( 4 octobre, 2007 )

Tabagisme: Les jeunes et la cigarette

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes fument sans savoir pourquoi. Mais, savent-ils véritablement les conséquences du tabagisme ? Le fait de fumer est-il devenu chez eux un simple plaisir, une forte dépendance ou un acte de liberté ?

Qui n’a pas vu sur les paquets de cigarettes inscrits visiblement « abus dangereux pour la santé » ou « nuit gravement à la santé ». Qui n’a pas remarqué, dans les rues, à coté des écoles, dans les boites de nuit, entre amis autour d’une table, des jeunes à la fleur de l’age pétuner, piaffant comme des marmots.

Il n y pas d’age précis pour tirer les premières bouffées. Cependant, le constat est là : on fume n’importe où, n’importe comment, comme on veut et quand on veut. Ailleurs, comme par exemple en Europe, des mesures restrictives ont été prises pour diminuer la consommation de cigarette notamment dans les lieux publics. De telles mesures sont accompagnées par d’autres mesures substitutives.

Et les réfractaires sont souvent passibles de peines disciplinaires ou financières. Qu’en est –il de la Mauritanie ? Les autorités, en premier lieu le ministère de la santé, ont-elles joué pleinement leur rôle ? Certes, à la télévision, à la radio, dans les journaux, il est très rare de voir, d’entendre ou de lire des spots publicitaires relatifs à la cigarette. Par contre, on voit dans la ville de Nouakchott, de grands tableaux publicitaires sur la cigarette partout.

C’est évident que c’est une véritable manne financière pour les autorités voire même une vache laitière. Mais, doivent-elles privilégier l’argent au détriment de la santé des populations de manière générale et de la jeunesse en particulier ? Malgré des efforts et des campagnes de sensibilisation, des journées de lutte contre le tabagisme, des initiatives privées, la cigarette gagne de plus en plus la jeunesse.

Pas de législation, pas de protection donc. Mais, ne dit-on pas que le tabagisme a ses raisons que la raison ne connaît pas. Alpha est un élève en classe de quatrième au collège EL Hadj Omar Tall. Il a débuté à fumer à partir de 17 ans « j’ai tiré mes premières bouffées pour faire comme les copains copines.

Ce sont les filles en partie qui m’ont poussé à fumer. Question d’être un gentleman à leurs yeux. Mais, parfois, il m’arrive de vouloir abandonner mais c’est trop difficile ». Si certains peinent à se débarrasser de la cigarette, d’autres par contre, ont tiré leur épingle du jeu « Je fumais.

Mais quand les conséquences ont pris le pas sur mon plaisir, je me suis dit qu’il fallait arrêter de fumer » nous raconte un ami de alpha et d’ajouter « des mois durant, j’ai accumulé toutes les raisons de stopper sans pouvoir me décider ». Fumer donc est-ce un plaisir ou une dépendance ?

Les réponses dans ce domaine dépendent des uns et des autres. Ce qui est étonnant, c’est que les jeunes qu’on a rencontrés filles ou garçons, n’ignorent pas les conséquences (maladies respiratoires, cancer du poumon, gorge en feu, cancer de l’utérus…). Ce qu’ils ignorent par contre c’est quand et comment cesser de fumer. Et pourtant, des méthodes de cure anti- tabac ou de dépistage existent.

Mais pour ceux qui ne se sont pas encore décidés à laisser tomber, il existe des solutions simples comme par exemple, prendre des clous de girofle avec du miel, prendre un verre de lait la nuit avant de dormir ou tout simplement prendre de la gomme arabique qui est très efficace contre les maladies pulmonaires.

Talibouyah a commencé à fumer à partir de 16 ans et selon sa propre expression, c’est la folie de la jeunesse qui l’a poussée à fumer et c’est devenu chez lui un plaisir. « j’ai toujours envie de fumer mais j’ai mis dans ma tête quand j’arrive à un certain age que je vais cesser de fumer » et à la question de savoir s’il lui quelquefois de vouloir tout simplement laisser tomber, il répond : « oui, cela m’est arrivé une fois et j’ai abandonné pendant 6 mois. Maintenant, j’ai repris ».

