiger une résolution demandant au Chef de l’Etat de rompre définitivement avec Israël dès l’instant que ce dernier n’œuvre pas pour l’instauration de la paix au Moyen-Orient.

Pour sa part, Ould Hanenna a dénoncé le comportement de la communauté internationale et notamment du monde arabe qui laisse Israël faire ce qui lui semble bon. Se fondant sur la position du peuple mauritanien, il a soutenu que nos relations diplomatiques avec Israël ne se justifient pas, ni politiquement, ni moralement.

La Mauritanie demeure, avec la Jordanie et l’Egypte, l’un des pays dans le monde arabe à entretenir des relations diplomatiques avec Israël. Aux yeux de Hanenna, les relations diplomatiques qu’entretient la Mauritanie avec Israël sont humiliantes et inopportunes étant donné que le peuple mauritanien a montré toute sa désapprobation par rapport à ces relations.

D’autres élus sont allés plus loin dans leurs condamnations. Le député Ould Abdallahi, par exemple, en a appelé à la résistance du monde arabe face à l’oppression d’Israël sur le peuple palestinien qui vit l’injustice du fait de la passivité et de l’inaction de la communauté internationale.

«Le silence de la communauté internationale a favorisé le massacre qui est en train de se faire sur Gaza », a soutenu Camara Ali Guéladio en demandant au gouvernement mauritanien de ne ménager aucun effort, à travers les Nations Unies, la Ligue Arabe, l’Union Africaine, pour que ce ses collègues considèrent comme étant un «crime contre l’humanité » le massacre de Gaza.

Les élus du peuple ont appelé le Chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz à franchir le Rubicon en faisant sienne la volonté du peuple mauritanien qui s’est élevé contre les attaques israéliennes sur la bande de Gaza et rompre les relations diplomatiques avec Israël. Ils ont en outre demandé à ce que l’Etat mauritanien rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv. Aux dernières nouvelles, on a appris la confirmation de cette information qui confortera certainement les élus du peuple.

———-Encadré

Deux questions à….

Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall dit Ghrini, S.G du PRDR

« Notre relation avec Israël doit servir la paix »

Le Rénovateur Quotidien: Au-delà des condamnations de principe, allez-vous emboîter le pas au peuple mauritanien qui est sorti dans la rue pour demander la rupture définitive des relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël ?

Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall dit Ghrini : Nous n’emboîtons le pas à personne. Notre parti a une position de principe sur cette question depuis qu’il est redevenu Parti Républicain pour la Démocratie et le Renouveau. Nous l’avons fait savoir en marge de notre 3ème congrès, tenu en octobre 2005. D’ailleurs, la déclaration de politique générale de notre parti comportait parfaitement cette question des relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël. Nous avions précisé et répété, de façon constante, que la relation de notre pays avec Israël doit servir la paix. Autrement dit, servir la cause juste du peuple palestinien sur la base de la reconnaissance du principe de la paix contre la terre.

Ce principe qui fonde notre position est aujourd’hui consacré par la communauté internationale et qui fait partie ipso facto du droit international. Tant qu’Israël n’exploite pas notre relation dans l’intérêt de la paix et de la sécurité dans le monde, tant que cette relation entre la Mauritanie et Israël ne sert ni la paix ni la justice, nous demanderons toujours la rupture des relations diplomatiques avec Israël. Nous réitérons notre demande à l’Etat mauritanien de rompre ses relations diplomatiques avec Israël car elles n’ont aucune influence sur la paix et la stabilité au Moyen-Orient.

Le Rénovateur Quotidien : On a toujours demandé cette rupture, mais jamais l’Etat mauritanien ne s’est aventuré à prendre une telle décision. Comment pouvez-vous expliquer cela ?

SMOMV dit Ghrini : Nous ne sommes pas à la tête de l’Etat. Nous ne sommes pas, non plus, au sein du Gouvernement. Nous sommes des parlementaires, des partis politiques. Nous avons des positions et nous les avons librement exprimées dans les colonnes de la presse, comme dans l’hémicycle du Parlement. C’est tout ce que nous pouvons faire et c’est un bon début. Cette question pèse beaucoup sur la scène politique nationale.

L’année dernière, j’étais parmi les cinq chefs de partis à demander au président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, à la suite d’une marche, de rompre nos relations diplomatiques avec l’Etat hébreu. Nous lui avions d’ailleurs transmis une doléance de tous les partis politiques pour rompre avec Israël ou au moins permettre l’ouverture d’un débat à ce sujet entre l’exécutif et le Parlement. L’ancien président n’avait pas donné de suite à notre requête. Et pourtant, il en avait fait la promesse pendant sa campagne électorale. Avant hier (4 janvier, Ndlr), j’étais avec d’autres groupes de partis politiques qui ont posé les mêmes problèmes au Chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz. Nous attendons la suite et nous sommes sûrs que l’Etat mauritanien sera influencé peu ou prou par la position de ses parlementaires.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

( 27 février, 2009 )

Détenus présumés salafistes : Une grâce présidentielle est-elle possible ?

