( 21 septembre, 2008 )

Fronde des députés: Signe d’une nouvelle ère démocratique ou fin de règne?

Les députés frondeurs reprochent à Yahya Ahmed Ould Waghef qui est un pur produit du régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya d’avoir associé «des symboles de la gabegie » à son gouvernement d’ouverture politique formé le 11 mai dernier.

Dans ce pays, qui ose lever la main- du moins pour ceux qui furent partie de l’ancien régime autocratique- et jurer à la face des mauritaniens qu’il ne fait pas partie de ces «symboles de la gabegie » adulés hier et diabolisés aujourd’hui. Parce que les temps ont changé qu’on peut se permettre de défendre une certaine moralité de la République et de ses valeurs constitutionnelles. 

Lorsqu’on entend les propos de certains sur cette crise politique, on ne peut s’empêcher de laisser échapper un sourire. Que ceux-là qui sont à l’origine de cette crise politique veuillent que les choses changent, c’est fort bien. Mais, s’ils le font pour des raisons dictées par des intentions purement matérielles ou autre que ce soit qui ne va pas dans l’intérêt des populations mauritaniennes, ils auraient perdu leur peine même s’ils ont réussi à ébranler viscéralement la République. 

Si, aujourd’hui, la Mauritanie connaît une crise politique sans précédent, depuis les indépendances à nos jours, c’est en grande partie la faute au Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui s’est encanaillé avec une bande de papelards, de profiteurs à controverse et sans vergogne. Leur avidité du pouvoir est connue. Ils changent de figure lorsque leurs intérêts sont menacés. C’est là où ils peuvent devenir dangereux, ignobles et venimeux.

Comment peut-on oublier que c’est cette bande qui a accompagné, pendant plus de 20 ans, le pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed  Taya qui a mené le pays à mauvais port d’où sa chute du 3 août 2005 ? 

On n’a pas de moralité politique, de leçons de bonne gestion économique à recevoir de la part de cette bande versatile à outrance. C’est cette bande encore qui a osé réclamer, sans honte et gêne, le retour de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, au cours d’un débat. 

C’est tout simplement aberrant ! Alors que les passifs de son pouvoir ne connaissent pas toujours un règlement définitif, on se permet de demander le retour de ce Président autocratique qui ne mérite que d’être pris par le collet et traduit en justice. Leurs mains ne sont pas aussi propres comme ils le prétendent. Puisqu’ils ont tous, sans exception,  volé l’argent du contribuable. Et cela, pendant plus de 20 ans !  

Le pessimisme pathologique de certains mauritaniens se comprend. Avec cet argent volé, on a construit de belles villas. L’actuel siège du Pacte National pour le Développement et la Démocratie n’est-il pas une preuve flagrante de ces «symboles de la gabegie ». Cette maison qui appartient à l’une des filles de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya n’est-il pas non plus une preuve vivante que ce dernier a passé tout son temps à s’enrichir et à enrichir ses acolytes ? 

Combien de sommes d’argent ont été détournées par nos ministres, nos députés, nos maires et nos gouverneurs qui ont accompagné le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed. On prête même à cette bande de frondeurs d’avoir des affinités avec Ely Ould Mohamed Vall.

D’ailleurs, ils ne s’en dérobent guère. Maouiya et Ely sont comme deux gouttes d’eau sauf que ce dernier a eu l’intelligence de remettre le pouvoir aux mains des civils. Ce dernier, un colonel de surcroît, est actionnaire dans de nombreuses sociétés de la place et possèdent de nombreux biens immobiliers. Aucun ancien chef d’Etat comme lui ne bénéficie d’une garde rapprochée aussi impressionnante. C’est uniquement en Mauritanie qu’on peut voir cela. Tous les moyens sont parfaits pour s’enrichir illégalement avec toujours l’appui de «vieux loups» toujours à l’affût de liasses d’argent. 

Cette clique qui a soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi durant sa campagne présidentielle de février-mars 2007 jusqu’à son élection à la tête de la magistrature suprême est en train de dérouler son rouleau compresseur autour de lui ! Le fauteuil présidentiel qu’occupe Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi semble vaciller et tout dépend de la tournure que vont prendre les événements à venir.

Toute la cacophonie des députés frondeurs vise implicitement à pousser le président de la république à rendre le tablier. Ainsi donc, on organisera des élections anticipées auxquelles participera Ely Ould Mohamed Vall. Et, tout dépend visiblement de ce que sera la coloration du futur gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef. 

