( 22 mai, 2008 )

Lamine Kane, initiateur de ‘A vous la scène !’

«Il n’y a aucune volonté politique pour faire la promotion de notre culture » 

 

En matière de création et d’imagination artistique, les jeunes mauritaniens n’en manquent pas. Tout ce qui leur faut, c’est d’être soutenu par les pouvoirs publics. Lamine Kane en est une parfaite illustration. ‘A vous la scène’, c’est lui. En plus de cela, il dispense des cours de musique gratuits ouverts à tous les publics. Dans le but uniquement de promouvoir la musique mauritanienne marquée par une carence en termes de musiciens. On l’a rabâché à plusieurs fois. Le centre culturel français de Nouakchott ne peut pas tout faire à lui seul. Il est grand temps maintenant que le ministère de la culture s’implique dans la promotion de nos artistes musiciens qui manquent énormément de lieux de production et de rencontres. Le développement de la musique mauritanienne, ce n’est pas uniquement l’affaire de Malouma, de Tahara, de Dimi, de Thiédel, d’Ousmane Gangué pour ne citer que ceux-là. C’est l’affaire d’abord du gouvernement mauritanien qui doit mettre en place une politique efficace en matière de promotion culturelle. Sur ce point, l’initiateur de ‘A vous la scène !’ ne sait pas tourner autour du pot quand il s’agit de dire la vérité, rien que la vérité. «J’accepte mal qu’on ait un ministère de la Culture qui ne fout rien pour les artistes. Ce n’est pas le fait d’organiser des prix qui va sortir la musique mauritanienne du creux de la vague. Il faut appuyer les artistes. Il faut ouvrir les maisons des jeunes et y mettre du matériel pour qu’ils puissent s’exprimer. » Cela pourrait permettre, à son avis, d’annihiler le taux de chômage, de banditisme et de criminalité. Car, rajoute-t-il, il y a beaucoup de jeunes musiciens, comme lui, qui ont d’énormes projets dans la tête. «Mais ce qui leur manque, argumente-t-il, ce sont les moyens. »

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Les initiatives existent, selon lui, mais il faut qu’elles soient soutenues par les autorités en premier lieu par le ministère de la Culture. Sans cela, très peu de mauritaniens vivront convenablement de leur musique. Comment faire donc pour améliorer cette situation désarmante ? «Il faut qu’on soit aidés(les artistes de manière générale, Ndlr). Nous seuls, nous ne pouvons rien faire ! » 

Il regrette l’absence de volonté politique pour faire la promotion de la culture mauritanienne. «Non seulement la culture est un facteur de développement social et économique, explique-t-il, mais c’est aussi un facteur de stabilité et d’unité. » 

La réconciliation nationale qu’on clame, à longueur de journée, c’est à travers, dit-il, la culture qu’on pourra y arriver. «Il n’y a pas d’autres alternatives », professe-t-il. L’initiateur de ‘A vous la scène !’ demeure convaincu, malgré les problèmes de tout bord, que la musique mauritanienne est sur les rails. «Le terrain est encore vierge, reconnaît Lamine Kane. Nous avons un rythme de tortue mais on va y arriver. » 

Passionné de musique, il compte bientôt monter un Centre de Formation Musicale. Lorsqu’on a des partenaires comme Machéo Parker(saxophoniste de James Brown), Steve Coleman, Richard Bonna, Salif Kéita, Manu Katché, Moctar Samba, on ne peut que renifler l’air du paradis. «Tous ces gens-là sont régulièrement mis au parfum de l’évolution de ce projet », renseigne-t-il. 

L’argent nécessaire pour acheter le matériel est de 2 millions d’ouguiyas. Le Centre Culturel français de Nouakchott sera un partenaire de ce grand projet culturel qui sera logé dans un premier temps dans la salle polyvalente du CCF. «Mais je souhaite avoir mes propres fonds pour construire notre propre centre de formation », confie-t-il. 

‘A vous la scène !’ est né dans le but de rapprocher davantage les musiciens mauritaniens et de les promouvoir. Quatre mois après le début de cette aventure musicale, Lamine Kane semble être traversé par une lumière d’optimisme. «Au début, on avait fait le programme sans pour autant penser au public. J’avais fait ‘A vous la scène !’ pour tous les musiciens qui veulent chanter, jouer de la musique sans pour autant attendre que le public soit là ou non. Du moment qu’on a vu que le public s’intéressait à ça, on a essayé maintenant de réorganiser la chose pour qu’elle soit plus agréable et beaucoup plus appréciée par le public. » 

‘A vous la scène !’ du mois de mai recevait Tiédel Mbaye avec la présence de la TVM Plus sous forme d’un plateau télévisé. Une première à ‘A vous la scène !’ 

. «Je pense qu’il faut changer de temps en temps pour ne pas tomber dans la routine », explique Lamine Kane. Le budget de ‘A vous la scène’ est de 30.000 UM donnés entièrement par le Centre Culturel Français. Et Lamine Kane a été très clair avec les artistes en ce qui concerne les primes de prestation. «Je ne peux pas inviter des artistes comme Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué, Nora, Amath Kâ, Wal Fadjri Groupe…et leur donner 30.000 UM alors que ce sont des professionnels. Alors, je leur ai dit : ‘La buvette est là. Vous voulez boire, buvez ! Vous voulez manger, mangez ! Je paierai. Quand vous rentrez, je vous donne votre billet de transport. Ou alors, si vous voulez, je prends 3 têtes d’affiches et je leur donne chacune 10.000 UM’. » 

Pur produit des frères Athié qui l’ont initié aux rudiments de la musique en 1994, Lamine Kane est exacerbé lorsqu’il entend dire qu’il y a une musique qu’on peut qualifier de typiquement mauritanienne. «Je ne peux pas prendre Ousmane Gangué et dire que c’est ça la musique mauritanienne. Tel ne se verrait pas dedans. La musique de Yélinkaré, tel autre ne se verrait pas dedans. Ils nous faut asseoir une musique où tout le monde se verrait dedans. La musique doit être un miroir », soutient-il. 

Cela est du ressort de la responsabilité des artistes musiciens mauritaniens et c’est bien possible. Car, presque chaque pays a une musique dans laquelle tout le monde s’identifie. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 22 mai, 2008 )

Oumar Baal:Une merveille de la peinture mauritanienne !

                        

La vingtaine rugissante et déjà il est un génie ! Pour certains, comme Mokhis, ce n’est pas une surprise ni une découverte. «C’est un enfant que j’ai connu, il y a très longtemps. C’est un goss que j’ai découvert qui travaillait au fil de fer. J’ai senti qu’il y avait quelque chose entre ses mains et sa tête. Il fallait l’aider à ce qu’il rentre complètement dans la peinture. Lorsque Oumar est venu avec son père(Issa Baal, ndlr) qui nous l’a confié, nous l’avons orienté. Aujourd’hui, il ne nous a pas déçus. » Pour autant, il ne s’en affabule pas. «Il y a des gens qui me disent qu’il faut assumer que tu es génie » et lui de répondre modestement : «Pour moi, je ne fais qu’essayer pour laisser des traces… » 

Son travail est beaucoup apprécié. Dans ses œuvres, il utilise de la matière récupérée comme le tissu, le fil de fer, le papier, la terre, le bois…Ce jeune prodige de la peinture mauritanienne est actuellement, malgré son jeune âge, parmi les meilleurs artistes peintres de la Mauritanie. Son talent est reconnu par tous ses compères. Sur le plan international, il fait parler de lui. Ses œuvres sont vendues comme de petits pains un partout en France et en Espagne. «D’ici quelques années, il sera l’une des plus grandes stars de la peinture en Mauritanie », prédit Mokhis visiblement ému de voir un de ses anciens disciples faire un travail exceptionnel et apprécié par tout le monde. 

