( 6 mars, 2011 )

Goûter au profit des enfants déshérités du centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary d’Arafat [Reportage Photos]

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A Arafat, dans le quartier de Meçid El Nourou, en retrait de la route qui mène vers le cimetière de Nouakchott, derrière un îlot de maisons, se dresse une institution: le Centre feu Moulaye Ould Boukhary de l’Ong Ensemble contre la pauvreté et l’enfance déshéritée. Lorsqu’on pénètre à l’intérieur de cette institution, on est vite bluffé par le cadre et l’environnement. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary, financé par le Japon, dispose d’un réfectoire, d’un dortoir, d’une cuisine, d’une administration, d’une salle de formation, d’une bibliothèque où séjournent régulièrement des élèves du quartier, d’une salle de consultations gratuitement assurée par le radiologue Brahim Ntaghry, un des membres fondateurs de l’institution. 

Voilà 6 ans que cet institut, au nom de l’enfance déshéritée, a été créé par des cadres mauritaniens issus de diverses catégories socioprofessionnelles. Aussitôt, le projet est vite lancé. Les bénévoles se bousculent à la porte et l’institution peut se permettre d’accueillir sans arrêt des enfants déshérités. 

L’expérience est vite couronnée de succès. Coup sur coup, le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary reçoit le prix de la FAO pour la nutrition des enfants déshérités en 2OO7 et un autre décerné par la Croix Rouge Italienne à la même année. Au même moment, l’institution reçoit des visiteurs de haute marque comme des ministres de la République, le vice-ministre des affaires étrangères de la République d’Italie. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary vit aujourd’hui une période très difficile. Et, malgré le peu de moyens dont dispose cette institution, elle continue tout de même à accueillir des enfants déshérités notamment d’Arafat. 

Le président fondateur de cet institut, Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi, s’est engagé depuis quelques temps, dans une course contre la montre pour donner une nouvelle impulsion au Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary qui n’assure plus à ses pensionnaires un repas par jour depuis l’arrêt du projet de nutrition « Orphelins Enfants vulnérables » piloté par le ministère de la Santé. 

Et, aujourd’hui, le défi majeur de l’administration de cette institution qui a pour ambassadeurs de bonne volonté Raghab Alama du Liban et Ousmane Gangué, c’est exactement de pouvoir assurer une prise en charge nutritionnelle aux enfants. 

Ce 2 mars 2011, vers les coups de dix huit heures, le centre est plongé dans une ambiance devenue presqu’inhabituelle. « De temps en temps, on offre des goûters aux enfants », explique Mohamed El Khamess Abdallahi, son président fondateur. Et chaque goûter semble redonner de la vie, de l’harmonie à son institution. 

Ces goûters sont souvent offerts par des personnes de bonne volonté comme à l’image d’Elisabeth Rodach du Lions Club International qui est venue spécialement offrir un goûter aux enfants déshérités du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary doté également d’une mahadraa où étudient les enfants et une mosquée. 

« Vous avez beaucoup de chance de vivre dans ce quartier où vous avez des mamans qui sont à votre disposition, qui vous éduquent et vous donnent du confort. On essaiera de faire le maximum pour trouver et vous offrir davantage de goûters comme celui d’aujourd’hui », déclare Elisabeth Rodach qui a promis d’assister le centre pour le confort des enfants. 

Le centre compte cinq bénévoles dont deux enseignants qui dispensent, à l’après-midi, des cours de rattrapage en français et en arabe aux enfants assuré par Lalla Coulibaly (la mamie des enfants) et Mohamed Salem Ould Aly. 

Dans ce centre qui accueille entre 5O et 8O enfants, on y trouve des orphelins et des enfants issus de foyers extrêmement pauvres. Chaque jour, après les classes, à l’après-midi, ils viennent plancher dans cet institut dont ils sont devenus si familiers.   

« Des requêtes sont en cours pour assurer au moins un repas par jour aux enfants », indique Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi. Malgré qu’il soit débordé, le centre continue à accueillir des enfants déshérités et principalement des enfants orphelins qui ont entre 1 et 10 ans, telle cette fille de 5 ans qui a perdu ses parents et qui traîne avec elle son petit frère âgé d’un an. « Il y’a des cas qu’on ne peut pas refuser et on est obligés de les accueillir », explique-t-il. 

La nuit est tombée depuis une dizaine de minutes et déjà le centre commence à se désemplir petit à petit. Les enfants sont partis rejoindre leurs foyers ainsi que les mères de famille qui bénéficient des services du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary sauf le permanent du centre, Housseynou Ahmed et la gouvernante. 

« Dans un contexte marqué par de fortes disparités sociales et par la persistance de la prévalence de la pauvreté, je suis sûr que tout appui généreux à l’enfance orpheline, frange vulnérable de la population, sera d’un précieux concours pour préserver les acquis et développer de nouvelles activités », glisse, avant de prendre congé, le président du centre et par ailleurs médaillé d’or en tir à la cible à Kampala. 

Aujourd’hui, le centre qui éprouve le besoin d’être soutenu est confronté à une série de contraintes dont principalement l’absence de ressources financières suffisantes pour une prise en charge  conséquente de ses charges et du nécessaire développement de nouvelles activités. 

L’Ong envisage d’ailleurs d’organiser, au mois de mars courant, une soirée de gala avec l’artiste Ousmane Gangué. Puis, un grand concert où des artistes du Mali et du Sénégal seront invités. Les fonds récoltés seront destinés à la réhabilitation du centre Moulaye Ahmed Ould Boukhary et à la nutrition des enfants déshérités. 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 26 octobre, 2008 )

Heurts entre habitants et forces de l’ordre : Un bain de sang a plané sur Dioudé Dièry

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Dioudé Dièry est un trou perdu, à presque 2 kilomètres de Bababé, une des quatre Moughataas de la Wilaya du Brakna. Cette partie de la Mauritanie est connue pour sa verdure et ses terres fertiles. D’où la convoitise de toutes sortes d’ambitieux (hommes ou autres).

Dans cette zone, les affrontements entre éleveurs, agriculteurs ou populations et forces de l’ordre sont fréquents. C’est l’un des problèmes auxquels font face presque quotidiennement les autorités locales, souvent prises entre l’enclume des populations autochtones en grande partie agriculteurs et le marteau des éleveurs.  

Souvent dépassées par la complexité des événements, les autorités locales tentent cahin caha d’engager des discussions, après plusieurs heures, avec les parties en conflit, dans le but de trouver les voies et moyens pour mettre fin à ces affrontements. Les autorités locales qui mesurent l’ampleur de ces rivalités récurrentes butent parfois, malgré leur force de dissuasion, sur l’intransigeance de certaines populations.

Ce jeudi 23 octobre, Dioudé Dièry a vécu une journée chaude qui restera vivace dans la mémoire des habitants de ce village de moins de 500 âmes réputé être un havre de paix. A partir d’un incident, ce village s’est presque transformé en champ de bataille entre les habitants et les forces de l’ordre.

D’après les informations, ce qui s’est passé à Dioudé Dièry est un précédent. A l’origine de ce problème : quelques soixante-dix bovins ont dévasté leurs champs. C’est ainsi que les habitants de Dioudé Dièry décidèrent de garder le troupeau. Informés, les propriétaires alertent la police.

Aussitôt, le Commissaire de police de Bababé, Mohamed Ould Ahmed Damou, accompagné de 14 éléments, débarquent sur les lieux et tentent, selon les témoignages des villageois, de libérer par la force, une partie du bétail qui appartient à la tribu « Idelik ». Ceci dégénéra en affrontements entre les populations et les forces de l’ordre.   

Au lendemain des heurts entre les forces de l’ordre et les habitants de Dioudé Dièry, la tension était retombée fort heureusement. Cependant, l’amertume et le remords se lisaient encore sur les visages des habitants. « Nous n’avons jamais eu de problèmes avec les forces de l’ordre qui représentent l’Etat mauritanien », défend le chef de village, Diaw Oumar Moussa. »L’Etat nous avait aidés à acheter des barbelés pour clôturer nos champs. Cela n’a pas empêché le bétail de venir paître jusque dans nos champs, pendant la nuit », déplore ce septuagénaire, la canne à la main.     

En outre, profitant de l’occasion, il n’y est pas allé par quatre chemins pour fustiger l’attitude des autorités locales de la Moughataa de Bababé qu’il accuse d’avoir accordé, sans leur avis ni leur autorisation, leur domaine ancestral qui s’étend à perte de vue. Voilà plus de 5 ans que cela dure, qu’ils assistent impuissants au lotissement de leurs terres.   

D’ailleurs, ils ont adressé de nombreuses lettres de protestation aux autorités locales pour leur signifier leur mécontentement et leur désapprobation. Mais, à chaque fois, leurs doléances sont classées sans suite. « On a achevé tous les moyens de recours légaux sans avoir toujours aucun gain de cause », nous renseigne un habitant du village.   

Leur domaine ancestral, considèrent-ils, est devenu un gâteau à partager. Pour nous convaincre de cet état de fait, deux jeunes du village sont mandatés par les notables, en réunion pour décider de la suite à donner à leurs différends qui leur opposent aux propriétaires du bétail, pour nous montrer les périmètres de terrains déjà lotissés, à quelques mètres seulement de la route reliant Boghé à Bababé. Arrivés sur les lieux, l’un des deux jeunes lance : »Il y a quelques années, cet espace était cultivable. Mais, pour permettre aux ruminants de pouvoir accéder directement au fleuve, nous avons décidé de ne pas y construire ou y habiter… ».   