Même si la cigarette est un stimulant qui permet d’être en forme, de redoubler d’efforts comme le laissent croire certains jeunes, il arrive parfois de lasser ce qui explique qu’on abandonne à un moment pour reprendre quelques jours ou quelques mois plu tard.

Lala aicha à 18 ans, elle est sublime et à travers un sourire qui fait rêver, elle lâche naturellement « parce que j’avais des amies qui fumaient et j’avais envie de voir ce que c’était, voilà. Je me sentais trop bête. Tout le monde fumait et moi je les regardais comme une enfant de 3 ans. Ça m’énervait. Et hop, c’était parti. Je ne peux pas rester une heure de temps sans allumer de cigarette. Il ne m’est jamais venu à l’esprit de vouloir abandonner. Je sais très bien les conséquences mais je m’en fous. Par contre, si je suis mariée je vais abandonner ». Et sa petite amie de rajouter: « quand on fait quelque chose par plaisir, on s’en fout des conséquences même si on va crever ».

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Marché des poulets: Des écailleurs et des bruits

Qui sont-ils, ces jeunes et grandes personnes qui ont fait de l’écaillage leur gagne-pain quotidien ? D’où viennent-ils et pourquoi font –ils cette activité que beaucoup de personnes de leur génération répugneraient à faire quitte à leur donner des millions d’ouguiyas ? Et qui ne les a pas vus ou aperçus, avec un écailleur à la main, en allant vers le 5ième arrondissement en face de l’Office National de la Médecine du Travail ?

Ils viennent de loin, très loin quelquefois, à des centaines de kilomètres de Nouakchott. Ils ont déserté leurs bourgades pour se faire des picaillons, pêcher du boulot. Mais quel boulot ? L’écaillage.

Sans complexe, ils exercent cette activité avec beaucoup de contentement. «Si tu n’as pas de métier et que tu vois ce genre de gagne-pain, tu vas le faire pour pouvoir subvenir à tes besoins…il n y a pas d’humiliation à faire ce travail parce que la personne ne doit survivre qu’à la sueur de son front.

Si tu ne mens pas, ne gruges pas, je pense qu’il n y a pas de raison à se sentir morveux. C’est mon gagne-pain, ça me permet tant bien que mal de régler mes petites nécessités. Avec ce métier, j’arrive à entretenir mes parents et ma propre famille… » Ousseynou Fall est marié et père de 4 progénitures.

Originaire dans un village du Sénégal Arame, il accomplit depuis 1998 cette activité qui lui a permis «d’acheter des chèvres, des moutons». Sans diplômes, sans qualification professionnelle et sans aucun niveau d’études, il souhaiterait bien changer de métier et envisage de s’expatrier en Europe. Mais en attendant, il s’occupe de son boulot où toute son espérance repose.

Ousseynou Fall partage ce métier avec une dizaine d’autres jeunes et grandes personnes dont la fraction d’âge oscille entre 25 et 45 ans. Leur point identique avec Ousseynou : eux non plus, ils n’éprouvent aucun déshonneur à faire ce métier qu’ils exercent depuis plus de 10 ans pour les uns et 20 ans pour les autres. En moyenne, ils peuvent récolter par jour 2500 UM à 7000 UM selon les périodes.

El Hadj Lo, originaire de Wothie lèz Bogué, marié et père de 3 enfants, quant à lui, a été un boy de maison avant de choir dans ce métier. «Je trouvais cela surhumain et laborieux, dit-il. Dans ce métier au moins, tu as ta liberté. S’il n’y avait pas quelque chose à empocher, je l’aurai abandonné depuis longtemps » avoue-t-il.

