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( 29 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Gutenberg n’a pas attendu le développement du marché du livre pour inventer l’imprimerie » Nicole Notat

J’aime voyager : découvrir la manière de vivre des populations de l’intérieur du pays, loin des tracas de la vie urbaine comme celle de Nouakchott, une ville qui pervertit nos mœurs et nos esprits. Et, sur ce point, nous avons beaucoup à apprendre des populations de l’intérieur qui se singularisent par leur modestie dans tous les sens du terme.  

C’est toujours pour moi une délectation de voyager à l’intérieur du pays à chaque fois que l’occasion se présente. Une occasion de voyage ne se refuse pas. C’est comme un cadeau offert par une amie. Ça ne se refuse pas ! 

Donc, ce jeudi 23 Octobre, j’ai embarqué, à défaut de trouver une « mercédes », à bord d’un autocar qu’on appelle communément « car » en destination de Dioudé Dièry.  Le voyage se fit en nuit. Outre que cela est plus stressant, j’aime naturellement voyager pendant la nuit : sentir l’air frais glisser dans mes narines. Le temps de faire des réflexions sur la vie, sur la situation actuelle du pays. 

Pendant, ce temps-là, ceux avec qui je voyageais (deux grandes femmes allaitant leur progéniture et trois hommes) roupillaient profondément chacun dans son petit coin. A travers ce voyage, j’ai encore réalisé combien nous étions en retard sur le plan infrastructurel, sur la perception de l’évolution de ce monde qui file pareil à un TGV. Mais, aussi, combien nous étions rétrogrades.  

La Mauritanie, contrairement à ce que pensent certains, n’est pas un pays de paradoxes. Bien au contraire, c’est ceux qui la dirigent et qui incarnent la puissance publique qui sont des hommes de paradoxes. Je me suis toujours posé des questions sans pour autant y apporter des réponses. J’en concluais que la faute venait de nos responsables politiques et militaires qui ont dirigé ce pays pendant un demi-siècle. 

Concrètement, qu’est-ce que nous avons fait pour aider ce cultivateur qui n’arrive pas à écouler sur le marché national sa récolte de melon qu’il voit pourrir sous le soleil ? Qu’est-ce qu’on a fait pour ce village du Hodh El Chargui où la population manque terriblement de l’eau potable et qui est astreinte hélas de boire de l’eau des étangs ? Qu’est-ce que nous avons fait aussi pour cet autre village du Guimakha où les femmes enceintes n’ont pas la possibilité de se faire suivre médicalement faute de poste de santé ?  

Qu’est-ce que nous avons fait pour cette fillette en âge d’aller à l’école mais qui se voit ainsi privée de son droit le plus absolu parce que tout simplement dans son village il n’y a pas d’école ? Qu’est-ce que nous avons fait en termes de réduction de lutte contre le paludisme pour réduire à 50% le nombre de décès ? Qu’est-ce que notre pays, sans pour autant nier certains acquis, a entrepris en termes de réformes institutionnelles, de justice, de lutte contre la corruption, le terrorisme, la pauvreté et de protection des droits de l’Homme ?  

C’est parfois révulsant ! Nous passons tout notre temps à vétiller, à leurrer les populations et à les miroiter des mirages que nous ne tenons jamais. Nous n’avons jamais utilisé à bon escient l’aide publique que nous recevons pour l’investir sur la population. Cette politique politicienne ne mène nulle part à part un jour vers le ras-le-bol ou la révolte.  

On ne peut pas construire un pays comme la Mauritanie sur des mensonges, sur des injustices et le favoritisme. Cette manière de gouverner, nous en avons beaucoup souffert, pendant un quart de siècle marqué par des violations massives des droits de l’Homme, par des dérives autoritaires, par une situation économique et sociale inquiétante…Et regardez où en sommes-nous arrivés aujourd’hui : un climat d’incertitude et de suspicion plane au-dessus de nos têtes. 

