( 25 juillet, 2008 )

Système Educatif Mauritanien:Où en sommes-nous aujourd’hui, après 5 réformes ?

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«Le Système Educatif Mauritanien : réalités et perspectives ». Tel est l’intitulé de la conférence débat introduit par Fara Ba, Secrétaire National à l’Education de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR), ce vendredi, au siège dudit parti. L’objectif de ce débat est d’initier, en vue des états généraux sur l’Education,  une réflexion, une analyse et un diagnostic du système éducatif mauritanien. 

 

Saviez-vous que l’Education est un droit reconnu universellement ? Saviez-vous aussi qu’elle constitue un puissant moyen de promotion socio-économique ? «C’est pourquoi, souligne Fara Ba, nous sommes assurément fondés à considérer que les enfants mauritaniens sans exclusive, sans discrimination aucune, doivent bénéficier d’un enseignement à la hauteur des ambitions et des intérêts de notre peuple. Dans le même ordre d’idées, il ne faudrait pas perdre de vue l’alphabétisation fonctionnelle qui concerne spécifiquement les adultes. » 

 

En Mauritanie, pendant la période précoloniale, l’enseignement était dispensé en arabe et était essentiellement théologique. «Progressivement, le colonisateur français exerce sa domination sur le territoire conquis(la Mauritanie). Afin de conforter son hégémonie, il ouvre des écoles. Il savait pertinemment que la meilleure façon de pérenniser sa domination était d’assimiler les populations assujetties. C’est de cette façon que la langue française nous a été imposée », révèle Fara Ba. 

 

L’Ecole 1 de Kaédi (1904 ou 1905), l’établissement francoarabe de Boutilimit(1912) et le Collège Zavier Coppolanni(1946) vont être les premières écoles françaises construites en Mauritanie. «Cela fait plus d’un siècle que notre école existe. Donc, il n’y a pas de raison qu’elle puisse pêcher dans certains travers, qu’elle ne puisse pas avoir son développement minimum, que nous n’ayons pas un système éducatif performant », s’indigne-t-il. 

 

Pendant la période précoloniale, l’enseignement était unifié. En 1959, la Mauritanie se prépare à accéder à la souveraineté internationale. C’est à cette date aussi que sera initiée la première réforme du système éducatif mauritanien qui avait comme objectif principal de mieux organiser l’enseignement de l’Arabe en Mauritanie. En outre et parallèlement à cela, de 1960 à 1963, il y aura une véritable levée de boucliers de la part des enseignants arabes contre la langue française qu’ils déconsidèrent comme un héritage pour les mauritaniens. Parmi eux, il y avait un certain Moustapha Ould Badredine, l’actuel vice-président de l’Union des Forces de Progrès et député à l’Assemblée Nationale. 

 

Ces derniers vont mettre la pression sur le gouvernement de feu Moktar Ould Daddah pour que l’Arabe remplace le français. Face à un syndicat des enseignants extrêmement dynamiques et intransigeants, Moktar Ould Daddah finit par céder. En 1965, il prend le décret 35-36 rendant obligatoire l’enseignement de l’Arabe au secondaire. Certains intellectuels noirs voient à travers ce décret, pris par Moktar Ould Daddah dans l’unilatéralisme, comme une sorte de caisse de résonance des revendications des enseignants arabisants. 

 

Cette décision étatique prise sans concertation va provoquer une grande indignation au niveau de la communauté noire qui y voit une certaine volonté de domination. Inéluctablement, cela va engendrer le manifeste des 19 pour dénoncer la situation d’oppression des noirs. Non contents de la décision de feu Moktar Ould Daddah de rendre obligatoire l’Arabe dans l’enseignement secondaire, les noirs vont exprimer leur désapprobation par la manifestation, la grève et parfois même par la bagarre. «C’était une étape historique. La situation était tellement délétère et incontrôlable qu’elle a abouti à une tragédie », se souvient Fara Ba. A l’issue des affrontements entre noirs et maures, il y aura 70 morts. Cela montre la sensibilité et la délicatesse de la question de l’Education et des langues en Mauritanie. 

 

A Nouakchott et à l’intérieur du pays, cette situation va engendrer un climat d’insécurité, de méfiance, de suspicion, de haine. C’est dans ce contexte, que le Parti du Peuple Mauritanien, décide de tenir dans l’urgence son congrès en 1966 à Aïoun. Les congressistes initient une nouvelle réforme en 1967 en décidant d’adapter notre système éducatif à nos aspirations et exigences culturelles. En d’autres termes, il s’agit de réhabiliter et d’institutionnaliser la langue arabe. Cette réforme de 1967, aux yeux de Fara Ba, n’était qu’une étape vers une réforme plus profonde et  plus radicale du système éducatif mauritanien. 

 

Ces réformes sont avant tout idéologiques. Ainsi donc, les autorités de l’époque ont voulu «œuvrer à la restauration de notre authenticité culturelle qui définit les dimensions de l’homme mauritanien nouveau qui doit se libérer des séquelles de la colonisation culturelle » et «conduire à l’adéquation de notre système scolaire à nos réalités spécifiques et à une indépendance culturelle véritable grâce à la réhabilitation de la langue arabe et de la culture islamique ». Le processus de la réforme de 1973 était ainsi balisé sans préparation et encore sans concertation. 

 

Toujours, dans le cadre du renforcement de l’arabisation, la circulaire 02 de 1979 vient créer une autre indignation. Dans cette circulaire, il est prévu d’augmenter les coefficients des matières enseignées en arabe. La réaction de la part des élèves noirs ne se fera pas attendre. Ayant tiré les leçons de 1966 où la Mauritanie a frôlé la guerre civile, le Comité Militaire de Salut National(CMSN) procède aux réaménagements de la réforme de 1973 en décidant d’officialiser toutes les langues nationales, de les réinsérer dans le système éducatif. La spécificité de cette réforme est la mise en place de deux filières, l’une dite arabe et l’autre bilingue. Certains pensent que c’était un système pourri. 

 

Une fois au pouvoir, Maouiya Ould Sid’Ahmed supprime d’abord l’Institut National des Langues et prépare une nouvelle réforme du système éducatif national en 1999. C’est cette réforme qui est toujours en cours. Les initiateurs de cette réforme entendent repositionner notre système éducatif sur de nouvelles bases pour répondre à temps aux nouveaux impératifs d’ouverture et d’efficacité qu’imposent la mondialisation et la concurrence. L’objectif majeur de cette réforme, c’est l’unification du système éducatif en mettant l’accent sur son efficacité interne et externe. Comme dans toutes les réformes, on continue à privilégier l’enseignement de l’Arabe. Par exemple, la philosophie et l’Histoire et la Géographie seront enseignées en arabe. 

 

Le constat sur ce système est dramatique : faible niveau à la fois en arabe et en français. «Cela a un retentissement négatif sur leurs capacités à assimiler toutes les autres matières au programme », souligne Fara Ba. Et pire, il n’y a pas eu une commission de réforme qui a été mise en place. Cette réforme a été faite sans étude approfondie et sans concertation. 

 

Notre système éducatif a connu 5 réformes et les lacunes demeurent toujours. Mais aussi, il aura été mêlé à toutes les sauces. Décrié et rejeté depuis tout le temps, le système éducatif mauritanien se prépare à son énième réforme. Peut être, à l’issue des états généraux, une nouvelle vision consensuelle verra le jour au grand dam des élèves. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 juillet, 2008 )

Pratiques esclavagistes: Ça suffit, la coupe est pleine !!!