Vrai ou faux, il nous dira qu’avec ce métier, il a pu s’acheter une mercédes, bâtir une maison à Kouffa.

Son voisin d’à coté, Cheikh Sarr, polygame et natif de Kaédi, avoue lui aussi que grâce à cette activité, il n’éprouve plus maintenant aucun besoin matériel et financier. «Je ne dépends de personne et si je laissais ce métier, je rentrerai chez moi parce que je ne vois pas quelque chose de meilleur que ce métier. C’est très dégoûtant, reconnaît-il, ça empeste partout mais je ne pense pas l’abandonner un jour ».

Depuis des années, ils sont ensemble, se connaissent et se considèrent comme des frères. La concurrence entre eux ne les ébranle pas. Loin de là. Cheikh Sidati Fall, lui, il habite à Nouakchott. Depuis 1982, il officie dans ce métier.

Il a été d’abord maçon et pêcheur ensuite avant d’atterrir sur les pistes de l’écaillage parce que dans la maçonnerie et la pêche, dit-il, il ne gagnait rien. Contrairement à ses amis qui ont réalisé quelque chose, lui, savoure-t-il, il parvient à «mettre quelque chose dans le ventre » de ses enfants. «J’en ai épousé, avoue-t-il. J’ai tué 4 béliers le jour de mon mariage ». Comme ses amis interpellés, lui non plus, il ne compte pas abandonner cette activité.

Mohamed Ibrahima Diallo est provenant de Rkiz. Depuis 1975, il est dans ce métier. Agé de 45 ans, très railleur et loquace, d’ailleurs on le surnomme le «comédien des lieux », il se nargue de ceux qui pensent que leur activité n’est pas valorisant et même affirme qu’il n a pas besoin «des salaires de 20, 40, 60 mille Ouguiyas».

Des montants à son avis «qui ne peuvent pas supporter certaines dépenses familiales » et d’ajouter «J’ai 3 femmes, dit-il avec beaucoup de condescendance. Un journaliste ne peut pas avoir 3 épouses ». Ouah, celui-là, il a du culot hein ! Mais bon, après tout, il a raison non ou bien !

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Bac 2007: C’est parti !

Visage cafardeux, fatigue, peur naturelle, pression, affolement, tract, panique, stress…Le baccalauréat fait battre la chamade des élèves. Depuis hier, les examens du baccalauréat ont démarré, sur l’ensemble du territoire national avec des retards inexpliqués dans quelques centres de Nouakchott.

La plupart des élèves rencontrés aux centres d’examen se disaient très calmes et très sereins après avoir fait l’épreuve de français. Aicha qui en est à sa deuxième année de tentative semble être très confiante.

«Cette fois-ci, dit-elle, je n’ai pas eu vraiment très peur. Je me sens extrêmement bien » et d’ajouter en toute franchise «Si j’échouais derechef, je ne referai pas le bac. L’année dernière, j’avais toutes les possibilités de réussir mais bon… ».

Même si les élèves estiment que l’épreuve de français a été abordable, ils n’ont pas quand même dissimulé avant la distribution des sujets leur peur de l’inconnu, des choix à faire, et principalement de la pression psychologique. Aminétou n’est pas logée à la même enseigne qu’Aicha. Pour cette jeune fille, c’est sa première fois de faire le bac «J’ai eu très peur, avoue-t-elle, parce que je ne savais pas comment ça allait se passer et cela à vrai dire m’a un peu perturbé. J’ai eu la trouille. J’imaginais qu’il allait y avoir beaucoup de monde. Mais finalement, ça s’est très bien passé ».