Pour certains, d’ailleurs, les Roumouz El Vessad avaient soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, non pas pour son programme politique, contre lequel ils s’élèvent aujourd’hui, mais parce que les militaires, après les avoir transformés en indépendants, le leur avaient demandé  pour leurs intérêts. Actuellement, le président de la République est en train de le payer cher. Il vient de comprendre assez tardivement qu’il avait affaire à une bande de mesquins téléguidés par qui vous savez. 

Il n’y pas de doute que Yahya Ahmed Ould Waghef bénéficie, jusqu’à preuve du contraire, de la confiance de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui l’a reconduit ipso facto, après avoir rendu le tablier sous la pression d’une vingtaine de députés qui menaçaient de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Ould Waghef.

Le président de la république est pris entre l’enclume des députés frondeurs et le marteau des généraux. D’une part, il sera tenté de contenter les députés fondeurs qui ont eu la malignité d’avancer un argument convaincant devant les mauritaniens et osant défier les choix de Ould Waghef.

D’autre part, ne voulant pas se débarrasser de celui qui fut le Secrétaire Général de la Présidence de la République, il essayera d’imposer sa volonté pour tirer Ould Waghef des mailles de ses opposants de même camp qui réclamait sa tête sauvée de justesse par le président de la république qui l’a reconduit au poste de Premier ministre. 

Les contours de la crise actuelle que traverse la Mauritanie montrent qu’on est loin de connaître une fin dont dépend en grande partie la composition du futur gouvernement. Car, ce gouvernement va prendre en considération les récriminations des députés frondeurs. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ould Waghef se retrouvent dans une posture très délicate.

C’est ce qui explique certainement le retard accusé jusqu’à présent dans la formation du nouveau gouvernement. Après une semaine tumultueuse marquée par la fronde des députés issus du Pacte National pour le Développement et la Démocratie(PNDD) menaçant de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef et le discours du 2 juillet du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi intimidant de dissoudre l’Assemblée Nationale si les députés réclamant la tête du Premier ministre s’aventuraient à déposer la motion de censure sur le bureau de l’Assemblée Nationale, on vit la désescalade. 

Quant à Ould Waghef, il semble tenir bon sans désemparer. Mais jusqu’à quand ? La tension et la pression sont toujours vives et visibles. Les députés sont toujours aux aguets et attendent de voir la future composition du Gouvernement pour dégouliner de nouveau leur désapprobation et leur état d’âme sur la place publique.

Osons espérer que cette fois-ci, Yahya Ahmed Ould Waghef ne leur donnera pas cette opportunité à décocher des flèches envers son gouvernement. Certainement, qu’il est sorti de cette situation mature et consciente de l’immense espoir qui pèse sur ses épaules. Certainement aussi, qu’il ne décevra pas non plus les mauritaniens en reprenant des «symboles de la gabegie » qui sont à l’origine de cette crise politique jamais connue par la Mauritanie. 

Babacar Baye NDiaye 

( 14 mai, 2008 )

Nominations aux postes de Ministres: Comment peut-on construire la Mauritanie en marginalisant la couche la plus représentative de la population ?

En une année, le Président de la République, celui qu’on reproche à tort ou à raison d’être un maître Aliboron aura tout donné et tout permis. Il a accordé à la presse davantage de liberté et d’espace d’expression. Aux réfugiés mauritaniens, il a organisé dignement leur retour. Aux femmes, il les a fait accéder aux postes de gouverneurs et d’ambassadrices. Il a fait voter une loi criminalisant l’esclavage. A chaque fois qu’il a ressenti la nécessité de recevoir la classe politique, il l’a fait. 

Entre autres, il a déclaré la guerre à la corruption et a appelé tous les mauritaniens à combattre et dénoncer ce fléau méprisable. Régulièrement, il reçoit le chef de l’opposition pour discuter avec lui du pays, de la politique, de l’économie, du social, etc. Il a décidé d’augmenter le salaire des fonctionnaires alors que rien ne l’astreignait à le faire. 

Pour montrer qu’il est un homme d’ouverture, de concertation et de dialogue, il associe deux partis politiques de l’opposition(Union des Forces de Progrès et Tawassoul) à la gestion des affaires de la République. Lui, au moins, a le mérite d’avoir essayé que les mauritaniens se réconcilient entre eux. Et certainement, ce n’est pas à lui non plus qu’on va reprocher d’être un Président despote. 