Mohamed Ould Abdel Aziz, après avoir consacré une avenue à feu Moctar Ould Daddah, puis gelé contre toute attente les relations diplomatiques avec l’Etat d’Israél, va-t-il franchir le Rubicon dans le dossier des détenus présumés salafistes qui sont toujours incarcérés sans jugement ?

Le désespoir ne cesse de grandir de jour en jour dans le cœur des proches des détenus présumés salafistes incriminés dans l’attaque d’Aleg ayant occasionné la mort de 4 touristes français à la veille de Noël de l’année 2007 et autres attaques terroristes.

A ce goût d’amertume s’ajoute celui de la déception et de la colère. Parmi les dossiers les plus brûlants hérités de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi par Mohamed Ould Abdel Aziz, le dossier des détenus présumés salafistes est le plus complexe et le plus sensible. Les familles avaient cru que l’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz allait donner un coup d’accélérateur dans le traitement de ce dossier. Aujourd’hui, elles ne cachent pas leur déception. Elles ont très vite déchanté.

Tout ce qu’il leur reste aujourd’hui, c’est leurs chapelets pour prier. Ainsi, chaque lundi, les familles des détenus présumés salafistes investissent les abords immédiats de la prison centrale pour demander la libération des leurs, emprisonnés voilà presqu’un an. Au nombre d’une quarantaine, ces détenus présumés salafistes sont accusés par l’Etat d’appartenir à des réseaux terroristes liés à la branche d’Al-Qaeda au Maghreb Islamique (Baqmi) et d’être impliqués dans l’attaque d’Aleg, de la fusillade de Tévragh-Zéina ainsi que de l’attaque contre l’ambassade d’Israél à Nouakchott.

Ce dossier risque de prendre beaucoup de temps. Car, selon le gouvernement, ces détenus présumés salafistes constituent des menaces sérieuses et réelles pour la stabilité du pays. On s’en souvient encore, à cette époque, l’impressionnante cache d’armes et d’explosifs saisie par les forces de sécurité, après de nombreuses traques et fouilles des cellules terroristes à Nouakchott.

Pour toutes ces raisons, y a-t-il lieu de penser que les nouvelles autorités vont s’aventurer dans ce dossier explosif en procédant à la libération, comme le réclament les parents, les détenus présumés salafistes ? Même sous la pression, Mohamed Ould Abdel Aziz s’aventurerait-il à accorder une grâce présidentielle ? Difficile à croire, sachant que ces détenus seraient présumés avoir des liens avec Al-Qaeda.

En plus, ce serait aller en contradiction par rapport à sa démarche visant à traquer les terroristes en Mauritanie -d’ailleurs, la question de la sécurité est l’une de ses priorités. En outre, dans la conjoncture actuelle caractérisée par l’instabilité et la précarité, il ne se risquerait pas à prendre une telle décision. L’attaque de Tourine est encore fraîche dans nos esprits pour nous rappeler que la Mauritanie pourrait abriter des groupes terroristes toujours prêts à taper fort, à des moments inattendus.

Inculpés par la justice mauritanienne qui les accuse d’actes de violence ou de terrorisme, les détenus présumés salafistes attendent ainsi que leurs familles que leur sort soit fixé. Dans l’espoir que leur procès se tienne un jour, les familles continuent de s’accrocher fortement à la libération future des leurs. Car, affirment-elles, avec beaucoup de conviction en laissant entendre qu’ils sont innocents. « Jusqu’à preuve du contraire », soutient une mère des détenus présumés salafistes, venue apporter de quoi manger à son fils.

Parmi ces détenus présumés salafistes, il y a Khadim Ould Semman, chef présumé et auteur probable de l’attaque contre l’ambassade d’Israél à Nouakchott, le 1er février 2008, ainsi que Sidi Ould Sidna et Marouf Ould Haiba, deux des trois assassins présumés des quatre touristes français. Leur troisième complice demeure toujours en fuite.

Jusqu’à présent, la justice mauritanienne n’a pas prouvé encore la culpabilité des détenus présumés salafistes soupçonnés d’être à l’origine de plusieurs attaques et surtout d’appartenir à la Branche d’Al-Qaeda au Maghreb Islamique. Aujourd’hui, en cas d’inculpation avérée, ils risquent la peine de mort ou 15 ans d’emprisonnement. Cela explique en grande partie la lenteur de ce dossier.

En attendant, les familles espèrent de Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il gracie les leurs. Va-t-il le faire, lui qui est si imprévisible ?

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

M. Bassel Torjeman sur le sommet de Doha: »Le monde arabe a joué une mauvaise carte »

A la suite de la décision du gouvernement mauritanien de geler ses relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël comme l’a toujours demandé l’opinion publique mauritanienne, M. Bassel Torjeman, conseiller à l’ambassade de l’Etat de Palestine à Nouakchott, a salué cette initiative qu’il a qualifiée de courageuse.

