( 28 avril, 2008 )

Unité et diversité culturelle:Les atouts d’une démocratie en marche

Les événements dramatiques de 1989 et les différentes répressions militaires qui s’en suivirent ont jeté un véritable coup de froid sur la coexistence entre les différentes communautés du pays. Ceci créa un climat de tension, de suspicion et de distanciation entre elles. Les corollaires sont connus : érosion de l’image de la Mauritanie à l’extérieur, recul de sa position sur le plan international, timide ouverture politique initiée au début des années 90… Le 19 avril 2007, à la suite d’élections libres et transparentes, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi accède au pouvoir et affiche une ferme volonté de résoudre l’épine dorsale des problèmes auxquels la Mauritanie est confrontée : la question des déportés. Et depuis cette date, le Président de la République n’a cessé de poser d’importants jalons allant dans le sens de l’unité et de la diversité culturelle.   

Pour la 1ière  fois dans l’histoire d’une campagne électorale présidentielle en Mauritanie, le thème de l’unité et de la diversité culturelle occupe une place prépondérante dans le programme et le discours de tous les candidats. Tous reconnurent la nécessité absolue de lutter pour l’avènement d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Ainsi donc, la consolidation de l’unité nationale et le raffermissement de la cohésion sociale furent placés au 1er rang des priorités des programmes politiques de chaque parti politique et de chaque candidat. 

Après seulement 2 mois à la tête de la magistrature suprême, le Président de la République prononce un discours dans lequel il expose sa vision de la réconciliation nationale. «L’unité nationale et la cohésion sociale requièrent l’instauration de la concorde entre toutes les composantes de notre peuple sur la base du respect des principes d’égalité, de justice et de dignité. Notre devoir est de faire de sorte que tous les mauritaniens puissent éprouver la légitime fierté d’appartenir à une grande nation, qu’ils sentent que la République les protège et les traite sur un même pied d’égalité, tous sans exclusive ». Ayant compris que l’unité nationale passe d’abord par l’instauration d’un Etat de droit, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi a appelé les mauritaniens à vivre leurs diversités non pas comme un facteur d’exclusion mais comme un facteur d’enrichissement. Ses orientations confirmeront cette volonté politique de garantir à notre pays une stabilité politique et sociale. 

Toujours dans cette optique, des journées de concertation et de sensibilisation sur les formalités d’organisation du retour des réfugiés et la résolution du passif humanitaire sont organisées ‘dans un climat, marqué par le consensus des mauritaniens, toutes appartenances politiques et sociales confondues’, c’est-à-dire dans l’union, le rétablissement du droit et de la consolidation de l’unité nationale. 

A ceux qui pensent qu’il va y avoir une chasse à l’homme, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi déclare. «Nous ne cherchons nullement à remuer le couteau dans la plaie mais plutôt à la guérir ; nous ne cherchons pas à régler des comptes mais à lever des injustices et réconcilier les cœurs ; nous ne cherchons pas à déterrer le passé mais bien à préserver le présent et à assurer l’avenir ». Le renforcement de l’unité nationale et de la concorde entre toutes les composantes du pays impose de rechercher les voies et moyens de résoudre les problèmes du passé. Ainsi donc, d’importantes mesures ont été prises par le gouvernement pour assurer un retour digne des mauritaniens déportés et accompagner leur réinsertion dans le tissu social. 

  

Le pouvoir, l’opposition et la société civile se font sien le combat pour une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Refusant d’être en marge, les femmes s’impliquent aussi dans la réconciliation nationale. Elles organisent des journées de réflexion pour soutenir la recherche et la mise en œuvre de solutions viables et acceptables de nature à rétablir la paix et la concorde nationale. Les religieux dont l’impact dans la réconciliation nationale est essentiel participent au processus de réconciliation.  Le parachèvement du processus de réconciliation nationale passe  inéluctablement par la mise en place d’institutions véritablement démocratiques et d’organes médiatiques représentatifs et pluriels. Dans ce cadre, on peut noter l’arrivée sur la scène médiatique de la TVM plus et de Radio Citoyenne qui sont devenues une parfaite illustration de notre diversité culturelle. Toutes les différentes langues nationales du pays sans exclusion y sont représentées. Chacune bénéficie, même s’il y a encore des choses à améliorer, d’un temps d’antenne assez conséquent. «Sans le respect des droits culturels, il ne peut pas y avoir de démocratie. Si nous parvenons en Mauritanie à réconcilier les différentes communautés nationales afin que les mauritaniens se reconnaissent dans leur radio, leur télévision nationale, leur gouvernement, leur hymne national, les symboles et les éléments déterminants culturels, il est certain que nous aurions fait beaucoup de choses. Il faut se dire aussi qu’on ne peut pas construire une nation en braquant les communautés les unes après les autres en faisant de l’exclusivisme politique », souligne le professeur Sow qui pense qu’il y a une nouvelle dynamique qui s’est opérée avec l’arrivée au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « Il est de notre devoir, poursuit-il, d’accompagner ce mouvement afin qu’il soit un mouvement irréversible parce que la finalité du respect des droits culturels c’est l’instauration d’une Mauritanie où toutes les composantes nationales dans la fierté reconnue acceptent de vivre et d’œuvrer pour le développement de notre pays ».     

Au soir de l’an I de la démocratie, un concert gigantesque regroupe différents artistes des 4 communautés du pays. Placé sous le signe de la Réconciliation Nationale, le concert du 19 avril qui marquait par la même occasion le premier anniversaire de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à la tête du pays a réuni pendant plusieurs heures des milliers de jeunes mauritaniens enthousiasmés. L’esprit d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même a plané durant tout le temps que dure  le concert. Toutes les couches de la population mauritanienne sans exception étaient représentées par ses chanteurs. Ousmane Gangué pour les hal poular, Allou Allassane pour les wolofs, cheikh O. Abya pour les hassanya et Coumba Sala pour les soninkés pour ne citer que ceux-là.  Le combat pour l’unité nationale et la diversité culturelle suppose aussi un combat contre l’esclavage. En ce sens, nos deux chambres ont voté une loi portant incrimination et répression de cette pratique. Ce qui fait dire à certains qu’il faut d’abord réconcilier les mauritaniens avant même d’envisager les autres problèmes liés au développement économique car sans unité nationale, il n’y aura point de démocratie et c’est par la démocratie que passe tout développement. En Mauritanie, cette réalité trouve aujourd’hui tous les ingrédients favorables pour s’instaurer et de manière durable. 