Depuis 48 ans, le discours politique est resté le même. Le Président qui passe plagie le précédent, utilise la même procédure, fait du réchauffé, essaie de parler comme lui. C’est un des avatars de nos hommes politiques qui manquent de nature et d’originalité. Quand est-ce qu’on aura des hommes politiques de la trempe de Barack Obama capable de faire rêver le peuple mauritanien qui est en train de vivre les pires convulsions de sa vie ? 

La santé, l’éducation, les réformes, le transport, la réduction du train de vie de l’Etat, la sécurité sociale, l’assurance-maladie, la rareté de l’eau, la lutte contre la dépendance extérieure, l’autosuffisance alimentaire…Voilà les vraies questions sur lesquelles nous devons nous pencher et auxquelles nous devons trouver, très rapidement, des réponses diligentes si nous voulons rattraper le peloton des pays émergents ou se faire respecter.  

L’intérêt de la Mauritanie a toujours été pris en otage par des hommes politiques, des hommes d’affaires et des officiers, sans vergogne et sans scrupule, dont le seul souci est de se faire de l’argent, de construire de belles villas, d’avoir des épiceries partout à Nouakchott, de vivre dans la félicité au grand mépris du peuple mauritanien.  

La Mauritanie se circonscrit uniquement à Nouakchott. Il suffit de se rendre à l’intérieur du pays pour en savoir quelque chose. On a perdu trop de temps à trouver une sortie à cette crise née du coup d’Etat du 6 août 2008. Allons, passons à autre chose pour le bonheur de tout le monde ! Sidi ou Aziz, qu’importe ! L’un ou l’autre nous est égal. L’essentiel qu’il soit capable de susciter en nous l’espoir. Mettons-nous au travail : le reste n’est que perte de temps.

Babacar Baye Ndiaye

( 26 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons » Jean Renoir 

Croyez-vous que le peuple mauritanien n’en a pas ras-le-bol de cette crise ! Croyez-vous aussi qu’il ne se demande pas quand est-ce qu’on va y sortir. Pensez-vous enfin qu’il n’éprouve pas une peur viscérale par rapport à ce qu’il entend chaque jour que Dieu fait. On en a tellement entendu parler que finalement on ne sait plus quel camp a tort ou raison. A qui se fier ! Tout ce que l’un propose, l’autre le refuse et vice versa. Et jusqu’à quand ? 

Ceux qui soutiennent le Haut Conseil d’Etat ne veulent pas entendre du retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Du côté du Front National pour la Défense de la Démocratie, on réclame le départ sans conditionnalité de Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir en rétablissant l’ordre constitutionnel.  

En attendant que la classe politique mauritanienne- y compris le Haut Conseil d’Etat- trouve, dans l’urgence et très rapidement, une solution consensuelle à cette présente crise née du coup d’Etat du 6 août 2008, il faudra faire avec Mohamed Ould Abdel Aziz, se résigner à son unilatéralisme, s’habituer à ses discours populistes et ses talk-show, ruminer son impatience… 

Même les sanctions américaines ou autres tentatives de destabilisation (au sein de ceux qui le soutiennent) ne le feront pas fléchir. Il ne sera pas facile, pour le Front National pour la Défense de la Démocratie ou la Communauté Internationale, de le tirer par le bout du nez ou de le traîner dans la boue. Il l’a démontré durant deux mois qu’il a passés à la tête de l’Etat et du pays. Malgré les intimidations, brandies çà et là, il garde toujours son sang-froid en montrant qu’une éventuelle mise à l’écart de la Mauritanie sur le banc international ne l’ébranlerait guère. 