Il a fait cette déclaration ce 17 janvier au cours d’une soirée organisée par des hommes politiques mauritaniens tels que Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall, Moustapha Ould Abeiderrahmane, Boïdiel Ould Houmeïd… Cette soirée rentrait dans le cadre des manifestations de soutien à la suite des bombardements de l’armée israélienne qui avaient fini par susciter l’indignation et l’émoi à travers le monde.

M. Bassel Torjeman, tout en appréciant à sa juste valeur cette décision courageuse prise par le gouvernement mauritanien de geler ses relations diplomatiques avec Israël, n’a pas manqué de souligner les coups de foudre que risquerait la Mauritanie de la part des Etats-Unis par exemple déjà hostiles au coup d’Etat du 6 août 2008. « On sait très bien que cette décision prise par le gouvernement mauritanien est une décision très difficile car elle intervient dans un moment très délicat de l’histoire de la Mauritanie. On sait qu’il y a beaucoup de problèmes et on demande à tout le peuple mauritanien de soutenir cette décision de leur gouvernement », a-t-il affirmé.

En outre, il a battu en brèche la position de certains responsables palestiniens ayant participé au sommet de Doha, à Qatar, réservé à la situation qui prévaut dans la bande de Gaza. Il a accusé ces derniers d’avoir adopté une position qui n’allait pas dans le sens des intérêts du peuple palestinien. D’ailleurs, pour lui, le jeu n’en valait pas la chandelle.

Après 22 jours de trêve, Israël a décidé d’observer un cessez-le-feu unilatéral. Mais, du côté du Hamas, on a rejeté une telle décision émanant du cabinet israélien. Pendant ce temps-là aussi, la diplomatie internationale s’active pour trouver une solution à cette guerre entre l’Etat hébreu et le Hamas.

Pour autant, la guerre n’est pas encore finie puisque le Hamas continue à lancer des roquettes en direction d’Israël qui a fait savoir, lui aussi, qu’il répliquerait si le Hamas s’aventurait dans un tel exercice.

Le bilan est lourd. Pendant trois semaines, l’armée israélienne n’a pas cessé de pilonner la bande de Gaza. Conséquences : il y a eu plus de 1.200 morts, des centaines de milliers de blessés et plus de 10.000 maisons complètement détruites. « Le peuple palestinien est en train de payer le prix de cette guerre folle qu’Israël mène », se désole M. Bassel Torjeman. « Il n’y a pas eu aucune réaction pour dire non au massacre contre le peuple palestinien. Le monde entier a fermé les yeux comme si de rien ne se passait », fulmine-t-il en s’interrogeant sur l’expectative des grandes démocraties de la planète.

Au sujet du cessez-le-feu unilatéral décidé par l’Etat hébreu, M. Bassel Torjeman, tout en le qualifiant de « décision très positive » a laissé entendre que c’est un prétexte pour Israël de mieux se préparer. »L’Etat d’Israël, depuis sa création en 1948, a toujours été un Etat agressif », dit-il.

Pour lui, ce n’est pas cette trêve qui va résoudre la situation à Gaza. Ainsi donc, il en appelle à l’Etat hébreu de respecter la résolution de l’ONU de 1860 qui préconise l’arrêt immédiat des massacres dans la bande de Gaza. « La cause palestinienne doit être au-dessus de tous les clivages arabo-arabes », dit-il.

La question palestinienne divise le monde arabe. D’ailleurs, le sommet de Doha s’est terminé en queue de poisson au grand dam des populations palestiniennes. « Le monde arabe a joué une mauvaise carte », regrette M. Bassel Torjeman en réaction à ce qui s’y est passé.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

SICA 2008:Diddal Jalaal s’illustre par sa particularité musicale

Il est des évènements qui donnent des coups de pouce aux groupes musicaux. C’est le cas des Stars de l’Intégration Culturelle Africaine (SICA). Cette manifestation musicale qui s’est déroulée du 17 au 23 novembre 2008 dans la capitale béninoise, Cotonou, a réuni 17 artistes africains venus de différents pays du continent. La Mauritanie y a été représentée par le groupe musical «Diddal Jalaal » qui s’est illustré par sa particularité musicale. 

Pour une première participation, le groupe musical «Diddal Jalaal» a merveilleusement marqué les esprits des béninois. D’ailleurs, la presse béninoise a largement couvert la participation de «Diddal Jalaal». Cerise sur le gâteau, le consul honoraire de Mauritanie est venu leur rendre visite. 

En outre, les organisateurs des SICA ont remis à Bâ Djibril Ngawa, le manager du groupe, une procuration lui permettant d’organiser en Mauritanie un concours musical qui permettra au gagnant de participer aux SICA de 2009. «Cela ouvre de nouveaux horizons pour la musique mauritanienne», explique-t-il. 

Ceci est d’autant plus vrai que les SICA sont un évènement continental très médiatisé par Tv5, Rfi, Canal Horizons, Cfi…D’ailleurs, en marge des SICA, Tv5 a réalisé un reportage spécial sur le groupe qui va sortir au courant du mois de janvier 2009. 

