( 29 octobre, 2008 )

M’bouh Séta Diagana: »La littérature mauritanienne ne devrait souffrir d’aucun complexe »

 

M’bout Séta Diagana, professeur de littérature à l’Université de Nouakchott, vient de publier aux éditions Harmattan son premier livre « Eléments de la littérature mauritanienne de langue française ». La présentation de ce livre a eu lieu au Centre Culturel Français de Nouakchott, ce mardi 28 Octobre. De la poésie engagée au roman en passant par la poésie du dialogue et le théâtre, il aborde tous ces différents genres de la littérature mauritanienne d’expression française. 

 

Sur la quinzaine de romans qu’il a étudiés, la thématique de l’esclavage occupe une place prépondérante dans la littérature mauritanienne d’expression française. Dans une large mesure, nos auteurs abordent, sans tabous et sans détours, sous différents angles cette question. 

 

Même si les raisons restent inconnues, toujours est-il que, de Tène Youssouf Guèye à Mbareck Ould Beyrouk en passant par Ould Yacoub, cette question est posée. »Quelque soit la communauté dont on est issu, tout le monde (en) parle parois de façon très passionnée qui frise la polémique ou souvent de manière ironique et très sarcastique », a noté M’bouh Séta Diagana en étudiant la littérature mauritanienne d’expression française. 

 

Son travail a essentiellement porté sur la littérature de fiction et non sur des récits documentaires comme par exemple « L’enfer d’Inal » ou « J’étais à Oualata »… »C’est des ouvrages qui ne rentrent pas dans la littérature proprement dite… », pense-t-il. »Je suis très orthodoxe. Je reste fidèle à ce que mes maîtres m’aient appris. C’est la seule raison pour laquelle, je n’ai pas étudié ces textes. Mais, cela n’enlève en rien, bien sûr, leur qualité », reconnaît-il.

                         tul12.jpg 

La littérature mauritanienne d’expression française est une littérature encore mineure. »Mais, force est de constater qu’elle ne devrait souffrir d’aucun complexe par rapport à toutes ces littératures nationales », soutient-il en citant l’exemple des dramaturges mauritaniens à l’image de Moussa Diagana dont l’œuvre « La légende de Ouagadougou » a été porté devant l’écran par un cinéaste burkinabé. 

 

« La littérature mauritanienne a de beaux jours devant elle si et seulement si, certaines contraintes sont levées », tempère-t-il. Et, pour éviter que la littérature mauritanienne ne devienne pas l’apanage de quelques rares spécialistes, il a préconisé que certains soient levés : les problèmes d’ordre matériel, les problèmes d’édition, la faible circulation des œuvres qui ne sont pas souvent accessibles à toutes les bourses, le peu d’appui à encourager les auteurs à éditer leurs œuvres et surtout inscrire la littérature mauritanienne au programme dans les écoles… 

 

Lorsqu’on étudie la littérature mauritanienne de manière générale, on se demande toujours dans quelle tendance faut-il la situer ? Négro-africaine ou maghrébine ? « C’est une richesse et une chance d’avoir dans un pays deux littératures côte à côte. Cela peut créer une certaine émulation si et seulement si ces deux littératures ne se regardent pas en chiens de faïence. C’est-à-dire, il faut qu’il y ait une sorte de complémentarité plutôt qu’une sorte de contradiction », défend-il en citant l’exemple du Maroc, de l’Algérie ou de la Tunisie où il y a deux littératures. 

 

« La littérature mauritanienne a la chance d’être un trait d’union, sans aucune considération politique, entre la littérature négro-africaine et la littérature maghrébine », souligne-t-il en se basant sur les textes fondateurs de la littérature mauritanienne. 

 

Face à une littérature en mal de reconnaissance, M’bouh Séta Diagana a préconisé, au cours de sa conférence sur la littérature mauritanienne, qu’on donne les moyens à ses auteurs de pouvoir publier et surtout qu’on leur facilite l’édition. »Il y a beaucoup de mauritaniens qui écrivent mais peu d’entre eux publient », regrette-t-il. 

 

Dans son livre aussi, il a abordé les raisons qui empêchent l’émergence véritable d’une littérature mauritanienne d’expression française. Parmi celles-ci, il a avancé les différentes réformes scolaires que la Mauritanie a connues depuis l’indépendance à nos jours. 

 

Babacar Baye Ndiaye

( 26 octobre, 2008 )

Zeinebou Mint Chiaa, artiste peintre : Pour sa première exposition au CCF, elle a séduit le public

Quand une beauté, comme Zeinebou Mint Chiaa, expose dans un lieu comme le Centre Culturel Français de Nouakchott, c’est la grande affluence. Cerise sur le gâteau, des ambassadeurs comme ceux de la République Française et du Soudan, ont fait le déplacement pour apprécier le travail de génie de Zeinebou Mint Chiaa. Ses œuvres picturales sont à son image, captivante et séduisante. 

Zeinebou Mint Chiaa a fait ses premiers pas à la Maison des Artistes de Nouakchott où elle a eu la chance de côtoyer, durant deux ans, de grands noms de la peinture mauritanienne comme Mokhis. Dans ses tableaux, elle utilise différentes techniques comme par exemple le collage, la peinture à l’eau, la peinture à l’huile, le sable, les pigments. Ses mosaïques riches en couleurs et en formes sont bien inspirées et découpées.  

Les 20% des ventes de ses tableaux, au nombre de 32, seront destinés au soutien des enfants en difficultés. « C’est une bonne volonté à saluer et à encourager. Les enfants méritent plus d’attention de notre part. Ils méritent d’être encadrés pour qu’ils s’épanouissent et deviennent aptes à participer à l’édification de notre pays… », a estimé Amar Ould Rajel, Secrétaire Général de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie et maître d’œuvre du vernissage.  

Le sort des enfants mauritaniens en difficultés a toujours préoccupé Zeinebou Mint Chiaa qui vient d’atteindre ses 22 ans. C’est une manière pour elle, dit-elle, de contribuer à l’amélioration des conditions de vie et d’existence des enfants et de participer au développement social de la Mauritanie.  

Chaque artiste a ses particularités, ses richesses en matière d’art et son propre style, très particulier. Pour cette artiste de vocation qui s’intéresse à la peinture depuis son jeune âge, elle n’est pas venue bousculer les hiérarques de la peinture mauritanienne. Elle vient, avec une singularité remarquable, enrichir le milieu de la peinture mauritanienne en mal de reconnaissance.  

Zeinebou Mint Chiaa excelle dans l’art décoratif, un domaine assez peu développé en Mauritanie. Malgré son jeune âge, elle se distingue déjà par son expression artistique très remarquable. Sa touche artistique caractérisée par des mosaïques décoratives en miniatures ajoute un intérêt particulier à son travail. Pratiquement, elle est présentement la seule artiste peintre mauritanienne qui a un art qui lui est désormais spécifique : l’art décoratif.

                  zeinebou.jpg 

Le talent de cette artiste en herbe est un présage de bon augure. « C’est une artiste pleine de talent. Elle pourra éventuellement représenter la Mauritanie dans les manifestations artistiques à l’échelle internationale… »commente un visiteur, visiblement ébloui par le travail de Zeinebou Mint Chiaa. »C’est une exposition très réussie », lâche, dans une euphorie, Fatma Mint Taky, mère de Zeinebou Mint Chiaa, venue uniquement  contempler le travail de sa fille.  

Même les connaisseurs de l’art ont été agréablement surpris par le travail de Zeinebou Mint Chiaa qui est désormais entrée dans le panthéon des filles qui ont fait de la peinture une vocation. « On n’a pas encore de grands artistes en Mauritanie. Mais, il y a un commencement extraordinaire. Quand je vois que c’est des femmes, je suis plus surpris et plus content », avoue monsieur Kane Mamadou Hadiya, directeur du musée national de Nouakchott. « Cela mérite une aide de la part de tous, en premier lieu, de nous d’abord, les autorités culturelles et des médias aussi. La peinture : c’est comme la littérature. Elle ne peut pas se développer sans la critique. Or, on n’a pas de critiques en peinture (…) Il faut que le public mauritanien s’habitue à ce genre d’expression (la peinture), à l’aimer pour pouvoir la déchiffrer… », lance-t-il. 

Son exposition de ce mardi 21 Octobre est le résultat d’un travail de deux ans. Ses tableaux de peinture bien élaborés ont fait dire à certains connaisseurs de l’art que Zeinebou Mint Chiaa est une future icône de la peinture mauritanienne. Elle aborde dans ses tableaux des thématiques universelles comme la paix, la liberté, la mort, l’existence, l’absurdité de la vie, les bouleversements du monde…De « la vieille époque » à la « Vie nomade » en passant par « la plage sauvage », « la triste époque » et « les mystères de la mer », Zeinebou Mint Chiaa nous invite à fracasser certaines convenances comme à l’image du « musicien du vent ».

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 22 octobre, 2008 )

Fama Mbaye, artiste musicienne:Une future vedette de la musique mauritanienne !

Certes, elle est novice dans la musique. Mais, on dit déjà qu’elle fera un malheur en Mauritanie d’ici quelques années. Fama Mbaye, 24 ans, est une jeune musicienne prometteuse qui a toujours le sourire au bout des lèvres. Séduisante, elle l’est. Elle est venue à la musique pour s’imposer comme tout le monde, bousculer la hiérarchie et pourquoi ne pas faire mieux que ses mamans : Thiédel Mbaye, Malouma, Hawa Diméra, Dimi Mint Haba…

———————-Par Babacar Baye Ndiaye

 

Incontestablement, avec Dioba, elle a de l’avenir. Originaire de Mbagne (dans la wilaya du Brakna), au Sud de la Mauritanie, Fama Mbaye est descendante d’une famille de griot. Dans la famille des griots, les études ne sont pas leur tasse de thé. Mais elle, elle a eu la chance d’être amenée à l’école qu’elle fréquenta jusqu’au collège. Ceci lui a permis d’avoir une certaine ouverture sur le monde. 

En 2002, elle jette l’éponge à cause, dit-elle, de la musique. Sa décision est à la limite compréhensive. Une griotte, comme elle, n’a pas vocation de faire des études poussées. Elle n’est jamais obnubilée par les diplômes. Les études, ce ne sont pas leur marque de fabrique.  

Chez elle, la gêne de la chanson se transmet de génération en génération. Chaque parent lègue cet héritage à sa progéniture. Dans sa famille, tout le monde chante. C’est leur métier. On les appelle « griots ». Dans les cérémonies de mariage, de baptême : c’est eux qui font office de maîtres des lieux. Fama Mbaye est aussi passée dans ces cérémonies. Lorsqu’elle n’était pas à l’école, elle était aux trousses de sa grand-mère, Coumba Rella, elle est aussi une grande poétesse musicienne. 