Excusez du peu mon intention de déconcerter : le Front National pour la Défense de la Démocratie est en train de poursuivre lamentablement une cause perdue d’avance. Les responsables de ce front manquent d’audace. Ils ont raté l’occasion de tordre le cou de Mohamed Ould Abdel Aziz le 5 Octobre dernier. Ils savent mieux que quiconque, à eux seuls, ils ne peuvent rien faire contre Mohamed Ould Abdel Aziz. Même si ce dernier a commis, certes, des erreurs impardonnables. Aussi ne sont-ils pas obligés de se tourner vers la communauté internationale pour qu’elle fasse le travail à leur place. Ils comptent sur cette Europe-là capable de vendre son âme à n’importe quel prix pourvu que son intérêt soit cautionné. 

Ce qui intrigue le Front National pour la Défense de la Démocratie, ce n’est pas le fait que Abdel Aziz ne veuille pas rétablir l’ordre constitutionnel encore moins libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ou qu’il assure cette période de transition. Ce qui l’intrigue : c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz veuille demeurer au pouvoir ou se présenter à une éventuelle élection présidentielle.  

Fort de sa position de maître du bord, notre général semble se gausser de ses irréductibles adversaires qui voudraient obtenir de lui la caution qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle de 2009- ce qu’il n’a pas encore promis laissant les supputations les plus démentielles aller bon train, surtout après sa visite à l’hôpital national et à « El Haye Essaken », que certains ont analysé à tort ou à raison, comme des signes de campagne pré-électorale. Ce dont on est sûr, c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz va fermer cette page transitoire qu’il a ouverte. Et les responsables du FNDD devaient plutôt chercher d’abord à libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi que de chercher à demander le départ de Aziz qui n’est pas prêt à se décharger de sa fonction de Président du Haut Conseil d’Etat. 

Il sait que le peuple mauritanien raffole de discours dans lesquels on prône le redressement de l’économie, du pays, la répartition équitable des richesses entre les citoyens, la lutte contre l’esclavage, la consolidation de l’unité nationale…Il sait aussi que les occidentaux aiment entendre des discours dans lesquels on prône la lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine, le respect des droits de l’homme, la bonne gouvernance et patati patata.  

Depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Ould Abdel Aziz n’a exhibé aucun signe de disposition et de bonne volonté de rétablir l’ordre constitutionnel  ou de réhabiliter, ce qu’il ne veut pas entendre lui et ses partisans, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, dans ses fonctions de Président de la République. Aussi le moment ne serait-il pas venu pour lui de tenter de dialoguer avec le Front National pour la Défense de la Démocratie.  

Est-on en train de vivre les pires convulsions de notre histoire politique et sociale ? Après la confiscation du pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu par la majorité des mauritaniens et la restriction des libertés civiles et politiques, Mohamed Ould Abdel Aziz veut franchir un nouveau palier : s’imposer convaincu qu’il est investi par le destin de lutter contre le terrorisme et d’assurer à
la Mauritanie et au peuple mauritanien leur développement économique et social.  

Cette manière de gouverner, nous en avons beaucoup souffert, pendant un quart de siècle. Mohamed Ould Abdel Aziz a réussi, on ne sait comment, à mettre sous son joug l’armée, la police, la garde nationale et la gendarmerie. La semaine dernière, le général a consacré une réunion de travail, nous dit-on avec le Ministre de
la Défense et les principaux chefs de l’armée nationale. 

Depuis 48 ans, le discours politique est resté le même. Le Président de la République plagie son prédécesseur, utilise le même protocole, fait du réchauffé, essaie de parler comme lui. C’est un des avatars de nos hommes politiques qui manquent de style, de nature et d’originalité. Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas dérogé à cette règle. Pire encore, il reproduit les mêmes méthodes qui l’ont poussé à kidnapper Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Mais, certains dérapages se paient cash. Cela est immanquable !  

La bataille de l’opinion a assez duré entre le Front National pour la Défense de la Démocratie et les nouvelles autorités de ce pays. Il est temps maintenant d’observer une trêve et de permettre à chaque partie de souffler ! Les possibilités de sortir de cette crise existent. C’est à notre classe politique et au HCE de les trouver.