Il se sert parfois des tee-shirts comme substrat dans ses œuvres picturales avec une originalité et une dextérité dont lui seul détient le mystère. «Il me semble très clairement que c’est un travail d’un artiste qui a beaucoup de talent et un avenir sûrement prometteur. Les couleurs, c’est des couleurs très riches et la particularité des formes aussi se caractérise par une touche vraiment artistique qui semble donner un excellent résultat », explique Oumar Ould Rajel, secrétaire général de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie(UAPM). Tous les férus de peinture ont reconnu une chose en Oumar Baal : que c’est un grand artiste qui a de l’avenir ! Ses œuvres ont émerveillé plus d’un. «Je suis impressionné par ces sculptures qui sont des sculptures très particulières et reflètent un art très singulier. J’aime ses sculptures parce qu’il y a un relief dans les mouvements », témoigne toujours Oumar Ould Rajel.

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Depuis ses débuts dans la peinture, Oumar Baal ne cesse de surprendre. Déjà, à l’âge de 9 ans, il commençait à sculpter avec des plastiques pour en ressortir des formes d’animaux. La peinture, c’est dans son sang. Son père est lui aussi artiste peintre. Ce dernier l’influença très tôt, car dit-il, voyant son père à l’œuvre, il a eu envie tout de suite de suivre les traces de son père. Au fil des années, le génie qui dormait en lui s’est réveillé. Ainsi donc, la peinture est devenue une véritable passion. Chose curieuse aussi, presque toute leur famille s’adonne à la peinture. Il a de petits frères qui commencent à s’exercer déjà à la peinture. Oumar Baal, c’est un artiste hors pair, un artiste né. Comment se sent-on lorsqu’on est le père d’un génie créateur comme Oumar Baal ? «Je suis très content de lui. Je sais que c’est un jeune qui aime la peinture. Il n’a que la peinture. Depuis qu’il a commencé à faire de la peinture, je n’ai pas vu autre chose qui l’intéresse que ça à part la musique, bien qu’il ne la joue pas, il l’aime beaucoup. Et puis, sérieusement, s’il continue dans cette voie, il ne va pas regretter parce que je sais qu’il est bien. D’ailleurs, moi son père, je peux vous dire qu’il travaille mieux que moi. Et en plus, son travail est plus aimé que le tien. » 

Oumar Baal est un grand artiste et tous les grands artistes de ce monde ont eu à faire face(souffrir) à plusieurs épreuves notamment d’ordre sentimental. Dans l’une de ses œuvres, il y a un tableau pas comme les autres. Ce tableau porte un nom étrange, mariyama. «Mariyama, c’est une histoire personnelle… » dit-il. Une histoire d’amour qu’il a voulu exprimer pour sortir ce qu’il avait dans son cœur et qui le rongeait profondément. Grâce à la peinture, il a transmis quelque chose de lui pour le partager avec les autres à travers une œuvre d’art. Malheureusement pour lui, il n’a pas fait d’études poussées pour des raisons de santé. Il était écrit qu’il en serait ainsi. Puisque l’âge de 15 ans, il fit astreint de laisser tomber les études. Ce fut une période très difficile pour lui. Cependant, il y avait le soutien moral de son père qui ne cessait de l’encourager. 

La peinture ne nourrit pas son homme en Mauritanie parce que, dit-il, notre pays est un pays sous-développé. En plus de cela, les gens n’ont aucune éducation artistique. «Les mauritaniens ne connaissent pas la valeur de l’art encore moins prendre leur argent et le dépenser dans les œuvres d’art », croit-il. 

La vie dans la brousse, au bord du fleuve Sénégal le fascine beaucoup. La vie autour de lui l’inspire aussi(enfants de la rue, mendiants…).Ces œuvres reflètent parfaitement cet environnement exotique. Son artiste préféré : Gustave Klimt qui est un peintre symboliste autrichien et un des membres les plus en vue du mouvement Art nouveau de Vienne. Il aime en lui ses personnages candides et bizarroïdes qu’il peignait dans ses tableaux. Ce qui m’inspire, nous dit-il, sur la sculpture, c’est le corps de l’être humain. «Je l’exploite détails par détails », nous apprend-il. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

( 14 mai, 2008 )

Diam Min Tekky:Les «Che » du Hip Hop en Mauritanie

Il est des groupes de Rap mauritanien qui n’ont pas peur de l’ombre de personne, fut-elle celle d’un justicier, d’un policier ou d’un préposé de renseignements. Parmi eux, on peut citer Diam Min Tekky. Personne n’a réussi véritablement à les ébranler ou les museler.

Malgré leur sale caractère, ils sont aimés par le public comme de grands seigneurs. Ils prétendent être les diseurs de vérité et les faiseurs de  moralité. Ils sont de véritables rebelles, d’insupportables torpilles. A chaque concert, ils déclarent qu’ils ne veulent pas d’un président de la République qui ne s’occupe pas des problèmes des mauritaniens encore moins d’un patron radin, orgueilleux et égoïste.

Leurs textes très engagés leur ont valu une réputation hors pair dans le milieu du Hip Hop en Mauritanie. Cette réputation leur a valu aussi de continuer à être marginalisés dans certaines manifestations organisées notamment par les pouvoirs publics.

A l’occasion de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’, ils ont encore démontré qu’ils étaient toujours les champions de la critique et de la dénonciation en Mauritanie. Dans leurs critiques, ils ne laissent personne sur le carreau.

Ils n’ont pas besoin de mettre des gants pour dire tout ce qu’ils pensent du pays, du système politique mauritanien, de la situation économique et sociale du pays, des policiers corrompus qu’ils fusillent à chaque fois dans leurs spectacles…

Le qualificatif de «Che Guevara » leur colle bien la peau. Issus de milieux difficiles, ils luttent, à travers leurs textes engagés,  pour l’avènement d’une Mauritanie juste et débarrassée de ses turpitudes et des ses mensonges. Plusieurs fois tabassés par la police, ils n’ont jamais tempéré leur ardeur et leur détermination. 

A cause de leur virulence verbale, ils ont fini par s’imposer sur la scène musicale comme étant de jeunes rappeurs contestataires. Même s’ils ont une tempérance qui frise souvent l’exagération. Si certains saluent leur courage et leur position très affichée et radicale sur certaines questions nationales, d’autres par contre, leur reprochent parfois leur insolence et leur impolitesse. Mais eux, ils s’en défendent bien.

«Dans nos sociétés, lorsque tu dis la vérité ou la réalité aux aînés, on te prend pour un jeune impoli en pensant que tu les insultes », explique Mar Ba, membre du groupe accompagné de Lamine Cheikh Ba et de  Ousmane Samba Oumar Sow qui composent le trio de Diam Min Tekky. Leurs textes portent les aspirations et les cris de désespoir de la jeunesse mauritanienne en quête de bonheur et de perspectives.

C’est ça d’ailleurs qui les a poussés à prendre le microphone pour dénoncer les abus et les injustices dont est victime une certaine partie de la population mauritanienne. Leur premier album(Gonga, la vérité, sorti le 17 février 2007) les a imposés comme l’un des groupes de Rap les plus critiques en Mauritanie. Et la police était tout le temps à leurs trousses. «On a eu pas mal de problèmes parce que l’album était trop engagé. Et tu sais en Mauritanie la démocratie n’existe pas et la liberté d’expression pareille », renseigne Mar Bâ. 

