( 24 mars, 2008 )

Birame O. Dah: »Radio Mauritanie a tendance à faire perpétuer les instincts pro-esclavagistes »

Dans un entretien exclusif accordé au Rénovateur Quotidien, Birame O. Dah, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, a fustigé l’attitude passive et même complice de l’administration territoriale, de la police judiciaire, de la justice et surtout des médias officiels plus particulièrement Radio Mauritanie qui perpétue, selon lui, les vieux instincts pro-esclavagistes. 

 

L’esclavage reste encore une tare fortement ancrée dans la société mauritanienne. Malgré une loi qui a été votée, il continue de subsister. La preuve, les organisations de défense des droits de l’Homme et notamment les anti-esclavagistes sont régulièrement saisies et assaillies par les victimes de cette pratique ringarde. La dernière en date : Haby Mint Rabah. Née en 1973, elle ressemble maintenant à ces vieilles femmes du Darfour fuyant la terreur et la misère. 

Véritable cas de pratique esclavagiste, les autorités de la wilaya du Trarza en premier lieu le wali, monsieur Abdallah O. Mohamed Mahmoud, ont nié le fait que Haby Mint Rabah eut été esclave de Abdallahi O. Moctar. «Lorsque ce problème leur a été posé, ils ont affirmé que c’est un faux problème d’esclavage et une dénonciation fausse et mensongère », rapporte Birame O. Dah qui a fait savoir parallèlement que le comportement du wali du Trarza prouve bel et bien que certaines autorités du pays continuent à narguer la loi en refusant son application. Birame O. Dah signe et persiste avec des allégations à l’appui que ce dernier continue de jouer le jeu des esclavagistes. Assumant entièrement ses propos, il n’y est pas allé par quatre chemins pour dénoncer le manque de collaboration franche et sérieuse du wali du Trarza sur ce cas d’esclavage avéré. 

A la suite d’un ordre de mission et d’un mandat ordonné par la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Haby Mint Rabah a pu être libérée du joug de son maître, Abdallahi O. Moctar, malgré des écueils rencontrés : la gendarmerie n’a pas été compréhensive. Et pourtant, la loi est sans équivoque là-dessus : lorsqu’il y a présomption de crime(l’esclavage relève du crime de droit commun), le ministère public et la police judiciaire doivent immédiatement enclencher une procédure d’enquête qui doit mettre les choses au clair. Actuellement, l’enquête est entre les mains de la Gendarmerie Nationale de Méderdra. En attendant qu’elle détermine la véracité d’actes ou pratiques esclavagistes de la part de son maître, Haby Mint Rabah vit dans la maison de Birame O. Dah à PK. Par rapport à l’affranchissement économique des esclaves, rien a été encore fait par le gouvernement pour soutenir les esclaves. «Il y a plusieurs esclaves chez moi, rencarde Birame O. Dah, alors que je ne suis qu’un simple fonctionnaire très modeste. J’ai un salaire qui ne peut même pas me faire vivre avec ma famille. Nous sommes obligés, avec les militants des droits de l’Homme, par des cotisations, de prendre en charge des familles ou des personnes qui sont libérées de l’esclavage. » 

Toujours, dans le cadre de l’affranchissement économique des esclaves, le gouvernement a promis 6 milliards d’ouguiyas. Cet argent, pense Birame O. Dah, doit servir à prendre en charge les esclaves et non pas à remplir les poches des maîtres-esclaves. En outre, constatant que la fondation KB est très impliquée dans la lutte contre la réduction de la pauvreté, qu’elle fait des activités de bienfaisance, il a lancé un appel à la dite fondation et notamment à sa présidente de se tourner vers les victimes de l’esclavage qui sont en grande majorité des femmes. «On se demande, s’interroge-t-il, pourquoi les femmes esclaves qui sont libérées du joug de l’esclavage ne bénéficient pas de l’aide de cette fondation ? » 

Concernant l’éradication de l’esclavage, ce n’est pas seulement l’administration territoriale, la police judiciaire ou la justice qui traînent les pieds, il y a également les médias officiels comme Radio Mauritanie. Sur un ton corrosif, Birame O. Dah a accusé cette dernière de perpétuer les instincts esclavagistes. Dur aussi, il a été avec Horizons à qui il a récriminé son refus de donner la parole à certaines personnalités, mouvements et organisations anti-esclavagistes. 

Cette attitude de rétraction de ces deux médias officiels, pense-t-il, montre parfaitement qu’ils perpétuent encore les méthodes de l’ancien régime. «A longueur de jour et de nuit, ils font des tables rondes qui s’orientent vers la négation de l’esclavage et le manque de sensibilisation », constate-t-il. «Radio Mauritanie est en train d’enraciner la culture négationniste et la culture esclavagiste », poursuit-il tout en demandant aux autorités de révoquer le directeur actuel de Radio Mauritanie et ses collaborateurs qui perpétuent la confusion sur l’esclavage mais aussi de s’attaquer à la phase d’affranchissement économique des esclaves qu’il estime le plus important car sur ce point, beaucoup d’équivoques restent à lever. Les esclaves, du fait de leur analphabétisme et leur manque d’information, ignorent carrément la teneur de la loi sur l’esclavage ni des orientations de l’Etat sur cette pratique. Là aussi, Birame O. Dah n’a pas mâché ses mots. Il a indexé Radio Mauritanie de ne pas jouer véritablement son rôle dans la campagne de sensibilisation contre l’éradication de l’esclavage. Pour lui, Radio Mauritanie est une radio qui promeut la culture esclavagiste. «Radio Mauritanie est restée une radio esclavagiste, une radio qui continue à rabattre les citoyens par un négativisme inlassable de l’esclavage. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

( 15 mars, 2008 )

Conférence de presse de l’AFCF et S.O.S. Esclaves/Pratiques esclavagistes, expropriation foncière : Trop, c’est trop !

