( 7 octobre, 2007 )

Quelle est cette force qui se dissimule derrière toute action de changement ?

Plus que jamais, la Mauritanie a besoin des hommes et des femmes capables de relever les défis qui ont pour nom : réconciliation nationale, justice sociale, développement économique et social, démocratie, bonne gouvernance,…pour cela, il faudra s’armer d’impétuosité et de ténacité.

Car, apparemment, à chaque fois qu’une bonne action est annoncée ou entamée, il y a une force obscure, une force sans âme et sans état d’âme qui se présente pour barrer ou empêcher toute initiative allant dans le bon sens du changement des mentalités et des comportements.

Passif humanitaire, retour des déportés, la question de l’esclavage, sur l’émancipation des femmes mauritaniennes, des personnes d’une nature pas catholique et suspecte qui se dérobent toujours derrière leur visage de pierre créent le désordre et sèment la frousse dans l’esprit des citoyens en brandissant des menaces ou des propos de tout acabit.

Certainement qu’ils sont malades et c’est un danger de laisser ces gens le monopole de l’action et de l’intimidation qu’ils assènent à longueur de journée dans les médias ou autres supports de communication. Avec tout ce qu’elle a connu, la Mauritanie actuellement a besoin de s’apaiser, de rejoindre le ban des nations civilisées et démocratiques.

De montrer qu’elle est peut bien s’en sortir ! Sauf si elle ne le veut. Que ce qu’elle a traversé ne fait partie désormais que de l’histoire ancienne, une histoire qui était irréversible !

On doit pouvoir maintenant sortir de ce canevas pour avancer. Il faut presser le pas déjà que nous avons perdu presque un quart de siècle dû à la folie d’une poignée de personnes sans préoccupation morale et sans vergogne et surtout racoler les mille tessons de la bouteille.

D’ailleurs où est-ce qu’elle nous a mené sinon à la décadence et au déchirement du tissu social, des stigmates non encore cicatrisés ? Fort heureusement hélas, qu’il y a des personnes de bonne foi et épris de paix et de justice qui s’attèlent à cette tache gigantesque et noble. Comme quoi, les temps ne sont pas loin. Il ne servira pas à grand-chose de mettre des bâtons dans les roues.

Ces grands fanatiques risquent de nous obstruer la voie si l’on n’y prend pas garde ! Pour qui se prennent-ils ? Ne parvenant pas toujours à accepter l’histoire et le cours de l’histoire, cette force rétrograde continue de se replier sur elle-même en oubliant qu’il ne sert à rien de courir en tous azimuts en braillant «non, jamais !».

Pourquoi ont-ils toujours peur ? Peut être qu’elle a perdu son flegme. Qu’elle éprouve elle aussi une peur instinctive. Qu’elle sait qu’elle a le couteau sous la gorge. Qu’à tout moment, les choses peuvent basculer. Les exemples sont légion.

S’il y a des personnes qui doivent nécessiter une cure spirituelle c’est bien celles là. Et comme c’est de leurs mœurs, de leur mode de pensée, de leur stratégie, conséquence de leur étroitesse d’esprit, elles sont certainement en train de bourdonner dans l’oreille des populations pour empêcher sans doute que le Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ne crée lui aussi son propre parti politique.

Car, et d’ailleurs, ne l’ont-elles pas fait avec le retour des déportés, la loi criminalisant l’esclavage ou l’égalité des sexes. Ce ne serait pas alors surprenant de leur part qu’elles prennent leur gourdin et leur tambour !

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Quel scénario pour le second tour ?

L’élection présidentielle du 11 mars passé aura été l’élection des grandes surprises, des révélations mais aussi des déceptions imprévisibles et inopinées. Avec le second tour, nous nous retrouvons sans savoir pourquoi dans une période cruciale de notre histoire politique et sociale. Qu’on ne se leurre pas, nous sommes dans une impasse avec tous les ingrédients et risques que ce second tour pourrait engendrer ?

On murmure qu’au sein de l’armée des allégeances tribales commencent à faire leur apparition .Chaque candidat aurait obtenu le soutien de hauts gradés de sa tribu .Si une telle rumeur se confirme on serait assis sur une poudrière ; Ce que personne ne souhaite.

Les scénarii sont loin d’être joués contrairement à ce que pensent certains. Loin s’en faut. Chacun des deux candidats a les potentialités avec des forces et des faiblesses bien sur de remporter ce second tour vu leur électorat respectif et les soutiens qu’ils peuvent bénéficier même si dans ce domaine Sidi Ould Cheikh Abdallahi part favori pour plusieurs raisons. Quel scénario nous réservera le duel Sidi Daddah ?

Le peuple mauritanien sera-t-il épargné de cette confrontation qui sent déjà le roussi ? Par ailleurs, les deux phénix de la scène politique feront-ils basculer la Mauritanie dans l’implosion sociale ? Là-dessus, c’est la pénombre.

Finalement, cette bataille de présage tant attendue des dinosaures sans tonsure aura lieu ce 25 mars. Mais quelque soit l’issue du second tour, la tache sera difficile pour le futur Président qui devra tenir en considération les questions majeures relatives à l’unité nationale et qui constituent autant de mines explosives pour la Mauritanie et pour lesquelles il devra trouver des solutions adéquates. Contrairement à l’élection présidentielle du 11 mars, celle du second tour dégage une atmosphère déjà passionnante et pleine de suspens.