Sous le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, ils firent l’objet de plusieurs intimidations et menaces. Mais ce régime n’a jamais réussi à les assujettir. Entre temps, il y a eu le 3 août 2005 et l’arrivée de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la tête du pays depuis le 19 avril 2007.  C’est des jeunes fougueux qui partagent les mêmes rêves et les mêmes soucis. Leurs faveurs, c’est qu’ils sont ancrés dans les réalités sociales de la Mauritanie. Leur slogan : toujours dire la vérité même s’il faut se sacrifier au prix de la liberté et de la justice.

Ils auraient pu aller plus loin s’ils mêlaient dans leurs textes d’autres dialectes comme le français, l’anglais ou les autres langues du pays. Plus malin qu’eux, tu meurs. Dans leur esprit, ils veulent imposer leur langue, le poular, sur la scène musicale mauritanienne.

« C’est parce que nous sommes d’abord des peuls, soutient Mar Ba. On a vu aussi au Sénégal que le wolof a été imposé sur la scène musicale. Nous aussi, nous aimerions imposer notre langue. » 

Ils ne supportent pas les policiers parce que, disent-ils, c’est eux qui sont à l’origine de tout ce désordre qui règne à Nouakchott. «C’est l’ennemi de la jeunesse, ajoute Mar Bâ. Ils dérangent beaucoup. Tu vois ça(il montre une plaie cicatrisée sur le coté gauche de son visage), c’est un policier qui m’a cogné comme ça. » 

Les «Che Guevara » du Hip Hop en Mauritanie viennent de réaliser un nouveau clip sur l’immigration clandestine des jeunes africains. Même s’ils ne sont pas les meilleurs, ils font partie des meilleurs groupes de Rap en Mauritanie. Après Gonga, Diam Min Tekky est en train de préparer la sortie de son nouvel album qui sera baptisé Gonga 2. Certainement qu’il fera mouche. 

 Babacar Baye Ndiaye 

( 14 mai, 2008 )

Laye B:Un rappeur tiraillé entre deux cultures

C’est le Sénégal qui l’a révélé au monde entier. C’est dans ce pays que sa véritable histoire a commencé. C’est au pays ‘des lions de la téranga’ qu’il a été découvert par les producteurs sénégalais qui ne lésinèrent pas sur les moyens pour le produire. Alors qu’il venait de débarquer fraîchement de Nouakchott. En 2003, il sort son 1ier album ‘Black à part’ et en 2007 ‘Sénégal-Mauritanie’, son 2ième album. Cet album révélera au grand jour son identité et ses racines. Né d’une mère mauritanienne et d’un père sénégalais, Papa Abdalaye Diop alias Laye B a collaboré avec de nombreux rappeurs sénégalais très connus comme Didier Awadi, Xuman, Bibson, Maxi Crazy, Fata, Daara J…Ceci lui valut d’acquérir, mine de rien, une grande expérience. Agé de 27 ans, Laye B est du genre à aller toujours plus haut, là où on l’attend le moins du monde. Petit à petit, il réussit à se faire un nom et trouver sa place au Sénégal. Dans ce pays, son 2ième pays, il est aimé et adulé comme le dalaï-lama. Mais «Je suis né ici(en Mauritanie, ndlr). J’ai grandi ici. J’ai fait mes études ici. Je connais mieux la Mauritanie que le Sénégal et je suis fier d’être mauritanien. Au niveau du Sénégal, je me suis battu pour qu’on m’accepte en tant que mauritanien. J’ai commencé à chanter en hassanya comme par exemple dans le futur album de Awadi pour prouver que je suis mauritanien. Je ne connais que la Mauritanie», précise Laye B même s’il se sent parfois tiraillé entre deux cultures. 

Actuellement, il est sous contrat avec un studio sénégalais basé à Dakar qui s’appelle ‘Yes’. C’est ce studio d’ailleurs qui a produit ses deux premiers albums sortis au Sénégal. Présentement, il est en train de préparer son nouvel album international qui va sortir sous peu de temps.  On y trouvera dans cet album des sonorités diverses comme le raggae, le RnB, le dance Soul… 

Invité à la première édition de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’, Laye B est séduit par cette initiative de Monza de réunir pendant des jours certaines célébrités du Hip Hop Mauritanien et étranger. C’est tout naturel donc qu’il apprécie fort bien cette démarche novatrice. De Military Underground à Diam Min Tekky, en passant par, Franco Man, sans oublier les spectacles de Breakdance, les animations de Dj Gee Bayss et les prestations de la Rue Publik et de Daara J Family, la première édition de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ a fait mouche. Cette réussite n’a pas laissé Laye B indifférent. «Ce festival est une bonne chose(…). Je ne suis jamais resté ici mais ce festival me pousse à vouloir rester. On sent vraiment que le Hip Hop mauritanien est en train de progresser. » Pour lui, les autorités doivent aussi apporter leur contribution à cette évolution du Hip Hop en Mauritanie en mettant notamment la main dans la poche pour créer des structures propices au développement de cette musique en particulier et surtout soutenir les initiateurs de certains événements culturels comme ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ qui demande beaucoup de budget. Dans l’immédiat, il compte revenir en Mauritanie pour monter un projet du genre ‘Grammy Awards’ où les rappeurs mauritaniens recevront des distinctions honorifiques pour les encourager davantage à persévérer. Mais pour que le Rap puisse se développer aussi, dit-il, il faut que les rappeurs regardent vers la même direction en exploitant leur diversité linguistique(soninké, wolof, hassanya et poular) qui constitue un avantage musical incommensurable. 

Invitant ses frères rappeurs, il les exhorte néanmoins à véhiculer dans leurs textes des messages d’unité car, selon lui, la Mauritanie en a actuellement besoin. «Un président, il ne peut pas rassembler les populations mais un artiste peut le faire. Lorsqu’un président veut parler aux populations, il amène un artiste. Une société qui veut faire de la publicité, elle prend un artiste. Donc, la responsabilité, c’est les artistes. S’ils regroupent les gens, c’est pour une cause. » 

Marié depuis 5 ans et père d’un enfant, pas la peine de lui demander si les jeunes filles le draguent, lui qui est un rappeur connu de tout le monde. «Cela ne manque pas. Mais moi, j’ai dépassé ce stade. Je suis marié et je me sens très bien en famille. Pour vraiment faire de la musique, il faut être un vrai responsable c’est à dire être marié. C’est cela ma philosophie. Le respect que je donne à ma femme et à mon enfant, c’est le respect que je donne à tout le monde que je croise dans la rue. » Lorsqu’il n’est pas au Sénégal où il a signé ses contrats, il est en Mauritanie pour se ressourcer. Ce pays qui l’a vu grandir et qu’il porte tant dans son cœur. Au Sénégal, Laye B représente dignement la musique Mauritanie. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

  

  

 

 

 

( 12 mai, 2008 )

Ndongo D de Daara J Family: »Ce n’est plus le temps de nous appesantir sur notre passé et de dire que nous sommes en retard « 

Il est membre de Daara J Family. Son vrai nom c’est Mamadou Lamine Seck. En marge de la première édition de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ qui s’est déroulé du 7 au 9 mai passé au Centre Culturel Français Antoine de Saint-Exupéry, nous l’avons rencontré spécialement pour vous. Entretien 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous au fait qu’on associe des rappeurs sénégalais comme vous à la première édition de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ ?   