La participation de «Diddal Jalaal» aux SICA de 2008 qui va donner un coup d’accélérateur à la carrière musicale de ce groupe est une preuve de maturité, une reconnaissance internationale qui vient s’ajouter à leurs efforts de sensibilisation contre le tabac, le Sida, le déboisement…en Mauritanie. 

L’engagement du groupe musical «Diddal Jalaal» dans le domaine social est réel. Depuis plus de dix ans, ce groupe mène des campagnes de sensibilisation. D’ailleurs, le groupe a reçu, dans le cadre de ses tournées de sensibilisation, en collaboration avec des Ongs locales, des attestations de reconnaissance et de félicitation de la part des centres de santé et des mairies. Chaque année, «Diddal Jalaal» fait plus de 200 concerts dans le monde rural entre l’Assaba et le Guidimakha. 

L’association musicale Jalaal veut renforcer ses actions de sensibilisation partout à travers la Mauritanie. Dans cette association, la musique est au service du développement. C’est une mission à laquelle s’est toujours investi cette association qui dispose d’un siège et reconnu par l’Etat mauritanien. 

Ici, la musique ne prend pas le dessus sur le volet développement qui est la seconde casquette de l’association musicale Jalaal qui regroupe en son sein plus d’une vingtaine de personnes. Mieux encore, l’association musicale Jalaal veut explorer un nouveau créneau : descendre sur le terrain comme le font les Ongs qui se sont toujours sucré sur leur dos. «Je les rends crédibles sur le terrain et moi je suis dans l’ombre», affirme le manager du groupe musical «Diddal Jalaal», Bâ Djibril. 

Diddal Jalaal a un répertoire de chansons très riche qui traite de la santé, de l’environnement, de l’écologie, du Sida, du tabagisme… «Chaque concert de Diddal Jalaal, c’est de la sensibilisation », dit Bâ Djibril. «Nous croyons vraiment que les musiciens doivent œuvrer pour le développement du pays en utilisant leur musique et leur popularité au service de la société », explique-t-il. 

Quoi de mieux qu’un concert gratuit pour sensibiliser les populations sur certains thèmes humanitaires, didactiques, sanitaires et environnementaux. «Nous utilisons la musique pour faire passer les messages. C’est plus facile et plus efficace », affirme Bâ Djibril. 

Au courant de l’année 2009, le groupe musical «Diddal Jalaal» compte organiser une grande tournée nationale qui va concerner les wilayas du Gorgol, du Brakna, du Guidimakha et de l’Assaba sur la protection de l’environnement et surtout sur la tuberculose qui tue des centaines de personnes en Mauritanie par année. 

Le groupe musical «Diddal Jalaal» ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Leur participation aux SICA de 2008 semble donner une nouvelle dimension à leur carrière musicale. Le groupe compte mettre à profit la visibilité internationale que leur ont offert les SICA. 

Les Stars de l’Intégration Culturelle Africaine qui restent un évènement musical majeur dans l’agenda culturel et artistique du continent africain, c’est aussi une occasion de donner un coup de pouce à l’émergence d’artistes plasticiens africains. 

Le manager du groupe musical «Diddal Jalaal» n’a pas voulu rater cette occasion unique. A la place des Martyrs de Cotonou, Bâ Djibril a exposé 5 tableaux dont la thématique portait sur le trafic des enfants en Afrique et dans le monde. Ce thème lui est si cher qu’il n’a pas hésité à postuler à l’exposition où il a d’ailleurs fait la connaissance d’un artiste peintre nigérian du nom de Lanké qui l’a beaucoup impressionné. D’ailleurs, ils ont fait une création commune. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Claudy Siar: »Les choses changeront pour les artistes mauritaniens à condition qu’il y ait une volonté très forte de changement »

Tout Nouakchott attendait depuis très longtemps l’arrivée de Claude Siar, animateur sur Radio France Internationale (Rfi) de l’émission « Couleurs Tropicales ». Cette venue n’a été possible que grâce à Philippe Debrion, directeur du Centre Culturel Français Antoine Saint-Exupéry de Nouakchott, qui s’est personnellement investi pour le faire venir à Nouakchott pour la première fois en Mauritanie. Pendant deux jours (13 et 14 février 2009), Claudy Siar et son équipe ont campé le décor au Ccf pour y enregistrer l’émission « Couleurs Tropicales » qui sera diffusée en début de cette semaine sur Rfi. Sa venue n’a pas pour autant manqué de susciter des lueurs d’espoir dans le cœur des artistes mauritaniens.  » Nous ne pouvons pas changer la réalité de la musique mauritanienne « , prévient Claude Siar. Durant son séjour à Nouakchott, le Rénovateur Quotidien en a profité pour le rencontrer.

————Entretien réalisé par Babacar Baye Ndiaye  

Le Rénovateur Quotidien : Couleurs Tropicales, l’émission que vous animez sur Rfi, existe depuis presque 15 ans. Vous vous êtes rendu dans tous les pays francophones d’Afrique sauf la Mauritanie. Pourquoi ce boycott, cette absence ? 

