( 27 septembre, 2008 )

Convocation de Khattou Mint El Boukhary au Sénat: »Illégale et constitue un flagrant délit » dixit Me Lô Gourmo

Les avocats de la fondation KB à savoir Me Lô Gourmo Abdoul et Moulaye Ghali Ould Moulaye Ely n’ont pas mis de temps pour réagir suite à la convocation orchestrée à la six-quatre-deux par le Sénat de l’épouse du président déchu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Khattou Mint El Boukhary, par ailleurs, présidente de la fondation KB, objet d’une enquête sénatoriale.

Au cours d’une conférence de presse tenue ce vendredi 26 septembre, Me Lô en compagnie de son collègue avocat s’en est ouvertement pris à ceux qui ont conduit l’ancienne première dame au Sénat. «Ce qui s’est passé (ce jeudi 25 septembre) est d’une extrême gravité », constate Me Lô Gourmo en fustigeant la méthode qui a été utilisée par le Sénat pour convoquer Khattou Mint El Boukhary. Ainsi donc, avec cette convocation, la Commission d’enquête sénatoriale, dont les membres viennent de prêter serment,  passe à la vitesse supérieure : obtenir des aveux de la part de Khattou Mint El Boukhary, sur la gestion et les modes de financement de sa fondation.

Pour amener Khattou Mint El Boukhary devant la Commission d’enquête sénatoriale, les éléments de la garde nationale et de la police nationale furent mobilisés comme dans un Polar. Ce comportement digne d’un Etat policier et militaire traduit aux yeux de Me Lô Gourmo la faillite et l’effondrement de l’Etat de Droit en Mauritanie. «On est en train d’assister à un trou noir des libertés dans lesquelles nos droits se sont engouffrés », regrette-t-il.  Dramatisant la manière dont l’épouse du président déchu a été convoquée, Me Lô Gourmo y voit déjà le début d’une clochardisation de nos institutions représentatives. 

Première du genre, la convocation de Khattou Mint El Boukhary, a rappelé Me Lô Gourmo, est un véritable cas de conscience. «On n’a jamais vu un Sénat dans le monde où il y a des immunités dans lesquelles ce qui s’est passé ce jeudi auraient pu se passer. Un Sénat dans lequel, une police s’installe, une garde s’installe pour frapper, chasser les gens y compris des sénateurs empêchés d’accéder (au Sénat). » 

A en croire Me Lô Gourmo qui se base sur une série de faits qu’il a qualifiés d’extrême gravité, la convocation de Khattou Mint El Boukhary au Sénat ne restera pas sans conséquence juridique. «Il y a une introduction abusive de la part d’individus (les éléments de la police) dans le demeure de la première dame sans mandat ni aucun ordre de quelque autorité reconnue dans ce pays », renseigne Me Lô Gourmo en faisant savoir que c’est un acte puni par le Code de Procédure Pénale. 

Pendant des heures, après son audition par les membres de la Commission d’enquête sénatoriale, Khattou Mint El Boukhary fut séquestrée dans l’une des salles du Sénat. «Ce n’était donc plus une chambre de Sénat. C’était une prison, une prison illégale par conséquent. Et, c’est extrêmement grave », souligne Me Lô Gourmo. «Ensuite, poursuit-il, on lui a fait subir un interrogatoire par des individus qui n’ont aucune qualité à le faire. Même à supposer que nous reconnaissions que cette commission est légale, elle n’a pas actuellement de règlement intérieur légal qui puisse justifier une procédure quelconque par laquelle ces membres peuvent agir. C’est une commission qui existe nominalement. Mais, qui n’a pas de procédure de fonctionnement. Par conséquent, les individus qui se sont adonnés à cet interrogatoire sont apparus comme des individus qui ont procédé à des interrogatoires de police. » 

Pire encore, les membres de la Commission d’enquête sénatoriale ont refusé que Me Lô Gourmo et Moulaye Ghali Ould Moulaye Ely assistent leur cliente, Khattou Mint El Boukhary durant son interrogatoire. En outre, les avocats ont révélé que l’interrogatoire s’est fait sur des pressions psychologiques. «C’est presque de la torture », s’écrie Me Lô Gourmo. «La loi mauritanienne donne droit à chaque citoyen mauritanien le droit de se faire assister par un avocat. C’est pour le témoignage. Sinon, on peut me faire dire du n’importe quoi. On peut dire également que j’ai dit n’importe quoi », rappelle-t-il.  

Les avocats de la Fondation KB ont fait savoir aussi au cours de cette conférence de presse qu’ils vont porter plainte contre les membres de la Commission d’enquête sénatoriale pour que leur immunité soit levée, car, en procédant à la séquestration de Khattou Mint El Boukhary, ils ont commis un flagrant délit. 

Si l’on s’en tient aux assertions de Me Lô Gourmo, Khattou Mint El Boukhary, à la suite de son audition (qui a duré plus de 6 tours d’horloge) par les membres de la commission d’enquête sénatoriale chargée de faire la lumière sur la provenance des fonds de la Fondation KB, a eu des ennuis de santé. « Ça a été extrêmement pénible et perturbant », a-t-il révélé.  

Babacar Baye Ndiaye  

Déclaration de Khattou Mint El Boukhary 

Le 24 Septembre 2008, aux alentours de 11h, plusieurs individus se présentant comme des policiers se sont introduits par force dans notre domicile familial, sans aucune autorisation ni mandat de quelque nature que ce soit. Après avoir bousculé des membres de la famille et proféré des grossièretés, ces individus aux allures inquiétantes m’ont trouvé dans ma chambre à coucher et ont voulu m’obliger à les suivre vers une destination inconnue. Devant leur attitude de provocation manifeste, j’ai été amenée à les suivre sans aucune indication du lieu de destination, encadrée par des policiers en tenue. Dehors, un dispositif impressionnant de police bouclait entièrement le quartier et empêchait toute entrée ou sortie. Un convoi de six véhicules remplis de policiers en tenue s’est ébranlé et nous a déposé au Sénat. Sur place, mes deux avocats, Me Lô Gourmo Abdoul et Moulaye Ghali Ould Moulaye Ely nous ayant rejoint en même temps que de nombreux citoyens dont des parlementaires, venus aux nouvelles ont été évacués de force du Sénat par des dizaines de garde et de policiers directement aux ordres de «sénateurs » se présentant comme des membres d’une «commission d’enquête ». L’un de mes deux avocats, Me Lô Gourmo a été rudoyé. Après l’évacuation de mes avocats, empêchés de m’assister, je suis restée seule en face des individus soi-disant membres d’une «commission d’enquête » qui semblait réciter une leçon sans conviction et qui, à tour de rôle, m’ont posé des questions de caractère général sur la Fondation, sans se référer à aucun fait précis. Du fait de l’illégalité manifeste de cette «commission » et des conditions de grave violation des libertés et droits à l’occasion de mon enlèvement et vde ma séquestration, j’ai refusé de me prêter à la farce de cette «audition à huis clos ». Je n’ai répondu à aucune des questions posées malgré toutes les tentatives inquisitoriales des membres de cette «commission ». Après plus de 6 heures de séquestration dont tout juste une dizaine de minutes d’ «interrogatoire » et de tentatives maladroites de m’enregistrer, j’ai été relâchée sans autres explications. De cette grave violation des règles élémentaires de l’Etat de droit, il apparaît clairement que l’intention des instigateurs et exécutants de cette farce est de créer un climat de peur et suspicion de nature à décourager toute résistance à l’action de force et à la mise de l’échec cuisant de leur tentative de se servir de la Fondation et de ses principaux responsables en cause de l’ordre constitutionnel. C’est une preuve supplémentaire comme bouc émissaire pour justifier et faire accepter leur forfait.