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Tout est parti de l’affaire de «La Saline d’Igil » dans la wilaya de Tiris-Zemmour, lorsque le 07 mai dernier, les chambres réunies de la cour suprême ont rendu la décision n° 21 08 reconnaissant aux suzerains Kunta Ehel Choumad, Ehel Sidaty,  Ehel Lahah, Ehel Mohamed Lemine et Ehel Cheikh de s’arroger le droit de percevoir 24 % du revenu du travail dans l’extraction des barres de sel de leurs tributaires ou affranchis Aghzazir.

Cette décision a provoqué l’ire de ces derniers qui ont qualifié ce jugement d’arbitraire. Pire encore, les 23 magistrats qui ont pris cette décision sont issus sans exception des lignages dominants et esclavagistes du pays. 

Cette situation d’injustice a mobilisé ainsi certaines Organisations de Défense des Droits de l’Homme et certains partis politiques comme Conscience et Résistance(CR) et Rassemblement pour l’Egalité et la Justice(REJ) qui viennent de lancer une motion de pétition contre la légitimation et la perpétuation de rapports esclavagistes.

Au cours d’une conférence de presse, tenue hier, au siège du Forum des Organisations de Défense des Droits Humains, ils ont affirmé leur détermination à se battre jusqu’au bout afin de bouter hors de la Mauritanie l’injustice visiblement édifiée en système. 

Ces organisations de défense des droits de l’Homme semblent être déçues par l’attitude des autorités actuelles qui feignent d’appliquer la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage. Et pourtant, beaucoup d’esclaves continuent  à être victimes d’expropriation de terre ou de mauvais traitements corporels.

La loi criminalisant l’esclavage n’a jamais été appliquée par les magistrats. Cela engendre forcément l’injustice et l’impunité. Cette situation a exacerbé les Organisations de Défense des Droits de l’Homme. Elles ont appelé l’Etat à revoir la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes dont l’effectivité pose problème. 

Elles ont profité de cette occasion pour décocher des flèches en direction de l’administration judiciaire composée souvent de maîtres esclaves.  Ceci, évidemment, constitue un obstacle à l’application de la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage.

Autre fait qui annihile cette loi : rares, aujourd’hui,  sont les juridictions qui ne sont pas dirigées par des maîtres esclaves. La preuve, les plaintes qui leur sont souvent soumises ou transmises traînent à longueur d’année et finissent par être rangées sans suite. Au détriment des esclaves.

Pour autant, cela ne va pas désarmer ces organisations et partis politiques. Cette situation laisse dubitatifs ces derniers qui ne croient pas à l’application de la loi criminalisant l’esclavage considéré comme une normalité en Mauritanie. Aux yeux d’Aminétou Mint Ely Moctar, pour avoir une administration judiciaire composée d’hommes probes, il faut systématiquement procéder à son assainissement. 

Autrement dit, mettre des fonctionnaires capables d’appliquer la loi, de juger dans l’équité et donner à chaque citoyen mauritanien son droit le plus absolu. La systématisation de la société mauritanienne en féodaux, en chefs, en nobles y est pour quelque chose et selon la présidente de l’Afcf, il faut d’abord ébranler cette stratification de la société mauritanienne qui privilégie le noble et assujettit l’esclave.   

S.O.S. Esclaves, l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance, Rassemblement pour l’Egalité et la Justice, le COPECO…veulent à travers cette pétition amener les autorités de ce pays à mieux reconsidérer la question de l’esclavage qui est une grave atteinte aux droits de l’Homme. Déjà, à la sortie de la salle, il y avait plus d’une trentaine de signature contre la légitimation et la perpétuation des rapports esclavagistes. 

Cheikh Saad Bouh Camara, lui aussi présent, a appelé les bonnes volontés éprises de vérité et de justice à appuyer cette pétition initiée par Birame Ould Dah Ould Dah, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH).

«Il y a des mafias, des réseaux et ceux qui nous oppriment. Nous devons, nous aussi,  constituer des réseaux de résistance. Ce sont ces réseaux de résistance qui vont être les vecteurs de notre combat. Mais, il ne faut pas se tromper. Ça va être encore très difficile. Certains parmi nous vont nous abandonner. Mais ceux qui vont rester doivent continuer à résister et aller de l’avant pour que chaque mauritanien puisse jouir de tous ses droits », dit-il. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 9 juillet, 2008 )

A la recherche d’une vie meilleure:L’immigration clandestine vue par nos cinéastes

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Durant la troisième édition de la Semaine Nationale du Film (SENAF), une douzaine de courts-métrages ont été projetés, tous réalisés par de jeunes cinéastes mauritaniens. Leur particularité et leur point commun : ils évoquent sans exception la thématique de l’immigration clandestine. D’où le thème choisie à cette édition : «Migration…d’ici et de là-bas ».

 

Face à la forte pression migratoire, les pays européens corsent et durcissent les mesures contre l’immigration clandestine des jeunes africains, chassés de leur pays par la misère, la pauvreté et l’absence de perspectives. En 2006, à la demande de l’Espagne, complètement débordée par l’arrivée massive d’immigrants illégaux, sur l’archipel espagnol des Canaries, Frontex, créée en 2004 (une agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union Européenne) met en place un dispositif de contrôle de l’immigration clandestine au large du Sénégal et de la Mauritanie.

 

Le 18 juin 2008, les députés européens adoptent, dans le même sillage, un projet de loi fixant des normes minimales communes au renvoi des sans-papiers de l’Union Européenne. Cette loi européenne, sur initiative française, baptisée «directive retour », vise en priorité à faciliter les départs volontaires des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans l’Union Européenne tout en prévoyant la nécessité de les expulser dans le cas contraire, avec une durée de rétention minimale de 18 mois, et un bannissement de 5 ans après expulsion.

 

Visiblement, ces mesures, décriées à contrecoeur par de nombreuses organisations non gouvernementales et des droits-de-l’hommistes, visent substantiellement les migrants africains illégaux. Tous les moyens sont parfaits pour circonscrire, à défaut de la contrecarrer, l’immigration illégale des jeunes africains. Craignant d’être infestés, les pays européens signent par-ci et coopèrent par-là. Ceci dans le but de montrer que l’Europe ne peut pas accueillir, nourrir, loger et donner du travail à tous ces jeunes désespérés issus souvent de milieux défavorisés.

 

Les contrôles et les recherches se renforcent. Par exemple, en décembre 2007, à Tripoli, dans la capitale libyenne, le ministre italien de l’Intérieur, Giuliano Amato, et le ministre libyen des affaires étrangères, Abdurrahman Mohamed Shalgam, signent un accord de coopération pour lutter contre l’immigration clandestine.

 

Dans la foulée, l’Espagne fait signer à la Mauritanie, en 2003, un accord qui la contraint à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. Un Centre de Rétention pour migrants sera créé à Nouadhibou, sur fonds espagnol.

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Plus qu’un sujet d’actualité, le phénomène de la migration touche presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest où des milliers de jeunes tentent de rejoindre l’Europe via la Mauritanie. Même si ce n’est pas un phénomène nouveau, il connaît de plus en plus un développement spectaculaire. Malheureusement, le continent africain n’échappe pas à ce phénomène. Mondialisation oblige ! Et, surtout, nécessité de réussir dans la vie. Nous gardons fraîchement ces images choquantes exhibant des «cayucos », remplis d’âmes, chavirer au large des côtes espagnoles et de celles des pays riverains de la Méditerranée.