Par Babacar Baye Ndiaye

( 13 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«La soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme » Nicolas Machiavel

Combien de délégations ont été dépêchées par la France, les Etats-Unis d’Amérique, les Nations-Unies, l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Unité Africaine à Nouakchott pour trouver une sortie de crise à la situation actuelle que traverse la Mauritanie ? C’est tristement malheureux ce qui est arrivé ou en train d’arriver à notre pays. Le responsable n’est autre que Mohamed Ould Abdel Aziz, le premier officier de l’armée mauritanienne à être promu au rang de général. 

A l’image de la Chine, de la Guinée, de la Tunisie, de la Birmanie, la Mauritanie peut être maintenant classée dans ces dictatures, après une éclaircie de 3 ans, où on n’a pas le droit de s’égosiller sa désapprobation, de manifester son ras-le-bol, de défendre ses opinions…  

La marche avortée du Front National pour la Défense de la Démocratie du 5 octobre et de celle des centrales syndicales deux jours après a remis à jour les vieux réflexes du pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya où la répression était sa manie, la justification de l’existence de son pouvoir ! Il a révélé à n’en pas douter l’utilisation de la manière forte avec laquelle compte diriger ce pays Mohamed Ould Abdel Aziz. 

Museler les partis politiques qui ne l’applaudissent pas, terrifier les récalcitrants, bâillonner la presse qui voudrait se dresser en rempart contre lui, tel semble être la volonté de Mohamed Ould Abdel Aziz et de son gouvernement. Et de quoi ont peur les nouvelles autorités lorsqu’elles déclarent qu’elles vont interdire toutes sortes de manifestations ?  

Manifester est un droit reconnu par notre charte fondamentale. Sans doute, Mohamed Ould Abdel Aziz ne l’ignore pas. Il est en train malheureusement de s’inscrire dans la lignée des grandes dictatures que ce monde a enfantées. Sa police ne tergiverse pas à canarder des manifestants à coup de grenades lacrymogènes et à utiliser des matraques et des tasers.  

Tout ceci pour humilier, brutaliser qui est même l’essence de nos forces de l’ordre. La meilleure manière de demeurer au pouvoir, c’est d’intimider ses adversaires, les annihiler au néant. C’est de trucider dans l’œuf toute expression d’adversité ou désapprobation émanant de la population, des partis politiques, des travailleurs et de la société civile. Et, sur ce point, le général ne cesse de nous surprendre.   

De Pinochet à Robert Gueï, les régimes militaires n’ont jamais tenu face à l’épreuve du temps. Ne dit-on pas souvent qu’il faut savoir tirer les leçons de nos erreurs. Mohamed Ould Abdel Aziz semble en outrepasser pensant qu’il peut dribler tout le monde. Tous les militaires, excepté Thomas Sankara, ont échoué dans leur entreprise de former un nouvel ordre étatique et républicain.  

Mohamed Ould Abdel Aziz, même s’il est venu au pouvoir pour rectifier, il ne comprend rien de l’Etat, de l’administration, de la République et ne croit pas aux valeurs démocratiques. Avec une police nerveusement armée de matraques, de tasers et de grenades lacrymogènes, Mohamed Ould Abdel Aziz pense pouvoir avoir la main mise sur la situation actuelle qui prévaut dans le pays.

Les mauritaniens, ayant beaucoup souffert des excès de nos militaires, sont en train de payer un lourd tribut. Après avoir quitté en 2007, ils reviennent pour mettre le feu sur la paille. On n’aurait dû jamais se retrouver à cette situation. Et, bizarrement, nos hommes politiques n’ont jamais osé faire face à ce problème, fuyant ainsi leur responsabilité.  

Si les militaires décident de rester, c’est sûr qu’ils vont rester. Par contre, ceux qui pensent que le coup d’Etat du 6 août 2008 fut une bénédiction se gourent lourdement. Je serai le premier à applaudir si Mohamed Ould Abdel Aziz, en réussissant à rester au pouvoir, parvenait à améliorer les choses, à réduire les dépenses excessives de l’Etat, à lutter contre le favoritisme, à augmenter les salaires et à anéantir les contrecoups de la cherté de la vie.  