Parmi ces élèves, il y a aussi ceux qui sont un peu déçus des sujets donnés. C’est le cas de Moktar qui s’attendait plutôt à autre chose. « J’attendais beaucoup le théâtre ou le roman mais bof ! C’est la poésie qui est finalement sortie. Cependant, tout n’est pas encore perdu parce que j’ai beaucoup travaillé même si c’est très subjectif ». Son camarade d’à coté lui apparemment n’est pas optimiste «Mon problème c’est au niveau de la correction. Je n’ai pas confiance parce qu’il y a souvent des magouilles de toutes natures, de la mafia. Je ne suis pas trop rassuré parce qu’ici ce qui compte c’est l’argent et non pas le travail ».

A en croire certains présidents de jury, les examens se déroulent pour le moment dans de très bonnes conditions. Les dispositions matérielles ont été réunies et l’ensemble du personnel d’encadrement de même que le dispositif de sécurité.

Pour ce bac 2007, toutes les mesures idoines ont été prises pour interdire notamment l’utilisation des portables dans les salles d’examen et toujours par rapport à cela, les sorties ont été limitées sauf pour les cas nécessaires.

De telles dispositions ont choqué certains comme Absa très loquace. «Il est impossible de tricher. Trois surveillants dans une salle. ! Comment peut-on tricher dans ces conditions ? Beaucoup de surveillants dans une même salle c’est du n’importe quoi ! »

Cette année, pour éviter la grogne des professeurs et des surveillants, les indemnités de surveillance et de correction ont été augmentées à hauteur de 50%. Certainement, pense Monsieur Cheikh Ould Ahmed président du jury Lettres Modernes au Collège des jeunes filles, elles auront un impact favorable sur le déroulement des examens.

Cependant, malgré les efforts déployés par le ministère de l’Education Nationale pour le bon déroulement des examens, dans plusieurs centres de Nouakchott, comme celui d’El Mina B entre autres, des retards considérables d’une heure d’horloge ont été constatés. Et personne n’a su ce qui s’est véritablement passé dans ces centres d’examen même les élèves n’ont pas été édifiés.

Certes toute œuvre humaine est faillible. Mais pourquoi les présidents de jury des dits centres n’ont-ils pas élucidé les raisons de ce retard suspicieux ? La première bouffée de pression passée, les élèves maintenant se disent à l’aise pour aborder avec beaucoup de sérénité la suite des examens même s’ils ont des doutes. La veille du baccalauréat c’est souvent aussi pour certains une soirée d’insomnie :la pression est trop forte, on ne sait jamais ce qui va se passer. «Je n’ai pas dormi de la nuit nous explique Khadija. Je n’ai même pas pris mon petit déjeuner. Hier, je me suis endormi vers deux heures du matin ».

Le bac ce n’est pas seulement la pression. C’est aussi les libations (entendons par-là les pratiques occultes ) et les élèves interrogés avouent ne pas recourir à de tels usages qu’ils trouvent ringards. Le bac de cette année selon certains élèves pour le moment est plus facile que celui de 2007. L’après bac, beaucoup d’entre eux y pensent déjà. Faire des études en tourisme et hôtellerie, journalisme, marketing, droit, anglais, … nos futurs bacheliers rêvent déjà des carrières prometteuses.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Les Etats-Unis d’Amérique: 231 ans d’histoires !

L’indépendance ça se fête. Ce mercredi, 4 juillet, les Etats-Unis d’Amérique ont célébré leur 231ème anniversaire d’accession à la souveraineté internationale. Dans notre pays, cette fête a été marquée par des festivités parmi lesquelles cette exposition organisée et intitulée «Regard sur la civilisation américaine ».

Quand les Etats-Unis d’Amérique organisent, célèbrent ou fêtent leur jour d’indépendance, c’est toujours un événement. Ça se voit tout de suite à des détails prêts. Par exemple, une forte présence des éléments de sécurité qui canalise la circulation et des paniers à salade partout.

Pas de va-nu-pieds encore moins de curieux autour du périmètre où se déroule la fête ou la cérémonie. Sans parler du cercle restreint des privilégiés et des voitures luxueuses d’où sortent des ambassadeurs uniquement du G8 ou des pays financièrement puissants ou aussi d’autres personnages mondains et certainement très chics. Aujourd’hui, c’est au musée national que ça se déroule.