Fait à Nouakchott, le 26 septembre 2008

( 27 septembre, 2008 )

Le mutisme de Ely sur la crise actuelle, la liberté d’expression, les mouvements de soutien au HCE…au menu des discussions entre la presse indépendante et les responsables du FNDD autour d’un Ftour

Autour d’un Ftour, les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) ont dégouliné toute leur amertume sur le dos du Haut Conseil d’Etat dirigé par le Général Mohamed O. Abdel Aziz, tout en bivouaquant sur leur position : le retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi au poste de Président de la République. La Mauritanie, depuis le coup d’Etat du 6 août dernier, est divisée en deux camps : les pro-putschistes et les légalistes. Ceci a créé un climat de tiraillements, de confusion dans l’esprit des populations et de chasses croisées entre ces deux camps. «Nous ne sommes pas à l’origine de ce qui s’est passé », a dégagé d’un revers de la main Boïdiel Ould Homeïd, ancien ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République et actuel Secrétaire Général du parti PNDD-Adil.

Cette rencontre informelle entre la presse indépendante et les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) fut une occasion de parler du rôle que doit mener la presse nationale mauritanienne dans la crise politique actuelle que traverse la Mauritanie, faute de dépassement et surtout de dialogue franc entre les interlocuteurs, chacun renvoyant la responsabilité sur le compte de l’autre camp.

Après avoir salué la présence de la presse à ce Ftour, Boïdiel Ould Homeïd a souligné la nécessité pour la presse nationale de participer à l’amélioration de notre système politique en y jetant un regard critique par rapport à ce que nous vivons présentement et ce qui a été réalisé par les régimes précédents c’est-à-dire sur notre expérience démocratique.

Entre les journalistes et ceux qui réclament vaille que vaille le retour de la légalité constitutionnelle, l’atmosphère était plutôt détendue et bon enfant. Certains responsables même du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) en ont profité pour dévoiler leurs qualités d’humouristes.

Plus qu’une rencontre informelle, le Ftour organisé solennellement par le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) était destiné à faire les yeux doux à la presse écrite indépendante. D’ailleurs, ce ne sont pas les éloges qui ont manqué, ce 25 septembre à l’hôtel Chinguetty Palace (Pub gratuite). «La liberté de presse est un bien précieux pour la démocratie. Il faut que la presse soit libre. Mais, il faut qu’elle soit aussi sérieuse pour qu’elle soit responsable. Il faut qu’elle soit courageuse, qu’elle fouille et dise la vérité », lâche Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’Alliance Populaire Progressiste qui n’a pas manqué de souligner, en citant Nelson Mandela, que la presse doit tenir un rôle de redresseur vis-à-vis des acteurs de la vie publique.

Aujourd’hui, la Mauritanie est dans une mauvaise passe. Et, est-ce que le Front National pour la Défense de la Démocratie(FNDD) serait-il disposé à faire des concessions pour sauver notre pays d’une situation inextricable qui compromettrait son unité nationale et sa cohésion sociale ?

Les responsables du FNDD ont préféré renvoyer la réponse au Haut Conseil d’Etat (HCE) et à ses thuriféraires qu’ils accusent d’usurpateurs. Sur ce point, Boïdiel Ould Homeïd a fait savoir qu’il n’y a pas de dialogue à engager avec le HCE. En outre, les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) ont fustigé l’exploitation pernicieuse et abusive que le Général Mohamed Ould Abdel Aziz est en train de faire de notre charte fondamentale.

Depuis le coup d’Etat du 6 août dernier, l’ancien président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) n’a pas fait de déclaration officielle pour condamner ou approuver ce coup d’Etat. Mieux encore, depuis son retour de l’extérieur, il s’est emmuré dans un silence imperceptible. Et, cela inquiète les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD). «Est-ce que vous avez entendu parler d’une quelconque expression de Ely sur ce sujet, sur ce qui se passe actuellement. Lui ! On dit que c’est le père de la démocratie mauritanienne. Et, l’enfant est en train d’être malmené. Donc, son papa doit crier, doit réagir », déclare Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des Forces de Progrès, avec beaucoup d’ironie.

Toujours, en marge de ce Ftour, les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) s’en sont pris ouvertement au Qatar, au Soudan et à la Libye qui ont adressé des lettres de félicitation récemment au Haut Conseil d’Etat. «On vient d’avoir une véritable tragédie et ce n’est pas le moment d’adresser des félicitations. Ils devaient plutôt envoyer des condoléances », a dit Ould Maouloud en qualifiant cela de «bourde diplomatique ».

Etaient présents à ce Ftour, Jémil Mansour, président de Tawassoul, Ba Mamadou Allassane de Plej et Abdoulaye Mamadou Ba, ancien conseiller et porte-parole à la Présidence de la République avant le coup d’Etat militaire du 6 août 2008. Mais, ils n’ont pas la parole ! Après la bataille populaire, le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) s’engage maintenant dans la bataille médiatique en faisant les yeux doux à la presse indépendante. Plus malins qu’eux, tu meurs !

Babacar Baye Ndiaye

( 19 septembre, 2008 )

Déçu par l’attitude du Haut Conseil d’Etat:Le Gouvernement américain n’exclut pas des sanctions ciblées

Mark Boulware, ambassadeur des Etats Unis d’Amérique en République Islamique de Mauritanie, commence à perdre patience et à se départir de son sang-froid face à l’attitude d’indifférence imperturbable de la junte militaire au pouvoir depuis le 6 août dernier.

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A l’occasion d’une conférence de presse, tenue ce 28 août, la deuxième depuis l’arrivée du général Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir, le diplomate américain a réitéré la position du gouvernement de son pays par rapport à la situation actuelle que traverse la Mauritanie tout en soulignant «le besoin urgent » de trouver une solution rapide à cette crise sans précédent. 

Dès les premières heures du coup d’Etat du 6 août 2008, les Etats-Unis d’Amérique et la France furent les premiers pays à rejeter l’arrivée au pouvoir des militaires. Depuis ce jour, le gouvernement américain n’a cessé de faire pression auprès de la junte militaire pour que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi soit libéré et rétabli légalement dans ses fonctions présidentielles et que Yahya Ahmed Ould Waghf soit relâché à nouveau. Et, surtout, rejeter l’idée d’organiser de nouvelles élections présidentielles et législatives/sénatoriales. Peut-être pour des raisons d’ordre financier. Car, une élection mobilise d’importants fonds. En plus, cela fait à peine deux ans que la Mauritanie avait organisé des élections à l’issue desquelles Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été élu Président de la République. 

Pour le moment, la junte militaire au pouvoir semble sourde aux demandes et appels de la communauté internationale et notamment Washington qui n’écarte pas, selon les propos de son représentant à Nouakchott, Mark Boulware, de suspendre jusqu’à nouvel ordre leur assistance technique à la Mauritanie en allouant les fonds à d’autres pays. «On est profondément déçus par le manque de progrès dans la restauration de l’ordre constitutionnel et dans la recherche de solution politique à la situation actuelle en Mauritanie », s’indigne Mark Boulware. 

Face au jeu de cache-cache des militaires pour gagner du temps, Mark Boulware est sans équivoque. «On n’exclut pas la possibilité de sanctions ciblées contre les individus militaires et civils qui sont des obstacles au retour d’un régime constitutionnel et démocratique », déclare-t-il sur un ton exaspéré. 

Le message est, on ne peut plus, clair. Et, désormais, l’étau se resserre davantage autour de la junte militaire et le gouvernement des Etats Unis d’Amérique, qui suit avec une attention particulière l’actuelle crise, semble leur dire que la balle est maintenant dans votre camp. «Avec le passage du temps, trouver une solution devient de plus en plus difficile. La communauté internationale a tendu une main d’amitié à la Mauritanie et aux autorités (militaires) pour trouver une solution politique (à la crise) », rappelle Mark Boulware tout en lançant un appel du pied à la junte militaire d’accepter «cette main tendue », dernière chance de la communauté internationale pour éviter l’irréparable. 

Evoquant les voies de sorties par rapport à la crise actuelle préconisées par les uns et les autres, le diplomate américain a estimé qu’il n’y a pas de solution miracle. «Du point de vue constitutionnel, tout est possible ». Et, par rapport à la nature des sanctions qui peuvent tomber sur la tête de ceux qui font obstruction au retour à la légalité constitutionnelle, Mark Boulware a été avare en confidences. Il a tout simplement rappelé les mécanismes par lesquels la communauté internationale pourrait agir en vue de faire fléchir la junte militaire au pouvoir. 