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Un pas en avant, deux pas en arrière et un pas à coté

Cela peut paraître invraisemblable. Mais quelque soit le futur Président de la République qui sera élu au soir du 25 mars prochain, il n’y aura rien de nouveau, ni de spécial. Je ne dirai même pas d’air nouveau pour la Mauritanie.

Ces deux candidats ont en commun d’avoir connu dans le passé les arcanes du pouvoir et ont eu à une époque donnée de notre histoire participé à la gestion de ce pays. Et dans ce domaine, tous les deux traînent des casseroles. Ils ont fait leur temps mais aussi leurs preuves. Alors que peuvent –ils vraiment apporter à la démocratie et à la justice sociale ?

Pour le moment, les mauritaniens (même pas la majorité) ont fait leur choix et l’ont assumé en choisissant ces deux candidats. Le taux d’absentions risque de surprendre beaucoup d’observateurs pour deux raisons majeures vu les scores qu’ils ont réalisé lors du premier tour de l’élection présidentielle.

Premièrement, l’indiscipline des électeurs des malheureux candidats à moins qu’il n y ait des consignes de vote risque de peser lourd sur la balance électorale.

Deuxièmement, l’abstention de l’électorat négro-africain ne sachant sur quel joker se rabattre risque là aussi de faire tache d’huile sans oublier les 30% des mauritaniens qui se sont abstenus.

Avec Sidi, c’est le retour à l’ancien régime que craignent beaucoup de gens même s’il dit être le président qui rassure. Ahmed lui ne fait pas l’unanimité à cause de ses sorties jugées discriminatoires par certains. Entre Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah, les mauritaniens auront-ils l’embarras du choix ?

Avec un électorat aussi dispersé, qui des deux réussira-t-il à faire le consensus autour de sa personne et tirer le maximum de profit ? Qui sera le lièvre ? Et qui sera l’hyène dans cette partie de pêche ? Les enjeux seront énormes malgré leur impopularité (35 mauritaniens sur 100 ont voté pour les deux candidats favoris).

Avec une configuration politique sans précédente, jusqu’où nous mènerons le second tour du 25 mars prochain ? Zeidane, Messaoud, Ibrahima Saar…, derrière qui se rangeront-ils ou feront- ils monter les enchères en vue d’un gouvernement de larges consensus issu de sensibilités différentes ?

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Promesses

Je ferai ceci…je ferai cela et patati et patata. Deux semaines durant, les mauritaniens ont entendu toutes sortes de promesses et de slogans. Chaque candidat s’est prétendu être l’avocat ou le sauveur du peuple, le Messie, l’homme providentiel, l’incarnation du changement et je ne sais quoi encore. L’argent a été au rendez vous. Et dans ce domaine là, malheur à ceux qui ont traîné le diable par la queue.

D’ici quelques heures, les feux seront au rouge. Ce sera maintenant au peuple de départager les dix neuf candidats en lice. On sait d’ores et déjà que l’élection présidentielle du 11 mars connaîtra des fortunes diverses Et l’on peut claironner sans être un démagogue que les quatre vingt dix pour cent voir plus qui caractérisaient les scrutins présidentiels ne seront pas au rendez vous.

Mais aussi et j’aimerai bien le croire que les mauritaniens ne sont pas des moutons de panurges même si ceux qui pratiquent la politique au plus haut degré sont des moulins à paroles et excellent parfois dans la pantalonnade. Jusque là, les candidats ont été irréprochables. Pas de phrases assassines ni de d’attaques personnelles même si on a constaté qu’il n’y avait pas d’idées nouvelles et des projets de grande envergure.

Coté pronostics, d’un jour à l’autre, les estimations font boule de neige. Pour le moment, ne gageons rien et serrons nous le kiki. Deux semaines durant, la campagne présidentielle a transformé des centaines de milliers de mauritaniens en autistes que rien n’intéressait hormis l’atmosphère qui prévalait partout dans les campagnes et dans les villes du pays. Journaux entre les mains, post-radio collé à l’oreille et yeux rivés sur les écrans de la télévision nationale.

Il y a un temps nous étions comme l’oiseau sur la branche. Aujourd’hui, nous sommes dans le registre de l’espoir et le monde est entrain de nous observer. Le Mali sous Amadou Toumani Touré a connu une transition réussie. Reste la Mauritanie. Les années à venir seront une mise à l’épreuve à la démocratie aussi bien pour le peuple mauritanien que pour celui qui va occuper le fauteuil présidentiel.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Administration : Lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite

Qu’une nouvelle ère s’ouvre, quelle attitude les nouvelles autorités opteront envers les vampires de l’économie ? Mais surtout comment réorganiser l’administration après tant d’années de laxisme, de favoritisme, d’immobilisme, de politisation, d’interventionnisme et de dilapidation des biens publics ?

Verra-t-on appliquer le principe de bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques ? Autant d’actes courageux que devra effectuer le Président Sidi Mohamed et son gouvernement pour sortir l’administration de sa léthargie et la mettre sur les bons rails.
Si aucun effort n’est pas véritablement fait, le ver de la corruption continuera de poursuivre son travail de pourrissement de l’administration et aucun secteur ne sera épargné. De plus en plus, l’administration mauritanienne est plongée depuis quelques années dans un profond malaise auquel elle n’arrive pas à s’en départir. Cette situation qui n’a que trop duré a affecté considérablement l’économie nationale. Aucun secteur public n’est véritablement épargné par ce malaise « congénital » qui a encore de beaux jours devant lui.