 

Faut-il continuer à fermer les yeux sur les cas de pratiques esclavagistes, d’expropriation foncière ou de mauvais traitements humains dont sont victimes les populations et qui sont monnaie courante dans notre pays ? Faut-il aussi continuer à nier leur existence ? D’autant plus que chaque jour,  certaines organisations de défense des droits de l’homme comme l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves sont saisis de ces genres de problèmes : cas des populations de Dembat Atchen qui ont été sévèrement réprimées par les forces de sécurité, cas de Abdou Ould Isselmou qui a constaté des pratiques esclavagistes dans la localité où il enseigne et enfin le cas de la famille feu Salimou Ould Khader dont la maison a été détruite à coups de Bulldozers sous les ordres du wali de l’Assaba. La salle de conférence fut trop petite pour accueillir plus de 100 personnes ! 

 

Dembat Atchen  

 

Cette localité jusque là peu connue des mauritaniens est devenue célèbre à cause des affrontements entre Haratines et leurs anciens maîtres qui voulaient leur reprendre leurs terres. La presse indépendante d’ailleurs en avait fait ses choux gras pendant quelques jours. Résultats de ces affrontements : plusieurs blessés grave chez les  familles qui se sont opposées à l’expropriation de leurs terres. Certains d’entre les ‘récalcitrants’ sont toujours détenus dans les geôles de la Gendarmerie nationale de Kiffa et ne bénéficient aucun soutien pour le moment. Parmi ces détenus, il y a une femme qui a le bras cassé et risquerait même d’être amputé.  Et cela fait deux mois maintenant que ces derniers croupissent en prison. Une situation mal appréciée par l’AFCF et S.O.S. Esclaves qui estiment que ces derniers doivent être évacués sur Nouakchott pour qu’ils puissent être soignés convenablement. 

Ces deux organisations de défense des droits ont par ailleurs noter la gravité qui entoure de tels incidents en faisant relever que les ‘autorités ont placé des forces de sécurité qui se nourrissent directement sur les biens de ces populations’ tout en assimilant cette pratique digne à l’époque coloniale. 

 

Pratiques esclavagistes : Un enseignant monte au créneau 

 

Il s’appelle Abdou Ould Isselmou. Né en 1973 à Sélibabi, il enseigne depuis 7 ans et  servait dans la localité de Tokomadji. Sa prise de position sur des cas de pratiques de pratiques esclavagistes lui a valu aujourd’hui les coups de foudre des autorités locales qui ont décidé de le suspendre de ses fonctions d’enseignant pour seul motif qu’il voulait dénoncer ces cas de pratiques esclavagistes. Son unique tort, c’est d’avoir remarqué que des enfants, en âge d’aller à l’école, étaient utilisés comme esclaves. Pour le contraindre à l’échec, une campagne d’intimidation a été orchestrée par la gendarmerie avec la complicité des autorités locales au niveau des familles des enfants pour nier toutes les assertions d’Abdou Ould Isselmou. Une enquête a été ouverte dans ce sens pour essayer de clarifier  les thèses soutenues par cet enseignant faisant allusion à l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans cette localité du pays. Cette situation semble inquiéter les organisations de défense des droits de l’homme. «Nous pensions que l’Etat a pris cette loi criminalisant l’esclavage de bonne foi et que les autorités veulent vraiment appliquer la loi. Si cette affaire se confirme, nous aurons l’impression que nous sommes rentrés dans une situation de duperie et qu’on veut tout faire pour que personne ne puisse avoir des preuves que l’esclavage existe », a déploré Boubacar Messaoud qui a laissé entendre qu’ «on cherche à apeurer les victimes pour qu’ils ne puissent pas se plaindre ». 

 

La famille feu Salimou Ould Khader 

 

A ce propos, deux sit-in de soutien a organisé par l’Association des Femmes Chefs de Famille devant le ministère de l’intérieur afin que le problème soit pris en charge par les autorités. En effet, depuis quelques mois, cette famille a lancé un appel de détresse mais jusqu’à présent, il n’y a rien de nouveau. Le wali à l’origine de cette affaire est toujours en poste à Kiffa. 

Par rapport à tous ces cas, l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves ont dénoncé la lenteur, le laxisme et la complicité des autorités dans ces cas. 