Elle grandit sous l’encadrement de cette dernière qui l’amenait, depuis toute petite, dans les cérémonies. Avec sa grand-mère, elle voyagea et découvrit certaines contrées du pays. C’est dans cet environnement qu’elle se forgea une destination morale jusqu’au jour où elle rencontrât un certain Seydou Sarr, son actuel manager qui lui propose de faire carrière dans la musique. En 2006, elle quitte sa ville natale pour venir tenter sa chance à Nouakchott. 

Ainsi donc, après plusieurs années passées à chanter dans les cérémonies, elle tourne casaque en décidant de se lancer dans une carrière musicale. Petit à petit, elle commence à creuser son sillon et se faire remarquer du grand public et des organisateurs événementiels qui ne peuvent pas se passer d’elle. Aussi, elle est invitée dans les concerts. Avec le peu d’argent qu’elle thésaurise, elle met en place un orchestre restreint. Elle commence à être sollicitée et à voyager. Dans son rôle de chef d’orchestre en tant que jeune musicienne, elle avoue ne pas rencontrer d’obstacles majeurs.  

Mais, depuis qu’elle est entrée dans la musique, comme profession, celle-ci lui bouffe énormément de temps. Pour autant, elle continue à chanter dans les cérémonies, le temps de perpétrer une tradition, un héritage. Pour elle, impossible de ne pas chanter dans les cérémonies. Elle serait mal appréciée et en plus cela fait partie de leurs us et coutumes. C’est une question d’honneur. Même la réussite sociale ne pouvait muer en rien cet état de fait. 

Son grand-père n’est autre que Samba Malal, un grand maître à la fois dans l’art de chanter et de jouer du « xalam »(guitare traditionnelle africaine à une seule corde). Il a voyagé partout en Mauritanie, à travers le monde en participant à de grands festivals internationaux, pour y répandre la culture des griots. Fama Mbaye, ainsi donc, a tout le potentiel pour marcher sur les traces de son grand-père qui fut aussi un grand poète musicien dont la renommée a transcender les frontières mauritaniennes.

                    6famambaye.jpg 

Fama Mbaye est une musicienne qui progresse vite. C’est en cela qu’elle est surprenante et qu’elle a, sans supercherie et sans fausse modestie, de beaux jours devant elle. En quelques années, elle a réussi à se faire découvrir, se faire apprécier. Et, lorsqu’elle chante, vous ne pouvez pas vous empêcher d’apprécier sa belle voix et de ressentir la chair de poule. «Quand tu es une artiste, il faut être charmante sur scène. Parmi le public : certains admirent ton comportement, d’autres sont attirés par la musique et d’autres encore font attention à ton accoutrement… », dit-elle. 

Elle est encore jeune, sans expérience musicale. Et, sans aller jusqu’à la hisser au rang d’une nouvelle Thiédel Mbaye ou Malouma, on ne peut qu’être admiratif de sa voix forte si captivante et de sa présence remarquable sur la scène. Toutefois, elle est consciente des dures réalités qui existent dans le milieu de la musique et de l’énorme espoir qui pèse sur ses frêles épaules. Elle est consciente aussi qu’elle ne peut compter que sur elle-même pour réussir dans la musique, surtout dans un pays où on rechigne à mettre la main dans la poche pour développer la musique mauritanienne qui manque malheureusement de soutien. 

Malgré ses difficultés, elle n’est pas tentée par l’aventure, par l’exil…Elle ne veut pas s’embarquer sans biscuit dans une entreprise dans laquelle elle ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants. «Si tous les artistes mauritaniens se tournent vers l’extérieur notamment vers le Sénégal, c’est un signe de complexe d’infériorité. Ils doivent pouvoir rester ici et changer la situation », s’écrie-t-elle. En Mauritanie, les artistes mettent trop de temps pour sortir leur premier album. Depuis 2007, elle attend le premier producteur providentiel, après avoir démarché infructueusement de nombreuses personnes. 

Dans un monde où les mentalités évoluent vite, elle ne s’inquiète guère de la disparition progressive des griots. A une certaine époque, avant l’apparition des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le griot était la mémoire du peuple. C’est en cela qu’il était respecté parce qu’il était leur pilier. «Si ce n’était pas lui, on ne saurait rien de l’histoire, de la vie des peuples précédents et notamment des grands hommes et des familles royales », nous rappelle Fama Mbaye. 

Aujourd’hui, cette fonction de nos poètes musiciens est usurpée par des intrus. La musique est devenue un fourre-tout. Chacun pense avoir droit au chapitre. Il n’y a plus seulement les griots qui font office d’être les dépositaires de la mémoire collective. Cela n’inquiète pas outre mesure Fama Mbaye. 

Fama Mbaye est ouverte à toutes les musiques. «Je n’ai pas de musique spécifique à écouter. Je dois être ouverte à toutes les musiques. Cela peut m’enrichir car chaque musicien est différent de l’autre. » Fidèle en amitié. «J’entretiens les mêmes relations que j’avais avec mes ami(e)s d’enfance. Si je reviens de voyages, je m’enquiers de leurs nouvelles en les appelant… » Fama Mbaye est aussi superstitieuse et se méfie comme une peste des mauvaises langues. «Récemment, j’ai eu trois programmes qui ont été annulés », raconte-t-elle en y voyant le mauvais sort. Depuis lors, elle est devenue plus attentive à sa carrière musicale. 

Sur scène, elle s’est imposée une limite à son accoutrement : jamais de tenue sexy ou des décolletés provoquants et lascifs. C’est contre son état d’état d’esprit et de ce que doit véhiculer une musicienne sur scène ou hors scène. Cela ne rentre pas dans sa ligne de conduite. Pour elle, une artiste doit être un miroir de la société et notamment pour les jeunes filles qui l’admirent. Les grands boubous ou les demi saisons restent ses accoutrements favoris. Il n’empêche : cette femme est capable de faire tourner la tête par sa coquetterie, sur scène, tout spectateur.  

C’est elle qui compose ses chansons qui tournent essentiellement autour des faits de société. Comme Alexandre le Grand parti à la conquête du monde, elle espère, elle aussi, conquérir la Mauritanie avec sa musique et sa voix. Derrière cette apparence de jeune musicienne que tout intéresse excepté la politique, Fama Mbaye est une ambitieuse. Une carrière internationale trotte déjà dans son esprit. Elle avoue être prête à s’y engager car elle sait ce que cela implique comme ressources. 

Et, pour le moment, elle ne pense pas au mariage même si elle avoue que les hommes qui lui font la cour ne manquent pas. Mais, elle privilège d’abord sa carrière musicale encore très fragile. Aînée de sa famille, elle rêve d’être une vedette de la musique mauritanienne. Pour elle, il n’est pas question de rater le coche. Chaque jour est un défi pour elle. Son statut de jeune musicienne n’enlèvera en rien sa détermination. 

Issue d’une famille modeste et héritière d’une lignée qui a toujours appartenu à l’histoire des grandes familles royales, elle n’oublie pas qu’elle ne doit pas décevoir. Sa devise « je ne me décourage jamais ! » en dit quelque chose. Elle en appelle aussi à ses sœurs de ne pas baisser les bras pour conquérir leur indépendance. Aussi n’est-elle pas née pour chanter ?

 

Babacar Baye Ndiaye

( 19 octobre, 2008 )

Moussa Sarr, artiste musicien : L’Espoir de Koungueul !

Moussa Sarr est un chanteur-guitariste. A 41 ans, il ne fait plus figure de débutant et il a démontré de solides arguments à faire valoir ce mardi 7 Octobre au Centre Culturel Français où il ouvrait le bal des concerts K’fet de l’année, un moment inédit de distraction et de saveur à découvrir. Contrairement à certains artistes qui ne croient plus en eux, en leur musique, en leur force du fait d’un milieu musical très hostile et où il est très difficile de se faire un nom, au pays d’un million de poètes, lui, il enfourche sa détermination croyant dur comme fer qu’il peut lui servir, sans aucun état d’âme, de cheval de Troie.

Très tôt, il se passionne de musique. Adolescent déjà, il ne rêvait que d’une seule chose : devenir comme ses oncles en suivant leurs traces. Tous ces oncles ont flirté avec la musique. Et, certaines de ses tantes. Chez lui, la musique est une affaire de famille et non de showbiz. C’est une passion et rien d’autre. On n’est pas appâté par l’argent. C’est un penchant naturel et dépouillé de toutes considérations financières.

Un de ses oncles du nom de Samba Lô a fait ses beaux jours et ses belles nuits, à l’Orchestre National de Mauritanie. Un autre aussi, du nom de Gamby Lô a longtemps accompagné certains groupes de Kaédi. En les côtoyant, il voulut très tôt devenir comme eux : une star de la musique, adulée et écoutée par tout le monde.

Marié et père de 4 enfants, cela ne l’empêche pas de vivre pleinement sa musique, avec discrétion et sans l’appui de personne. Et, n’en déplaise aux autorités, celles sensées promouvoir la culture et les arts dans notre pays : la musique se développera sans elles. Elles ont montré leurs limites et leurs possibilités. C’est une question d’ambition et des ambitieux, du genre de Moussa Sarr, hargneux et déterminé,
la Mauritanie en regorge des centaines de milliers.

Le parcours de Moussa Sarr est assez singulier. Il fut d’abord danseur. Il s’y fera remarquer. Mais, aussi, à Kaédi, à l’école, il faisait du théâtre populaire. C’était vers la fin des années 80. Par la suite, il se lance dans la musique. Il sera astreint, pour joindre les deux bouts, d’exercer parallèlement les métiers de peintre en bâtiment et de carreleur, tellement les difficultés sont insoutenables. C’est par la suite qu’il se résolut à abandonner de tels métiers où il gagnait beaucoup pour se consacrer exclusivement à sa carrière de musicien.

Son premier texte qu’il écrira, « Sourga »(célibataire en Français), évoque les difficultés de la vie que rencontrent les jeunes notamment célibataires. Cette composition va marquer son entrée dans la scène musicale. On est en 1992. A cette époque, il se sentait pousser des ailes. Plus qu’une description d’une jeunesse en mal de réjouissance, ce morceau est avant tout un clin d’œil à la contrariété que vit cette jeunesse.

Cet homme à l’allure juvénile est originaire de Koungueul à 54 km de Kaédi au Sud dela Mauritanie. Pour cause d’études, il quitte très tôt son village natal en destination de Kaédi, ville qui le révélera au grand public. Il y fait ses études primaires. Mais, en première année collège, un bon jour, il décide contre toute attente de ses parents, de laisser définitivement les études pour faire de la musique. Depuis ce jour-là, il y est resté malgré les âpretés de la vie de musicien.