Tout cet espace attenant au cimetière du village Dioudé Dièry est aujourd’hui entièrement loti. D’ailleurs, on peut lire sur des écriteaux affichés sur certains périmètres le nom des nouveaux propriétaires. « D’ici 5 ans, où est-ce que nous allons enterrer nos morts… », s’interroge-t-il visiblement impuissant face à cette frénésie de lotissements en considérant cela comme une invasion qui ne dit pas son nom.   

« Je comprends qu’ils demandent à bénéficier d’un lotissement. Mais, je ne comprends pas qu’ils disent que c’est leur domaine », avance le hakem de Bababé, Ahmed Miské Ould Mohamed. »Pour être exproprié, il faut être d’abord propriétaire. En plus, les textes sont clairs : la terre appartient à l’Etat », rappelle-t-il.    Dépossédés de leurs terres, les habitants de Dioudé Dièry s’en remettent maintenant au Ciel par résignation. Les élus locaux de
la Moughataa de Bababé ont toujours été saisis de cette affaire mais ont toujours brillé par leur absence et leur laxisme dans ce genre de problème. 
  

Du côté de la mairie de Bababé dont dépend administrativement Dioudé Dièry, on reconnaît de fait la complexité de ce qui s’est passé dans cette localité. Dioudé Dièry n’est que la partie visible de l’iceberg. Mais, ici, au niveau de la mairie de Bababé, on préfère plutôt user de la langue de bois en classant cela dans le registre des « incidents récurrents » que vit la Moughataa. 

« Mais, si, ce n’est pas résolu à temps, dans des conditions sereines, cela risque de dégénérer », prévient la première adjointe de la mairie de Bababé, madame Hafsa Abdoulaye Bâ qui n’a pas manqué de manifester ses craintes par rapport à l’amplification de ce phénomène au niveau de la wilaya du Brakna, après les récents évènements dans sa municipalité.   

Quant au commissaire de Bababé, Mohamed Ould Ahmed Damou, accusé par les habitants de Dioudé Dièry d’avoir pris parti en faveur des éleveurs de la tribu « Idelik », a balayé d’un revers de la main toutes les accusations portées à son égard. Au début, un peu réticent au sujet de notre intention de l’entendre dans cette affaire, il accepte de nous recevoir chez lui. 

Toutefois, il reconnaît lui-même avoir utilisé des balles réelles. « Nous n’allons pas baisser les bras jusqu’à ce que nous soyons lynchés… », se justifie-t-il en faisant savoir qu’il était dans une position de légitime défense tout en précisant qu’il a procédé à des tirs de sommation.   

Car, souligne-t-il, les habitants de Dioudé Dièry étaient armés de cailloux, de gourdins, de haches…pour faire face aux éléments de la police venus libérer le bétail gardé depuis plus de 72 heures. Il y eut dans la foulée des tirs de grenades lacrymogènes. Ce qui a fait dire aux habitants que Dioudé Dièry était transformé en champ de bataille. 

Informé de cette situation où heureusement il n’y a pas eu de blessés, le Hakem de Bababé a dépêché illico presto le commandant de la brigade de gendarmerie de Bababé, Mahfouz Ould Hussein à Dioudé Dièry, pour tenter une médiation entre les habitants du village et les propriétaires des bovins. Grâce à lui, on a pu libérer le bétail et éviter le pire.   

Du côté des habitants de Dioudé Dièry, on accuse le commissaire de Bababé d’avoir voulu user de la force sans pour autant discuter avec eux. En un clin d’œil, ceci a provoqué l’ire des habitants du village. 

Toujours est-il que c’est à l’arrivée du commandant que le bétail a été libéré. C’est ainsi qu’il prit contact avec trois responsables du village (Borom Thiam, Diop Alioune et Sy Mamadou Samba) et les propriétaires des bovins.   

Pendant 5 tours d’horloge, à la préfecture de Bababé, devant le hakem, le commissaire et le commandant de la brigade de la gendarmerie, les deux parties vont parvenir à trouver un terrain d’entente c’est-à-dire un arrangement écrit, après d’âpres discussions. C’est ainsi qu’on décida que les habitants doivent libérer le bétail et en contrepartie ils seront dédommagés en conformité avec l’ampleur des dégâts constatés sur les champs dévastés. Les éleveurs se sont engagés à payer 35.000 UM. 

Ce travail d’inventaire a été fait par une commission composée d’un représentant de la mairie de Bababé, d’un conseiller des droits de l’homme, de l’inspecteur du ministère de l’élevage et de l’agriculture et du commissaire de police. C’est cette commission qui évalue les dégâts causés par le bétail sur les champs et les dégâts causés aussi sur le bétail.  

Le représentant du ministère de l’agriculture et de l’élevage, Monsieur Aliou Bâ, absent de Bababé, nous a confirmé, joint au téléphone, que les champs ont été bel et bien dévastés. Toutefois, il a révélé qu’il ne pouvait pas dire avec exactitude si c’était ces mêmes bovins qui en étaient l’origine. 

Le hakem de Bababé, Ahmed Miské Ould Mohamed, tout en reconnaissant la complexité de ce problème qui interpelle tout le monde, a fait savoir qu’il n’y avait pas de raison de fouetter un chat, car dit-il, c’est un problème banal.   

En décidant de confiner les bovins dans un enclos, souligne-t-il, les habitants de Dioudé Dièry ont commis l’imprudence de ne pas en informer la commune de Bababé qui est leur premier interlocuteur direct. 

En plus, toujours lui, ils n’ont pas le droit de garder du bétail qui a dévasté leurs champs pendant plus de 72 heures et qu’aussi la réglementation ne prévoit pas des fourrières villageoises. Et,  comme l’Etat mauritanien ne dispose pas assez de moyens pour ouvrir dans les villages ou campements des fourrières, il a été prévu qu’en pareil cas, la responsabilité incombe à la commune (ici Bababé) qui dispose d’une fourrière municipale.    Ce problème pouvait être facilement réglé si les deux parties s’étaient conformées aux dispositions prévues en cas de litiges entre éleveurs et agriculteurs. Hélas, la majorité d’entre eux ignorent la plupart du temps le contenu des dispositions qui régissent leurs rapports. 

Finalement, tout est rentré dans l’ordre. Fort heureusement ! 

De notre envoyé spécial sur les lieux 

Babacar Baye Ndiaye

( 26 août, 2008 )

Nouakchott: La ruée vers l’immobilier s’accélère !

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Le quartier de Tevragh-Zeina est sans doute un emblème de la frénésie immobilière qui a envahi la ville de Nouakchott depuis les années 80. Lorsqu’on fait un tour dans les différents quartiers chics de Nouakchott, on ne peut qu’être ébahi et admiratif face à ces maisons imposantes et modernes qui poussent comme des champignons. Ce qui de prime abord attire l’attention, ce sont des tas de sable, des tonnes de sacs de ciment et des ouvriers au travail pour faire sortir de terre leur énième ouvrage.

Pour avoir une idée plus claire de l’ampleur de ce phénomène, nous nous sommes rendus, avec les moyens du bord, à Tevragh-Zeina sur la route de Nouadhibou, à quelques mètres de l’auberge Sahara. Il fait chaud. Le soleil est au zénith. En cette période d’été, c’est une chaleur de plomb qui vous tape sur la tête. Et, souvent, on est contraint de mettre la main en visière devant les yeux pour se protéger de l’ardeur du soleil.

Sous un soleil insupportable, une vingtaine d’hommes participe à la construction de l’immeuble qui, désormais, prend de nouvelles formes. Juste en face, assis sur un amas de coquillages, portant des lunettes de soleil, Diallo Abdoulaye se présente comme étant le responsable des lieux. Notre interlocuteur nous parle sur les raisons de ce boom immobilier.

A son avis, l’aspect mercantiliste prévaut sur toutes les autres motivations. En effet, explique-t-il, la situation sociale et économique étant de plus en difficile et l’avenir incertain, certains mauritaniens pensent que l’immobilier est la seule voie de salut pour eux ! Ils ne voient d’autre investissement que le secteur immobilier pour s’enrichir davantage.

Une tendance qui fait le bonheur des ouvriers qui échappent ainsi aux affres du chômage technique. Venus le plus souvent d’horizons différents (principalement des sénégalais, des maliens, des mauritaniens…) ces ouvriers apprécient à sa juste valeur cette croissance dans l’immobilier tout en déplorant la modicité de leurs revenus, comparés à la difficulté de la tâche.

Direction, Las Palmas, non loin du 1er carrefour de la route de Nouadhibou à partir de l’hôpital national de Nouakchott. Là, aussi, le spectacle est le même. Au bord de la route, se dresse un immeuble où des ouvriers, plus d’une dizaine, s’affairent autour d’une œuvre en fer, ciment et béton.