 

Les précisions de Boubacar Messaoud 

 

«Je suis un militant des droits de l’Homme. Je sais ce que je dis et qu’on ne retienne de moi  ce que j’ai dit », a souligné Boubacar Messaoud faisant allusion à une question posée par un journaliste relatif aux assertions de Abdoul Ould Isselmou sur l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans la localité de Tokomadji. «Si effectivement, cela s’est passé comme ça,  nous nous trouvons dans une situation nouvelle qui n’est pas celle que nous avions espéré. Aujourd’hui, nous attendons que la loi soit appliquée de manière effective. Si elle n’est pas appliquée et ce qu’on vient de nous révéler s’avère exact, nous nous rendons compte que cette loi est faite pour poursuivre les militants anti-esclavagistes plutôt que de poursuivre ceux qui pratiquent l’esclavagisme. Il y a   certaines choses que nous n’endosserons pas. Nous ne sommes pas ici avec un discours de violences. Nous sommes venus avec un discours de droits de l’homme et nous ne nous engageons pas à attaquer qui que ce soit et à répondre par la violence. Nous nous engageons à militer et à aller en prison pour nos idées et les principes pour lesquels nous sommes mobilisés. » 

Les esclaves, c’est connu, n’ont pas droit à l’Etat civil. C’est un tort et une infraction aux yeux de Boubacar Messaoud. Ce dernier, toujours égal à lui-même, n’a pas manqué de signifier que les autorités surtout locales ne leur donnent pas souvent l’occasion de vérifier la véracité des cas de pratiques esclavagistes. 

 

Situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie 

 

En réponse à une question relative à la situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie, Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves soutiendra que ‘la situation est meilleure que celle que nous avons connue sous Maouiya et pendant la transition’. Pour appuyer ses affirmations, il citera par exemple la création de la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui sillonne périodiquement tout le pays et fait des rapports réguliers sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie. Mais, selon lui, il n’est pas encore l’heure d’applaudir et que tout dépendra de la bonne volonté que manifesteront les autorités dans le traitement des dossiers relatifs aux violations des droits de l’Homme. 

Pour la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille Aminétou Mint Ely Moctar, l’impunité continue toujours de sévir dans notre pays. Pour preuve, elle cite les cas d’injustices ou de violations des droits de l’homme dont elle est souvent saisie. Les organisations de défense des droits de l’homme, selon elle, souffrent beaucoup de cette impunité. 

«On n’a pas constaté aucun changement de l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des traitements des questions des droits de l’homme », estime Birame Ould Dah qui pense que rien n’a évolué. «Le même système perdure », conclut-il. 

Présent à cette conférence de presse pour réaffirmer son soutien inconditionnel aux ONGs qui luttent contre les violations des droits de l’homme en Mauritanie, Mohamed Lemine Ould Dadde, président de Conscience et Résistance a affirmé qu’ «il y a eu certes des lois, des tolérances et des avancées » mais «l’administration qu’elle soit centrale ou territoriale continue toujours à pratiquer les mêmes méthodes ». 

La corruption, le racisme et les violations des droits de l’Homme, sont des motifs, selon lui, de continuer, quel que soit le régime en place, le combat pour la justice et l’égalité entre tous les citoyens mauritaniens. 

Pour que la Mauritanie soit citée parmi les exemples de démocratie, il faut que les pouvoirs publics respectent  d’abord les lois et non pas le contraire. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

  

( 10 mars, 2008 )

Situation des prisons en Mauritanie

Aminétou Mint Ely Moctar demande l’amélioration des conditions de détention 

 

Les  conditions de détention des prisonniers mauritaniens ne sont pas fameuses, peut-on penser, à l’issue de la conférence de presse organisée, ce samedi 1er mars, en collaboration avec S.O.S. Esclaves et Al Marsaad Mauritanie, deux associations fortement impliquées dans la défense des droits de l’Homme en Mauritanie. D’ailleurs, le récent rapport de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH) a révélé de nombreux dysfonctionnements criards dans nos prisons. Pas étonnants donc d’entendre des parents de prisonniers affirmer que leurs progénitures sont régulièrement torturées loin de tout regard. 

 

Au cours d’une conférence de presse tenue samedi dernier, la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF), Aminétou Mint Ely Moctar a catégoriquement dénoncé les conditions dans lesquelles sont détenus  les prisonniers mauritaniens, qu’ils soient des prisonniers d’opinion ou de droit commun. «Nous estimons, souligne-t-elle, quel que soit le crime qui a été commis par un prisonnier, il ne faut jamais oublier que c’est un être humain et qu’il a droit d’avoir une vie décente ». A ses yeux, les prisonniers doivent bénéficier plus d’attention de la part des autorités en leur accordant le droit de recevoir des visites, de voir leurs parents, d’être pris en charge, de bien manger, d’être soignés lorsqu’ils souffrent, bref d’être dans de bonnes conditions. 

Elle a par ailleurs attiré l’attention des mauritaniens sur les brimades, les humiliations et les maltraitances que subissent sans relâche ces mêmes prisonniers qui ne bénéficient d’aucune protection juridique ou sociale. «Nous sommes contre de telles pratiques », a-t-elle martelé en soulignant que «leurs parents ont droit de savoir dans quelles conditions ils vivent. De quoi, ils mangent. C’est un droit élémentaire qu’il faut accorder à leurs parents ». C’est pourquoi, Aminétou Mint Ely Moctar a demandé à ce que des mesures soient prises pour que les parents des prisonniers puissent avoir des informations sur les conditions de détention des prisonniers dans le cadre du respect de la dignité humaine. 

