( 21 septembre, 2008 )

Entretien avec Monza à propos du Hip Hop

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Le Rap mauritanien souffre, c’est sans nul doute. Il souffre de médiatisation. Les canaux de distribution et de diffusion font terriblement défaut. Et pourtant ! Dieu sait que le talent est là. Dans l’entretien suivant que j’ai eu avec Monza à propos du Hip Hop en Mauritanie, vous verrez bien qu’il n’est pas du genre à ruminer la vérité. 

Le Rénovateur Quotidien : Le Rap en Mauritanie a-t-il évolué depuis 10 ans ? 

Monza : Depuis 10 ans ? Ce qui nous ramène en 1998. Je dirai qu’à partir de cette date, le mouvement Hip Hop en Mauritanie, surtout à Nouakchott, était accès sur les concerts. Il y avait beaucoup de concerts à cette époque. Il y avait aussi le phénomène des boîtes de nuit qui commençaient à apparaître en Mauritanie. Certains rappeurs passaient par ces boîtes pour y faire des prestations. A cette époque, ça bougeait ! Beaucoup plus que par exemple, deux ans plus tard, au moment où les albums ont commencé à sortir. Du moment qu’il y a eu des albums qui sont sortis, je dirai qu’il y a une relative évolution.  

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous une idée des premiers albums de Rap qui ont été sortis par des mauritaniens ? 

Monza : Le premier album de Rap sorti en Mauritanie, c’est l’album de Papis Kimi (actuellement aux Etats-Unis d’Amérique, Ndlr). Cet album s’intitulait «Mani Zani » avec la participation entre autres de Maxi P sorti en 2000. Ensuite, il y a eu Black à Part qui a sorti «Mine the Man ». En 2004, j’ai sorti «Président 2 la Rue Publik ». C’est à partir de ce moment là qu’il va y avoir de la production musicale purement mauritanienne. C’est le premier projet qui a été entièrement réalisé en Mauritanie. Les albums d’avant étaient enregistrés souvent au Sénégal avec des compositeurs sénégalais. Il y a l’album de Diam Min Tekky (Gonga) qui a été enregistré ici, l’album de Military Underground (Au Secours) et celui d’Ewlade Leblade (Adat’ne). 

Le Rénovateur Quotidien : Entre 2000 et 2008, il y a eu une floraison impressionnante de groupe de Rap et de rappeurs. Là aussi, on a noté une certaine évolution. 

Monza : Il y a une nouvelle génération de rappeurs qui arrivent. Parmi ces jeunes rappeurs, je trouve qu’il y a de très bons artistes surtout dans les régions. J’ai rencontré, dans mes déplacements à l’intérieur du pays, des groupes de Rap qui ont un certain niveau et du talent. Dans toute sa totalité, quel que soit l’endroit où on le pratique, ce que j’ai vu me donne une certaine conviction que le Rap a de l’avenir en Mauritanie. Je crois en ce mouvement. 

Le Rénovateur Quotidien : N’empêche que ce mouvement auquel vous croyez foncièrement patauge. Et, concrètement, que faut-il faire pour que le Rap puisse se développer ? 

Monza : Aujourd’hui, je peux dire côté structures, en tout cas pour l’enregistrement, nous avons ce qu’il faut pour enregistrer des produits. Pour la duplication et la distribution, on a un problème. Pour la communication, il faut une certaine promotion et une diffusion sur les ondes. Pour la Mauritanie, ce n’est pas encore le cas. On n’a pas de radios qui font passer du Rap. Ni une télévision qui diffuse du Rap. Il y a la TVM Plus qui commence à faire passer quelques clips. Mais, cela pourrait allait au-delà.  

Le Rénovateur Quotidien : A votre niveau, vous les rappeurs, avez-vous essayé à faire quelque chose. Il ne s’agit pas tout simplement de vouloir porter la responsabilité sur le dos des autorités comme vous le faites tout le temps ? 

Monza : Chacun fait selon sa démarche. Il y a des gens qui sont là et qui poireautent un producteur. Il y en a d’autres qui sont là et qui vous disent non en essayant de prendre les choses en mains. A notre niveau, on a essayé d’ouvrir notre propre studio en y mettant du matériel moderne pour pouvoir nous satisfaire d’abord et ensuite satisfaire les autres. «Assalamalekoum Hip Ho Festival » représente par exemple une occasion où les artistes peuvent se produire. Pour la 2ième édition de ce festival, il y aura des rappeurs de différentes wilayas de la Mauritanie qui vont se produire. 

Le Rénovateur Quotidien : Tout ceci, c’est bien encourageant. Mais, comment expliquez-vous le fait que les rappeurs ne vendent pas assez bien leurs produits ?  

Monza : Tout simplement, parce qu’il n’y a aucun réseau de distribution à Nouakchott. Il n’y a pas de points de vente. Il n’y a pas d’endroits spécifiques où le public peut aller  acheter tel ou tel album. Et, pourtant, il y a une manière de faire, en tout cas, c’est la nôtre, c’est d’organiser des concerts et de faire l’entrée avec le CD. Il y a une partie qu’on arrive à écouler. Dès fois, on écoule tout. Cela dépend des groupes ou du public. A partir de là, les CDs sont piratés ou vendus à la sauvette. 

Le Rénovateur Quotidien : Un autre problème et non des moindres, c’est celui des droits d’auteur. Très peu de rappeurs mauritaniens sont protégés. Sur ce point, qu’envisagez-vous faire ? 

Monza : Les artistes savent qu’il n’y a pas un bureau des droits d’auteur. Certains se disent qu’ils vont se protéger au Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur (BSDA). Je pense que cela ne servira à rien. Le BSDA lui-même n’arrive pas régler les problèmes des artistes sénégalais à plus forte des artistes d’autres pays. Par contre, il y a des structures comme la SACEM (Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique) qui protège les artistes. Elle est à l’écoute de toutes les radios même de Radio Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Y’a-t-il une concurrence saine entre les rappeurs mauritaniens ? 

Monza : Artistiquement, je pense qu’il doit y avoir de la concurrence. Cela pousse un artiste à progresser. Lorsqu’il s’agit de concurrence malsaine, d’hypocrisie, de jalousie, ce n’est pas bien. Personnellement, je ne peux même être dans le lot du Rap mauritanien. Je suis un artiste. Point barre.  

Le Rénovateur Quotidien : Le Rap Mauritanien peut-il s’exporter ? Et réellement, y’a-t-il des rappeurs mauritaniens qui sont prêts à défendre cette idée ? 

Monza : En tout cas, pour ma part, je fais de mon mieux pour qu’on arrive à exporter le Rap mauritanien en essayant d’organiser des concerts à l’étranger, de monter des projets à long terme. J’ai participé à un festival qui s’appelle ‘Les Arts croisés’ en France. J’ai été au Palais des Nations Unies à Genève. Je suis au début de mon exportation. Nous avons un projet de chanter la déclaration universelle des droits de l’homme dans plusieurs langues sur un album. Tout ceci, si vous voulez, rentre dans ce cas. 

Le Rénovateur Quotidien : Certains enregistrements sont de piètre qualité alors que les nouvelles technologies ont fait leur entrée dans la musique depuis belle lurette ? 

Monza : C’est un manque de compétences. Aujourd’hui, la musique Rap est industrialisée. Donc, tout le monde travaille avec des machines. La machine la plus idéale, ce serait une station Protoolth M Powered pour faire de la bonne musique Rap avec une SP 1200, un sampler Aky 2500, une MPC 2000. Cela demande énormément d’argent. La qualité qu’on a actuellement, c’est une qualité de maquette. Même au niveau de la tonalité et du groove de la musique, ça pose problème. Il n’y a pas de machine de masteurisation aussi. 

 Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

( 21 septembre, 2008 )

Amal Dria, artiste-peintre

Un symbole et une incarnation de l’universalité !

Amal Dria ? On ne peut qu’être admiratif devant cette créature féminine d’origine marocaine aux yeux de chaton gris ! Elle a des atouts pour plaire et faire chavirer le cœur d’un mollah : la beauté, le physique, le sourire enchanteur et captivant, l’innocence dans les propos, le sex-appeal, l’intelligence, l’élocution…Bref, tout ce qu’un homme peut désirer chez une femme. Il n’y a pas que cela ! Elle est aussi un cordon bleu. Et, vous ne serez certainement pas vexé lorsqu’elle vous préparera du couscous marocain, de la soupe hariri, du riz avec de la viande…Derrière cette femme qui raffole beaucoup le mafé(mets à base d’arachide) pour son goût particulier se dissimule la silhouette d’une grande artiste peintre. Elle est restée, au fil des ans, sobre et surtout créative et naturelle dans ses productions. Ce qui fait qu’elle n’a jamais eu de modèles particuliers. «J’ai toujours préféré ma façon de faire les choses. Quant à imiter quelqu’un d’autre dans son travail ? Non. Je n’aimais pas », confie-t-elle. 

Presque la trentaine, Amal Dria symbolise incontestablement cette catégorie d’artistes qui se ferraillent pour panser «les identités meurtrières », casser les frontières physiques nées de l’imagination des hommes et surtout faire disparaître les «fiertés » communautaristes souvent sources de conflits. Pour s’épanouir et vivre en harmonie, dit-elle, l’être humain a besoin de paix, d’amour et surtout d’un travail décent. «On n’a pas besoin plus ! Essayons de vivre ensemble dans la paix et l’amour. Aimer soi-même et aussi les autres. Ne pas être égoïste, ni hypocrite ? », rappelle-t-elle devenant subitement prédicatrice.

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Les infortunes des descendants d’Adam et d’Eve, c’est d’avoir créé leurs propres armes de destruction. Pour autant, doivent-ils continuer à s’enliser davantage dans des situations de conflits qui vont engendrer leur perte et précipiter leur chute ? Amal Dria est écoeurée, dépitée…lorsqu’elle entend le discours glorifiant la supériorité d’une communauté ou d’une race sur une autre pour des raisons dues au rang social, à la couleur de la peau, à la croyance ou à la religion. «Cela déchire, crée des barrières et engendre des frustrations. Si je traite quelqu’un de n’importe quoi, cela peut créer une confrontation. On s’engueule. On prend les armes. On commence à s’entretuer. Et le sang commence à couler sur terre… », lâche-t-elle.

