( 1 avril, 2009 )

Règlement du passif humanitaire: Le Fonadh explique les raisons de sa marginalisation par le HCE

Le débat au sujet de la résolution du passif humanitaire continue. Après la conférence de presse de l’AVOMM et de l’OCVIDH, le Fonadh a, lui aussi, organisé, ce 29 mars 2009, une conférence de presse pour, cette fois-ci, revenir sur les raisons de sa mise à l’écart du règlement du passif humanitaire par le HCE.

———————-Par Babacar Baye Ndiaye

Au cours de cette conférence de presse, le Fonadh est revenu sur les propos de Mohamed Ould Abdel Aziz au sujet du passif humanitaire tenus lors de son déplacement à Kaédi et de la manière dont il entend l’entreprendre. Mais, aussi, sur la façon, jugée unilatérale et exclusive, dont le HCE veut le traiter.

Partant de ce fait, le Fonadh a accusé les pouvoirs publics de vouloir résoudre cette question en catimini. Il les incrimine aussi de vouloir passer outre les décisions qui ont été entérinées à l’occasion des Journées Nationales de Concertation au mois de novembre 2007 sur le retour des déportés et le règlement définitif du passif humanitaire pendant le magistère de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Le Fonadh tient toujours à la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les faits …

Cette organisation  continue à faire de la mise en place d’une  commission d’enquête indépendante un préalable pour le  règlement du passif humanitaire. Aussi, le Fonadh dit niet à toute solution qui ne tiendrait pas compte de cette exigence.

A ce sujet, le Fonadh persiste et signe. Pour le secrétaire général du Fonadh, la mise en place de cette commission est primordiale. « Pour qu’une telle situation ne se répète plus, il faudrait que les coupables et les bourreaux soient jugés. Quand on dit juger, on ne dit pas couper la tête car nous sommes contre la peine de mort », explique-t-il.

Au sujet des indemnités et des réparations promises par le général aux victimes lors de son déplacement à Kaédi, le Fonadh  a souligné que cela ne règle pas définitivement cette question d’autant plus que cela n’est  qu’un aspect du problème.

« Si on concentre tout sur la réparation, cela veut dire que nos martyrs sont partis pour rien », a déclaré Mamadou Sarr. « Aujourd’hui, la seule promesse que nous avons, c’est qu’on va donner de l’argent et des terrains », poursuit-il.

Le Fonadh s’est élevé contre la présence on peut plus opportuniste de certains hommes religieux utilisés  dans le règlement du passif humanitaire  « Ces marabouts là qui en parlent, où étaient-ils pendant 89-90-91 ? « , s’interroge Mamadou Sarr. « Aujourd’hui, tout le monde est prêt à venir dire que la Charria a dit ceci ou cela, constate-t-il. Nous pensions, que c’est à cette époque-là, qu’ils devaient réagir. »

La crainte, note le Fonadh, est devoir les victimes se diviser,  si cela n’a pas déjà eu lieu  et ce, en raison  de l’opacité qui entoure ce dossier vieux de presque 20 ans. Cette organisation met en garde l’actuel pouvoir  de vouloir profiter de la naïveté des victimes  pour bâcler cette question.  

Le refus de la marginalisation

Le Fonadh est revenu sur sa position au sujet de la question du passif humanitaire en réaffirmant qu’elle était sans ambiguïté. Cette organisation digère mal aussi que les pouvoirs publics les marginalisent à cause de leur position intransigeante vis-à-vis  du coup d’Etat du 6 août 2008.

« Aujourd’hui, parce que le Fonadh est opposé à la prise du pouvoir par la force, il est considéré comme une officine politique », fait remarquer  Mamadou Sarr en regrettant le que le HCE veuille « escamoter » le dossier du passif humanitaire.

Il ne partage pas non plus la démarche proposée, à Kaédi, par Mohamed Ould Abdel Aziz qui pense que la première des choses est de soulager les victimes en les indemnisant pour occulter les autres aspects de la question. « Cette façon de traiter cette question ne la règle pas. Au contraire, elle ne fait que reculer l’échéance. Ce qui est sûr, d’autres problèmes vont se poser si on ne prend pas le taureau par les cornes », a-t-il averti.

Les pouvoirs publics, poursuit-il, doivent cesser leur chantage au sujet du passif humanitaire. En plus, le Fonadh considère que la démarche exclusive entreprise par le HCE est impopulaire.

« Il faudrait que les autorités se résignent et sachent que le problème du passif humanitaire ne peut être réglé que de façon consensuelle et que tous les acteurs soient invités autour d’une table. C’est à ce moment qu’on pourra trouver une solution consensuelle s’il y a une volonté politique », rappelle-t-il.

Le Fonadh a aussi tenu à rappeler qu’il n’a jamais été associé à une quelconque démarche visant à trouver une solution au passif humanitaire. Mieux encore, il n’a jamais été informé ni contacté.

« Le Fonadh n’a jamais refusé le dialogue »

Aux yeux de Boubacar Messaoud, le règlement de la question du passif humanitaire passe par son dépassement, tout en accordant aux victimes une position prépondérante dans la recherche de solution qui exige beaucoup de temps et surtout de sérieux.

A ceux qui les accuse de ne pas avoir  droit de regard et d’implication  à ce sujet, il lance : « Nous sommes compétents pour parler de la question du passif humanitaire ».

Il a laissé entendre que le colonel Dia Adama , chargé par Mohamed Ould Abdel Aziz d’établir des contacts avec les associations nées des événements de 1989-90-91, ne les a jamais contactés au sujet du passif humanitaire.

« Si nous étions partis à Kaédi, on aurait pris la parole pour dire ce que nous n’acceptons pas dans cette affaire. C’est pour cela, on ne nous a pas appelés. Nous ne sommes pas des valises qu’on porte quand on veut partir. Nous savons que nous allons répondre de nos positions », a déclaré Boubacar Messaoud.

Lui emboîtant le pas, Sarr Mamadou a soutenu que le Fonadh n’a jamais refusé le dialogue autour de cette question. « Mais, on ne nous a jamais associés à aucune recherche de solution dans le cadre du règlement du passif humanitaire », précise-t-il sur une pointe de regret tout en laissant entendre que son organisation est disposée toujours au dialogue.

Même si le Fonadh ne reconnaît pas le régime issu du coup d’Etat du 6 août 2008, les portes du dialogue, pour autant, ne sont pas fermées. Pour autant, le Fonadh s’est voulu aussi clair par rapport à cette question.

« Aujourd’hui, nous ne reconnaissons pas le gouvernement. Mais n’empêche, pour nous, au sujet du règlement du passif humanitaire et les autres violations des droits de l’homme, que nous sommes disposés à rencontrer n’importe qui sur cette question. Il ne faut pas faire la confusion « , explique Boubacar Messaoud.

Le colonel Dia Adama, a révélé Boubacar Messaoud, aurait même tancé Me Fatimata Mbaye. Selon lui, rapporte-t-il toujours, il aurait soutenu que le Fonadh est illégitime pour parler de la question du passif humanitaire.

« Nous ne comptons pas sur eux pour régler le problème du passif humanitaire parce que nous considérons qu’ils sont incapables de les régler. Nous estimons qu’ils sont là et ce qu’ils font, nous l’observons », a éclairé Boubacar Messaoud.

Pour lui, la démarche du HCE qui les a disqualifiées dans le cadre d’une recherche de solution au sujet du passif humanitaire ne fera qu’accroître le problème. Du côté du Fonadh, on reste septique sur les chances de succès de la démarche du HCE. 

Babacar Baye NDIAYE

 

|