Pour ce faire, les Etats Unis d’Amérique comptent mobiliser la communauté internationale sous le couvert des Nations Unies pour arriver à leur fin : faire partir Mohamed Ould Abdel Aziz et sa troupe. «Avant que cela ne soit le cas, il faut vraiment en profiter. Il reste encore du temps. Quand même, trois semaines sont passées sans résolution et sans beaucoup de progrès ! Nous avons été assez patients ! », martèle-t-il. «Il n’y a pas d’initiatives particulières des Etats Unis d’Amérique. Il y a d’autres qui sont mieux placés que nous pour faciliter une solution (de sortie de crise) », rappelle Mark Boulware en citant l’exemple de l’Union Africaine qui pourrait jouer un rôle de facilitateur dans cette crise. 

Ce ne sont pas les interlocuteurs qui manquent pour sortir la Mauritanie de cette crise, semble donc dire Mark Boulware. Pour qui connaît les Etats Unis d’Amérique qui n’ont comme seules références que la démocratie, la prospérité et la croissance économique, vont-ils continuer à accepter le jeu de Yo-Yo des membres du Haut Conseil d’Etat qui n’a pas encore décliné sa feuille de route concernant cette période de transition ? Rien n’est moins sûr ! Surtout, que les Etats Unis d’Amérique n’ont jamais été en odeur de sainteté avec les régimes militaires, à quelques rares exceptions près. 

Concernant les sanctions, annoncées au cours de sa conférence de presse, Mark Boulware a fait savoir qu’il s’agit juste de mises en garde pour ramener la junte militaire à la raison. «On ne veut pas prendre la moindre sanction. On essaie d’éviter tout cela », conclut-il. 

Face à de telles pressions de plus en plus fortes de la part des américains, des français, des Nations Unies, de l’Union Africaine et de l’Organisation Internationale de la Francophonie qui vient d’exclure la Mauritanie de cette institution, le Haut Conseil d’Etat compte-t-il se laisser mener à la baguette par la communauté internationale et  en premier lieu par le gouvernement américain ? 

Babacar Baye Ndiaye 

( 19 septembre, 2008 )

Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’APP:«Les militaires sont de plus en plus isolés »

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Engagée dans la lutte pour le retour de Sidi à sa place de Président de la République, l’APP de Messaoud O. Boulkhéir semble mettre les bouchées doubles. En vieux routier désabusé, Ladji Traoré, le Secrétaire Général de l’Alliance Populaire Progressiste, revient dans l’interview suivante, sur les efforts menés par le Front National pour la Défense de la Démocratie pour sensibiliser l’opinion nationale et internationale dans le but de sonner le tocsin. Et, surtout, de la nécessité d’instaurer un dialogue franc et responsable pour pouvoir sortir de la crise actuelle que traverse la Mauritanie. L’alternative, pense-t-il, c’est de faire la pression sur la junte militaire qu’il n’a pas manqué de fustiger comme au bon vieux temps. Entretien. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis le 6 août dernier, jour du putsch, vous n’avez cessé de tenir des meetings, des conférences de presse, des processions de contestations à travers tout le pays. Aujourd’hui, avez-vous l’impression d’avoir atteint votre but ?

Ladji Traoré : Depuis la constitution du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD), nous avons réalisé deux objectifs importants : premièrement, regrouper progressivement l’ensemble des responsables et acteurs politiques qui sont opposés au coup d’Etat du 6 août 2008. Deuxièmement, nous avons mené des actions de contestation, de communication, de sensibilisation auprès de l’opinion nationale et internationale. Sur ce plan, nous avons marqué des points extrêmement importants et indéniables. 

Nous sommes actuellement 11 partis politiques et courants au sein du FNDD à lutter quotidiennement et à mener des actions de toutes sortes. Effectivement, nous avons réalisé le meeting, il faut bien le dire, désormais historique, du 20 août dernier qui a été, en remontant mes souvenirs, l’une des plus grandes manifestations politiques depuis 1992 contre un coup d’Etat. 

En Mauritanie, réaliser une manifestation aussi importante indique deux choses : d’abord, la détermination des dirigeants du Front. Ensuite, la prise de conscience du peuple mauritanien pour la défense de la démocratie. Notre pays est en train de faire des pas de géant dans la défense des acquis démocratiques. Nous avons parcouru l’ensemble du territoire national pour aller porter le message au peuple mauritanien. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est maintenant officiel. L’assemblée nationale a adopté, en présence de 52 députés sur 95, une résolution proposant un délai de 12 à 14 mois pour l’organisation d’une élection présidentielle. Cela vous réjouit-il ? 

Ladji Traoré : Par rapport à la résolution des députés de la majorité que nous appelons «les députés supplétifs des militaires putschistes », nous avons jeté effectivement un coup d’œil sur leur proposition de sortie de crise de la situation actuelle du pays. Cela nous réconforte qu’ils reconnaissent le fait qu’il y a une crise sérieuse qui sévit dans notre pays. La présence du général O. Ghazwani à Paris est assez révélatrice de ce point de vue. 

A l’instant où je vous parle (Ndlr, l’interview a eu lieu ce lundi 15 vers 13 h), après la publication de la résolution des députés supplétifs des putschistes militaires, des députés du Front National pour la Défense de la Démocratie sont actuellement même dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale pour leur porter la réplique. Le Front National pour la Défense de la Démocratie est sur tous les fronts pour expliquer sa position qui n’a pas changé. 

Nous répétons qu’il n’y aura pas de sortie de crise en Mauritanie sans un dialogue franc, responsable et sans le retour aux institutions démocratiques. Pour nous, il s’agit de continuer à faire pression pour que les militaires lâchent et comprennent que le temps des coups d’Etat est révolu. En d’autres termes, nous volons faire comprendre que désormais, il n’est plus acceptable de prendre le pouvoir à un Président démocratiquement élu par le peuple mauritanien. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis quelques temps, les pressions et les menaces de la communauté internationale, contrairement au début du putsch, sont tombées comme un soufflet. N’est-ce pas là un signe de désinvolture qui risque de vous isoler davantage dans votre combat à réclamer vaille que vaille le retour de Sidi ? 

Ladji Traoré : A la veille du coup d’Etat, j’ai accordé une interview à un de vos collègues du journal «Essiraje ». Lorsque je lui ai annoncé ce qui guettait la Mauritanie, il était étonné. J’avais annoncé ce coup d’Etat. Ce que je crains en Mauritanie, c’est notre naïveté. Je crois que votre question relève d’une certaine naïveté. 

L’alternative en Mauritanie, c’est quoi ? C’est l’affrontement et le bain de sang ou les pressions politiques ou diplomatiques pour faire partir ces gens-là. Nous, nous avons opté, jusqu’à preuve du contraire, pour des pressions, des actions, des interventions et des négociations pour arriver à faire quitter du palais gris les militaires en leur proposant, s’ils acceptent, certaines conditions de sortie de crise. 

La solution de cette sortie de crise, c’est préalablement le retour de «Sidi » à sa place de Président de la République, l’organisation d’élections anticipées (présidentielles, municipales, législatives et sénatoriales) et le retour des militaires dans leurs casernes. C’est une question de lutte permanente. Les militaires sont en train de s’agiter de même que les députés qui les représentent. 

Les pressions et les critiques sont devenues tellement fortes que les députés pro-putschistes demandent désormais aux militaires des choses qui surprennent. Par exemple, ils demandent à ce qu’ils suppriment l’article 8 de la charte constitutionnelle dans son alinéa 2 qui stipule : «Lorsque pour des raisons quelconques, le fonctionnement du parlement est entravé, le haut conseil d’Etat édicte par ordonnance les mesures de force législative nécessaires à la garantie de la continuité des pouvoirs publics, à la garantie de la liberté, de la transparence et des élections présidentielles prévues ». 