Les différents régimes qui se sont succédanés n’ont jamais pu remporter le combat à chaque fois qu’il s’est agi d’assainir cette administration. D’ailleurs, toute tentative visant à éradiquer les maux qui gangrènent notre administration est vouée au fiasco. Tant qu’un changement de mentalités n’aura pas été opéré, il sera difficile de vaincre ce mal. Pour ce faire, il urge de prendre des mesures incitatives en vue de restreindre la dépendance du personnel administratif aux pots de vin et autres dessous de tables.

La corruption est un mal qui n’épargne aucun secteur de l’administration. L’acquisition des marchés publics souffre royalement d’une absence de transparence. Le récent rapport de l’Inspection Générale d’Etat nous édifie sur le degré de corruption de la plupart de nos administrateurs et du niveau de mauvaise gestion de l’administration. La manière dont la plupart de ces marchés sont acquis nous identifie encore sur le caractère du non respect des règles de compétitivité.

Aucune mesure n’a jamais été prise pour témoigner d’une véritable volonté de changer les choses dans bien des secteurs de l’administration allant dans le sens du renforcement de la lutte contre l’enrichissement illicite et la corruption. L’argent, qui provient des fonds de développement et de l’aide publique internationale, qui devait servir où être utilisé dans des projets de lutte contre la pauvreté est soustrait et les bénéficiaires laissés en rade.

Conséquence : la pauvreté s’accentue de plus en plus. Au lieu d’investir cet argent quelque part dans l’éducation, la santé, l’eau potable, l’électricité, les infrastructures, les vampires de l’économie préfèrent l’épargner dans des banques pour s’assurer une bien paisible vie ou bien s’acheter de belles voitures, construire de superbes villas, passer tout leur temps à snober les belles femmes.

On note aussi qu’il n’y a aucune loi qui astreint les hauts fonctionnaires à faire la déclaration de leurs biens y compris le Président de la République, ses ministres, ses sénateurs, ses députés, ses maires, ses gouverneurs, ses directeurs… Ainsi donc de hauts cadres sont devenus malhonnêtement riches. Des millions d’ouguiyas sont détournés sans que personne n’ait pipé mot. Et pourtant la question du détournement des fonds publics est une question tranchée par le code de procédure pénale mauritanien. Mais au fond l’applique-t-on ?

De nombreux responsables sont en fonction depuis des décennies. Ils ont bénéficié des avantages et des privilèges du Parti-Etat. D’autres même ont continué à conserver leur position sociale après le coup d’état du 3 août 2005. Jusque là, aucun haut responsable de l’administration, fut-il descendant d’un saint ou d’un marabout vénéré, n’a jamais pensé faire sa déclaration. D’ailleurs, comment y penserait-il faute de disposition légale et réglementaire.

En dehors de leurs revenus légitimement perçus certains responsables font augmenter significativement leur patrimoine ou celui de leurs proches parents créant ainsi des charges supplémentaires pour le budget de l’état. Il y a des fonctionnaires qui pensent qu’ils sont nés pour être d’éternels ministres ou directeurs. Des anciens caciques du régime de Taaya continuent de faire la ronde. Maintenant, ils réclament encore leur part du partage du gâteau quitte à retarder la nomination des postes de ministères. Pourtant, chaque jour on voit de jeunes personnes cadenassées parce qu’elles ont cambriolé une maison. Mais jamais on a emprisonné un haut responsable ou dignitaire du parti au pouvoir ou quelqu’un ayant bénéficié des largesses du pouvoir.

Face à une telle situation moribonde et exaspérante, des mesures rigoureuses doivent être prises pour redorer le blason de l’administration. A cet égard, la revalorisation substantielle des salaires des fonctionnaires pour les mettre à l’abri de la corruption et pour qu’ils puissent conserver leur probité ne ferait qu’atténuer la gravité de la situation. La promotion dans le travail devra se faire dans l’égalité et surtout mettre la personne à la place qu’il faut loin des appartenances politiques ou raciales. Sans oublier parfois de sanctionner et d’imposer la rigueur dans le pointage du personnel.

Les défis pour une bonne administration sont énormes. Les nouvelles autorités vont-elles se lancer dans cette démarche ou vont-elles faire empirer la situation ? Certes, combattre la corruption et assainir l’administration ne sont pas choses aisées. Mais il est du devoir moral des nouvelles autorités, en premier lieu le Chef de l’Etat, de combattre certaines pratiques compromettantes qui ont toujours entravé la bonne marche de l’administration.

Babacar Baye NDiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

En attendant le changement !…

Certains, pour des raisons historiques et évidentes ont bien voulu le changement. Mais finalement, il n’a pas eu lieu. Là aussi, pour des raisons de rapports de force défavorables. En attendant, un vent de changement soufflerait-il sur le pays au million de poètes ?