Babacar Baye Ndiaye

( 16 avril, 2008 )

Les partis politiques de la mouvance présidentielle condamnent les actes terroristes de la semaine dernière

Les partis politiques regroupant la majorité présidentielle se sont réunis, ce samedi 12 avril à l’hôtel Khatter pour dénoncer les derniers événements qui ont eu lieu la semaine dernière à Nouakchott. Accompagné des partis politiques regroupés dans la mouvance présidentielle à savoir APP, UDP, PLEJ, SAWAB, FADILA, MITHAQ et EL WIHDA, le président du Pacte National pour la Démocratie et le Développement Ould Waghef par ailleurs secrétaire général à la présidence de la République a annoncé au cours de cette conférence de presse d’importants chantiers dans le domaine de la sécurité et de l’agriculture, sans pour autant donner assez de détails, pour faire face aux problèmes de sécurité et par ailleurs assurer l’autosuffisance alimentaire. Qualifiant les actes terroristes récemment perpétrés par des groupes extrémistes, les partis de la mouvance présidentielle ne sont pas allés par quatre chemins pour faire-part de leurs inquiétudes que tels actes pourraient avoir sur la stabilité du pays, la quiétude des populations et de son image sur le plan international. 

Prenant le contre-pied de ceux qui se réclament à tort de l’Islam pour perpétrer de tels actes, les partis politiques regroupés dans la majorité présidentielle se sont déclarés soucieux d’ouvrer pour garantir la sécurité du pays qui est un impératif qui transcende certains considérations partisanes. Dans un communiqué très critique, ces paris ont condamné fermement lesdits actes tout en présentant leurs condoléances les plus attristées aux familles des victimes militaires et civiles. Ils ont par ailleurs appelé le gouvernement à tout mettre en œuvre pour renforcer la lutte contre l’extrémisme et la violence et notamment la communauté des oulémas à protéger l’Islam contre les déviations des faux dévots qui en font un alibi pour couvrir leurs entreprises mafieuses. Enfin, dans le communiqué lu en la circonstance, les partis politiques de la mouvance présidentielle a salué l’action du gouvernement mauritanien notamment à travers son plan le plan d’urgence qui prend en compte les besoins essentiels et les préoccupations des populations les plus démunies et qui est aussi de nature à les soustraire aux tentations. 

Babacar Baye Ndiaye

( 3 avril, 2008 )

Arrestation de Me Fatimata Mbaye à Paris : »Soukheire Belhassane, présidente de la FIDH, demande aux autorités mauritaniennes d’adresser une protestation officielle aux autorités françaises »

L’arrestation de Me Fatimata Mbaye continue de susciter des mouvements de sympathie et de solidarité. La dernière en date : celle de la Tunisienne, madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et par ailleurs vice-présidente de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme qui est venue à Nouakchott  exprimer vivement son soutien à Me Fatimata Mbaye à la suite de sa garde-à-vue durant 24 heures par la police française.   

Au cours d’une conférence de presse, organisée à l’hôtel Tfeilà, ce lundi 1 avril, madame Soukheire Belhassane, se basant sur le fait que Me Fatimata Mbaye appartient à la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui est une institution mauritanienne, a demandé, à la suite de son audience avec le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, aux autorités mauritaniennes d’adresser ‘une protestation officielle’ auprès des autorités françaises. 

Qualifiant l’arrestation de Maître Fatimata Mbaye de choquant, de révoltant et d’absolument insupportable, madame Soukheire Belhassane a demandé, après un réquisitoire sur la banalisation du recours à la  violence par les services de l’ordre français lors des expulsions des migrants et des demandeurs d’asile, au procureur de la République française de faire toute la lumière sur les investigations nécessaires afin de déterminer les motifs d’un tel traitement et les éventuelles responsabilités concernant ces violences qui ont été exercées à l’égard de la personne migrante(à l’origine de l’arrestation de Me Fatimata Mbaye) mais également à l’égard de la présidente de l’AMDH(Association Mauritanienne des Droits de l’Homme) et du médecin qui l’avait soutenu dans sa protestation. 

En attendant que l’enquête menée actuellement en France révèle sa version des faits sur cette affaire tristement célèbre, la FIDH  a demandé par ailleurs que la lumière soit faite sur l’arrestation et la privation de liberté de Maître Fatimata Mbaye durant toute sa garde-à-vue qui a duré 24 heures chrono. «La FIDH exhorte les autorités françaises à tout mettre en œuvre afin que les décisions judiciaires de reconduite à la frontière soient exécutées dans le respect de la dignité humaine. La maltraitance que subissent aujourd’hui les migrants de manière générale est honteuse et insupportable », a déclaré madame Soukheire Belhassane qui a appelé par ailleurs la France, berceau de la liberté et des droits de l’Homme, à respecter ses engagements internationaux en matière de droits de l’Homme. «Nous demandons aux compagnies aériennes et en l’occurrence Air France en particulier d’informer clairement d’une manière systématique le personnel sur le comportement et les mesures à adopter à ce type de situation et ce surtout conformément aux droits fondamentaux des personnes humaines et qui sont garantis par les instruments régionaux et internationaux de protection des droits de l’Homme », a ajouté la présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, madame Soukheire Belhassane accompagnée au cours de sa conférence de presse par le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Mohamed Said O. Hamody. 

A la suite de sa visite en Mauritanie, madame Soukheire Belhassane s’est rendue aussi dans notre capitale économique, Nouadhibou, plus précisément au Centre d’Accueil de Nouadhibou où des centaines de migrants ouest africains sont détenus. «Je suis vraiment sous le choc. Je trouve que les conditions sont absolument inhumaines », dit-elle en comparaison au centre d’accueil de Pnom Penh où les conditions de séjour sont meilleures que celles des centres d’accueil de Nouadhibou, de Bruxelles et de Pologne qu’elle a récemment visités dans le cadre de ses missions dans les pays de transits. Les jeunes détenus dans ce centre d’accueil de Nouadhibou sont essentiellement des sénégalais, des maliens et des guinéens. Leurs conditions de séjour sont contraires aux droits de l’Homme : âgés de moins de 20 ans, ils s’entassent dans un bâtiment de 50², dorment dans des lits d’infortune et ne disposent que des couvertures pouilleuses jetées à sol. «Ils sont alignés les uns au dessus des autres, dans une position assise et ils ne peuvent pas bouger. Les conditions sont celles d’une prison. On a le cœur serré de voir ces jeunes gens complètement immobilisés», a-t-elle affirmé. 

Constatant que la Mauritanie devient de plus en plus un pays de transit et d’installation pour les migrants,  madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme a fait savoir qu’il y a aujourd’hui une nécessité de clarifier la convention sur l’immigrant clandestin qui fait souvent l’objet d’accusations graves et gratuites comme l’introduction de la drogue dans les pays de transit. «Brancher les phénomènes de drogue sur les phénomènes de migrations, c’est encore alourdir le poids qui pèse aujourd’hui sur le migrant », fait-t-elle remarquer. 