Autrement dit, les députés qui constituent la majorité s’opposent eux-mêmes à l’article clé de la charte des militaires. Ils ne veulent plus que leur pouvoir soit partagé ou usurpé par le coup d’Etat. Cela signifie que les militaires sont de plus en plus isolés. L’action du FNDD a eu deux effets importants. D’abord, elle a réussi à décrocher Ould Daddah et ses amis des militaires, de créer la crise au sein du parti Ajd/mr. 

Depuis quelque temps, nous assistons à des hésitations dans les rangs des députés qui appuient les militaires. Nous sommes en train d’isoler concrètement les putschistes à l’intérieur du pays. C’est cela qui fait que nous devons rester non pas naïfs mais réalistes en continuant à accentuer les pressions sur la junte militaire.   

Le Rénovateur Quotidien : Vous disiez tantôt que vous avez réussi à décrocher Ould Daddah des militaires. Rappelons que Messaoud Ould Boulkhéir s’est entretenu avec lui. Peut-on y voir le début d’une décrispation entre ces deux hommes considérés à tort ou à raison comme deux ennemis politiques ? 

Ladji Traoré : Les mauritaniens ne sont pas encore très férus en matière de culture démocratique. Messaoud O. Boulkhéir et moi-même sommes membres fondateurs du Front Uni des Forces de Changement (FUFC) en juin 1991, ensuite de l’UFD. Je connais l’homme, non pas parce qu’il est mon Président mais comme étant un homme d’engagement, un homme ferme et un combattant déterminé de la démocratie. 

Il a prouvé cela au débat africain de Rfi. Il a dit à Ahmed Daddah sa rancune et sa haine mais avec détermination et clarté tout ce qu’il lui reproche sur le plan politique. Cela ne veut pas dire que c’est des ennemis jurés pour ne plus se rencontrer et chercher des solutions aux problèmes du pays. 

Nous nous réjouissons de sa démarcation des militaires et des députés qui ont soutenu le coup d’Etat du 6 août même s’il ne nous a pas rejoint dans nos positions. C’est extrêmement important pour nous. Plus l’adversaire est isolé, plus nous pensons que nous marquons des points. Ils sont en train l’un et l’autre de chercher des sorties de crise le plus rapidement possible et le plus définitivement  pour ramener les militaires à leurs casernes. 

Le Rénovateur Quotidien : Doit-on comprendre par-là que l’opposition doit se retrouver et resserrer les coudes en surmontant les divergences pour faire face au HCE qui n’a pas soufflé mot sur ses véritables intentions ? 

Ladji Traoré : Les membres du HCE ne sont pas aussi soudés qu’on le pense. Savez-vous, dans l’histoire des coups d’Etat, c’est O. Abdel Aziz seul qui s’est assis dans son bureau pour composer le Haut Conseil d’Etat. Avant, on prenait les officiers sur des critères bien déterminés. Abdel Aziz a constitué seul son HCE. Mais, nous savons que dans ce Haut Conseil, il y a des positions divergentes. 

Certains membres du HCE sont impliqués dans les récents événements du pays à divers degré. D’aucuns sont des tortionnaires avérés. Certains d’entre eux ont massacré des populations négro-africaines pacifiques. Nous pensons que la cohésion du HCE donne beaucoup à réfléchir et donnera nécessairement beaucoup à réfléchir avec les pressions de l’intérieur et de l’extérieur. 

Maintenant, devons-nous serrer les rangs et les coudes ? Nous disons non seulement nous devons serrer les rangs mais nous devons nous élargir, nous ouvrir à la société civile, d’armer idéologiquement, politiquement et moralement l’ensemble des acteurs de ce pays pour chasser les membres du HCE du pouvoir. 

Le Rénovateur Quotidien : Au cours de sa première sortie publique, le Premier ministre Moulaye O. Mohamed Laghdaf a confirmé la tenue des journées de concertation dans le but de peaufiner une plate-forme de sortie de crise au mois d’octobre. L’APP, votre parti, y accorde-t-il de l’importance ? 

Ladji Traoré : Il se pourrait, parmi certains éléments de sortie de crise, qu’il puisse être envisagé des élections (législatives, municipales, sénatoriales et présidentielles) anticipées. Nous pensons qu’il faut bien organiser de telles journées pour ne plus retomber dans un parlement malléable avec des députés ou sénateurs dits indépendants mais qui sont à la solde des militaires, des députés qui ne sont liés par aucun engagement ou programme politique. 

L’organisation de telles journées demande beaucoup de préparation sérieuse notamment dans les débats. Nous n’en sommes pas là encore. Il y a des préalables à ces concertations : que O. Abdel Aziz cède la place à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Président démocratiquement élu. Pour nous, l’agenda qu’ils ont énoncé (la résolution proposée par les députés de la majorité, Ndlr), c’est des idées générales, assez décousues. Il n’y a rien de précis. Il y a beaucoup de vœux énumérés. 

Les députés qui ont soutenu le coup d’état peuvent-ils encore être crédibles pour nous parler de démocratie ? Je ne pense pas. Concernant la résolution proposée par les députés supplétifs des militaires putschistes, je pense que c’est une feuille de choux qu’il ne faut pas négliger. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye 

( 26 août, 2008 )

Fondation KB-Sénat:Maître Lô Gourmo demande la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale

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Les avocats de la fondation KB en l’occurrence maîtres Lô Gourmo et Moulaye Aly ont tenu une conférence de presse ce dimanche 24 août. A l’ordre du jour : porter à l’attention de l’opinion publique nationale et internationale un certain nombre d’éclaircissements relatifs à la fondation KB dirigée par l’épouse du Président déchu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Cette conférence de presse, rappelons-le, intervient au moment où le Parlement est en session extraordinaire pour, entre autres, mettre sur pied une commission d’enquête sénatoriale chargée de vérifier la provenance des fonds de la fondation KB. «C’est justement l’occasion rêvée de mettre toute la lumière sur la fondation KB », a estimé Lô Gourmo. «Nous demandons solennellement, poursuit-il, aux Nations Unies qui ont fait une déclaration sur la situation en Mauritanie de mettre sur pied, dans le cadre de l’examen de la situation, une commission d’enquête internationale en relation avec l’Union Africaine et avec d’autres institutions notamment l’Union Européenne pour faire toute la lumière sur les fonds dont disposerait la fondation KB et sur l’utilisation de ces fonds afin de nous dire concrètement où sont passés les fameux milliards que l’on reproche à la fondation, à ses responsables et notamment à sa principale responsable.(Khattou Mint El Boukhary, Ndlr) »

Ayant compris que l’épée de Damoclés est suspendue sur la tête de sa cliente(la fondation KB), maître Lô Gourmo a demandé le plus rapidement possible la constitution de cette commission d’enquête internationale.  «La transparence la plus totale pourrait à ce moment là être trouvée dans cette fameuse affaire qui alimente tellement de rumeurs et même de fantasmes », dit-il tout en fustigeant la destabilisation permanente dont la fondation KB et ses responsables sont victimes. «Il faut que l’on sache où sont les milliards de la fondation. Qui a utilisé ces milliards pour que l’honneur de cette fondation soit lavée ou alors pour que le peuple mauritanien sache qu’il y a eu détournements et abus de fonds sociaux », souligne-t-il. 

Oui, pour la commission d’enquête sénatoriale. Mais, prévient Lô Gourmo : «Nous voulons une instance authentiquement neutre et guidée par la seule volonté de clarifier les comptes de la fondation KB et de dire la vérité au peuple mauritanien afin qu’il ne reste pas le moindre doute sur la moindre ouguiya qui serait tombée dans les fonds de la fondation KB depuis sa constitution ». Autrement dit, une commission d’enquête internationale à qui on chargera la vérification de la provenance des comptes de la fondation KB. 

Comme l’a expliqué Lô Gourmo, seule cette commission d’enquête internationale permettra d’échapper à l’aspect unilatéral d’un contrôle par une des parties impliquées dans la crise politique mauritanienne à savoir le Sénat. En termes plus clairs, cela voudrait dire que les sénateurs pourraient se servir de la commission d’enquête sénatoriale  pour impliquer la fondation KB et partant de là s’en servir comme fondement d’un jugement pour haute trahison du Président de la République déchu. Dans ce cas de figure, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi risquerait la peine capitale. «Cette histoire de commission d’enquête internationale est une question qui est de bonne santé politique et de bonne gestion de la crise actuelle par la communauté internationale », a fait savoir maître Lô Gourmo. 