C’est vrai, par essence, toute œuvre humaine est défaillante. Mais ceux-là même qui dénigrent ou qui sont actuellement en train de le faire auraient-ils proposé quelque chose de meilleur ? 

Dans la vie, tout est une question de temps. Ça ne coûte pas grand-chose d’attendre et de voir. Quatre ans encore ! Pour juger l’action gouvernementale, pour apprécier le trajet emprunté par nos autorités. Eh ! Oui, pour sanctionner aussi  tous ceux qui n’ont pas été à la hauteur des missions, des espoirs, des attentes et des réalisations. 

Le processus vers la démocratie est irréversible. Il faut prouver aux mauritaniens de tout bord, de toute communauté que tout est possible dans la vie sauf si on n’y croit pas. Ce qu’il faut, c’est de rassurer les esprits qui pensent que le changement ne va jamais s’acquérir ou se produire un jour. Certains mauritaniens ont tellement souffert de la dictature, des brimades, des humiliations de tout acabit qu’ils n’y croient plus. A ceux-là, il faut tenir un discours rassurant et novateur. 

Aujourd’hui, chacun peut se prétendre être le messie. Chacun d’entre nous peut se prévaloir aujourd’hui d’être à l’avant-garde des intérêts du pays et du peuple mauritanien. On ne forge pas un pays sur des intentions qui ne sont pas suivies d’actions et d’effets. On a tellement perdu de temps et de peine dans ce domaine qu’on a l’impression de vivre le supplice de Tantale. Beaucoup de mauritaniens ont vécu dans la souffrance et la douleur. On nous a toujours fait croire, nous autres, que notre wagon était accroché à la locomotive. 

Aujourd’hui, il y a beaucoup de raisons de croire que nous sommes sur la voix. La voix du vrai. La voix de la vérité. Pendant longtemps, on nous a caché la réalité. On aura monté les uns contre les autres. C’est dire que nous avons du chemin encore à parcourir. Du chemin pour ‘reconstruire’ les idées, les mœurs et les mentalités. Du temps, pour établir un nouvel Etat difforme de ce que nous avons connu dans le passé. 

Mais surtout du temps, pour ‘mettre bas’ une jeunesse décomplexée. Une jeunesse qui aura ses propres idoles dans son propre pays. Une jeunesse qui n’aura plus besoin de s’identifier à d’autres cultures du monde. Une jeunesse qui n’aura plus besoin d’aller exporter des valeurs et des principes ailleurs. Cela, bien sûr, n’est pas réalisable à court terme. Mais, il faut y croire. La jeunesse mauritanienne a toujours montré qu’elle voulait respirer, vivre et surtout être comme les autres. Cette jeunesse a toujours rêvé de choses grandes et grandioses. Il appartient aux autorités de ce pays de les réaliser. 

Les germes de la paix et de la réconciliation nationale, c’est en elle qu’il faut la semer. Parce qu’elle est fertile. Parce qu’elle est innocente. Parce qu’elle est plus apte à la germination. Mais le Président et son Premier ministre ont déçu en matière de responsabilisation de la jeunesse mauritanienne.

Par exemple, Ils auraient pu confier le ministère de la jeunesse ou le ministère de l’insertion, de l’emploi et de la formation professionnelle à des jeunes. Comment peut-on construire la Mauritanie en marginalisant la couche la plus représentative de la population ? Au lieu de ça, on promeut de vieux rapaces qui ont déjà fait leurs preuves en matière de politique et de gestion économique.

Mais que faire c’est cela aussi les règles de la politique. On ne compose qu’avec ceux qui gagnent. On n’y peut rien et souvent c’est dur à avaler! Pour preuve, dans le gouvernement politique de large ouverture que vient de mettre en place Ould Waghef, on n’a pas remarqué l’ombre d’un jeune mauritanien promu à un poste ministériel. Mais que des politicards, comme disent certains, rompus à la tâche. Promus, en contrepartie, pour leur expérience, leur influence et surtout pour leur poids électoral. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 1 mai, 2008 )

Unité et diversité culturelle:L’école, lieu de régénérescence des valeurs citoyennes

L’école mauritanienne a joué dans le passé un rôle important dans l’encrage des valeurs citoyennes. Elle a permis aux jeunes mauritaniens dans leur diversité culturelle et linguistique de se connaître, se respecter et surtout de cultiver l’amour et la fraternité.