Au moment où il prenait cette décision, il n’avait pas encore atteint sa dix-huitième année. Comme certains jeunes de sa génération, il ne croyait pas aux études. Il était déjà emporté par la fièvre musicale qui régnait à Kaédi. Il céda devant la pesanteur et l’influence de la musique. Surtout, dans une ville comme Kaédi, réputée être un carrefour musical et une ville qui a produit de grands musiciens. 

Sa musique est un miroir de la société mauritanienne et puise dans les différentes sonorités musicales des autres communautés du pays. Un mélange ingénieux de tout, de toutes les couleurs musicales du pays. Représentative, elle se veut aussi ouverte. Son objectif : imposer sa musique dans l’oreille des mauritaniens. Lui aussi, il est venu avec son propre style. Son groupe qu’il a créé depuis 1996 est à l’image de sa musique. Il est entouré d’étrangers et de mauritaniens de diverses cultures. Ce qui ajoute à sa musique une certaine authenticité.

                       41moussasarr.jpg

La musique n’est plus l’apanage des griots. L’essentiel, c’est d’avoir la voix, de savoir bien chanter et surtout de faire plaisir pendant de bonnes heures. Avec 9 morceaux joués ce 7 Octobre au Centre Culturel Français, il a séduit le public. Moussa Sarr, en effet, n’est pas un blanc-bec dans le domaine de la musique. Sa musique se nourrit de la folk music, de la musique guinéenne et des ballades. Avec 3 guitares, un hoddu (un instrument monocorde) et une batterie, il allie musique moderne et musique traditionnelle.

Avec une musique soft et open, il parvient à ressusciter les mélodies de la musique traditionnelle. Moussa Sarr est un artiste moderne, émancipé et soucieux de l’avenir de l’humanité. Comme disait l’autre, tout ce qui est humain ne lui est pas indifférent. Il sait aussi être narquois, registre où il excelle pas mal, notamment en direction des célibataires sur qui il ne tergiverse pas à décocher des flèches. Même s’il manque d’originalité dans la conception musicale, les thématiques qu’il aborde sont remarquables par leur densité et leur message.

Dans la vie d’un artiste, il y a des moments qui constituent une étape très importante. Son concert du 7 Octobre en était une. Il espère apporter sa modeste contribution pour changer la musique en Mauritanie. Lui qui a su tirer profit de l’expérience de ses oncles en les côtoyant à bas âge utilise sa musique pour sensibiliser les populations sur certaines maladies et certains problèmes liés à la vie. 

Ses morceaux s’inspirent de la vie des mauritaniens et de certaines réalités : le célibat, la dépigmentation, le bouleversement des mœurs… Ils abordent aussi certains thèmes d’actualités comme la mondialisation et les échanges culturels. Son micro lui sert d’arme pour aussi fustiger certaines pratiques sociales et coutumières comme les mariages précoces ou forcés.

Il a chanté le sida, une manière pour lui de sensibiliser les populations sur cette maladie qui a tué plus de 25 millions d’individus depuis 1983, date de sa découverte. Il est aussi un paire éducateur. Il a reçu une formation dans ce sens. Depuis 5 ans, il travaille avec une ONG locale du nom de « Networld ». Avec son groupe, il a fait de nombreuses tournées partout en Mauritanie avec cette ONG pour sensibiliser sur certaines maladies comme le sida, la tuberculose…La musique au service de la société, telle est sa conception, pour faire passer le message.

Malgré tout son talent, c’est comme si la guigne le poursuivait. Car, jusqu’à présent, il a du mal à sortir son premier album. Une réalité auxquels sont confrontés les artistes mauritaniens. Et, si son album déjà enregistré en France n’est pas sur le marché national, c’est pour cause de duplication qui coûte énormément chère. La date de la sortie de son album, prévue en 2009, risque ainsi d’être repoussée. Il compte sur l’appui du Centre Culturel Français pour sortir son 1ier album.

C’est un handicap permanent que vivent les musiciens mauritaniens. Mais que faire ? Ils n’ont d’autres choix que de solliciter l’appui de « mains étrangères » pour pouvoir sortir leur album. Depuis 1996, date de la création de son groupe « Jaalal Leñol » ou le Pilier du Peuple, il n’arrive pas à sortir son premier album. Il n’est pas le seul artiste à le vivre. Ceux qui sont en mesure de pouvoir aider la musique mauritanienne à se développer tergiversent toujours à mettre la main dans la poche pour soutenir un tel ou tel artiste.

Réussir musicalement en Mauritanie, c’est faire le chemin de la croix. «Le public mauritanien n’apporte rien à ses musiciens », constate-t-il. «On a fait des concerts gratuitement. Mais pour que le public vienne, c’est un problème », s’indigne-il. Une carrière internationale ? Il y pense déjà ! Car, pense-t-il, c’est la voie du Salut, pour l’artiste mauritanien.

Pour agrémenter de sel sa soirée du 7 Octobre dernier, au Centre Culturel Français, il a invité des artistes comme Monza, Ousmane Gangué, Fama Mbaye, Guéladjo Bâ, Dioba…qui sont venus témoigner leur amitié à Moussa Sarr en apportant, dans leurs bagages, le feeling et le punch qui faisaient défaut à son concert. Même si la musique ne lui a rien apporté, il trouve du plaisir à égayer le public mauritanien. Il voyage de temps à autre à l’intérieur du pays, notamment au Sud, en France et au Sénégal voisin, dans les villages bordant le fleuve Sénégal, où il est bien apprécié. D’ailleurs, il compte y promouvoir largement sa musique.

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 octobre, 2008 )

Serigne MBaye Gueye alias Disiz la Peste: »Je peux mentir dans ma vie mais avec ma musique et le public, je n’y arriverai pas »

Il a sorti à son actif 4 albums dont le plus vendu demeure à ce jour «Le Poisson rouge » qui a remporté avec le single «J’pète les plombs » un très grand succès à la vente (200.000 albums vendus et 500.000 singles). Ce single est inspiré par le film de Joël Schumacher Chute libre ou Falling Down en Anglais. Il  a participé aussi à de nombreuses compliations et de mixtapes et fait de nombreux featiring avec des rappeurs très célèbres tels que La fouine, La boussole, Iron Sy, Diam’s, Akhenaton…Il était de passage à Nouakchott dans le cadre d’une tournée africaine. Durant son concert de ce 11 Octobre, il a foutu, lui son groupe, le bordel au Centre Culturel Français de Nouakchott. Avant le début de son show, il nous a accordé une interview dans laquelle, il est revenu, entre autres sujets évoqués avec lui, sur la politique de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration et de son fameux discours du 26 juillet 2007 prononcé à Dakar.  

Le Rénovateur Quotidien : D’abord, que connaissez-vous du Rap mauritanien ? En avez-vous déjà entendu parler ? 

Disiz la Peste : Oui, je connais deux groupes : Diam Min Tekky et Military Underground. Je suppose qu’il y en a plein d’autres. Mais, je n’ai rencontré que ces deux-là à l’occasion d’un concert que j’étais venu faire par l’initiative de Moulaye Abass en hommage à son père par rapport au challenge Sidi Mohamed Ould Abass. Durant mon séjour à Nouakchott, j’avais demandé de rencontrer des groupes de Rap mauritanien et d’enregistrer un morceau avec eux. J’ai «rappé» avec eux et j’étais très content. 

Le Rénovateur Quotidien : Et comment les avez-vous trouvés ? 

Disiz la Peste : Sincèrement, très bons! Military Underground avait un côté beaucoup plus revendicatif et conscient. Diam Min Tekky était plus dans le flow même s’il dénonçait certaines choses. J’ai aimé cette diversité dans le Rap. Cela prouve qu’il y a une richesse et une ouverture d’esprit contrairement en France où on a un peu perdu ce côté-là. Les rappeurs hardcore ne se mélangent pas avec les rappeurs conscients et vice versa. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est votre deuxième fois de venir en Mauritanie en l’espace d’une année. Qu’est-ce que cela signifie pour vous de venir y jouer ? 

Disiz la Peste : Vous savez : j’adore l’Afrique. Elle m’inspire énormément ! Ce n’est pas de belles paroles. C’est sincère. Le fait de revenir encore en l’espace d’un an en Afrique et plus articulièrement en Mauritanie pour y jouer, c’est très important pour moi. Cette fois-ci, je suis ici dans le cadre d’une tournée. Je viens de découvrir des pays comme le Niger, le Burkina Faso, que je ne connaissais pas. Je ne connaissais que le Sénégal et un petit peu la Mauritanie. Je suis vraiment content d’être là encore en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous disiez tantôt que vous aimez l’Afrique. Par rapport aux difficultés qu’elle rencontre, par rapport à sa jeunesse qui manque de perspectives, quel regard en faites-vous ? 

Disiz la Peste : L’Afrique porte sa croix depuis des siècles. Je vois des choses qui changent, qui s’empirent. Cela fait dix ans que je viens en Afrique. Malgré toutes les difficultés qu’elle rencontre, je n’ai jamais perdu d’espoir. Ce n’est pas de ma nature. Moi qui viens d’Occident, si je viens en Afrique et que je baisse les bras, quel message je vais envoyer à la jeunesse. En Afrique, il y a beaucoup de jeunesses. Il y a énormément de talents. Quel continent aurait pu résister à tous ces vols des occidentaux ? Quel continent aurait la force et la dignité de subir tout cela et de garder espoir comme l’Afrique et sa jeunesse ? Je ne le pense pas. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous revendiquez votre négritude ? 

Disiz la Peste : Ah! Oui, tout le temps. Tout ce que je peux dénoncer, je le fais. Quand j’ai fait mon album intitulé «Itinéraire d’un enfant bronzé », j’ai parlé de certains problèmes que j’ai pu rencontrer en France par rapport à ma couleur de peau, par rapport à ceux qui voudraient venir en France. A ces derniers, je leur fais savoir qu’il y a des foyers d’immigrés qui brûlent, des gens qui meurent ou qui se retrouvent à
la Seine parce qu’ils ont peur d’être retrouvés par la police, qu’il y a énormément de racisme, de discrimination. Il y a des choses bien aussi. Voilà, c’est des choses que je parle dans ma musique. 

Le Rénovateur Quotidien : Si je ne m’abuse pas, vous aviez annoncé votre retrait du Rap. N’allez-vous pas laisser un goût amer ou frustrer vos milliers de fans que vous avez habitué à donner du plaisir depuis presque 10 ans ?  

Disiz la Peste : Je suis quelqu’un de libre. Le Seul à qui je dois rendre compte, pour moi, c’est Dieu. Et, à mon avis, continuer à faire de la musique pour mes fans juste pour des raisons d’argent, ce serait me perdre en quelque sorte. De toute façon, je continuerai à faire de la musique. Aux Etats Unis d’Amérique où le public est beaucoup plus ouvert, je n’aurai jamais dit cela. Mais, en France, à partir du moment où on met une guitare sur sa musique (Rap, Ndlr), les gens considèrent qu’on ne fait plus du Rap. Ces gens-là, ils ont l’esprit fermé. Plutôt qu’on me dise Disiz ne rappe plus, je préfère le dire moi-même. Je reste authentique dans ma musique sauf que je change un peu de formes. 