 

En dépit des plans d’actions déroulés par les pays membres de l’Union Européenne notamment la France et l’Espagne pour tenter de contenir les départs des «cayucos » vers les Iles Canaries, le drame sera irréversible ! La question de la migration est ainsi portée sur l’écran et devient un sujet de film. Chacun y allant de sa propre imagination, de sa propre analyse et de ses propres ressentiments par rapport à ce phénomène mondial. En Mauritanie, nos jeunes cinéastes vont se saisir de ce sujet pour en faire des films.

 

 

Ces films, empreints d’une réalité crue, sont en quelque sorte, une alerte sur l’immigration clandestine des jeunes africains. Dans «Le rêve brisé » d’Ousmane Diagana, on voit une mère qui ne pense qu’à amener son enfant en Europe. Au-delà de cette recherche de l’ailleurs, Ousmane Diagana a voulu porter un regard critique sur les raisons de ce phénomène. «Dans la plupart des films(sur l’immigration clandestine), constate-t-il, on pointe un doigt accusateur sur l’Europe. Je ne suis pas d’accord avec ses réalisateurs, écrivains ou journalistes qui le voient de cette manière. Sur l’immigration clandestine, nous, africains, avons aussi notre part de responsabilité. Nos gouvernants, aussi, ont leur part de responsabilité. Si, aujourd’hui, les jeunes quittent l’Afrique pour aller en Europe, ce n’est pas pour regarder le spectacle de la neige ou comment vivent les blancs. C’est la richesse économique qui les amène là-bas. Si on arrive à forger notre richesse économique (…), on arrivera à retenir les jeunes ».

 

La question de la migration est un sujet ouvert et chacun y va de ses propres réflexions. Quand certains portent un regard critique, d’autres déplorent la manière dont les expulsions se font et les arrestations. «Nous voyons tous les jours des immigrés qui se font retourner à leur pays d’origine. Nous avons vu aussi les images choquantes montrant des corps gisant au bord des côtes espagnoles. C’est vrai que ceux qui choisissent la voie de l’immigration clandestine n’ont pas le choix. Mais, ce n’est pas une raison supplémentaire pour se sacrifier bêtement en bravant la mort ! », lâche Moussa Samba Mbow, réalisateur de «Amanda ou la liberté »

 

Ces films sonnent ainsi comme un haro au phénomène de l’immigration clandestine. En outre, des films comme «Là-bas dans la capitale » de Ahmed Taleb Ould Taleb Khiar ayant remporté le 1ier prix de la SENAF traite d’une autre forme de migration plus connue sous le nom d’exode rural. «C’est le même processus qui est en marche ; que l’on quitte la brousse pour rejoindre Nouakchott ou que l’on quitte un pays pour un autre c’est toujours à la recherche d’une autre vie qu’on espère meilleure », tente-t-il d’expliquer.

 

Le film «Voyageurs égarés » de Jean Louis Chambon aborde lui le thème de la migration sous un angle différent. «J’ai voulu montrer que les immigrés, ce sont aussi des Européens qui viennent vivre en Afrique…. Et que là aussi, cela peut tourner mal ou s’avérer très décevant. Cependant, on ne peut mettre en parallèle les deux migrations, comme je l’ai fait dans ce film, que pour les opposer : l’européen a presque toujours des ressources matérielles derrière lui, alors que l’Africain, lui, retombe sans filet… Depuis que je suis en Afrique, cette inégalité n’a jamais cessé de me frapper », constate-t-il. 

A travers ces films, chacun essaie de porter un regard différend de la question migratoire avec une dose parfois de conscientisation. «L’Europe, ce n’est pas ce que vous pensez encore moins ce que montrent certains films bien faits qui poussent à rêvasser. Que la souffrance et la galère existent là-bas aussi ! D’ailleurs, les immigrés qui sont là-bas sont souvent maltraités et inconsidérés », affirme Mohamed Mahmoud dit Alphadi, réalisateur de «Les Frontières ». «Il n’y a pas que l’Europe pour vivre heureux. Le continent africain est plein de richesses ! Ils n’ont qu’à essayer de rester ici, travailler et vivre dans le bonheur. Au lieu de penser à l’Europe, encore l’Europe, toujours l’Europe ! », conclut-il.

Maintenant, reste à savoir, si les jeunes africains vont accepter d’entendre ce message.

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

 

 

 

 

 

 

( 9 juillet, 2008 )

Situation des migrants en Mauritanie:Elle est inquiétante, selon un rapport d’Amnesty International

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Les migrants vivent dans une situation extrêmement difficile en Mauritanie. C’est l’amer constat fait par Amnesty International qui a présenté ce 1ier juillet dernier, dans les locaux du Forum National des Organisations des Droits Humains (FOANDH), un rapport intitulé : ‘Mauritanie : «Personne ne veut de nous »’.   

 

Ce rapport d’une cinquantaine de pages nous édifie sur la manière dont des milliers de migrants, accusés de tenter de se rendre irrégulièrement aux Iles Canaries en Espagne depuis la Mauritanie, ont été appréhendés puis renvoyés vers le Mali ou le Sénégal sans aucun droit de recours pouvant remettre en cause cette décision devant un organe judiciaire. Cette conférence de presse a été animée par maître Niane Youssouf et Gaëtan Mootoo, auteurs de ce rapport et respectivement avocat mauritanien et chercheur mauricien. 

 

Des arrestations arbitraires, massives et disproportionnées 

 

Dans ce rapport qui a été présenté devant le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (Mohamed Saïd Ould Homedi) et de nombreuses associations mauritaniennes de défense des droits de l’Homme dont S.O.S. Esclaves, Amnesty International s’est dite extrêmement préoccupée par la politique sécuritaire de l’Union Européenne et de ses Etats membres, notamment l’Espagne, qui sont dans un processus d’externalisation de leur politique de gestion des flux migratoires. 

 

Le rapport d’Amnesty International s’appuie sur une mission de recherche effectuée en Mauritanie, en mars 2008, au cours de laquelle les délégués de l’organisation ont pu s’entretenir notamment avec des personnes détenues dans le Centre de Rétention de Nouadhibou, avec des migrants qui ont tenté- ou cherchaient à tenter- de rejoindre l’Europe ainsi qu’avec des réfugiés venant, pour la plupart, des pays de l’Afrique de l’Ouest. 

 

 «Un grand nombre d’entre eux ont été maintenus durant plusieurs jours dans ce centre où certains ont été victimes de mauvais traitements commis par les membres des forces de sécurité mauritaniennes », révèle le rapport qui indique que ces personnes ont été souvent victimes de rackettage et d’arrestations arbitraires de la part des autorités mauritaniennes. «Cette politique d’arrestations et de renvois collectifs de la part des autorités mauritaniennes, note le rapport, fait suite aux pressions intenses exercées sur ce pays par l’Union Européenne (UE) et notamment l’Espagne qui cherchent à impliquer certains pays africains dans leur lutte contre les migrations irrégulières vers l’Europe. » 

 

 

 

La Mauritanie signe, en 2003, avec l’Espagne un accord qui la contraint, moyennant d’importantes sommes d’argent, à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. C’est ainsi qu’une école a été transformée pour devenir Centre de Rétention de Nouadhibou. 

