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( 27 février, 2009 )

M. Bassel Torjeman sur le sommet de Doha: »Le monde arabe a joué une mauvaise carte »

A la suite de la décision du gouvernement mauritanien de geler ses relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël comme l’a toujours demandé l’opinion publique mauritanienne, M. Bassel Torjeman, conseiller à l’ambassade de l’Etat de Palestine à Nouakchott, a salué cette initiative qu’il a qualifiée de courageuse.

Il a fait cette déclaration ce 17 janvier au cours d’une soirée organisée par des hommes politiques mauritaniens tels que Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall, Moustapha Ould Abeiderrahmane, Boïdiel Ould Houmeïd… Cette soirée rentrait dans le cadre des manifestations de soutien à la suite des bombardements de l’armée israélienne qui avaient fini par susciter l’indignation et l’émoi à travers le monde.

M. Bassel Torjeman, tout en appréciant à sa juste valeur cette décision courageuse prise par le gouvernement mauritanien de geler ses relations diplomatiques avec Israël, n’a pas manqué de souligner les coups de foudre que risquerait la Mauritanie de la part des Etats-Unis par exemple déjà hostiles au coup d’Etat du 6 août 2008. « On sait très bien que cette décision prise par le gouvernement mauritanien est une décision très difficile car elle intervient dans un moment très délicat de l’histoire de la Mauritanie. On sait qu’il y a beaucoup de problèmes et on demande à tout le peuple mauritanien de soutenir cette décision de leur gouvernement », a-t-il affirmé.

En outre, il a battu en brèche la position de certains responsables palestiniens ayant participé au sommet de Doha, à Qatar, réservé à la situation qui prévaut dans la bande de Gaza. Il a accusé ces derniers d’avoir adopté une position qui n’allait pas dans le sens des intérêts du peuple palestinien. D’ailleurs, pour lui, le jeu n’en valait pas la chandelle.

Après 22 jours de trêve, Israël a décidé d’observer un cessez-le-feu unilatéral. Mais, du côté du Hamas, on a rejeté une telle décision émanant du cabinet israélien. Pendant ce temps-là aussi, la diplomatie internationale s’active pour trouver une solution à cette guerre entre l’Etat hébreu et le Hamas.

Pour autant, la guerre n’est pas encore finie puisque le Hamas continue à lancer des roquettes en direction d’Israël qui a fait savoir, lui aussi, qu’il répliquerait si le Hamas s’aventurait dans un tel exercice.

Le bilan est lourd. Pendant trois semaines, l’armée israélienne n’a pas cessé de pilonner la bande de Gaza. Conséquences : il y a eu plus de 1.200 morts, des centaines de milliers de blessés et plus de 10.000 maisons complètement détruites. « Le peuple palestinien est en train de payer le prix de cette guerre folle qu’Israël mène », se désole M. Bassel Torjeman. « Il n’y a pas eu aucune réaction pour dire non au massacre contre le peuple palestinien. Le monde entier a fermé les yeux comme si de rien ne se passait », fulmine-t-il en s’interrogeant sur l’expectative des grandes démocraties de la planète.

Au sujet du cessez-le-feu unilatéral décidé par l’Etat hébreu, M. Bassel Torjeman, tout en le qualifiant de « décision très positive » a laissé entendre que c’est un prétexte pour Israël de mieux se préparer. »L’Etat d’Israël, depuis sa création en 1948, a toujours été un Etat agressif », dit-il.

Pour lui, ce n’est pas cette trêve qui va résoudre la situation à Gaza. Ainsi donc, il en appelle à l’Etat hébreu de respecter la résolution de l’ONU de 1860 qui préconise l’arrêt immédiat des massacres dans la bande de Gaza. « La cause palestinienne doit être au-dessus de tous les clivages arabo-arabes », dit-il.

La question palestinienne divise le monde arabe. D’ailleurs, le sommet de Doha s’est terminé en queue de poisson au grand dam des populations palestiniennes. « Le monde arabe a joué une mauvaise carte », regrette M. Bassel Torjeman en réaction à ce qui s’y est passé.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

SICA 2008:Diddal Jalaal s’illustre par sa particularité musicale

Il est des évènements qui donnent des coups de pouce aux groupes musicaux. C’est le cas des Stars de l’Intégration Culturelle Africaine (SICA). Cette manifestation musicale qui s’est déroulée du 17 au 23 novembre 2008 dans la capitale béninoise, Cotonou, a réuni 17 artistes africains venus de différents pays du continent. La Mauritanie y a été représentée par le groupe musical «Diddal Jalaal » qui s’est illustré par sa particularité musicale. 