A la tête de la  Fédération Internationale des Droits de l’Homme depuis Avril 2007,  madame Soukheire Belhassane a fait de la situation des migrants sa priorité. «Les migrants ne sont pas des sous-hommes, s’indigne-t-elle. Le droit à la santé, à la libre circulation, à l’éducation sont des droits fondamentaux qui doivent être partout les mêmes et respectés. Qu’il y ait des règles, que la migration clandestine soit surveillée et régulée, c’est normal. C’est le droit à tout Etat de le faire. Mais que ces règles soient appliquées ?». 

Evoquant les accords de coopération sur l’immigration clandestine entre l’Espagne et l’Afrique,   

Madame Soukheire Belhassane a dénoncé vigoureusement l’attitude des pays européens qui n’ont pas encore signé la convention sur le droit du travailleur émigrant, d’ailleurs ratifié par la Mauritanie depuis 2007. Renforçant ses mesures contre l’immigration, les pays européens ont élaboré un projet de directives européennes sur l’immigrant. Des mesures qui visent essentiellement le retour des migrants à leur pays d’origine. Avant leur expulsion, les migrants seront gardés pendant plus de 18 mois dans un centre de rétention et comble de l’ironie, ils seront frappés d’une interdiction de retour en Europe pendant 5 ans. «La migration sélective est totalement à rejeter parce que c’est écrémer nos pays du sud ; prendre le meilleur alors que des pays se saignent aux quatre veines… », a noté madame Soukheire Belhassane. 

Babacar Baye Ndiaye 

  

   

( 10 mars, 2008 )

Kadjata Malick Diallo, député de l’UFP

Au cours d’une conférence de presse, le député Kadjata Malick Diallo, accompagné de ses camarades députés, est largement revenu en détails sur l’évaluation de la session ordinaire  relative aux amendements du statut de l’opposition finalement approuvés par une grande majorité des parlementaires.

 

Jeudi dernier, les parlementaires s’étaient réunis au cours d’une session ordinaire consacré à l’examen d’une proposition de loi émanant de l’Union des forces et de Progrès(UFP) pour remplacer l’ordonnance du CMJD en date du 9 avril 2006 portant statut de l’opposition démocratique. Au cours d’une conférence de presse organisée par les parlementaires de l’UFP, le député Kadjata Malick Diallo est largement revenu en détails sur l’évaluation de la session ordinaire  relative aux amendements du statut de l’opposition finalement approuvés par une grande majorité des parlementaires.

Pour ne pas engendrer des sentiments d’exclusion ou de frustration, Khadija Malick Diallo a rappelé que la proposition de loi sur le statut de l’opposition démocratique avait fait l’objet d’une large concertation au niveau de ‘toute’ l’opposition afin que des amendements soient apportés à l’ordonnance du CMJD relative au statut de l’opposition démocratique. «Il a été convenu que nous apportions des amendements à l’ordonnance du CMJD. Pourquoi ? Parce qu’elle répondait aux aspirations et une demande criarde de l’opposition pour qu’elle soit dotée d’un statut qui la préserve et qui garantit ses intérêts et ses droits », explique Kadjata Malick Diallo qui n’a pas manqué de constater qu’il y avait, malgré la pertinence de cette ordonnance,  un certain nombre de lacunes relevées dans l’ordonnance du CMJD portant statut de l’opposition.  «Ces lacunes se résument au fait que le chef de file de l’opposition devrait être le porte-parole attitré de toute l’opposition et qu’il devait donc donner l’avis de l’ensemble des partis qu’il soit en accord ou en désaccord » a-t-elle observé en faisant remarquer qu’il(le chef de file de l’opposition) bénéficiait de manière exclusive des avantages matériels et protocolaires considérables et qu’aussi, il fallait parler de «l’institution de l’opposition »  et non dire «chef de file de l’opposition ».

«On s’était mis d’accord au niveau de l’opposition pour que ces lacunes là soient relevées et  modifiées par des amendements qu’il faut apporter au niveau de l’assemblée nationale lors de la session ordinaire de novembre à janvier », a-t-elle déclaré.

Dans l’ordonnance du CMJD, il a été constaté que la mise en place de «l’institution de l’opposition »  posait problème. Cela découlait du fait que l’ordonnance accordait beaucoup de prérogatives au chef de file de l’opposition’. A l’époque, dans la mise en place de cette structure, l’UFP avait décliné sa participation pour des raisons objectives. « Au niveau de la loi, les prérogatives reviennent au chef de file de l’opposition » a déclaré Kadjata Malick Diallo. Ainsi donc, des modifications devaient être apportées pour combler toutes ces lacunes relevées dans l’ordonnance du CMJD portant statut de l’opposition. L’UFP, en âme et conscience, et surtout devant l’insistance de Ahmed Ould Daddah, avait décidé de participer à la mise en place de cette institution. «On a fini par accepter de participer à la mise en place de cette institution. Au moment de mettre en place cette institution, nous avons privilégié à ce qu’on détermine les critères sur lesquels on doit monter cette institution. Les autres partis n’ont pas été d’accord avec nous sur cette approche » a-t-elle soutenu  en pensant que leurs partenaires sont allés trop vite en besogne et ceci a créé des malentendus et des points de divergence au sein même de l’opposition notamment entre l’UFP et le RFD. «Si on ne détermine pas des critères sur lesquels on se met d’accord et qu’on va appliquer à tout le monde, il sera tout simplement de l’arbitraire » a-t-elle estimé car cela a fait planer le doute au niveau de l’UFP qui voyait mal la manière même dont le chef de file de l’opposition a été désigné par le conseil constitutionnel du seul  fait que Ahmed Ould Daddah  bénéficiait plus de députés à l’assemblée nationale par rapport aux autres partis politiques de l’opposition.

La répartition des autres postes de l’institution du chef de file de l’opposition notamment celui de secrétaire général  a créé beaucoup d’écarts entre les différents partis politiques. «Nous considérons le fait de ne pas accepter que ce critère soit appliqué sur le poste de secrétaire général, c’est parce que ce poste devait revenir à l’UFP et on voudrait que ce dernier occupe ce poste. On met entre parenthèses le critère par rapport à ce poste et à l’ensemble des autres postes », dit-elle.

Les plénières, prévues pour le vote de la proposition de loi sur le statut de l’opposition, ont été moult fois retardées voire même reportées à cause du manque de consensus au niveau des critères de désignation du chef de file de l’opposition qui doit revenir, juridiquement,  au parti qui a le plus de députés à l’assemblée nationale comme cela se passe dans tous les pays qui sont dotés d’un statut de l’opposition à l’instar de la Grande Bretagne, de l’Australie et du Canada. «Alors pourquoi chercher à le retarder pour son application », s’interroge Kadjata Malick Diallo qui pense qu’il fallait définir des critères consensuels pour pouvoir sortir de cette situation confuse. Heureusement, que la loi portant sur le statut de l’opposition a été votée et cela a permis de dénouer la situation de tiraillements entre les différents partis de l’opposition.