Claudy Siar : Non, les termes sont très forts ! Il n’y a pas eu de boycott ni d’absence. Maintenant, on ne peut plus dire que je ne me suis pas rendu à Nouakchott. C’est vrai qu’il y a toujours eu un souci. Notre ancien correspondant à Nouakchott, Aziz Guissé, voulait vraiment que l’on vienne. Mais, à chaque fois, il y avait des problèmes politiques. Finalement, on ne pouvait pas venir. 

Le directeur du Ccf, Philippe Debrion, a tout fait pour que « Couleurs tropicales » soit enregistrées à Nouakchott. Il y avait déjà eu un report. Maintenant, Ce n’est pas le cas ! C’est un bonheur pour nous d’être en Mauritanie. C’est un rêve qui se réalise et puis c’est notre mission : être en Mauritanie pour recevoir les artistes, faire entendre au monde ce qu’est la réalité des artistes mauritaniens et donner le parfum des musiques mauritaniennes aux auditeurs de Rfi. 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous avez entendu les artistes mauritaniens se plaindre du manque de soutien, de structures, de production, de visibilité internationale…Dans ce sens, allez-vous contribuer, ne serait-ce que symboliquement, à l’évolution de la musique mauritanienne ? 

Claudy Siar : Je vais être très clair ! Nous ne pouvons pas changer la réalité de la musique mauritanienne sauf peut-être ce que l’on peut dire, les échanges que l’on peut avoir avec les uns et les autres, les artistes qu’on aura rencontrés et que l’un d’entre eux ou plusieurs pourront avoir, grâce à nous, l’opportunité de trouver une maison de disques probablement. 

Mais, on ne peut pas changer la réalité parce qu’elle est ce qu’elle est, à cause des problèmes d’infrastructures, du manque de professionnalisme de certains, à cause aussi peut-être du ministère de la Culture qui n’a pas encore suffisamment entendu les plaintes de tous les créateurs, de tous les artistes pas seulement ceux qui font de la musique mais ceux qui également sont plasticiens, cinéastes, comédiens et autres. 

Je pense que il serait prétentieux de penser qu’on puisse changer les choses. Notre présence à Nouakchott peut donner un peu d’énergie à certains, aux artistes pour mieux comprendre leur métier, du fait qu’on les a mis en lumière durant le temps de la présence de « Couleurs Tropicales » à Nouakchott en prenant conscience, malgré leurs petits moyens, de ce qu’ils peuvent faire… 

Le Rénovateur Quotidien : Pour vous donc, les artistes mauritaniens ne doivent pas tout attendre de vous ? 

Claudy Siar : Non ! Evidemment que non ! Ce serait prétentieux de penser que je puisse apporter la vérité aux autres. En plus, je ne connais pas complètement les réalités que vivent les artistes mauritaniens. Ils savent mieux que moi ce qui ne va pas et n’ont pas besoin de moi pour le savoir. Le fait qu’on soit là, d’enregistrer l’émission « Couleurs Tropicales » en public avec autant de monde, c’est juste un coup de pouce. 

J’aime comparer ce que nous faisons à Nouakchott avec ce fabuleux espoir que nous a donné Barack Obama par son élection. Il ne va pas venir changer la réalité des gens. Mais, le fait qu’il ait été élu nous donne une énergie supplémentaire, nous booste dans nos espoirs, dans notre volonté légitime de changer les choses. Et, c’est ce que, nous, à notre modeste niveau, pensons pouvoir faire en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans un pays comme la Mauritanie où le retard musical est énorme, que faut-il faire pour qu’il y ait un véritable déclic ? 

Claudy Siar : Cela dépend de tellement de choses. Je pense aussi que c’est être là au moment où il faut rencontrer les gens. Il y a des détonateurs parfois. Comme par exemple lorsqu’un peuple en a assez avec la réalité qui perdure, lorsqu’un milieu artistique se dit : « Ecoutez, on en a marre ! Ça suffit, il faut faire quelque ! » Je crois aux synergies et au moment dans la vie où l’on peut faire des choses. Il y a aussi des moments où ce n’est pas le moment. On a parfois raison d’avoir raison très tôt. Il y a un temps pour tout ! 

Je vais vous citer une phrase d’Abraham Lincoln qui disait : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ». Alors, il y a un moment donné où les choses vont changer. Les choses changeront aussi pour les artistes mauritaniens. Mais, les clefs sont entre les mains des uns et des autres. Il faut qu’il y ait une volonté très forte de changement. 

Le Rénovateur Quotidien : N’avez-vous pas peur de décevoir les mauritaniens qui croient en vous et qui pensent que vous pouvez changer les choses d’un coup de baguette magique ? 

Claudy Siar : Evidemment ! C’est pour cela qu’il faut être honnête et ne pas laisser croire aux gens qu’on va changer leur vie. Mais, en revanche, le fait d’être là, encore une fois je le répète, le fait de se parler, de dire que c’est possible est important…Mais, les clefs, ce sont les mauritaniens qui l’ont. Moi, je vous apporte juste de l’énergie, quelques façons de faire, vous montrer la piste à prendre… Malheureusement, c’est tout ce que je peux faire ! 