Pour une première participation, le groupe musical «Diddal Jalaal» a merveilleusement marqué les esprits des béninois. D’ailleurs, la presse béninoise a largement couvert la participation de «Diddal Jalaal». Cerise sur le gâteau, le consul honoraire de Mauritanie est venu leur rendre visite. 

En outre, les organisateurs des SICA ont remis à Bâ Djibril Ngawa, le manager du groupe, une procuration lui permettant d’organiser en Mauritanie un concours musical qui permettra au gagnant de participer aux SICA de 2009. «Cela ouvre de nouveaux horizons pour la musique mauritanienne», explique-t-il. 

Ceci est d’autant plus vrai que les SICA sont un évènement continental très médiatisé par Tv5, Rfi, Canal Horizons, Cfi…D’ailleurs, en marge des SICA, Tv5 a réalisé un reportage spécial sur le groupe qui va sortir au courant du mois de janvier 2009. 

La participation de «Diddal Jalaal» aux SICA de 2008 qui va donner un coup d’accélérateur à la carrière musicale de ce groupe est une preuve de maturité, une reconnaissance internationale qui vient s’ajouter à leurs efforts de sensibilisation contre le tabac, le Sida, le déboisement…en Mauritanie. 

L’engagement du groupe musical «Diddal Jalaal» dans le domaine social est réel. Depuis plus de dix ans, ce groupe mène des campagnes de sensibilisation. D’ailleurs, le groupe a reçu, dans le cadre de ses tournées de sensibilisation, en collaboration avec des Ongs locales, des attestations de reconnaissance et de félicitation de la part des centres de santé et des mairies. Chaque année, «Diddal Jalaal» fait plus de 200 concerts dans le monde rural entre l’Assaba et le Guidimakha. 

L’association musicale Jalaal veut renforcer ses actions de sensibilisation partout à travers la Mauritanie. Dans cette association, la musique est au service du développement. C’est une mission à laquelle s’est toujours investi cette association qui dispose d’un siège et reconnu par l’Etat mauritanien. 

Ici, la musique ne prend pas le dessus sur le volet développement qui est la seconde casquette de l’association musicale Jalaal qui regroupe en son sein plus d’une vingtaine de personnes. Mieux encore, l’association musicale Jalaal veut explorer un nouveau créneau : descendre sur le terrain comme le font les Ongs qui se sont toujours sucré sur leur dos. «Je les rends crédibles sur le terrain et moi je suis dans l’ombre», affirme le manager du groupe musical «Diddal Jalaal», Bâ Djibril. 

Diddal Jalaal a un répertoire de chansons très riche qui traite de la santé, de l’environnement, de l’écologie, du Sida, du tabagisme… «Chaque concert de Diddal Jalaal, c’est de la sensibilisation », dit Bâ Djibril. «Nous croyons vraiment que les musiciens doivent œuvrer pour le développement du pays en utilisant leur musique et leur popularité au service de la société », explique-t-il. 

Quoi de mieux qu’un concert gratuit pour sensibiliser les populations sur certains thèmes humanitaires, didactiques, sanitaires et environnementaux. «Nous utilisons la musique pour faire passer les messages. C’est plus facile et plus efficace », affirme Bâ Djibril. 

Au courant de l’année 2009, le groupe musical «Diddal Jalaal» compte organiser une grande tournée nationale qui va concerner les wilayas du Gorgol, du Brakna, du Guidimakha et de l’Assaba sur la protection de l’environnement et surtout sur la tuberculose qui tue des centaines de personnes en Mauritanie par année. 

Le groupe musical «Diddal Jalaal» ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Leur participation aux SICA de 2008 semble donner une nouvelle dimension à leur carrière musicale. Le groupe compte mettre à profit la visibilité internationale que leur ont offert les SICA. 

Les Stars de l’Intégration Culturelle Africaine qui restent un évènement musical majeur dans l’agenda culturel et artistique du continent africain, c’est aussi une occasion de donner un coup de pouce à l’émergence d’artistes plasticiens africains. 