 

Aux yeux de maître Youssouf Niane, ce centre était conçu pour servir d’outil de contrôle de l’immigration en vue de freiner les migrations irrégulières vers l’Europe. «De telle sorte que tout celui qui tente de franchir les frontières mauritaniennes pour aller à l’étranger est immédiatement arrêté et détenu dans ce centre », constate-t-il. Et pourtant, il n’y a aucun texte qui réprime le fait pour un étranger de sortir de la Mauritanie pour aller vers un autre pays. 

 

«Ces arrestations ont provoqué un climat de terreur à Nouadhibou. Les migrants, aujourd’hui, ils ne peuvent pas se déplacer librement à l’intérieur de la ville parce qu’ils sont automatiquement soupçonnés (…) de vouloir préparer une embarcation. Ils ne peuvent pas circuler à certaines heures de la nuit. Ils sont quotidiennement sous la menace d’une arrestation. Beaucoup de migrants ont témoigné avoir été arrêtés pendant qu’ils revenaient de leur lieu de travail », raconte Youssouf Niane. 

 

 

Dans ce rapport aussi, Amnesty International explique «les raisons qui poussent des milliers de jeunes africains à affronter de rudes épreuves et parfois la mort pour tenter de rejoindre l’Europe ». Cette organisation déplore la manière dont «l’UE et ses Etats membres ont répondu à ces mouvements de migration irrégulière par un resserrement de leur politique de gestion des flux migratoires ». 

 

 

La pauvreté, l’absence de perspectives, d’avenir, la pression de la famille, la violence politique et les guerres civiles dans certains pays comme le Libéria, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire sont les motifs qui expliquent en grande partie le phénomène de l’immigration clandestine. 

 

Certains défenseurs des droits de l’Homme sont en train de se battre pour la suppression de ce centre qui n’a pas sa raison d’être en Mauritanie car il ne sert que les intérêts espagnols, selon eux. En plus, notre constitution interdit toute arrestation ou détention en dehors des cas déterminés par la loi et des formes légales. «Si la Mauritanie a fourni ce centre aux autorités espagnoles pour servir de dispositif de lutte contre l’immigration clandestine, en contrepartie, l’Espagne se devrait d’assurer le financement et la fourniture en moyens matériels et l’assistance technique aux autorités mauritaniennes pour pouvoir face à l’entretien de ce centre », a demandé maître Youssouf Niane. 

 

Les témoignages recueillis à Nouadhibou sont accablants et montrent que les droits des migrants et de certains réfugiés sont violés par les forces de sécurité mauritanienne qui procèdent parfois à des arrestations arbitraires, à des rackets et à des mauvais traitements à l’encontre de personnes accusées de vouloir rejoindre l’Europe de manière irrégulière. 

 

L’invasion des illégaux 

 

Aujourd’hui, quand les jeunes africains veulent franchir les portes de l’Europe, on parle d’invasion des illégaux. En outre, dans les pays européens, on associe souvent la question de la migration à celle de l’insécurité. Tous les plans sont bons pour contourner cette invasion. L’Europe continue de durcir sa politique  contre l’immigration clandestine qui est une préoccupation majeure de la présidence française à la tête de l’Union Européenne. Son objectif, c’est d’harmoniser la politique de la migration au sein de l’espace des Etats membres de l’Union Européenne. 

 

 «Quand on entend des dirigeants européens parler de la question européenne, de la notion européenne, de la philosophie européenne, on est très admiratifs. Mais à la fois, quand on voit l’Union Européenne qui essaie de renvoyer la question de la migration au sud de la Méditerranée, on est très surpris », déclare Gaëtan Mootoo qui voit à travers cette délégation de la question de la migration une sorte de fuite de responsabilité de la part des pays européens. «Ces accords que l’Union Européenne essaie de provoquer à tout prix, de pousser les pays d’Afrique à passer des accords de réadmission, signale-t-il, ont des effets pervers. » 

 

Il cite l’exemple de la Mauritanie qui a accepté de réadmettre sur son sol des ressortissants étrangers. «Ce n’est pas pour les garder sur le sol mauritanien mais c’est pour les expulser à Rosso ou vers la frontière malienne », s’indigne Gaëtan Mootoo. «Il suffit que vous ayez deux vestes, deux pantalons ; que vous ayez deux sacs sur le dos et que vous soyez rassemblés avec des amis dans un lieu quelconque, alors tout de suite on vous soupçonne de vouloir partir », ironise-t-il. «Il y a également un vrai réseau de trafic qui se fait. Il y a une complicité entre des passeurs et des policiers qui ferment les yeux pendant une demie heure ou un quart d’heure moyennant des sommes d’argent. Peu de temps après, ces personnes sont arrêtées. On prend le moteur, l’essence. On les dépouille de leurs portables », raconte-t-il.   

 

 «A l’époque, quand les blancs venaient en Afrique par la mer, on ne les traitait pas de clandestins ; pourquoi aujourd’hui, quand nous essayons d’aller par la mer en Europe, on nous traite de clandestins ». Ce graffiti, rapporté par Gaëtan Mootoo, est écrit par un migrant au Centre de Rétention de Nouadhibou. «Je trouve que c’est une revendication juste. On remet les pendules à l’heure sur cette question de la migration », croit-t-il.   

 

 Amnesty International, dans son nouveau rapport sur la situation des migrants en Mauritanie, a recommandé au gouvernement mauritanien d’observer certaines restrictions en ce qui concerne le placement en détention des migrants notamment que l’incarcération soit légale, qu’elle soit justifiée à titre de mesure nécessaire et proportionnée conforme au droit international, qu’elle fasse l’objet d’un examen judiciaire et que sa durée soit aussi brève que possible. 

 

Babacar  Baye Ndiaye

 

 

 

 

( 3 juillet, 2008 )

Situation des migrants en Mauritanie: Amnesty International s’inquiète de leurs conditions de rétention dans le Centre de Nouadhibou

Amnesty International, dont le siège est à Londres en Grande-Bretagne, vient de publier, ce mardi 1ier juillet, un rapport intitulé «Mauritanie : Personne ne veut de nous ». Ce rapport, plus qu’une description et une synthèse de la situation des migrants qui transitent par la Mauritanie pour aller en Europe, est un éclairage sur les arrestations et expulsions collectives de migrants interdits d’Europe. 

La présentation de ce rapport a eu lieu dans les locaux du Forum des Organisations Nationales des Droits Humains avec la présence de nombreuses associations de défense des droits de l’homme en Mauritanie.

Présenté par Gaëtan Mootoo (chercheur mauricien), maître Niane Youssouf (avocat mauritanien) et maître Radhia Nasraoui (Présidente de l’association de lutte contre la torture en Tunisie), ce rapport d’une cinquantaine de pages, en plus des témoignages, est le résultat de plusieurs rencontres avec des migrants détenus dans le Centre de Rétention de Nouadhibou, des réfugiés et les autorités mauritaniennes effectuées au cours du mois de mars 2008. 

La ville de Nouadhibou, qui est à quelques kilomètres de l’Europe, est devenue une destination privilégiée pour les migrants. Cependant, le phénomène de la migration ne date pas d’aujourd’hui.  Déjà, vers les années 60, il y avait la présence de migrants dans la ville de Nouadhibou.

Pour différentes raisons. D’abord, Nouadhibou offrait d’énormes potentialités en termes de main d’œuvre dans le domaine de la pêche et de l’industrie minière. «Il y avait une volonté d’intégration et même d’ouverture pour faire face à la pénurie de main d’œuvre », remarque maître Niane Youssouf, avocat et coordonnateur de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme. 