Cheybani, maçon de son état, dans un français approximatif, avance le même argument que ses collègues: ce sont uniquement les aspects pécuniaires qui expliquent cette ruée vers le secteur immobilier. M. Cheybani n’a pas manqué de souligner les conditions précaires de ces bâtisseurs de maisons, acteurs d’un secteur qui rapporte, mais qui, malheureusement, en sont les parents pauvres. Certains jeunes mauritaniens ne sont pas insensibles à cette effervescence occasionnée par le boom immobilier dans les quartiers chics de Nouakchott.

Notre reportage sur l’immobilier dans les quartiers chics de Nouakchott serait inintéressant si nous n’avions pas pris le soin de faire un tour chez ceux qui assurent la gestion des immeubles : les agences immobilières.

Un tenancier de l’une de ces agences, très répandues au centre ville, constate comme tout le monde l’essor du secteur immobilier à Nouakchott. Pour ce monsieur qui n’a pas voulu décliner son identité, cette ruée n’est pas près de s’estomper car de plus en plus la population augmente et il y a une forte demande en termes de logements. Face à ce développement «fou » du secteur de l’immobilier, un marché lucratif s’est installé.

De plus en plus de mauritaniens provenant de l’extérieur investissent dans ce secteur en plein boom à Nouakchott. En plus, les populations font de plus en plus confiance à ces agences immobilières qui ont pignon sur rue dans les grandes artères du centre ville de Nouakchott. La demande est de plus en plus forte, nous explique-t-il.

Des immeubles de toutes hauteurs commencent à sortir de terre et surplombent les petites villas qui se trouvent à côté. Du Ksar à Tevragh-Zeina en passant par le centre-ville, la frénésie immobilière fait fureur.

Au Ksar, les nouvelles constructions pullulent. On casse, on reconstruit. Ce premier quartier de Nouakchott n’échappe pas à cette frénésie immobilière. Ces nouvelles bâtisses sont souvent propriétés d’hommes d’affaires ou de politiciens ayant d’importantes sommes d’argent qu’ils réinvestissent dans le secteur de l’immobilier qui rapporte beaucoup d’argent. En outre, ils rachètent encore à coup de millions certaines maisons délabrées pour reconstruire à la place d’imposants immeubles. Même les banlieues comme Teyarett n’échappent pas à cette folie immobilière.

Cependant, le développement du secteur immobilier dissimule une autre réalité plus impitoyable. Succombant à la tentation de ce business de l’immobilier, des familles cèdent leurs habitations à des personnes plus nanties qui ont opportunément investi le secteur. Ainsi donc, certaines familles se voient obligées de revendre leurs maisons à la suite du décès du père pour aller habiter dans la banlieue en achetant une autre maison moins chère. Ces familles, la mort dans l’âme, s’établissent dans d’autres quartiers périphériques.

Ces immeubles donnent un aspect de modernité à la ville de Nouakchott qui compte plus d’un million d’habitants. Au-delà de cet aspect décoratif et moderne, un véritable problème se pose : celui du respect des normes de construction. Ces nouvelles constructions sont en train de changer le visage de la ville de Nouakchott. Bien que modernes, elles sont confrontées au non respect des normes urbanistiques en vigueur.

Cette ruée vers l’immobilier explique sans nul doute que ce secteur est extrêmement rentable pour les promoteurs immobiliers. Il l’est également pour les banques, le fisc, les notaires et l’administration des droits de timbre et d’enregistrement. Grâce au développement que connait le secteur, les activités liées aux matériaux de construction suivent forcément le rythme et génèrent des profits importants : ce sont les professionnels du ciment, les tenanciers des quincailleries et autres activités annexes.

Certainement qu’un jour, à la place de ces kebbas, baraques ou taudis qui enlaidissent la ville de Nouakchott, d’imposants immeubles ou bâtisses y seront construits. La course à l’immobilier ne fait que commencer. Les collectivités locales doivent être vigilantes pour que la construction tous azimuts de ces immeubles ne se fasse pas au détriment des normes urbanistiques.

Babacar Baye Ndiaye

 

( 26 mai, 2008 )

Tourisme: Comment sortir du trou après l’attaque d’Aleg ?

Cinq mois après l’imprévisible et mystérieux assassinat des 4 touristes français près d’Aleg le 24 décembre 2007, l’activité touristique en Mauritanie semble être au bas du trou, une situation en bonne partie imputable au manque de communication efficace du ministère du tourisme et de l’artisanat. Le nombre de touristes en direction de la Mauritanie a fortement chuté depuis l’attaque d’Aleg. 

Juste après les attaques d’Aleg qui a eu pour conséquence immédiate l’annulation du rallye Paris Dakar, on a remarqué une forte régression de l’activité touristique dans tout le pays. Néanmoins, déclarent certains aubergistes, l’activité touristique commence à reprendre souffle petit à petit.

Mais, «ce n’est pas toujours le même niveau de l’année passée (Ndlr, 2007) », précise Berthomé Hermann, gérant de l’auberge Sahara. En outre, poursuit Berthomé Hermann : «Nos meilleurs mois de travail de l’année c’est les mois de janvier et de février qui coïncidaient souvent avec l’arrivée du rallye Paris Dakar. C’est les deux mois les plus forts.

C’est ce qu’on a perdu cette année. Ces deux mois-là, c’est ce qui fait travailler toute l’année. Si tu perds ces deux mois-là, tu as des difficultés pour payer les employés, l’eau, l’électricité, le loyer et tout. » 

Ce ralentissement notoire de l’activité touristique est accentué considérablement par une absence de remise à niveau et de communication au niveau du ministère de l’artisanat et du tourisme. 2008 fut une année dramatique pour les acteurs du tourisme en Mauritanie. Presque 50% de perte sèche pour l’économie nationale. Cela est aggravé aussi par l’absence de subventions pour booster l’activité touristique. 

Après ce qui s’est passé (l’attaque d’Aleg soldée par la mort de 4 touristes français), que faut-il faire maintenant ? Oublier, pensent certains. Car, disent-ils, ce qui est arrivé le 24 décembre 2007 était imprévisible et indépendant des mauritaniens. Ce coup de destin, fortement amplifié par les médias français notamment France 24 et les chaînes satellitaires arabes dont Al Jazzera, bouleversa tout le pays et toute la République. «C’était un peu excessif », pense Berthomé Hermann, gérant de l’auberge Sahara qui existe depuis 2004. 

Cet aubergiste d’origine française est un de ces rares esprits français qui osent décocher des flèches en direction du gouvernement français qui a marqué
la Mauritanie sur la liste des pays terroristes à l’image de l’Irak ou de l’Afghanistan. « La Mauritanie
est loin d’être comme ces pays-là. Loin de là », soutient-il.

Et pour illustrer la papelardise des autorités françaises, que certains appellent ‘deux poids deux mesures’, il cite certains pays qui ont été rudement et pitoyablement frappés par des attaques terroristes. «Au Maroc, il y a eu combien d’attentas ces 5 dernières années, s’interroge-t-il. Le gouvernement français n’a jamais déconseillé à ses ressortissants de ne jamais s’y rendre.

Ici (en Mauritanie, Ndlr), il y a eu un acte et ça y est : on déconseille à tous les touristes de ne pas se rendre en Mauritanie. Pourquoi ? En Espagne, il y a eu combien d’attentats ? On n’a jamais déconseillé aux touristes français de s’y rendre ! À Londres ? Aux Etats-Unis ? Je trouve cela injuste ! » 

Avant le 24 décembre 2007, jour de l’assassinat des 4 touristes français près d’Aleg, l’activité touristique en Mauritanie se portait à merveille. Qu’en est-il aujourd’hui et que reste-t-il de cette image d’Epinal, 5 mois après ce drame qui fit basculer la Mauritanie dans le terrorisme à ciel ouvert avec tous ses corollaires ? Quelles sont les mesures qui ont été prises par les autorités pour redynamiser l’activité touristique de notre pays fortement entamée ? 

Surtout pour un pays qui, dit-on, s’est affirmé sur le plan international comme un pôle de stabilité politique et de sécurité grâce à la maturité de son expérience démocratique, à l’enracinement de ses institutions républicaines et aux valeurs nobles et authentiques de son peuple, caractérisées par l’hospitalité et la tolérance inspirées de la religion musulmane. 

Les autorités du ministère du tourisme et de l’artisanat reconnaissent aujourd’hui que l’attaque d’Aleg et les événements qui s’en suivirent eurent un impact très négatif sur l’activité touristique en Mauritanie qui a chuté de manière vertigineuse. 2008 fut l’année la plus catastrophique pour notre activité touristique.

De 9000 à 12.000 touristes, on est passé à 5000, selon les données fournies par l’Office National du Tourisme Mauritanien (ONT). De quoi susciter la peur et la crainte au niveau du ministère du tourisme et de l’artisanat ! Toutefois, «ça va beaucoup mieux maintenant parce qu’à un certain moment, il y a eu une super médiatisation négative et pendant un mois, on a eu quand même peur », professe Hamady Samba Ba, directeur du département de la communication et de l’information. 

Prenant l’exemple des pays du Maghreb et de l’Egypte qui ont subi ce genre d’événements, monsieur Ba a révélé que la période qui a suivi l’attaque d’Aleg a été une période très difficile. «Il s’agit maintenant, dit-il, de prendre les problèmes à bras-le-corps et de prendre les mesures qui s’imposent pour redémarrer. » 

Et pour redémarrer l’activité touristique, un ensemble de mesures furent prises par les autorités du ministère du tourisme et de l’artisanat pour faire rebondir sur ces deux pattes l’activité touristique qui était fortement écornée par l’assassinat des 4 touristes français près d’Aleg.