Le manager du groupe musical «Diddal Jalaal» n’a pas voulu rater cette occasion unique. A la place des Martyrs de Cotonou, Bâ Djibril a exposé 5 tableaux dont la thématique portait sur le trafic des enfants en Afrique et dans le monde. Ce thème lui est si cher qu’il n’a pas hésité à postuler à l’exposition où il a d’ailleurs fait la connaissance d’un artiste peintre nigérian du nom de Lanké qui l’a beaucoup impressionné. D’ailleurs, ils ont fait une création commune. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Claudy Siar: »Les choses changeront pour les artistes mauritaniens à condition qu’il y ait une volonté très forte de changement »

Tout Nouakchott attendait depuis très longtemps l’arrivée de Claude Siar, animateur sur Radio France Internationale (Rfi) de l’émission « Couleurs Tropicales ». Cette venue n’a été possible que grâce à Philippe Debrion, directeur du Centre Culturel Français Antoine Saint-Exupéry de Nouakchott, qui s’est personnellement investi pour le faire venir à Nouakchott pour la première fois en Mauritanie. Pendant deux jours (13 et 14 février 2009), Claudy Siar et son équipe ont campé le décor au Ccf pour y enregistrer l’émission « Couleurs Tropicales » qui sera diffusée en début de cette semaine sur Rfi. Sa venue n’a pas pour autant manqué de susciter des lueurs d’espoir dans le cœur des artistes mauritaniens.  » Nous ne pouvons pas changer la réalité de la musique mauritanienne « , prévient Claude Siar. Durant son séjour à Nouakchott, le Rénovateur Quotidien en a profité pour le rencontrer.

————Entretien réalisé par Babacar Baye Ndiaye  

Le Rénovateur Quotidien : Couleurs Tropicales, l’émission que vous animez sur Rfi, existe depuis presque 15 ans. Vous vous êtes rendu dans tous les pays francophones d’Afrique sauf la Mauritanie. Pourquoi ce boycott, cette absence ? 

Claudy Siar : Non, les termes sont très forts ! Il n’y a pas eu de boycott ni d’absence. Maintenant, on ne peut plus dire que je ne me suis pas rendu à Nouakchott. C’est vrai qu’il y a toujours eu un souci. Notre ancien correspondant à Nouakchott, Aziz Guissé, voulait vraiment que l’on vienne. Mais, à chaque fois, il y avait des problèmes politiques. Finalement, on ne pouvait pas venir. 

Le directeur du Ccf, Philippe Debrion, a tout fait pour que « Couleurs tropicales » soit enregistrées à Nouakchott. Il y avait déjà eu un report. Maintenant, Ce n’est pas le cas ! C’est un bonheur pour nous d’être en Mauritanie. C’est un rêve qui se réalise et puis c’est notre mission : être en Mauritanie pour recevoir les artistes, faire entendre au monde ce qu’est la réalité des artistes mauritaniens et donner le parfum des musiques mauritaniennes aux auditeurs de Rfi. 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous avez entendu les artistes mauritaniens se plaindre du manque de soutien, de structures, de production, de visibilité internationale…Dans ce sens, allez-vous contribuer, ne serait-ce que symboliquement, à l’évolution de la musique mauritanienne ? 

Claudy Siar : Je vais être très clair ! Nous ne pouvons pas changer la réalité de la musique mauritanienne sauf peut-être ce que l’on peut dire, les échanges que l’on peut avoir avec les uns et les autres, les artistes qu’on aura rencontrés et que l’un d’entre eux ou plusieurs pourront avoir, grâce à nous, l’opportunité de trouver une maison de disques probablement. 

Mais, on ne peut pas changer la réalité parce qu’elle est ce qu’elle est, à cause des problèmes d’infrastructures, du manque de professionnalisme de certains, à cause aussi peut-être du ministère de la Culture qui n’a pas encore suffisamment entendu les plaintes de tous les créateurs, de tous les artistes pas seulement ceux qui font de la musique mais ceux qui également sont plasticiens, cinéastes, comédiens et autres. 

Je pense que il serait prétentieux de penser qu’on puisse changer les choses. Notre présence à Nouakchott peut donner un peu d’énergie à certains, aux artistes pour mieux comprendre leur métier, du fait qu’on les a mis en lumière durant le temps de la présence de « Couleurs Tropicales » à Nouakchott en prenant conscience, malgré leurs petits moyens, de ce qu’ils peuvent faire… 

Le Rénovateur Quotidien : Pour vous donc, les artistes mauritaniens ne doivent pas tout attendre de vous ? 