Les achats de conscience ! C’est un mal et une turpitude. Un avilissement moral, humain et intellectuel. Une honte pour la démocratie, le progrès et le développement social. Nous ne remettons pas en question le fait que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdalmlahi ait été élu souverainement par le peuple mauritanien. Que les élections aient été transparentes et respectueuses des règles du jeu démocratique et électoral. Que le nouveau Président fraîchement élu soit le Président qui « rassure » ou l’homme qu’il faut à la situation actuelle du pays pour des raisons de stabilité politique et sociale. Mais voilà : nous en avons notre claque de ces sempiternels messieurs qui entourent notre Président et qui ont fait campagne avec lui. Ces messieurs-là ont eu à chapeauter ce pays. Et nous savons sur quelle rive ils l’ont fait échouer ! Après la publication définitive des résultats du second tour de l’élection présidentielle par le conseil constitutionnel, j’en ai conclu sans savoir pourquoi : encore cinq ans pour ces messieurs là qui, décidément, sont nés je suis tenté de le dire pour être les éternels faiseurs de Président. Mais bon que faire ? Telle est la volonté de la majorité populaire. Et pourtant durant la campagne électorale, on a salué et claironné la maturité du peuple mauritanien ce qui reste à prouver. Soit. Mais un fait est là essentiel : les élections ont été libres et acceptées par les acteurs et, pour la première fois depuis l’indépendance de notre Etat, les mauritaniens peuvent rêver d’un monde meilleur. Et il aura fallu attendre quarante sept ans pour qu’ils voient leur Président issu des urnes et élu démocratiquement. Organiser des élections libres et démocratiques est une bonne chose mais le véritable salut du peuple mauritanien passe d’abord par une véritable réconciliation nationale. Le mal est si viscéral et les problèmes sont tels qu’il est surréaliste voire maladroit de penser que seul Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, si volontaire et si plein d’intentions soit-il, sortir la Mauritanie de sa léthargie actuelle. Le prochain quinquennat s’annonce laborieux. Et c’est peu dire en affirmant ici qu’il sera un quinquennat à dur labeur.
Qu’on le veuille ou non, les organisations de la société civile ont un rôle primordial a joué dans la continuité du processus démocratique et post électoral. Elles en sont conscientes et ont promis en de multiples occasions d’appuyer le futur Président et son équipe pour trouver des solutions consensuelles à ces dossiers nationaux. Les organisations de la société civile ont fait des propositions dans ce sens au futur gouvernement, notamment le lancement d’une action de réconciliation nationale et la consolidation de l’unité. La promotion du dialogue et de la démocratie est une bonne chose. Et je pense qu’à cet égard, il faut éviter les « deux poids deux mesures ».
Ne nous voilons pas la face. Ce n’est pas en accumulant des frustrations, des passions, des rancoeurs qu’on parviendra à s’en sortir. Et selon toute vraisemblance, l’après Ely pourrait être ou bien la continuité d’un système de gouvernance démocratique entamée par le CMJD ou bien le retour au culte de la personnalité. Et ce serait dommage et signifierait que le processus électoral aura accouché d’un avorton et de surcroît déçu les espérances des millions de citoyens mauritaniens.
On se rappelle que tous les leviers de commande politique et le dispositif de sécurité étaient concentrés entre les mains de Taya et du clan des « vieux barrons sans tonsures » du PRDS. Ainsi donc, avec l’arrivée de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, ont opéré un come back spectaculaire ces messieurs là qui ont fini par faire l’état comme étant leur propriété privée.
Le pouvoir est une tentation, dit on. Qu’en sera-t-il de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah ? Respectera-t-il ses engagements pris devant le peuple durant la campagne électorale et réitérés dans son discours du 26 mars à l’hôtel Khaima ? Observera-t-il et fera-t-il observer la loi de manière juste et équitable sans discrimination de couleurs ?…
Autant d’interrogations substantielles qui peuvent tarauder tellement le risque de voir le pouvoir devenir une propriété clanique est grand. Et si on n’y prend pas garde, l’héritage de la transition du 3 Août 2005 risquera de voler en éclats. En attendant que le changement ait lieu, sera-t-il une malédiction ou une bénédiction pour le peuple mauritanien ?