Ndongo D : C’est tout à fait normal. Je pense qu’entre le Sénégal et la Mauritanie, il y a une grosse connexion en ce qui concerne le Hip Hop. C’est donc naturel quand les mauritaniens organisent un festival de cette nature ils invitent des rappeurs sénégalais comme nous.

On a une dizaine d’années d’expérience. On a fait beaucoup de festivals à travers le monde. On sait ce que cela veut dire. Je pense qu’à ce niveau, on peut apporter  notre pierre à cet édifice-là. 

Le Rénovateur Quotidien : Aladji Man ne fait plus partie de votre groupe. Est-ce que son départ vous a beaucoup handicapé ? 

Ndongo D : Non ! De toute façon, nous sommes là. L’histoire du groupe continue. Même si Aladji Man a quitté. J’ai souvent l’habitude de dire qu’une seule personne peut représenter le groupe. 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait plus de 10 ans que vous êtes dans le Rap. Vous avez connu le succès. Vous avez obtenu des prix. Qu’est-ce qui manque maintenant à votre palmarès ? 

Ndongo D : Qu’est-ce qui nous manque ? (Il hésite). C’est la perfection, l’éternelle recherche de soi à travers la musique et la vie. Je pense que  le plus important c’est la quête et la soif de connaissance. Lorsqu’on parle de connaissance, c’est très large. Mais là, je fais allusion à la connaissance divine qui englobe tout cela. C’est cela qui nous manque. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes bien apprécié par le public mauritanien. D’ailleurs, cela fait à peine un mois que vous avez joué ici à Nouakchott. Quel effet cela vous fait de voir tout un monde vous regardez ? 

Ndongo D : On est comblé ! Pour nous, la musique, ça fait voyager. Il y a une vraie connexion. Quand on débarque dans des pays comme la Mauritanie, on arrive à connaître mieux le peuple. Le plus important, c’est d’être avec les gens et le public. Daara J sera désormais là. 

Le Rénovateur Quotidien : Tous les grands rappeurs africains, comme vous, mêlent différentes sonorités(Soul, funk, reggae, ragga…) dans leur musique. Est-ce que c’est toujours nécessaire d’aller puiser dans ces sonorités-là pour faire du bon Rap ? 

Ndongo D : Effectivement ! L’Afrique, c’est le melting pot. Aujourd’hui, les Africains ont voyagé partout et ce qu’ils rapportent de leurs bagages, c’est cela qui représente aujourd’hui la musique africaine.

Ce n’est plus que la musique populaire, traditionnelle ou la musique mbalax. Je pense que cela est très important. On a été partout dans le monde et on sait comment les gens perçoivent la musique africaine. Les gens sont actuellement en train de mieux comprendre le message et la direction de la musique africaine. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’avez pas encore chanté ou collaboré avec des rappeurs mauritaniens dans vos albums. Vous y pensez ? 

Ndongo D : Bien sûr qu’oui et ça ne saurait tarder ! On est en train d’y réfléchir. Le plus important, c’est de bien le faire. A chaque fois qu’on est en Mauritanie, on est en connexion avec les rappeurs. Tel que Monza. On a eu à rencontrer dans des manifestations internationales des artistes mauritaniens comme Malouma. Tous les jeunes qui viennent aussi au Sénégal comme Military Underground, Waraba, Diam Min Tekky…C’est des jeunes que nous respectons beaucoup pour ce qu’ils font en matière de hip hop en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Après Daara J, Xalima, Boomerang. A quand votre prochain album international ? 

Ndongo D : En fin d’année. Il y a un single qui arrive en été entre juin et juillet. Pour l’instant, c’est une surprise. On est en train de voir pour le single parce qu’il y a de bons titres dans l’album. 

Le Rénovateur Quotidien : Mais est-ce que vous pouvez nous donner déjà un avant goût de cet album tant attendu par vos fans qui poireautent depuis plus de 4 ans ? 

Ndongo D : (il entonne un air du futur single). Ce morceau (baay sa waar, ndlr : en français, cela signifie substantiellement ‘fais ton devoir’) parle de l’attentisme des africains. Pourquoi on parle du retard des africains dans les domaines de l’économie, du social, des sciences, de l’industrie ? Aujourd’hui, lorsqu’on parle d’un africain, on dit que c’est un attentiste. C’est pour cela qu’on a fait ce morceau pour appeler les Africains à ne dépendre de personne et de compter sur leur propre énergie.L’avenir est devant nous. Et je l’ai dit, la nouvelle génération africaine a une grosse mission : c’est le devenir des élites. Ce n’est plus le temps de nous appesantir sur notre passé et de dire que nous sommes en retard. Je crois que le plus important c’est de nous former, de nous instruire pour devenir de bons avocats, de bons docteurs, de bons économistes, de bons ministres, de bons présidents. C’est ça la vraie mission aujourd’hui des jeunes africains. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes de jeunes rappeurs. Vous voyez tout le temps des jeunes désespérés prendre le chemin de la Mer. Que dites-vous à ceux-là qui voudraient le faire ? 

Ndongo D : C’est un gros sujet qui a bouleversé l’Afrique ces dernières années. Cela prouve l’échec des dirigeants africains et de la politique européenne par rapport à l’Afrique. Je ne blâme pas les jeunes qui ont pris le chemin de la Mer. Mais aussi qu’ils ne se suicident pas.

C’est une grosse responsabilité qui pèse sur le dos des dirigeants africains et des pays du Nord qui ont abandonné les jeunes africains. Même s’il y a certains de ces pays qui font de leur mieux pour aider l’Afrique. C’est aux jeunes de reprendre le flambeau car nos dirigeants actuels ne font pas l’affaire. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes une personne de nature très effacée et réservée. Expliquez-nous un peu… 

Ndongo D : Cela correspond à mon nom : Ndongo Daara(discipline issue d’une école coranique, ndlr). Je veux rester humble durant toute ma vie. Je ne fais jamais la grosse tête devant les gens. C’est vrai que je suis connu mais je veux demeurer effacé et je sais pourquoi je veux mener une vie pareille. 

Le Rénovateur Quotidien : Revenons un peu à vos textes. On a constaté qu’ils sont trop spirituels. Il faut être vraiment un initié pour comprendre vos paroles. 

Ndongo D : De toute façon, la musique c’est pour éveiller les gens et les esprits. Je me rappelle : les premiers textes que j’ai écrits, les gens n’y comprenaient rien. C’est après des années qu’ils ont commencé à comprendre mes paroles. J’aime bien utiliser les paraboles. J’aime aussi être direct. Je pense que la musique est faite pour que les gens cogitent. Ce n’est pas uniquement pour danser.   

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 9 mai, 2008 )

Monza, Initiateur de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’

«On a besoin de paix pour construire notre pays » 

 

Pendant 3 jours non-stop, la Ville de Nouakchott va vibrer au rythme de la musique à travers ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ qui sera une occasion de découvrir les jeunes rappeurs mauritaniens qui commencent à s’affirmer même si c’est de manière timorée. Dans la foulée, nous avons accroché Monza qui n’est plus à présenter au public mauritanien. L’initiateur de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ n’a pas mis de gants pour stigmatiser l’attitude du ministère de la Culture qui n’a pas daigné mettre un sou dans ce festival. 