Le Rénovateur Quotidien : En 2007, durant la campagne présidentielle, vous avez soutenu Ségolène Royal. Par la suite, Nicolas Sarkozy est devenu Président de
la République. Quelle appréciation faites-vous de sa politique générale notamment en matière d’immigration ?
 

Disiz la Peste : En fait, je rectifie. Je n’étais pas aux côtés de Ségolène Royal. C’était à l’occasion de son dernier meeting (1ier mai 2007, au stade Charléty, Ndlr) où c’était clairement elle ou Sarkozy. Vu que j’étais contre Nicolas Sarkozy, je suis allé assister son meeting. Maintenant, par rapport à sa politique en matière d’immigration, rien ne m’étonne. Les Français s’étonnent et disent oui ce n’est pas normal. Eh ! bien, il ne fallait pas voter pour lui. Maintenant, c’est trop facile de se lever et dire qu’il y a plein de choses qui ne va pas. On a vu comment son prédécesseur (Jacques Chirac) avait joué sur l’insécurité. Qui dit insécurité en France fait allusion aux gens bronzés qui viennent souvent  d’Afrique. Par rapport à sa politique d’immigration, Sarkozy l’avait bien définit dans son programme de campagne présidentielle. Il a réussi à récupérer des voix à Jean Marie Le Pen. Et, il a été au bout de sa démarche en plaçant Brice Hortefeux (actuelle ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire, Ndlr). Parallèlement à sa politique de répression, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a renforcé ses contrôles dans la lutte contre l’immigration. Tout cela ne m’étonne pas. En plus, le Président Sarkozy vient à Dakar faire un discours (le 26 juillet 2007, Ndlr) où il parle de l’ancienne aura de l’Afrique. Quand, du haut de son complexe de supériorité, il dit que le paysan africain doit «se motoriser » et rentrer dans le grand concert du monde, il montre tout son mépris envers les Africains. 

Le Rénovateur Quotidien : De «Poisson Rouge » aux «Histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue » en passant par «Jeu de société », «Itinéraire d’un enfant bronzé » et «Disiz The End », vous avez réussi à vous imposer dans le milieu du Rap français. Comment en êtes-vous arrivé là et quel est votre petit secret ? 

Disiz la Peste : Vous savez, mon premier album (Le Poisson Rouge sorti en 2000, Ndlr), il a eu un grand succès. Il a énormément vendu. Le second (Jeu de Société sorti en 2003, Ndlr) beaucoup moins. J’ai fait deux albums au Sénégal (Sant Yalla et Sama Adjana, Ndlr) qui m’ont beaucoup rapporté. J’ai eu la chance de faire un film (Dans tes rêves de Denis Thybaud sorti en 2005, Ndlr). Après, j’ai sorti un album qui a un peu mieux marché. Là, je m’apprête à faire autre chose. Cela fait 12 ans que je fais de la musique. Je remercie simplement Dieu. Mon secret à moi, c’est l’authenticité. Je peux mentir dans ma vie mais avec ma musique et le public, je n’y arriverai pas. J’ai l’impression d’avoir un miroir en face de moi. C’est pour cela, chaque parole est mesurée. Dès fois, je suis énervé, j’ai envie de dire des choses vraiment violentes. Mais, je fais attention aux plus jeunes qui m’écoutent. Mon secret, c’est d’être plus sincère que possible dans ma musique. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre album «Poisson Rouge » a été double disque d’or et «Les Histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue » meilleur album de l’année aux Victoires de la musique 2006. Seriez-vous en mesure de rééditer cet exploit ? 

Disiz la Peste : Ah ! Je ne sais pas. Peut-être, c’est possible. Mais, ce n’est pas moi qui décide. C’est Dieu. Je sais que la façon dont j’entreprends ma musique est la même que celle que je faisais à l’époque. C’est juste que je donne tout de moi. Si cela marche, tant mieux ! J’ai écrit une phrase qui dit : «Moi, je suis auteur de mes albums/Le public est auteur de mes succès ». 

Le Rénovateur Quotidien : Au nom de l’ouverture musicale, le Rap est aujourd’hui mêlé à toutes sortes de sauces musicales. Quelle appréciation en faites-vous ? 

Disiz la Peste : Ah ! Oui, je suis parmi les premiers à le faire en France. Maintenant, j’ai une orientation un peu plus Rock. J’aurai dû commencer depuis longtemps avec une orientation beaucoup plus africaine. Je suis pour l’ouverture du Rap à d’autres styles de musique. L’essence du Rap au départ, c’était de se mélanger. Le Hip Hop, c’est un entonnoir. Et, je ne pense pas que cela puisse tuer le Rap. Le Rap, c’est le fond. La forme, c’est un outil. Le Rap, c’est la parole des pauvres. C’est la musique qu’on n’a pas besoin d’apprendre. C’est de la musique instinctive. Le Rap ne mourra jamais, jamais. Il s’adaptera toujours. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes aussi un acteur. D’ailleurs, vous avez participé à de nombreux (Dans tes rêves, Petits meurtres en famille…) qui ont connu du succès en France. Y êtes-vous venu pour gagner de l’argent ou pour vous faire plaisir ? 

Disiz la Peste : Non, c’est le cinéma qui est venu me chercher. Je ne suis pas allé chercher le cinéma. C’était par rapport à un clip que j’avais fait qui s’appelle «J’pète les plombs » (inspiré du film de Joël Schumacher, Ndlr). Et là, des gens ont vu dans ce clip que je pourrai faire du cinéma. On m’a proposé un rôle, cela m’a plu et je l’ai accepté (Il s’agit du film «dans tes rêves » où il incarne le rôle d’un jeune rappeur qui veut accomplir son rêve, un film réalisé par Denis Thybaud, Ndlr). Ce n’est pas pour l’argent que je suis venu au cinéma. On m’a proposé d’autres rôles après. Je ne les ai pas acceptés parce que cela ne correspondait pas à mon état d’esprit. C’était des rôles qui montraient une mauvaise image des noirs ou des jeunes de la banlieue. Et, pourtant, il y avait beaucoup d’argent. 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que ce que le Rap n’a pas réussi à vous donner, le cinéma vous le donnera ?  

Disiz la Peste : Ah, non ! Le cinéma, c’est très compliqué. Surtout, en France. Comme je disais tantôt, les rôles qu’on propose à des jeunes comme moi sont souvent stéréotypés. Par contre, j’ai écrit un livre qui s’appelle «Les Derniers de
la Rue Pontiers » qui va sortir le 7 janvier en France. J’ai demandé à mon éditeur de faire une édition spéciale pour l’Afrique afin que le livre soit à la portée des bourses africaines. C’est un roman qui se passe en Afrique notamment à Dakar au Sénégal. Si à 40 ou à 50 ans, on pouvait se rappeler de moi comme un écrivain, quitte à ce qu’on oublie que j’ai fait de la musique même si j’adore ça, je serai très fier. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans votre album «Les histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue », il y a un morceau intitulé «Ultrabogosse ». Que voulez-vous insinuer par-là ? 

Disiz la Peste : En fait, c’était juste pour me moquer un peu de tout ce superflu qu’on a en France qui entoure la nouvelle génération. Je voyais plein de garçons qui faisaient énormément attention à eux. C’est un morceau qui voulait se moquer de tout cela. Il y a souvent du second sens dans mes propos. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 11 octobre, 2008 )

Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone 2008: Des comédiens de la troupe théâtrale de l’Alliance Franco-mauritanienne nominés

C’est une grande victoire que vient d’enregistrer le théâtre mauritanien aux Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone 2008. Le comité d’organisation de ce grand évènement culturel vient de publier la liste des nominés. Y figurent dans cette liste des comédiens de la troupe théâtrale de l’Alliance Franco-mauritanienne.  

Plus d’une vingtaine de comédiens venus de 12 pays différents seront présents aux Grands Prix du Théâtre Francophone d’Afrique 2008 qui auront lieu du 11 au 14 décembre 2008. Parmi les personnalités invités, le comité d’organisation prévoit la participation, entre autres, de Mme Wéré Wéré Liking d’origine camerounaise et établit en Cote d’Ivoire où elle est chercheuse à l’Institut de Littérature et d’Esthétique africaine et fondatrice du Centre Panafricain de Ki-Yi, un lieu de formation d’artistes venus de toute la sous-région ouest africaine. 

La participation de la Mauritanie aux Grands Prix du Théâtre Francophone d’Afrique est beaucoup attendue par le Comité d’Organisation. Sur 12 catégories de nominations, notre pays a été représenté sur les cinq à savoir meilleur metteur en scène(Gérard Tolohin), meilleure comédienne(Salem Mint Ahmed), meilleur décorateur(Gérard Tolohin), meilleur comédien(Camara Agali) et meilleur scénographe(Gérard Tolohin). 

Durant 4 jours, la capitale béninoise, Cotonou, sera le lieu de rendez-vous du théâtre francophone africain. Ce sera une occasion pour nos comédiens de faire découvrir les multiples facettes de la Culture mauritanienne car, durant la soirée de gala qui aura lieu le 13 décembre, chaque pays exhibera ses spécificités et ses traditions en arborant des tenues traditionnelles.   

Les Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone qui en sont à leur première édition ont pour but d’encourager l’expression dramatique francophone dans les pays d’Afrique et de la promouvoir sur le plan international. Les lauréats de chacune des catégories au nombre de 12 bénéficieront d’une promotion internationale, une enveloppe financière et, entre autres, des bourses, des stages, des participations à des festivals et autres rencontres internationales. 

Au départ, ils étaient 27 pays à compétir. Seulement, 12 pays ont été finalement retenus par le jury dont la Mauritanie qui a réussi à tirer son épingle du jeu d’autant plus que les critères de sélection furent rigoureux. Cela témoigne tout simplement d’une consécration jouissive du théâtre mauritanienne qui a besoin d’être soutenu pour pouvoir véritablement rivaliser avec les autres pays très en avance dans le domaine théâtral. 

Notre Ministère de la Culture pourrait s’inspirer des Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone pour développer le théâtre en Mauritanie. Il existe des talents. Ils n’ont besoin que d’être soutenus. 

Les « Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone » sont initiés et organisés par la Compagnie de théâtre et de rituels vodun BEO AGUIAR (C.BEO.A), une compagnie béninoise de théâtre créée en 1990 par Euloge BEO AGUIAR dont les activités sont étroitement liées à celle de la CBEOA.