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Bourrage de crâne

Comment sortir aujourd’hui du gouffre, des ténèbres, de l’inconnu…la culture mauritanienne ? C’est la seule question. Plutôt hâbleurs que créatifs nos hommes politiques ont-ils favorisé l’émergence d’un mauritanien de loustic nouveau ? A cette immense interrogation nos hommes politiques ne prétendront pas fournir une réponse. Mais ils la poseront autrement. Lutte contre la pauvreté, lutte contre la mauvaise gestion économique, protection des ressources naturelles, promotion de la démocratie, des droits de l’homme, des libertés fondamentales…Tous les jours, à la télévision, à la radio, dans les journaux, on nous serine souvent à longueur de journée ces genres de priorité au demeurant biturant. En Mauritanie, parler de lutte contre l’ignorance peut paraître surprenant à bien des égards. La lutte contre l’ignorance en évidence n’est pas une orientation pour les autorités politiques. Oui on me dira qu’il y a le ministère de l’analphabétisme. Oui on me dira qu’il y a aussi le ministère de la culture et patati et patata. Mais existe-t-il vraiment des efforts allant dans ce sens ? A-t-on mis en place des programmes de lutte contre l’ignorance ? 11mars pilule déjà à l’horizon. En ligne de mire, les élections présidentielles. Des candidatures tous azimuts. Des alliances électorales à n’en pas douter. Objectivement aujourd’hui quel est cet homme politique parmi les candidats qui peut se targuer d’avoir inscrit dans son programme le développement du savoir et de la culture en Mauritanie ? Mieux. Quel est ce régime qui s’est véritablement investi dans la promotion du binôme savoir culture quel est ce ministre de la culture des indépendances a nos jours qui peut dire voila ce que j’ai accompli dans le domaine culturel ? Quel est ce régime qui a pu construire des bibliothèques des centres de documentation des maisons de lecture publique, (même si elles ont existe elles n’ont pas survécu) ; des centres culturels, des lycées modernes, des structures de formation adéquates, d’autres pôles universitaires…partout dans le pays ? Nous ne parlons même pas de structure de promotion culturelle. Heureusement qu’il y a le centre culturel français Antoine Saint- Exupéry de Nouakchott et d’autres centres culturels arabes (Marocain et Egyptien). Que serait la situation si ces derniers n’existaient pas ?
Certes, la Mauritanie est un pays sous développé avec ses réalités socio- économiques exaspérante, avec ces populations à bas revenu. Certes, ce que les autres n’ont pas bâti en un siècle voire plus, nous Mauritaniens on ne le fera pas en deux lurettes. On sait tout ça. Mais on sait aussi que ce laïus a fait son temps et qu’il ne se justifie plus à lui seul. Aujourd’hui les autorités des régimes anciens ou actuels doivent malheureusement se sentir responsables de leurs coulpes notamment dans le domaine des choix d’intégration. On l’a dit et répété : les nations émergeantes ont puisé leur propre parangon de réussite dans leur histoire et leur tradition tout en épousant le pas de la mondialisation.
La culture mauritanienne est-elle moribonde ?
Cette question a souvent lanciné mon esprit. L’édition est essentielle dans la diffusion du savoir. Comment donc comprendre que la Mauritanie n’ait pas encore une structure d’édition. La situation dans ce domaine comme dans bien d’autres domaines de la culture est patente et fâcheuse. Depuis plus de 50 ans, les régimes militaires ou civils qui se sont succédés n’ont rien fait dans la promotion du savoir pénalisant ainsi des générations entières. Les exemples ne manquent pas.
Jusque là, nos autorités n’ont pas investi dans le savoir ni se sont investies dans la promotion de nos produits culturels. L’administration en s’écartant de cette voie a ouvert la porte à l’ignorance et à la méconnaissance. Et aujourd’hui, peu de Mauritaniens lisent ou non pas accès à la lecture ou à l’information alors qu’on parle de NTICs, d’ouverture à tout va. Les librairies qui participent à la promotion du savoir, on peut les compter du bout des doigts. En matière de production littéraire, on a envie de glatir. Evidemment, il y a des auteurs qui essaient tant bien que mal de presser le pas. Mais, Allah que de chemin encore à parcourir. On a l’impression que la production est en régression. Heureusement là aussi qu’il y a M’Barreck Ould Beyrouk (Et le ciel a oublié de pleuvoir), Mohamed Baby ( Bilal), Elimane Ould Mohamed Baba (De mémoire de Nouakchottois), Mohamed Ould Hattatt (Meurtre au cabanon 3) etc…
Mais, faudrait-il que l’Etat s’y mette pour qu’on ait plus à revenir sur ce qu’on a écrit…

Babacar Baye N’Diaye
Le Rénovateur Quotidien

( 5 octobre, 2007 )

Règlement du passif humanitaire

S’inspirer des parangons sud africain et marocain ?