La situation semble être grave. Et, certains parlementaires de la majorité sont en train, avec la complicité du général Mohamed Ould Abdel Aziz, de dérouler sournoisement leur stratégie de mise à mort de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qu’on pourrait accuser de haute trahison pour avoir aidé la fondation de son épouse de tirer profit de l’argent de l’Etat mauritanien. 

Pour le moment, les avocats de la fondation KB croisent les bras et attendent la constitution de cette commission d’enquête sénatoriale. «Dores et déjà, elle ne représente pas la diversité sénatoriale », lance Lô Gourmo tout en dénonçant l’acharnement orchestré dont est victime, à ses yeux, la fondation KB qu’on accuse à tort et à travers sans preuve. «Nous sommes bien dans le registre des accusations non fondées», soutient-il et pense que l’affaire de la fondation KB est un dossier archivide. «Le coup d’Etat, révèle-t-il, a été justifié par le comportement, entre autres, de la fondation KB. On a vu les communiqués. On a vu les déclarations. On a entendu même de grosses pontes sénatoriales s’exprimer sur cela spécifiquement  devant les délégations internationales venues à Nouakchott pour comprendre le coup d’Etat.» 

Maître Lô Gourmo ne demande qu’une chose à la commission d’enquête sénatoriale qui sera bientôt mise sur place pour enquêter sur la provenance des fonds de la fondation de Khattou Mint El Boukhary : qu’elle aille jusqu’au bout de ces investigations pour dire s’il y a eu la moindre ouguiya venue de l’Etat mauritanien et tombée dans l’escarcelle de la fondation KB ! Parallèlement à la commission d’enquête sénatoriale, maître Lô Gourmo a demandé aussi la constitution d’une commission d’enquête internationale. «Ce serait très gentil de leur part, adresse-t-il aux sénateurs qui vont constituer la commission d’enquête, de prendre le ballon au vol et d’accepter cette commission d’enquête internationale. Mais, ils n’accepteront pas. Vous savez pourquoi. Parce qu’il n’y a rien », avertit-il.   

Babacar Baye Ndiaye   

( 26 août, 2008 )

Putsch du 6 août 2008:L’AJD/MR prend le contrepied des Hommes de treillis

Ce vendredi 22 août 2008, l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR) célébrait sa première année d’existence. Ce fut une occasion pour ce parti  novice du jeu politique mauritanien de démontrer qu’il n’est pas un parti «cartable» et communautariste comme l’affirment certaines langues déliées. Mais, surtout, d’exhiber qu’il est en mesure de remplir jusqu’à déborder la gigantesque salle de spectacles de l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott.

Lorsque le tonitruant Ciré Kane, le chargé de la communication de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR), annonce l’arrivée de Ibrahima Moctar Sarr dans la salle de spectacles, ce fut des cris de joie et des salves d’ovations qui l’accueillirent. Comme un roi d’Arabie Saoudite, on le salue, on l’accole, on le complimente, on le glorifie. Il est aux anges. Pendant ce temps-là, il est 19 heures passées dans la salle de spectacles de l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott.

Les militants et sympathisants de l’AJD/MR venus des quatre  coins de la ville de Nouakchott accueillent leur Président, leur Héros : Ibrahima Moctar Sarr bien nippé dans un boubou traditionnel, en vrai peulh, comme à l’accoutumée. Tous les responsables politiques, hommes, femmes et jeunes du parti, sans exception, sont tous présents à ce grand rassemblement marquant la première année d’existence de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR).

Item certains partis politiques de l’opposition notamment le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) dont on a noté la présence de son vice-président Kane Hamidou Baba et de son président Ahmed Ould Daddah en chair et en os venu témoigner sa marque de fidélité politique à Ibrahima Moctar Sarr illuminant de joie et savourant son triomphe. Sans oublier certains de nos artistes qui étaient aussi de la partie. Le tout dans une atmosphère de chaleur insupportable !

Les leaders de Tawassoul, de l’Alliance Progressiste et Populaire (APP) et l’Union des Forces de Progrès (UFP) qui viennent de créer le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) avec ADIL, PLEJ, SAWAB…n’ont pas répondu à l’invitation de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR). Cette absence de leur part pourrait être analysée comme une sorte de distanciation. Et, cela montre que ce n’est pas pour demain les retrouvailles de l’ancienne opposition d’avant l’élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la tête du pays. Le fait que des partis comme l’UFP et Tawassoul aient participé à la mise sur pied du Front National  pour la Défense de la Démocratie(FNDD) en refusant de rejoindre le RFD, HATEM, l’AJD/MR…témoigne d’une ébauche de bipolarisation au sein de l’opposition. 

Ibrahima Moctar Sarr a montré ses qualités d’orateur devant une foule en délire et exprimant toute sa sympathie envers celui qu’ils considèrent comme étant  «  le symbole de l’unité, de la diversité et de la confiance retrouvée. » Ce fut l’occasion pour les responsables de l’Alliance pour la Démocratie et la Justice/ Mouvement pour la Rénovation(AJD/MR) de passer en revue  dans les différentes langues nationales du pays les implications de leur parti danssss certains faits marquant de l’actualité politique, économique et sociale ayant caractérisé le pays comme la question de l’esclavage, du retour des déportés, de l’éducation nationale, du pouvoir d’achat, du blocage institutionnel qui a abouti au coup d’Etat du 6 août 2008.

Sur ce point, l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation a enfin lâché le morceau concernant sa position sur le coup d’Etat du 6 août dernier orchestré par le général Mohamed Ould Abdel Aziz : pas de caution pour ce qui s’est passé dans la matinée du 6 août. Pour Ibrahima Moctar Sarr, la place des hommes de treillis est dans les casernes. Le suspens aura duré 16 jours. Les militants et sympathisants de l’AJD/MR attendaient religieusement la déclaration de leur président sur la situation actuelle que traverse le pays.

Ibrahima Moctar Sarr, muré dans un silence depuis le coup d’Etat du 6 août, devait des explications à ses partisans d’autant plus qu’il a été récemment reçu en audience en compagnie d’Ahmed Ould Daddah et de Saleh Ould Hanana entre autres par le Chef de la junte militaire Mohamed Ould Abdel Aziz. Depuis  cette audience, certaines langues commençaient à se délier et à laisser entendre qu’Ibrahima Moctar Sarr et son parti cautionnaient eux aussi «le mouvement de rectification du 6 août ». D’autres, plus sceptiques, y voyaient déjà la formalisation du pacte avec les hommes de treillis.

Ce grand rassemblement marquant la première année d’existence de l’Alliance pour la Démocratie et la Justice/Mouvement pour la Rénovation est intervenu dans un contexte assez particulier à savoir la reprise des hommes de treillis des destinées du pays, de l’Etat et de la République. Ainsi donc, dans un premier temps, ce rassemblement devait permettre de lever l’équivoque en mettant fin aux rumeurs et incompréhensions des uns et des autres sur la position de l’AJD/MR par rapport au putsch du 6 août 2008. Dans un second temps, apporter des éclaircissements par rapport aux motivations qui expliquent la position de neutralité ou de non-alignement de l’AJD/MR sur la crise politique qui secouait il y a quelques semaines le sommet de l’Etat d’une part entre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et «sa» majorité et d’autre part entre le Président de la République et les deux généraux de l’armée nationale (Mohamed Ould Abdel Aziz et Ghazouani).

Ce rassemblement s’est déroulé dans une atmosphère de début de campagne électorale. Et, quoiqu’il en soit, l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation a déjà attelé son cheval de bataille et semble être prête à se lancer à la conquête de la Présidence de la République, du Parlement et des collectivités locales. 

Par Babacar Baye Ndiaye

( 26 août, 2008 )

Droits de l’Homme:Le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice est à l’avant-garde !