Euloge BEO AGUIAR est né à Cotonou et a grandi à Parakou dans le Nord-Est du Bénin où il a passé 25 ans. Après ses débuts en tant qu’humoriste sous le pseudonyme de Masta Cool, il a réalisé depuis, de nombreuses créations et dirigé plusieurs ateliers de formations théâtrales.  

Les saisons théâtrales et artistiques 2000 à 2008 ont été particulièrement riches en expériences pour Euloge BEO AGUIAR et sa Compagnie, avec plusieurs créations, ateliers de formation en dramaturgie. La CBEOA s’est spécialisée dans le théâtre rituel et le spectacle déambulatoire. C’est un label connu dans les milieux du théâtre africain et international. Sa dernière création « Sans commentaire » remonte à la 9è édition du festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb 2008).  

Capitalisant les riches expériences dans le secteur du théâtre, cette compagnie a décidé avec le concours de ses partenaires de donner un nouveau souffle au théâtre africain par la reconnaissance et la récompense des talents de l’excellence. D’où la naissance des « Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone » avec sa première édition en 2008. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 26 septembre, 2008 )

Le Hip Hop Mauritanien:Etat des lieux d’une musique en mal de reconnaissance ?

rap.jpgdiamminteky1.jpgsl3702701.jpgdjkhalzo.jpg

La Mauritanie n’est pas seulement le pays d’un million de poètes. C’est aussi le pays où des milliers de jeunes veulent devenir des rappeurs. Mais les autorités de ce pays répugnent encore à accorder du crédit au Hip Hop. Tel est le constat !

Et les acteurs de ce mouvement musical ne semblent pas pardonner ce désintéressement et négligence de la part du Ministère de la Culture qui ne joue pas, à leurs yeux, son véritable rôle d’appui et d’organisateur. C’est ce manque de considération qui a poussé certains à soutenir mordicus que le Hip Hop est le parent pauvre de la musique mauritanienne.  

Et pourtant,  les concerts de Hip Hop sont incontestablement les seuls spectacles qui drainent un monde fou à Nouakchott comme à l’intérieur du pays. «Pourquoi donc continuer à ignorer cette musique », s’interroge Khalzo. «Le Hip Hop comme la musique en général peut être une source d’enjeux financiers avec des retombées socio-économiques incalculables. Il peut alimenter des studios d’enregistrement, favoriser le show-biz et participer à la mise en place d’une véritable industrie culturelle », souligne-t-il.                              

Lorsqu’on parle de Hip Hop, on pense aussitôt que c’est une musique de jeunes, une musique de revendication. «Le Hip Hop est une musique militante. Elle contribue à promouvoir certains aspects, certains droits, certaines revendications de la jeunesse », déclare Georges Lopez dit Dj Gee Bayss, à l’occasion de sa présence à la première édition du «Festival Assalamalekoum Hip Hop » de mai 2008.

«Le Hip Hop, rappelle Dj Khalzo, n’est pas, contrairement à ce que pensent certaines personnes, une musique qui favorise la dépravation de notre jeunesse. Il s’agit d’un courant musical qui a pour objectif d’éduquer la jeunesse, de la sensibiliser sur les problèmes de l’heure en tentant, à travers des messages, d’inculquer l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, la nécessité de préserver l’environnement et bien d’autres valeurs essentielles pour la construction du pays. »

Certains diffuseurs, à l’image de Dj Gee Bayss, s’intéressent à la Mauritanie depuis de bonnes années. C’est que notre pays regorge d’importants nids de rappeurs talentueux. Ce dernier a produit de nombreux jeunes rappeurs mauritaniens. Grâce à lui, ces derniers se sont fait connaitre au niveau du Sénégal et sur le plan international.

«Le Hip Hop mauritanien à travers moi peut avoir une plate forme d’expression », avait-il déclaré. Aux yeux de Monza, le Hip Hop était une sous-culture que certains mauritaniens avaient du mal à adopter. « Mais grâce à certains artistes, le hip hop s’est aujourd’hui imposé de lui-même en tant que musique et genre à part de la musique mauritanienne », s’enorgueillit-il.

Et le Hip Hop naquit… 

C’est au milieu des années 90, qu’a commencé véritablement le Hip Hop en Mauritanie. Au fil des années, ce mouvement a fini par s’imposer lui-même un peu partout dans le pays et notamment à Nouakchott où fleurissent d’importants nids de jeunes rappeurs et des groupes de rap : Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad, Military Underground, Minen Tèye, Waraba, MC Go, Number One African Salam, Adviser, Bad’s Diom, Big Diaz, Habobé Bassal, Youpi for Ever, Cee Pee, Paco Leniol, Franco Man, Laye B, MD Max…

Mais, c’est à partir de 2007, avec la sortie du 1ier album de Diam Min Tekky(Gonga), d’Ewlade Leblad(Adatne), de la Rue Publik(Incontextablement) et de Military Underground(Au Secours en 2008) que la mayonnaise Hip Hop mauritanien a commencé vraiment à intéresser les gens et à gagner notamment la sympathie des jeunes mauritaniens en mal d’occupation et de loisirs.                                                                                                         

Les années 2007 et 2008 marqueront un tournant décisif dans l’évolution du mouvement Hip Hop en Mauritanie. Le Hip Hop semble pousser des ailes. Désormais, rien ne peut l’appréhender. Dans les concerts, le public répond massivement. Comme en témoigne ceux organisés au Centre Culturel Français et notamment la Première édition de «Assalamalekoum Hip Hop Festival ».

Mais, c’est à partir de 2004, que le Hip Hop en Mauritanie commence à se professionnaliser avec l’apparition de studios d’enregistrement, d’ingénieurs de sons. S’arrimant au rythme de l’évolution des nouvelles technologies, les rappeurs mauritaniens prennent conscience de la nécessité d’améliorer le fond et la forme de leurs textes mais surtout leur flow. 

Le Hip Hop, qui  englobe la danse, le dee-jaying et le graffiti qui est encore embryonnaire en Mauritanie, conquiert de nouveaux espaces. En effet, depuis 2000, début de son explosion avec la floraison de groupes de Rap, le Hip Hop ne cesse de se dessiner une autre trajectoire que celle qu’il avait connue jusque-là. Du moins, c’est ce que pensent certains rappeurs comme Monza, président 2 la Rue Publik.

«Dans toute sa totalité, quelque soit l’endroit où on se trouve, ce que j’ai vu et vécu, ce que j’ai pu faire et les autres aussi, me donnent une certaine conviction que le Hip Hop en Mauritanie est sur de bons rails », croit-il.

Le Hip Hop mauritanien fait face à une double difficulté. A savoir la production et la diffusion. Mais cela n’a pas empêché les rappeurs ou groupes de Rap mauritaniens de percer à l’extérieur à l’image de Military Underground, Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad ou Waraba qui a participé à la compilation «AURA» regroupant différents rappeurs africains de renommée internationale dont Dj Awadi. Le Hip Hop n’est plus cette musique de voyous, cette musique malsaine et corruptrice. Et pour cause. De plus en plus, on constate un intéressement grandissant de la part de la jeunesse mauritanienne au Rap et surtout une éclosion de rappeurs ou de groupes de Rap.

Excellent canal de sensibilisation et de mobilisation, comme on le voit souvent à l’occasion des élections ou autres manifestations officielles, la place du Hip Hop est désormais une évidence dans la société mauritanienne.

A côté de la musique traditionnelle, tradimoderne ou moderne à l’image de Malouma, Noura Mint Seymali, Tahara Mint Hembara, Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué ou Dimi entre autres, le Hip Hop, contre vents et marées, a réussi à se creuser son propre sillon. «. Les responsables politiques du pays doivent se tourner vers la jeunesse qui est un moteur de développement », demande Monza, le président 2 la Rue Publik.

Des structures défaillantes 

Au niveau de l’enregistrement, les rappeurs mauritaniens, depuis quelques temps, n’ont plus rien à envier à leurs camarades de la sous-région ou du Maghreb. Là où se situe le bât blesse, c’est au niveau de la duplication, de la distribution et de la communication.

Et, pour vendre un produit musical, il faut de la promotion et de la diffusion au niveau des médias. Sur ce point, notre pays traîne encore. Nonobstant, les efforts de la TVM Plus qui commence à diffuser des clips de Rap mauritanien, la contribution des médias officiels est très infime dans le rayonnement du Hip Hop en Mauritanie.                            

Face à cette situation criarde, certains rappeurs, comme Monza, ont trouvé la clef de la solution. «On a essayé de mettre en place des studios d’enregistrement et de production en investissant de l’argent considérable pour pouvoir nous satisfaire nous-mêmes et satisfaire aussi les autres », explique-t-il.

Ne disposant pas de structures pouvant les protéger, certains rappeurs mauritaniens se sont retournés vers la BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur) ou d’autres structures comme la SACEM (Société des Auteurs compositeurs et éditeurs de Musique) pour défendre leurs produits.    

A vrai dire, comment peut-on développer la musique de manière générale sans pour autant avoir au préalable des réseaux de distribution ? C’est le dilemme principal des rappeurs. Ne sachant pas que faire, ils sont astreints, pour écouler leur produit, d’organiser ce qu’on appelle «Les Concerts Dédicace ».

Et, Dieu sait que cette procédure ou méthode ne réussit pas à tout le monde. Le Hip Hop Mauritanien est bien représenté à l’étranger. En France, par B.O.B et au Sénégal, par Laye B qui y a sorti en 2003 et 2007, respectivement «Black à part » et «Sénégal-Mauritanie ».

On n’investit pas dans le Hip Hop 

Les producteurs se comptent par gouttes. Fatigués de taper à toutes les portes à chaque fois qu’il s’agit de production, certains rappeurs ont fini par se muer en producteurs. «Il n’y a pas de personnes aptes à produire.

Elles ne savent pas ce que c’est que la production. Il n’y a pas de gens qui veulent s’engager dans une structure pour investir sur des artistes en produisant leurs albums », s’indigne Monza. «Nous, les rappeurs, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir et de travail à faire pour que les gens soient totalement convaincus de ce que nous faisons », estime Waraba alias Big Power.    

Pour certains rappeurs mauritaniens, à l’image de Waraba, qui ont eu la chance de voyager et côtoyer d’autres rappeurs africains, le Hip Hop Mauritanien  va mal. Lui aussi, il met en avant les problèmes de structures et d’organisation.