Récemment, un rapport sur la situation des conditions de détention dans les prisons a été publié par la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH). Ce rapport a indiqué que les conditions de détention des prisonniers sont catastrophiques. Mais à défaut de changer cette situation, Aminétou Mint Ely Moctar a suggéré qu’elles soient améliorées au bénéfice des prisonniers et de leurs parents.   

Cette situation inquiétante et déplorable est connue des pouvoirs publics qui semblent ne pas accorder du crédit à l’amélioration des conditions de détention des prisonniers. En outre, certains prisonniers, et ils sont nombreux à croupir au fond des geôles, depuis leur incarcération, leurs proches parents n’ont plus de leurs nouvelles. 

Une situation que Aminétou Mint Ely Moctar juge inacceptable et estime qu’il est du ressort des pouvoirs publics d’améliorer les conditions de détention des prisonniers en leur assurant une protection sociale dans un cadre légal. «Tout ce que nous pouvons demander à la justice, c’est qu’elle soit une justice équitable et qu’elle soit une justice réelle » a-t-elle laissé entendre. «Nous voulons que la situation des prisonniers change et que les prisons soient élargies », dit-elle en faisant allusion à la prison centrale qui a largement dépassé sa capacité d’accueil et elle est actuellement à plus de 800 prisonniers entassés dans des cellules souvent trop exiguës. 

Cette situation précaire et dangereuse n’a pas laissé de marbre la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF)  qui a stigmatisé la manière dont les prisonniers sont entassés et la façon dont ils sont traités. «Nous sommes dans un pays démocratique », dit-elle persuadée qu’on ne peut pas continuer à bafouer les principes les plus élémentaires de la justice et du droit alors que la Mauritanie a ratifié la convention contre la torture. «Le fait d’enchaîner un être humain pendant toute la journée et toute la nuit, c’est de la torture. Cela est inadmissible et inacceptable. Il faut traiter l’être humain en tant qu’être humain et non selon le crime qu’il a commis », pense-t-elle. 

Aminétou Mint Ely Moctar a saisi la balle au bond pour lancer un appel au gouvernement mauritanien de revoir la situation des conditions de détention des prisonniers et notamment en permettant aux parents des prisonniers d’avoir un accès aux prisons en leur apportant à manger, en leur soignant lorsqu’ils tombent malades, etc… 

Et par rapport à la condition actuelle qui prévaut dans les territoires palestiniens, Aminétou Mint Ely Moctar a estimé, en tant que défenseur des droits de l’Homme, que c’est un «massacre collectif» qui a visé principalement des femmes et des enfants. L’Etat Hébreu, a-t-elle fait savoir, est entrain de bafouer toutes les conventions internationales sur les droits des enfants et de la femme sans que cela ne fasse rechigner personne. «Nous demandons aux autorités mauritaniennes de faire pression auprès d’Israël », a-t-elle dit en qualifiant ces raids israéliens de «crime odieux», des attaques qui doivent, selon elle, mobiliser toutes les Organisations de Défense des Droits de l’Homme du monde entier pour que cette situation s’estompe immédiatement afin d’éviter qu’elle ne dégénère et étale ses tentacules sur toute la planète. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 28 février, 2008 )

Violations des droits de l’Homme

L’AFCF et S.O.S. Esclaves montent au créneau 

 

Ivoukou Ould Boussersera, Vatma Mint Ahmed El Abd, Cheikhna Ould Ejwad, Jiid Ould Souwelka, Aminétou Mint Khadar…leur point commun, c’est d’être tous des victimes de l’impunité. Des associations de défense des droits de l’homme, S.O.S. Esclaves et l’AFCF, sont montées au créneau, hier,  au cours d’une conférence de presse pour dénoncer ces cas d’atteinte graves aux droits de l’homme et les agissements de ceux qu’ils appellent les «chats gras » qui font la pluie et le beau temps en Mauritanie.   

 

En dépit d’une nouvelle situation politique, la Mauritanie est loin d’être encore un pays exsangue en terme de violations des droits de l’homme. De jour en jour, les droits les plus élémentaires y sont bafoués comme en témoignent les cas d’impunité au grand écœurement  des associations de défense des droits de l’homme déterminées à aller jusqu’au bout de leur souffle. «Il y a une sorte d’impunité. Nous avons constaté la complicité du procureur et de la gendarmerie (de la ville de Nouadhibou, ndlr). Nous l’avons dénoncé et nous l’avons porté au ministère de la justice. Mais jusqu’à présent, le silence demeure », a laissé entendre Aminétou Mint Ely Moctar faisant allusion à la disparition de Ivoukou Ould Boussersera. «Nous pensons que ce cas est un cas très grave d’atteinte aux droits de l’homme et la mise en scène incombe au procureur actuel de Akjoujt qui bénéficie d’un soutien solide au sein du cabinet du Premier ministre », renchérit Birame Ould Bilal. 