A l’image de la classe politique, de la société civile et des organisations des travailleurs, le peuple mauritanien est dubitatif et ne sait pas toujours de ce que demain sera fait. Il nous faut un Président de la République qui inspire la confiance. Or, Mohamed Ould Abdel Aziz, jusqu’à preuve du contraire, ne fait pas l’affaire pour parler prosaïquement.  

Le général semble intrépide et inamovible. Lui qui veut conserver toutes les commandes du pays, jusqu’où est-il prêt à aller ? Déjà, il a fini par installer ses sbires à tous les postes de nomination stratégiques. Hélas, nous risquons de nous acheminer vers l’établissement d’une dictature militaire où les libertés publiques seront restreintes. Notre général est prêt à tout même à sacrifier la Mauritanie, le peuple mauritanien pour rester au pouvoir.  

L’obstination est souvent scabreuse. Que Dieu nous en préserve. Ceux qui disent que Mohamed Ould Abdel Aziz est venu au pouvoir pour «rectifier» n’ont rien compris de ses intentions. Il les utilise comme on en fait avec une serpillère ou un «Kleenex ». 

On le sait : les militaires ne sont pas du genre à tenir leurs engagements. Maouiya, Mobutu, Castro, Saddam Hussein, Lansana Konté…en sont des illustrations. Comme Churchill qui déclarait à la fin de la seconde guerre mondiale : «nous avons tué le mauvais cochon » en parlant de l’Allemagne nasie, nous pouvons dire de Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il a tué la démocratie à cause de son avidité pour le pouvoir.

Par Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Je sais que tu peux te battre, mais c’est ton esprit qui fait de toi un homme ». Mel Gibson 

Quel est l’Etat d’esprit de Mohamed Ould Abdel Aziz à 48 heures seulement de la date d’expiration de l’ultimatum du Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine  adressé à la junte militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel ?  

La crise actuelle est loin de s’effilocher. En dépit de cela, du côté du Front National pour la Défense de la Démocratie comme de celui de ceux qui soutiennent le Haut Conseil d’Etat (HCE), il a été implicitement reconnu que l’intérêt de la Mauritanie, c’est de sortir de cette crise. Cependant, chaque camp continue à bivouaquer sur ses positions, refusant de faire ou d’accorder la moindre concession à l’autre partie. Dans ces conditions-là, peut-on sortir de l’impasse actuelle en refusant de discuter d’égal à égal, sans fioritures, autour d’une table ? 

Au rythme où vont les choses, personne n’a intérêt à jouer la carte du refus du dialogue politique. A partir de là, tout devient possible pour paraphraser le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Le temps presse et joue en défaveur du Haut Conseil d’Etat. Allons, cher Mohamed Ould Abdel Aziz. C’est le moment et maintenant ou jamais. Et, puis, il ne faut pas penser que négocier ou bien dialoguer avec le Front National pour la Défense de la Démocratie et la Communauté Internationale vous aplatira. Dans la circonstance actuelle, n’écoutez pas votre superbe. Elle risque de vous trahir. Et, le Diable aura raison sur vous ! Il est de votre devoir d’accepter de discuter avec le FNDD dans l’optique de sortir de cette crise qui n’a que trop durer.  

De ce dialogue, pourrait naître, comme préconisé dans la résolution du Parlement, la formation d’un gouvernement de large consensus impliquant toutes les parties impliquées de prés ou de loin à cette crise, le temps de gérer cette période de transition. On esquiverait ainsi à la Mauritanie le pire.  

Les raisons ayant amené, nous dit-on, Mohamed Ould Abdel Aziz à pousser à la porte Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu démocratiquement, c’est pour sauver la Mauritanie de la gabegie, des pratiques de corruption, du clientélisme, de l’exclusion, du blocage des institutions démocratiques et de l’appareil d’Etat dans son ensemble.  