«Et pourtant, il y a des talents et des rappeurs qui font du bon boulot. Ils écrivent de très bons textes. Mais, bon ! Il n’y a pas une aide derrière », regrette-t-il. Certains pensent que le Rap doit être une musique militante et engagée. «Cela dépend des sources d’inspirations. Aujourd’hui, le Rap, rappelle Waraba, n’est pas une musique circonscrite. C’est une musique d’ouverture. Si certains pays sont en avance sur nous, c’est parce qu’ils élargissent ce qu’ils font. On est tous engagés mais de différente manière. »

Pour Mar de Diam Min Tekky, le Hip Hop en Mauritanie s’est détourné de sa voie originale. Pour lui, il y a des choses plus importantes que de faire danser les gens. «C’est là(en Mauritanie) où se trouve le racisme, l’inégalité et l’esclavage », se justifie-t-il.

Le Hip Hop Mauritanien a du mal à se départir de l’influence extérieure notamment américaine. «Les rappeurs mauritaniens plagient beaucoup. On voit un Method Man, un Awadi en Mauritanie. Cela handicape notre Rap. On doit rester des mauritaniens et créer notre propre style », pense-t-il. «Le Hip Hop Mauritanien est là pour prouver par rapport aux autres », soutient-il en pensant qu’il n’est pas encore l’heure de faire du show-business, mais, de dénoncer.

«On n’a pas le temps de faire sortir des filles habillées en string », ironise-t-il en faisant allusion aux clips américains ou sénégalais. «Si on sent que le Hip Hop en Mauritanie  ne va pas, nous ouvrir, nous les rappeurs, d’autres portes, nous allons laisser tomber et faire autre chose », lance-t-il avec défi.

Waraba est de ceux qui croient dur comme fer que le Hip Hop Mauritanien peut rivaliser avec celui des autres pays comme le Sénégal ou le Mali. «Les talents sont là. Mais cela ne suffit pas. Il faut avoir un staff derrière. Par exemple, les rappeurs maliens, ils sont bien structurés. De même que les sénégalais ou burkinabé. C’est ce qui fait qu’ils sont en avance sur nous », explique-t-il.

Aujourd’hui, malgré une évolution en termes de production, on a constaté que le Hip Hop Mauritanien ne se vent pas bien. Là où un rappeur malien, sénégalais ou burkinabé arrive à vendre 100.000 cassettes, un rappeur mauritanien ne parvient même pas à écouler plus de 1.500 cassettes. Pire encore, il n’y a pas de lieux de vente. Quand un rappeur sort son album, il est obligé de louer l’Ancienne Maison des Jeunes pour espérer vendre son produit. Dans ces conditions-là, peut-on exporter le Hip Hop Mauritanien ?

Des rappeurs comme P.A et F. Diou de Military Underground qui en ont fait l’expérience portent d’une part cette responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture et d’autre part sur celui des artistes qui manquent, à leurs yeux, d’organisation. «Nous, les rappeurs, nous ne voyons pas aucune initiative venant d’une bonne volonté. Nous avons besoin d’appui pour que la musique Hip Hop puisse avancer notamment au niveau des ventes afin qu’on vive de notre art », affirme F. Diou. «C’est très important le fait de vendre, enchaîne P.A. On ne peut pas espérer mieux que cela. C’est la base de tout. » 

Autre problème auquel sont confrontés les rappeurs est celui de la piraterie qui les empêche de dormir à tête reposée. Le cri est partout le même chez les artistes. Là aussi, selon P.A et F. Diou, la piraterie constitue un manque à gagner considérable pour les rappeurs mauritaniens. Cela n’empêche pas qu’il y ait une ruée vers le Hip Hop de la part des jeunes.

Le Hip Hop est devenu une porte ouverte à tout le monde. «Chacun y a sa place », pense F. Diou.  Cependant, avertit-il, on devrait assainir le Rap gangrené par des musiques ou paroles pleines d’incivilité et d’insolence.

«Le rappeur est mal vu et mal jugé dans nos sociétés déjà.  Cela n’a pas sa raison d’être dans le mouvement Hip Hop mauritanien », dit-il. Pour autant, les «Hip hoppeurs » mauritaniens semblent être optimistes. «Le Hip Hop mauritanien a de l’avenir. La preuve, nos albums sont appréciés par tout le monde », déclare P.A, optimiste.

L’absence de médias privés, le peu de crédit accordé au Hip Hop par les médias officiels, le déficit structurel en termes de diffusion et de distribution, le manque de niveau et d’instruction participent au retard de l’explosion du Hip Hop en Mauritanie. En outre, au niveau de la tonalité et du groove de la musique, la qualité pose problème parce que les studios ne disposent pas de machines de masteurisation.   

Babacar Baye Ndiaye  

( 25 septembre, 2008 )

Ousmane Gangué, lead vocal de « Koodé Pinal »

«La musique mauritanienne patauge. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est » 

 

A l’occasion des dix ans de musique d’Ousmane Gangué et de son Groupe «Kodé Pinal », le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser des questions relatives à sa carrière musicale, de ce qu’il pense de la situation actuelle de la musique mauritanienne et surtout de la nécessité de créer des structures propices à son développement. Et sa position par rapport au coup d’Etat du 6 août 2008. Entretien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous êtes un grand artiste dont le talent ne fait plus l’ombre d’un doute. Toutefois, on a remarqué que vous avez du mal à vous imposer et surtout à investir dans la musique ? 

 

Ousmane Gangué : Certes, je suis connu, je fais des tournées internationales. Mais, je le fais avec les moyens du bord. Si, aujourd’hui, la musique de Ousmane Gangué est arrivée à un certain niveau de notoriété, c’est grâce à ma volonté et ma propre abnégation. Sans l’aide de personne ! Si vous jetez un coup d’œil dans le microcosme musical mauritanien, quel est cet artiste qui peut se targuer de vivre dans de très conditions enviables. Comment peut-on investir dans la musique alors qu’il n’y a aucune volonté de faire bouger les vieux réflexes ? 

Les artistes vivotent. Ils commencent à se décourager parce qu’il n’y a aucune perspective qui se décline devant eux. Il ne faut pas être surpris si certains artistes comme moi prennent leurs claques et leurs cliques pour aller s’installer à l’extérieur. Rien n’a été fait pour que la musique mauritanienne puisse connaître des jours heureux. La preuve, nos prédécesseurs vivent dans des conditions lamentables. Ils n’ont pas réussi à sortir du trou la musique mauritanienne. Notre génération est en train de revivre la même situation. Quoique très difficile, je vais continuer à mener le combat afin de redresser la situation moribonde dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Ma femme est de nationalité française. Je pourrais aller avec elle et vivre en France comme tout le monde. Mais, ce ne serait pas une bonne idée. 

A mon avis, on doit rester ici et relever les défis relatifs aux problèmes structurels que rencontre la musique mauritanienne. Je préfère demeurer en Mauritanie pour relever le niveau de notre musique. Toutefois, cela demande beaucoup de sacrifices et surtout des structures qui vont épauler la démarche des artistes. Pour que je puisse investir en Mauritanie, il faudrait que j’aie des retombées d’abord au niveau de ma musique. Que la musique que je joue soit écoutée en Mauritanie. Et, surtout qu’on arrête de prendre des griots qui prétendent être des artistes pour les envoyer à de grands festivals internationaux pour y représenter la Mauritanie. Cela ne fait que retarder la musique mauritanienne! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous en connaissez, comme vous le dites, des griots qui ont été envoyés à l’extérieur pour représenter la Mauritanie ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne parle pas dans le vide ! Nous avons participé à un grand festival en France alors que nous n’avions même pas encore sorti un album. Cela a ébahi beaucoup de personnes. Nous avons réussi à faire connaître la Mauritanie à travers ce festival. Pour la petite histoire, certaines personnes confondaient la Mauritanie à l’Ile Maurice (Mauritus en Anglais). Pour lever cette équivoque, on a pris une carte pour pouvoir situer la Mauritanie. On avait filmé notre participation à ce festival. Le film, jusqu’à présent, dort dans les tiroirs de la télévision nationale.  Est-ce que cela va nous motiver ? NON ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : A qui la faute ? Le ministère de la Culture ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne peux pas porter toute la responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture. La Culture est le parent pauvre en Mauritanie. Il y en a certains qui réussissent à s’en sortir. Nous savons tous que la musique mauritanienne va mal. Et pourquoi ? Rares aujourd’hui sont les artistes mauritaniens qui peuvent décrocher des tournées internationales !

                      ousmanegangue.jpg

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour mieux défendre leurs intérêts, des artistes ont mis en place deux structures pour échanger des idées et voir comment ils peuvent faire pour que la musique mauritanienne connaisse des jours heureux. Qu’en pensez-vous ? 

Ousmane Gangué : Pour vous dire la vérité, ces structures n’ont aucune utilité à mes yeux. Ce n’est pas elles qui vont faire évoluer la musique mauritanienne. Il faut qu’il y ait d’abord de la stimulation et qu’on sente vraiment qu’il y a une main derrière les artistes. Cela ne demande pas grand-chose. Si par exemple, on voit un artiste qui progresse sur le plan musical, qu’on lui attribue des distinctions. Cela va pousser les autres artistes à vouloir faire mieux et à avancer de l’avant. Et je vais vous dire une autre chose par rapport à ces structures : elles sont souvent utilisées à des fins saugrenues. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En fin de compte, la musique mauritanienne n’est-elle pas à l’image du pays, raison pour laquelle elle n’arrive pas à voler de ses propres ailes ? 

 

Ousmane Gangué : Effectivement ! Cela dit, nous, les artistes, nous allons continuer à nous battre pour porter la musique mauritanienne aux quatre coins du monde. Nous comptons sur la participation de tous les mauritaniens pour changer la situation. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A part les rappeurs, les artistes mauritaniens sont timidement engagés. L’actualité de ces derniers jours reste dominé par le Coup d’Etat du 6 août 2008. Peut-on savoir ce que vous en pensez ? 

 

Ousmane Gangué : Moi, je suis apolitique ! Je ne suis pas derrière personne. Je suis avec celui qui est là pour œuvrer dans l’intérêt des populations, qui prône la justice et l’égalité. Je suis apolitique ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique mauritanienne est aussi handicapée par l’absence de médias audiovisuels privés. Cette situation vous réjouit-elle ? 

 

Ousmane Gangué : Pas du tout ! C’est un secret de polichinelle. Les médias surtout privés sont incontournables dans le rayonnement de toute musique. Nous lançons un appel aux autorités de ce pays de libéraliser le secteur audiovisuel. Cela pourrait changer la situation actuelle dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Sans cela, on sera toujours parmi ceux qui traînent. Et, cela n’est pas bien pour notre pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les médias publics jouent faiblement leur rôle dans le développement de la musique. Pour pallier à cela, les autorités avaient créé la TVM Plus pour entre autres, favoriser une certaine expression musicale. D’ailleurs, qu’en pensez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Je suis leur premier admirateur ! Malgré leurs faibles moyens, ils ont réussi à abattre un énorme travail. Si aujourd’hui, beaucoup de mauritaniens ont commencé à regarder la télé, c’est grâce à la TVM Plus. La télévision est un miroir, un reflet de la société. Les mauritaniens s’identifient à la TVM Plus parce qu’elle a su donner ce que veulent voir les mauritaniens. Si elle continue sur cette lancée, on n’aura plus besoin d’ici peu de temps de regarder les autres télévisions nationales comme la RTS. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Si on fait un feed back sur votre carrière musicale, on voit visiblement qu’ Ousmane Gangué a beaucoup évolué notamment musicalement. Ce n’est plus non plus la période des vaches maigres. La preuve, vous semblez être comblé. 