 

A qui la faute, si aujourd’hui, la musique mauritanienne dans son ensemble patauge dans un immobilisme béant ? D’abord, aux médias publics qui ne participent pas à la promotion de la musique mauritanienne de manière générale. Et Monza d’indexer du doigt notre télévision nationale qui ne diffuse que de la musique étrangère tout en aménageant la TVM Plus parce qu’elle commence, dit-il, à faire passer des rappeurs ou des groupes de Rap mauritanien. «Mais, ce n’est pas suffisant », affirme-t-il. Pour lui, le salut du Rap mauritanien passe inéluctablement par la libéralisation du secteur audiovisuel  pour qu’on puisse avoir une certaine diffusion de la musique mauritanienne. Et faut-il continuer à être optimiste face aux mille et un problème d’ordre organisationnel et structurel, de manque de studios modernes, de moyens techniques qui pourrissent l’âme du hip hop mauritanien ? «Je vais être optimiste parce que je sais qu’en Mauritanie, il y a des talents dans le milieu du Rap. Il y a vraisemblablement un bon pourcentage de groupes de Rap de la place qui peuvent représenter dignement la Mauritanie sur le plan international », proclame Monza. 

A travers ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’, Monza veut promouvoir le dialogue des cultures et surtout la paix entre toutes les communautés du pays et entre tous les fils et filles de l’Afrique. «On a besoin de paix pour avoir la stabilité dans tout ce qu’on fait, souligne-t-il. On a besoin de paix dans le hip hop mauritanien. On a aussi besoin de paix pour construire notre pays. » Au-delà de cet aspect rassembleur, ce festival a pour ambition de valoriser davantage le Rap mauritanien qui est maintenant une réalité dans notre pays. Organiser un festival, tout le monde le sait, exige beaucoup d’argent. Et «le ministère de la Culture ne nous a pas aidés. Nous n’avons eu que des promesses. Du coup, nous nous sommes dit que sans le ministère de la Culture, nous allons monter notre festival », déclare Monza sur un ton de déception. «Nous, nous faisons en fonction de nos moyens. Notre gouvernement n’a rien fait pour nous. C’est juste la coopération française qui m’a donné une subvention qui me permet d’exécuter et de pouvoir organiser ce festival. Nous n’avons eu aucun geste à part celui de la communauté urbaine de Nouakchott. » 

Par rapport à la programmation, Monza a apporté des précisions en faisant savoir qu’elle s’est déroulée à partir de la performance artistique tout en balayant du revers de la main l’idée de la complaisance. «Si c’était une histoire de ‘khamaneté’(de connaissance, ndlr), la programmation ne s’arrêterait pas là. Elle serait différente de celle-là. Si c’était une histoire de ‘khamaneté, il y aurait d’autres et d’autres…C’est plutôt une histoire de performance. On ne peut pas prendre tout le monde à la fois. Il y a une première étape.» Il ajoute sur un ton plus grave cette fois-ci. «Ce n’est pas une question de ségrégation. Il ne faudrait pas insinuer ce qui n’est pas. La programmation a été très délicate et on a voulu être le plus équitable possible. » 

Monza, ce truculent rappeur, ne rate jamais l’occasion pour se jeter des fleurs. «Pour inviter des artistes étrangers, il faut avoir des contacts, avoir aussi un certain agenda. Nous, par rapport aux gens que nous connaissons, que nous apprécions et qui ont fait leur preuve à travers le monde, nous faisons la sélection. » Il cite l’exemple de Daraa-J, un groupe de Rap sénégalais. «C’est incontestablement un des groupes qui mérite d’être invité pour une première de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’. Daraa-J a fait ses preuves. Depuis plus de dix ans de Rap, ils ont été nominés à BBC Awards. » 

Par rapport au budget du Festival, Monza a finalement fini par postillonner la somme après avoir vibrionné pendant des secondes. «Ce festival, pour ce qui est de son organisation et de sa réalisation, il faudrait un budget non loin de 10 millions d’ouguiyas. » Aux nouakchottois, il leur promet une ‘grande première’. Et d’ajouter : «Nous avons une vision à long terme de ce festival. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

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( 9 mai, 2008 )

Ali Amadou Ba, comédien

Le Diable qui a séjourné à Nouakchott, c’est lui ! 

 

Ceux qui ont suivi, ce mardi 29 avril dernier au Centre Culturel Français Antoine de Saint-Exupéry, ‘Le Séjour d’un diable à Nouakchott’ de Ali Amadou Ba inspiré du roman «Que le Diable t’emporte » de Harouna Rachid Ly, écrivain mauritanien, sont restés sur leur faim. Tellement ils ont pouffé de rire qu’ils ne voulaient pas quitter des yeux Ali Amadou Ba qui incarnait le diable. Rassurez-vous : il n’a pas l’air d’un diable perdu au milieu d’une marée humaine. Il n’a fait que ressusciter le diable ! Lui, il fait partie de ces êtres spécifiques dont le métier consiste à faire plaisir et surtout à faire oublier les pesanteurs de la vie. Sacré métier  que celui de comédien ! Avec lui, on est sûr de pouvoir passer de délicieux moments de théâtre. Sur scène, il devient un autre. Ses gestes, sa démarche, son rire narquois vous charrient comme dans un monde féerique. On pourrait dire sans fourcher notre langue qu’il est impressionnant. Ouf ! Que de chemin il a parcouru pour en arriver là aujourd’hui ! 

Voilà, en effet, plus de 15 ans qu’il monte sur les planchers. De quoi pouvoir user les pieds ! Lui qui a presque grandi dans le théâtre est très écœuré de voir le théâtre en Mauritanie descendre dans les bas-fonds boueux de l’oubli. Par manque de soutien, de structures et de considération. A son avis, le développement du théâtre dans notre pays dépend de la bonne volonté des autorités qui ont en charge la culture. «C’est juste une question de volonté politique, laisse-t-il entendre sur un ton d’amertume. Si le gouvernement le décide : le théâtre peut aller très loin. » Et de donner son exemple. «Le gouvernement ne m’a jamais donné un sou pour un quelconque déplacement à l’extérieur. Le ministère de la Culture ne nous aide pas.» Le Gouvernement, ajoute-t-il, a sa contribution à apporter dans le développement du théâtre dans notre pays. «Il ne faudrait pas que des gens viennent d’ailleurs pour faire progresser des artistes mauritaniens.» Ce qu’il n’admet pas c’est que des pays comme la France ou l’Espagne continuent à assister les artistes mauritaniens qui parviennent à s’en sortir miraculeusement. Cependant, il est optimiste. Et «peut-être, dit-il, avec la volonté politique, les choses vont bouger. Pour le moment, nous n’avons pas espoir que ça aille de l’avant parce que nous n’avons aucune aide provenant des autorités. » Regrettant le fait que le théâtre ne nourrisse pas son homme en Mauritanie, il déclare : «On aimerait quand même bien vivre du théâtre.» 