Selon lui, cela fait partie entre autres des raisons qui expliquent la genèse du phénomène de la migration dans la ville de Nouadhibou. Ensuite, «avec l’accroissement des flux migratoires consécutifs à des difficultés économiques dans de nombreux pays africains, enchaîne-t-il, il y a eu des problèmes ».

Conséquence : le phénomène migratoire a commencé à changer de nature en Mauritanie. C’est ainsi que la ville de Nouadhibou, jusque là considérée comme un point de chute, est devenue une zone de transit pour les migrants. Sont venus s’ajouter sur la liste de ces migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile à la suite de conflits survenus dans la sous-région ouest africaine notamment au Liberia, en Sierra Léone et en Côte d’Ivoire. 

Face à cette vague de migrants, on élabore des politiques antimigratoires dans les pays de transit et d’accueil dans le but de dissuader les candidats à l’immigration. Dans la foulée, sous le diktat de l’Espagne, la Mauritanie durcit les conditions de séjour et d’entrée sur son territoire.

Ainsi un Centre de Rétention pour Migrants sera construit sur fonds espagnol dans le cadre de la lutte contre le phénomène de l’immigration clandestine. Les conditions de séjour dans ce centre de rétention, considéré comme un centre de restriction de liberté, sont aujourd’hui critiquées par les organisations de défense des droits de l’homme mauritaniennes.

Construit pour recevoir les migrants rapatriés de l’Espagne, ce centre est aussi considéré comme un centre de la honte. Appelé ‘Guantanamito’, les défenseurs des droits de l’homme se battent actuellement pour sa suppression, car pensent-il, il galvaude l’image du pays réputé pour son hospitalité. 

Depuis la création de ce centre, plus de 3000 personnes ont été arrêtées et détenues dans ce centre. Certains juristes se posent même des questions sur la légalité juridique de ce centre qui est une sorte de frein à l’immigration clandestine. 

«Tout celui qui tente de franchir les frontières mauritaniennes pour aller en Europe est immédiatement arrêté et détenu dans ce centre. Evidemment, se pose la question même de la légalité de cette arrestation. Sur le plan pénal, aucun texte ne réprime la sortie du territoire national. Le décret de 1964 fixant le régime juridique de l’immigration en Mauritanie ne qualifie pas d’infraction le fait pour un étranger de sortir du pays pour aller dans un autre pays », explique maître Niane Youssouf tout en s’interrogeant sur les bases juridiques qui sont à l’origine de telles arrestations et expulsions des migrants souvent victimes de mauvais traitements inhumains et dégradants. 

D’ailleurs, à en croire les révélations de maître Niane Youssouf, une véritable psychose s’est installée dans la ville de Nouadhibou. «Les migrants ne peuvent pas se déplacer librement à l’intérieur de la ville.

Dés qu’on les voit, surtout à certains endroits de la ville comme les installations portuaires, ils sont automatiquement soupçonnés. Ils ne peuvent pas circuler à certaines heures de la nuit. Ils sont quotidiennement sous la menace d’une arrestation », rencarde-t-il.

Pire encore, «il y a aussi cette stigmatisation de l’étranger qui commence à prendre pied. D’ailleurs, les migrants sont parfois pourchassés dans la ville comme des voleurs », poursuit-il en faisant savoir qu’il faut sonner l’alerte avant que cela ne se transforme en actes xénophobes. 

Prenant la parole, Gaëtan Mootoo a dénoncé les effets pervers de la politique européenne en matière de lutte contre l’immigration clandestine. A titre d’exemple, l’Union Européenne, dans les clauses de ses contrats,  a demandé à la Mauritanie d’accueillir sur son sol des personnes de la République Démocratique du Congo ou de la sous-région. Cela traduit à ses yeux une certaine couardise de la part des pays européens qui ont eu l’ingéniosité de déléguer certaines responsabilités aux pays du Sud de la Méditerranée. 

Les informations recueillies par Amnesty International lors de sa mission en Mauritanie en mars 2008 montrent que les droits des migrants et de certains réfugiés sont violés par les forces de sécurité mauritanienne qui procèdent parfois à des arrestations arbitraires, à des rackets et à de mauvais traitements à l’encontre de personnes accusées de vouloir rejoindre l’Europe de manière irrégulière. 

Dans les recommandations contenues dans le rapport et adressées au gouvernement mauritanien, au gouvernement espagnol et à l’Union Européenne, Amnesty International a insisté sur la nécessité de respecter les droits fondamentaux des migrants ainsi que leur intégrité physique. 

Babacar baye Ndiaye      

( 27 juin, 2008 )

Réfugiés rentrés à partir de 1993: Bientôt une commission d’identification ?

A l’occasion de la célébration de la journée mondiale du réfugié, du 20 juin dernier, le directeur des droits de l’Homme, au ministère de la Justice, Cheikh Tourad Ould Abdel Malick, a annoncé la mise en place prochaine d’une commission chargée d’identifier ceux qui sont rentrés à partir de 1993.  Cette commission a été maintes fois exigée par les associations de défense des intérêts des réfugiés mauritaniens. C’est déjà un pas de gargantua dans la résolution des problèmes nés des événements de 1989 à la suite desquels beaucoup de mauritaniens ont perdu, ou plutôt, étaient radiés de la fonction publique de manière injuste et sans fondement légal. 

Cette nouvelle, passée inaperçue, ce jour-là, vient de confirmer aussi la volonté politique du Président de la République de régler toutes les questions relatives au problème des déportés mauritaniens. Du coté des réfugiés, et notamment, des organisations de défense des droits de l’Homme, comme le FONADH, on appelle déjà à la mobilisation afin de contribuer à la réussite et fonctionnement de cette commission.  Encore, il faudrait la doter de moyens substantiels pour mener à bien ses objectifs. C’est vrai que c’est un vieux vœu qui vient d’être exaucé. C’est vrai aussi que cette demande a été toujours formulée par les réfugiés eux-mêmes. Mais, ce n’est pas une raison supplémentaire pour brûler les étapes au point d’alourdir le processus de résolution du dossier des déportés. 

Déjà, avec le retour des déportés, beaucoup de manquements et de dysfonctionnements ont été relevés ça et là dans les différents sites des réfugiés rapatriés. Il est vrai que le problème des déportés évolue à pas de tortue ! Ainsi, donc, il ne faudrait pas que les choses se fassent dans la précipitation. Et, il s’agit surtout de ne pas commettre des erreurs en tombant malencontreusement encore dans les mêmes pièges.  Jusqu’ici, tout s’est fait dans le consensus. Là, aussi, par rapport à la mise en place de cette commission, il ne faudrait pas qu’il y ait une gestion exclusive, sans qu’on essaie de se concerter au préalable avec ceux qui sont là pour défendre les intérêts matériels et moraux des réfugiés. Il ne s’agit pas là de faire un semblant dans son fonctionnement, et par conséquent, bâcler, sa mise en œuvre pratique pour aboutir en fin de compte à des résultats stériles. 

Le problème essentiel à esquiver, serait-ce, sans doute le manque de coordination qui pourrait être préjudiciable comme on l’a vu avec la gestion des opérations de retour des réfugiés. En attendant de voir la commission s’installer, les Organisations de défense des intérêts des réfugiés mauritaniens se délectent déjà de ce nouveau pas franchi par le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.  Certainement, la mise en place de celle-ci, après celle de l’ANAIR, permettra de faire un saut encourageant dans la suite de la résolution de tous les problèmes intrinsèques à la question des réfugiés qui attendent beaucoup du gouvernement qui, sans doute, osera franchir d’autres paliers, dans l’intérêt des réfugiés, et notamment, de celui des fonctionnaires.