Dans de nombreux pays du monde où des processus de changement ont été engagés après des périodes de graves violations des droits de l’Homme, des commissions indépendantes ont été mises sur pied. En Mauritanie, incontestablement, les autorités se sont engagées dans un processus de réconciliation nationale. Mais les prémices d’une véritable volonté de faire toute la lumière sur le passif humanitaire tardent à voir le jour. Face aux intimidations à peine déguisées de ceux qui ont engendré cette parenthèse de l’histoire de la Mauritanie, les autorités feront-elles black out ou vont-elles privilégier la vérité ? Va-t-on s’acheminer vers la mise sur pied d’une commission indépendante ?
Contrairement à une certaine idée répandue, et à ce que pensent certains responsables de partis politiques, il ne s’agit pas d’indexer des personnalités de l’armée ou du pouvoir, ni de faire la chasse aux sorcières encore moins d’engager des procès tous azimuts. Ni la haine en réponse à la haine. Mais de faire la lumière sur ce qui s’est passé de 1986 à 1991 en matière de violations des droits de l’Homme en Mauritanie dans le cadre du passif humanitaire en s’inspirant de certains exemples bien connus en Afrique quitte à envoyer des missions d’informations dans ces pays. C’est à partir de là et de là seulement qu’on peut enclencher des procédures allant dans le sens de la réconciliation nationale. Car, aujourd’hui, qu’est-ce qui garantit véritablement la non-répétition des dites violations ?
Quoiqu’il n’ait pas aisé d’apporter des solutions consensuelles à la problématique du passif humanitaire, il y a cependant des paradigmes de mécanismes que la Mauritanie peut adopter dans le cadre d’un règlement juste de cette question sensible et épineuse. Reste à savoir comment et quand mettre ou adopter ces mécanismes pouvant permettre une issue heureuse sans occulter les questions de fond.
Par rapport aux compensations des victimes, certes, la réponse est complexe. Mais il appartient à l’Etat mauritanien avec les bailleurs de fond de voir ce qui est possible et ce qui n’est pas possible de faire, de voir comment compte-t-il procéder aux compensations des victimes tout en esquivant que la balance ne se penche ni à gauche ni à droite. Car, les victimes de ces violations des droits humains ont subi des préjudices moraux, physiques et matériels.
En outre, comment se départir de toutes formes d’instrumentalisation de la question du passif humanitaire ? Ce n’est pas un secret de polichinelle : le passif humanitaire est un problème extrêmement complexe et très difficile qu’il faille traiter avec beaucoup de lucidité et de responsabilité. Et c’est un fallacieux prétexte de dire qu’on est en train d’instrumentaliser la question du passif humanitaire sur le plan politique et qu’aussi l’armée ne doit rien répondre. Ils ignorent par-là que la question du passif humanitaire est avant tout un problème politique parmi tant d’autres problèmes politiques que connaissent la Mauritanie et qui demeurent les problèmes de tous les mauritaniens.
Comment construire une vision consensuelle dans le cadre d’un règlement du passif humanitaire ? La Mauritanie n’a pas droit à l’erreur. Non ! Car, aujourd’hui, elle est sous les lumières, pour paraphraser Alioune Tine Secrétaire Général de la RADDHO, de la communauté internationale qui s’intéresse à ce qui se passe, se développe en matière de démocratie et de droits humains.
En Mauritanie, les victimes des tragédies successives, entre 1986 à 1991, se comptent par centaines de milliers. Comme il a toujours été préconisé dans le traitement du passif humanitaire, les responsables des violations des droits de l’Homme doivent avoir le courage d’assumer leurs actes et de se présenter devant la justice. Dans ce domaine, l’Afrique du sud et le Maroc qui est un pays voisin où des exactions graves ont été commises sont des parangons qui peuvent servir la Mauritanie. Et pourquoi les autorités de la République ne s’inspireraient-elles pas de ces expériences africaines qui ont pourtant merveilleusement réussi ?
Dans ces deux pays africains, les autorités ont mis sur pied des commissions qui ont sérieusement travailler et de manière indépendante à ce que de telles violations ne puissent plus se reproduire, que des garanties soient données en ce sens et que cette douloureuse page soit tournée. Mais également à définir et à faire officiellement et publiquement reconnaître l’ampleur que les exactions ont eue dans leur pays, ainsi que les mauvaises répercussions qu’elles ont pu avoir sur les personnes des victimes, sur la cohésion du tissu social et sur le principe même du respect des dispositions de la loi.
La Mauritanie n’est pas une exception et ces exemples sont bel et bien applicables à notre pays. Ceci ne peut se faire que dans une commission indépendante qui devra faire dans un premier temps le bilan aussi complet que possible des violations graves des droits de l’Homme nées de ces événements douloureux qu’a connus la Mauritanie mais aussi en dernier lieu rendre aux victimes de ces événements leur dignité civique et humaine comme cela a été le cas au Maroc et en Afrique du Sud. La création d’une telle commission serait toujours bénéfique et il y a urgence de la créer pour qu’elle s’acquitte de sa mission relative au travail de mémoire et à la réconciliation nationale. Mais un processus de réconciliation suppose les étapes suivantes qu’il faut bien mettre en homogénéité pour esquiver des tâtonnements qui n’aboutissent qu’à des impasses : la reconnaissance, le repentir, le pardon et la restauration. Quant à la composition de la dite commission, elle peut comprendre des représentants des victimes choisis librement par eux et qui sont les premières à être victimes, des organisations de défense des droits de l’homme en Mauritanie, de la société civile, d’ONGs humanitaires…bref, une commission composée d’une équipe pluridisciplinaire de plusieurs membres. Les modalités pratiques reviennent à l’Etat à qui il appartient de les définir. Il s’agira par conséquent de réparer le tort vécu par les victimes qui ont seules la plénitude d’amnistier.
Ces commissions, dans ces deux pays, ont démontré leur importance grandissante dans le processus de réconciliation se déroulant dans ces pays où de graves violations des droits de l’Homme ont été constatées notamment celle de faire recouvrer leur dignité aux victimes des violations, de susciter une reconnaissance publique et officielle des peines qu’elles ont endurées et de consacrer les valeurs des droits de l’homme.
Les victimes ne demandent pas trop. Juste qu’on leur dise la vérité sur les mobiles des exactions commises contre elles. Sans doute, les compensations sont nécessaires mais ce ne sont pas le plus important. Mais la vérité.
Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Les déportés

Et le volet pénal et judiciaire ?

Sur la question du retour des déportés que n’a-t-on pas supputé, entendu comme propositions, rabâché, expliqué, suggéré, avancé des contre-propositions, émis des réserves ? Le retour des déportés, c’est quasi une assurance. Mais pour ce qui est de la traduction en justice des responsables de ces crimes, qu’en serait-il réellement ? Ce volet de la question des déportés, on semble l’occulter. Ou tout au moins, ce qui est urgent, ce sont les modalités pratiques relatives au rapatriement des déportés.