Si vous n’avez pas eu la chance ou l’occasion de regarder ‘Le Séjour d’un Diable à Nouakchott’ de Ali Amadou Ba, vous avez le temps un jour de lire «Que le diable t’emporte » de Harouna Rachid Ly. ‘Le Séjour d’un diable à Nouakchott’ est une mise en scène satirique qui met à nu le vécu quotidien des nouakchottois. Grâce à un diable venu des cieux qui a décidé de séjourner à Nouakchott pendant une journée et une nuit, on va découvrir les mille et une facettes de la vie et de la ville de Nouakchott, à travers ses populations et leurs modes de vie, de transport, ses bruits, ses odeurs nauséabondes, ses habitations, ses policiers corrompus, ses problèmes, son charme nocturne, ses constructions démesurées…Même la politique y est évoquée mais de manière subtile et sournoise. Victime d’une agression pendant  qu’il se reposait tranquillement, ce diable se rendra vite à l’évidence que cette ‘ville’ qu’il découvrait pour la première fois et dans laquelle il voulût rester n’est pas un lieu sûr. Ainsi donc, il décida alors de retourner d’où il est venu… 

A la fin de la mise en scène, Ali Amadou Ba peut s’estimer heureux car, dit-il, il a réussi à faire connaître un auteur qu’il apprécie beaucoup. «Lorsque je suis allé le voir(Harouna Rachid Ly, auteur de «que le diable t’emporte », NDLR) pour lui dire que je voulais mettre en scène son roman, il me donna aussitôt son feu vert.» Et c’est dommage qu’il ne soit pas présent à la mise en scène de son roman. 

Pour adapter ce texte, il a fallu à Ali Amadou Ba 6 mois de dure labeur et de concentration. «Ça a été très difficile. J’ai voulu d’abord être fidèle au texte pour ne pas prostituer l’idée première. » Le choix de ce texte n’est pas banal car cela participait à faire découvrir nos rares écrivains. En effet, depuis 1996, date à laquelle  Ali Amadou Ba avait participé à la mise en scène de ‘La légende de Ouagadougou’ de l’écrivain mauritanien Moussa Diagana, il n’avait plus participé à la mise en scène d’une œuvre mauritanienne. «C’est un roman qui me plaît beaucoup. Ça m’a impressionné dès les premières pages et je n’ai pas voulu me séparer de ce roman.» Et c’est à partir de là qu’à germer l’idée d’adapter au théâtre ce roman. 

Son parcours est assez riche. En 2005, il participa au FESPACO. En 2007, il participe au Festival des contes mimiques de Cotonou. Il gagnera le prix du meilleur comédien étranger en jouant ‘ A vous la nuit ou ma fidélité cravachée’ de Habib Dembélé, un conteur malien. Et comme il le dit, son métier lui a permis de découvrir d’autres cultures en participant à de nombreux festivals notamment en Afrique de l’Ouest. Ayant sacrifié ses études universitaires (il est allé jusqu’en licence au département de droit à l’université de Nouakchott) au profit du théâtre, sa passion et son amour. Professionnel depuis deux ans, il a monté lui aussi son propre groupe théâtral qui s’appelle ‘Théâtre du chameau’ créé en 2006. Il a fréquenté aussi pas mal d’écoles de théâtre en Afrique(Bénin, Tchad…).   

Actualité oblige, Ali Amadou Ba compte écrire sur l’immigration clandestine des jeunes africains qui pensent que l’Europe est soi-disant meilleure que l’Afrique. «On souhaiterait apporter notre pierre à cet édifice qu’est la sensibilisation : essayer de faire comprendre à ces jeunes-là que partout où on se trouve, l’essentiel c’est de pouvoir faire quelque chose(…). » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

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( 1 mai, 2008 )

Assalamalekoum hip hop Festival

Les rappeurs mauritaniens ont désormais leur festival ! ! ! 

Du 7 au 9 mai prochain, pendant 3 jours, le hip hop mauritanien sera à l’honneur avec ‘Assalamalekoum hip hop Festival’. Ce festival verra la participation de Daara-J Family (ex-Daara-J), de DJ Gee Bayss et de Breakdance, groupes de Rap et artistes venus du Sénégal voisin. C’est déjà un pas ! Et cela s’annonce prometteur et encourageant. Les initiateurs de ‘Assalamalekoum hip hop Festival’ viennent emboîter le pas de leurs aînés qui ont initié ‘Festival International des Musiques Nomades’, ‘Festival de Poésie’, ‘Semaine Nationale du Film’… 

Cet événement est né dans l’optique de ne pas rester en marge des grandes rencontres musicales. Désormais, les rappeurs mauritaniens, à l’image de leurs frères de la sous-région, auront eux aussi leur propre festival.  Premier du genre dans notre pays, ‘Assalamalekoum hip hop Festival’ est axé sur la forme scénique des prestations des danses hip hop, du live avec Disc jockey et des formules live avec orchestre dans une dimension mauritano-sénégalaise. Ce festival sera un moment de communion entre le public mauritanien et les différents rappeurs qui se produiront à cette occasion. L’initiateur de ce projet ambitieux n’est autre que Kane Limam alias Monza. 

Le festival, comme l’ont rappelé ses promoteurs, se nourrit du pays, de ses artistes, de l’âme de ses habitants et de leur art, résolument hip hop. Au-delà de cet aspect, il permet ainsi de favoriser un espace d’expression de ces artistes et de rencontres, pour servir de pont entre les différents acteurs du mouvement hip hop des deux pays (la Mauritanie et le Sénégal) représentés au sein de cette première édition. Contribuant au raffermissement des liens existants dans ces deux pays,  l’événement proposera aussi outre les représentations, des temps d’échanges et de sensibilisation à la pratique en danse hip hop en lien étroit avec les artistes qui vont s’y produire. 

‘Assalamalekoum hip hop Festival’, soulignent ses initiateurs, a pour objectif de participer à l’effort de reconnaissance de l’esthétique hip hop mauritanien, de contribuer à la valorisation du savoir-faire en matière de promotion et de production de spectacle pour soutenir les actions de création artistiques et ainsi favoriser les volontés d’engagement en terme d’organisation. 

Les différents artistes invités se produiront au Centre Culturel Français de Nouakchott pendant 3 jours sans répit. Les initiateurs comptent populariser ‘Assalamalekoum hip hop Festival’ en l’organisant annuellement dans plusieurs endroits de Nouakchott et va s’ouvrir dans l’avenir dans les autres localités du pays, promettent-ils, en invitant des formations hip hop venues des quatre coins de la planète. 

Coté mauritanien, il y aura la participation de Franco Man, de Military Underground, de Laye B, Diam Min Tekky, MD Max et La Rue Publik. Au premier jour de l’ouverture de ce festival, il y aura une projection sur le hip hop mauritanien au CCF à partir de 18h. Une sorte de rétrospective du mouvement hip hop en Mauritanie à travers des interviews de différents acteurs de ce milieu. Ce film retracera les parcours des groupes les plus en vue dans le Rap mauritanien grâce aux témoignages des artistes, des promoteurs et du public. Les thèmes développés par le film refléteront essentiellement les difficultés rencontrées par les artistes et les structures locales mais aussi toutes les questions relatives à la structuration et l’organisation des actions en faveur du développement d’un marché de la musique potentiellement hip hop en Mauritanie. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

( 28 avril, 2008 )

Immigration clandestine

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Les déboires des demandeurs de visa mis à nu par ‘Théâtre Nomade’ 

 

Le centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry renoue avec le théâtre. C’était ce jeudi 24 avril dans la salle des spectacles du CCF. Satire, humour, tout y était pour que la soirée s’annonce truculente. Les spectateurs venus nombreux ont bien apprécié la prestation sur scène de ‘Théâtre Nomade’ qui présentait sa nouvelle création théâtrale sur l’immigration clandestine. 

 

Celle-ci met en exergue la manière scandaleuse dont les demandeurs de visas sont souvent escroqués. Cette mise en scène est l’œuvre de Wane Abdou Aziz actuellement responsable de l’ensemble des ateliers de théâtre du centre culturel français de Nouakchott et simultanément président de l’Association théâtre Nomade créé en 2004 et sous la coupole du CCF. 