Le Rénovateur Quotidien : Couleurs Tropicales est devenu un baromètre de la musique africaine. Aujourd’hui, quelle lecture en faites-vous ? 

Claudy Siar : Pour moi, il n’y a pas une musique africaine mais des musiques africaines. C’est très important ! Evidemment que nos musiques évoluent. Ce qu’il y avait dans les années 1980 ne ressemble plus à ce qu’il y a aujourd’hui. Puis, le fait que nos musiques populaires soient toujours aussi populaires auprès des peuples signifie qu’elles évoluent, qu’elles correspondent au quotidien des gens. 

D’un autre côté, il y a de plus en plus de difficultés pour les artistes d’Afrique à trouver des maisons de disques à l’international, à vivre décemment de leurs œuvres. Le piratage et autres contrefaçons sévissent de plus belle. Alors, c’est très compliqué. Dans le même temps, les artistes n’ont jamais aussi bien créé. Ils n’ont jamais été aussi proches du peuple. Qu’il s’agisse des artistes qui font de la musique traditionnelle comme par exemple en Mauritanie ou du couper-décaler en Côte d’Ivoire… 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il n’y a pas aussi une volonté délibérée de tuer toutes ces musiques africaines-là au niveau de l’industrie musicale mondiale ? 

Claudy Siar : De toute façon, l’industrie du disque veut toujours tuer les « industries indépendantes ». Aujourd’hui, les majors compagnies cherchent à investir ou à s’approprier ce qu’on appelle les « musiques de niche » qui sont des musiques destinées à des couches très spécifiques qui génèrent de l’argent. Lorsqu’elles n’arrivent pas à obtenir ce marché-là, elles peuvent trouver toutes sortes de biais pour occuper le terrain. Là, on est plus dans une guerre économique. C’est comme par exemple une compagnie aérienne. À un moment donné, il y a de l’agressivité dans sa politique commerciale pour gagner de plus en plus de marché quitte à faire du mal aux compagnies locales ou aériennes.   

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous toujours eu à l’esprit que l’animateur, parallèlement à son rôle de faire plaisir, devait aussi avoir un rôle beaucoup plus engagé sur certains sujets comme par exemple politiques, sociaux… ? 

Claudy Siar : Je pense qu’aujourd’hui, au regard de la situation de l’Afrique, dans ce drôle de bain de l’occidentalisation dans lequel l’Afrique a été plongée, qu’il est important que chacun d’entre nous soit militant. Le président Tabo M’Béki disait en 1998 qu’un véritable africain est un combattant, un militant pour son continent. Je pense qu’on ne peut pas être autre chose sinon ce serait être complice de ceux qui commettent des crimes contre l’Afrique qui ne sont d’autre que les grandes instances dites internationales (Banque mondiale, Fmi, Onu….), des instances nées pour asseoir le pouvoir de l’Occident sur les pays dits du tiers-monde. 

Sur l’Afrique, l’évidence est là : elle est devant nos yeux. L’Afrique est quand même un continent où des religions sont venues avec les conquêtes, l’esclavage, la colonisation, donc, des religions qui ne sont pas les nôtres et que nous avons adoptées. L’Afrique est abreuvée de toutes les cultures occidentales qui oppressent ses propres cultures. L’Afrique est un continent, dans une partie en tout cas, où l’on donne aux enfants des prénoms occidentaux et l’on oublie les prénoms ancestraux. 

L’Afrique est un continent où bon nombre de nos femmes ne voient leur beauté qu’à travers les canons de beauté occidentaux (dépigmentation, tissage…). L’Afrique subit une agression d’une extrême violence et ses enfants ne comprennent pas qu’ils doivent la sauver en œuvrant dans le domaine qui est le leur. Quel que soit le niveau où l’on se situe, il est important de s’engager pour l’Afrique parce que chaque jour, des êtres humains, qu’ils soient d’Afrique ou pas, lui arrachent l’écorce de sa dignité, l’écorce de sa vérité, l’écorce de son humanité. Chaque jour, on arrache l’écorce de l’arbre de l’Afrique. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’aujourd’hui vous vous sentez redevable au continent africain, d’où ce discours que vous tenez ? 

Claudy Siar : Je ne suis pas redevable ! C’est tout simplement parce que c’est mon continent, c’est l’histoire de mon peuple. Je suis né au sein d’un peuple qui est né dans les fers de l’esclavage : ce sont les africains des Caraïbes, de la Guadeloupe pour être précis. Le socle de notre identité, c’est l’Afrique. Après, il y a par-dessus tout cela, de l’indianité, de l’européanité…. 

Lorsqu’on voit que notre continent est dans un tel état, lorsque moi je vois que mon continent est dans un tel état, est-ce-que je dois faire comme si de rien n’était parce que je vis en Europe ? Je serais complice d’un crime contre l’Afrique si je ne fais rien. Les prénoms (Keyla et Nidiaye) de mes enfants sont des références à l’Afrique. Moi, je ne veux pas oublier ! 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes le créateur du concept « Génération Consciente ». A partir de quoi, ce concept a germé ? 