Les premières générations ont appris à vivre dans une atmosphère de convivialité et de partage. Dans un univers où les différences  se rencontrent, les identités se croisent, les particularismes s’enrichissent mutuellement au détriment des préjugés.

Quand les futurs dirigeants d’une nation s’abreuvent à la source d’un système unifié comme à l’eau d’une même fontaine, c’est la Mauritanie qui en sortira grande, forte et assainie. L’école, on ne le dira jamais assez, est ce cadre adéquat de socialisation des jeunes appelés à perpétuer les vertus morales et citoyennes.

A travers un enseignement partagé, un système pédagogique lavé de toute idéologie, comment ne pas faire germer les graines de l’unité dans la diversité. Il nous semble que cette unité ne peut se faire nulle part ailleurs plus qu’à l’école. L’image que reflètent nos salles de classe doit être une Mauritanie en miniature, un échantillon représentatif des diversités culturelles diluées dans un enseignement commun. 

A l’école, la transculturalité est le terreau menant à l’émergence de ‘l’homo mauritanien’ nouveau à qui on doit inculquer les valeurs inaltérables de son présent et de son futur.

Depuis 10 ans, cette vision est devenue une réalité à la faveur de la réforme du système éducatif national où l’Arabe est la langue littéraire et le français le médium linguistique des disciplines scientifiques et mathématiques. Si l’esprit d’une telle réforme est appréciable, il y a urgence d’en améliorer le contenu et la qualité pédagogique pour asseoir un cadre rationnel  profitable à tous les enfants du pays.

C’est en ce moment que l’école nouvelle, pierre angulaire de l’édifice, trouvera un terrain fertile où clora la graine de l’unité.  Une graine qui a besoin de régénérer face aux multiples soubresauts que le pays a connus. Tous les efforts en cours menés par les acteurs politiques, les partenaires au développement, la société civile doivent tendre à recréer l’image réelle de la Mauritanie à travers une ‘école citoyenne’.

Les premières expériences qui ont été initiées dans le pays avaient donné des résultats probants. Il est impératif de ramener un système monocéphal riche et ouvert. La voie est balisée mais les bases de cette réforme méritent d’être améliorées. 

Qu’y a-t-il de plus beau, plus constructif que des élèves issus d’un même pays regardant vers la même direction, au tableau noir, comme pour lire ensemble l’avenir de leur pays, leur destin commun ? En l’absence de tout contact, de toute communication, le fossé différentiel ne fera que se creuser.

Heureusement que nos écoliers ont re-commencé cet apprentissage constructif. Dans quelques années, ils écriront ensemble en lettres d’or  l’histoire réelle de la Mauritanie : l’unité dans la diversité et transmettront ces nobles valeurs aux futures générations… 

«La beauté d’un tapis résulte de la diversité de ses couleurs ». Cette vision sur la pluralité culturelle d’un peuple émane de l’écrivain Amadou Hampâté Ba. Elle résume de façon éloquente l’interculturalité de toute nation qui œuvre au rapprochement harmonieux de ses composantes.

Dans ce cadre, la Mauritanie est un modèle en devenir. Un laboratoire expérimental et expérimentable. Mieux, c’est une réalité incontournable, une exigence ethnique, ‘esthétique’, politique, une pierre angulaire pour la construction d’une nation moderne, civilisée, démocratique, unie et prospère. La Mauritanie dispose d’un passé riche où des empires, des Emirats, des Almamiyas ont vécu en parfaite intelligence loin de tous les clivages et de querelles byzantines.

Aujourd’hui, cette image est encore vivace à travers les composantes sociales. Elle a façonné le destin de ses fils, engendré un métissage culturel et biologique. Les instruments musicaux maures tirent leur origine de la création artistique négro-africaine.

C’est le cas du Tidinit, de l’Ardine, du Tabal et bien d’autres outils de percussions. Chez les peulhs, les similitudes sont frappantes dans tous les domaines avec les Arabes, les soninkés et les wolofs.

Aujourd’hui, toutes ces identités sont diluées dans la mare de la diversité. Un mauritanien est facilement reconnaissable à travers ses manières raffinées de saluer, d’accueillir les étrangers.