Pour dissiper les nuages qui planaient au-dessus de l’activité touristique, une campagne d’explication fut organisée pour expliquer au monde entier que la Mauritanie n’est pas un pays terroriste. L’Office National du Tourisme participera aussi dans les grands salons de tourisme et organisera dans la même veine une rencontre avec les médias occidentaux pour les rassurer. 

Présentement, l’ONT est en train de valider un plan marketing sur 3 ans. Son but, c’est de continuer cette campagne de communication à travers les médias. Une nouvelle approche qui consistera à amener des Edit-Tours composés de journalistes spécialisés et de groupes de tours opérateurs en provenance des pays touristes.

En dehors de ce plan marketing, un film documentaire sera réalisé pour mieux vendre l’image de la Mauritanie à l’extérieur. «Il a fallu que le secteur du tourisme ait des problèmes pour que les gens se rendent compte qu’il occupait une place très importante dans l’économie du pays, affirme Hamady Samba Ba. On s’est rendu compte que le tourisme est un secteur très important qu’il faut revitaliser parce qu’il y a énormément de gens qui vivent de ça. » 

Justement, combien sont-ils, ces personnes qui vivent ou dépendent de l’activité touristique. Difficile d’y répondre car l’Office National du Tourisme ne dispose pas de statistiques. Mais, ont rassuré les responsables de l’ONT, ils vont bientôt procéder à un recensement des personnes gravitant autour de l’activité touristique en Mauritanie pour avoir une base de données. 

Depuis la création de l’ONT en 2002, les opérateurs mauritaniens n’ont plus besoin d’utiliser les stands des marocains, maliens ou sénégalais pour vendre leurs circuits touristiques. Pour faire connaître l’image de la Mauritanie à l’extérieur, l’ONT a du sortir de l’argent pour faire des films documentaires avec Euronews et Liberté TV. 

Située entre le Maroc et le Sénégal, la Mauritanie semble souffrir de la notoriété du tourisme de ces deux pays. «Notre ambition, c’est de faire connaître qu’entre le Maroc et le Sénégal, il y a un pays qui est la Mauritanie. Il nous faut vraiment multiplier les actions et faire une offensive pour que ce pays soit mieux connu », soutient Hamady Samba Ba en citant l’exemple de l’Office National du Tourisme marocain, créé en 1928, qui a des représentations dans tous les pays du monde. 

La beauté du paysage mauritanien, de son désert notamment, constitue un atout non négligeable dans le développement du tourisme en plus de cela, il y a tout pour faire de la Mauritanie une destination privilégiée pour les touristes : les montagnes de l’Adrar, le  banc d’Arguin, Diawling, les paysages naturels de Kiffa qu’on ne  retrouve nulle part ailleurs en Mauritanie. 

« La Mauritanie, c’est toute l’Afrique dans un pays. Ce que les gens trouvent au Mali, on le retrouve à l’est de la Mauritanie. Ce qu’on trouve au Sénégal, on le retrouve au sud de la Mauritanie. Ce qu’on trouve au Maroc, on le retrouve au nord de la Mauritanie », confie Hamady Samba Ba, directeur du département de la Communication et de l’Information à l’Office National du Tourisme qui pense que cela est un avantage que notre pays peut exploiter sur le plan touristique. «On a les mêmes produits et les mêmes potentialités sinon plus, poursuit-il. S’ils vendent mieux, c’est qu’ils communiquent mieux et la communication coûte chère. » 

C’est clair donc. Le salut du tourisme en Mauritanie passera nécessairement par la bataille de la communication. C’est dans ce cadre qu’une Semaine Nationale de
la Mauritanie à Paris sera organisée du 27 mai au 1er juin. Ces journées rentrent dans le cadre des efforts de communication pour restaurer l’image du pays qui a été fortement écornée par les événements qui ont secoué
la Mauritanie. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 avril, 2008 )

Université de Nouakchott: Etats des lieux d’une institution à l’article de la mort

A certaines heures de la journée, moins qu’un temple du savoir, l’Université de Nouakchott ressemble à une pétaudière. Ça s’esclaffe à gauche, ça converse à droite. Le tout dans une ambiance moribonde.

Dans ce tohu-bohu, lorsque vous demandez à un étudiant quelconque ce qu’il pense de l’Université, il vous répond sans fioritures : ‘La situation est catastrophique’. On a constaté que lorsque les bacheliers entrent à l’université de Nouakchott, ils déchantent très vite. Eux qui pensaient que tout allait se passer comme dans le meilleur des mondes possibles, que tout se passerait vite comme dans un conte de fée se rendent à l’évidence d’une réalité qu’ils ont du mal à fourguer : le découragement qui revient tout le temps dans leurs propos.

Depuis sa création à nos jours, l’Université de Nouakchott n’a pas véritablement réussi à s’accrocher au train de l’évolution du monde en termes d’enseignement. Elle aura aussi été mêlée à toutes les sauces idéologiques et politiques. 

Aujourd’hui, la  seule université du pays va mal ! Etudier à l’Université de Nouakchott est un véritable calvaire pour les étudiants mauritaniens qui n’ont eu d’autres choix que de déposer leurs baluchons dans cette institution aux mille et un problèmes qui ne se résolvent jamais, dans cette institution qui patauge dans l’indifférence et l’oubli total. Comme si cette institution devait servir à former des générations sacrifiées !

«Les étudiants sont trop fatigués, explique Ibrahima Abdoulaye Diallo étudiant en 1re année de philo-Sociologie. On ne dispose pas assez de moyens pour faire de très bonnes études. On n’a pas de bibliothèque. On n’a rien du tout ! »  

Les infrastructures, justement. Sur ce plan, pour la documentation, les étudiants mauritaniens notamment les francisants sont astreints de se rendre au niveau du centre culturel français ou du centre culturel marocain. L’Université de Nouakchott est la seule université au monde où la sociologie et la philosophie sont compactées dans un seul département appelé ‘Philo-Sociologie’.

Dans ce département, les étudiants sont mêlés comme des vaches, des moutons et des chèvres dans un seul enclos. Du dire des étudiants du même département, ce n’est pas une sinécure. Les salles ne sont pas confortables. Les chaises manquent. 

Contrairement à Ibrahima Momar Bousso, étudiant en 2ième année de Biologie et de Géologie à la Faculté des Sciences et Techniques, lui, Ibrahima Abdoulaye Dia, originaire de Bababé au sud de la Mauritanie peut bien se frotter les mains puisqu’il bénéficie d’une bourse d’études de 8.500 UM. «Mais, ça ne satisfait pas la moyenne de mes besoins », se plaint-il. Les bourses sont limitées. Seuls de rares étudiants en bénéficient.

Les critères d’attribution y sont pour quelque chose. Pour avoir une bourse, il faut avoir le bac, tenez-vous bien,  à l’intérieur du pays pour pouvoir prétendre d’abord à une bourse et ensuite être âgé de moins de 24 ans. Même en 2ième année, tous les étudiants ne bénéficient qu’une aide sociale de 20.000 UM pour toute l’année. Et pour avoir cette modique somme, il faut courir de gauche à droite. 

Par rapport à l’enseignement, les étudiants mauritaniens se sacrifient autant qu’ils le peuvent pour essayer de comprendre mais à vrai dire, ce n’est pas prometteur, pense-t-on ici, à l’Université de Nouakchott. A ce rythme-là,  «il n’y aura pas de bons cadres sauf pour ceux qui vont sortir du pays et aller en Europe pour y continuer leurs études supérieures », soutient Bocar Ly, car selon ses dires, la formation ou plutôt l’enseignement qui est dispensé à l’Université de Nouakchott est très mauvais.

Et ce dernier compte un jour sortir du pays, comme d’autres avant lui, pour aller poursuivre ses études à l’étranger. Ce que rêvent bon nombre d’étudiants mauritaniens ! Les demandes d’inscription dans les universités françaises notamment parlent d’elles-mêmes et prouvent cette obsession qu’ont les étudiants mauritaniens à aller poursuivre leurs études ailleurs. 

Faute de grives, les étudiants mauritaniens mangent des merles. Les facultés laissent à désirer. C’est à croire à peine si elles sont de véritables facultés car elles sont mal équipées. A l’Université de Nouakchott, les moyens techniques posent énormément de difficultés. Par exemple, à la Faculté des Sciences et Techniques, là où sortent nos ingénieurs, il n’y pas assez de laboratoires et de matériel pour pouvoir réellement faire des Travaux Pratiques(TP).

Conscients de leur devenir et du sort de leur institution, les étudiants de l’université de Nouakchott se constituent de plus en plus en associations communautaires pour défendre leurs intérêts et essayer de surmonter certaines difficultés d’ordre estudiantin ou intellectuel. L’Université, dans toute sa ‘grandeur’ ne dispose que de deux amphithéâtres, l’un qui se trouve à la faculté des sciences juridiques et économiques, le plus grand de toute l’Université et l’autre à la faculté des lettres et sciences humaines. 