Dans une déclaration remise à l’occasion de sa conférence débat portant sur l’unité nationale et les droits humains en Mauritanie avec la collaboration de l’Initiative pour Tous(IPT), le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice (REJ), un parti de l’opposition, a demandé au gouvernement de Ould Waghf d’œuvrer pour l’amélioration des conditions de vie des mauritaniens et le contrôle des prix des denrées de première nécessité.

Le REJ n’y est pas allé de main morte pour dénoncer la situation des droits humains en Mauritanie, caractérisée par les pratiques courantes de l’esclavage, la non application de la loi n° 2007-048 dans toute sa vigueur, les récurrentes expropriations de terres, l’unité nationale étriquée, l’appauvrissement des pauvres.

En outre, le monopole des richesses, l’enrichissement illicite, la paralysie des institutions ont été rudement stigmatisés par ce parti qui considère que cette situation est inquiétante et alarmante.

Toutefois, ce parti a salué la formation du dernier gouvernement né du dépôt de la motion de censure comme étant une avancée nettement démocratique. De même qu’il a salué les mesures prises par le gouvernement pour la présente campagne agricole et autres programmes initiés dans le but d’amoindrir les coûts de la vie.

Cependant, le REJ a fustigé la manipulation politique qui a abouti à une prise en otage des institutions de la République pendant deux semaines après la formation du deuxième gouvernement.

Au cours de cette conférence débat, Cheikh Sid’Ahmed Dieng, président du REJ, a réclamé la dissolution de l’Assemblée Nationale et l’organisation d’élections anticipées. Il fonde son argument sur le fait que ceux qui composent aujourd’hui l’Assemblée Nationale ne représentent pas le peuple et ne reflètent point la vraie géopolitique du pays.

«Par conséquent, pense-t-il, pour une meilleure prise en charge des préoccupations des populations, il faut organiser de nouvelles élections anticipées le plus rapidement possible afin de mettre les gens qu’il faut pour représenter le peuple avec une bonne expression. »

Cette question de la dissolution de l’Assemblée Nationale a été soulevée, on s’en souvient, par le Président de la République, dans son discours du 2 juillet dernier lorsque des députés du parti ADIL avaient menacé de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Ould Waghf.

Pour sa part, le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice considère que sa revendication est légitime. «Cependant, affirme-t-il, cette responsabilité incombe à ceux qui ont les mallettes (charges officielles, Ndlr). »

Le président du REJ ne croit pas aux assertions du Président de la République qui affirmait que la Mauritanie ne peut pas se payer le luxe d’organiser en l’espace d’un an de nouvelles élections avec tout ce que cela implique comme dépenses.

«Pour organiser de nouvelles élections, dit-il, notre pays n’a pas besoin de l’assistance de partenaires. Notre pays est l’un des pays les plus riches au monde. Seulement, cette richesse est orientée vers un groupe très restreint. Il suffit de fermer les robinets et investir cet argent dans des élections ».

Le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice a remis, en guise de reconnaissance, des diplômes d’honneur à Birame Ould Dah Ould Abeid, Aminétou Mint Ely Moctar Ely et Médoune Diop pour leur engagement sans faille pour le triomphe des droits de l’Homme en Mauritanie.

Pour couronner le tout, un film sur l’esclavage en Mauritanie intitulé «Chasseurs d’esclaves » a été projeté. Ce film a été réalisé par la télévision franco-allemande Arte. Emouvant, ce film est une preuve vivante de l’engagement de certains militants des Droits de l’Homme mauritaniens qui se battent pour l’avènement d’une Mauritanie nouvelle, débarrassée de toutes formes d’injustices.

Babacar Baye Ndiaye

( 16 juillet, 2008 )

Ibrahima Moctar Sarr, Président de l’AJD/MR: »Si le Président de la République est incapable de prendre ses propres responsabilités, nous lui demandons de démissionner et de prendre le peuple à témoin  »

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Le Président de l’AJD/MR, Ibrahima Moctar Sarr, a appelé, au cours d’une conférence de presse, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à se ressaisir et à tendre la main aux partis politiques qui veulent faire avancer le pays sur la base d’un programme alternatif. «Quand nous (l’ajd/mr) avons entendu cette déclaration du Président de la République (le 2 juillet, ndlr), nous avons pensé effectivement, qu’il était prêt à prendre ses responsabilités. Mais, force est de constater, que le Président a reculé devant l’exigence des députés », note Ibrahima Moctar Sarr visiblement déçu par la volte-face du Président de la République après avoir menacé de dissoudre l’Assemblée Nationale.

Cette situation, selon lui, a fragilisé le pouvoir et a installé la Mauritanie dans «une crise qui perdure et qui menace la stabilité du pays et la pérennité des institutions ». Cette crise au sommet de l’État a eu pour conséquence directe le retard de la formation du gouvernement bis de Ould Waghef reconduit ipso facto par le Président de la République après avoir rendu le tablier. Depuis plus de dix jours, la Mauritanie est sans gouvernement. «Aujourd’hui encore, nous attendons la formation du prochain gouvernement. Cette situation est vécue par les mauritaniens avec beaucoup d’inquiétudes parce que les tenants et les aboutissements ne sont pas toujours clairs. On va de spéculations en spéculations. Les discussions dans les salons et les rumeurs vont bon train. Rien ne nous indique que la crise est dénouée et que nous allons vers un aboutissement heureux », annonce-t-il.

Ibrahima Moctar Sarr a aussi évoqué la situation économique du pays, caractérisée par le renchérissement du coût de la vie et la paupérisation accrue des populations. «Rien n’est fait pour porter secours à ces populations faibles dans la campagne et les bidonvilles. Ces populations regardent médusées cette situation conflictuelle au niveau du plus haut sommet de l’Etat », s’indigne-t-il.

Le Président de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation ne semble pas être surpris par la situation inquiétante que traverse la Mauritanie depuis la levée de boucliers de certains députés qui avaient menacé de déposer une motion de censure à l’encontre du gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghf si certaines personnalités issues du régime de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya siégeaient encore dans ce gouvernement.

Les raisons d’une telle situation, selon lui, sont à chercher ailleurs. «La manière dont la transition militaire s’est opérée dans ce pays allait conduire nécessairement à une situation comme celle que nous vivons aujourd’hui. La transition militaire qui n’a pas joué le rôle qu’on attendait d’elle a permis l’arrivée au pouvoir d’un homme qui resterait sous leur dévotion. C’est pourquoi ce qui se passe aujourd’hui ne nous étonne pas au niveau de notre parti. Nous l’avions dit et écrit. »

Le Président de la République n’est-il pas le gardien de la Constitution ? N’est-il pas le chef des forces armées ? N’a-t-il pas juré devant le peuple de faire des réformes et d’aller dans le sens du développement de la Mauritanie ?

Autant de faits qui devaient pousser Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, selon Ibrahima Moctar Sarr, à prendre ses responsabilités dès le début de la crise au sommet de l’État. «Ce qui ressemble à une volonté de remettre en cause un gouvernement va au-delà. Il s’agit bel et bien d’une volonté d’amener le Président de la République lui-même à se démarquer », croit le Président de l’ajd/mr. «Qui a intérêt à faire partir le Président de la République ? », se demande-t-il.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, aux yeux d’Ibrahima Moctar Sarr, a été victime de ses propres erreurs et tactiques stratégiques. «Dans sa volonté de se remettre, de repréciser son pouvoir, après avoir pris des décisions importantes par rapport à l’examen du passif humanitaire, à la loi sur l’esclavage, au retour des déportés, le Président de la République n’a pas trouvé mieux que de faire appel à ceux qui étaient à la base de tous ces problèmes qu’a connus la Mauritanie. »

Ibrahima Moctar Sarr a dû mal à comprendre que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, avec sa volonté de poursuivre les réformes qu’il a entreprises, veuille reprendre les mêmes personnes qui ont fait les mauvais jours de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya pour reconstruire la Mauritanie sur la justice, la démocratie et l’unité. «C’est pourquoi, à ce niveau, nous ne pouvons pas, malgré tout ce qu’il a pris comme réforme et décision, le comprendre dans son attitude. »