 

Babacar Baye Ndiaye 

Ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

 

( 28 février, 2008 )

Ibrahima Moctar Sarr, Président de l’AJD/MR: »C’est l’Etat qui doit se charger du retour des déportés et prendre les mesures nécessaires qui s’imposent pour les secourir »

Après son audience avec le Président de la République, Ibrahima Moctar Sarr a tenu une conférence de presse, hier, au siège de son parti pour livrer ses analyses sur la situation politique et sociale du pays marquée principalement  par le retour des déportés et l’adoption du projet de loi portant sur l’amendement  du statut de l’opposition. 

 

Dans son mot d’introduction, le Président de l’AJD/MR, Ibrahima Moctar Sarr,  est revenu à nouveau sur le retour des déportés qui a été possible, selon lui, grâce à la bonne volonté  du Président de la République « qui n’a ménagé aucun effort depuis son élection pour la réussite de ce dossier » dira t-il. Cependant, il a remarqué que l’organisation de ce retour s’est déroulée dans des conditions incompréhensibles voire inacceptables. Après le retour des déportés, une délégation officielle a été dépêchée sur place par l’AJD/MR pour s’enquérir de la situation  qui prévalait dans les trois sites qui ont été aménagés pour la circonstance. A la suite de la visite de ces sites, les responsables de l’AJD/MR ont fait savoir que les conditions n’étaient pas réunies pour que le retour des déportés dans leur pays soit des meilleurs. «Ils étaient dans des abris de fortune. Ils n’avaient plus rien à manger. La dotation qu’on leur avait donnée était pratiquement finie. Les conditions sanitaires étaient déplorables. La proximité et le problème d’hygiène sans parler de la scolarité des enfants qui restaient à régler », a déclaré Ibrahima Moctar Sarr, qui estime qu’une telle situation devait nécessitait un plan d’urgence de la part des autorités qui avaient tardé à réagir promptement et efficacement pour éviter toutes appréhensions ou inquiétudes de la part des déportés «Ce que nous ne comprenions pas c’est que l’Etat ne soit pas en mesure de prendre en charge les citoyens qui sont rentrés. Quelles que soient les critiques adressées au H.C.R. au P.A.M. ou autres, nous pensons que ce sont des organisations d’appoint qui sont venues pour nous aider ». 

A l’en croire, c’est l’état mauritanien qui doit se charger du retour des mauritaniens déportés et prendre les mesures nécessaires qui s’imposent pour les secourir. C’est dans ce cadre qu’Ibrahima Moctar Sarr a adressé une demande d’audience auprès du chef de l’Etat pour s’entretenir avec lui de ce dossier. «J’ai tenu à dire au président de la république par rapport à ce premier contingent  qu’il devait bénéficier d’une attention des plus remarquables pour constituer une sorte de marketing afin que ceux qui ne sont pas encore rentrés aient le courage de rentrer. » 

«Nous devons avoir à l’idée une chose fondamentale : ces compatriotes qui sont rentrés après 19 ans d’exil, sont traumatisés » a reconnu Ibrahima Moctar Sarr qui pense que pour réparer cela, il faudrait une grande action vigoureuse de la part des pouvoirs publics en organisant une grande solidarité populaire. «Nous avons pensé comme on avait fait avec les rapatriés au Sénégal que les déportés ont besoin d’un élan de solidarité de la part du peuple mauritanien tout en entier » a-t-il suggéré  en faisant remarquer que cette solidarité n’a pas été manifestée comme le peuple mauritanien l’avait fait contre le terrorisme ou contre l’occupation d’Israël en Palestine. 

Ainsi donc, pour marquer leur solidarité à leurs compatriotes mauritaniens, l’AJD/MR va organiser le 1er mars à venir une Journée Nationale de Solidarité à la «Case» afin d’amener les mauritaniens à participer à ce retour. «Le retour des déportés est un jalon important sur la voie de la réconciliation nationale. La réconciliation nationale ne peut véritablement aboutir que si elle passe par la réparation des préjudices subis qui vont du retour des déportés à la solution du passif humanitaire », a-t-il conclu en faisant savoir que c’est cela seulement qui pourra déterminer les points de convergence qui assureront la pérennité d’une coexistence pacifique en dépassant certaines passions et certains rancœurs. 

Par rapport au projet de  loi sur le statut de l’opposition, Ibrahima Moctar Sarr a salué l’adoption de cette loi votée par la majorité qui est pour lui un pas important vers l’instauration d’une démocratie véritable en Mauritanie. Cependant, il n’a pas manqué à cette occasion de dénoncer l’exclusion dont son parti a été l’objet, y voyant,  une volonté manifeste de certains de vouloir fragiliser l’opposition. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

( 21 février, 2008 )

Opération de retour des déportés:«Si des actes forts ne sont pas pris, l’opération de retour sera vouée à l’échec », estime le FONADH

Deux jours après la conférence de presse de l’Agence Nationale chargée de l’Accueil et de la Réinsertion des Réfugiés et de l’annulation du retour du deuxième contingent des déportés mauritaniens au Sénégal, le Forum National des Organisations des Droits de l’Homme a tenu une conférence de presse, ce mercredi 20 février 2008,  pour dénoncer les agissements du H.C.R. et de l’ambassadeur de Mauritanie au Sénégal tout en demandant le respect et l’application des recommandations issues des journées nationales de concertation( tenues les 20, 21 et 22 novembre 2007, ndlr) mais et surtout en demandant l’implication pleine et entière des organisations de défense des droits de l’homme en tant que partenaires dans le processus du règlement du passif humanitaire. 

Le FONADH n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour tirer à boulets rouges sur le H.C.R., qui mène selon lui, une gestion peu transparente de la question du retour des déportés. «Nous avons constaté dés le départ, fait remarquer Mamadou Moctar Sarr, secrétaire exécutif du FONADH, aux premiers moments des recensements, que le H.C.R., n’avait pas véritablement impliqué les responsables des structures de défense des intérêts des déportés. Lors, des journées nationales de concertation sur le retour des déportés et le règlement du passif humanitaire, des engagements ont été pris mais nous avons l’impression que le H.C.R. est en train de faire cavalier seul ».