Offusqués, les étudiants ne ratent jamais l’occasion pour jeter des pierres dans la marre. Parmi eux, Abdoulaye Ibra Ba, étudiant en 2ième année de droit qui pense que l’une des tares qui gangrène leur institution, c’est le favoritisme. «On est avec des étudiants maures, raconte-t-il, qui ne savent même pas écrire une phrase correcte en français. Pendant les délibérations, ils passent devant nous. Ça s’est bizarre quand même alors que nous suivions tous nos cours pendant toute l’année universitaire pour avoir une bonne moyenne. » 

Issus souvent de famille peu aisée, certains étudiants se voient obligés, après l’obtention de leur baccalauréat, de venir s’inscrire, malgré eux, à l’Université de Nouakchott, pour y poursuivre des études supérieures. 

Le spectacle qu’offre parfois l’enceinte de l’Université est extraordinaire. Partout, c’est la queue leu leu ! Comme par exemple, aux bureaux des inscriptions. 

Autre dilemme pour les étudiants. La carte de transport, c’est le merle blanc. «Tous les étudiants veulent avoir la carte de transport, explique Ibrahima Abdoulaye Dia. Il y a certains, fatigués de se faire renvoyer aux calendes grecques, finissent par laisser tomber. D’autres, comme moi, parce qu’ils habitent loin, sont obligés de se sacrifier pour avoir une carte de transport. » 

L’obtention d’ailleurs de cette carte de transport ne signifie guère la fin du calvaire. Car, les chauffeurs ne veulent pas ‘embarquer’ dans leurs ‘caisses’ les étudiants et ceci en violation des accords signés entre eux et le gouvernement. «Les chauffeurs de bus ne s’arrêtent pas lorsqu’ils te voient avec un classeur entre les mains, poursuit-il. Ils sont agacés pour attendre. Et nous, nous n’avons pas d’autres solutions. Nous sommes une génération sacrifiée. L’Université ne promet rien à ses enfants.» 

Que dire de la bouffe au restaurant ? Les étudiants la jugent nulle et très mauvaise. Pas de petit déjeuner encore moins de dîner ! Et cela est valable pour les étudiants qui résident dans le campus universitaire. Le ticket revient à 50 UM. Imaginez dans quelle situation alors doit se retrouver un étudiant non boursier qui vient des viscères de la Mauritanie, qui crèche dans les quartiers périphériques de Nouakchott et obligés de passer la journée à l’Université pour réviser. 

Avec des méthodes plombées et lacunaires, le système d’éducation mauritanien ne vaut pas son pesant d’or. Les programmes sont séculaires et ringards. Et voilà depuis plus de 20, 30 ans que cela dure et perdure au grand désavantage des étudiants mauritaniens. Conséquence : le niveau s’affaiblit de plus en plus. Les états généraux tant annoncés au début de l’année tardent à voir le jour.

La dernière batterie de réformes qui a été utilisée n’a pas donné les effets escomptés. Et les autorités continuent toujours à persister et à s’entêter dans leurs démarches en pensant qu’elles ont pris la bonne option ou qu’elles sont assises sur la bonne branche. Les défaillances du système sont visibles à l’œil nu. «Je connais un arabisant qui fait actuellement le bac C. Mais il est incapable d’écrire une lettre correcte en arabe », ironise Mohamed Abdallahi, étudiant en 1ière année d’interprétariat en Anglais. 

«Le Ministère de l’éducation nationale, enchaîne un autre étudiant, se soucie peu de la réussite des élèves et étudiants. Le système s’invente du jour au lendemain. On ne sait pas où se situe le bon chemin. Les autorités doivent se concerter et essayer de créer quelque chose de prometteur pour la future génération. Nous, nous savons déjà que notre génération a sombré dans l’obscurité. »

Hélas, c’est la triste réalité. Le fractionnement du système éducatif mauritanien, d’une part l’arabisation et d’autre part la francisation, où est-ce qu’il nous a mené ? Et la radioscopie faite sur l’Université de Nouakchott n’est guère rassurante encore moins prometteuse. Les étudiants eux-mêmes en sont conscients.

Dans un article récemment publié dans ‘L’Etudiant’, le premier journal étudiant mauritanien, Ousseynou Birama Cissé, rédacteur en chef dudit journal n° 13 du 07 avril au 25 avril écrivait ceci : «L’Université est malade. Malade d’elle-même du fait de son incapacité à pouvoir accueillir les braves fils de ce pays même malgré le faible taux de réussite.

Malade du fait de son incapacité à faire face aux défis de l’éducation en termes de structures et de réformes. Malade de ses administrateurs qui pour la majorité ignorent leur devoir envers la nation et par conséquent ne remplissent pas la fonction. Malade du fait de ses docteurs que l’adjectif ‘d’irresponsables dicteurs’ qualifie. Malade de ses enseignants qui sous le regard complice de l’administration s’absentent ou dispensent les cours en 30 mn. Malade incontestablement et essentiellement de son système de recrutement. » 

Alors une question : sommes-nous véritablement dans une Université ? Non, rétorquent les étudiants. En nommant le docteur Isselkou O. Ahmed Izid Bih à la présidence de l’Université de Nouakchott, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a fait rendre à César que ce qui lui appartient.

Etant au parfum des réalités de l’Université (promiscuité, absence de bureaux décents, de centres documentaires dans les facultés, faible capacité d’accueil et de logements des étudiants, inexistences des activités culturelles, sportives et créatives…), les étudiants fondent beaucoup d’espoir sur lui pour sortir l’Université de Nouakchott de sa léthargie.

Avec un effectif d’étudiants qui gonfle comme une mayonnaise d’année en année, l’Université de Nouakchott est devenue trop petite pour accueillir les nouveaux bacheliers. Déjà, on estime à plus de 12.000 le nombre d’étudiants inscrits à cette université. Dans le cadre de répondre aux urgences de cette institution, l’état mauritanien a décidé de construire un nouveau campus universitaire.

En outre, et toujours dans le cadre de la rénovation de l’Université de Nouakchott, des financements ont été obtenus pour la construction d’une nouvelle faculté des sciences et techniques, des locaux de la présidence de l’Université, une bibliothèque et un centre d’enseignement à distance. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Acte 2 de la phase de rapatriement: Les déportés de la wilaya du Brakna retournent à la terre et au sang!

Située au sud de la Mauritanie, Boghé, une ville frontalière avec le Sénégal, séparé seulement de quelques 70 mètres par le fleuve Sénégal, est à moins de 350 km de Nouakchott. Au bord du fleuve- à Boghé, il n’y a pas d’embarcadère ni de quai- dans le quartier de Boghé Escale, des centaines de personnes attendent d’un moment à l’autre les déportés mauritaniens venant de Ndioum, une ville du Sénégal, frontalière aussi avec la Mauritanie dans le cadre du rapatriement volontaire.

Dès les premières heures de la matinée, les populations de Boghé ont pris d’assaut les berges du fleuve où étaient aménagées pour la circonstance des tentes qui devenaient de plus en plus trop exiguës au fur et à mesure qu’elles affluaient. Et pour parer à toute éventualité, toutes les dispositions nécessaires furent prises par l’ALPD, l’ONG chargée de l’organisation, de l’accueil et de l’installation des déportés dans leur site.

«Nous avons mis toute la logistique en place, rassure monsieur Mohamed Lemine Bakayoko chef d’antenne de l’ALPD(Brakna et Trarza). Toutes les pirogues sont en place accompagnées de femmes pour aider les enfants avec des besoins spécifiques et équipées de gilets de sauvetage. Nos camions sont en place en attendant la traversée pour acheminer les déportés vers la maison des jeunes pour remplir leur formalité. »Aucun incident ne fut enregistré au cours de la traversée qui a duré plus de deux heures. Pas de doute non plus ni de crainte de la part de l’ALPD qui affichait une bonne mine ce dimanche 23 mars. 

L’ambiance était festive. Il y avait les familles qui étaient venues accueillir leurs frères, leurs sœurs, leurs parents. «C’est la joie extrême, confie Dioum Ciré responsable de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme à Boghé venu accueillir lui aussi les déportés. Tout le monde est là. Aujourd’hui, grâce à la volonté du chef de l’Etat, le retour des déportés est devenu une réalité. » Et de demander aux autorités d’assurer le suivi du retour des déportés autrement dit les rétablir dans leurs droits : logement, éducation, santé…

En attendant, la fête continue toujours sous un soleil de plomb. Dans la foulée, les déportés rentrés en 1995. Parmi eux : Amadou Sow dit Demba Gaye. Pour ces gens-là laissés en rade, rien encore n’a été prévu jusqu’au moment où le ministre de l’Intérieur prononçait son discours. «Nous souhaitons vraiment que notre cas soit réglé », plaide-t-il. Doléances bien captées par Yall Zakaria puisque dans son discours, il annoncera un certain nombre de dispositions qui seront prises dans ce sens. 

La joie, la tristesse, l’émotion étaient au rendez-vous idem les pleurs et les larmes. Dans ce tohu-bohu indescriptible, certains déportés ont accompli deux rakats surrogatoires pour rendre gloire à Allah, le Tout Puissant. Une image très forte ! La venue des déportés mauritaniens est toujours un moment de temps fort qui ne laisse personne indifférente. 

«C’est épatant de voir des citoyens revenir dans la joie et l’allégresse dans leur pays après tant d’années d’endurance à l’étranger…», lâche un habitant de Boghé sous le coup de l’émotion en voyant les déportés descendre des pirogues. Non loin, d’autres regardent et contemplent les déportés. «C’est la consécration de l’orientation du Président de la République, souligne Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République.