Si bien que cette synthèse à produit une personnalité mauritanienne plus forte et mieux ‘armée’ pour résister à l’usure du temps. La religion est venue renforcer le ciment de notre unité dans notre diversité. Cette appartenance à une religion commune ne se retrouve nulle part ailleurs.

Les mosquées constituent un rempart contre les divisions ethniques. L’école mauritanienne a durant des décennies été un creuset de rencontre de la multuculturalité du pays. Ce système fut le socle de l’unité nationale dont les fossoyeurs ont sapé les bases. Sans toutefois réussir à faire écrouler un édifice qui est en train de renaître de ses cendres.

L’unification du système éducatif entamé il y a quelques années assurera le retour aux sources : l’unité dans la diversité. En dépit des différentes fractures communautaires, les mauritaniens n’ont jamais cultivé la rupture. Les liens consanguins continuent de régénérer lentement mais sûrement. Même les extrémistes ont tempéré leur ardeur, ‘civilisé’ leurs discours.

Dans les rapports intercommunautaires se dégage une volonté sincère de reconstituer la Mauritanie. Les clivages que certains groupes ont voulu ériger en système ont fini par céder comme des digues emportées par les eaux de ruissellement.

La plus belle illustration de cette confiance retrouvée est visible à travers les programmes des partis politiques dont le nouveau président a jeté les jalons. Les journées de concertation nationale du 20 au 22 novembre 2007 tenues au palais des congrès sur le retour des déportés et le passif humanitaire ont largement contribué à refermer les plaies et tourner la page d’un passé sombre.

Chaque mauritanien doit dire haut et fort : ‘plus jamais ça !’. L’unité nationale est depuis lors en marche. Après 18 ans d’exil forcé, les réfugiés mauritaniens reviennent massivement au pays, leur terre ancestrale. Avant d’être riche en ressources naturelles, la Mauritanie l’est par sa diversité culturelle et linguistique… 

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Elections : on en parle de plus en plus mais auront-elles ?

Un an après l’élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la magistrature suprême du pays, des voix s’élèvent de plus en plus  fortement  pour demander l’organisation de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Mais le Président de la République, connu pour son ouverture d’esprit, va-t-il accorder du crédit à ceux qui réclament, becs et ongles, la tenue de ces nouvelles élections ? Va-t-il céder si la pression devient de plus en plus visible et lisible ?

Les circonstances actuelles permettent-elles véritablement d’envisager ou de s’engager sans biscuit dans une telle entreprise sérieuse qui exige beaucoup de mobilisations financières et des ressources humaines considérables en terme de supervision et de déploiement sur le terrain ?

Le budget de l’année en cours ne prévoit pas cela ou ne l’a pas prévu. Admettons par exemple, que la Mauritanie décide d’organiser de nouvelles élections législatives, sénatoriales ou municipales, où alors va-t-elle trouver tout l’argent nécessaire ? Certainement, ce n’est pas avec les recettes de la SNIM !

Tenir des élections dans de telles circonstances ne serait pas forcément un signe de reculade mais une preuve de donner à chaque parti politique ou chaque mauritanien qui le désire sa chance d’être représenté à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes.

Mais là, ne se situe pas la véritable inquiétude et la suspicion. Nous savons tous que les élections sont toujours l’occasion bénie et rêvée pour le pouvoir parce qu’il a à sa disposition toutes les mannes financières du pays, de gaspiller, de dilapider et de distribuer sans sourciller et comme bon lui semble des billets de banque à flots.

Laissant de côté toute considération politicienne ou d’ordre politique, on peut penser que de telles élections feraient aboutir ou donneraient naissance à une nouvelle réalité ou recomposition de la scène politique et à une configuration plus réelle et plus expressive de notre landerneau politique.

Dans ce cas, chacun pourra y trouver son compte notamment les partis politiques comme l’AJD/MR de Ibrahima Moctar Sarr qui a engrangé plus de 8% de l’électorat durant les élections présidentielles de février 2007 à l’issue de laquelle, il s’était positionné 4ième derrière Zéine Ould Zéidane, Ahmed Ould Daddah et Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallah. Et devant Mohamed Ould Maouloud !

Si on arrivait à tenir de telles élections, ce serait véritablement un précédent dans l’histoire politique de la Mauritanie. Mais à vrai dire, est-ce qu’organiser des élections législatives, sénatoriales ou locales est une nécessité urgente ?