 Par rapport à cette affaire, des associations de défense des droits de l’homme, dont l’AFCF, S.O.S. Esclaves et le FONADH avaient dépêché à Nouadhibou une mission auprès du procureur, du gouverneur et de la gendarmerie. Mais en vain, elles n’ont pas eu d’informations confirmant cette disparition et ont écarté la thèse selon laquelle ce jeune homme s’est noyé comme l’affirme Ould Oumière qui l’avait recruté comme berger à Akjoujt. 

Spoliation des terres, esclavage, injustice,…La liste est assez longue. Des atteintes aux droits de l’homme qui sont pour la plupart du temps l’œuvre de dignitaires, d’hommes d’affaires, de chefs de tribus et comme à l’accoutumée, la police et la gendarmerie se déchargent sur les populations qui ne savent pas à quel saint se vouer. Des situations aggravées par l’absence de cadis neutres et honnêtes au niveau des moughataas. Dans leurs témoignages, les victimes se sont plaint d’avoir été spoliées de leurs terres par la force par des ‘chats gras’ avec la complicité des autorités locales parce que disposant des moyens financiers et de l’influence très considérable dans leur localité. 

«Dans un pays sensé être un pays de démocratie, de droit et d’équité, nous ne pouvons pas accepter ces genres de pratiques aujourd’hui. Il faut que chaque mauritanien épris de paix et de liberté s’engage à dénoncer ces genres de pratiques et  demander à ce que la loi soit appliquée parce que toute fois qu’on applique la loi sur une personne, ça va être une expérience, un exemple pour les autres. Ça va permettre aux autres de ne plus répéter la même chose. Si on continue dans le sens de l’impunité, les gens vont continuer à faire ce qu’ils veulent », a conclu la Présidente de l’AFCF. 

«Nous sommes dans un pays où les populations déshéritées sont à la merci de l’injustice, de l’abus de justice et de l’abus de l’Etat. Il y a des personnalités qui sont trempées dans des violations graves des droits de l’homme », affirme Birame en citant l’exemple de Cheikhna Mohamed Ould Ejwad et Jiid Ould Souwelka qui ont été respectivement spoliés par Baba Ould Walhama et Mohamed Ould Déh avec la connivence de l’administration territoriale. Une situation qu’il trouve injuste en se fondant sur un principe du droit selon lequel nul ne doit être exproprié moyennant une rétribution juste, équitable et acceptable. 

«La loi n’a pas été appliquée jusqu’ici dans ce pays, poursuit-il. On continue à dénaturer et à refuser à appliquer la loi et surtout on continue à donner des décisions de justice qui nous permettent de porter les affaires dans d’autres instances. Ça s’est une manière de fermer les portes de la justice aux victimes ». 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 28 février, 2008 )

Birame Ould Dah: »La position et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer »

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Nous ne sommes pas encore au bout du tunnel en ce qui concerne l’éradication totale de l’esclavage en Mauritanie. Chaque jour, on voit un nouveau cas d’esclavage. Le dernier en date est celui de Hana Mint Salem, originaire de la Moughataa de R’Kiz.

La loi incriminant et pénalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes n’a pas tempéré l’ardeur des maîtres esclaves. Les défenseurs des droits de l’Homme, comme Birame Ould Bilal, y voient la main de l’Etat et des pouvoirs publics. Explications.

Le Rénovateur Quotidien : Le cas de Hana Mint Salem avait défrayé la chronique ces temps derniers. Pouvez-vous revenir sur ce cas d’esclavage ? 

Birame Ould Dah : Cette dame était esclave chez El Hussein dans la localité de Lighbéine dans la Moughataa de R’Kiz. Elle a fui l’esclavage et lorsqu’elle a décidé de voir le commandant de la gendarmerie, le préfet et le Président du tribunal départemental, ces derniers ont refusé de lui porter assistance et d’enclencher une procédure judiciaire à la lumière de la loi pour récupérer ses enfants. Ce cas a été posé à la justice. La commission nationale des droits de l’homme a réussi à récupérer les enfants chez les maîtres mais il reste la procédure judiciaire qui est bloquée par le parquet de la République à Rosso qui refuse de diligenter une poursuite en bonne et due forme selon la loi contre les maîtres qui ont pratiqué l’esclavage et qui ont tenté de tuer son mari en ordonnant sa mise à mort. 

Le Rénovateur Quotidien : Et que comptez-vous faire ? 

Birame Ould Dah : Nous avons déjà pris un avocat pour la femme et celui-ci a introduit une plainte mais les autorités judiciaires de Rosso refusent de faire un classement sans suite de l’affaire pour que cette décision soit frappée d’appel par notre avocat et l’avocat de la victime bien qu’elles refusent de faire la poursuite judiciaire. Cette affaire est bloquée. Il n’y a pas d’issue de justice. La justice s’érige en protecteur des maîtres, des criminels. Nous constatons que le gouverneur d’Aleg a été enlevé de son poste et nous pensons que c’est dû au fait qu’il a traité correctement les cas d’esclavage qui lui ont été exposés. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez que certaines personnalités ou personnes sont réticentes contre l’éradication de l’esclavage ? 