Claudy Siar : Non ! Evidemment que non ! Ce serait prétentieux de penser que je puisse apporter la vérité aux autres. En plus, je ne connais pas complètement les réalités que vivent les artistes mauritaniens. Ils savent mieux que moi ce qui ne va pas et n’ont pas besoin de moi pour le savoir. Le fait qu’on soit là, d’enregistrer l’émission « Couleurs Tropicales » en public avec autant de monde, c’est juste un coup de pouce. 

J’aime comparer ce que nous faisons à Nouakchott avec ce fabuleux espoir que nous a donné Barack Obama par son élection. Il ne va pas venir changer la réalité des gens. Mais, le fait qu’il ait été élu nous donne une énergie supplémentaire, nous booste dans nos espoirs, dans notre volonté légitime de changer les choses. Et, c’est ce que, nous, à notre modeste niveau, pensons pouvoir faire en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans un pays comme la Mauritanie où le retard musical est énorme, que faut-il faire pour qu’il y ait un véritable déclic ? 

Claudy Siar : Cela dépend de tellement de choses. Je pense aussi que c’est être là au moment où il faut rencontrer les gens. Il y a des détonateurs parfois. Comme par exemple lorsqu’un peuple en a assez avec la réalité qui perdure, lorsqu’un milieu artistique se dit : « Ecoutez, on en a marre ! Ça suffit, il faut faire quelque ! » Je crois aux synergies et au moment dans la vie où l’on peut faire des choses. Il y a aussi des moments où ce n’est pas le moment. On a parfois raison d’avoir raison très tôt. Il y a un temps pour tout ! 

Je vais vous citer une phrase d’Abraham Lincoln qui disait : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ». Alors, il y a un moment donné où les choses vont changer. Les choses changeront aussi pour les artistes mauritaniens. Mais, les clefs sont entre les mains des uns et des autres. Il faut qu’il y ait une volonté très forte de changement. 

Le Rénovateur Quotidien : N’avez-vous pas peur de décevoir les mauritaniens qui croient en vous et qui pensent que vous pouvez changer les choses d’un coup de baguette magique ? 

Claudy Siar : Evidemment ! C’est pour cela qu’il faut être honnête et ne pas laisser croire aux gens qu’on va changer leur vie. Mais, en revanche, le fait d’être là, encore une fois je le répète, le fait de se parler, de dire que c’est possible est important…Mais, les clefs, ce sont les mauritaniens qui l’ont. Moi, je vous apporte juste de l’énergie, quelques façons de faire, vous montrer la piste à prendre… Malheureusement, c’est tout ce que je peux faire ! 

Le Rénovateur Quotidien : Couleurs Tropicales est devenu un baromètre de la musique africaine. Aujourd’hui, quelle lecture en faites-vous ? 

Claudy Siar : Pour moi, il n’y a pas une musique africaine mais des musiques africaines. C’est très important ! Evidemment que nos musiques évoluent. Ce qu’il y avait dans les années 1980 ne ressemble plus à ce qu’il y a aujourd’hui. Puis, le fait que nos musiques populaires soient toujours aussi populaires auprès des peuples signifie qu’elles évoluent, qu’elles correspondent au quotidien des gens. 

D’un autre côté, il y a de plus en plus de difficultés pour les artistes d’Afrique à trouver des maisons de disques à l’international, à vivre décemment de leurs œuvres. Le piratage et autres contrefaçons sévissent de plus belle. Alors, c’est très compliqué. Dans le même temps, les artistes n’ont jamais aussi bien créé. Ils n’ont jamais été aussi proches du peuple. Qu’il s’agisse des artistes qui font de la musique traditionnelle comme par exemple en Mauritanie ou du couper-décaler en Côte d’Ivoire… 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il n’y a pas aussi une volonté délibérée de tuer toutes ces musiques africaines-là au niveau de l’industrie musicale mondiale ? 

Claudy Siar : De toute façon, l’industrie du disque veut toujours tuer les « industries indépendantes ». Aujourd’hui, les majors compagnies cherchent à investir ou à s’approprier ce qu’on appelle les « musiques de niche » qui sont des musiques destinées à des couches très spécifiques qui génèrent de l’argent. Lorsqu’elles n’arrivent pas à obtenir ce marché-là, elles peuvent trouver toutes sortes de biais pour occuper le terrain. Là, on est plus dans une guerre économique. C’est comme par exemple une compagnie aérienne. À un moment donné, il y a de l’agressivité dans sa politique commerciale pour gagner de plus en plus de marché quitte à faire du mal aux compagnies locales ou aériennes.   