D’un point de vue rationnel, il n’y a aucune obligation à prendre cette option. Mais d’un point de vue politique, et surtout avec la nouvelle configuration de la scène politique marquée par l’entrée en jeu du PNDD, de l’AJD/MR et d’autres partis politiques récemment autorisés par le ministère de l’Intérieur, ce serait une hypothèse plausible à ne pas écarter.

Dans ce registre, des partis politiques comme l’AJD/MR d’Ibrahima Moctar Sarr qui n’a aucun député à l’assemblée nationale, ni un sénateur et encore moins un conseiller municipal pourrait tirer profit d’une éventuelle organisation d’élections législatives, sénatoriales ou municipales, vu le score non négligeable qu’il a réalisé durant l’élection présidentielle.

Même si certainement, les contextes ne sont pas les mêmes. Cette position stratégique lui a valu d’être  la force politique la plus courtisée du pays. Le PNDD, pour sa part, serait certainement favorable et pourrait même précipiter cette décision d’autant plus que les membres de ce parti commencent à envoyer des signaux  de contestation  à  l’action gouvernementale. Qu’à cela ne tienne ! Mais si c’est pour des raisons d’opportunisme ou d’intérêts gropusculaires, on ne voit pas pour quelles raisons devrait-on tenir de telles élections pour  une poignée de personnes avides de pouvoir.

Evidemment, toute la décision et toute la responsabilité revient au Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui est seul maître à bord et à qui il est libre de décider  ou non de l’organisation  de ces élections anticipées que réclament de plus en plus des partis politiques qui fondent leur position sur la situation actuelle qui prévaut dans le pays.

La création du PNDD pourrait être un élément moteur dans la tenue de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Ce ne serait pas donc surprenant qu’on se réveille un bon jour en apprenant la dissolution de l’assemblée nationale, du sénat et des collectivités locales  pour servir le desiderata de lobbies. Ce ne sont pas les procédures ou les techniques qui manquent souvent dans ces genres de situations. Tellement que nos politiciens sont doués qu’ils ne manqueront pas  d’user  toutes les astuces et de tous les subterfuges les plus extravagants pour arriver à leur fin.

Les cadres du PNDD pourraient faire avaler leur pilule au Président. Mais comme Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a toujours ‘refusé’ ou fait savoir que le ‘Pacte National pour la Démocratie et le Développement’ n’était pas son parti, on verra bien s’il en est toujours ainsi. Et cautionner cela, signifierait le contraire. Et comme on le sait, on ne peut gouverner qu’avec ‘sa’ majorité pour esquiver une cohabitation parfois très difficile. Compte tenu surtout du fait dans nos pays que nos ‘gouvernants’ ne sont pas souvent habitués à ce genre de situation parfois exécrable et insupportable à gérer.

Il est certain qu’organiser des élections nouvelles serait coûteux pour notre pays. Compte tenu aussi de la dèche qui frappe notre trésor public.  La Mauritanie peut-elle se permettre le luxe d’organiser de nouvelles élections en l’espace d’une année ? Plus qu’un précédent, l’organisation de ces élections signifierait la fin des ‘indépendants’ sans étiquette et appartenance politique pour quelques-uns d’entre eux.

En cas d’élections, quel parti politique en profitera. C’est vrai que les ‘indépendants’ sont majoritaires à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes. Mais, en cas d’élections, est-ce que ce sera la même coloration ? Rien n’est moins sûr !

Aujourd’hui, ceux qui réclament la démission du gouvernement de Zéine Ould Zéidane demandent par la même occasion l’organisation de nouvelles élections. Notamment la coalition Mithaq El Wihda qui regroupe 23 partis politiques.

Au cas où il serait démis de ses fonctions de Premier ministre, ambitieux qu’il est jusque dans l’âme, Zéine O. Zéidane ne mettrait pas du temps lui aussi pour créer son propre parti politique qui refléterait sa vision politique et se lancer dans la perspective électorale.

On sait parfaitement que rien ne lie Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Zéine Ould Zéidane en termes politiques. Donc, pour ne pas mourir ‘politiquement’, il serait astreint de forger son parti politique. Reste à savoir maintenant : quand aura-t-il lieu ?

