( 29 septembre, 2010 )

La BM appelle la Mauritanie qui traîne les pieds à ratifier la Décision de Yamoussoukro

Ils sont au nombre de dix pays africains dont la Mauritanie à ne pas avoir signé ou formellement ratifié la Décision de Yamoussoukro. Celle-ci réclamait la libéralisation complète du transport aérien intra-africain en matière d’accès, de capacités, de fréquences et de tarifs, le libre exercice par les compagnies aériennes qualifiées des première, seconde, troisième, quatrième et cinquième libertés pour le transport aérien de passagers et de fret (ces libertés, reconnues par la plupart des accords de droit aérien international, permettent entre autres à une compagnie atterrissant dans un État étranger d’y embarquer des passagers ou du fret en provenance ou à destination d’un État tiers), la libéralisation des tarifs et la concurrence loyale, le respect des normes de sécurité établies et des pratiques recommandées par l’OACI…

A ce propos, la Banque Mondiale vient de recommander, dans une étude, aux pays africains la libéralisation du transport aérien. L’objectif étant de promouvoir leur sécurité et leur développement. D’ailleurs, dans un communiqué de presse publié à cette occasion, le 27 septembre, à Montréal, la Banque Mondiale a indiqué que « les pays africains peuvent stimuler leur propre croissance économique et leurs perspectives de développement en mettant en pratique les engagements qu’ils ont pris d’ouvrir les marchés locaux du transport aérien aux opérateurs extérieurs ».

Lors de la présentation de cette nouvelle étude de
la Banque mondiale dans la capitale québécoise, devant des experts du transport aérien qui assistaient à la conférence organisée conjointement par l’université Mc Gill (Institute of Air and Space Law) et l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), Charles Schlumberger, spécialiste principal du transport aérien à
la Banque Mondiale, a regretté l’absence d’un régime adéquat de supervision de la sécurité et de la sûreté en Afrique.

Son constat est sans appel. « À l’heure actuelle, les normes de sécurité sont médiocres dans 31 pays d’Afrique, ce qui cause davantage d’accidents d’avion que dans toute autre région du monde », a-t-il indiqué.

 Aujourd’hui, force est de constater que la plupart des pays africains n’ont pas mis en œuvre tous les engagements auxquels ils avaient souscrit dans la déclaration de Yamoussoukro adoptée en 1999. A cette époque, les 44 pays signataires s’étaient engagés à déréglementer leurs liaisons aériennes et à promouvoir des marchés régionaux du transport aérien ouverts à la concurrence transnationale. 

Dix ans, après son adoption, rien n’indique que la Décision de Yamoussoukro soit en cours d’application à l’échelle du continent. L’étude de la Banque Mondiale sur l’état du transport aérien en Afrique a révélé dans ce sens qu’un tiers des Etats africains rebutent à libéraliser leur transport aérien du fait que cela pourrait exposer les compagnies aériennes non compétitives à des normes de fonctionnement qu’elles seraient incapables de respecter.

Mais, selon l’étude de la Banque Mondiale, outre l’amélioration de la qualité et des prix du transport aérien, la libéralisation du transport aérien permettrait aux pays africains de redéployer les ressources publiques ainsi économisées vers des investissements plus favorables au développement économique.

Babacar Baye NDIAYE

( 20 novembre, 2008 )

Mohamed Fouad Barrada, chercheur en Economie: »S’il n’y a pas une vigilance de la part de nos décideurs en essayant de contrôler notre système bancaire, il peut s’écrouler »

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Mohamed Fouad Barrada est un chercheur en Economie et en même temps chroniqueur au journal hebdomadaire mauritanien « La Tribune » depuis plus de trois ans. Dans cette interview suivante qu’il nous a accordée, il donne son avis sur la crise financière mondiale qui n’a pas encore pris fin et sur les répercussions que celle-ci pourrait avoir aussi sur le système bancaire mauritanien

Le Rénovateur Quotidien : La crise financière a étalé partout ses tentacules. Les banques mauritaniennes peuvent-elles échapper à cette crise financière née des suites de la faillite des banques américaines Lehmann Brothers et autres ?

Mohamed Fouad Barrada : A ma connaissance, bien que le système bancaire mauritanien souffre de plusieurs anomalies dû essentiellement à la structure bancaire même de ce pays conçu sur la base de la connaissance, de l’intervention, du favoritisme et du clientélisme, et depuis la réforme de 1985, la Banque centrale essaie d’imposer certaines mesures et certains ratios pour contrôler le système bancaire. Il y a une imposition et une capitalisation propre pour assurer les clients.

La problématique des crises financières est due essentiellement à une prise de risques qui dépasse les normes, donc en cherchant la rentabilité. Et cela, pour que les dirigeants bancaires essaient d’avoir une rémunération en fonction du rendement.  Le système bancaire occidental actuel se base sur ce qu’on appelle la spéculation en donnant du crédit, en augmentant les rendements à court terme. Les dirigeants peuvent en profiter même ou essayer de faire profiter les actionnaires. A un moment donné, on est arrivé au seuil et le risque était vraiment dépassé. C’est ce qui a expliqué en grande partie la crise financière actuelle.