Car, qui peut nier que des fonctionnaires ont été injustement radiés de l’administration sans qu’ils ne sachent pourquoi ? Alors, c’est tout à fait normal qu’on les rétablisse dans leurs droits ! Pour qu’un nouvel état d’esprit puisse naître ! 

Non plus, il ne faudrait pas après l’accumulation des inadvertances de l’ANAIR dans les opérations de retour des réfugiés que cette commission qui sera chargée d’identifier ceux qui sont rentrés à partir de 1993 s’enfonce, elle aussi, dans le même sillage.  Babacar Baye Ndiaye 

( 27 juin, 2008 )

Egalité des sexes: L’AFCF dénonce les discriminations dont sont victimes les femmes

Pour montrer que rien ne va, comme veulent le faire croire certains, en matière d’égalité des sexes, les femmes, regroupées autour de l’Association des Femmes Chefs de Famille, ont sorti tout ce qu’elles avaient dans leur cœur comme discriminations à leur égard.

L’AFCF veut secouer les autorités pour qu’elles lèvent les réserves faites par la Mauritanie sur la Convention relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes adoptée et ouverte à la signature, à la ratification et à l’adhésion par l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies dans sa résolution 34/180 du 18 décembre 1979. 

Aujourd’hui, les femmes mauritaniennes ont du mal à comprendre que presque 30 ans après, cette convention ne soit pas toujours ratifiée par la Mauritanie. Dans ce cadre, l’Association des Femmes Chefs de Famille et plus d’une soixantaine d’ONGs ont adressé au Président de la République une lettre de plaidoyer pour que la Mauritanie lève les réserves faites sur la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Aussitôt informé, le Président de la République a instruit le ministère de la justice et de la condition féminine de mettre en place une commission ad hoc qui va étudier les voies et moyens à prendre pour lever ces réserves tant décriées par les ONGs de défense des droits de la femme, dont l’AFCF, qui pensent que c’est une entorse à la démocratie et à l’évolution de la femme mauritanienne.

Aminétou Mint Ely Moctar a dénoncé leur mise à l’écart dans l’établissement de cette commission qu’elle a qualifiée de «bidon ». Laquelle commission, rapporte-t-elle, a porté une réserve sur l’article 16 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. (Voir encadré). Cette réserve n’a pas été du goût de Aminétou Mint Ely Moctar qui a tenu des propos salés à l’égard des membres de cette commission qu’elle  a considéré comme étant des loufoques allergiques à l’émancipation de la femme mauritanienne.

Aujourd’hui, les femmes mauritaniennes souffrent de discriminations flagrantes. Par exemple, elles n’ont pas droit  de toucher à la pension de retraite de leurs époux lorsque ceux-ci décèdent. Leur âge à la retraite est de 55 ans contrairement à celui des hommes qui est de 65 au maximum. Autant de discriminations qui, aux yeux de Aminétou Mint Ely Moctar, menacent même l’existence des femmes mauritaniennes.

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille a souligné au cours de sa déclaration aux médias que les femmes mauritaniennes doivent se battre pour se libérer du joug de la féodalité, de l’exclusion et de la pauvreté qui l’empêche d’avoir les mêmes droits et les mêmes responsabilités que les hommes.

Article 16 de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. 

1.     Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes dans toutes les questions découlant du mariage et dans les rapports familiaux et, en particulier, assurent, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme :

a)     Le même droit de contracter mariage

b)    Le même droit de choisir librement son conjoint et de ne contracter mariage que de son libre et plein consentement ;

c)     Les mêmes droits et les mêmes responsabilités au cours du mariage et lors de sa dissolution ;

d)    Les mêmes droits et les mêmes responsabilités en tant que parent, quelque soit leur état matrimonial, pour les questions se rapportant à leurs enfants ; dans tous les cas, l’intérêt des enfants est la considération primordiale

e)     Les mêmes droits de décider librement et en toute connaissance de cause du nombre et de l’espacement des naissances et d’avoir accès aux informations, à l’éducation et aux moyens nécessaires pour leur permettre d’exercer ces droits ;

f)      Les mêmes droits et responsabilités en matière de tutelle, de curatelle, de garde et d’adoption des enfants ou d’institutions similaires, lorsque ces concepts existent dans al législation nationale ; dans tous les cas, l’intérêt des enfants est la considération primordiale ;

g)     Les mêmes droits personnels au mari et à la femme, y compris en ce qui concerne le choix du nom de famille, d’une profession et d’une occupation ;

h)     Les mêmes droits à chacun des époux en matière de propriété, d’acquisition, de gestion, d’administration, de jouissance et de disposition des biens, tant à titre gratuit qu’à titre onéreux ;

2.     Les fiançailles et les mariages d’enfants n’ont pas d’effets juridiques et toutes les mesures nécessaires, y compris des dispositions législatives, sont prises afin de fixer un âge minimal pour le mariage et de rendre obligatoire l’inscription du mariage sur un registre officiel.

Babacar Baye Ndiaye

( 27 juin, 2008 )

Situation dans les sites des réfugiés rapatriés:Le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains sonne le tocsin !!!

A l’occasion de la célébration de la journée internationale du réfugié, ce vendredi 20 mai, le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains (FONADH) en a profité pour alerter l’opinion nationale et les décideurs sur les conditions de précarité dans lesquelles sont installés les réfugiés au Trarza et au Brakna.  Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, dans sa déclaration aux médias, a exigé le respect des engagements pris dans le cadre de l’accord triparti et des Journées Nationales de Concertation du 21 au 23 novembre 2007 ainsi que le respect des normes internationales protectrices des droits de l’homme.  En plus, il a exhorté l’accélération des programmes de l’ANAIR (Agence Nationale chargée de l’Accueil et de l’Insertion des Réfugiés) et l’engagement de toutes les forces vives du pays dans la réinsertion des réfugiés. 

Dans ce cadre, certaines associations de défense des intérêts des réfugiés avaient monté au créneau ces temps-ci pour dénoncer certains manquements relevés dans les opérations de retour des réfugiés vivant au Sénégal. Récemment, le comité directeur de la communauté des réfugiés mauritaniens au Sénégal, à la suite d’une visite effectuée au Brakna et au Trarza, avait constaté que des milliers de réfugiés sont réduits à vivre dans des tentes inhabitables ou déchirées. Une situation qui les expose, selon leur communiqué, à tous les risques.  Depuis le début des opérations de retour des réfugiés vivant au Sénégal, 4138 personnes sont rapatriées par le H.C.R. avec l’appui de l’ALPD (Association de Lutte contre la Pauvreté et le sous-Développement). 