Birame Ould Dah: Tout le pouvoir exécutif et judiciaire est réticent. Même au plus sommet de l’Etat, il y a une manifestation de la mauvaise volonté de l’Etat pour appliquer les lois sur les manquements des droits de l’homme et l’esclavage. Je pense que le gouverneur d’Aleg a été victime de son souci d’appliquer la loi parce que c’est lui qui a enlevé de l’esclavage  la fillette Messouden Tova pour la remettre à sa mère  contre le gré du pouvoir judiciaire et sécuritaire. 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant, une loi pénalisant et criminalisant l’esclavage a été votée. Comment expliquez-vous  le fait qu’elle ne soit pas appliquée par les autorités  locales notamment ? Est-ce une manière de saupoudrer ou de nous faire croire une bonne volonté d’éradiquer cette pratique ? 

Birame Ould Dah: La loi reste une loi destinée à la consommation. Je pense que c’est une manière de saupoudrer les yeux des gens et à couper l’herbe sous le pied des organisations de défense des droits de l’homme. En vérité, la position de l’Etat et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer. 

Le Rénovateur Quotidien : Tantôt vous affirmiez que vous allez continuer à saisir la justice. Qu’allez-vous faire si vous n’obtenez pas gain de cause ? 

Birame Ould Dah : Nous lançons un appel pour que la justice prenne son cours, pour que les instances judiciaires concernées nous déboutent et en nous déboutant, nous aurons l’occasion de porter ce problème devant d’autres instances comme par exemple la commission africaine des droits de l’homme et des peuples ou le comité international pour la lutte contre la discrimination raciale. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 14 octobre, 2007 )

Sinistrés des Inondations de Tintane: La mobilisation continue…pour assister les populations

Biens endommagés, pertes en vies humaines, populations déplacées, dégâts extrêmement considérables…les dernières submersions sur Tintane ont plongé cette Moughataa du Hodh El Gharbi de 60.000 âmes dans une situation catastrophique Cependant, la mobilisation continue…pour assister dignement les populations victimes de ces inondations de la semaine dernière. Le Président de la République et son gouvernement semblent tenir bon. Mais jusqu’à quand ?