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous toujours eu à l’esprit que l’animateur, parallèlement à son rôle de faire plaisir, devait aussi avoir un rôle beaucoup plus engagé sur certains sujets comme par exemple politiques, sociaux… ? 

Claudy Siar : Je pense qu’aujourd’hui, au regard de la situation de l’Afrique, dans ce drôle de bain de l’occidentalisation dans lequel l’Afrique a été plongée, qu’il est important que chacun d’entre nous soit militant. Le président Tabo M’Béki disait en 1998 qu’un véritable africain est un combattant, un militant pour son continent. Je pense qu’on ne peut pas être autre chose sinon ce serait être complice de ceux qui commettent des crimes contre l’Afrique qui ne sont d’autre que les grandes instances dites internationales (Banque mondiale, Fmi, Onu….), des instances nées pour asseoir le pouvoir de l’Occident sur les pays dits du tiers-monde. 

Sur l’Afrique, l’évidence est là : elle est devant nos yeux. L’Afrique est quand même un continent où des religions sont venues avec les conquêtes, l’esclavage, la colonisation, donc, des religions qui ne sont pas les nôtres et que nous avons adoptées. L’Afrique est abreuvée de toutes les cultures occidentales qui oppressent ses propres cultures. L’Afrique est un continent, dans une partie en tout cas, où l’on donne aux enfants des prénoms occidentaux et l’on oublie les prénoms ancestraux. 

L’Afrique est un continent où bon nombre de nos femmes ne voient leur beauté qu’à travers les canons de beauté occidentaux (dépigmentation, tissage…). L’Afrique subit une agression d’une extrême violence et ses enfants ne comprennent pas qu’ils doivent la sauver en œuvrant dans le domaine qui est le leur. Quel que soit le niveau où l’on se situe, il est important de s’engager pour l’Afrique parce que chaque jour, des êtres humains, qu’ils soient d’Afrique ou pas, lui arrachent l’écorce de sa dignité, l’écorce de sa vérité, l’écorce de son humanité. Chaque jour, on arrache l’écorce de l’arbre de l’Afrique. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’aujourd’hui vous vous sentez redevable au continent africain, d’où ce discours que vous tenez ? 

Claudy Siar : Je ne suis pas redevable ! C’est tout simplement parce que c’est mon continent, c’est l’histoire de mon peuple. Je suis né au sein d’un peuple qui est né dans les fers de l’esclavage : ce sont les africains des Caraïbes, de la Guadeloupe pour être précis. Le socle de notre identité, c’est l’Afrique. Après, il y a par-dessus tout cela, de l’indianité, de l’européanité…. 

Lorsqu’on voit que notre continent est dans un tel état, lorsque moi je vois que mon continent est dans un tel état, est-ce-que je dois faire comme si de rien n’était parce que je vis en Europe ? Je serais complice d’un crime contre l’Afrique si je ne fais rien. Les prénoms (Keyla et Nidiaye) de mes enfants sont des références à l’Afrique. Moi, je ne veux pas oublier ! 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes le créateur du concept « Génération Consciente ». A partir de quoi, ce concept a germé ? 

Claudy Siar : C’est un état d’esprit ! Quel que soit notre milieu social ou notre âge, on doit pouvoir être conscient de la société dans laquelle on vit, de ses fonctionnements, de ses tares et de ceux qui en veulent à cette société-là. Lorsqu’on est conscient de ça et lorsque dans sa vie on fait quelque chose pour essayer de changer les choses, on appartient à cette « Génération Consciente » qui est une communauté de penser et d’action. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu aussi pour vos positions très courageuses voire déplaisantes. Ne vous arrive-t-il pas d’éprouver des craintes pour votre carrière, votre avenir, votre personne ? 

Claudy Siar : Ma carrière a reçu beaucoup de coups à cause de mes engagements. Cela ne m’a jamais empêché de vivre de mon métier puisque j’ai toujours fait beaucoup de choses pour que l’autre comprenne que même s’il me prive de boulot, je pourrais continuer de vivre. Souvent, on vous tient par le côté économique de la chose. On veut vous montrer que si tu ne te tais pas tu vas perdre ton gagne-pain, tu ne pourras plus élever tes enfants. Avec moi, ça ne marche pas. 