C’est l’apogée de la réalisation d’une partie très importante du programme du Président de la République qui a tenu à ce que justice soit rétablie par rapport à ce qui s’était passé en 1989. La Mauritanie ira dorénavant de l’avant avec une citoyenneté bien rétablie pour nos compatriotes qui ont vécu à l’étranger. C’est aussi le signe que l’Etat de droit est en train de s’enraciner davantage dans notre pays pour le bonheur des mauritaniens, pour le futur du pays et de son développement. » 

C’est sous le crépitement des flashs, des ovations, des rythmes de tam-tam et de chants que les déportés ont été accueillis. Jus, biscream, eau minérale, boisson, gâteaux…Tout a été prévu contrairement à Rosso. Cependant, l’ALPD, chargée par ailleurs de l’organisation et de l’accueil des déportés a eu d’énormes problèmes : problèmes de coordination, d’organisation et surtout d’espace… 

Au demeurant, toutes les autorités concernées par ce rapatriement ont été mises à contribution pour que ce retour se déroule dans de très bonnes conditions. Pour ne pas omettre ou commettre les mêmes erreurs lors de la phase test de rapatriement qui s’était déroulée à Rosso le 29 janvier dernier, les points ont été mis sur les i.

«L’Etat a dévolu l’organisation de cette opération de retour et de réinsertion à l’ANAIR qui est en collaboration avec le H.C.R. Ces organismes prendront en considération toutes les observations et je suis sûr que des solutions seront trouvées le plus rapidement possible par rapport à toutes les doléances qui auront été posées par nos compatriotes », a assuré Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République faisant allusion à l’utilisation de tentes pour subroger les bâches où il fait excessivement chaud pendant la journée.   

Ouvrant la cérémonie officielle, le maire de Boghé Ba Adama Moussa et membre de l’union des Forces de Progrès, a esquissé son discours par un retentissant : «Chers compatriotes rentrés aujourd’hui de déportation, je vous salue et  je vous souhaite la bienvenue dans votre chère patrie la Mauritanie et dans votre ville Boghé… » suivi d’ovations des populations. 

«Personne n’ignore les conditions inhumaines dans lesquelles vous aviez été déportés et les difficultés que vous avez enduré durant ces 20 dernières années… », rappelle-t-il en s’adressant aux déportés revenus, dit-il, grâce à la sagesse, à la persévérance, au courage et au patriotisme de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dont la moindre allusion provoquait des salves d’applaudissements de la part des populations. 

En effet, la cérémonie de Boghé marquait le retour du 4ième groupe des déportés mauritaniens mais surtout le 1er groupe pour la Wilaya du Brakna. «La solution de ce problème hérité du passé ne se réduit pas tout simplement  à ouvrir la voie du retour, a précisé le directeur de l’ANAIR Moussa Fall, mais va au-delà vers la garantie d’une vie digne. » 

Dans ce cadre, l’Agence Nationale d’Appui et de Réinsertion des Réfugiés, pour couper l’herbe sous les pieds et éviter tout amalgame, a déjà entrepris pour cette première vague des déportés de la wilaya du Brakna un programme d’appui et d’accueil pour les  nouvelles familles dont chacune bénéficiera, dans le cadre de la dotation d’accueil, 700.000 Ouguiyas.

Et le directeur de l’ANAIR de saisir l’occasion pour divulguer les trois composantes du plan d’action de son agence. «D’abord, le plan d’accueil renforcé(PAR) qui consiste à réaliser des projets d’intérêts communs en faveur des populations d’accueil en général et des actions spécifiques et bien ciblées en faveur plus particulièrement des rapatriés de 96-97 et 98 et des muçafirines qui étaient expulsés du Sénégal.

Une étude d’évaluation rapide de ce programme a été engagée en partenariat avec l’Université d’Arizona et des équipes conjointes de nos deux institutions qui sillonnent actuellement les différentes régions ciblées. Cette étude sera soumise après sa validation par le gouvernement à l’appréciation des partenaires techniques et financiers.

Ensuite, nous avons engagé le plan d’action de l’ANAIR qui comporte un plan d’insertion durable qui vise à assurer une cohabitation harmonieuse et  durable des populations dans les différentes wilayas d’accueil des rapatriés. La réussite de ce programme permettra à terme de renforcer nos capacités et de surmonter les défis de l’insuffisance de la production agricole et de l’insécurité alimentaire de notre pays.

Une dernière composante du programme de l’ANAIR vise les rapatriés revenus en dehors de l’accord triparti. Mais comme l’a si bien dit le Président de la République, la sagesse nous recommande d’ordonner les priorités, de commencer par rétablir dans leurs droits ceux qui ont subi l’injustice de la part de leur pays et de créer une atmosphère qui nous aidera à faire face à l’ensemble des problèmes avec davantage d’unité, de fermeté et de capacité. » 

Bien sûr, le H.C.R. a été de la partie. Son représentant à Nouakchott, Didier Laye, a tiré un chapeau aux autorités du Brakna pour leur soutien enthousiaste, rapide et efficace. «Sans quoi, cette opération n’aurait pu avoir lieu dans les conditions que nous voulions c’est à dire de rapidité mais surtout de confort et de dignité pour les personnes qui rentraient », soutient-il visiblement satisfait aussi de la volonté du Président de la République, du soutien de la communauté internationale et du désir des déportés de retourner chez eux. 

Depuis le début du rapatriement, plus de 900 personnes sont revenues volontairement. Pour ce qui concerne la wilaya du Brakna, deux autres rapatriements sont prévus ce 25 et 27 mars courant. «Nous allons continuer les rapatriements et maintenir la cadence », a promis Didier Laye même en dépit des tergiversations, des interrogations et des limites du H.C.R. 

Quant au représentant des déportés, Abdou Roudou, il a essentiellement centré son laïus sur le pardon et la tolérance en faisant savoir qu’ils sont fiers de retourner à leur pays d’origine sans regret ni rancœur. 

C’est sous un soleil qui tapait si fort que le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, en convalescence, a prononcé son discours : «Bismillah, Bismillah, Bismillah. » Avec ce retour, «une page se tourne, dit-il, un jalon dans la restauration et la consolidation de l’unité nationale » ; l’administration et l’Etat accompagneront les déportés dans leur réinsertion de la vie active nationale. 

A la tête d’une très forte délégation(ambassadeurs d’Espagne, des Etats-Unis et d’Allemagne, de la Représentante du système des nations unies en Mauritanie), le ministre de l’Intérieur a fait savoir que la volonté politique du gouvernement mauritanien de résoudre le problème des déportés mauritaniens est évidente et  réelle. 

«Tous les gages de sincérité ont été donnés et tous les mécanismes d’encadrement de l’accueil des réfugiés sont aujourd’hui opérationnels et donnent entière satisfaction », estime Yall Zakaria en donnant l’exemple de la Commission Nationale d’Identification des Réfugiés et ses antennes régionales et locales qui fonctionnent, selon lui, de manière satisfaisante. 

Dans le cadre des premiers mouvements de rapatriements, une équipe de l’université d’Arizona sera bientôt au Brakna pour la collecte des données pertinentes pour la formulation d’un programme cohérent et intégré de développement au profit de tous les rapatriés et de tous les muçafirines et des populations des zones d’accueil.

L’enjeu de ce programme est de taille : répondre aux sollicitudes des rapatriés, réaliser ou rétablir des infrastructures de base, formuler des projets d’insertion dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et d’activités génératrices de revenus… «L’échec et les dysfonctionnements ne sont pas permis », a déclaré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria. «Cette phase d’insertion des rapatriés est cruciale et requière une forte mobilisation des pays amis et des partenaires au développement », reconnaît-il. L’objectif étant de créer par ailleurs les conditions d’un développement harmonieux et solidaire. 

Le lancement des opérations de retour et d’insertion des déportés au Brakna marquait la phase d’accélération du processus de rapatriement. Les autorités administratives régionales et départementales ont été engagées par le ministre de l’Intérieur pour la réussite de ce projet si cher au Président de la République. 

Moins de 300 personnes furent concernées par cette phase : elles bénéficieront des programmes d’urgence de l’ANAIR, de l’appui du H.C.R. et du P.A.M. dans leurs sites. Elles recevront aussi leurs pièces d’état civil et leurs cartes d’identité nationale comme l’a assuré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, dans le respect des lois et règlements du pays. 

Toutes ces personnes ont été installées à Boinguel Tchilé, leur village d’origine situé à quelques 15 minutes de Boghé, où 85 tentes sont aménagées par le H.C.R. Cette localité rasée durant les événements de 1989 ne donne pas aujourd’hui l’image qu’elle fut habitée en y mettant les pieds tellement qu’elle ressemble à un cimetière. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Les métiers de la coiffeuse: Un secteur en plein essor ?

En quelques années, les salons de coiffure ont investi la ville de Nouakchott. Face à une demande en croissance exponentielle, une économie lucrative s’est mise en place.  Devenus un secteur lucratif, les métiers de la coiffeuse attirent de plus en plus de jeunes filles. Mais, il n y a pas que cela. Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg.