Ce 4 juillet 2007, les Etas-Unis d’Amérique, les Etats-Unis qui font rêver, la superpuissance mondiale, fête ses 231 ans d’indépendance. Dans les jardins de notre musée national, on a installé des sièges sous trois tentes multicolores et bien aménagées pour la déclaration du chargé d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique et du représentant du ministère de la Culture et de la Communication et accueillir aussi les «amis » de la grande puissance mondiale.

Il est presque 20 heures. Initialement prévue à 19 heures, la cérémonie officielle commencera avec une heure de retard. C’est normal. Ce sont les gendarmes du monde. Eh oui, les gendarmes du monde ! Et on n’a pas le droit de piper un mot ni grommeler. Un, deux, trois claquements de main suffiront pour indiquer aux invités de rejoindre les sièges sous les tentes. Maintenant, les choses sérieuses peuvent débuter.

Le chargé d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique en Mauritanie Steven Koutsis, dans son laïus, se dira heureux de constater que son pays partage ses idéaux avec les citoyens d’un nouveau partenaire, la Mauritanie, dans une grande et interminable expérience, appelée démocratie. « La Mauritanie, dit-il, se trouve actuellement à un important tournant de son histoire, similaire à celui de l’Amérique d’il y a quelques siècles. Sur son chemin, elle y trouvera plein de défis à relever auxquels fera face un courage intrépide, un optimisme sans failles eut une certitude de vaincre sans égal ».

Quant au représentant du ministère de la Culture et de la Communication docteur Kane, il a souligné l’importance des relations entre les deux pays notamment dans le domaine de la Culture qui mérite selon lui d’être encouragé et intensifié. « La culture est un facteur de transformation sociale et de développement économique. Nos cultures riches par leurs variétés et leurs diversités constituent un atout sûr pour une meilleure connaissance entre nos sociétés et nos populations. »

Docteur Kane, en outre, ajoutera que «la mission de notre musée est de sauvegarder et de développer notre culture, notre patrimoine mais aussi contribuer à l’ouverture de notre culture à d’autres cultures. L’exposition «Regard sur la civilisation américaine » sera sûrement la plus belle occasion au public mauritanien, de s’imprégner, de s’inspirer de l’histoire, de la culture et de la mode de vie américaine ».

Quinze minutes plutard, c’est la fin. Pas de temps perdu. Aucun. C’est le moment de faire découvrir l’exposition qui retrace les grandes époques du Nouveau Monde. Une exposition sur les arts et la culture, sur la vie économique et sociale, sur la vie politique et institutionnelle, sur les sciences. Quittons l’Amérique du 15ème siècle.

Il faut le dire, sinon, ce serait impardonnable, il y avait à manger et à boire. Oui, à boire et à manger ! Mais aussi, j’ai failli commettre l’irréparable, de l’animation musicale par le groupe folklorique américain «Old Grey Goose ». Y a que les Etats Unis qui savent fourbir une exposition semblable. Fête d’indépendance oblige non !

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Marché de l’emploi: Des demandeurs à l’affût de l’hypothétique trésor

Ces hommes et femmes de différents âges ne sont pas uniquement des mauritaniens. Ils viennent aussi de la sous-région notamment du Sénégal et du Mali pour chercher «un petit job» de plus en plus difficile à trouver comme un diamant vert. Même ceux que nous avons rencontrés là bas ne savent pas comment cette bourse informelle du travail est née.

Aux abords de l’église qui se trouve vers le Centre Culturel français, des hommes et des femmes attendent depuis le matin des clients, la plupart du temps des patrons maures, qui viendront leur proposer différents services : lavandière, cuisinière, gardien, boy… A.D. est de ceux-là. Voilà depuis quatre jours qu’elle attend sagement en tricotant. Originaire de Boghé dans le sud de la Mauritanie, mariée et mère de sept enfants, elle a quitté sa ville natale pour venir chercher du travail à Nouakchott.