J’ai toujours compris que je devrai montrer à l’autre que je suis indépendant pour continuer à pouvoir dire ce que je dois dire. Evidemment, ça me coûte très cher même au sein de Rfi. Ce n’est pas simple d’avoir un discours comme le mien et d’être accepté par ses supérieurs. C’est peut-être aussi pour cela que je voulais avoir ma propre radio qui existe depuis un an et demi. Alors, ça crée des jalousies chez certains de mes collègues. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous assumez le fait d’être une personne engagée quel qu’en soit le prix à payer ? 

Claudy Siar : Ah, oui ! Mais, je ne me considère pas comme une personne engagée. Je me définis juste comme quelqu’un qui est conscient du monde dans lequel il vit. Alors, j’ai deux choix : ou je fais comme si je ne voyais rien. Là, c’est terrible, je vais mourir mal avec des aigreurs d’estomac. Ou alors, je me dis, c’est la réalité dans laquelle je vis et je dois faire quelque chose pour changer cette réalité afin que mes enfants n’aient pas besoin de mener les combats que je mène dans l’espoir que les générations futures aient peut-être un monde meilleur. 

C’est complètement utopique, fou d’ailleurs ! Mais je me dis que d’autres avant moi, des anonymes, ont donné leur vie, leur temps, leur énergie pour que des choses changent. Je pense à tous les anonymes durant l’apartheid qui se sont fait torturer dont l’histoire n’aura jamais retenu les noms. Je pense que durant la colonisation, il y a des gens qui se sont battus et qui sont morts dont l’histoire ne retiendra jamais le nom. 

Le Rénovateur Quotidien : Justement au sujet de monde meilleur, quel regard avez-vous de l’émigration clandestine des jeunes africains vers l’Europe ? 

Claudy Siar : Je réfute la terminologie « émigration clandestine ». Il n’y a que des êtres humains ayant connu le colonialisme et le néocolonialisme qui veulent aller chercher ailleurs une vie meilleure parce que les systèmes politiques sont incapables de trouver les bons mécanismes pour subvenir à leurs besoins. Pour moi, donc, il n’y a rien de clandestin. Il ne faut jamais oublier que des européens, après des conquêtes, sont partis aux quatre coins du monde, ont pris la terre des Aborigènes d’Australie, celle des Maoris en Nouvelle-Zélande, des peuples amérindiens d’Amérique du Sud, du Nord, des Caraïbes. Ils ont souvent exterminé des peuples pour leur prendre leurs terres. Comment se fait-il qu’aujourd’hui on dénie le droit aux africains d’aller aussi chercher ailleurs une terre plus prospère ? Donc, pour moi, il n’y a pas d’émigration clandestine! 

( 27 février, 2009 )

Thierno Athié : Du rêve à la caresse de la guitare !!!

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Il chante en poular avec des messages limpides et est si calme qu’on le croirait presque timide. Il évolue, depuis quelques années, en solo. Ça ne l’empêche pas pour autant d’accompagner régulièrement l’orchestre de la famille, « Les frères Athié ». De donner un coup de main à certains artistes de la place ou de venir chanter à certains spectacles. Grandi à Kaédi sur les rives du fleuve Sénégal, sous l’ombre de son grand-père, Thierno (« marabout » en poular, ndlr) Athié a commencé à gratouiller la guitare à l’âge de 14-15 ans. Grâce à ses deux frères, Vieux (bassiste) et Alpha (soliste), il s’initie vite à la guitare. Ce fut une véritable révélation !

Sa musique, à la fois authentique et savoureuse, reflète ses racines poular. Gardien d’une tradition musicale, parolière et historique, Thierno Athié joue aussi bien du reggae que du rock.  « Mais, je préfère jouer quelque chose qui provient au fond de moi », révèle-t-il. La musique qu’il joue- l’acoustique- est une musique encore nouvelle dans l’oreille des mauritaniens. Alors que dans d’autres pays, c’est presque à la mode.

Populariser l’acoustique en Mauritanie 

La musique acoustique n’est pas encore bien ancrée en Mauritanie. Thierno Athié est actuellement un des rares musiciens qui la promeut, mais avec toutes les peines du monde. Aujourd’hui, son seul souci : c’est d’imposer ce genre musical au pays d’un million de poètes. En Mauritanie, rien ne s’obtient gratuitement et en plus… »J’ai les ailes mouillées », avoue-t-il comme pour dire qu’il ne suffit pas d’être volontariste.