Déjà, certains partis politiques se sont situés dans une logique de campagne préélectorale. Ils commencent à étendre leurs bases, à multiplier les contacts avec leurs militants, à sillonner le pays. Comme pour cautionner les rumeurs faisant état  de l’organisation de nouvelles élections, le Ministère de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire a catégoriquement démenti de telles informations. Une rumeur étant toujours une sorte de sondage auprès de l’opinion, on verra bien si le pouvoir va tenir en compte les exigences du moment.

En termes de suffrage, des partis politiques comme l’Union des Forces de Progrès et l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation, chassent sur le même terrain politique. Surtout qu’après le vote du statut de l’opposition, ces deux formations politiques se regardent en chiens de faïence.

Babacar Baye Ndiaye 

( 10 mars, 2008 )

Qu’est-ce qui a changé en Mauritanie ?

Serions-nous curieusement dans un pays bizarre, dans un pays habité par des aveugles qui ne comprennent que dalle de tout ce qui se fait ou se trame sur leur dos et à leur insu tous les jours.

Aujourd’hui, à la grande stupéfaction de tout le monde, les voleurs, les dissimulateurs et les papelards d’hier, ceux qui ont dépouillé la République, le pays et l’ont introverti à tort et à travers, s’érigent en donneurs de leçons, de moralité et de probité. Que c’est incroyable !

Qui ne souvient pas encore de leur arrogance intraitable ? Nos douleurs sont encore fraîches pour être omises de si vite. Ils  se permettent d’affirmer, devant celui qui veut les entendre, qu’ils incarnent le changement, les aspirations du peuple mauritanien et qu’il n’y a pas d’autres alternatives qu’eux-mêmes.

Ni leurs idées, leurs méthodes, leurs opinions, leur manière de faire de la politique encore moins leurs mensonges, à la limite, extravagants n’ont pas alterné au fil des années. Et qu’on ne s’y trompe pas, rien n’a véritablement changé en Mauritanie. Il faut vraiment avoir mangé de la cervelle de poule ou de coq pour le croire. La transhumance est érigée en règle comme une sorte de bouée de sauvetage pour pouvoir échapper honteusement aux dures réalités de la vie quotidienne.

Les fils des hauts et intouchables dignitaires du pouvoir usent et abusent des propriétés de l’Etat sans que cela ne turlupine leurs pères. Pendant ce temps-là, une localité de la wilayaa de l’Assaba souffre d’un manque criard de poste de santé, d’eau potable, d’électricité, de téléphone…

Et nous trouvons cela normal. Nous sommes loin du partage et de la redistribution des richesses nationales, de la justice sociale et de l’équilibre économique. Ce ne sont pas à travers des statistiques ou des chiffres tronqués qu’on peut faire disparaître ou réduire à moitié la pauvreté qui avilit l’être humain. Comment d’ailleurs  peut-on être digne dans la pauvreté ?

Chaque jour, les riches spolient les terres des pauvres sans que la justice n’intervienne parce qu’ils sont pauvres. Chaque jour, on accuse et emprisonne des innocents parce qu’ils sont incapables de se payer les frais d’un bon avocat souvent en connivence avec l’administration. Chaque jour, on accuse des gens de vol ou d’escroquerie parce qu’ils sont pauvres. Alors que les véritables voleurs roulent dans des voitures qui frisent la démesure. 

Ce qui a changé sous nos cieux, ce sont les discours officiels, c’est le locataire du palais présidentiel. Ce qui a changé, c’est le Président de l’Assemblée Nationale. Les mêmes figures gravitent toujours autour des centres de décision stratégiques du pouvoir depuis plus de deux décennies et on ose nous dire que les choses ne sont plus comme elles étaient. Bien sûr qu’elles ne sont plus comme avant. Ce qui n’a pas changé, c’est l’impunité. Ce qui n’a pas changé, c’est notre indifférence face aux pauvres qui manquent de perspectives. 

Ceux qui nous dirigent et taillent notre destinée à la mesure de leurs intérêts cryptopersonnels peuvent-ils nous assurer des lendemains meilleurs comme il a été prédit dans «Mauritanie Vision 2030» ? Déjà, les actes qu’ils posent chaque jour sont loin d’être rassurants pour un mauritanien averti. Va-t-on continuer à renier l’héritage du 3 août 2005 ? Le doute est permis !