Comme toute autre forme d’expression artistique, les Arts Plastiques ont un rôle aussi : celui de décrire la réalité en brisant les tabous, en secouant les vieilles habitudes et si possible de rapprocher les peuples. «Il n’y a pas de différence entre le fait d’être un chinois, un africain, un français ou un américain. Nous sommes tous des êtres humains », dit-elle pour faire comprendre aux autres que les questions identitaires ne doivent plus avoir leur place dans un monde de métissage et des échanges culturels. Amal Dria est un capricorne. Et les capricornes, c’est des personnages qui savent bien ce qu’ils font. C’est des personnages qui ont en même temps les pieds sur terre. Sa référence : le Saint-Coran. Elle croit au Destin, à Dieu, à la religion et au Prophète Mohamed (PSL).  

Le destin ne tient à rien. A bas âge, elle chantait déjà. C’était sa passion en dehors de la natation. C’est en Mauritanie qu’elle découvre les Arts Plastiques à la suite de l’affectation de son père, un architecte. Ne piffant plus la solitude dans laquelle elle vivait, elle décide un jour de se rendre à la Maison des Artistes. Et là, elle commence à peindre. «Le premier tableau que j’avais fait, se remémore-t-elle encore, représentait un monsieur qui vit dans une coquille au fond de la mer complètement en rupture avec le monde extérieur. Au bord de la mer, il y avait des gens qui faisaient le thé ». Plutôt qu’une œuvre d’art, ce tableau représentait son état d’âme ! 

A ses débuts en Mauritanie, elle vécut des moments difficiles. Ne comprenant pas les gens ni dans leur façon de s’exprimer ni dans leur manière de voir les choses. Les Arts Plastiques vont l’extirper de son mal de vivre et de son enfermement. Subitement, elle sort de son isolement et reprend goût à la vie grâce à la peinture. «C’est elle qui m’a fait sortir de cette solitude absolue dans laquelle je vivais. Je me suis retrouvée dans un milieu que j’ai beaucoup aimé », avoue-t-elle. Entre elle et la peinture, c’était parti pour le début d’une véritable aventure. L’opposition de son père qui ne voulait pas qu’elle fasse profession artiste-peintre n’y fit rien. «J’ai tellement aimé que je n’ai pas pu m’en séparer », s’écrie-t-elle. La preuve, elle a été gérante dans un supermarché, dans un hôtel, caissière-contrôleuse à l’Hôtel Khalima. Mais, finalement, la passion pour la peinture l’emporta. Et elle eut la chance que les gens aimaient et achetaient ses tableaux.  

Certaines ruptures, surtout lorsqu’elles sont inopinées et brutales, font mal, très mal. Imaginez qu’on vous arrache, jeune, de votre lieu de naissance, du lieu où vous avez grandi, pour une destination inconnue. Que devriez-vous ressentir ? A part de la révulsion, de la peur de l’inconnu. Mais, pour Amal Dria, ce bouleversement, elle l’a vécu de manière positive et surtout avec beaucoup de philosophie. «La Mauritanie, au début, c’était un choc. Mais, après, j’ai tellement aimé. J’ai aimé le désert, les étoiles, la façon de vivre des poètes mauritaniens, cette magie qu’ils ont dans leur langage. C’est vraiment doux. J’aime la langue hassanya. Lorsque j’entends ‘machaa allah’, ‘inchaa allah’, ‘fatabaraka allah’…je suis tellement contente.  C’est divin ! C’est en liaison avec le Bon Dieu. C’est poétique et moi j’adore la poésie », avoue-t-elle avec beaucoup de sincérité.

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Ni fataliste, elle suit le cours de son destin. Heureuse, elle l’est en dépit de certaines difficultés de la vie. De son père, elle a reçu une forte éducation basée sur le respect de l’autre. De lui aussi, elle comprit l’importance de la liberté d’expression. D’un esprit indépendant, elle n’est pas du genre à se laisser malmener. Elle n’a pas froid aux yeux de vous opposer un niet catégorique. Au lycée des Jeunes Filles de Nouakchott, elle refusa de porter le voile. «Je vous accepte comme vous êtes et vous m’acceptez comme je suis », avait-elle lancé aux responsables du Lycée. On lui refusa de passer le bac, par ricochet, de décrocher son diplôme. Elle déféra à l’obligation de porter le voile. «Je ne porte pas le voile. Il n’y a personne qui peut m’arracher ma liberté », répond-elle.  

Pour elle, le fait d’être de culture arabo-musulmane qui lui impose le port du voile ne change en rien sa liberté d’être, de faire et de penser. «Le coran, il faut bien le comprendre. Les gens sont en train de commettre des fautes graves. Ils sont en train d’expliquer les choses différemment de la réalité. Ce n’est pas bien. Chacun d’entre nous, lorsqu’il lit le Coran, le livre saint, doit chercher la réalité profonde et pas superficielle. Le Bon Dieu nous a créés libres », estime-t-elle. 

Amal Dria n’est pas une enfant de la balle. Elle adore chanter surtout lorsqu’elle fait la cuisine. «Je chante des choses que je sente vraiment en moi, des choses réelles », glousse-t-elle. «Quand je chante, je vis mes émotions, mes sentiments. Je suis moi-même ». Elle compte faire carrière dans la musique. D’ailleurs, elle a commencé à apprendre comment jouer avec la guitare. Elle apprécie Momar Kane du groupe toulousain «Afrodream » pour sa philosophie, Malouma, sa manière de chanter, de vivre la chanson lorsqu’elle chante et enfin, Domi Blanc Bec, son âme sœur. En ce dernier, il adore sa façon de voir les choses, sa liberté et son respect envers l’autre. De même qu’Oumou Kelthoum, la grande diva égyptienne. Avec Domi Blanc Bec, ils préparent un projet de chanter dans le même morceau.  

Dans un monde caractérisé par la peur, le chaos permanent, il faut casser les frontières, pense-t-elle, cesser les guerres, vivre en harmonie et en paix avec les peuples. «C’est très simple. Mais, les gens compliquent les choses », croit-elle. Lorsqu’elle voit des peuples qui se déchirent, elle est éberluée et choquée. La situation en Palestine, en Irak, en Somalie… «C’est vraiment malheureux », pense-t-elle. Et à ceux qui assimilent l’Islam au terrorisme, elle est sans équivoque. «Il ne faut pas mêler l’Islam à ces choses-là. C’est des comptes personnels. Chacun utilise la religion comme il veut pour atteindre un but bien déterminé dans sa tête », lâche-t-elle. Le sort des femmes la turlupine aussi. Et, malheureusement, pour elle, qu’elle n’a pas de baguette magique pour améliorer leurs conditions de vie. «Mais, je vais y participer », promet-elle. 

En attendant, elle continue à donner bénévolement des cours d’Arts Plastiques aux enfants rien que pour faire aimer cette activité artistique. Avec passion et désintéressement ! Elle fait partie de ceux qui s’investissent personnellement pour que les Arts Plastiques conquièrent le cœur des mauritaniens. Les enfants, elle les adore parce que, dit-elle, ils sont réels. «Quand un enfant veut pleurer, il pleure. Il ne fait pas du cinéma. Lorsqu’il a faim, il le dit. Il ne va pas avoir ce complexe que les adultes ont pour montrer qu’ils vont bien. Les grandes personnes d’aujourd’hui portent des masques. Cela me gêne. Je n’aime pas porter les masques. Je n’aime pas l’hypocrisie », se dévoile-t-elle. Elle déteste aussi la concurrence qui engendre souvent la jalousie qui annihile à son tour toute évolution positive. 

La mort ne l’intrigue pas. «C’est le destin de chacun d’entre nous. Pourquoi m’attrister ? », se demande-t-elle. «Je suis un être qui veut vivre en paix, ses émotions, ses amours, ses passions sans avoir honte, sans mentir, sans être hypocrite, m’exprimer sans cacher les choses, sans tourner autour du pot… », éclaire-t-elle. Ce qui lui fait peur, au contraire, c’est le mariage. «Je suis une personne libre. Mes attitudes, ma façon de vivre ne s’adaptent pas facilement à n’importe quelle autre façon de vivre. J’ai peur de me mettre dans une cage », explique-t-elle. 

Le succès, la gloire ne l’intéressent pas. Ce qui l’intéresse, c’est de faire passer son message, celui de casser les frontières, de faire disparaître les méchancetés, de cesser de faire souffrir l’humanité. Elle n’aime pas qu’on lui fasse du mal. Elle ne supporte pas. Elle profite de la vie pour se consacrer aux enfants qu’elle initie aux Arts Plastiques, aux projets d’exposition, à son travail, à l’architecture, à la guitare…

Le temps, pour elle, est circonscrite. Conséquence : il lui arrive parfois de déprimer. Et, lorsque le temps le lui permet, elle se consacre à la lecture de ses œuvres favorites : «Les identités meurtrières » d’Amin Malouf, «Les sentences et proverbes de la sagesse chinoise » de Bernard Ducourant et enfin «Les morceaux choisis » de Mark Edouard Nabe…

Babacar Baye Ndiaye

( 19 septembre, 2008 )

Sidi Yahya:L’ombre d’une génération rangée au tiroir de l’oubliette !

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Celui qui aurait parié que Sidi Yahya allait un jour devenir un grand artiste plasticien n’aurait certainement pas eu tort ! Son talent est indiscutable. Il fait partie de cette génération rangée aux tiroirs de l’oubliette. Ce quarantenaire bourré d’imagination à faire craquer n’est plus à présenter dans le milieu des Arts Plastiques en Mauritanie. Le maître d’œuvre de la décoration de la Semaine Nationale du Film, c’est lui ! Très tôt, à bas âge, à l’école primaire, ses qualités de dessinateur hors pair se révélèrent en lui. Et, lorsqu’il raconte ses premiers pas dans l’art, on sent jaillir de son visage et de ses yeux une abréaction.  

A l’école, il n’avait qu’un seul fantasme : à la fin des cours, il s’arrangeait à ramasser les restants de craie qu’il va se servir pour gribouiller sur tous les murs qui se trouvaient sur le chemin du retour à la maison. Il traçait, il griffonnait, il dessinait des formes qu’il ne comprenait pas. Le tout, dans une naïveté spécifique à l’enfance.  