En outre, le FONADH s’est insurgé contre l’attitude du H.C.R. qui a organisé l’opération test dans la précipitation et le manque de préparation dans l’organisation de ce rapatriement des déportés mauritaniens. «Après le retour des déportés, une semaine plus tard, nous avons envoyé sur place une délégation pour visiter l’ensemble des sites aménagés pour ceux qui sont revenus. Depuis qu’ils sont revenus (les déportés, ndlr), aucune autorité n’est venue les rendre visite. L’opération test ne nous satisfait pas et les conditions de vie sont déplorables. Et on peut dire que les autorités sont en train de baisser les bras », déclare le secrétaire exécutif du FONADH qui estime que «le recensement a été fait dans une opacité totale » avec la partialité de l’ambassadeur de MAURITANIE (Ahmed Ould Bellal, ndlr) au Sénégal qui traite, selon lui, avec un groupe de réfugiés au détriment de la partie la plus représentative. «Au moment de signer l’accord triparti, l’ambassadeur s’est fait accompagner de trois individus qui ne représentent personne. Tout ce que ces gens-là (allusion faite aux organisations de défense des droits humains, ndlr) veulent, c’est qu’ils soient impliqués dans le processus de rapatriement. Les victimes, on ne doit pas les contourner. C’est pourquoi nous disons et nous l’avons signalé au plus haut niveau que l’ambassadeur est en train de jouer un jeu dangereux par rapport à ce problème. Ce ne sont pas des affirmations gratuites. C’est quelque chose de vérifiable ».

Le processus de rapatriement des déportés mauritaniens a été confié par l’ALPD (Association de Lutte contre la pauvreté et pour le Développement) dirigée par Mohamed Vall Ould Khissa et par ailleurs parenté à l’ambassadeur de Mauritanie au Sénégal. Le FONADH est monté au créneau pour dénoncer ce recrutement qui s’est fait dans une totale opacité. Ce recrutement est mal apprécié d’autant plus que ce monsieur Mohamed Vall Ould Khissa est accusé d’être un détracteur du processus de rapatriement des déportés mauritaniens. On l’accuse même d’avoir été contre le retour des déportés. Comment donc, les pouvoirs publics, connaissant tout cela, n’ont-ils pas réagi en confiant l’opération de retour à une ONG blanche comme neige et qui ne compromettrait aucunement la réussite de ce processus de rapatriement ? «On aurait pu, pour un problème aussi important, lancer un avis d’appel d’offres et voir toutes les ONGs qui postulent », pense Mamadou Moctar Sarr.

Le FONADH, dans le sens d’apporter des solutions par rapport au retour des déportés mauritaniens, a mis en place un comité de réflexion, dirigé par Lalla Aicha membre du FONADH. Ce dit comité a déjà élaboré un plan d’action qui a été transmis aux autorités. Car, estime le FONADH, si des actes forts de consolidation des acquis et de motivation des réfugiés ne sont pas pris, l’opération de retour sera vouée à l’échec.

Par ailleurs, le FONADH a dénoncé la précipitation dans laquelle, l’ANAIR a été mise sur place par les pouvoirs publics au détriment des intérêts et des droits des déportés. «Cette agence devrait avoir d’abord un conseil d’administration qui étudierait les grandes orientations avant de commencer la mise en œuvre de son programme d’urgence. Mais, malheureusement, l’agence est partie trop vite en besogne. A notre connaissance, le conseil d’administration n’a pas encore été désigné. Il faut que l’agence respecte le minimum qui est d’abord la mise en place de ce conseil. Nous pensons que cette agence pourra jouer un grand rôle d’autant plus que nous savons que l’action du H.C.R. est très limitée dans le temps. Il reviendra donc à l’agence de créer des conditions nécessaires pour régler définitivement le problème des déportés », a laissé entendre Mamadou Moctar Sarr tout en dénonçant le manque de concertation qui environne le processus de rapatriement des déportés mauritaniens mais surtout en reprochant à l’ANAIR d’avoir concocté un programme d’urgence sans pour autant demander leur avis.

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Regards croisés sur l’attaque contre l’ambassade d’Israël

L’attaque du 1er février contre l’ambassade d’Israël dans notre pays continue de susciter des réactions de toute part notamment dans certains partis politiques comme le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice(REJ) dirigé par Cheikh Sid’Ahmed Dieng et le Parti du Rassemblement Populaire(PRP) dirigé par Mohamed Ould Nanah. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment avez-vous accueilli la nouvelle de l’attaque contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Nous considérons que cette attaque a été perpétrée par des gens isolés. C’est des comportements que nous dénonçons parce que nous luttons contre toute forme de violences particulièrement des attaques perpétrées contre des hôtes de la Mauritanie. Nous considérons que c’est des attaques qui versent directement dans la destruction de notre démocratie naissante. 

Mohamed Ould Nanah : Depuis deux semaines, certains partis politiques ont commencé à agiter la rue qui ne comprend pas la valeur des relations diplomatiques entre notre pays et Israël et l’importance du dialogue civilisationnel. Nous constatons que notre pays est menacé et il a besoin de grands nationalistes qui peuvent jouer le rôle de régulateur au niveau de l’opinion publique. Israël est un Etat important pour nos relations dans l’avenir. Nous sommes un pays qui a besoin des autres. Si nous rompons nos relations avec Israël, nous démissionnons du dialogue civilisationnel et nous ne l’accepterons pas. C’est pourquoi, nous avons refusé catégoriquement de signer une lettre adressée au Président de la République pour rompre nos relations diplomatiques avec Israël.   

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous qu’à la suite de cette attaque que les relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu vont survivre ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Cette attaque ne peut en aucun cas ternir les relations entre la Mauritanie et Israël. Je pense que c’est des attaques qui ne ciblent pas réellement l’Etat d’Israël. C’est des attaques qui ciblent la consolidation de l’unité nationale et le développement de la démocratie dans notre pays. 

Mohamed Ould Nanah : Cette attaque n’est pas seulement une attaque contre l’ambassade d’Israël mais c’est une attaque contre la consolidation de notre démocratie. C’est des extrémistes, des chauvins qui cherchent à s’imposer par la violence. C’est l’avenir de notre pays qui est menacé. Nous ne sommes pas remués par notre passion personnelle. Nous demandons à notre gouvernement d’être vigilants et d’assurer la sécurité des personnes. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que cette attaque ne va pas jeter de l’huile sur le feu dans les relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Des attaques sont perpétrées partout dans le monde ! Je pense que le gouvernement mauritanien est assez responsable pour gérer ces situations de turbulences ourdies par des extrémistes acharnés. 

Mohamed Ould Nanah : Je suis sûr que l’Etat d’Israël est un Etat civilisé. Les Israéliens savent qu’il y a beaucoup de mauritaniens qui sont pour le maintien des relations entre la Mauritanie et Israël. Il y a des chauvins qui cherchent à détruire toute sorte de relations. Quelqu’un qui utilise les armes, on ne sait plus ce qu’il est en train de faire. Actuellement, notre pays est sur un pont. Nous cherchons à véhiculer un discours civilisé et qui accepte les autres. 

Le Rénovateur Quotidien : Tous les partis politiques, dont les vôtres, ont condamné cette attaque. Pensez-vous que ces condamnations vont stopper l’élan des extrémistes comme vous dites ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : C’est vrai que tous les partis politiques ont condamné ces agissements violents mais au-delà des condamnations que nous portons contre de tels agissements qui ne sont rien d’autre que de la récupération politique, nous considérons que les questions nationales doivent être privilégiées et encouragées.   