Claudy Siar : C’est un état d’esprit ! Quel que soit notre milieu social ou notre âge, on doit pouvoir être conscient de la société dans laquelle on vit, de ses fonctionnements, de ses tares et de ceux qui en veulent à cette société-là. Lorsqu’on est conscient de ça et lorsque dans sa vie on fait quelque chose pour essayer de changer les choses, on appartient à cette « Génération Consciente » qui est une communauté de penser et d’action. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu aussi pour vos positions très courageuses voire déplaisantes. Ne vous arrive-t-il pas d’éprouver des craintes pour votre carrière, votre avenir, votre personne ? 

Claudy Siar : Ma carrière a reçu beaucoup de coups à cause de mes engagements. Cela ne m’a jamais empêché de vivre de mon métier puisque j’ai toujours fait beaucoup de choses pour que l’autre comprenne que même s’il me prive de boulot, je pourrais continuer de vivre. Souvent, on vous tient par le côté économique de la chose. On veut vous montrer que si tu ne te tais pas tu vas perdre ton gagne-pain, tu ne pourras plus élever tes enfants. Avec moi, ça ne marche pas. 

J’ai toujours compris que je devrai montrer à l’autre que je suis indépendant pour continuer à pouvoir dire ce que je dois dire. Evidemment, ça me coûte très cher même au sein de Rfi. Ce n’est pas simple d’avoir un discours comme le mien et d’être accepté par ses supérieurs. C’est peut-être aussi pour cela que je voulais avoir ma propre radio qui existe depuis un an et demi. Alors, ça crée des jalousies chez certains de mes collègues. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous assumez le fait d’être une personne engagée quel qu’en soit le prix à payer ? 

Claudy Siar : Ah, oui ! Mais, je ne me considère pas comme une personne engagée. Je me définis juste comme quelqu’un qui est conscient du monde dans lequel il vit. Alors, j’ai deux choix : ou je fais comme si je ne voyais rien. Là, c’est terrible, je vais mourir mal avec des aigreurs d’estomac. Ou alors, je me dis, c’est la réalité dans laquelle je vis et je dois faire quelque chose pour changer cette réalité afin que mes enfants n’aient pas besoin de mener les combats que je mène dans l’espoir que les générations futures aient peut-être un monde meilleur. 

C’est complètement utopique, fou d’ailleurs ! Mais je me dis que d’autres avant moi, des anonymes, ont donné leur vie, leur temps, leur énergie pour que des choses changent. Je pense à tous les anonymes durant l’apartheid qui se sont fait torturer dont l’histoire n’aura jamais retenu les noms. Je pense que durant la colonisation, il y a des gens qui se sont battus et qui sont morts dont l’histoire ne retiendra jamais le nom. 

Le Rénovateur Quotidien : Justement au sujet de monde meilleur, quel regard avez-vous de l’émigration clandestine des jeunes africains vers l’Europe ? 

Claudy Siar : Je réfute la terminologie « émigration clandestine ». Il n’y a que des êtres humains ayant connu le colonialisme et le néocolonialisme qui veulent aller chercher ailleurs une vie meilleure parce que les systèmes politiques sont incapables de trouver les bons mécanismes pour subvenir à leurs besoins. Pour moi, donc, il n’y a rien de clandestin. Il ne faut jamais oublier que des européens, après des conquêtes, sont partis aux quatre coins du monde, ont pris la terre des Aborigènes d’Australie, celle des Maoris en Nouvelle-Zélande, des peuples amérindiens d’Amérique du Sud, du Nord, des Caraïbes. Ils ont souvent exterminé des peuples pour leur prendre leurs terres. Comment se fait-il qu’aujourd’hui on dénie le droit aux africains d’aller aussi chercher ailleurs une terre plus prospère ? Donc, pour moi, il n’y a pas d’émigration clandestine! 

( 27 février, 2009 )

Thierno Athié : Du rêve à la caresse de la guitare !!!

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Il chante en poular avec des messages limpides et est si calme qu’on le croirait presque timide. Il évolue, depuis quelques années, en solo. Ça ne l’empêche pas pour autant d’accompagner régulièrement l’orchestre de la famille, « Les frères Athié ». De donner un coup de main à certains artistes de la place ou de venir chanter à certains spectacles. Grandi à Kaédi sur les rives du fleuve Sénégal, sous l’ombre de son grand-père, Thierno (« marabout » en poular, ndlr) Athié a commencé à gratouiller la guitare à l’âge de 14-15 ans. Grâce à ses deux frères, Vieux (bassiste) et Alpha (soliste), il s’initie vite à la guitare. Ce fut une véritable révélation !

Sa musique, à la fois authentique et savoureuse, reflète ses racines poular. Gardien d’une tradition musicale, parolière et historique, Thierno Athié joue aussi bien du reggae que du rock.  « Mais, je préfère jouer quelque chose qui provient au fond de moi », révèle-t-il. La musique qu’il joue- l’acoustique- est une musique encore nouvelle dans l’oreille des mauritaniens. Alors que dans d’autres pays, c’est presque à la mode.