Qu’on ne s’y trompe pas, rien n’a changé en Mauritanie. Et pourtant, certains gens qui ont honni la République en bafouant les principes les plus élémentaires de la bonne gouvernance, du respect des droits de l’homme, de la justice et de l’égalité sociale, veulent nous faire croire qu’un nouvel esprit s’est installé dans nos mœurs. Que nenni ! Que du bla-bla !

La mise en place des structures dirigeantes du PNDD a consacré le retour en triomphe des disciples de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya dans l’engrenage du pouvoir. Et les mauritaniens ont assisté impuissants face à ce retour. Ils n’ont rien dit encore moins manifesté leur désapprobation. On leur serine tout le temps les mêmes discours. C’est comme s’ils oubliaient que leur avenir leur appartient et qu’il serait dangereux de le confier à des «mains douteuses » et peu scrupuleuses. Nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises ! Loin de là. 

La Mauritanie serait-elle habitée par des moutons de panurge ? Comment donc expliquer que ceux-là même qui ont participé à la ruine de ce pays en détournant les fonds publics destinés à la construction de routes, de structures sanitaires, d’écoles, etc…puissent revenir en passant par la grande porte.

Ceux-là même qui ont participé à la paupérisation de nos populations, contribué à l’effritement de notre économie en transformant nos unités industrielles et nos sociétés d’Etat en propriété privée. C’est tout simplement hallucinant notre taux de chômage pour un pays qui ne compte pas plus de 3 millions de bouches à nourrir, à vêtir, à éduquer, à soigner et à protéger en les mettant dans de bonnes conditions de vie et de travail. Les populations vulnérables continuent d’être opprimées au su de tout le monde. 

Le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est comme pris dans un étau qui se resserre de plus en fort et inquiétant autour de sa personne. Les vieux faucons et les vieux loups sont toujours tapis sous l’ombre.

Le feu couve toujours sous la cendre et la fumée peut se dissiper à tout moment. Ceux qui sont contre les réformes sociales sont en train de ruminer, malgré eux, leur désaccord. Sidioca, comme on l’appelle affectueusement, devrait se soucier de manière vigilante de la sournoiserie, de la supercherie et surtout d’une certaine déviance politique qui risquerait de le faire porter le chapeau en le faisant endosser toute une responsabilité dont il ne serait pas responsable et la source.

On est en train de profiter dangereusement de sa bonne foi et de sa générosité patriotique sans que personne ne rechigne. Trouve-t-on cela normal et établi dans l’ordre des choses ? Surtout de la part d’un Président de la République, élu démocratiquement et légitimement par une bonne frange de la population, mais qui se fait avaler des couleuvres de toute taille et de n’importe quel poids par des inconditionnels de la gabegie. Lui, qui a osé s’attaquer à des dossiers aussi complexes et sensibles comme le retour des déportés et l’esclavage mérite-t-il vraiment cela ? 

Nos hommes politiques manquent de dignité et de foi politique à vrai dire. Ils s’orientent  comme un ballon d’air à la guise de leurs intérêts. Le pouvoir se clanise et c’est là un véritable problème qui risque de transformer le pouvoir en un centre d’appétit, d’intérêt et de confrontation dont les conséquences n’épargneraient personne. 

Le PNDD serait-il donc devenu le point de chute des anciens sbires du Président Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya ? Tout porte à le croire et on a bien des raisons de nous angoisser sur l’avenir et la gestion de ce pays longtemps mêlé à toutes les sauces par nos hommes politiques à la recherche du temps perdu. L’éducation est un exemple patent de nos tâtonnements en matière de choix et d’identification de programmes. On ne sait même ce qui est bon ou mauvais pour nos populations. On avale à tout va tout ce qu’on nous propose sans peser le bénéfique et le préjudiciable. 

Ceci est d’autant plus vrai qu’ils ont fait preuve de leurs véritables aptitudes à pouvoir transformer la Mauritanie et de leur manque de vision politique. Sinon, aujourd’hui, nous n’en serions pas là à chercher nos repères et nos marques visiblement perdus dans les foliacés du temps. 

Le grand perdant de la ressuscitation des anciens princes du PRDS serait incontestablement l’opposition qui semble être transcendée par les événements. Au lieu de faire face, elle semble préférer faire joujou peut être plus facile à faire qu’à contrer la vague du PNDD. Quand l’histoire jugera, elle donnera certainement tort à notre opposition démocratique qui est en train de  s’entre-déchirer pour des pruines. 

Babacar Baye Ndiaye 

|