Le retour des déportés : faut-il en avoir peur ? Depuis le discours officiel du Président de la République sur le retour des déportés, toute une botte d’actions négatives, d’amalgames et de fausses interprétations est érigée en parapet pour essayer de barrer, de contourner toutes initiatives, procédures ou mécanismes pouvant aboutir au retour définitif des déportés dans leur pays natal, la Mauritanie. Eux, les antinégromauritaniens, que cherchent-ils encore ? Après avoir brisé leur échine, humilié dans leur dignité, les voilà maintenant qui s’opposent à leur retour. Le pouvoir de SIDI a hérité des dossiers qui scindent encore et créent des remous dans l’opinion : dossier des «déportés », dossier du «passif humanitaire » indissociable au précédent, dossier de «l’esclavage ». Sur chacun de ces dossiers, il y aura toujours des voix, des personnes qui se feront entendre pour défendre leurs intérêts personnels et matériels. Par rapport à la question des déportés, la véritable question est de savoir si Maouiya et sa bande vont être jugés pour leurs forfaits qu’ils ont commis ? C’est une interrogation pleine de susceptibilité, une corde raide, une question qui peut fâcher, une question qui peut susciter une approbation. Durant la période des années de braise comme on dit encore, des choses sans précédent se sont déroulées dans ce pays au su et au vu de tout le monde, des choses inqualifiables ont eu lieu : une communauté bien identifiée et minutieusement ciblée a été déportée contre son gré dans des conditions exceptionnelles et épouvantables. Et cela pour des raisons purement politiques et idéologiques et qui n’avaient rien à voir avec les affrontements inter communautaires entre la Mauritanie et le Sénégal. Aujourd’hui, on parle du retour des déportés et seuls ceux qui se sentent coupables ne veulent pas admettre ou en entendre parler de l’esquisse d’une procédure pénale et judiciaire. Ceux qui ont quelque chose à se réprimander dans leur âme et conscience. Nul doute donc que ces derniers ne soient désarçonnés car des vilenies se sont accomplies dans un silence coupable. A cette époque, ceux qui avaient osé stigmatiser ou dénoncer de telles pratiques avaient été contraints à l’exil forcé ou au musellement. Ainsi, allait la Mauritanie du Président Taya. Aujourd’hui, on parle d’associer tout le monde à ce processus de retour des déportés. Ce qui est curieux au fond. Mais en réalité, au moment des déportations, à quelques exceptions prés, qui a osé prendre le contre-pied du régime de Taya, dire la vérité au diable et aux diablotins protégés actuellement sur le plan pénal et judiciaire par l’ordonnance n°2006-015 qui, dans son article 5 par son alinéa 2, stipule que les situations d’atteinte aux droits de l’Homme sont celles survenues après l’entrée en vigueur de l’ordonnance laquelle en réalité n’est destinée qu’à protéger des hommes qui continuent d’exercer dans les sphères de l’Etat faisant de la loi leur instrument. Toutes les dispositions législatives ont été prises curieusement pour absoudre et faire disparaître les traces de forfaits commis entre 89-90 et 91. C’est comme si tout était minutieusement étudié et bien planifié. Car, il y eut la loi d’amnistie n° 93-23 du 14 juin 1993 sous le régime du Président Taya et l’ordonnance 2006-015 du 12 juillet 2006 prise par le gouvernement de la transition et qui consacrait encore une nouvelle fois les desseins de l’Etat mauritanien à ne pas poursuivre les auteurs de ces basses œuvres et l’impunité des criminels. Mais SIDI Mohamed Ould Cheikh Abdallahi fera-t-il abroger ces deux textes juridiques qui constituent en effet des obstacles pour mettre au moins la lumière sur les actes commis en vue de trouver un terrain favorable à l’entente loin de toute surenchère que nul ne doit aviver. L’heure doit être à l’apaisement des rancœurs C’est le premier levier qu’il faudra déplacer si nous voulons que justice soit faite et que nous ne nous aventurions plus à pratiquer une «politique de chauvinisme d’état et d’exclusion » dans ce pays. Au cas échéant, ce serait une déception pour les victimes.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Règlement du passif humanitaire

S’inspirer des parangons sud africain et marocain ?