Les partisans de Ould Abdel Aziz ne cessent de s’égosiller depuis le 6 août dernier : la Mauritanie aurait pu frôler la catastrophe si Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’était pas éjecté de son fauteuil de Président de la République. Au fil des jours et des récents développements de l’actualité politique, on aura compris que c’est un fallacieux prétexte que nous ont servi ce que le Front National de la Défense de la Démocratie appelle les «députés supplétifs des militaires putschistes ».  

Leur plat a refroidi sous l’effet des pressions de la Communauté Internationale. L’ultimatum du Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine expire ce 6 Octobre 2006. Et, jusqu’à présent, le Haut Conseil d’Etat n’a pas manifesté une quelconque expression de sa bonne disposition à rétablir l’Ordre Constitutionnel. Le Haut Conseil d’Etat semble jouer la carte de la défiance. Une manière pour lui de voir jusqu’où le Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine est prêt à aller dans sa démarche visant à sanctionner la Mauritanie. 

L’obstination et l’entêtement des initiateurs du «mouvement de rectification » du 6 août 2008 ont fini par exacerber la Communauté Internationale. Le HCE est en train d’échafauder sa propre sépulture. Pensant qu’il agit dans le bon sens, le HCE est en train de s’acheminer vers une situation dont il aura du mal à s’en tirer. Il fourbit ses armes estimant aussi que l’affrontement ne sera que de courte période.  

Face à l’ultimatum du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africain, deux options se présentent devant le Haut Conseil d’Etat : le CSP de l’Union Africaine peut réviser son ultimatum et revenir à de meilleurs sentiments en laissant le Général Mohamed Ould Abdel Aziz mener à terme la période de transition actuelle. En contrepartie, si et seulement si, par exemple, le Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine obtient des garanties de la part de la junte militaire comme par exemple, comme il a été toujours demandé, la libération de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi assigné à résidence surveillée depuis le 6 août 2008.  

Maintenant, au cas où le Haut Conseil d’Etat ferait les sourdes oreilles, le Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine serait obligé avec l’accompagnement de la Communauté Internationale sous le couvert des Nations Unies de sanctionner la Mauritanie en procédant à un embargo.  

Les autorités savent mieux que quiconque les contrecoups d’un embargo sur la Mauritanie avec tout ce que cela implique comme conséquences. Peu de pays ont pu tenir. Irak, Cuba…constituent des exemples L’autre alternative serait d’intervenir militairement comme cela a été le cas aux Iles Comores. Cette option est moins évidente. Toutefois, rien n’est à écarter. Au cas où ce cas de figure se présenterait, Mohamed Ould Abdel Aziz serait-il tenté de faire la résistance pour faire face à une intervention militaire ? Que Dieu préserve la Mauritanie…

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Si tu savais changer de nature quand changent les circonstances, ta fortune ne changerait point. » Nicolas Machiavel 

Nous souffrons et nous continuerons certainement à souffrir. A souffrir d’un système politique échafaudé, de toutes pièces, sur le mensonge, la vilenie, les coups bas, la mesquinerie, l’exclusion systématique, les intrigues, le sang, le culte de la personnalité…On pensait que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi allait changer cela. Je l’ai cru, comme certains mauritaniens, car il avait esquissé quelques initiatives et réformes. Mais voilà…Voilà que survient le Coup d’Etat du 6 août 2008. Un coup d’Etat que rien ne justifiait quelques soient les allégations tenues.  

La crise politique qui secoue notre pays depuis plus de 3 mois a révélé un système politique défaillant et aléatoire. Et, nos hommes politiques, ceux-là même censés apportés des clarifications à nos questionnements, n’ont pas nécessairement pris le temps de réfléchir véritablement et sérieusement sur l’efficacité et la viabilité de nos institutions.  