Malgré les plaintes des voisins auprès de sa maman, il récidivait encore le lendemain. Même les murs de leur maison n’échappaient pas à la folie de dessiner qui s’était emparé de son esprit et de son imagination. On aurait dit qu’il était obnubilé par un diable. Mais non ! Il éprouvait simplement du désir à «salir » les murs des voisins. Sidi Yahya est un pur produit des quartiers populaires de Nouakchott. Sa jeunesse, il l’a vécu au quartier populaire du 5ième arrondissement.  

De cette période, il ne garde que des souvenirs fugaces. Aujourd’hui, lui qui avait l’habitude de gambader, il regrette la disparition à petits feux des grands espaces de Nouakchott. «Même si ce n’était pas bien aménagé. Même si ce n’était pas des espaces verts. Même si ce n’était pas confortable. Mais quand même c’était des espaces. Toute mon enfance, je l’ai passé dans ces espaces avec des amis à jouer au ballon, à monter sur le ‘trot-trot’(trottinette). Quand je regarde, aujourd’hui, il n’y a même pas un mètre carré qui reste pour les enfants, la famille. Tout a disparu », regrette-t-il amèrement. 

A l’Institut Scientifique de Mauritanie(ISM), fruit de la coopération entre le Royaume d’Arabie Saoudite et notre pays, Sidi Yahya découvre pour la première fois la calligraphie et la décoration arabo-musulmane. C’est dans cet institut, au bout de deux ans, qu’il va commencer aussi à peindre en ressuscitant la nature morte.  

En 1987, à la fin de ses études à l’ISM, il voyage pour améliorer ses connaissances artistiques. Destination : Saint-Louis du Sénégal où il va rencontrer un certain artiste plasticien sénégalais du nom de Julien Kéita. Le temps d’une collaboration avec ce dernier, il découvre le symbolisme et l’abstraction. De retour en Mauritanie en 1990, il participe, avec 21 autres artistes plasticiens mauritaniens, au concours d’Arts Plastiques organisé par le Ministère de la Culture. Il sera retenu avec Mokhis et Mohamed Vall pour participer, au Maroc, à une exposition intitulée : «Tendances de la peinture contemporaine au Maghreb ». 

Au Royaume chérifien, il est émerveillé en découvrant l’Ecole des Beaux-Arts de Rabat. Et, surtout, il va rencontrer de grands artistes plasticiens marocains de renommée internationale tels que Khassimi Ben Lamine Fouad dont ses travaux ont laissé une forte impression sur lui. Il fut bouleversé et ébahi de faire la connaissance d’un tel monsieur qui force le respect et l’admiration. Ce périple au Maroc lui a ouvert d’autres portes. Désormais connu, il commence à voyager. Une nouvelle vie en perspective ! Son grand plaisir, confie-t-il, c’est de voyager. Il a fait plus d’une vingtaine de pays africains. 

Aujourd’hui, lorsqu’il parle des Arts plastiques, son constat est teinté de déception, d’amertume et de pessimisme : pas assez de journalistes qui s’intéressent à la Culture de manière générale, pas d’espaces culturels spécialisés, pas de galeries, faible participation de nos artistes aux événements internationaux, pas de soutien concret de la part de l’Etat mauritanien, pas de sponsors pour créer des événements culturels…Autant de problèmes structurels qui ne présagent pas des lendemains meilleurs. 

Mais, pense-t-il, ce n’est pas une raison d’abdiquer. «Le devoir de notre génération, c’est de transférer le savoir et la culture des Arts Plastiques aux générations prochaines », croit-il. Et comment faire ? «C’est de créer une Faculté des Arts ou un Institut avec l’appui de l’Etat », répond-il. Pour lui, il ne faudrait pas reprendre les mêmes erreurs qui ont abouti à l’inhumation des Arts Plastiques en Mauritanie.  

Confiant, il l’est. il se fonde sur le fait que les Arts Plastiques commencent à connaître une Ascension fulgurante depuis quelques années. «Avant, c’était impossible de parler d’Arts Plastiques », rappelle-t-il. Cela est devenu possible grâce à l’introduction des Arts Plastiques au niveau de l’enseignement technique où on étudie par exemple l’infographie. Avec le recul du temps, il regrette toujours le fait que les autorités aient éliminé les travaux pratiques dans l’enseignement primaire. Ce serait très intéressant, trouve-t-il, d’inclure les Arts Plastiques dans le programme de l’enseignement général.  

Ce ne sont pas les idées qui manquent pour sortir du trou les Arts Plastiques. «On ne peut pas amener un squelette à Barkéol pour qu’un enfant puisse comprendre ce que c’est. Mais, on peut dessiner un squelette. D’abord, il nous faudra des personnes qualifiées pour pouvoir illustrer les livres scolaires, des professeurs en Arts plastiques pour donner de petites formations aux instituteurs. Cela m’étonne qu’à l’Ecole Nationale des Instituteurs qu’il n’y ait pas un professeur en Arts Plastiques. Un instituteur qui ne sait pas dessiner, comment il va expliquer à ses élèves pour qu’ils puissent comprendre. Un enfant qui n’a jamais vu un avion, il faut que l’enseignant soit en mesure de pouvoir dessiner un avion », explique-t-il. 

Depuis quelques années, il a quitté son quartier populeux(5ième arrondissement) pour s’installer, chose curieuse, à Ilot K, là où il a vu le jour. A ses yeux, cela ne s’apparente guère à un signe d’évolution sociale ou envie de quitter les siens ? NON ! «C’est plutôt pour des raisons artistiques », explique-t-il. Seul, il a réussi à monter une école de formation en Arts Plastiques qui porte son nom. Ce projet, qui existe depuis une année, est une vieille idée d’une française artiste résidant à Nouakchott, du nom de Nadia Masito. 

Après le départ de cette dernière en France, il reprend, avec ses propres moyens, cette école. C’est ainsi que Sidi Yahya l’a reprise avec une volonté ferme de la rendre plus populaire aux yeux des mauritaniens. Avec un effectif de plus de 47 élèves, cette école constituera à n’en pas douter une future pépinière des artistes plasticiens mauritaniens. Malgré les difficultés(électricité, eau, location, employés, achat de matériels pédagogiques, sécurité…), il essaie de faire évoluer cette école contre vents et marées.  

Il a un faible pour les enfants. Il croît en eux ! A ses yeux, ils constituent la pépinière et la culture comme une locomotive même elle n’est pas(la culture) encore une affaire d’Etat avec une stratégie très précise dans l’esprit des acteurs culturels. Ce qui fait qu’être artiste dans notre pays est éprouvant. «Il est instable. Il n’a pas d’horaires fixes pour le travail. Il a besoin surtout d’une femme compréhensive », commente-t-il. «Il faut que la société mauritanienne comprenne que l’artiste est un nomade », s’écrie-t-il.  

Pour autant, cela ne doit pas l’empêcher de jouer un rôle dans l’évolution de la société et des mentalités. «L’artiste est un modèle. Il doit être sensible à ce qui se passe dans son environnement. L’artiste n’est pas un prophète ni un prédicateur. Son rôle, c’est de pousser la communauté à réfléchir », trouve-t-il. Ni homme politique, l’artiste est avant tout un reflet de la société dans laquelle il vit en étant en diapason avec elle car «la création n’a pas de rendez-vous ». 

Sa soif de découverte de nouvelles et bonnes choses le mènent aux débuts des années 90 en Algérie où il vécut pendant 5 bonnes années avec à la clef un mariage en poche. Il y exercera, en plus de la peinture, la broderie pour, dit-il, vivre, devenant ainsi un monsieur touche-à-tout. 

De retour en Mauritanie, il est dépité par le niveau de stagnation des Arts Plastiques. Que de souvenirs désarmants ! «En ce moment, il n’y avait pas encore un artiste plasticien mauritanien qui a fait une exposition personnelle au niveau de Nouakchott. De temps en temps, tous les 2 ou 3 ans, il y avait une exposition collective », révèle-t-il. 

C’est ainsi que l’idée d’un projet de résidence germera dans son esprit. Il fait appel à Meyne, artiste plasticien mauritanien et actuellement journaliste au Calame, pour concevoir ce projet. Ils s’isolent, pour être à l’abri des curieux de la rue, dans un bâtiment funèbre à Nouakchott. Au bout de 6 mois de travail intensif, il accouche d’un bébé baptisé «Travaux de l’atelier ». Ce fut, sans fausse modestie, le véritable début de l’histoire des Arts Plastiques en Mauritanie. «Je n’étais pas sûr de trouver de l’argent pour pouvoir payer mes dettes. A la fin de l’exposition, on avait une recette de 2.700.000 UM », se souvient-il. «Si on est vraiment reconnaissant, on doit dire que c’est cette exposition qui a déclenché l’envie de travailler chez tous les artistes plasticiens mauritaniens », martèle-t-il.  

Dix ans plus tard, la situation est toujours la même : les autorités, les hommes d’affaires, le mécénat n’arrivent pas toujours à comprendre que l’évolution de ce pays passe d’abord par la promotion de l’Art et de la Culture. «Malheureusement, cela demandera beaucoup de temps pour être compris », s’indigne-t-il tout en dénonçant aussi la passivité des artistes mauritaniens. «On n’arrive pas toujours à comprendre l’essentiel du travail collectif. Tous les problèmes de la Mauritanie doivent être résolus d’abord au niveau de l’enfance. On parle de plus en plus d’unité nationale. Celle-ci doit commencer à l’école. Avant, on était dans la même classe, à coté de Diallo, de Fatima ou de Aïcha sur la même table. La cassure est venue lorsqu’on a institué le bilinguisme dans l’école mauritanienne. Cela a été fait exprès », croit-il. 

La seule issue, pense-t-il, c’est de retourner à l’école qui nous apprend les valeurs de tolérance et de respect. Surtout, esquiver, la politisation de certains intérêts personnels. Tout le mal de la Mauritanie vient de là-bas ! 

 

Babacar Baye Ndiaye  

( 26 août, 2008 )

Dj Khalzo crie au scandale après avoir été illégalement raflé par la Police !