Presque chaque jour c’est la même routine et la même attente qui dure et perdure encore. Agée de plus de cinquante ans, elle sait que l’attente durera encore. Mais pour combien de temps semble-t-elle se demander ? Elle est la seule grande personne que nous avons rencontrée sur place parmi ces jeunes femmes et ces jeunes filles qui ne cessent d’augmenter de jour en jour en pensant que peut-être qu’elles vont trouver vite un travail quelconque.

Apparemment dépitée par sa situation, elle nous avouera qu’un maure qui l’avait employée quatre jours auparavant l’avait remerciée sans qu’elle ne sache pourquoi. Si la situation perdure nous a-t-elle dit, elle va retourner à Boghé pour s’occuper de ses progénitures.

A côté d’elle se trouve M.S, âgée seulement de 18 ans, depuis ce matin, elle attend le premier client providentiel. Comme les autres jeunes filles de sa génération, c’est sa première fois d’être sur les lieux. Visiblement fatiguée et lassée par une longue attente illimitée, elle lâche des mots à peine imperceptibles. Elles restent ainsi toute une journée sans boire ni manger. Certaines d’entre elles, depuis des mois, voire des années, fréquentent cet endroit à la recherche d’un petit job.

La plupart des personnes qui viennent chercher «ces désespérés de la vie» sont de grands patrons maures qui habitent dans le quartier chic de Tévragh-Zeina. A chaque voiture qui s’arrête devant elles, elles se précipitent sur elle comme des louves affamées. Là aussi, il faut avoir de la baraka pour que le client qui tient compte de certains facteurs telle que la jeunesse et la beauté te propose de faire un détour à la maison.

Chaque jour c’est ainsi. Les prix qu’ils proposent varient souvent entre 20.000 et 25.000 UM selon ces femmes qui estiment que ces sommes d’argent sont dérisoires car ne pouvant pas combler tous leurs besoins quotidiens. Mais là n’est pas le véritable problème de ces femmes dont la plupart d’entre elles n’ont jamais fait les bancs de l’école. «Il y a des hommes qui viennent ici en pensant que nous sommes des prostituées. Comment des femmes qui ont laissé leur mari ou leurs enfants peuvent-elles venir ici en faisant des choses pareilles ?» s’interroge l’une d’entre elles qui ne digère pas cette mauvaise impression que les gens ont sur elles !

Parmi ces femmes, on y retrouve des sénégalaises venues elles aussi tenter leurs chances en Mauritanie. C’est le cas de R.L qui dénonce certaines pratiques et abus dont les étrangères sont souvent victimes, pratiques qui ne sont pas punies ou récriminées. «Parfois, on nous accuse de vols. Tu peux aussi tomber sur des personnes de mauvaises intentions qui peuvent t’abuser. Ou alors elles vous font travailler durant un mois sans qu’elles ne vous payent. Quand tu pars à l’ambassade, au lieu de vous venir en aide, ils vous ignorent.»

Depuis quelques années en effet, la Mauritanie, du fait de sa position géographique, est devenue un passage incontournable dans les migrations transsahariennes. De plus en plus, le nombre de candidats à l’émigration clandestine augmente de manière impressionnante.

Notre pays qui n’échappe pas à la conjoncture économique de plus en plus fortement caractérisée par le sous-emploi se voit envahie par des ressortissants de la sous-région tous les jours. Ces derniers en effet ne sont que des aventuriers à la recherche d’un lendemain meilleur. «Certes, nous cherchons du travail. Mais en vérité nous sommes en Mauritanie pour chercher un moyen d’aller en Europe.», affirme un jeune malien trouvé dans les parages en compagnie d’autres maliens et sénégalais qui n’ont à l’esprit que d’émigrer un jour en Europe.

Babacar Baye Ndiaye

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