Malgré l’ultimatum du Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine, certaines personnalités politiques favorables au Haut Conseil d’Etat militaire continuent à afficher leur détermination à soutenir ce dernier. Quelque soit le prix à payer dans cette décision ! Les sbires du «mouvement de rectification» s’accrochent à leur fantaisie et à leur idéalisme politique. Rien de plus lamentable pour une République de surcroît un Etat de droit que de vilipender ses acquis démocratiques au grand mépris des intérêts des populations.

Ils sont en train de jouer avec l’avenir de ce pays. Le drame, dans tout cela, on prétend servir le peuple mauritanien. C’est un fallacieux prétexte pour pouvoir demeurer au pouvoir. Mesurent-ils vraiment l’ampleur et l’amplitude des éventuelles sanctions qui pourraient tomber sur la Mauritanie ? Non, ils ne le mesurent pas ! Peut-être, se disent-ils, ce n’est pas encore le temps de remettre les pendules à l’heure. Doit-on continuer à ensevelir la réalité des choses ou attendons tout bonnement que la situation devienne catastrophique qui n’épargnera personne pour qu’on réagisse en jouant les bons offices ?

La bouée de sauvetage sur laquelle compte s’agripper le Haut Conseil d’Etat et ses sbires aux attitudes de benêt, c’est probablement les journées de concertation prévue en Octobre. N’est-ce pas là une diversion, une manière de ne pas envisager d’autres perspectives de sortie de crise qu’à travers de telles journées dont on ne sait pas avec exactitude si tous les partis politiques (pro-putschistes ou légalistes), la société civile, les Organisations syndicales, les partenaires au développement y prendront part.  

Face aux pressions de la France, des Etats-Unis d’Amérique, des Nations Unies, de l’Union Africaine, le Haut Conseil d’Etat semble trouver la bonne formule en espérant que cela marche : résister ! Le général Mohamed Ould Abdel Aziz a exclu ce 27 septembre toute possibilité de retour au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Cela traduit sa détermination à demeurer au pouvoir et un certain obscurantisme qui caractérise sa personnalité. De leur part aussi, les parlementaires pro-putschistes ont exprimé ce 26 septembre leur rejet absolu des résolutions du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.  

Un régime militaire, c’est comme une bergeronnette. Ce n’est bon à rien. Ni à chanter ni à manger. Tout ce qu’elle sait faire, c’est de remuer la queue. Les sbires de Mohamed Ould Abdel Aziz veulent nous aveugler et s’aveugler eux-mêmes. Au lieu de se servir de leur tête, ils se servent de leur cœur. Pour combien de temps encore ?

Au bout d’un certain temps, lorsqu’on est têtu et obstiné comme nos pro-putschistes, le sentiment d’avoir raison vous envahit et vous gonfle. Ça devient une arme fatale ! Si l’on ne fait pas gaffe, l’issue de cette crise risque de nous donner des cauchemars. Pour une bonne simple raison : Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas prêt à quitter le pouvoir comme peuvent en témoigner ces propos tenus ce samedi 27 septembre à l’Hôpital National de Nouakchott en réaction à l’ultimatum du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.  

Mohamed Ould Abdel Aziz sait parfaitement que le temps n’attend pas. Dans la foulée, même les médias officiels sont mobilisés dans l’amadouement de l’opinion publique nationale. Tout cela pour montrer que le peuple est avec le HCE. Certaines dépêches de l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI) ont frisé le ridicule.

Désormais, la peur s’installe dans le camp du HCE et de ceux qui le soutiennent. Certaines personnalités de la Société civile, certains oulémas, imams de mosquée…sont utilisés malgré eux comme des moutons de panurge, avec en retour, une contrepartie financière. Le HCE est en train de vider les caisses de l’Etat pour sauver sa peau. Le commissaire européen des pêches, Joe Borg, a des raisons d’être suspicieux sur l’utilisation par la junte militaire de la contrepartie financière de l’accord de pêche qui lie la Mauritanie et l’Union Européenne.

Babacar Baye Ndiaye

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