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Vous qui avez toujours pensé ou soutenu que la police mauritanienne et ceux qui l’incarnent ont changé de fusil d’épaule, détrompez-vous ! Car, il n’en est rien. Mieux encore, elle est devenue pire qu’un frelon dans le pantalon. On croyait que notre police nationale, après le coup d’Etat du 3 Août 2005 qui a balayé le régime dictatorial de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, allait s’assagir. Mais non ! On semble revivre l’Etat policier et militaire auquel nous avait délivrés la nuit du 3 Août (Malheureusement que la Mauritanie ait retourné à cette période avec l’arrivée du Général Ould Abdel Aziz). C’est toujours le supplice de Tantale ! Les tracasseries et les intimidations de divers ordres de la part de nos policiers qui ne savent que roupiller comme des marmots et soutirer de l’argent aux pauvres continuent de plus belle au mépris des libertés individuelles. Les bêtises de nos policiers frisent parfois le dégoût et l’amertume.

 

Nul aujourd’hui n’ignore les bavures qu’ils commettent sur de simples citoyens, comme vous et moi. On en a marre d’en parler à chaque fois. De telles bavures n’épargnent personne. Ce qu’il ne faudrait jamais souhaiter : c’est de croiser le fer avec eux. Car, ils sont capables, même si vous êtes dans la légalité, de vous traîner dans toutes sortes d’humiliations imaginables. C’est nos amis rappeurs qui pâtissent en premier lieu de cet état de fait digne vraiment de la préhistoire. Ces derniers, comme hier au temps de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, sont constamment surveillés comme du lait sur du feu. Leur engagement, leur détermination et leur prise de position courageuse sur certains  maux qui gangrènent la société et l’Etat mauritaniens leur valent souvent d’être régulièrement dans le rétroviseur des pourfendeurs de la liberté d’expression et artistique.

 

Dans la nuit du 2 Août dernier, c’était au tour de Dj Khalzo, connu de tout le monde, d’en faire les frais. En effet, après le concert de Diam Min Tekky à l’ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott au terrain de basket Ball où il assurait la présentation et l’animation du concert, comme à l’accoutumée, Dj Khalzo est appréhendé par des policiers qui maîtrisent tout sauf le langage de la civilité et du respect. Motif de son arrestation : boule de mystère ! Hélas, et c’est regrettable de le dire, le règne de la justice, de l’honneur et de la fraternité n’est pas pour demain !

 

L’uniforme que portent (nos) policiers ne leur confère pas le privilège de tarabuster les citoyens mais le devoir de veiller sur leur sécurité et leurs biens. Qui n’a pas souffert des erreurs, des négligences, des travers et des grossièretés de nos policiers ? Mieux vaut le dire : la police est un corps pourri de l’intérieur. Les exhalaisons qu’elle dégage n’épargnent personne. Sauf ceux qui ont un cache-nez, c’est-à-dire ceux qui ont des parents dans cette institution incapable de protéger ses propres citoyens contre certaines véhémences et viols. Un corps composé de véreux, d’implacables, de pervers et surtout de malhonnêtes peut-il prétendre se substituer à la force publique et servir de parangon ? Certainement pas, car ceux qui l’incarnent font penser à des grenouilles enturbannées.

 

Ce qui est arrivé à Dj Khalzo dans la nuit du 2 Août dernier n’est que l’arbre qui cache la forêt. Car, les exemples ne manquent pas et constituent de véritables cas de conscience. «Arrivé à la Médina R, au niveau de l’école 5, brusquement, un pick up de la police s’arrête devant moi. Un homme y descend et se dirige vers moi en courant. J’eus peur. Sans me demander mes papiers, il me demande de monter dans la voiture en hassanya. Je lui rétorquai pourquoi je monte », raconte Dj Khalzo.

 

La discussion s’engage. Et le policier de le traiter d’insolent parce qu’il a tout simplement osé lui dire pourquoi. Réprimandé, humilié, agressé et malmené par ce policier sous le regard complice de ses collègues, Dj Khalzo finit par abdiquer en dépit de sa protestation. Après avoir montré ses papiers au chef de la rafle, ce dernier, sans réfléchir, ordonna Dj Khalzo de monter dans le pick up. «Il y avait d’autres jeunes raflés : des maures. Une fois arrivés au niveau de la SOCIM, l’un d’entre eux appelle un de ses parents policiers pour lui dire de le venir en rescousse. On fait le tour entre la SOCIM et la Médina 3, on sort vers la clinique, le monsieur que le jeune avait appelé se présente pour libérer ce jeune et ses amis. Lorsqu’ils sont descendus, moi aussi, j’ai fait pareil. Quand je suis descendu, on m’a serré le collet en me disant : tu vas remonter ! J’ai répondu : si vous voulez, vous me tuez ! Je ne remonterai dans la voiture tant que ces jeunes que j’ai trouvés dans le pick up ne sont pas remontés », explique-t-il. «A force de brutaliser sa jeunesse, elle finit par s’adonner à la violence, à la délinquance…Je ne peux pas me sentir étranger en France ou ailleurs et encore me sentir étranger dans mon propre pays », fulmine-t-il. «La police ne doit pas être là pour semer la terreur », conclut-il en trouvant anormal que cette institution publique se transforme en agresseur au lieu de protéger ses propres citoyens.

 

Ces rafles sans limites et sans justifications écœurent tout le monde. Si ce n’est pour arrondir les fins de mois, ces rafles n’ont aucune utilité publique. En plus, la Mauritanie n’est pas dans une situation exceptionnelle pour légitimer de telles rafles. Dj Khalzo assimile son arrestation à une volonté manifeste de la part de la police d’étouffer les libertés notamment celles de la jeunesse. «Qu’on cesse d’opprimer la jeunesse mauritanienne et le peuple mauritanien! Qu’on nous laisse vivre dans la tranquillité ! Qu’on se sente que nous sommes chez nous ! », lance-t-il tout en déplorant ces rafles qu’il faut dénoncer à tout bout de champs.  

 

Babacar Baye NDiaye

 

 

 

 

 

( 26 août, 2008 )

Diallo Abdoulahi Tobal:Un homme, trois vies !

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Il est à la fois photographe, peintre et cameraman. Trois univers, trois environnements, trois vies dissemblables mais aussi faites de complémentarité. On pourrait dire, aussi, qu’il y a une sorte de passerelle qui les lie. Certes, Diallo Abdoulahi Tobal est encore à la recherche de la gloire, de la popularité et de la reconnaissance.

 

Mais, au fil du temps, il ne cesse de montrer qu’il a envie d’en arriver là. Sa rencontre avec Ba Djibril Ngawa, le manager du groupe Diddal Jaalal (peintre lui aussi), qu’il considère par ailleurs comme son maître, fut le véritable catalyseur de son éclosion dans l’art plastique.

 

Ba Djibril Ngawa a fait de Diallo Abdoulahi Tobal un véritable artiste plasticien en lui donnant le goût et l’envie de manier les pinceaux et en lui faisant découvrir tout le talent d’artiste enfoui en lui. L’admiration qu’ils se portent est sincère et réciproque.

 

Diallo Abdoulahi Tobal considère Ba Djibril Ngawa comme une idole, une icône, un inspirateur, un chef qui mérite le respect et l’estime. Ce dernier, comme un devin, a vu en Diallo Abdoulahi Tobal un futur grand artiste plasticien ! Avec humilité et modestie, il reconnaît devoir tout à Ba Djibril Ngawa et surtout dans le domaine de la photographie où il constitue avec lui les deux seuls artistes mauritaniens à utiliser la photographie comme forme d’expression artistique.

 

1987 : de retour de Bagdad en Irak, Ba Djibril Ngawa ramène un appareil photographique dans ses bagages. Cette date est encore gravée dans sa mémoire. C’est comme si c’était hier. Ebloui et découvrant cet objet qui l’a toujours façonné, il se résolut à se payer, lui aussi, après quelques démarches fructueuses, un appareil photographique à 3.000 UM.

 

Depuis cette date, une sensation très forte s’est emparée de son esprit. Ainsi, sous l’œil vigilant de son maître, il se lance dans la photographie à partir de la fin des années 90. Ainsi naquit le début de son aventure dans la photographie.

 

Son penchant pour l’art de manière générale l’a emporté sur le reste de sa vie, de ses activités et de ses études. Diallo Abdoulahi Tobal est à la fois surprenant et déroutant. Il aurait pu être ingénieur, professeur, technicien, cadre supérieur dans une entreprise de la place. Ayant une Maîtrise en Géologie à l’Université de Nouakchott option arabe, il voue à l’art une passion indescriptible.

 

D’ailleurs, il n’a pas de vie privée. Il est tout le temps partagé entre la photographie, la peinture et son activité de cameraman sans perdre de vue les incessantes pérégrinations à l’intérieur comme à l’extérieur du pays de Diddal Jaalal dont il est le gestionnaire inamovible.

 

Avec sa physionomie, il donne l’air d’avoir plus que son âge. Cependant, détrompez-vous : il est né en 1978 à Ould Yenge. Son adolescence, il l’a passée entre Ould Yenge, Kiffa, Kankossa et Sani où il a fait son cycle fondamental. A l’école, il se faisait déjà remarquer par ses dessins de forme animale. D’ailleurs, il a toujours obtenu de bonnes notes dans cette matière. Même au Collège, son professeur de Sciences Naturelles était admiratif devant ses croquis. Bon élève, il l’a toujours été !

 

En 1998, il décroche son baccalauréat. Destination : Nouakchott pour y poursuivre ses études supérieures. Sa découverte de Nouakchott lui ouvre de nouvelles perspectives. Depuis 2003, année à laquelle il a obtenu sa maîtrise en géologie à l’Université de Nouakchott, il est devenu le gestionnaire de l’association musicale Diddal Jaalal.

 

Entre une carrière administrative et une carrière artistique, il a porté son choix sur cette dernière. Pour autant, il n’a pas rangé au second plan ses connaissances en géologie puisque dans certaines de ses photographies, il y a une forte imprégnation des structures et formes géologiques (minerais, montagnes…).

 

A son actif, entre 2000 et 3000 photographies prises à Nouakchott et à l’intérieur du pays. Toutes ces photos sont jalousement conservées et archivées et constitueront sans nul doute un riche témoignage de notre époque. Son premier tableau porte sur l’unité nationale. C’était à l’occasion des journées culturelles de Nouakchott au musée national en 2007 où il a exposé en compagnie d’autres artistes mauritaniens.