Il y a aussi des risques énormes que courent les coiffeuses surtout pour celles qui ne sont pas issues des centres de formation professionnelle en coiffure et esthétique. «Le professionnalisme est beaucoup recherché dans le marché de la coiffure, affirme Rouguiya Diaw, assistante de direction au centre de formation professionnelle en coiffure et esthétique, Exotifs.

Nous exigeons beaucoup de nos candidates qui voudraient suivre une formation en coiffure. Il faut d’abord qu’elles sachent lire et écrire parce que les coiffeuses travaillent avec des produits chimiques. Avant de les utiliser, il faut d’abord les connaître. Il y a des notices et des normes d’utilisation. Dans les salons, nous voyons des filles qui utilisent des produits sans pour autant les connaître. » 

Impossible d’y échapper, les salons de coiffure pullulent partout à Nouakchott et proposent divers services de coiffure (coupe de cheveux, tissage, bouclage, brushing, mèches, balayage…), des soins de beauté(visage, pieds, épilation…) et d’autres proposent également en vente des produits de beauté, des cheveux naturels et des accessoires de tissage. 

Signes des temps modernes, de plus en plus, les filles choisissent les métiers de la coiffeuse. Mais pour quelles raisons ? Les concernées livrent leurs ‘petits secrets’ sans pour autant prouver les raisons d’in tel choix. 

«C’est une question de passion et de goût », pense Aida, coiffeuse à Premier et gérante du salon ‘Wa Keur Baye Niasse’. «C’est un métier qui fait évoluer, qui permet de connaître beaucoup de gens, de rencontrer toute sorte de personnes, de s’épanouir, de se faire plaisir, de faire plaisir aux autres, de découvrir beaucoup de choses dans la vie… », explique madame Chaitou Sana, coiffeuse à Tévragh-Zéina et propriétaire de ‘Salon Myriam’.

On constate de plus en plus un intéressement grandissant des métiers de la coiffeuse. «La coiffure est un métier qui rapporte beaucoup. Quand on gère bien, on peut bien gagner sa vie », pense aussi Yéni Diop, coiffeuse à Médina 3 et spécialisée dans le brushing, la coupe de cheveux et la teinture. 

Pour être belles et agréables aux yeux de leurs maris, de leurs amants, de leurs confidents ou de leurs concubins, nos femmes sont prêtes à faire tous les sacrifices inconcevables voire dépenser des sommes colossales. Ainsi donc, les salons de coiffure, les centres d’esthétique, les boutiques de cosmétique et les hamames, autrefois peu répandus, sont pris d’assaut par la junte féminine mauritanienne.

C’est une véritable course à l’élégance et au charme artificiel qui ont supplanté la nature et les mœurs. C’est vrai que nos femmes se sont toujours préoccupées de leur élégance, de leur beauté et surtout de leur carnation. Mais que cache une telle ruée effrénée vers ces «lieux de beauté» qu’on retrouve presque dans chaque coin de rue de Nouakchott. «C’est vouloir se déterminer, confirmer sa personnalité. C’est tout simplement un bien-être. C’est naturel ! Il n’y a aucune obligation », confie madame Chaitou Sana. 

Non seulement, les métiers de la coiffeuse souffrent d’un manque de valorisation mais ce secteur est marqué aussi par l’anarchie et la désorganisation. Les salons de coiffure poussent comme des champignons partout à Nouakchott. Une situation mal vue par certaines coiffeuses professionnelles dont madame Chaitou Sana qui s’insurge contre certains «charognards » qui ont investi ce secteur et voudraient en faire un fonds de commerce. «Si on est du métier, on est obligé de vivre avec les problèmes qu’on rencontre. Si quelqu’un n’est pas du métier, il ne sent pas la douleur ni la difficulté encore moins la fatigue morale ou physique », explique-t-elle avec un brin d’amertume.   

Exerçant depuis plus de 18 ans dans la coiffure, madame Chaitou Sana voit d’un mauvais œil la prolifération tous azimuts des salons de coiffure qui provoquent la concurrence des prix. «Si une coiffeuse qui est dans les quartiers périphériques de Nouakchott propose par exemple 700 UM et qu’une autre qui est à Tévragh-Zéina propose 2500 UM, cela va provoquer la concurrence des prix. Certaines clientes font la différence entre le métier, le professionnalisme et le service et d’autres entre le prix et le service. C’est dommage que les gens ne sachent pas différencier en Mauritanie. Une cliente est chiche de vous quitter à cause de 500 UM de différence !» 

Face à la prolifération des salons de coiffure, un marché sauvage s’est mis en place. «Cela nous dérange un peu, avoue Rouguiya Diaw. Nous avons même créé un syndicat pour cela. Dans tout métier, il faut qu’il y ait des réglementations. Nous sommes en train de nous battre contre cette prolifération de ces salons de coiffure. » 

Avec un marché porteur, nombreuses sont les jeunes filles ou les femmes qui ont investi les métiers de la coiffeuse. Certaines sont sorties des centres de formation, d’autres dans les salons de coiffure. Un marché parallèle ! «Il y a des salons qui forment mais à la fin de leur formation, les élèves ne reçoivent pas de diplômes ou une attestation de formation », précise Rouguiya Diaw. Ces centres de formation travaillent comme les écoles normales c’est à dire qu’ils font des examens, des devoirs, des évaluations contrairement aux salons de coiffure. 

Les produits utilisés, la main d’œuvre, les employés, les frais de loyer, d’électricité et d’eau constituent de véritables casse-tête pour les tenancières de ces ‘lieux de beauté’. 

La concurrence devient de plus en plus rude pour appâter les clientes face à la cherté des produits et du matériel. «Chaque année, on a un changement de prix et les gens refusent de comprendre ce que c’est qu’un changement de prix. On ne peut rien faire sans utilisation de produits ou de matériel », fait remarquer madame Chaitou Sana. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 décembre, 2007 )

Grand Marché de Noël: Le Rendez-vous des artisans mauritaniens

Le Grand Marché de Noël ou le Rendez-vous des artisans mauritaniens : c’est presque devenu une tradition respectée et attendue par tous les amateurs de belles créations. En effet, chaque année, plus précisément, au mois de décembre, le Centre Culturel français de Nouakchott organise des expositions artisanales, une occasion pour les artisans mauritaniens de dévoiler tout leur talent et leur savoir-faire dans divers secteurs d’activités.

Le Grand Marché de Noël n’est pas à raconter mais à découvrir. Des créations ludiques à voir et qui vous donnent inéluctablement l’envie naturelle de les caresser ou de se les approprier ! Des objets qui arborent une douceur insondable ! Il est très difficile de résister à la magnificence de ces milliers de créations artistiques et artisanales qui vous regardent sans bouger. Principalement, l’œuvre de femmes. Ici, tout est made in Mauritanie. De la sculpture sur bois ou en bronze aux masques et instruments de musique en passant par la maroquinerie, le tissage et la bijouterie, le visiteur ou l’acheteur aura sans doute l’embarras du choix devant ces belles créations.

Même si, ce Grand Marché n’est pas encore trop bien connu du public mauritanien qui n’est pas friand d’objets artisanaux, il demeure néanmoins une vitrine pour les acteurs de l’artisanat mauritanien. Au-delà de son caractère purement lucratif, artistique et promotionnel, le Grand Marché de Noël, c’est avant tout un moment de rencontre, de découverte mais surtout d’échanges d’idées.

«Ce Grand Marché m’a vraiment fait beaucoup de plaisir, m’a permis de venir exposer au centre culturel français et de découvrir de nouvelles et de jolies choses mais surtout de faire de nouvelles connaissances » témoigne Penda Sylla qui représente la boutique Sinaa et qui est à sa première exposition. «Je n’ai jamais trop aimé l’artisanat, ajoute-t-elle, mais depuis que je travaille dans ce milieu, j’admire et je commence à aimer».

Le Grand Marché de Noël a la particularité d’accueillir chaque année des artisans d’origine étrangère mais vivant sur le territoire mauritanien en y exerçant la profession d’artisan. C’est le cas de Adama Bogano qui en est à sa deuxième exposition et vend des bagues, des colliers et des boucles d’oreille en argent.

Au début, en effet, ce Grand Marché de Noël n’était pas du tout un Grand Marché pour devenir en laps de temps un rendez-vous de l’artisanat mauritanien. Au fil des années, ce rendez-vous s’est quasi transformé en foire et est devenu une attraction, un rendez-vous à ne pas manquer pour les inconditionnels des belles créations.

Alassane Sy, plus connu sous le sobriquet de Amadou Bodjel, témoigne, lui qui a été parmi les premiers artisans mauritaniens à participer à cette exposition. L’artisanat, il l’a dans le sang et les veines. «L’artisanat, certes, est un métier mais c’est avant tout, une tradition, une culture chez certaines ethnies comme chez nous, les halpoular, une culture que nous pratiquons avec fierté depuis des millénaires. Je suis né dans l’artisanat. Je l’ai hérité de mes parents qui l’ont hérité à leur tour de leurs parents. C’est un art qui se transmet de génération en génération ».

Pour ce vieux, qui ne se rappelle plus de quelle année, il est venu au monde, le secteur de l’artisanat mauritanien devrait être réorganisé puisque c’est un secteur, selon lui, qui fait vivre de nombreuses familles, un secteur générateur de revenus.