Le FONADH, par ses missions d’évaluation et de suivi, a décelé toute une palette de problèmes dont on peut citer : dysfonctionnements sérieux dans les opérations de retour ; lenteur du programme d’insertion d’urgence ; conditions de précarité qui augure le risque de crise humanitaire et violation des droits élémentaires de groupe vulnérable ; problèmes fonciers récurrents qui se posent(sur ce point, le FONADH constate que l’Etat n’a pas à ce jour affiché un engagement ferme de les résoudre) ; incertitude sur l’avenir : aucune allusion n’est faite dans le processus quant à la réparation et l’indemnisation des dommages découlant de 20 ans de déportation.   Par rapport à cette question délicate, le Premier ministre Ould Waghef en déplacement dans la wilaya du Brakna a fait savoir que le gouvernement est en train de mener actuellement des concertations destinées à mettre en place une commission nationale chargée du règlement du passif humanitaire qui porte sur des tortures et exécutions extrajudiciaires perpétrées entre 1986 et 1991 sous la présidence de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya.  Par rapport à tous ces problèmes, le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains a recommandé au gouvernement mauritanien de doter la Commission Nationale d’Identification de moyens matériels et financiers suffisants, de prendre des mesures diligentes afin d’assurer l’accès des enfants rapatriés à la santé et à l’éducation, d’adopter une procédure dans le cadre des problèmes fonciers, de faire bénéficier à toutes les victimes de la déportation des programmes de réinsertion et de réintégration dans la fonction publique et surtout de finaliser dans les plus brefs délais l’accord triparti avec le H.C.R.  et le gouvernement malien sans lequel le retour des déportés au Mali ne peut être effectué sous les auspices du H.C.R.   

Quant au H.C.R., le FONADH lui a recommandé principalement d’adopter une démarche inclusive, indispensable à la participation collective de tous les acteurs concernés par le retour et à la transparence dans les opérations de rapatriement comme l’ont souhaité les réfugiés, les ONGs, ainsi que le gouvernement.  

Le 20 juin n’est pas seulement l’occasion, pour le FONADH, de réaffirmer sa détermination à relever les défis du retour, de la réintégration, de la réconciliation, c’est aussi le moment pour lui de marquer son soutien inconditionnel aux milliers de citoyens mauritaniens injustement déportés, meurtris et dépouillés de leur citoyenneté et de leurs biens mais également de manifester sa compassion à ceux qui ont perdu leurs proches entre 1986 et 1991 notamment lors des événements de 1989 entre la Mauritanie et le Sénégal.  Au cours de cette journée, beaucoup de questions ont été soulevées. Du genre : qu’est-ce qui a été fait par le gouvernement pour ceux qui sont rentrés à partir de 1992 dont une partie est en majorité composée de fonctionnaires ?

Sur ce point, le FONADH a déploré le manque de mesures effectives pour une réintégration des fonctionnaires radiés, une compassion juste pour les biens spoliés ou confisqués et une réparation pour les victimes de violations des droits humains.  La léthargie de l’administration dans ce dossier de retour des déportés a été dénoncée par certains intervenants, comme Djigo Hountou Aliya, qui pense, malgré l’effort du gouvernement, beaucoup de problèmes et d’aspects relatifs au retour des déportés n’ont pas été véritablement abordés.

D’autres, sont allés plus loin en proposant qu’on fasse des réflexions plus poussées et plus sérieuses sur cette question dont le manque de coordination a été aussi vertement décrié par le FONADH.

D’autres encore, plus culottés,  ont stigmatisé l’hypocrisie de certains partis politiques qui n’ont pas bonnement relayé au niveau de leurs bases les recommandations prises lors des Journées Nationales de Concertation. A la fin de cette journée, on aura compris que les choses ne se passent pas comme sur des roulettes.  Babacar Baye Ndiaye 

( 16 juin, 2008 )

Lutte contre l’analphabétisme et la pauvreté:L’ONG Initiative pour Tous apporte sa contribution

L’article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, qui consacre le « droit à l’éducation », indique en effet que « l’éducation doit viser le plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales », mais aussi « elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix ». 

Créée en 2006, l’ONG Initiative pour Tous (IPT) a fait de la lutte contre l’analphabétisme et la pauvreté un objectif prioritaire. « Nous avons pris en considération ces deux éléments parce que la pauvreté et l’analphabétisme sont deux notions étroitement liées », explique le président de l’IPT El Houssein El Hassan Dieng.

En appui aux Objectifs du Millénaire pour le Développement visant à réduire les inégalités sociales entre les différentes couches de la population, cette ONG nationale est une réponse au challenge de la scolarisation et du savoir.

C’est ainsi que, dans chaque Moughataa de la wilaya de Nouakchott, a été ouvert un Centre d’Alphabétisation qui accueille chacun plus de 70 personnes. Dans ces centres, on y apprend le français, l’arabe, l’anglais et surtout l’informatique.

5 de ces centres au nombre de 8, en attendant celui de Ksar qui va ouvrir bientôt, sont pilotés par des femmes. Dans ces centres, on y retrouve toutes les communautés du pays. On y côtoie des personnes qui n’ont jamais été à l’école et des élèves qui y viennent parfaire leur niveau d’études en français, arabe et anglais. Tous les âges aussi s’y rencontrent.  

Tout ceci nécessite un gros budget. Mensuellement, cette ONG débloque plus de 280.000 UM pour faire fonctionner tous ces 8 centres disséminés dans les différentes moughataas de Nouakchott.

Après l’installation de ces antennes au niveau de toutes les moughataas de Nouakchott, l’équipe d’IPT veut franchir un autre palier. Elle compte installer des centres d’alphabétisation à l’intérieur du pays.

Déjà, des villes comme Kiffa, Boghé, Méderdra, Guerrou ont montré leur intérêt à ce projet. «Nous ne pouvons pas nous implanter tant que nous n’avons pas les moyens de le faire », a confié le président d’IPT tout en lançant un S.O.S. aux bonnes volontés de ce pays d’appuyer ce projet de lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme. 

Ces centres, qui ont vu le jour il y a 2 mois, commencent déjà à porter leurs fruits.  Ces centres, travaillant souvent dans des conditions extrêmement difficiles, continuent tant bien que mal à exister grâce à l’abnégation des membres de l’ONG.

Implantés dans des zones où les populations sont vulnérables, ils n’arrivent pas toujours à bénéficier de l’appui des autorités au niveau local. Leur implication est encore invisible. Encore, cette ONG a du mal à bénéficier de subventions qui se font dans l’opacité au profit des ONGs cartables.    L’autre domaine d’intervention de l’Initiative pour Tous, dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, consiste à des distributions de vivres et de couvertures aux plus démunis.

Sur le plan sanitaire, l’IPT a mené des démarches fructueuses auprès de l’hôpital national de Nouakchott. Ceci, dans le but de venir en aide aux personnes qui n’ont pas la possibilité de faire des opérations ou de se payer des médicaments avec un moindre coût de soins de santé.  Initiative pour Tous est une ONG ambitieuse avec un plan d’action bien ficelé. Elle est en train, d’ailleurs, de mûrir un projet dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. Il s’agit de la transformation du produit alimentaire et laitier.

Objectif : promouvoir le consommer local. Elle prévoit de faire une formation des femmes sur la santé des femmes et des enfants. Cette formation vise à améliorer leur niveau de santé et de production.   Crée dans le souci de promouvoir l’accès des populations issues de milieux défavorisés à une éducation de base, l’ONG IPT apporte sa contribution à la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme en Mauritanie. Reconnue par son efficacité sur le terrain, cette ONG collabore avec S.O.S. Esclaves, Caritas, GRET, CEAR. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 juin, 2008 )

Terres de la vallée:Des expropriés racontent à contrecœur comment leurs terres ont été spoliées par des hommes ‘intouchables’

Les plaintes relatives à des cas d’expropriation de terre que viennent de recevoir S.O.S. Esclaves, qui a tenu une conférence de presse à ce propos ce jeudi 12 juin, témoignent de l’ampleur de ce problème.