Dans de nombreux pays du monde où des processus de changement ont été engagés après des périodes de graves violations des droits de l’Homme, des commissions indépendantes ont été mises sur pied. En Mauritanie, incontestablement, les autorités se sont engagées dans un processus de réconciliation nationale. Mais les prémices d’une véritable volonté de faire toute la lumière sur le passif humanitaire tardent à voir le jour. Face aux intimidations à peine déguisées de ceux qui ont engendré cette parenthèse de l’histoire de la Mauritanie, les autorités feront-elles black out ou vont-elles privilégier la vérité ? Va-t-on s’acheminer vers la mise sur pied d’une commission indépendante ?
Contrairement à une certaine idée répandue, et à ce que pensent certains responsables de partis politiques, il ne s’agit pas d’indexer des personnalités de l’armée ou du pouvoir, ni de faire la chasse aux sorcières encore moins d’engager des procès tous azimuts. Ni la haine en réponse à la haine. Mais de faire la lumière sur ce qui s’est passé de 1986 à 1991 en matière de violations des droits de l’Homme en Mauritanie dans le cadre du passif humanitaire en s’inspirant de certains exemples bien connus en Afrique quitte à envoyer des missions d’informations dans ces pays. C’est à partir de là et de là seulement qu’on peut enclencher des procédures allant dans le sens de la réconciliation nationale. Car, aujourd’hui, qu’est-ce qui garantit véritablement la non-répétition des dites violations ?
Quoiqu’il n’ait pas aisé d’apporter des solutions consensuelles à la problématique du passif humanitaire, il y a cependant des paradigmes de mécanismes que la Mauritanie peut adopter dans le cadre d’un règlement juste de cette question sensible et épineuse. Reste à savoir comment et quand mettre ou adopter ces mécanismes pouvant permettre une issue heureuse sans occulter les questions de fond.
Par rapport aux compensations des victimes, certes, la réponse est complexe. Mais il appartient à l’Etat mauritanien avec les bailleurs de fond de voir ce qui est possible et ce qui n’est pas possible de faire, de voir comment compte-t-il procéder aux compensations des victimes tout en esquivant que la balance ne se penche ni à gauche ni à droite. Car, les victimes de ces violations des droits humains ont subi des préjudices moraux, physiques et matériels.
En outre, comment se départir de toutes formes d’instrumentalisation de la question du passif humanitaire ? Ce n’est pas un secret de polichinelle : le passif humanitaire est un problème extrêmement complexe et très difficile qu’il faille traiter avec beaucoup de lucidité et de responsabilité. Et c’est un fallacieux prétexte de dire qu’on est en train d’instrumentaliser la question du passif humanitaire sur le plan politique et qu’aussi l’armée ne doit rien répondre. Ils ignorent par-là que la question du passif humanitaire est avant tout un problème politique parmi tant d’autres problèmes politiques que connaissent la Mauritanie et qui demeurent les problèmes de tous les mauritaniens.
Comment construire une vision consensuelle dans le cadre d’un règlement du passif humanitaire ? La Mauritanie n’a pas droit à l’erreur. Non ! Car, aujourd’hui, elle est sous les lumières, pour paraphraser Alioune Tine Secrétaire Général de la RADDHO, de la communauté internationale qui s’intéresse à ce qui se passe, se développe en matière de démocratie et de droits humains.
En Mauritanie, les victimes des tragédies successives, entre 1986 à 1991, se comptent par centaines de milliers. Comme il a toujours été préconisé dans le traitement du passif humanitaire, les responsables des violations des droits de l’Homme doivent avoir le courage d’assumer leurs actes et de se présenter devant la justice. Dans ce domaine, l’Afrique du sud et le Maroc qui est un pays voisin où des exactions graves ont été commises sont des parangons qui peuvent servir la Mauritanie. Et pourquoi les autorités de la République ne s’inspireraient-elles pas de ces expériences africaines qui ont pourtant merveilleusement réussi ?
Dans ces deux pays africains, les autorités ont mis sur pied des commissions qui ont sérieusement travailler et de manière indépendante à ce que de telles violations ne puissent plus se reproduire, que des garanties soient données en ce sens et que cette douloureuse page soit tournée. Mais également à définir et à faire officiellement et publiquement reconnaître l’ampleur que les exactions ont eue dans leur pays, ainsi que les mauvaises répercussions qu’elles ont pu avoir sur les personnes des victimes, sur la cohésion du tissu social et sur le principe même du respect des dispositions de la loi.
La Mauritanie n’est pas une exception et ces exemples sont bel et bien applicables à notre pays. Ceci ne peut se faire que dans une commission indépendante qui devra faire dans un premier temps le bilan aussi complet que possible des violations graves des droits de l’Homme nées de ces événements douloureux qu’a connus la Mauritanie mais aussi en dernier lieu rendre aux victimes de ces événements leur dignité civique et humaine comme cela a été le cas au Maroc et en Afrique du Sud. La création d’une telle commission serait toujours bénéfique et il y a urgence de la créer pour qu’elle s’acquitte de sa mission relative au travail de mémoire et à la réconciliation nationale. Mais un processus de réconciliation suppose les étapes suivantes qu’il faut bien mettre en homogénéité pour esquiver des tâtonnements qui n’aboutissent qu’à des impasses : la reconnaissance, le repentir, le pardon et la restauration. Quant à la composition de la dite commission, elle peut comprendre des représentants des victimes choisis librement par eux et qui sont les premières à être victimes, des organisations de défense des droits de l’homme en Mauritanie, de la société civile, d’ONGs humanitaires…bref, une commission composée d’une équipe pluridisciplinaire de plusieurs membres. Les modalités pratiques reviennent à l’Etat à qui il appartient de les définir. Il s’agira par conséquent de réparer le tort vécu par les victimes qui ont seules la plénitude d’amnistier.
Ces commissions, dans ces deux pays, ont démontré leur importance grandissante dans le processus de réconciliation se déroulant dans ces pays où de graves violations des droits de l’Homme ont été constatées notamment celle de faire recouvrer leur dignité aux victimes des violations, de susciter une reconnaissance publique et officielle des peines qu’elles ont endurées et de consacrer les valeurs des droits de l’homme.
Les victimes ne demandent pas trop. Juste qu’on leur dise la vérité sur les mobiles des exactions commises contre elles. Sans doute, les compensations sont nécessaires mais ce ne sont pas le plus important. Mais la vérité.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

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