Concernant ceux qui réclament tambour battant la tête de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Ibrahima Moctar Sarr est revenu sur ce que tout le monde sait déjà : «Eux-mêmes, ils ne sont pas non aussi propres qu’ils veuillent le faire croire. Beaucoup parmi eux figurent parmi ceux qu’on appelle les « Roumouz El Vessad ». Eux aussi, sont impliqués par le passé dans la gabegie, la forfaiture et certainement dans des crimes contre des mauritaniens. »

Par rapport aux querelles intestines qui dévorent le parti ADIL et qui sont ressenties même jusqu’au sommet de l’État, le Président de l’AJD/MR est sans équivoque. «L’ajd/mr ne peut pas se mettre dans un camp contre l’autre parce qu’il ne s’agit pas de la lutte contre un pouvoir et des opposants potentiels qui veulent faire avancer le pays. Mais, il s’agit d’une lutte pour le contrôle du pouvoir de deux éléments d’un même système. »

En termes plus clairs, l’ajd/mr ne s’alignera pas sur aucun camp. «Nous sommes dans le camp de ceux qui veulent préserver les acquis démocratiques déjà réalisés. Ces acquis qui sont le fruit de la lutte du peuple mauritanien. Qui ne sont pas octroyés par aucune force ! C’est la lutte du peuple mauritanien qui a amené ce que nous avons connu comme avancées sur le plan démocratique. Nous ne souhaitons pas qu’on nous ramène en arrière. »

Ayant constaté que l’actuelle configuration de l’Assemblée Nationale ne reflète pas la réalité politique, Ibrahima Moctar Sarr a demandé ipso facto la dissolution immédiate de cette institution. «L’Assemblée Nationale a été élue avant l’élection présidentielle, rappelle-t-il. Cela a donné une autre réalité géopolitique. Les députés qui siègent actuellement à l’Assemblée Nationale ne reflètent pas véritablement la configuration (politique) du pays. »

Le Président de la République va-t-il revenir sur sa décision de dissoudre l’assemblée nationale après avoir fait volte-face devant l’intransigeance de certains députés à faire tomber le gouvernement de Ould Waghf ?

Si c’est l’option susceptible de faire sortir le pays de cette crise au sommet de l’État, il n’y aurait pas d’inconvénient à ce que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi fasse usage de l’article 31 de la Constitution qui lui permet de dissoudre l’Assemblée Nationale, après consultation du Premier Ministre et des Présidents des Assemblées.

D’ici là, le Président de l’AJD/MR peut prendre son chapelet et prier pour que le Président de la République procède à la dissolution de l’Assemblée Nationale.

Babacar Baye Ndiaye

( 11 juillet, 2008 )

NON CONTENTS DE LA COMPOSITION DU NOUVEAU GOUVERNEMENT:DES DEPUTES DE LA MAJORITE DEPOSENT UNE MOTION DE CENSURE

La démocratie s’est-elle, définitivement, ancrée en Mauritanie? En tout cas, des députés de la majorité présidentielle ont déposé une motion de censure pour dénoncer la formation d’un gouvernement qui n’est pas de leur goût. Une première dans l’histoire de la Mauritanie. 

 La Mauritanie a l’épreuve de la démocratie, tel pouvait être l’intitulé du feuilleton politique qui retient l’attention des mauritaniens: une motion de censure portée par des députés de la majorité pour remettre en cause le choix de leur leader. En fait, pour avoir formé un gouvernement qui n’est pas du goût de quelques uns de ses partisans, le président de la République, Sidi Ould Cheikh Abdallahi fait face à sa première véritable crise politique. Une première, d’ailleurs, dans l’histoire politique de la Mauritanie.   

Ainsi, ils sont 39 députés, proches du pouvoir, à déposer, lundi dernier, sur la table du président de l’Assemblée nationale, siégeant en séance plénière pour le renouvellement du bureau de l’Assemblée, une motion de censure pour le renversement du gouvernement mis en place le 11 mai dernier et dirigé par Yahya Ould Ahmed Al Waqef. Des motifs brandis par les frondeurs, l’on retient: «le recul de tous les indicateurs de croissance», «la mauvaise gestion des revenus pétroliers», «l’échec du plan spécial d’intervention pour alléger le renchérissement des prix», «l’opacité dans la gestion du budget de l’Etat» et «l’accentuation du chômage et l’appauvrissement des populations». En plus de ces motifs, l’on avance l’idée selon laquelle les signataires de la motion n’ont pas apprécié la présence des partis de l’Union des forces du progrès (Ufp) et le Tawassoul (Islamistes modérés) dans l’actuel gouvernement, arguant que «le gouvernement ne doit refléter que la majorité politique qui a travaillé à l’élection du président de la République». Déposée à l’absence du président de la République et avant que le Premier ministre, Yahya Ould Ahmed Al Waqef, ne présente sa déclaration de politique générale, la motion doit être votée par 48 députés pour pouvoir passer. Ce qui ne posera pas de problème puisque les principaux partis de l’opposition ont affirmé leur intention de soutenir la motion de censure dont le vote est prévu par la constitution pour demain, jeudi, c’est-à-dire 48 heures après son dépôt. Il reste que le règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoit que «ce délai peut être prolongé de trois jours». 

Au-delà des raisons avancées, des observateurs renseignent que le dépôt de la motion de censure n’est que le prolongement du conflit qui oppose le Chef de l’Etat aux principaux chefs de l’Armée,  à savoir le Chef d’Etat major particulier du président de la République, Général Mohamed Ould Abdel Aziz et le Chef d’Etat major de l’Armée nationale et Mouhamed Ould Cheikh Ahmed Ould Ghazwani, par ailleurs Chef d’Etat major de l’Armée nationale. Ceux-là mêmes qui, avec Ely Ould Mohamed Vall, avaient réussi à renverser le pouvoir de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya et installer le Conseil militaire pour la justice et la démocratie (Cmjd). Une structure qui a mené, en main de maître, le processus de la transition démocratique en Mauritanie avant de déposer le pouvoir entre les mains des civils, suite à des élections jugées libres et transparentes par toute la communauté internationale. 

En fait, ce que les militaires n’ont pas pu digérer c’est «pourquoi Sidi Ould Cheikh Abdallahi procède au changement du gouvernement sans demander leur avis. Pire, pourquoi a-t-il permis aux anciens caciques du pouvoir de Maaouiya d’occuper des postes ministériels stratégiques, notamment celui de l’Intérieur, des Affaires étrangères et du Pétrole». 

Ainsi, la suite à donner à cet acte dépend de l’attitude du président de la République. S’il veut instaurer un climat d’apaisement, il devra laisser la procédure suivre son cours normal et aboutir à la formation d’un nouveau gouvernement qui pourra refléter la cartographie de l’Assemblée nationale. Ce qui donnera une victoire politique aux frondeurs. Sinon, il peut laisser la situation continuer et puis «se rabattre sur les partis de l’ex-Coalition des forces du changement démocratique (Cfcd) pour former un gouvernement d’union nationale». La pertinence de cette option est qu’elle va constituer un rempart contre les députés initiateurs de la motion de censure. La dernière attitude que Sidi Ould Cheikh Abdallah peut adopter est la dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation, dans les 40 jours qui suivent, d’élections législatives. Ce qui constitue un danger pour lui, car par rapport à la situation actuelle du pays, rien ne peut lui garantir une nouvelle majorité. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 11 mai, 2008 )

La participation au gouvernement de la majorité divise l’opposition

Tout est clair maintenant  par rapport aux partis politiques qui vont rentrer ou non dans le futur gouvernement de Ould Waghef.  La journée du 10 mai a été particulièrement houleuse. Les discussions au sein des formations politiques se sont poursuivies durant toute la soirée. Le suspens est donc levé sur la participation ou non de l’opposition dans le nouveau dispositif gouvernemental. Seuls l’Ufp et Tawassoul ont donné leur accord. Le Rfd, Hatem et l’Ajd/mr ont tout simplement «claqué » la porte préférant se situer à l’extérieur du sérail. Le combat continue…