 

Ba Djibril Ngawa peut dormir à tête reposée puisque son disciple, Diallo Abdoulahi Tobal, est digne d’être son vrai successeur. Et si vous vous hasardez à lui poser la question de savoir s’il a d’autres maîtres à penser à part Ba Djibril Ngawa, il s’empresse de vous répondre : «Non, non ! C’est Ba Djibril seulement !»

 

Diallo Abdoulahi Tobal ne connaît pas le répit. C’est une véritable machine à travailler. S’il n’est pas en train de dessiner, il prend des photographies ou participe au briefing de l’association musicale Diddal Jaalal. Le peu de temps qu’il lui reste, il le consacre à sa douce moitié et à son enfant.

 

La quinzaine des arts du 18 juin au 2 juillet dernier, fut une grande et riche découverte pour lui. Il fera la connaissance de grands artistes étrangers notamment Nadia H. Cas avec qui il a fait un tableau commun intitulé «Amitié » avec, aussi, la participation de son maître (décidément, il ne le quitte jamais de la semelle), Ba Djibril Ngawa. Artiste depuis une bonne décennie, il s’indigne du sort réservé aujourd’hui aux activités artistiques qui ne nourrissent pas leurs hommes sous nos tropiques.

 

Dans sa famille, il est le seul à être artiste. Issu d’un monde de culture nomade et pastorale, Diallo Abdoulahi Tobal fut aussi un petit berger, comme il est de coutume chez les peulhs. Aujourd’hui, il ne rêve que d’une seule chose : que l’art plastique s’impose en Mauritanie.

 

Depuis 2005, date de son mariage, les choses semblent aller de mieux en mieux, même s’il reconnaît avoir du mal à supporter les tracas de la vie conjugale et quotidienne. Les temps et les époques ont vraiment changé pour lui. La preuve, c’est que ceux qui devaient être derrière les vaches, les chèvres et les moutons font aujourd’hui la photographie et de la peinture. Diallo Abdoulahi Tobal en est une parfaite illustration. C’est seulement en 2002, donc il n’y a pas longtemps, qu’il a arrêté de suivre les troupeaux.

 

Présentement, il est en train de préparer sa nouvelle collection de tableaux. Cet homme à la chevelure bien fournie et toujours souriant, en vrai peulh, pourrait bien aller à l’extérieur y poursuivre son 3ème cycle. Mais, il aurait préféré qu’il y’en ait un à l’Université de Nouakchott. Ça lui épargnerait certainement le mal du pays. Son seul handicap, c’est qu’il ne maîtrise pas assez bien le français. Cependant, il compte remettre les pendules à l’heure !

 

Babacar Baye Ndiaye

 

( 26 août, 2008 )

Hakima Dria, artiste peintre: Une Enfant du Monde pas comme les autres !

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Bien que née à Fès au Maroc, le 27 avril 1975, elle se considère comme étant «Une Enfant du Monde ». Elle vit en Mauritanie depuis une bonne douzaine d’années et c’est par hasard qu’elle s’est retrouvée un jour au pays d’un million de poètes. Son père, Kassem Dria, est un architecte. A la suite d’un déplacement de travail de ce dernier, toute la famille déménage avec lui pour s’installer en Mauritanie.

Pour la première fois de sa vie, Hakima Dria venait de découvrir un pays qu’elle n’avait jamais connu que par le nom. «Au début, se souvient-elle, c’était un peu difficile parce que l’environnement et l’ambiance ne sont pas les mêmes. Les habitudes, les coutumes et les traditions non plus. »

Dès ses premiers jours à Nouakchott, elle vécut une sorte de dépaysement. Son adaptation fut pathologique et difficile. «J’ai vécu, souligne-t-elle, toute seule pendant une bonne période. Je ne fréquentais personne. »

Mais un jour, en se promenant, dans l’espoir de rencontrer des artistes peintres mauritaniens, dans les artères du centre ville, elle aperçut, à l’hôtel Halima, des tableaux accrochés au mur et appartenant à un artiste du nom de Sorel. Malheureusement, pour elle, elle ne fera jamais sa connaissance malgré une volonté affichée de le rencontrer.

Toutefois, ne dit-on pas souvent que certaines rencontres ou événements constituent un catalyseur dans la suite de la vie d’une personne ? Ainsi donc, elle fit la connaissance de Mokhis alors qu’elle était réceptionniste à l’hôtel Halima. «Monsieur, lui a-t-elle dit contente enfin de rencontrer un artiste peintre mauritanien, je crois qu’à partir d’aujourd’hui, on ne va plus se séparer. »

Lorsque vous lui parlez du Maroc, son cœur bouillonne de joie et d’émotion. Même si elle ne s’y rend pas fréquemment. Du Maroc, son pays natal, elle garde toujours de vivants souvenirs que l’éloignement n’a pas pu dissimuler. C’est dans son pays que son histoire et son contact avec l’art ont véritablement commencé. A l’âge de 3 ans, avant même de pouvoir lire et écrire, elle dessinait déjà, en imitant son père qui est dessinateur puisque le métier d’architecte consiste tout le temps à tracer et à dessiner des plans.

Pour faire plaisir à sa fille et l’occuper en stimulant son imagination, Kassem Dria lui paye un matériel de dessin et de coloration. Elle ne tarda pas à dessiner, à reproduire et à illustrer tout ce qu’elle voyait sur les bandes dessinées que lui avait achetées papa. Ce dernier, peut être sans le savoir, traçait la voie que devait passer sa fille.

Très rapidement, elle subit l’influence de son père qu’elle voyait tout le temps dessiner. Profitant de son matériel, elle faisait des illustrations ou gribouillait sur un papier blanc.

Cet amour pour le dessin ne la quittera jamais. A l’école, elle illustrait tous ses cahiers de cours. Ce qui provoquait une certaine admiration de la part de ses professeurs. Elle se permettait parfois de les caricaturer. C’est elle aussi qui illustrait les cahiers de ses camarades de classe nuls en dessins. Une véritable artiste !

Après l’obtention de son brevet, toujours au Maroc, elle voulut faire des études en Arts plastiques. Mais son père s’y opposa catégoriquement en lui disant pour la dissuader. «Ce n’est pas un métier qui pourrait te nourrir. »

L’autorité parentale l’emporta sur la volonté de la fille. Mais, pour autant, elle ne jeta pas l’éponge puisque, à l’université, elle continuait de dessiner. «Un jour, je me suis dit que je ne peux pas en rester là. Il faudrait que j’évolue puisque j’aime les arts plastiques. Ça me tient à cœur. Il faut que je trouve une solution ! »

La solution, elle l’aura par hasard, en suivant un reportage à la télévision sur Mohamed Migri, un artiste marocain à la fois peintre, musicien et écrivain. Elle qui a toujours rêvé de rencontrer de grands artistes peintres, elle va en rencontrer un.

D’abord, pour voir ce monsieur, il fallait qu’elle prenne rendez-vous. Ce qui se fera sans difficulté. Et, ensuite, prendre le train puisque Mohamed Migri n’habite pas dans la même localité qu’elle. Accompagnée d’une de ses amies, elle se rend aux Oudayas à Rabat (site historique et touristique où logent uniquement de grandes personnalités).

«Il nous a bien accueillies et fait visiter sa maison. Et, puis, il nous a invitées à boire du thé dans une cafétéria traditionnelle. On a bien discuté. Je lui ai montré tout ce que j’avais fait sur papier. C’était pour moi quelque chose d’extraordinaire », lâche-t-elle en pensant que le Ciel avait déjà décidé qu’elle serait une future artiste peintre.

Elle voit à travers cette rencontre qu’elle raconte aujourd’hui avec beaucoup d’émotion comme étant un signe du Destin. Pour être artiste peintre, lui dira Mahmoud Migri, il faudra beaucoup de travail et surtout d’apprentissage.

Cette leçon, elle l’a bien assimilée puisque depuis cette rencontre, elle n’a cessé de faire des cours notamment avec Mokhis et d’autres artistes plasticiens mauritaniens ou étrangers. Son outil d’expression demeure son pinceau qu’elle considère comme étant son unique compagnon de route.

Salvador Dali, un peintre espagnol, l’inspire beaucoup. «Je suis une daliste », s’enorgueillit-elle. Elle admire chez ce surréaliste espagnol sa méthode et sa façon de peindre. «C’est un monsieur qui a une très grande imagination. Il fait des compositions extraordinaires », commente-t-elle. Il y a aussi les grands peintres classiques comme Vincent Van Gogh, Léonard De Vinci, Pablo Picasso, qui l’influencent énormément aussi.

Ses parents vivent toujours en Mauritanie. Mais jusqu’à quand ? «Pour le moment, répond-elle, on est là. Nous ne savons pas ce que le Destin fera de nous après. » Idéaliste, elle aimerait voir l’humanité vivre dans un monde de paix où toute personne aura sa place à revendiquer.

Perfectionniste, elle aurait aimé voir un autre monde beaucoup plus humain et dépouillé de tout racisme, toute hypocrisie et toute véhémence dans un esprit de fraternité. «Je me dis que l’homme est capable de faire énormément de choses. Et, si tout un chacun d’entre nous commence par lui-même, à essayer de changer les mentalités, de faire comprendre aux autres qu’on peut tous vivre ensemble, coexister sans pour autant se faire du mal. »

Ses sujets de prédilection : la paix dans le monde, la situation des enfants et le sort réservé aux femmes. Mère d’un enfant, elle ne digère pas dans son âme et conscience l’oppression et la négligence dont sont victimes ces deux catégories vulnérables de la société. «L’avenir de ce monde, pense-t-elle, dépend d’elles. Si on sème de bonnes graines en elles, on récoltera de bons fruits plus tard.»

Elle rêve qu’un jour que toute l’humanité puisse vivre et coexister, sans conflit, sans problème et sans violence dans la paix et l’amour. «J’ai vécu une expérience un peu difficile. J’étais malade et hospitalisée pendant une année. Je ne marchais plus. Je ne bougeais plus. J’avais maigri jusqu’au point de descendre à 40 kg. Par cette expérience, j’ai compris qu’on perd beaucoup de temps en se focalisant sur des choses inutiles. La vie est très courte. Il faut en profiter et semer le bonheur autour de soi. »

Aujourd’hui, elle essaye de partager son bonheur avec sa famille et ses amis. Et, non seulement, elle est tombée sur un mari compréhensif mais elle a eu la baraka que ce dernier soit un métis.