Voilà presque 20 ans que Wane Abdou Aziz fait du théâtre. Plus exactement, il a commencé à partir de 1988 à Dar-El-Barka. Après avoir décroché son parchemin de l’entrée en 6ième, destination Boghé à 350 km de Nouakchott, pour y suivre ses études secondaires. C’est avec beaucoup de délectation qu’il se souvient de cette période qui marqua véritablement ses débuts dans le théâtre proprement dit. Sur une proposition du Ministère de l’Education Nationale, il joua avec ces camarades de classe, la fameuse pièce de théâtre d’Aimé Césaire récemment disparu, ‘La Tragédie du Roi Christophe’. C’était en 1996. Il était en classe de 5ième AB. 

C’est par passion et amour donc qu’il vint au théâtre. Toujours, en 1996, lorsqu’il décrocha son bac, il revint à Nouakchott pour faire ses ‘humanités’ à l’Université de Nouakchott. Par la même année, il découvrit l’existence de l’atelier théâtre du centre culturel français qui n’existe d’ailleurs plus. De là, il fera la connaissance de deux françaises, Marie Claire et Sylvie Sénéchel, formatrices à l’atelier théâtre du CCF qui lui apprirent les techniques de la mise en scène théâtrale. A son actif, il a joué plus de 24 créations et pièces de théâtre classique. Avec son groupe de théâtre, il a participé au Fest’Art de Dakar en 2005 dédié à la paix en Côte d’Ivoire. Ils y laissèrent une bonne impression. 

Son théâtre s’inspire aussi des contes africains. «C’est une façon de garder ce lien affectif purement africain et que nous voulons toujours adopter au sein de notre association », explique-t-il. «Le conte pour nous africains, poursuit-il, entre dans le cadre du respect de l’oralité africaine. Le conte, à l’époque, c’est comme l’arbre à palabres(…) C’était notre école ». 

L’Association Théâtre Nomade se tient aujourd’hui sur ses deux pieds grâce au soutien du centre culturel français. Ce dernier, de temps en temps, leur accorde des bourses de formation ou de stages en France ou en Afrique. Hormis cela, le CCF fait venir souvent à Nouakchott des professionnels du théâtre pour former nos comédiens. 

Cette association compte maintenant 3 ateliers : l’atelier des moins de 16 ans. «Dans chaque chose, précise Wane Abdou Aziz, il faut qu’il y ait une continuité. Les enfants constituent une pépinière. C’est pour nous la meilleure façon de transmettre ce que nous connaissons(…) ». 

Il y a aussi les plus de 16 ans appelés ‘amateurs’ c’est à dire qui n’ont aucune expérience. En plus de ces 2 ateliers, il y a l’atelier des professionnels qu’on identifie par leur talent et leur expérience. 

En Mauritanie, y’a-t-il vraiment un intéressement particulier de la jeunesse pour le théâtre ? «Non!, répond Wane Abdoul Aziz. Le théâtre est quelque chose de très important mais en Mauritanie, on sent que le public ne s’y intéresse pas surtout la jeunesse ». 

Il donne les raisons suivantes. «Au niveau de l’éducation, contrairement à d’autres pays, l’activité théâtrale est très peu développée dans le cadre des activités scolaires(…) même le théâtre en tant que genre littéraire n’est pas privilégié par rapport aux autres formes littéraires. Les autorités scolaires n’accordent pas d’importance à tout cela. » 

Alors que faire ? «Dans chaque établissement fondamental, il devrait y avoir un club de théâtre. De même au collège, au lycée et à l’Université(…). Quand vous dites que vous êtes comédien, les gens ne vous prennent pas au sérieux. En plus, le théâtre ne nourrit pas son homme. » 

Ainsi donc, le développement du théâtre passe nécessairement par l’éducation c’est à dire dans les établissements scolaires et universitaires en essayant de développer les clubs de théâtre. Et monsieur Wane de faire appel aux autorités pour qu’elles s’impliquent et fassent de cela un vrai combat pour que cette activité prenne pied dans notre pays. 

Dans un humour captivant, les comédiens de l’Association Théâtre Nomade ont dénoncé, posé la problématique de l’immigration clandestine et mis à nu les déboires des demandeurs de visa souvent escroqués par des profiteurs sans scrupules. Tels que les hommes d’affaires, les marabouts et les intermédiaires. «C’est des réseaux qui existent et qui sont dans la société, renseigne Wane Abdou Aziz. C’est une façon à nous de dire aux jeunes : ‘méfiez-vous et sachez où vous mettez les pieds ! D’autre part, cet argent que vous mobilisez pour aller chercher le visa, est-ce que ça vaut la peine ?’ ». 

A la question ‘Quelle est votre position sur ce phénomène’, Wane Abdou Aziz répond : «Je suis comme tout le monde. J’essaie à ma façon de participer à cette dynamique et à l’éveil des jeunes. Le métier que j’ai, cet art, je dois mettre ça au service du peuple et des citoyens pour une cause que je crois être juste, noble et que je dois défendre avec mes camarades. Aujourd’hui, si le théâtre permet de régler ces genres de situation, je me dois être obligé de passer par-là(…) ». 

Ce qui fait l’originalité de ce texte, ce n’est pas son actualité. En effet, ce qui fait l’originalité de ce texte, c’est qu’il n’a pas été écrit noir sur blanc. C’est une idée originale de Wane Abdou Aziz développée sur scène. Cette technique est appelée ‘improvisation’.   

Un véritable travail de fourmi et de longue haleine a été abattue pour en arriver là. «On a commencé à répéter, il y a 2 mois. Tout le 1ier   mois consistait d’abord à identifier le personnage des uns et des autres pour connaître leurs potentialités, leurs capacités et leurs personnalités pour pouvoir par la suite décider de répartir les rôles en fonction de ce scénario », rappelle-t-il. Ainsi donc, les rôles furent minutieusement répartis : le marabout, le demandeur de visa, l’intermédiaire, les deux espagnoles qui représentaient les services de coopération espagnole… 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

( 21 avril, 2008 )

An 1 de la démocratie

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La musique au service de la   Réconciliation Nationale 

 

Pour dire ‘choukraane’ à la jeunesse mauritanienne qui l’avait porté à la tête de la République il y a de cela 1 an, que pouvait offrir de mieux Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à cette jeunesse que d’aller dénicher des stars internationales comme Cynthia, Cheb Khaled, Coumba Gawlo Seck ou Viviane Chedid Ndour… 

 

Le stade était plein à craquer. Des milliers de personnes en majorité des jeunes venus de différents coins de la ville de Nouakchott ont répondu à l’appel de la Réconciliation Nationale. Des panneaux du genre : ‘Non au terrorisme’, ‘Notre Réconciliation est la force de notre cohésion’, ‘Une Mauritanie réconciliée avec elle-même est le garant de notre devenir’, ‘Unissons-nous dans la paix et la quiétude’, ‘La Mauritanie est comme cinq doigts de la main’…bordaient le périmètre de la pelouse synthétique du stade olympique. Déjà à 15 heures, le stade était plein ! Qu’il s’agisse de l’intérieur ou de l’extérieur, il y avait une foule immonde qui attendait. Avec une affiche alléchante, une forte et impressionnante sécurité a été déployée : la police et les sapeurs pompiers sans oublier la fameuse société de sécurité qui a fini par imposer sa notoriété, SPINET. Ayant compris que la musique est un vecteur de rencontre et de cohésion sociale, les autorités de la ville de Nouakchott ont compris cela en réunissant différents artistes venus d’horizons divers. Et pour avoir tous ces artistes, elles n’ont pas hésité à mettre la main dans la poche pour faire plaisir à la jeunesse mauritanienne. 