 

Ousmane Gangué : Pas encore ! La musique, comme tous les métiers, est une carrière avec des hauts et des bas. C’est vrai que nous vivons des fruits de notre musique. Mais, croyez-moi, parfois on a envie de crier : aïe ! Ce n’est pas une sinécure. Il nous arrive souvent de vouloir tout remettre en cause. Les artistes mauritaniens manquent de tout : de spectacles pour se produire, de lieux de distraction… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Parallèlement à ces problèmes structurels, les artistes mauritaniens n’ont pas un bureau qui défend leurs œuvres. 

 

Ousmane Gangué : Personnellement, je n’ai pas ce problème. Mes œuvres sont protégées par le BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur). Ce serait une bonne idée que les artistes mauritaniens puissent avoir une structure capable de protéger leurs œuvres. On nous avait promis, par les autorités, de mettre en place une telle structure. Nous attendons toujours ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Certains mauritaniens ne comprennent pas toujours pourquoi vous êtes établi au Sénégal. Qu’en est-il exactement ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne suis pas établi au Sénégal. Je travaille là-bas. Il y a des mauritaniens qui travaillent aux Etats-Unis d’Amérique. C’est pareil pour mon cas. Si j’ai du travail au Sénégal, j’y vais ! Il y a aussi une chose que j’aimerais qu’on sache. J’ai des origines sénégalaises aussi. C’est vrai que je suis un artiste mauritanien. Ce n’est pas dans mon esprit de rester uniquement en Mauritanie. NON !

                           ousmanegangu.jpg 

Le Rénovateur Quotidien : Vous représentez à l’image d’autres artistes comme Malouma entre autres la musique mauritanienne sur le plan international. Pensez-vous que la Mauritanie peut rivaliser avec le Mali, le Sénégal, la Cote d’Ivoire qui ont réussi à imposer leur musique hors de leurs frontières ? 

 

 

Ousmane Gangué : On est loin de là. Ces pays-là, contrairement à nous, se sont investis dans le développement de leur musique en mettant les structures qu’il faut. Ces pays-là ont favorisé leurs artistes, leurs traditions et leurs cultures. En Mauritanie, nous avons mis les charrues avant les bœufs. La preuve, les mauritaniens continuent à s’abreuver de leurs musiques. On n’investit pas sur les artistes mauritaniens. On préfère appeler un artiste étranger et lui payer plus d’un million d’ouguiyas que de prendre Ousmane Gangué. C’est là où se situe d’abord le malaise de la musique mauritanienne.   

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de la célébration de vos dix ans de carrière musicale, comment vous sentez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Free ! Dix ans de musique, ce n’est pas dix ans de carrière. On célèbre juste les dix ans de mon groupe Kodé Pinal. C’est pour montrer aux mauritaniens que nous sommes sur la scène musicale depuis dix ans. On ne se cantonnera pas uniquement à fêter les dix ans d’Ousmane Gangué et du Kodé Pinal. Ce sera l’occasion pour nous de jeter un regard critique sur la musique mauritanienne. Car, a-t-on remarqué, elle traîne toujours par rapport à celles des pays de la sous-région comme le Sénégal. Nous avons estimé nécessaire de faire une analyse par rapport à l’évolution de la musique mauritanienne. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vos propos laissent apparaître des sentiments d’indignation. Estimez-vous que la musique mauritanienne est au fond du trou ? 

 

Ousmane Gangué : La musique mauritanienne patauge. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est. En premier lieu, ce sont les artistes eux-mêmes qui sont d’abord les premiers concernés. Si la musique mauritanienne se développe, ce sera d’abord à leur avantage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos dix ans de musique avec votre groupe Kodé Pinal ? 

 

Ousmane Gangué : Sur le plan musical, j’ai beaucoup progressé. Mais, moralement, je ne suis pas satisfait. Un artiste ne vit que de sa musique. Or, la musique mauritanienne sombre de plus en plus dans des difficultés écoeurantes. Le sort de la plupart des artistes est triste et lamentable. Ils ont besoin d’appui pour pouvoir, surtout, progresser. Moi, personnellement, je suis mieux connu au Sénégal qu’en Mauritanie. C’est un contraste ! Les artistes mauritaniens ne représentent rien aux yeux du public. Quand les artistes étrangers viennent jouer en Mauritanie, le public répond massivement. Si c’est un artiste mauritanien, personne ne vient. Il y a problème ! Cela ne participe pas à motiver les artistes mauritaniens. C’est à nous, les artistes, de se ferrailler pour que les mentalités changent et évoluent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour revenir à ce problème de notoriété dont souffrent les artistes mauritaniens, j’en prendrai comme preuve votre cas. On a remarqué par exemple, au Sénégal, vous avez réussi à vous imposer. Ce que vous n’avez pas réussi à faire dans votre propre pays. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

 

Ousmane Gangué : C’est une situation qu’on a du mal à comprendre. Je pense que c’est dû essentiellement à la mentalité mauritanienne. Les mauritaniens éprouvent un complexe d’infériorité sur le plan musical par rapport aux autres pays qu’ils soient africains ou arabes. Même sur le plan sportif, ils en souffrent. Tant que cet état d’esprit va demeurer, on n’ira pas loin. C’est ce manque de considération qui fait que la musique d’Ousmane Gangué n’a pas réussi véritablement à s’imposer. Le showbiz au Sénégal est rude. Et, pourtant, j’ai réussi à m’imposer. Cela veut dire que la musique d’Ousmane Gangué marche très bien. Le problème est à rechercher au niveau du public et non du coté des artistes. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de fêter vos dix ans de carrière musicale sous le haut patronage de Ahmed Hamza Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott et le parrainage de Baba Maal et Youssou Ndour. Volonté d’impressionner ou simple invitation ? 

 

Ousmane Gangué : Pour ce qui est de Hamza, non seulement je le considère comme un maire, mais c’est une personne que j’admire énormément. Je n’ai pas à me dérober. Hamza est un monsieur qui a beaucoup fait pour moi. En retour, je lui dois le minimum de considération et de sympathie. Je n’ai pas froid aux yeux de le dire : c’est grâce à lui que j’ai pu organiser mes dix ans de carrière musicale. Youssou Ndour : je travaille avec son label (Jololi). Ce ne serait pas élégant, si je ne l’avais pas convié à cette fête. Baba Maal, c’est une icône pour moi. Quelqu’un qui a su porter la culture poular à travers le monde. Je le considère comme une idole. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait presque 3 ans que vos fans attendent la sortie de votre deuxième album. Est-ce que cela est dû à un manque d’inspiration ? 

 

Ousmane Gangué : Avec le label de Youssou Ndour, on ne sort pas sur une prise de tête un album. Non ! Ensuite, je ne vois pas l’opportunité ou l’avantage de sortir des albums coup sur coup. A la limite, cela peut lasser les consommateurs. Il y a aussi une chose à comprendre : ce n’est pas la sortie d’un album qui va faire les affaires d’un artiste. La plupart des artistes qui sortent coup sur coup des albums n’ont pas d’orchestre. Je ne suis pas pressé de sortir mon deuxième album. Mon contrat avec Jololi va expirer d’ici deux ans. Je verrai si je peux continuer ou non ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye NDiaye 

 

( 21 septembre, 2008 )

Mar de Diam Min Tekky: «Nous sommes là pour le peuple »

                                                    mar1.bmp

S’ils ne sont pas les meilleurs rappeurs que comptent actuellement la Mauritanie, ils en font partie. Leur premier album ‘Gonga’ (la vérité) les a révélés au grand public mauritanien. Si, aujourd’hui, Diam Min Tekky est admiré par la jeunesse mauritanienne, c’est parce qu’ils ont refusé, jusque-là, de faire la courbette devant les autorités de ce pays. Entretien avec Mar, un des membres du groupe.

 

Le Rénovateur Quotidien : Le public mauritanien est composé aussi de wolophones, de soninképhones et de hassanyaphones. Mais vous, vous ne chantez qu’en poular. Cela ne constitue pas un handicap pour vous ?  

Mar de Diam Min Tekky : (il m’interrompt). On ne rappe pas uniquement en poular. 50% de nos morceaux sont chantés en poular. 25% de hassanya et peu de Wolof. Lorsque que vous aurez écouté notre album, vous en conviendrez avec moi que Diam Min Tekky ne chante pas uniquement en poular. Sur scène aussi, on utilise toutes les langues.

 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué qu’à chaque fois vous êtes sur la scène, vous aimez ramollir les policiers. Expliquez-nous un peu pourquoi ? 

Mar de Diam Min Tekky : La police ? C’est l’ennemi de la jeunesse. C’est des gens qui aiment toujours déranger. Vous voyez là (il montre une plaie cicatrisée), c’est un policier qui m’a blessé gratuitement. Après la sortie de notre premier album ‘Gonga’ (la vérité) en février 2007, on a eu pas mal d’ennuis avec la police. Et pour cause : l’album était trop engagé. Vous savez qu’en Mauritanie, la démocratie n’existe pas et la liberté d’expression aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et qu’est-ce qui vous fait dire que la liberté d’expression et la démocratie n’existent pas en Mauritanie ?  

Mar de Diam Min Tekky : La raison est toute simple ! C’est parce que, moi en tant qu’artiste, lorsque je dis certaines réalités, on me menace en essayant de m’intimider. Personnellement, j’ai été victime à plusieurs reprises de ces intimidations qui ne feront que raffermir notre position dans la lutte contre les injustices en Mauritanie. On nous a emprisonnés pour nos idées, nos prises de position sans ambiguïté. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela vous enchante-t-il de voir tout le temps le public, à chaque fois que vous êtes sur scène, entonnait ‘Diam Min Tekky’ ? 

Mar de Diam Min Tekky : On ‘kiffe’ le public d’une manière inexplicable. Lorsque nous sommes sur scène, on leur dit leurs problèmes. Cette symbiose qui existe entre nous et le public mauritanien, c’est comme par exemple lorsque quelqu’un écoute son griot lui chanter ses louanges, n’est-ce pas il est heureux. Nous aussi, c’est pareil et réciproque. Si, on a du courage à aller de l’avant, c’est grâce en partie à eux.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que le Rap mauritanien peut connaître une nouvelle tournure allant dans un sens positif ? 