«Quand on dit métis, cela implique beaucoup de choses (…). C’est une ouverture d’esprit et une richesse à la fois. » Elle semble jouir de la compréhension de son mari. «Tout au moins à 90%, sinon, ce serait trop parfait pour être vrai », rajoute-t-elle. Et lorsqu’on a un père dessinateur (architecte), un frère infographiste et une sœur artiste plasticienne, on doit certainement être heureux. Toute sa famille a un rapport avec tout ce qui est art. «Peut-être que, tente-t-elle d’expliquer, c’est un don dans la famille. »

Avec de nombreuses participations à des expositions à l’étranger et plusieurs expériences avec des artistes européens, elle n’a pas de quoi se plaindre. Mais précise-t-elle : «Le jour où un artiste dira qu’il est satisfait de lui-même, il va arrêter de créer. Tant qu’on n’est pas satisfait, on continue à créer, à réfléchir, à penser. Je ne crois pas qu’il y ait un artiste satisfait à cent pour cent de ce qu’il fait. »

Epanouie et heureuse comme une princesse, la vie à Nouakchott ne semble guère l’ennuyer. «Le monde n’a pas de frontières, explique-t-elle. Là où on est, on sera avec des gens. Nous avons nos différences, notre manière de percevoir ce qui se passe autour de nous et c’est toujours enrichissant d’être avec les gens. Là où que je puisse être, je m’adapterai parce que je suis un être humain et tout ce qui est humain est universel. »

Ayant vécu en Mauritanie depuis 1996, elle pense déjà à prendre la nationalité mauritanienne. «Aujourd’hui, je me sens quelque part mauritanienne. Si j’ai la nationalité mauritanienne, je défendrai bien les couleurs de la Mauritanie », lance-t-elle avec défi.

Babacar Baye Ndiaye

( 16 juillet, 2008 )

Diddal Jaalal:Le temps des concerts et des découvertes

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Décidément, Diddal Jaalal a le vent en poupe ces derniers temps, est-on tenté de dire. De retour de la Gambie, où ils ont participé pour leur première fois à l’International Gambian Roots, Festival qui s’est tenu du 31 mai au 7 juin dernier, ils ont enchaîné sans répit concert sur concert à Nouakchott. Au stade de Banjul, plein à craquer, ils ont ouvert ce festival devant le Président de la République gambienne Yaya Djameh et l’ambassadeur de la Mauritanie en Gambie. 

Durant leur séjour, ce fut l’occasion pour Diddal Jaalal de découvrir la Gambie.  Par exemple, ils ont joué au Kamasutu Cultural Camp, un lieu réputé pour sa lagune naturelle bordée de maisonnettes fantastiques. Situé à quelques kilomètres de la capitale gambienne, ce haut lieu touristique et écologique offre un cadre de vie exceptionnel. C’est dans ce lieu à la fois moderne et sauvage que la ministre gambienne a dansé aux rythmes de la musique de Diddal Jaalal.   

Autres localités où a joué Diddal Jaalal : Kanélagne, Diandiambouré. L’objectif visé par les organisateurs de l’International Gambian Roots Festival, c’est de promouvoir le tourisme culturel en Gambie, qui demeure un pays peu connu des touristes européens. A Banjul,  à l’occasion de l’International Gambian Roots Festival, Diddal Jaalal a laissé une bonne impression au sein du public gambien. 

C’est dans cette atmosphère de dégustation inachevée que Diddal Jaalal a quitté la Gambie. De retour à Nouakchott, le temps d’un répit, ils vont enchaîner coup sur coup en jouant successivement au Centre de détention pour mineurs de Beyla à l’occasion de la journée de l’Enfant africain, à l’Ecole Souleymane Baal durant les journées de la scolarité, à Nouakchott. 

Le 21 juin, voilà Diddal Jaalal au Centre Culturel français, pour célébrer avec les mauritaniens, la fête de la musique aux côtés de Ousmane Gangué, Tahara Mint Hembara, la virtuose de l’ardine. Avec cette dernière, ils viennent de créer un nouveau morceau intitulé «Ligodène Leydimen» qui signifie en français «développons notre patrie». Le mois de juin ne fut pas de tout repos pour Diddal Jaalal. D’ores et déjà, il en sera autant pour juillet ! 

A l’occasion de la Quinzaine des Arts du 18 juin au 2 juillet dernier, Diddal Jaalal a rencontré le groupe toulousain Afrodream de Momar Kane, un sénégalais établi en France. Chacun a découvert en l’autre des affinités, des points communs sur le plan musical. Coup du destin ou pure coïncidence, ces deux groupes ont comme blason la vache. Entre le blues que joue Afrodream de Momar Kane et l’Afronomade que joue Diddal Jaalal, il n’y a quasiment pas de frontières, ou si peu. 

Organisée par Médiation, une structure artistique basée en Europe, la quinzaine des arts fut une occasion grandiose pour Diddal Jaalal de faire des créations internationales avec des groupes comme Afrodream de Momar Kane, Kodé Pinal d’Ousmane Gangué… 

Lors de toutes ces rencontres, les échanges furent enrichissants pour Diddal Jaalal qui venait de franchir une autre étape dans sa professionnalisation. Avec Balléké Cissako, Michaël Delféro, Kenneth String, Old Grey Goose…, Diddal Jaalal a encore une fois montré que c’est un groupe qui bouge en direction des autres, toujours à la quête d’échanges culturels, de nouvelles expériences et de nouvelles connaissances. Bref, à la quête de l’autre. Une des caractéristiques qui fait le charme du groupe ! 

Si, aujourd’hui, Diddal Jaalal commence à conquérir d’autres horizons, c’est grâce au style musical très différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre en Mauritanie. Leur style musical, l’Afronomade, est une musique que partagent des peuples de culture nomade, une musique qui transcende les frontières physiques. Universelle, elle l’est aussi parce qu’on la joue dans de nombreux pays africains. 

Ce succès n’emballe pas pour autant les membres du groupe qui garde la tête sur les épaules. Même si ça leur fait plaisir de découvrir le monde, d’autres cultures, d’autres publics. En l’espace de 8 ans, Diddal Jaalal a beaucoup appris par le biais de leurs voyages à l’extérieur et des relations qu’ils ont su tisser avec d’autres artistes. 

C’est vrai qu’une carrière internationale est toujours agréable et alléchante. On peut même s’attirer quelquefois les foudres de la jalousie ! Dans leur esprit, le travail d’abord avant de penser à l’argent. Ainsi donc, ils sont en train de construire leur propre promotion et leur propre carrière musicale. Chemin nécessaire pour atteindre les sommets de la gloire et de la célébrité. Maintenant, ils comprennent comment fonctionne le monde du showbiz. Leur destin est déjà tout tracé. Il ne leur reste plus qu’à le suivre. Idem pour le succès. Aujourd’hui, la Mauritanie peut compter sur ce groupe artistique hors pair qui a commencé déjà à faire connaître le pays sur le plan international grâce à la musique, la leur ! 

Sans album, ce groupe déjà populaire (chaque année, il joue plus de 200 concerts à l’intérieur du pays !) est en phase de devenir l’un des ambassadeurs de la musique mauritanienne. En attendant la sortie imminente de leur premier album, Diddal Jaalal déguste paisiblement ses succès. Ce n’est que le début d’une histoire, d’une aventure d’une bande de musiciens qui ne rêvent que de conquérir le monde. Mais, une chose : Diddal Jaalal ne pense pas s’établir en Europe pour y promouvoir sa musique ! Leur place est ici en Mauritanie, clament-ils. 

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Partout où il est, il est tout le temps avec son appareil photo en train d’immortaliser certaines scènes quotidiennes de la vie. Même s’il est en voyage. Il ne s’en débarrasse jamais. Il est aujourd’hui l’un des rares artistes peintres mauritaniens qui utilisent la photographie comme expression artistique. C’est sa vie. Enfant déjà, lorsqu’il voyait quelqu’un avec un appareil photo, il s’émerveillait de joie. L’envie de caresser cet appareil photo s’emparait subitement de lui et envahissait son esprit. 

Adolescent, dans son village, quand il se promenait en pleine nature, il revenait la tête, remplie d’images. Aujourd’hui, il maîtrise aussi bien les techniques de la photographie que celles de la peinture ou du dessein. «La photographie est très négligée en Mauritanie. L’art plastique s’impose. La peinture s’impose. Mais la photographie, elle n’arrive pas à s’imposer», constate-t-il. 

Présentement, il a réalisé plus de dix mille photographies sur la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie et la France. Il croit dur comme fer que la photographie peut participer au rayonnement de l’image de la Mauritanie à l’extérieur. «C’est bien possible car la Mauritanie a de très beaux paysages», croit-il. Cependant, un fait est là : ces paysages sont aujourd’hui négligés. Et, pourtant, ils peuvent contribuer à l’évolution du tourisme culturel en Mauritanie, un concept qui lui est si cher. 

On ne peut pas développer le tourisme culturel, dit-il, sans pour autant que les autorités en charge de la Culture et du Tourisme fassent un effort de bonne volonté en soutenant la production photographique de certains artistes qui réalisent de belles photographies. 

En peinture, il est aussi un maître incontesté. A son actif, plus de 3000 esquisses et une cinquantaine de tableaux. Sa forme d’expression lui a valu d’être surnommé Picasso. Et, surtout, de travailler avec de nombreux artistes étrangers qui admirent en lui ses tableaux toujours riches en couleurs. 

Durant la Quinzaine des Arts qui a eu lieu du 18 juin au 2 juillet, ce fut une délectation pour lui de faire la connaissance d’artistes étrangers avec qui il a réalisé des tableaux. A son avis, il pense que les artistes mauritaniens ont besoin de ce genre de manifestations culturelles pour s’enrichir. «On a beaucoup appris. Les échanges étaient très riches entre les artistes. C’était excellent. On a appris de nouvelles techniques. Cela nous a enrichis», reconnaît-il. 