De Kaédi- véritable carrefour musical-, où il a passé une bonne partie de son adolescence, il rapporta des notes musicales exotiques. Cette période va germer dans son esprit l’envie de devenir un jour un musicien, un grand guitariste. C’est à partir de là qu’il a commencé à s’attacher à la musique- l’acoustique- que jouaient, tous les après-midi, chez eux,  les amis de ses oncles, autour du thé. Depuis, il ne s’est plus éloigné de la musique ! La plupart de ses chansons, à la fois personnelles et spirituelles, sont empreintes de nostalgie, du temps qui passe sans que l’on s’en aperçoit. Nombre d’entre elles ont été composées à l’extérieur, durant son aventure.

Sa musique lui sert de piquet pour percer les barrières sociales. Thierno Athié a très tôt connu l’expatriation. Après l’obtention de son baccalauréat, le voici successivement aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite, au Tchad, en Lybie, en Espagne, en Tunisie… Rattrapé par le virus de la musique, il revient au pays dans l’espoir, cette fois-ci, de faire triompher la musique acoustique en Mauritanie. Il ne perd pas de vue qu’il ne devra son salut qu’à lui-même, en attendant que le jour se lève…

Aujourd’hui, sa seule ambition est de populariser sa musique en Mauritanie. Il n’est pas pressé de sortir son premier opus. A 31 ans, Thierno Athié ambitionne d’exporter sa musique. Aussi, il ne voudrait pas manquer la première occasion qui s’offrirait à lui. Parallèlement à la musique, il poursuit ses études. « Néanmoins, je reste musicien », souligne-t-il.  

Prouver son talent 

Thierno Athié est un fan de Baba Maal qu’il écoute depuis son adolescence. Tout au long de sa vie aussi, il s’est inspiré de Bob Marley, d’Alpha Blondy et de Dire Straits. Il puise souvent dans leur répertoire pour développer son sens musical. Jamais, dans ses morceaux, il n’offusque ou s’affiche. « Je ne parle pas de ce qui ne me concerne pas », précise-t-il. Il préfère surtout porter un regard pénétrant sur la vie de manière brossée en abordant des thèmes conformes à l’air du temps. « Il y a des gens qui sont prêts à trahir une personne à cause de l’argent, tuer une personne à cause de l’argent… », explique-t-il. En plus d’être musicien, il devra montrer qu’il a de la moelle dans l’os.

Déçu par la classe dirigeante du pays et agacé par le sort réservé aux artistes mauritaniens, Thierno Athié est frustré de voir les artistes abandonnés à leur sort. « On ne fait rien pour eux. On ne les aide pas. Encore moins les motiver », se désole-t-il.

Il fait partie de ces rares musiciens qu’on voit rarement. De ce fait, ses sorties sont peu fréquentes à cause de ses études… Le peu de temps qu’il dispose, il le consacre aux répétions et à l’écriture de ses chansons.

Parallèlement aux difficultés qu’il rencontre dans la musique, il doit faire face aussi aux réticences de sa mère. « Elle refuse que je joue de la musique », affirme-t-il. Ce qui n’est pas le cas avec son père. « Lui, il n’a pas de problème. Il me comprend. Il est formidable », confie-t-il.

Descendant de Souleymane Baal –celui-ci dirigea le renversement du dernier satigui Souley Ndiaye Togosso-, il doit aussi faire face à certains stéréotypes du fait de ses origines Torodo. Mais, à ceux qui voudraient le claquemurer dans des idées préfabriquées, il lance : « Le fait d’être le petit-fils d’un grand marabout religieux ne veut rien dire pour moi car la musique est un don de Dieu ».

Même issu de famille maraboutique, sa carrière musicale ne sera pas de tout repos lui qui a tronqué son chapelet à une guitare devra se montrer à la hauteur de ce qui l’attend, des attentes du public. Pour ce faire, il devra se battre d’abord contre certaines idées féodales fortement ancrées dans les mentalités des mauritaniens et qui voudraient maintenir les hommes dans une stratification sociale en hautes et basses classes, fruit d’idées préconçues et séculaires.

A tort, on cantonne les artistes facilement aux rôles de laudateurs. « Je ne joue pas pour demander ni pour me faire de l’argent. Je veux montrer ce que j’ai. Je veux vraiment prouver ce que je vaux, ce que Dieu m’a donné, ce que je peux offrir aux spectateurs et au public », explique-t-il.

Babacar Baye Ndiaye 

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