Pour ce qui est du système bancaire mauritanien, il n’est pas touché puisqu’on n’a pas une bourse où se font les spéculations. Ensuite, il y a des mesures de ratios à suivre. En plus, les banques mauritaniennes n’accordent pas de crédit aux particuliers. Souvent, on accorde du crédit à l’Etat. Et l’Etat est souvent solvable.

Le Rénovateur Quotidien : Et à votre avis, pourquoi les banques mauritaniennes accordent uniquement à l’Etat et non aux particuliers ?

Mohamed Fouad Barrada : Généralement, pour accorder du crédit, il faut des hypothèques ou une garantie. Et, on a un problème de chômage. Les employés de la fonction publique ne dépassent pas quarante mille (40.000) y compris les contractuels. Les banques accordent du crédit à ceux qui ont un salaire par exemple de plus de trente mille ouguiyas (30.000 UM) en vous accordant un prêt allant d’1 million à 2 millions d’ouguiyas. Le taux d’intérêt est très élevé en Mauritanie. Ce n’est pas comme dans les autres pays où il varie entre 1 et 3%. 

Le système bancaire des autres pays consiste à créer de la consommation en vous donnant par exemple du crédit sans garantie. Mais, une fois que tu ne rembourses pas, vous êtes considéré parmi les clients à risque. A cause de l’engouement et de la recherche du crédit, on pousse les gens à prendre du crédit rapidement.  Il arrive aussi que les gens n’arrivent pas à rembourser.

Dans notre système bancaire, ce n’est pas le cas : il n’y pas de crédit ni une société de consommation. On donne des crédits à des gens vraiment solvables. Ou sinon, on donne des crédits à des groupes. Les banques essaient d’assurer les devises pour les commerçants. A la fois, il y a des commerçants et des banquiers. La meilleure solution, c’est qu’on essaie de spécifier l’activité bancaire en dehors de l’activité commerciale. Le banquier doit servir le pays puisque la banque a une vocation sociale. Une banque doit créer de l’emploi et assurer donc le développement du pays en ouvrant partout des guichets.

Dans cet aspect, il y a une expérience très importante, c’est celle du capital-risque en Mauritanie qui peut aider la lutte contre le chômage. Ceci a poussé les américains à développer les nouvelles technologies. Une banque peut accompagner un chômeur, un employeur en lui accordant un prêt et en rentrant dans le capital de son entreprise. Tout ceci nécessite une étude de faisabilité solide qui permettra de donner une idée à celui qui cherche du prêt pour son entreprise. La banque peut accompagner le pourvoyeur d’essai pendant 5 ans.

Le Rénovateur Quotidien : Pour le cas de la Mauritanie, spécifiquement, y a-t-il des signes qui montrent que notre pays n’a pas été épargné par la crise financière internationale ?

Mohamed Fouad Barrada : Du point de vue direct, on ne peut pas être touché. Mais par contre, dans certains secteurs d’activité comme le tourisme, on peut être touché. Si les occidentaux sont frappés par le phénomène de la récession mondiale, il n’y aura pas d’affluence touristique. Un autre domaine, celui du chômage qui entraîne la diminution du PIB.

L’économie du monde ne peut pas marcher sans les parties prenantes à savoir les puissances économiques. S’il y a une chute de devise, cela peut entraîner une répercussion sur notre économie puisqu’il y a ce qu’on appelle le panier d’échanges dans la banque centrale. Si cette devise chute, il y aura des répercussions sur notre PIB. S’il y a une chute de 30% du dollar et notre transaction est d’1 dollar, notre devise va chuter de 30%. Cela peut entraîner même une diminution sur notre PIB. A long terme, cela peut nous toucher.

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on donc en déduire que les fondements de notre système bancaire sont solides ?

Mohamed Fouad Barrada : Du point de vue garantie, il n’est pas comparable au système flexible américain. Les américains font ce qu’on appelle une déréglementation abusive depuis les années 90. On ne cherchait pas à mettre des limites à l’action économique ou commerciale. C’est pour cela qu’on accorde des crédits sans vraiment contrôler le risque par client. Notre système n’est pas le même puisque ce n’est pas un système de consommation de base.

Ensuite, on ne donne pas de crédit. Mais, il y aura des répercussions par exemple au niveau des produits alimentaires et de la devise s’il y a une chute de la valeur de la devise, de la capitalisation bancaire au niveau locale. En plus, on a des implantations de banques étrangères. Et notre système ne contribue pas vraiment au développement du pays sauf l’initiative des caisses d’épargne. S’il n’y a pas une vigilance de la part de nos décideurs en essayant de contrôler  notre système bancaire, il peut s’écrouler.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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