Durant cette première édition de la Quinzaine des Arts, Ba Djibril Ngawa a travaillé avec Nadia H. Cas, une artiste-peintre française et Diallo Abdoulaye, sur un tableau commun qu’ils ont appelé «Amitié». Avec Myrielle, une mosaïste française, dans «Point d’interrogation sur le futur des mariages», ils s’interrogent, avec le développement des mariages homosexuels, sur l’avenir de l’institution du mariage qui semble être menacé. 

Parallèlement à cela, Ba Djibril Ngawa a exposé à l’Université de Nouakchott, à la Communauté Urbaine de Nouakchott et au Musée National dans le cadre d’une exposition commune à l’occasion de la Quinzaine des arts. «Les frontières», «Le fardeau» et «Vie sur terre» sont ces dernières créations artistiques qui constituent des quêtes permanentes de soi. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 9 juillet, 2008 )

Les frères Athié:Le temps d’un concert, ils ressuscitent le reggae en Mauritanie

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On pensait qu’il n’y avait pas de jeunes musiciens mauritaniens qui sachent jouer de la musique reggae. Mais, les Frères Athié ont démontré, ce jeudi 26 juin dernier, au Centre Culturel français, qu’il n’en est rien. Sous un ciel d’été et devant un public enthousiasmé, ils ont joué durant deux tours d’horloge, les 11 morceaux qui composent leur nouvel album «Moritani ». À propos, «Moritani » ? Au-delà de la provocation linguistique se dissimule une profonde démystification de la Mauritanie. «Le pays ne fonctionne pas comme ça devrait, trouve Abdoul Athié, lead vocal du groupe. C’est une raison qui explique cette déformation orthographique. » 

On peut y voir  une certaine revendication à la justice, en référence aux événements douloureux qui se sont produits entre 1986 et 1991. Cette chanson «Moritani » qui est le titre éponyme de l’album relate aussi la mémoire des intellectuels et officiers noirs trucidés  pendant cette époque par le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya. «On est obligé d’en parler », pense Abdoul Athié.  

Il y a eu une véritable communion entre eux et le public qui en demandait toujours. Les frères Athié, c’est d’abord l’histoire d’une famille que rien ne prédestinait à faire ensemble de la musique. Dès les premières notes distillées, on avait cru qu’on était quelque part en Jamaïque, la terre de naissance du reggae ; on croyait que c’était Bob Marley, ressuscité, qui donnait un concert. «Les gens écoutent de plus en plus de reggae. Il y a un véritable retour à la musique de Bob Marley, notamment de la part des jeunes. Le reggae ressemble un peu à nos musiques traditionnelles. C’est la même base. Les gens s’y identifient et s’y retrouvent très rapidement. Ce sont les mêmes vibrations. Nous, les jeunes, aimons beaucoup tout ce qui est engagé », commente Abdoul Athié. 

Leurs chansons traitent des sujets sans limites : l’espoir, la tolérance, la paix, la citoyenneté, la fraternité, bref tout ce qui touche à la susceptibilité du cœur humain. Avec eux, on est sûr de passer d’agréables moments de musique, de redécouvrir notre identité, de savoir qu’on est avant tout des êtres appelés à vivre ensemble. Leurs chansons constituent des points d’interrogation et un regard sur la société mauritanienne. 

Leurs textes, très engagés, sont empreints de réalisme, de tempérance et de tolérance. On en a vachement besoin surtout à cette époque où nous vivons marqué par des tiraillements, des turbulences tous azimuts. Leurs chansons sont aussi une invitation à ne pas omettre nos valeurs culturelles, nos origines et nos croyances. 

Le groupe «Les Frères Athié » existe depuis 1995 sur l’initiative de Vieux (bassiste) et Alpha (soliste). Après avoir accompagné un groupe de Kaédi qui s’appelait «Dandé Léniol » ou la Voix du Peuple, Vieux et Alpha décident de former leur propre groupe. C’est eux qui vont entraîner leurs autres frangins dans la musique. Petit à petit, ils vont s’écarter de leurs études auxquelles ils ne croyaient plus.  

Abdoul en deviendra le lead vocal incontesté. Avec un répertoire vide, «Les Frères Athié » font des reprises de certains morceaux de Bob Marley et de Dire Straits pour roder le groupe. Passionnés de musique, ils vont tronquer leur habit de futurs marabouts pour celui de musiciens. Leur père, un marabout érudit, finira, en dépit de ses réticences, par accepter le choix de ses héritiers qui ont préféré la voie musicale.  

Il est inimaginable, voire inacceptable, dans les familles maraboutiques qu’un des leurs fasse de la musique. C’est une abomination à leurs yeux et même une malédiction. À leurs yeux, faire de la musique, c’est pactiser avec le diable. Abdoul et les siens ont dû user de tous les subterfuges pour venir à bout de l’opposition parentale notamment de leur père, connu pour sa rigueur, son orthodoxie et sa foi en la religion musulmane.  

En plus, cela était aussi inadmissible parce qu’ils sont de sang noble et par conséquent ne doivent pas faire de la musique qui est une activité strictement réservée aux griots. Ce genre de préjugés a gâché la carrière de nombreux artistes. 

Originaires de Kaédi, au sud de la Mauritanie, ils habitent présentement le quartier chic de Las Palmas (à Nouakchott) où ils ont aménagé leur propre studio et où ils font aussi leur enregistrement et leur répétions. Comme à l’image de tous les autres artistes mauritaniens, ils s’indignent de l’absence de structures musicales en Mauritanie et de la cherté de la location des deux maisons de jeunes qui ne s’obstiennent qu’en débloquant plus de 200.000 UM. Quel est ce musicien mauritanien qui peut se payer ce luxe s’il n’a aucun sponsoring derrière lui ?  

Le seul espace ouvert à nos musiciens, c’est le Centre Culturel Français où rêvent de jouer les artistes mauritaniens. «Il faut mettre en place une grande structure musicale, suggère Abdoul Athié, lead vocal du groupe, où l’on puisse organiser des tremplins, des concours pour gagner un enregistrement en partenariat avec le ministère de la Culture ou avec une association de musiciens (…). Les musiciens n’ont pas assez de moyens. Il est impératif d’essayer d’imaginer des spectacles qui peuvent profiter aux artistes. » 

Des enfants de la rue à l’immigration clandestine en passant par la femme, celle qui trime, fagote, se bat pour le développement de son pays, le nouvel album des Frères Athié constitue la somme d’une longue expérience et le résultat de plusieurs influences musicales dont notamment celles de Bob Marley et un creuset des racines culturelles mauritaniennes. En un mot, le fruit d’un gigantesque travail !

 

Babacar Baye Ndiaye

( 9 juillet, 2008 )

Anniversaire:Dj Khalzo fête ses 6 ans de microphone

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En prélude à l’anniversaire de ses 6 ans d’animation et de présentation, Dj Khalzo a tenu une conférence de presse au Centre Culturel Français, ce dimanche 6 juillet, pour parler de cet événement qui aura lieu le 10 juillet prochain avec un grand concert animé par de célèbres groupes de Rap mauritaniens. Il a parlé de ses débuts dans le Rap et sa reconversion au métier de Disc Jockey (DJ). Entre autres sujets évoqués, le manque de soutien dont souffrent nos artistes et ses rapports avec Dj Paco.

 

Avant de se lancer dans le métier d’animateur-présentateur en 2002, Dj Khalzo fut d’abord un rappeur. Il était membre d’un groupe qu’on appelait à l’époque «Children Black Africa ». Quelques années plus tard, il change d’air et se lance, avec Ernesto, alias Thié Koné, dans la formation d’un autre groupe de Rap «Be One Black». Le destin ne tient à rien. Il suffit d’un petit événement quelconque pour que tout bascule, dans un sens ou dans un autre.

 

Il était écrit qu’il deviendrait un jour animateur-présentateur. Le virus du DJ l’a rattrapé un jour, lorsqu’il a remplacé celui qui d’habitude présentait les spectacles. Depuis ce jour-là, il traîne ce virus. Encouragé à cette époque par la bande à Papa Fall et F-Diou qui deviendra plus tard «Military Underground», il décide de rentrer de plain pied dans le métier d’animateur-présentateur.

 

D’encouragements en encouragements, il se sent pousser des ailes. Et puis, «la volonté a commencé à naître, avoue-t-il. Et, au fil des temps, je me suis lancé (dans le métier de DJ) et je suis devenu ce que je suis aujourd’hui. »

 

Un an d’existence, ça se fête, a fortiori 6 ans ! Pour sa 6ème année de microphone, Dj Khalzo a inclus dans la manifestation l’Association des Jeunes Mauritaniens pour la Culture, le loisir et la technique. Ce jeudi 10 juillet, jour d’anniversaire de ses 6 ans de microphone, il y aura 19 prestations de spectacles (individuelles et en groupe) en plus d’un documentaire sur … lui-même !

 

«Ce sera un anniversaire dédié à la jeunesse mauritanienne», explique-t-il. De Minen Teye à Ewlad Leblad en passant par Military Underground, Diam Min Tekky et Rue Publik, pour ne citer que ceux-là, Dj Khalzo a fouiné son nez partout pour dénicher presque tous les meilleurs groupes de Rap et de rappeurs du moment. «Je ne le fais pas pour l’argent», prévient-il.

 

C’est un secret de polichinelle : les artistes mauritaniens souffrent de tout et surtout du manque de mécénat. L’occasion, pour DJ Khalzo, d’évoquer leur sort «En Mauritanie, il y a une activité à laquelle on n’accorde pas assez d’importance. C’est la musique.», déplore-t-il devenu subitement critique. Vous qui avez toujours pensé que Khally Mamadou Diallo alias Dj Khalzo ne sait que se saisir d’un microphone ou annoncer la montée sur la scène d’un artiste, détrompez-vous !

 

Il sait aussi dénoncer. User des détours, il ne connaît pas. «Jamais, un artiste mauritanien n’a organisé un spectacle, un festival soutenu par une entreprise. Ces sociétés-là organisent des manifestations  mais n’invitent pas les artistes mauritaniens. Elles partent au Sénégal chercher des artistes ! », témoigne-t-il en dénonçant l’attitude de nos entreprises qui refusent de sponsoriser les musiciens mauritaniens.