 ———–Par Babacar Baye Ndiaye

Dés les premières heures qui suivirent la catastrophe, l’Etat a affiché ses desseins et principalement son engagement à résoudre ce problème  survenu de façon imprévisible et cursive. C’est ainsi donc, que ce vendredi 10 août, le ministre de la Culture et de la Communication a tenu un point de presse pour informer l’opinion publique des mesures entreprises par l’Etat mauritanien pour assister convenablement les populations de la Moughataa de Tintane rudement affectées par ces terribles inondations.
Ainsi, le commissariat chargé de la protection sociale et de la sécurité alimentaire, le ministère de l’économie et des finances, le ministère de l’hydraulique, de l’énergie et des technologies de l’information et de la communication, la SNDE, le ministère des transports, le ministère de la santé, l’armée, la police et enfin le ministère de l’équipement, de l’urbanisme et de l’habitat ont été mis à contribution afin que des mesures nécessaires soient prises pour secourir les populations sinistrées. Au cours de ce point de presse, le ministre a annoncé qu’une enveloppe de 30 millions d’ouguiyas a été remise au wali de la wilaya. En outre, d’importants produits alimentaires et des lots de matériels divers ont été acheminés sur Tintane. 
De même des  dispositions sanitaires ont été prises en vue de prévenir des risques épidémiologiques dans cette Moughataa. Dans le même ordre d’idées, le ministère de l’économie et des finances, Abderrahmane Ould Hama Vezzaz a lui aussi tenu le lendemain(11août) une réunion d’information avec le corps diplomatique accrédité à Nouakchott sur la situation qui prévaut actuellement à Tintane. Les aspects relatifs à la sécurité des populations, fait remarquer le ministre de l’économie et des finances, n’ont pas été négligés par le gouvernement qui a eu à débloquer, dans le cadre de ces submersions, plus d’un milliard d’ouguiyas entièrement endossées par le budget de l’Etat.
Ces dispositions prises par l’Etat, comme l’a rappelé un diplomate présent au cours de la réunion d’information, ont constitué un «baume » pour ces populations. Dans ce même registre, une cellule de crise pilotée par le Premier ministre a été mise en place pour suivre de prés l’évolution de la situation et prendre éventuellement les dispositions qui s’imposeraient.
Quant au Président de la République, il s’est rendu personnellement dans la Moughataa pour s’enquérir de la situation. En compagnie de ses principaux collaborateurs, des ministres concernés et de leurs experts, il a entrepris des contacts et notamment discuté avec les populations de leurs préoccupations pour pouvoir connaître leurs besoins. A l’issue de sa visite, le Président a demandé qu’on fasse un recensement des populations sinistrées. Il a donné des instructions pour sauver ce qui reste encore sous la menace parmi les habitants et les biens mais surtout d’assurer l’approvisionnement permanent de la Moughataa en produits de premières nécessités.
Au sujet des mesures d’urgence en ligne de mire, il sera aménagé des canalisations permettant d’évacuer les eaux de pluie de manière à assurer la pérennité de la vie dans la Moughataa. Et parallèlement, cinq camps, pour servir d’accueil et d’hébergement aux populations sinistrées, ont été érigés en vue de les mettre à l’abri, provisoirement. Actuellement, il est très difficile de faire une évaluation précise des dommages occasionnés par les inondations.
Une équipe d’experts a été dépêchée sur les lieux pour évaluer les pertes. Mais, selon des informations, le coût des dégâts serait «exorbitant ». On avance plusieurs milliards d’ouguiyas. Outre les pertes en biens, les inondations ont provoqué le déplacement de 2000 à 2500 personnes. Et deux personnes, dont l’identification n’a  pas été révélée par les autorités, ont péri dans cette catastrophe naturelle.
Le réseau d’adduction en eau potable et le réseau électrique ont été complètement endommagés. Mais, rassure le ministre de l’économie et des finances au cours de la réunion d’information qu’il a eu avec le corps diplomatique, tous les moyens seront mis en oeuvre pour rétablir dans les meilleurs délais les services publics, l’eau et l’électricité.
Dans le cadre de l’appui international, une équipe technique du système des nations unies en Mauritanie sera envoyée sur place. Et pour ce qui est de la solidarité nationale, il y a eu des initiatives de quelques parlementaires, de la société civile et des partis politiques de l’opposition. La vitesse de réaction des autorités a été beaucoup saluée par la représentation diplomatique qui a été très sensible au drame que vivent actuellement les populations de Tintane. Le premier pays à s’être manifesté est la Libye qui a envoyé deux cargos chargés de médicaments, de vivres et divers matériels. 
Le ministre de l’économie et des finances a annoncé un plan de relogement des populations sinistrées de Tintane. La mise en œuvre d’un tel programme exige beaucoup de moyens financiers. La Mauritanie, à cet égard, compte sur ses partenaires au développement, sur la contribution des pays frères et amis, sur la solidarité et la bonne volonté de tous les mauritaniens.
Pour cela, des spécialistes seront envoyés sur place  pour évaluer le coût du relogement. Il s’agira de sortir des terres de Tintane, une nouvelle ville dotée de toutes les infrastructures communautaires (écoles, routes, réseaux électriques…). Ce projet, selon le ministre de l’économie et des finances, coûtera beaucoup de milliards. Reste à savoir si les fonds vont être  trouvés et à temps ? Ce plan de relogement fera l’objet d’une approche de développement intégré et permettra par la même occasion d’améliorer la qualité de l’habitat, de développer les activités économiques et surtout de créer de l’emploi.
Les jours à venir, les autorités vont mettre sur pied des mécanismes de gestion des catastrophes naturelles. En réalité, Tintane n’est que la partie visible de l’iceberg. Car, le gouvernement avait identifié 18 communes inondables dont la commune de Tintane pour que les risques d’inondations de grande envergure soient anticipés. C’est ainsi que le gouvernement a prévu un programme de longue durée pour soustraire les populations de ces localités des risques d’inondations. Et Tintane se remettra-t-elle de ces submersions ?

( 14 octobre, 2007 )

Les squats de Nouakchott: Des lopins de terre sans eau ni électricité

Depuis plus d’un quart de siècle, les conditions climatiques de la Mauritanie se sont considérablement dégradées entraînant ainsi une détérioration de la situation économique et sociale qui a touché toutes les franges de la société. Conséquence de la situation : presque, dans chaque quartier de Nouakchott, il y a des espaces, des bouts de terre sans eau ni électricité généralement appelées squats par ci, «Kebbas » ou «gazraas » par là.
Dans ces squats, les populations vivent dans des environnements insalubres. Les risques pour la santé auxquelles elles sont exposées proviennent du manque d’assainissement et d’eau potable, du surpeuplement et de la mauvaise aération des logements et des lieux. Les carences alimentaires réduisent la résistance des habitants aux maladies, ce qui est d’autant plus grave qu’ils vivent constamment au contact d’organismes pathogènes.
Hadami, maçon de son état, vit depuis dix ans dans l’un des squats de Nouakchott appelés communément «Kebbas » avec sa famille, sa femme et ses deux enfants, l’un âgés de cinq ans et l’autre de trois ans. Eux quatre, ils vivent dans une baraque avec un lit et deux matelas pour leurs progénitures, et un espace encore plus petit faisant office de garde robe.
Le toit de la baraque confectionnée de matériaux de fortune commence à se désintégrer et en cette période des pluies, il a dû tendre des bâches solides pour éviter que les eaux de pluie ne suintent à travers les perforations du toit. Son sort n’est pas cependant beaucoup plus enviable que celui des autres voisins assez nombreux qui ne peuvent pas tous passer la nuit dans leurs baraques et sont astreints souvent à dormir à la belle étoile en ne souhaitant guère qu’il ne pleuve.
Ceci met en évidence le fait que les sombres réalités de la vie dans ces «Kebbas » échappent aux politiques du gouvernement. En plus de toutes sortes de maladies, il y a toujours des risques d’incendie. D’autre part, la population de Nouakchott a explosé en l’espace de 45 ans. Les squats ou «gazraas » sont une des conséquences du manque de politique en matière de logement. Et pourtant, il est démontré que les politiques d’amélioration du logement en milieu urbain peuvent avoir d’immenses répercussions sur la réduction de la pauvreté et le bien être environnemental.
En outre, dans ces squats, l’eau est rare et chère pour les populations qui en achètent souvent en petites quantités à des vendeurs des rues, à des coûts unitaires considérables. A ces habitants des «gazraas », qu’est-ce qui a été fait pour eux par le Ministère de l’habitat ou du logement, des services publics ou de la Communauté Urbaine de Nouakchott ?
Le seul pis-aller utilisé jusqu’ici est la méthode répressive c’est-à-dire incinérer ces «taudis » de misère. Les squatters de la Gazraa, au nord du cimetière d’Arafat, qui ont occupé l’actualité le mois passé, en sont l’illustration parfaite, des hommes, des femmes et des enfants assistaient avec impuissance devant les forces de l’ordre à la destruction de leur «logement ».
Pour ces populations, pas de projets de développement ou des programmes de logement à loyer modéré. Et aucune incitation offerte par l’Etat. Bien que les autorités aient fait des efforts pour gérer la croissance de Nouakchott par le truchement de plans d’aménagement successifs, ces tentatives n’ont pas débouché à des résultats concrets.