Mohamed Ould Nanah : Effectivement ! Je pense que ces extrémistes doivent être combattus par le renforcement de nos lois et par la vigilance des intellectuels qui comprennent les enjeux de demain. Nous avons besoin de sauver notre face en tant que mauritanien. 

Le Rénovateur Quotidien : On sait que la Palestine est le nœud de tout ce problème. Quelle est votre position par rapport à cette question ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : L’intérêt que nous portons à la réalisation et à la sécurité de l’Etat de Palestine relève d’une préoccupation profonde. Cette position nous conforte dans notre conviction ferme de protéger la paix dans le monde en privilégiant toujours le dialogue avec tous les protagonistes de même la lutte contre toute forme de violence et d’injustice ou qu’elle soit et particulièrement dans notre pays doit faire l’objet d’une analyse objective et suivie d’actions appropriées.   

Mohamed Ould Nanah : Notre position est très claire sur cette question. On ne peut pas être contre le peuple palestinien. Les Israéliens et les Palestiniens sont condamnés à vivre ensemble. La seule solution à ce problème est la solution du dialogue pacifique, la solution des nations unies. Ce n’est pas la violence qui viendra à bout de ce conflit et les Palestiniens doivent le comprendre. Une fois que les Palestiniens le comprennent, je pense que les Israéliens vont trouver une solution. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’APP : « Israël reste pour nous le dernier régime colonial et ségrégationniste sur la terre. »

Après l’assassinat des quatre touristes d’origine française près d’Aleg le 24 décembre 2007 et l’attaque d’El Ghallaouiya ; soldée par la mort de trois soldats mauritaniens, notre pays vient de subir à nouveau une autre attaque terroriste. Autant cette attaque dont les auteurs n’ont pas encore été retrouvés est révélatrice d’une désapprobation de la présence d’Israël en Mauritanie, autant elle montre combien les relations entre la Mauritanie et l’Etat Hébreux peuvent se dégrader du jour au lendemain. Certains partis politiques sont connus pour leur radicalisme envers Israël. Parmi eux, l’APP. Dans l’interview suivante, Ladji Traoré, secrétaire général dudit parti, revient sur cette grande question qui divise l’opinion publique et la classe politique mauritaniennes.   

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de l’attaque du 1er février contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie ? 

Ladji Traoré : Nous, nous avons un principe très clair. Premièrement par rapport à la question d’Israël parce que c’est le fonds du problème.  Deuxième par rapport à la question du terrorisme en général. Je pense que l’un est lié à l’autre. On ne peut pas expliquer comme ça cette attaque. Il y a certes l’ambassade d’Israël qui se trouve à coté mais ce que l’on ne dit pas toujours et très clairement, c’est qu’il y a aussi un restaurant géré (VIP, ndlr) par un couple mauritano-français. Donc, il y a eu agression à la fois contre l’ambassade d’Israël mais aussi contre un établissement public. 

Le Rénovateur Quotidien : Cette attaque vous a-t-elle surpris ou non ? 

Ladji Traoré : Surpris, pas tout à fait. Parce que nous, depuis les événements d’Aleg, nous l’avons écrit et nous n’avons cessé de le dire, il y a une tentative d’instauration du terrorisme en Mauritanie. L’argument essentiel, c’est la présence de l’ambassade d’Israël en Mauritanie. Il y a aussi une frange de l’opinion qui est mécontente et contre les relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : Cette attaque est intervenue trois semaines après l’organisation d’une journée nationale contre le terrorisme. 

Ladji Traoré : Je pense que nous avons eu une manifestation à caractère unanime qui va des partis qui soutiennent la majorité présidentielle  jusqu’aux courants islamistes en passant par l’ensemble des partis de l’opposition à l’exception de l’AJD/MR et du RFD. L’ensemble de la classe politique mauritanienne a pris la route pour dénoncer publiquement le terrorisme dans notre pays. 

Le Rénovateur Quotidien : On connaît la position de votre parti sur la question israélienne. A votre avis, est-ce que la Mauritanie gagnerait à rompre ses relations diplomatiques avec l’Etat Hébreu ? 

Ladji Traoré : Qu’est-ce que la Mauritanie gagne dans ses relations avec l’Etat Hébreux ? Je vais faire un petit recul parce que je crois que nous sommes rattrapés par notre histoire contemporaine. Les seules motivations qui ont fait qu’il y a 10 ans Maaouiya Ould Sidi Ahmed Taya a noué des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël, c’était premièrement son isolement sur le plan international, africain et arabe. Il s’est donc rapproché d’Israël et notamment des protecteurs d’Israël, les Etats Unis d’Amérique pour mieux avoir des facilités avec les bailleurs de fonds qui sont très influençables par les Etats Unis d’Amérique. Par conséquent, l’établissement des relations diplomatiques dans le temps par le régime mauritanien est en droite ligne de la crise que nous vivons actuellement. Nous, nous sommes contre ces relations. Pourquoi ? Parce que nous, APP, nous sommes pour la libération des peuples, pour l’autodétermination des peuples que ce soit en Palestine, au Sahara occidental ou ailleurs. Dès le début, nous avons dénoncé sous Maaouiya, les relations qui existaient entre la Mauritanie et ce que nous appelons l’entité sioniste. L’actualité fait aujourd’hui qu’il y a une recrudescence contre la présence d’Israël dans notre pays en raison de ce que fait le régime israélien à Gaza contre les populations palestiniennes. Ce qui se passe à Gaza est intolérable. C’est ce qui explique sans nul doute la réaction de cette manière de certaines forces terroristes mauritaniennes qui sont dans la droite ligne du courant islamiste. Mais nous, nous ne sommes pas pour le terrorisme. Nous sommes pour la rupture des relations diplomatiques avec Israël pour lesquelles nous pensons que notre pays ne gagne rien. 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant, malgré tout ce que vous dites là, on a constaté qu’au sein même de l’opinion publique ou de la classe politique mauritanienne, cette question divise… 

Ladji Traoré : C’est vrai qu’il y a  des attitudes distanciées. Je sais que dans certains milieux et dans une bonne frange de la population, les gens analysent cela comme des relations banales. Pour nous, il n’en est rien parce que Israël reste pour nous le dernier régime colonial et ségrégationniste sur la terre. Certainement, les prises de conscience et les positions politiques peuvent être différenciées. Nous ne voyons pas d’ailleurs concrètement en termes de coopération ce que Israël rapporte en Mauritanie. Nous avons en construction un hôpital en cancérologie. L’hôpital est là depuis plus de 5 ans en construction. Il ne voit pas le jour. Il ne finit pas. Certains malades mauritaniens auraient même des scrupules à aller se soigner dans un hôpital israélien. C’est dire à quel point l’unanimité de l’opinion qui très est sensible à ces relations avec Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous demandez qu’on rompe les relations diplomatiques avec Israël. Mais en réalité, c’est un acte difficile à prendre. 