Le Niet du Rfd 

Le Rfd a exclu toute idée de participation au nouveau gouvernement. C’est son Président et chef de file de l’ex opposition démocratique, M. Ahmed Ould Daddah qui a annoncé très vite cette option vendredi dernier, lors d’une conférence de presse. Le Rfd, voulant incarné toujours les principes qu’il défend, ne s’est pas bien prêté à la proposition du Premier ministre, selon laquelle « la  participation d’un parti de l’opposition équivaudrait à un abandon total de toute revendication, de tout programme commun de gouvernement et même de toute appellation de type Gouvernement d’union nationale ou même de Gouvernement de coalition », affirme le Rfd dans un communiqué.  Pour le chef de ce parti, qui est aussi chef de file de l’opposition démocratique, l’entrée dans un gouvernement n’est pas « une fin en soi, surtout lorsqu’on ne s’est pas accordé sur des objectifs et un programme minimum ». »Je ne percevrais pas la fonction gouvernementale comme une sinécure, mais plutôt comme une charge, une servitude », a rétorqué Ould Daddah, séance tenante, au Premier ministre, selon le texte du communiqué. Réitérant sa position maintes fois déclarée, le Rfd indique que « la situation de crise multiforme que traverse le pays appelle la conjugaison de toutes les forces politiques et sociales pour alléger les souffrances des populations, consolider l’unité nationale et la cohésion sociale, raffermir la démocratie et faire face aux périls en terme de sécurité ». « Les conditions d’un vrai dialogue visant à réaliser un consensus autour des enjeux majeurs du développement du pays ne sont pas réunies du fait de calculs personnels, de visions réductrices, du retour des pratiques anciennes faites de volonté d’exclure ou de phagocyter, n’offrant aucune chance à des discussions sérieuses sur le programme et la formation du gouvernement de la république », a-t-il estimé. « Le risque est énorme de voir l’association à la gestion gouvernementale se confondre à une simple invite d’un partage d’un butin et de conforter les pratiques et la culture du népotisme dans le silence et l’impunité totaux », souligne le parti de Ould Daddah. 

Selon lui « en posant comme condition à un parti de l’opposition historique pour son entrée dans le gouvernement de payer comme prix le renoncement à son programme, à son éthique politique, voire à ses principes fondateurs, il s’agit là d’un acte de provocation qui décrédibilise des concertations jetées comme une poudre aux yeux de l’opinion ». 

L’AJD/ MR ne rentrera pas au Gouvernement de Ould Waghef 

C’est maintenant officiel. L’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation ne rentrera pas au gouvernement de Ould Waghef. Cette décision a été annoncée par Ibrahima Moctar Sarr, président de l’ajd/mr, au cours d’une conférence de presse tenue ce samedi 10 mai. Au cours de sa déclaration aux médias, Ibrahima Moctar Sarr a affirmé que son parti ne peut pas entrer dans un gouvernement, sans conditions, autour d’un programme minimal. Cette demande de l’ajd/mr n’a pas été acceptée par le nouveau premier ministre Ould Waghef qui balaya cette proposition de l’ajd/mr d’un revers de la main. «Nous sommes prêts à nous ouvrir à toute force politique qui veut venir s’ajouter à la majorité présidentielle et appliquer le programme du Président de la République », déclare Ibrahima Moctar Sarr rapportant les propos de Ould Waghef à l’issue du tête-à-tête qu’il a eu avec lui. «Le programme du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est un programme ambitieux où il y’a un certain nombre de points qui se recoupent avec les nôtres », reconnaît le président de l’ajd/mr. «Si je ne l’ai pas soutenu au second tour(élections présidentielles de mars 2007, ndlr), poursuit-il, c’est qu’il y avait certaines questions fondamentales sur lesquelles nous ne sommes pas tombés d’accord. Si aujourd’hui(…), j’accepte d’entrer dans ce gouvernement, mes militants me demanderont qu’est-ce que j’ai obtenu de nouveau par rapport à ce qu’ils ont posé auparavant. » Et le président de l’ajd/mr de nuancer : «Nous souhaiterions discuter avec le nouveau gouvernement pour voir quels sont les points minima sur lesquels nous pouvions nous entendre afin de nous permettre effectivement d’apporter une contribution effective au développement du pays. » 

Comme l’a reconnu au cours de cette conférence de presse Ibrahima Moctar Sarr, son parti était favorable à l’entrée du nouveau gouvernement dirigé par Ould Waghef. L’ajd/mr a accusé le nouveau premier ministre son refus de discuter le programme du président de la république « Le Premier Ministre a répété que le programme de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’est pas négociable et qu’on  entre au gouvernement sans conditions », rapporte toujours le président de l’ajd/mr. 

Le bureau politique de l’ajd/mr s’est réuni ce vendredi 9 mai d’urgence pour examiner la position du Premier ministre. Ce dernier a estimé que c’était une fin de non-recevoir. «Mon parti, l’ajd/mr, ne peut pas participer à un gouvernement sans conditions », a déclaré Ibrahima Moctar Sarr dont les propos étaient noyés par les salves d’applaudissements des militants visiblement contents de la décision de leur parti de ne pas rentrer au gouvernement de Ould Waghef. 

L’Ufp et Tawassoul signent leur entrée au Gouvernement

Ces deux partis politiques, sans aucune grande surprise, ont annoncé au cours d’une conférence de presse leur entrée dans le nouveau gouvernement qui sera dirigé par Ould Waghef. L’entrée de l’Ufp à ce gouvernement est historique car c’est la première fois, depuis sa création, qu’elle participe à un gouvernement. Partant du constat que le pays traverse une situation économique et sociale très difficile, convaincu que la gestion de ce pays doit impliquer nécessairement tous les partis politiques, l’Ufp n’a pas voulu laisser cette chance lui échapper. «Le moment est venu de participer au gouvernement et qu’il ne s’agit pas en allant au gouvernement de partager un gâteau mais il s’agit d’aller au charbon », explique Mohamed Ould Maouloud. «La situation est très difficile, poursuit-il. Nous allons vers des défis énormes et si on va au gouvernement, c’est pour affronter ces défis.»  Ces défis concernent le renforcement de la sécurité alimentaire, de la sécurité nationale et publique, le règlement complet des contentieux liés à l’unité nationale et enfin l’assainissement et le redressement de l’administration autant de priorités qui constituent en effet l’ossature du programme politique de l’Ufp. «Si nous devons avoir une place au sein du gouvernement, c’est là où nous pouvons affronter les problèmes. Ce n’est pas là où nous devons avoir un gros salaire, une belle villa, une belle voiture et puis s’en tenir là. Cela n’intéresse pas l’Ufp. Nous voulons qu’on nous mette à l’épreuve dans des postes significatifs », a souligné le président de l’Ufp, Mohamed Ould Maouloud. 

Après moult tractations, Tawwassoul a enfin accepté…

La décision du pouvoir d’élargir le gouvernement a créé au sein de certains partis politiques des zones de secousse. C’est le cas de Tawassoul, ce parti d’obédience islamiste prônant un islam orthodoxe, où des divergences de position furent notées. Finalement, après moult tractations au sein de ce parti, tout est revenu à l’ordre. Tawassoul, à l’image de l’Ufp, a décidé de participer au prochain gouvernement dont la composition sera connue dans les prochaines heures. Jémil Mansour a rappelé aussi au cours de sa conférence de presse la nécessité d’œuvrer pour le renforcement de l’unité nationale pour faire face aux dangers qui menacent le pays et régler les problèmes vitaux qui se posent au pays. Il a aussi justifié cette entrée par le fait que son parti œuvre pour la défense de la langue arabe et l’application des principes fondamentaux de l’islam. La rupture des relations diplomatiques avec Israël pourrait être aussi à l’ordre du jour même si pour le moment le gouvernement n’a pas donné une suite favorable à cette exigence de rompre avec l’Etat hébreu.  C’est à partir de discussions très larges avec le pouvoir que ces deux partis ont décidé de participer au futur gouvernement. Reste maintenant les détails concernant l’attribution des portefeuilles ministériels aux partis qui vont participer au nouveau gouvernement. 

Babacar Baye Ndiaye 

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