Mar de Diam Min Tekky : Nous sommes optimistes. L’essentiel, c’est de montrer aux autres qu’on peut rivaliser avec eux. Ce qui nous manque, c’est d’avoir des coups de main de la part des autorités, de diffuser le Rap. Je pense par exemple que des événements comme «Assalamalékoum Hip Hop Festival » sont à multiplier. C’est une idée que nous avons appréciée à sa juste valeur. C’est aussi une étape dans le développement du Hip Hop en Mauritanie. On sera tout le temps présents lorsqu’il s’agira de porter haut le porte-étendard du Hip Hop mauritanien en dehors de nos frontières.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky a-t-il un rôle à jouer dans l’unité nationale puisque vous êtes des leaders d’opinion ? 

Mar de Diam Min Tekky : Parfaitement et comme tout bon citoyen épris de paix. Toutefois, il serait fallacieux de penser que les choses qui sont à l’origine de ce que nous vivons ont bougé d’un iota. Des choses se sont passées ! Là-dessus, il faut qu’on éclaircisse notre lanterne. On dépend du passé pour mieux vivre le présent. Pourquoi, à l’école, on nous dit que l’indépendance de la Mauritanie, c’est le 28 novembre ? NON. On ne va jamais oublier le passé. Ceci dit, nous ne sommes pas contre l’unité nationale. Mais, pour que cette unité existe, il faut que les cœurs soient rassurés. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky est connu pour son engagement. Cela ne vous a pas valu une certaine mise à l’écart ? 

Mar de Diam Min Tekky : Si ! Mais, nous sommes là pour le peuple. Si, nous étions là pour nous-mêmes, ce serait autrement. Pendant les élections, les politiciens viennent nous voir pour nous proposer des millions pour qu’on fasse des chansons pour eux. Ils savent qu’il y a un public derrière nous. L’argent ne nous épate pas. En plus, cela ne nous effraie pas de savoir qu’on nous surveille comme du lait sur du feu. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 21 septembre, 2008 )

Ewlade Leblade: L’histoire d’un trio qui a fait tomber les masques de la société mauritanienne!

                         ewladeleblad.jpg 

Ewlade Leblade, c’est Sidi Brahim Mohamed alias Izak Ice, Mamoudi Ould Sidi alias Hamada et enfin Sidi Mohamed Ould Mbareck alias M.D (voir photo). Trois vies différentes, un même destin : celui de faire plaisir. La sortie en 2007 de leur premier album «Adat’ne » les a imposés sur la scène musicale mauritanienne. Véritable révélation de la musique mauritanienne en 2007, Ewlade Leblade n’en finit pas d’émerveiller, à chaque concert, le public mauritanien. Ils sont aimés et adulés comme des «gourous ».

 

Sidi Brahim Mohamed alias Izak Ice (au milieu de la photo) 

 

Ce natif de la ville de Rosso Mauritanie a grandi à Nouakchott. Chez lui, la musique n’est pas une histoire de famille. Sachant que les études ne vont pas lui réussir, il les abandonne très vite. A cause de la musique ! Et bonjour les ennuis avec sa famille qui ne l’excusa pas de cette désinvolture qu’elle considéra comme étant un acte de défiance. Leur opposition n’y fit rien. Car, son destin était déjà fait. Et, il était écrit sur la table d’airain qu’il en serait ainsi. Indésirable, il quitte Nouakchott et sa famille en destination de Rosso, sa ville natale. Bien vite, il se découvre une prédisposition pour le Rap. Déjà, à partir de 1996, il commençait à flirter avec le milieu du Rap, à Nouakchott. Et, c’est contre le gré familial qu’il se lance dans la musique. A Rosso, il retrouve ses repères et commence à se faire découvrir. C’est dans cette ville méridionale de la Mauritanie que vont se dessiner les prémices de sa carrière musicale. Pendant son séjour, il y fit la connaissance d’un certain groupe de Rap du nom de «Salamen ». Il chante à l’occasion des concerts de Rap qui se font ça et là à Rosso. Il alterne podiums sur podiums. C’est dans cette atmosphère qu’il va réussir à se creuser son propre sillon. Le succès et la gloire commençaient à germer dans son esprit lorsqu’il voyait le défunt «Black Muslim » sur scène, un groupe de Rap qu’il admirait éperdument. Aujourd’hui, ironie du sort, c’est l’un des membres du groupe (Khadim) qui est devenu son manager. Il rêvait de grandeur en assistant aux concerts de «Black Muslim ». Entre 1995 et 1996, il se glisse sur le tatami du «mouvement Hip Hop ». Sa voix forte et sa grande taille ont fait de lui un Rappeur complet. De nature joviale, sociable et surtout tranquille, il se préserve de toute arrogance et de toute altération. Ce longiligne n’est pas du genre à reculer devant l’adversité de la vie. Ce n’est pas un hasard s’il croit dur comme fer que la célébrité et la notoriété sont au bout de l’effort. C’est parce qu’il se nourrit de la sève de son guide, le prophète Mohamed (Psl). Un musulman convaincu, il l’est. Sa force réside en sa foi. Sa seule obsession : la perfection musicale. Sobre, il l’est et l’a toujours été. Le vent de notoriété qui a soufflé sur «Ewlade Leblade » ne l’a pas emporté. C’est un homme introverti ! Hier banni par sa famille, il a su aujourd’hui se forger une nouvelle image. Avec son talent, il a fini par convaincre les siens.

 

Mamoudi Ould Sidi alias Hamada(à gauche de la photo)

 

Lui aussi, il est natif de Nouakchott où il a grandi au quartier populaire du 5ième arrondissement. Il a très tôt flirté avec l’école buissonnière. En 1999, en classe de 3ième année Collège, il commence à sécher les cours. A cause, lui aussi, du virus de la musique. Il fréquente Papis Koné, le guitariste solo du groupe «Walfadjri », le temps de comprendre comment cela fonctionne. Son premier morceau qu’il va composer s’intitulera «Touvlaha tetemacha-i » qui parle de l’amour fondé sur l’intérêt. Il découvre alors sa passion pour le Rap. Bye bye l’école ! Débute une nouvelle vie pour lui. Plus tonitruante, celle-là. En 2000, il fit la connaissance de Izak Ice et de Sidi Mohamed Ould Mbareck. Partageant les mêmes idées et les mêmes préoccupations, ils forment leur propre groupe de Rap «Hassanya Clan».  Ils abandonnèrent cette appellation à connotation raciale. Au studio «Afric Médias », dans le cadre de la préparation de leur maquette, ils adoptent comme nom de groupe «Ewlade Leblade », un nom qui continue à marquer les esprits. Il aurait dû être douanier, mais il avait envie de faire de la musique. Il défie le roc parental. Il troque sa «daraa» contre les jeans, casquettes, tee-shirts et autres colliers en argent. Il hume l’air frais des mélodies made in USA, notamment celles de 2 Pac très aromatiques pour s’en débarrasser. Le petit maure se métamorphose. Il ne sera pas épargné par l’accoutrement américain. C’est le début de l’aventure. Il heurta sa famille en premier lieu son père qui avait du mal à accepter le choix que sa progéniture avait fait. Exit les malentendus entre lui et sa famille qui pensait que leur fils flânait avec des personnes malveillantes. Aujourd’hui, à son grand bonheur, les temps ont changé et ses parents ont fini par abdiquer. Issu de famille modeste, il sait qu’il devra son salut qu’à la musique. Dans ses textes, il cogne sur les dérives de la société et pointe un regard critique par rapport à la situation sociale du pays. Hamada est un artiste qui voue son existence à la musique. Il a réussi à briser les stéréotypes culturels qui ont toujours cloué au pilori certains talents. Il a réussi en s’en défaire. Il n’hésite pas à cracher sur le feu lorsqu’il voit certaines souffrances humaines. Aujourd’hui, il est devenu plus mature. Les textes qu’il écrit parlent de nous, de nos réalités. Là-dessus, il fait mouche !

 

Sidi Mohamed Ould Mbareck alias M.D(à droite de la photo) 

 

Certainement, il doit être fier d’être l’aîné du groupe et de partager avec Izak Ice et Hamada le même destin et les mêmes préoccupations. Né en 1978 à Kaédi, au Sud de la Mauritanie, il a grandi à Nouakchott entre le 5ième et le 6ième arrondissement. Ses parents sont originaires de Mbout. Il n’est pas allé très loin dans les études. Non pas parce qu’il les détestait, mais à cause de certaines contingences sociales et familiales. Turbulente et tonitruante, telle était son enfance. Dans un monde de plus en plus intrépide, comment faut-il faire, se demande-t-il, pour assurer sa survie ? Il devient encaisseur entre 1993 et 1994. Derrière ce bout de bois de Dieu, s’est toujours dissimulé un éternel bosseur qui a toujours su compter sur lui-même et sa propre détermination. Issu de famille peu aisée, il quitte très tôt le foyer à la recherche de l’argent et de la réussite. Il voyage et découvre un jour Nouakchott. Volontariste et de carapace dure, il s’arme de courage et d’abnégation. Nouakchott est une ville où on réussit facilement quelque soit l’activité qu’on exerce, se dit-il. Il achète des fringues qu’il revend. Ça y est ! À le voir à cette époque, on aurait parié que rien ne le prédisposerait à faire de la musique. C’est donc par hasard qu’il y est venu, sans la moindre connaissance de la réalité de ce milieu comme la plupart des jeunes. Contrairement à Izak Ice ou Hamada, il reçut la bénédiction de ses parents. Il démarra sur les chapeaux de roues. Et tout marcha comme sur des roulettes. Aujourd’hui, ces parents ne vivent plus. Ceci a participé à forger son âme. Lorsqu’il en parle, c’est l’émotion. Il devient maussade. Après la mort de ses parents, il se lança très tôt dans le business. Parallèlement, il fréquente les concerts de Rap et se fait des amis rappeurs. Il commence à chantonner et à écrire des textes. Il se dit qu’il peut devenir lui aussi rappeur comme Method Man qui l’émerveilla. Ne dit-on pas que le destin ne tient à rien. Il se découvre des aptitudes musicales et se lance dans le Rap. Il se sent pousser des ailes et commence à rêver, lui qui n’a jamais décroché aucun diplôme. Aujourd’hui, avec Hamada et Izak Ice, ils forment le trio d’Ewlade Leblade qui a réussi à faire tomber les masques de la société mauritanienne. Mais que de chemin parcouru avant d’en arriver là. Lui-même, Sidi Mohamed Ould Mbareck, le reconnaît. Fichtre ! Fini l’époque des vaches maigres. Avec Ewlade Leblade, il vit dans le bonheur et s’estime le plus heureux sur la terre. 

 

Babacar Baye Ndiaye

 

12345...11
« Page Précédente  Page Suivante »
|