Ladji Traoré : Mais quelle difficulté y a-t-il ? Est-ce qu’il y a des intérêts économiques, politiques et culturels ? Les relations diplomatiques sont essentiellement basées sur les intérêts des états. Nous pensons que dans le cas présent, nous n’avons aucun intérêt particulier avec l’Etat d’Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : On parle, depuis longtemps, de cette rupture diplomatique, mais on a l’impression que les hommes politiques n’osent pas franchir le rubicond ou faire le premier pas. C’est toujours le même refrain. 

Ladji Traoré : Nous pensons que les événements actuels vont, avec l’indignation du peuple mauritanien et l’expression de son sentiment quasi unanime, inciter les pouvoirs publics à réfléchir et à accélérer le processus de la prise de cette décision. 

Le Rénovateur Quotidien : Ne pensez-vous pas que vous êtes en train de jouer avec le feu ? 

Ladji Traoré : Quel feu ? Nous, nous sommes sur le terrain politique et diplomatique. Il y a d’autres qui sont en train de jouer à leur manière et nous n’avons pas eu de gêne à les dénoncer parce qu’en politique, il y a deux méthodes. La méthode démocratique et pacifique d’un coté et les méthodes terroristes de l’autre comme cela est en train de se faire dans notre pays. Le Rénovateur Quotidien : En tenant un discours radical sur Israël, n’avez- vous pas ouvert la brèche aux groupes terroristes qui en ont profité avec cette attaque ? 

Ladji Traoré : Pas du tout parce que nous, nous avons un discours de principe, un discours politique depuis toujours, un discours de soutien à la lutte du peuple palestinien. Est-ce que c’est parce que le terrorisme existe que nous ne devons plus défendre une cause ? Nous combattons à la fois la domination coloniale d’Israël et le développement du terrorisme en Mauritanie sans aucune ambiguïté. 

Le Rénovateur Quotidien : On parle de plus en plus de l’imminence d’un remaniement gouvernemental. L’APP, partira ou restera-t-elle dans l’attelage du gouvernement ? 

Ladji Traoré : Nous pensons qu’à l’issue des élections présidentielles, il s’est dégagé une majorité présidentielle et une opposition. Le remaniement de tous les jours et de toutes les semaines dont vous faîtes écho vient du bord de ceux qui prônent un gouvernement d’union nationale où il n y aura plus de majorité présidentielle ou d’opposition. Je pense que cette solution n’a pas porté des fruits positifs en Afrique. Il faut qu’il y ait une majorité qui gouverne et une opposition conséquente qui s’oppose de manière démocratique et patriotique. Si la majorité présidentielle sait que l’opposition a raison, elle doit l’écouter. Si l’opposition sait que la majorité est sur la bonne voie, elle doit pouvoir l’encourager et l’appuyer. 

Le Rénovateur Quotidien : L’APP a actuellement l’air fébrile et on constate de plus en plus le départ et le ralliement de vos cadres et militants dans d’autres partis politiques. N’avez-vous pas peur pour l’avenir de votre parti ? 

Ladji Traoré : Ces nouvelles ne sont pas ce que nous constatons. L’APP a enregistré jeudi dernier une arrivée massive de personnalités et de cadres à Nouakchott. A l’intérieur du pays aussi, nous constatons un rush de l’APP. L’opinion comprend davantage les positions de l’APP. Nous avons toujours combattu et refusé de nous taire. Ni sur le problème israélien, ni sur le retour des déportés ni sur le problème de l’esclavage. Alors que beaucoup faisaient bouche cousue. Au contraire, je pense que ce qui se passe sur la scène politique, c’est la concrétisation de la justesse des positions politiques de l’APP sur un certain nombre de problèmes majeurs du pays. Je ne suis pas au courant qu’il y ait une défection de cadres de l’APP. 

Le Rénovateur Quotidien : Quelle est votre réaction sur l’arrivée de la première vague des réfugiés mauritaniens qui sont revenus à leur pays après 18 années d’exil forcé ? 

Ladji Traoré : Nous avons salué de nos vœux cet événement. Nous avons envoyé une délégation d’accueil. Maintenant, nous attendons la réunion prochaine de la commission d’orientation sur les problèmes des réfugiés et des déportés pour aller voir concrètement comment ces gens sont accueillis. Qu’est-ce qui est envisagé et selon quel agenda les problèmes d’intégration et de réinsertion des réfugiés ?   

Le Rénovateur Quotidien : On remarque de plus en plus la recrudescence des problèmes fonciers en Mauritanie. 

Ladji Traoré : Nous assistons en Mauritanie, mine de rien, à une recrudescence intérieure des luttes politiques et des luttes sociales parce que le programme d’application du Président de la République n’est pas approuvé par tout le monde. Les anciens propriétaires veulent entériner leurs titres traditionnels sur la terre et chasser systématiquement ceux qui cultivaient les terres depuis des siècles Le retour des déportés dérange beaucoup de gens. Il faut bien le dire. Ce n’est pas l’unanimité. Le problème de l’esclavage et les changements sociaux dérangent énormément aussi des milieux. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye 

( 7 octobre, 2007 )

Le Sénateur de M’Bout rallie le Parti de Ould Maouloud

C’était hier, au siège de l’UFP à Tevragh Zeina que le nouveau sénateur de M’Bout, Monsieur Youssouf Sylla a tenu une conférence de ralliement à laquelle fut conviée la presse nationale et internationale. Le sénateur Youssouf Sylla désormais membre de l’UPP qui était accompagné de responsables de l’UFP dont Monsieur Mohamed Ould Maouloud, candidat à la présidentielle du 11 mars 2007, a annoncé son adhésion à l’UFP.
Youssouf Sylla a entamé sa déclaration d’adhésion en remerciant d’abord l’assistance plus particulièrement la presse nationale pour annoncer son adhésion à l’UFP. Selon ses propres termes, c’est un choix qu’il a fait dans l’intérêt de la Mauritanie et pour soutenir le candidat Mohamed Ould Maouloud qui, à ses yeux, représente la clé du changement pour notre pays. Il a par ailleurs souligné qu’il a choisi librement d’adhérer à l’UFP parce qu’il pense que c’est son devoir de choisir ce qu’il estime être bien pour son pays et que c’est dans ce cadre là qu’il faut placer son ralliement.
Le sénateur a tenu à rappeler aussi que la question de son appartenance à la coalition des « indépendants » est tranchée, qu’il n’est plus un indépendant mais qu’il appartenait désormais à l’UFP, qu’il n’a jamais pris de contact avec qui que ce soit pour lui dire qu’il faut rester « indépendant ». « J’ai choisi d’aller dans un parti, j’y vais » lance-t-il avant d’ajouter selon sa propre expression qu’il est à corps et à âme à l’UFP. Au sujet des raisons de son ralliement à ce parti, Mr Sylla a laissé entendre que c’est une conviction personnelle puisque si tel n’était pas le cas, il pouvait se rallier à d’autres partis qui ont « beaucoup d’argent, beaucoup de moyens et beaucoup d’influences ». Il a noté que sa décision a été facilitée par l’approbation des populations de M’Bout qui ont adhéré à sa démarche.
Enfin, le candidat Mohamed Ould Maouloud, prenant la parole a remercié le sénateur Sylla pour son adhésion à l’UFP et salué sa décision qui dit-il, est une décision courageuse et qu’il espère que beaucoup d’autres élus emprunteront la même voie. Il a terminé en remarquant que l’UFP en sort renforcé. Mohamed Ould Maouloud a souligné que l’influence du Sénateur sera d’un grand apport car c’est une personnalité très connue et qui a une influence au-delà de M’Bout où il a prouvé son poids. Cet atout permettra à l’UFP d’être la force dominante à M’Bout.