Placé sous le signe de la Réconciliation Nationale, le concert du 19 avril qui marquait par la même occasion le premier anniversaire de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à la tête du pays a réuni plus de 6 plombes des milliers de jeunes mauritaniens enthousiasmés. L’esprit d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même a plané durant tout le temps que le concert ait duré. Toutes les couches de la population mauritanienne sans exception étaient représentées par ses chanteurs. Ousmane Gangué pour les hal poular, Allou Allassane pour les wolofs, cheikh O. Abya pour les hassanya et Coumba Sala pour les soninkés pour ne citer que ceux-là. Les rappeurs ont bien montré, eux aussi,  encore une fois que nous pouvons compter sur eux pour faire connaître notre Rap National qui n’a plus rien à envier aux autres. De R.J. à Ewlade Leblade en passant par Number One African Salam et Military Underground, nos jeunes rappeurs se sont bien illustrés. Même si parfois, leurs critiques furent un peu acerbes à l’endroit du gouvernement. 

Avec une musique assez originale mêlant somptueusement Rap et sonorités de la musique pular, scandant ‘Tout le monde debout, les mains en l’air’ suivi par des salves d’applaudissements, l’entrée de R.J. a fait presque oublier la longue attente qui commençait à agacer le public. Dans la joie aussi, nous devons nous souvenir de ceux qui ne sont plus avec nous, comme l’inspecteur de police tué durant les affrontements entre la police et les salafistes au centre émetteur de Ksar. Une minute de silence fut observée en son honneur par Number One African Salam et tout le public, une manière de dire non au terrorisme.   

Pendant ce temps-là, le premier magistrat de la ville de Nouakchott, maîtresse d’œuvre de ce concert, le président de la CUN ne cessait d’aller et de revenir. Sacré O. Hamza, toujours au four et au moulin ! Les consignes de sécurité données par les autorités de la ville de Nouakchott furent suivies à la lettre par les forces de l’ordre. Que personne ne bouge de sa place ! Que personne ne sort, une fois, rentré au stade. Conséquence : tous les coins des tribunes étaient transformés en pissotière. Pour sortir, il fallait implorer, supplier ou racler la voix ! 

Pendant que Coumba Sala chantait, une future diva de la musique soninké si elle ne l’est déjà, un documentaire sur l’an 1 de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi se déroulait sur le tableau de score du stade olympique. Il n’était que 19 heures passées de 10 mn. 

La partie droite de la tribune officielle réservée à cette occasion aux filles a littéralement chauffé. Des cris stridents et des ovations nourries y sortaient comme une larve jaillissant d’un volcan. Pareille à une star digne de l’Amérique, Cheikh O. Abya qui succéda à Allassane Allou sur scène s’est permis de descendre sur la pelouse, dansant, courant et chantant pour se rapprocher du public qui était très éloigné du podium. Ce qui déconcertait les artistes qui aiment souvent avoir un contact millimétré avec le public. Celui que l’on nomme ‘la voix d’or’ a fait vibrer le cœur des jeunes filles avec ses morceaux d’amour très bien connus par elles. 

Tout le monde a dansé le Raï. Même certaines autorités ! Sourire aux lèvres, Cheb Khaled nous a abreuvés d’un Raï captivant. Son morceau ‘Ya Habib’ a transformé le stade olympique et lorsqu’il entonna ‘Aïcha’ que réclamait sans répit le public, ce fut l’apothéose dans la foule, semblable à une fourmilière, qui reprenait en chœur ‘Aïcha, écoute-moi !’. 

Après cette prestation du roi du Raï, ce fut la pause. Le temps de prêter une oreille attentive à celui qui est considéré aujourd’hui comme l’ami de la jeunesse, Ould Hamza, de prononcer un laïus dans lequel, il exprima toute sa satisfaction. En substance, il déclarera que ce concert marque la célébration du renouveau démocratique, de la réconciliation nationale et le retour à la fraternité entre les différentes composantes de la nation mauritanienne. Selon l’expression du président de la Communauté Urbaine de Nouakchott, c’est la liberté retrouvée et l’espoir revenu qui sont fêtés à travers ce concert du 19 avril. 

Durant plus de 12 mn, on a eu droit à une lancée de feux d’artifice. On se croirait même dans un épisode de ‘Tom et Jerry’. D’autres ont, ceux qui n’étaient pas présents au stade et qui ne suivaient pas la retransmission à la télé en live,  cru que c’était un affrontement bis entre les salafistes et les forces de l’ordre. Des bulles de lumière fascinantes partaient du ciel pour éblouir nos vues. Le tout sous des cris de joie ! 

Cynthia, ce pur produit de la star Académy française n’est pas une inconnue en Mauritanie puisque le public, notamment les filles, reprenaient en chœur et par cœur ses morceaux chantés en anglais. Chevelure décoiffée, robe blanche et véritable fée sur le podium, elle nous a offerts une superbe musique où se mêlent pop, RnB, reggae, slow, musique classique, Rockn’Roll.   

Et lorsqu’on annonça la montée sur scène de Ewlade Leblade, des cris fusaient de partout. Véritable phénomène du Hip Hop mauritanien, le spectacle de ce groupe est toujours attendu. Utilisant un langage accessible et chantant en hassanya, Ewlade Leblade a convaincu plus d’un encore ce jour-là. Adulés, les membres du groupe ont montré qu’ils étaient eux aussi là pour représenter le peuple mauritanien. Quand ils commencèrent à asséner leurs vérités que tout le monde vit, on fit en sorte qu’ils descendirent du podium alors qu’ils ne venaient de jouer qu’un seul. Car, ils commençaient à déranger ! Ce qui déplut au public qui continuait à huer et siffler pour réclamer le retour sur podium de Ewlade Leblade qui marquait là un bon point. Il s’en est fallu de peu pour que le concert ne se termine en queue de poisson. Heureusement que le président de la CUN fut prompt à réagir. 

Ayant servi seulement 3 morceaux, Ousmane Gangué, on ne sait pour quelles raisons, n’a pas véritablement convaincu le public. Il était presque minuit et demi lorsque la ‘gazelle noire’, Coumba Gawlo, en bottines, entra sur scène avec son morceau ‘Sey Dou Choix’. Elle chantera ‘Doff’, un morceau sur l’émigration clandestine. «Il faut faire très attention à l’émigration clandestine parce que c’est très dangereux. Nous voulons vous voir fonder une famille et vieillir», lance-t-elle à l’endroit de la jeunesse mauritanienne. Et lorsqu’elle demanda que tout le monde se lève et que les uns et les autres se tiennent les mains, en guise de réconciliation nationale, il fallait voir : des figures qui rechignaient à se lever. C’était vraiment ridicule. Attitude de complexés ou refus de se tenir les mains ? Malgré des couacs sporadiques d’ordre technique, la soirée a tenu toutes ses promesses. Vivi, comme on l’appelle affectueusement ici, a clôturé cette soirée. L’enfer qu’elle avait promis aux mauritaniens n’a pas eu lieu. Car, constatant que le public se retirait petit à petit, elle comprît. Il était deux heures et demi presque. En plus, il faisait froid et les jambes ne résistaient plus. 

 

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr   

       

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