Populariser l’acoustique en Mauritanie 

La musique acoustique n’est pas encore bien ancrée en Mauritanie. Thierno Athié est actuellement un des rares musiciens qui la promeut, mais avec toutes les peines du monde. Aujourd’hui, son seul souci : c’est d’imposer ce genre musical au pays d’un million de poètes. En Mauritanie, rien ne s’obtient gratuitement et en plus… »J’ai les ailes mouillées », avoue-t-il comme pour dire qu’il ne suffit pas d’être volontariste.

De Kaédi- véritable carrefour musical-, où il a passé une bonne partie de son adolescence, il rapporta des notes musicales exotiques. Cette période va germer dans son esprit l’envie de devenir un jour un musicien, un grand guitariste. C’est à partir de là qu’il a commencé à s’attacher à la musique- l’acoustique- que jouaient, tous les après-midi, chez eux,  les amis de ses oncles, autour du thé. Depuis, il ne s’est plus éloigné de la musique ! La plupart de ses chansons, à la fois personnelles et spirituelles, sont empreintes de nostalgie, du temps qui passe sans que l’on s’en aperçoit. Nombre d’entre elles ont été composées à l’extérieur, durant son aventure.

Sa musique lui sert de piquet pour percer les barrières sociales. Thierno Athié a très tôt connu l’expatriation. Après l’obtention de son baccalauréat, le voici successivement aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite, au Tchad, en Lybie, en Espagne, en Tunisie… Rattrapé par le virus de la musique, il revient au pays dans l’espoir, cette fois-ci, de faire triompher la musique acoustique en Mauritanie. Il ne perd pas de vue qu’il ne devra son salut qu’à lui-même, en attendant que le jour se lève…

Aujourd’hui, sa seule ambition est de populariser sa musique en Mauritanie. Il n’est pas pressé de sortir son premier opus. A 31 ans, Thierno Athié ambitionne d’exporter sa musique. Aussi, il ne voudrait pas manquer la première occasion qui s’offrirait à lui. Parallèlement à la musique, il poursuit ses études. « Néanmoins, je reste musicien », souligne-t-il.  

Prouver son talent 

Thierno Athié est un fan de Baba Maal qu’il écoute depuis son adolescence. Tout au long de sa vie aussi, il s’est inspiré de Bob Marley, d’Alpha Blondy et de Dire Straits. Il puise souvent dans leur répertoire pour développer son sens musical. Jamais, dans ses morceaux, il n’offusque ou s’affiche. « Je ne parle pas de ce qui ne me concerne pas », précise-t-il. Il préfère surtout porter un regard pénétrant sur la vie de manière brossée en abordant des thèmes conformes à l’air du temps. « Il y a des gens qui sont prêts à trahir une personne à cause de l’argent, tuer une personne à cause de l’argent… », explique-t-il. En plus d’être musicien, il devra montrer qu’il a de la moelle dans l’os.

Déçu par la classe dirigeante du pays et agacé par le sort réservé aux artistes mauritaniens, Thierno Athié est frustré de voir les artistes abandonnés à leur sort. « On ne fait rien pour eux. On ne les aide pas. Encore moins les motiver », se désole-t-il.

Il fait partie de ces rares musiciens qu’on voit rarement. De ce fait, ses sorties sont peu fréquentes à cause de ses études… Le peu de temps qu’il dispose, il le consacre aux répétions et à l’écriture de ses chansons.

Parallèlement aux difficultés qu’il rencontre dans la musique, il doit faire face aussi aux réticences de sa mère. « Elle refuse que je joue de la musique », affirme-t-il. Ce qui n’est pas le cas avec son père. « Lui, il n’a pas de problème. Il me comprend. Il est formidable », confie-t-il.

Descendant de Souleymane Baal –celui-ci dirigea le renversement du dernier satigui Souley Ndiaye Togosso-, il doit aussi faire face à certains stéréotypes du fait de ses origines Torodo. Mais, à ceux qui voudraient le claquemurer dans des idées préfabriquées, il lance : « Le fait d’être le petit-fils d’un grand marabout religieux ne veut rien dire pour moi car la musique est un don de Dieu ».

Même issu de famille maraboutique, sa carrière musicale ne sera pas de tout repos lui qui a tronqué son chapelet à une guitare devra se montrer à la hauteur de ce qui l’attend, des attentes du public. Pour ce faire, il devra se battre d’abord contre certaines idées féodales fortement ancrées dans les mentalités des mauritaniens et qui voudraient maintenir les hommes dans une stratification sociale en hautes et basses classes, fruit d’idées préconçues et séculaires.

A tort, on cantonne les artistes facilement aux rôles de laudateurs. « Je ne joue pas pour demander ni pour me faire de l’argent. Je veux montrer ce que j’ai. Je veux vraiment prouver ce que je vaux, ce que Dieu m’a donné, ce que je peux offrir aux spectateurs et au public », explique-t-il.

Babacar Baye Ndiaye 

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