En matière de subvention artisanale, l’Etat traîne davantage les pieds. Pas de foire ou de rencontre artisanale pour sortir ce secteur de l’ornière. Le Grand Marché, ce n’est pas uniquement l’affaire des coopératives qui ont envahi ce secteur. C’est aussi, celle des bonnes volontés. Ginette Sahuc, une française vivant en Mauritanie depuis plus de 50 ans, en est la parfaite illustration.

Partagée entre sa «boutique partage » qui se trouve au Ksar et le centre culturel en cette période, elle en est à sa 6ième année d’exposition. On peut dire qu’elle fait partie du cercle restreint des âmes généreuses, toujours prêtes à s’investir pour une cause sociale. «Je suis là pour les autres. Tout ce qui est là ne m’appartient pas. Cela appartient aux autres(les coopératives, les prisonnières, ndlr). Avec 50 ans en Mauritanie, on ne peut pas rester les bras croisés. »

«J’ai travaillé pendant 25 ans au Croissant Rouge Mauritanien, poursuit-elle, et j’ai continué à le faire toute seule, à aller toujours devant l’autre, mon prochain. C’est Dieu qui m’envoie vers les autres jusqu’à la fin de mes jours ».

La plupart des acheteurs, ce sont des étrangers, principalement des français. Très peu de mauritaniens accordent assez d’importance à notre artisanat local. «Ils viennent pour regarder sans acheter », confie Awa Ndiaye représentant la coopérative «Soumpou ».

A son coté, Léila Sy. Elle excelle dans la teinture depuis plus de 18 ans. Grâce à l’artisanat, elle a pu voyager dans certains pays, y nouer des contacts et surtout recevoir de temps en temps des commandes de l’extérieur. Comme quoi, l’artisanat peut bien nourrir son homme.

Le Grand Marché de Noël rapporte beaucoup de choses à l’artisanat mauritanien. Certains participants ont souhaité voir d’autres rendez-vous de ce genre afin de permettre à l’artisanat mauritanien de se développer en créant des liens d’échanges entre les autres pays. En termes de vente, les chiffres différent des uns et des autres et chaque exposant y trouve son compte.

Une chose est sure et certaine : ce n’est pas l’imagination, le talent ou le savoir-faire qui manquent à nos artisans. Ce qui manque, ce sont les moyens qui font cruellement défaut ou ne suivent pas à cause d’une véritable politique artisanale sérieuse.

Babacar Baye Ndiaye

 

( 7 octobre, 2007 )

Prix des denrées de première nécessité: Cauchemar des ménages!

Rares sont les pères de famille qui ne sont pas en proie à la cherté des denrées de première nécessité. Et ce n’est pas donné à n’importe qui d’assurer la dépense quotidienne qui est un véritable casse-tête

Se nourrir devient pour les Nouakchottois une véritable préoccupation. Les denrées de première nécessité sont onéreuses et les prix ne cessent de grimper. La plupart des femmes rencontrées au marché estiment que la vie à Nouakchott est trop dure.

C’est le cas de Aïssata Wane, mère de quatre enfants, demeurant à la Médina 3.  » C’est difficile. Mais bon que faire ? C’est toujours les pauvres qui en pâtissent. Mon mari, lui, est un mécanicien, parfois, il rentre bredouille à la maison. La situation, actuellement, est pénible pour tout le monde notamment pour nous les pauvres.

C’est aussi le sentiment de cette dame qui pense qu’il faudrait diminuer les denrées de première nécessité puisque les pères de famille ne tiennent plus la barre haute.

A la place  » Khar Yalla  » située à quelques mètres du carrefour clinique, nous avons trouvé des ouvriers désoeuvrés sans travail, assis sur des emmarchements ou sur des arbres, à l’attente d’une clientèle. Ils viennent en partie des quartiers défavorisés de Nouakchott.

Fuyant la misère et la pauvreté, ils viennent ici monnayer leur expertise contre des sommes dérisoires. Ici, les avis sont unanimes : le train de vie est cher.

Pour voir du bon poisson ou de la bonne viande, il faut décaisser 2400 UM sans parler de l’huile, du riz, du lait, du sucre. Les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles. Les ménages souffrent du fait de la cherté des denrées de première nécessité.

Les pères de familles sont-ils malheureux?

Titi Hassan et El Hadj Sarr, tous deux ouvriers de leur état, font partie de ceux-là.  » Pour assurer la dépense quotidienne, il faut au moins 2000 UM sans compter le transport, le loyer, l’eau.

Et, pire encore, on peut rester des jours sans trouver de clientèle. La concurrence est devenue rude. Le métier de journalier est très difficile et ne permet pas de satisfaire entièrement nos besoins. « 

Ce n’est pas seulement les ouvriers qui se plaignent de la cherté des prix des denrées de première nécessité. Il y a aussi les fonctionnaires de l’Etat. C’est le cas de Ahmed Salem, père de famille et fonctionnaire au ministère de l’Education nationale qui pense qu’il faut augmenter les salaires, diminuer les prix des denrées de première nécessité et d’ajouter  » nous attendons du gouvernement la prise en charge des préoccupations des citoyens.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Université de Nouakchott : Les étudiants en colère!

Depuis des semaines, l’université de Nouakchott est dans le tourbillon. Hier, une fois de plus, ce sont les étudiants de la faculté des Sciences et Techniques, suivis de leurs camarades des autres facultés qui ont renoué avec les grèves. Ils ont tenu un sit-in à l’intérieur du Rectorat devant les autorités universitaires. Pour en savoir plus, nous avons tapé à la porte du rectorat en vain…

L’université de Nouakchott est l’université des pauvres. Cette triste réalité illustre bien les conditions extrêmement difficiles voire insupportables dans lesquelles vivent les étudiants mauritaniens. L’université de Nouakchott n’est pas digne d’une véritable université. La situation est alarmante. Les toilettes sont lamentables, les bibliothèques mal équipées, le restaurant n’existe que de nom. Les normes d’hygiène ne sont pas souvent respectées.

Sur le plan équipements modernes, l’université de Nouakchott est en retard considérable par rapport aux autres universités africaines et maghrébines. Les étudiants ne disposent même pas de salles informatiques. Dans ce domaine, aucun effort n’a été fait par les autorités universitaires. Les étudiants ont abandonnés à eux-mêmes.

Pour dix mille étudiants, l’université de Nouakchott n’offre pas un service de santé digne de ce nom encore moins de bibliothèque universitaire (B.U), ni de salles de sport. Pour venir à l’université, c’est tout un tas de problèmes. Les étudiants n’ont pas de moyens de transport satisfaisants, les bus sont souvent vieux et délabrés. Beaucoup de ces problèmes rendent la vie des étudiants très difficile.

Les étudiants attendent des autorités universitaires, du ministère de l’Enseignement supérieur, qu’ils fassent des efforts quand les situations sont tendues. La capacité d’accueil du restaurant universitaire est très faible pour un nombre d’étudiants estimés à 10.000. Prendre le repas à midi ou à 13 heures, relève de l’exploit.

Les bibliothèques de la plupart des facultés sont délabrées. Les ouvrages manquent, ou s’il en existe les éditions sont anciennes et pire encore il est très difficile de trouver des ouvrages qui correspondent au programme. Il y a aussi la discrimination entre les facultés. Les étudiants de médecine sont mieux favorisés que les autres étudiants.

C’est comme si la Mauritanie n’a besoin que de médecin dans le futur. Les littéraires, les économistes, les juristes, les gestionnaires, les scientifiques sont les oubliés de la nouvelle politique universitaire. L’université a été créée pour les étudiants. Donc les autorités doivent s’occuper des problèmes des étudiants.

La collaboration manque entre les étudiants et les autorités universitaires. Les étudiants sont désespérés puisqu’il n’y a aucune perspective pour l’avenir. Les professeurs s’absentent beaucoup et les cours tardent à reprendre. La plupart de nos autorités ont leurs progénitures à l’étranger puisqu’elles savent bien que l’université de Nouakchott ne vaut pas tripette. C’est ça qu’on appelle manquer de respect au citoyen, celui-là même qui est le détenteur du pouvoir.

Revendications en attente Les étudiants réclament la généralisation des bourses, au cas échéant, une bourse obligatoire pour les étudiants qui passent en deuxième année, augmenter le nombre de boursiers des quatrièmes années pour le troisième cycle. Ils veulent que les autorités universitaires prennent au moins cinq à six étudiants.

Ils réclament aussi l’augmentation des bourses jusqu’à 15.000 UM puisque tous les fonctionnaires de l’Etat ont bénéficié des augmentations considérables sur leur salaire. De 1981 à 2006, le montant de la bourse n’a pas évolué. Les salaires grimpent pourquoi donc ne pas penser aux étudiants qui ne demandent que le minimum, estiment- ils. Et de rappeler  » qu’il ne faut pas oublier que les étudiants constitueront les futurs cadres de ce pays. « 

Certains étudiants, c’est le cas de Mar, estiment qu’ils sont libres de réclamer leurs droits si on les en prive. Les autorités étatiques, en premier lieu, le chef de l’Etat, avec les autorités universitaires doivent prendre en charge les problèmes que rencontrent l’université et les étudiants.

Il y va de la crédibilité de cette institution. Espérons qu’il y aura bientôt une issue heureuse et que les étudiants regagneront le chemin des amphithéâtres.

Babacar Baye Ndiaye

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