Babacar Baye N’Diaye

( 7 octobre, 2007 )

Ibrahima Moctar Sarr:« Personne ne peut imposer à lui seul ses idées dans ce pays »

Pour aboutir à un consensus national, il faut qu’il y ait dialogue. C’est la conviction de Ibrahima Moctar Sarr, leader de la formation politique Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR) qui a tenu sa première conférence de presse trois semaines après son congrès extraordinaire des 18 et 19 août dernier. A part quelques anecdotes racontées avec beaucoup d’humour et des propos moralisateurs tenus à l’endroit des journalistes rien de nouveau sous le soleil. Même discours et même tempérament sur les questions nationales. Que d’opinions déjà entendues !

Au cours de toute la conférence de presse qui a duré presque un quart d’heure, Ibrahima Moctar Sarr s’est appesanti essentiellement sur la nécessité de régler le problème de la cohabitation entre les différentes composantes nationales, de faire le point sur ce qui s’est passé, de panser cette plaie béante ouverte par le régime du Président Ould Taya, de mener une véritable investigation pour situer les responsabilités.
«Il y a des crimes qui ont été commis dans ce pays, dit-il. L’Etat ne peut pas s’arroger le droit de les amnistier facilement. Ce sont les victimes et les ayant droits qui peuvent pardonner.
Dès que les faits seront cernés, les dommages réparés, il sera très facile que les ayant droits et les victimes accordent leur pardon pour que la Mauritanie reparte sur de bons pieds ».
Et selon Ibrahima Moctar Sarr, il ne peut y avoir de cohabitation harmonieuse sans que les questions essentielles -problème de l’esclavage et celui du passif humanitaire entre autres- ne soient résolues et sans que l’Etat ne prenne pas les dispositions pour réparer les torts.
«On ne peut pas parler à quelqu’un qui a des blessures ouvertes qui ne sont pas encore fermées, à quelqu’un qui a été déporté hors de chez lui, à quelqu’un qui ne sait pas comment ses proches ont été tués, à quelqu’un qui a les chaînes aux pieds en tant qu’esclave» affirme-t-il sur un ton visiblement ferme et pantelant. «Si la justice nationale ne fait pas son travail, la justice internationale le fera» avertit-il. «Chaque problème doit être réglé correctement. Mais les problèmes doivent être pris en compte par l’Etat avec la solidarité nationale» a-t-il préconisé.
Sur toutes les questions essentielles qui concernent le pays, l’AJD/MR, en corrélation avec tous les autres partis politiques qui partagent ses points de vue, est prêt à aider le gouvernement dans ce qu’il y a d’essentiel et d’important à réaliser dans la mesure où le gouvernement veut aller de l’avant. «Mais, a-t-il précisé, nous ne manquerons pas de mettre l’accent sur les insuffisances, de nous opposer à toute action qui va dans le sens contraire des intérêts de la Mauritanie ».
En outre, l’AJD/MR a estimé d’abord, pour qu’il y ait consensus national ou discussion consensuelle, il faudrait qu’on règle certains préalables à savoir : définir l’identité de la Mauritanie, déterminer comment on doit faire le partage du pouvoir politique entre les différentes composantes nationales, définir comment on peut redistribuer les richesses nationales du pays. Et pour Ibrahima Moctar Sarr, les réparations doivent d’abord être prioritaires car elles conditionnent tout le reste du processus de réconciliation nationale.
. «Une fois qu’elles sont faites, nous pouvons maintenant engager un débat autour des éléments consensuels qui peuvent permettre une meilleure cohabitation » a-t-il laissé entendre. Reste à savoir comment ces «chantiers» seront accueillis par le gouvernement.
«Ce qui fait notre problème, confie-t-il, c’est que nous avons toujours cherché nos différences. Nous avons toujours mis l’accent sur ce qui nous différencie. Nous n’avons jamais cherché à savoir ce qui nous unit.»
Et pour montrer qu’on peut aboutir à un consensus national, l’AJD d’alors avait mis en chantier à la veille de l’élection présidentielle de février 2007 le Mouvement National pour la Réconciliation qui avait comme leitmotiv de créer une osmose au sein de la société mauritanienne et de permettre surtout aux mauritaniens de se réconcilier entre eux-mêmes.
Cette première rencontre qualifiée d’historique par un Ibrahima Moctar Sarr décontracté n’était pas fortuite peut-on dire sans se gourer. C’était pour dans un premier temps s’adapter «au changement de contexte» politique qui se singularise maintenant par «une évolution notable dans le pays». C’était aussi l’opportunité pour l’AJD/MR de marquer la «rupture avec une orientation politique et une façon de faire la politique ». Car, «nous venons d’un régime d’exception, a-t-il rappelé, un régime qui avait pratiquement monopolisé tous les pouvoirs, un régime qui avait dénié au peuple mauritanien le droit de s’exprimer».
C’était aussi l’occasion pour lui d’encourager la presse dans l’assainissement des mœurs politiques et le respect des droits de l’homme.«Je lui suggère encore d’assainir la profession pour que le journaliste comprenne qu’il ne lui ait pas donné d’écrire ce qu’il veut. Il y a une manière de faire du journalisme. On peut faire le journalisme sans passion. On peut faire aussi un journalisme engagé dans le sens des intérêts de la Mauritanie »
Et aux journalistes qui font du panégyrique, du bidonnage ou autres choses, il sermonne. «Il est permis de donner son point de vue mais il faut toujours éviter que ce point de vue aille dans le sens contraire des intérêts de la Mauritanie».
Diantre ! Quand est-ce que nos hommes politiques arrêteront-ils de nous sermonner ?

Babacar Baye Ndiaye

12345
« Page Précédente  Page Suivante »
|