 

«Dis la vérité», rapporte-t-il d’un verset du Saint Coran. Aujourd’hui, celui qui a tout donné à la jeunesse mauritanienne ne demande qu’une chose : que cette jeunesse, longtemps mise au banc, réunisse et fasse des efforts pour participer au développement de la Mauritanie en mettant de côté les préjugés liés à la couleur, à la race, à la communauté, qui sont un terrain dangereux ! 

 

Dj Khalzo compte aussi s’inscrire dans l’ancrage de la démocratie, le respect entre les communautés du pays, l’unité nationale, le changement de mentalités et l’amélioration des conditions de vie des populations mauritaniennes. Il compte, parallèlement, s’engager dans tout ce qui est lutte contre la pauvreté, les pandémies et les endémies en Mauritanie. C’est dans ce cadre que sa collaboration avec l’Association des Jeunes Mauritaniens pour la Culture, le Loisir et la Technique est née.

 

La carrière de Dj Khalzo a connu des hauts et des bas. Le métier d’animateur-présentateur ? «C’est très difficile. C’est très dur», s’empresse-t-il de dire. Mais n’empêche, il a toujours cru qu’au bout du chemin, il y a de la lumière. «Je suis fier d’être un Dj mauritanien. C’est ce qui fait ma fierté ! Sans me jeter des fleurs, si je ne voulais pas vivre en Mauritanie au coté de la jeunesse mauritanienne, je serais parti pour ne plus revenir en Mauritanie (…). Au lieu de partir en France, je préfère rester ici et participer au développement de mon pays», s’exalte-t-il.

 

Homme de principe, il refuse de verser dans la versatilité. Aujourd’hui, il s’insurge contre certaines personnes qui n’ont pas accompli leur mission et surtout contre la manipulation dont la jeunesse mauritanienne est souvent victime à cause d’un système qui, pense-t-il, est mis en place pour coincer l’épanouissement de la jeunesse mauritanienne. «Celui qui va à la chasse doit s’attendre à tout», lâche-t-il, devenant subitement philosophe.

 

 

Ses relations avec Dj Paco ont été abordées au cours de sa conférence de presse qu’il a tenu dans la salle des spectacles du Centre Culturel Français de Nouakchott. Entre lui et Paco, il n’y a aucun malentendu ni un esprit de concurrence ou d’animosité. «Paco, c’est un grand-frère. Seul Dieu sait ce qu’il y a dans mon cœur à son égard», tente-t-il de nous expliquer pour nous faire avaler la pilule. Pour nous convaincre, il part puiser encore dans la sagesse populaire avec son bons sens légendaire, à toute épreuve : «La personne, c’est le cœur. Ce n’est pas la langue ».

 

 

Même s’il reconnaît en Dj Paco, qui n’a pas été présent à sa conférence de presse, sa belle voix et son talent certain, il avoue cependant : «C’est tout à fait normal, quelque part, qu’il y ait des petites querelles. Il arrive des fois qu’on vous coince devant la porte ! Je subis parfois certaines difficultés, mais bon j’oublie. S’il n’est pas là, ce n’est pas parce qu’il n’est pas au courant. Entre lui et moi, il n’y a aucune jalousie.»

 

 

Au cours de sa conférence, il a défendu la cause des jeunes mauritaniens. Dj Khalzo en a profité pour bifurquer vers la politique en demandant l’implication de la jeunesse dans le jeu politique. Et qu’aussi, les partis politiques ouvrent leurs portes aux jeunes mauritaniens en les associant aux prises de décision. Toutefois, il ne se s’est pas contenté uniquement de se ranger du côté de la jeunesse mauritanienne.

 

Il a dénoncé le manque de patriotisme de la part des jeunes mauritaniens qui n’ont aucune idée de la République et de ses institutions. Admirateur de Moktar Ould Daddah, il reprend une de ses citations que le père de la nation aimait à dire : «La Mauritanie sera ce qu’en fera sa jeunesse». Il a pointé aussi un doigt accusateur sur l’attitude des «vieux loups», corrompus qui refusent de céder la place aux jeunes cadres. «Ils lavent le torchon sale sur notre dos et nous les jeunes, nous continuons à dormir», regrette-t-il. Il faut que cela cesse !

 

Babacar Baye Ndiaye

( 4 juillet, 2008 )

Photographie

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May San Alberto Giraldos présente sa nouvelle création artistique au public mauritanien

 

Imaginez que vous êtes en train de penser, parce que vous êtes préoccupé, parce que vous êtes seul…A ce moment précis, vous êtes ailleurs, vous êtes en train de vous éloignez de la réalité. Tout d’un coup, quelqu’un vous apostrophe et vous demande : «A quoi tu penses ? ». Que lui répondez-vous à part : «A rien ! A n’importe quoi ! ».

 

Avec cette idée, May San Alberto Giraldos a fait une espèce de collage digital à partir duquel on peut observer une couleur très vive, des traits horizontaux et des morceaux de photos verticales qui exhibent diverses formes humaines. Cela donne des structures architecturales impressionnantes. «Quand je demande à quoi tu penses ? Je fais allusion au spectateur qui est en train de regarder mon œuvre. C’est un échange et un dialogue entre l’artiste et le spectateur », explique May San Alberto Giraldos qui était de passage à Nouakchott pour présenter sa nouvelle création artistique, au musée national, sous le thème «A quoi tu penses ? » qui est une métaphore de la pensée.

 

D’Espagne, elle a amené plus d’une dizaine de tableaux lumineux qui résument parfaitement son parcours de voyageuse infatigable. Là où elle passe, elle s’arrête un moment, observe et scrute. Et, puis, tout d’un coup, on entend le crépitement des flashs. Elle en profite pour prendre des photographies qu’elle photocopiera, ciselera, assemblera et enfin collera pour donner naissance à une nouvelle vision des différentes photographies prises. C’est un travail minutieux qui demande beaucoup de dextérité et surtout d’attention pour créer un effet aux yeux du spectateur.

 

Artiste, en même temps, elle est infirmière à l’hôpital de Nouadhibou où elle vient 3 à 4 fois(pendant 15 jours à 1 mois) par an pour aider les infirmiers de cette structure sanitaire dans le cadre de la coopération entre l’Espagne et la Mauritanie. Elle ne voit aucune incompatibilité entre sa vocation artistique et son travail d’infirmière qu’elle exerce depuis plus d’une vingtaine d’années. 

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Son amour pour la peinture est né d’une envie de faire cet art destiné aux esprits élevés. Encouragée par Anna Perrédia, une de ses professeurs qui a très tôt décelé en elle des aptitudes artistiques, elle décide de faire ses humanités à la Faculté des Beaux-Arts de Tenerife aux Iles Canaries avant de se rendre en Angleterre pour se perfectionner dans le domaine artistique. De la poterie à la peinture, en passant par la gravure, les desseins, elle deviendra un touche-à-tout.

 

Parallèlement à ça, elle développe des projets artistiques sur la photographie qui est très développée en Espagne. Petit à petit, elle invente son propre style où elle utilise ingénieusement des techniques approfondies de mélange de la photographie, du dessin, du collage, d’animation, de la diffusion audiovisuelle, de la musique et de la luminosité.

 

Vingt ans de peinture ! Cela lui a permis de découvrir le monde, d’exposer dans les grandes villes européennes comme Paris, Londres ou Madrid. Elle aime voyager. C’est sa nature. La caractéristique des artistes ! Pour la première fois, elle expose ses produits artistiques en Mauritanie qu’elle a découverte en 1978. «J’étais jeune », se rappelle-t-elle. Aujourd’hui, elle trouve que la Mauritanie a beaucoup changé. «Il y a cent ans, la Mauritanie qu’on voit aujourd’hui n’existait pas. Il n’y avait rien. En l’espace de quelques décennies, la Mauritanie a beaucoup évolué. Je ne sais pas si c’est bien ou c’est mieux », s’interroge-t-elle.

 

May San Alberto Giraldos connaît mieux Nouadhibou que Nouakchott. La Mauritanie, confie-t-elle, est son second pays. Elle admire la détermination des femmes mauritaniennes qui ont laissé une forte impression sur elle. «Elles sont très courageuses. Elles commencent à revendiquer leur place dans la société. Elles se positionnent dans la politique, l’éducation, le commerce et les arts aussi », remarque-t-elle. «Il faut créer une Faculté des Beaux-Arts », plaide-t-elle en faveur des femmes artistes mauritaniennes pour qu’elles puissent s’épanouir artistiquement.  

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May San Alberto Giraldos a mis du temps pour s’imposer dans le domaine artistique. De tout temps, l’art a toujours été dominé par les hommes. Au fil des années, elle se trace un chemin à suivre. Bohémienne, symboliste, impressionniste, elle est aussi une artiste insaisissable. C’est ce qui fait certainement son charme et la particularité de son travail.

 

En Espagne, son pays d’origine, elle est devenue l’une des étoiles les plus en vue dans le domaine de la photographie. «Tu dois faire de la photographie », lui avait suggéré un de ses professeurs de la Faculté des Beaux-Arts de Tenerife. «J’ai commencé à y penser, se souvient-elle. Je ne voulais pas faire de la photographie parce qu’en Espagne tout le monde fait de la photographie. »

 

Dans son esprit, elle voulait faire autre chose. En un mot, elle voulait exhiber une nouvelle forme d’expression artistique. «J’ai pris 3 à 4 photos. Je les ai coupées en formes de colonnes d’un cm de large. J’ai fait un collage. Je les ai mélangées et ça donnait une autre réalité. » A partir de là, elle a commencé à faire beaucoup de collages pour faire naître une nouvelle forme d’expression.

 

D’esprit curieux et toujours vers la découverte de nouvelles astuces, elle ouvrira son propre atelier pour s’exercer ainsi à la peinture, et surtout, pour ressortir ce qu’elle a à l’esprit et dans l’âme. Etudiante déjà, elle rêvait de faire de la peinture. Des noms comme Sonia Delanoë entre autres femmes artistes qui ont marqué l’histoire de l’art en Europe l’influencèrent beaucoup aussi.

 

Une chose : May San Alberto Giraldos ne sait pas que photographier ou faire des collages. Elle sait aussi faire la cuisine !

 

Babacar Baye Ndiaye

 

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