Souvent l’œuvre d’anciens hauts fonctionnaires du régime déchu du Président Maouiya Ould Sid’Ahmed ou de riches commerçants, ces spoliations se sont produites substantiellement entre 1986-1991.  Profitant de la déportation des populations de la vallée vers le Sénégal, ces spoliateurs se sont accaparés de leurs terres de culture illégalement et souvent par la force. Aujourd’hui, ces populations, qui sont de retour, veulent reprendre leurs terres. Ce que ne veulent pas entendre les spoliateurs. Ce problème, au lieu de trouver une issue heureuse, ne fait que s’accroître de jour en jour.  

Pire encore, il n’y a aucun signe de bonne volonté de la part des occupants de restituer ces terres. Au niveau des populations, la coupe semble être pleine. Pendant ce temps-là, que fait l’Etat ?

Les nouvelles autorités, vont-elles attendre jusqu’à ce que ce problème, ô combien délicat, se complique, s’il ne l’est déjà, et ne dégénère, pour qu’elles réagissent. En tout cas, leur responsabilité est entière. C’est à elles de trouver les voies et moyens pour sortir de ce canevas. 

Des problèmes nés de la déportation 

«Nous sommes encore loin, hélas très très loin du minimum de sacrifice que l’Etat doit consentir(…) pour prétendre se joindre au club des Etats du monde qui ont décidé d’exorciser les maux structurels qui les rongent en s’engageant systématiquement dans la voie de la transition vers la démocratie, la justice et la paix. »

Tel est le constat amer fait par Birame Ould Dah Ould Abeid, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, en réaction à la lenteur de l’évolution du règlement de la question des déportés et du passif humanitaire.

«Notre pays ne peut sortir de l’onde des suspicions et des dangers, poursuit-il, tant qu’il ne s’est pas résolu à engager une procédure nationale équitable et transparente de recherche de la vérité sur le génocide perpétré contre les noirs dans notre pays entre 1981-1991. » Durant cette période, en effet, des centaines voire des milliers de mauritaniens ont été tués. Aujourd’hui, le mystère plane toujours sur l’étendue de ces massacres. Dans ce registre, les Organisations de Défense des Droits de l’Homme sont en train d’exercer des pressions sur le gouvernement pour qu’il éclaire la lanterne des victimes qui attendent toujours la vérité.

Et surtout de sa bonne disposition à reconnaître aux victimes le droit de savoir. «Ce droit à la vérité ne peut se concrétiser que par des investigations indépendantes, des auditions publiques, des exhumations des corps et de charniers pour que toutes les personnes soient édifiées sur l’ampleur du forfait », préconise-t-il.  Par rapport à la question du passif humanitaire, rien encore n’a été concrètement décidé par le gouvernement.  C’est toujours le statut quo. Alors que présentement, les victimes qui fondaient beaucoup d’espoir en la bonne foi du Président de la République de rétablir la justice, sont dans l’obscurité totale. Jusqu’à aujourd’hui, elles ne savent pas à quoi s’en tenir.  Birame Ould Dah Ould Abeid a exigé du Président de la République «la demande de pardon explicite au nom de l’Etat » de tout ce qui a été commis entre 1986-1991 et notamment «des réparations » en commençant par «la mémorialisation des lieux et dates » pour que ce qui s’est déroulé lâchement pendant cette période ne se répète plus.  

Depuis le 29 janvier dernier, plus de 2000 déportés sont rentrés en Mauritanie sans compter ceux qui sont revenus volontairement entre 1995-1996. Les terres de ces derniers, après leur déportation vers le Sénégal, furent accaparées par d’autres, pensant qu’un jour qu’ils n’allaient plus remettre leurs pieds en Mauritanie. Aujourd’hui, ces terres sont au cœur de nombreux litiges.

«Il faut leur restituer leurs terres qui sont leur seule source économique », a demandé Birame Ould Dah Ould Abeid. «Comment les autorités administratives, judiciaires et sécuritaires du pays vont-elles prouver leur bonne volonté à des victimes alors que ces mêmes autorités confortent des intrus et usurpateurs dans leurs occupations des terres et maisons des victimes ? », s’interroge-t-il. 

………………………………………………… 

Hothiéré Tioubaly, Keur Madické, Fass Village: Trois villages, même préoccupation 

Hothiéré Tioubaly est située géographiquement dans la Moughataa de Bababé. Dans ce village de peulhs à vocation agro-pastorale, plus de 120 ha ont été spoliées par…Mahfoud Ould Mohamed Aly, ancien ministre de l’Economie et des Finances.

Profitant de l’appel du Président de la République pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, ce monsieur est venu exploiter ces terres. Comble de l’ironie, ces villageois n’ont jamais su que leurs terres de culture avaient été accaparées.

A leur grande surprise, il y a de cela 3 semaines, ils ont remarqué la présence de tracteurs dans leurs champs. Lorsqu’ils saisirent le hakem, Mohamed Miské Ould Mohamed, ce dernier leur fit savoir qu’il n’était pas au courant d’une telle attribution. 

Au début du mois de mai passé, sous la pression des villageois, le hakem de Bababé a fini par convoquer l’ancien ministre de l’économie et des finances. A l’issue de cette convocation, les populations de ce village ont soupçonné le hakem de ‘ne pas être impartial’ dans le règlement de ce problème.

N’ayant pas obtenu gain de cause au niveau de l’administration locale, ces populations ont fini par écrire au ministère de l’intérieur, l’autorité compétente, pour arbitrer ce litige. C’était le 26 mai dernier. Parallèlement, ils ont saisi aussi la Commission Nationale des Droits de l’Homme et porté plainte devant l’administration pour réclamer la restitution de leurs terres.   Keur Madické a aussi souffert des vagues de déportation de 1989. Après leur déportation vers le Sénégal, leurs terres ont été occupées par Brahim Ould Hadour et Mamoud Ould Khantéit. La superficie occupée est de 143 ha.

Entre 1995 et 1996, une partie des déportés sont revenus. A plusieurs reprises, ils ont adressé plusieurs correspondances aux autorités compétentes. Mais, elles ont été toujours classées sans suite. Depuis leur retour du Sénégal, ils courent derrière leurs terres.  En dehors de l’expropriation des terres qui appartiennent aux villageois, les occupants ont aménagé une digue à proximité des habitations. Et, lorsqu’ils utilisent des produits chimiques, ça empeste partout et l’air devient irresponsable.

Cette digue empêche les populations de mener calmement leur vie. le seul espace de dégagement qui reste dans ce village a été aussi occupé. Les populations de cette localité, ont profité de la conférence de presse, pour dénoncer cette volonté manifeste de leur exproprier leurs terres. En plus, cette localité ne s’appelle plus Keur Madické mais Dar-Es-Salem. Elles y voient une volonté manifeste de la part des autorités d’effacer la mémoire de ce village.   Le village de Fass a vécu lui aussi le même sort que Keur Madické. Les personnes revenues après l’appel du Président de la République courent aux aussi derrière leurs terres. Avant leur déportation vers le Sénégal, elles avaient à leur disposition, plus d’une centaine d’hectare  qui sont actuellement entre les mains de Baba Ould Habib et Moctar Ould Hami.  Maintenant, elles sont venues confier leur sort à la Commission Nationale des Droits de l’Homme. 

Babacar Baye Ndiaye 

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