Babacar Baye Ndiaye

( 13 octobre, 2007 )

Situation économique et sociale du pays: Les chefs de famille entre l’enclume et le marteau!

 Six mois après l’investiture de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la magistrature suprême, les populations notamment les travailleurs, les chômeurs et les fonctionnaires poireautent toujours et avec impatience les grandes réformes sociales et économiques tant promises durant la campagne présidentielle de février et mars 2007.

Et face aux supplications et exigences sociales trop pressantes, le gouvernement de Zéine Ould Zeidane semble avoir du pain sur la planche. Cherté de la vie, chômage, privatisations avec son lot de conséquences…le gouvernement pourra-t-il rassurer les chefs de famille qui ont commencé déjà à désespérer ? 

Rares, aujourd’hui, sont les chefs de famille qui ne sont pas en proie à la cherté des denrées de premières nécessités. Et ce n’est pas donné à n’importe qui d’assurer la dépense quotidienne qui est devenu un véritable casse-tête. Se nourrir donc devient pour les Nouakchottois une véritable préoccupation.

Les denrées de premières nécessités sont onéreuses et les prix ne cessent de grimper. La plupart des femmes rencontrées au marché estiment que la vie à Nouakchott est trop dure. C’est le cas de Fatimata Demba Anne, mère de quatre enfants, demeurant à la Médina 3. ” C’est très difficile dit-elle. Mais bon que faire ? C’est toujours les pauvres qui en pâtissent. Mon mari, lui, est un mécanicien, parfois, il rentre bredouille à la maison. La situation, actuellement, est pénible pour tout le monde notamment pour nous les pauvres.»

C’est aussi le sentiment de cette dame, Aïssata Wane, qui pense qu’il faudrait diminuer les denrées de premières nécessités puisque les chefs de famille ne tiennent plus la barre haute. A la place ” Khar Yalla ” située à quelques mètres du carrefour clinique, nous y avons trouvé des ouvriers désoeuvrés sans travail, assis sur des emmarchements ou sur des arbres, à l’attente d’une clientèle providentielle.

Ils viennent en partie des quartiers défavorisés de Nouakchott. Fuyant la mouise et la pauvreté, ils viennent ici monnayer leur expertise contre des sommes dérisoires. Ici, les avis sont unanimes : le train de vie est cher et l’emploi introuvable ! Pour avoir du bon poisson ou de la bonne viande, il faut décaisser 2400 UM sans parler de l’huile, du riz, du lait, du sucre.

Les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles et tracassantes. Les ménages souffrent du fait de la cherté des denrées de premières nécessités. El Hadj Hassan Bâ et Cheikh Tidiane Sarr, tous deux ouvriers de leur état, font partie de ceux-là. ” Pour assurer la dépense quotidienne, il faut au moins 2000 UM sans compter le transport, le loyer, l’eau. Et, pire encore, on peut rester des jours sans trouver de clientèle. La concurrence est devenue rude.

Le métier de journalier est très difficile et ne permet pas de satisfaire entièrement nos besoins. ” Ce n’est pas seulement les ouvriers qui se plaignent de la cherté des prix des denrées de premières nécessités. Il y a aussi les fonctionnaires de l’Etat. C’est le cas de Mohamed Ould  Salem, père de famille et fonctionnaire au Ministère de l’Education nationale qui pense qu’il faut augmenter les salaires, diminuer les prix des denrées de premières nécessités et d’ajouter : «Nous attendons du gouvernement la prise en charge des préoccupations des citoyens.»

La Mauritanie traverse-t-elle une crise sans précédent ? Dans une conférence de presse organisée mardi 9 octobre dernier, les leaders de l’opposition ont fait part de leurs inquiétudes sur la situation actuelle que traverse la Mauritanie caractérisée par une crise sociale aiguë en raison de la cherté de la vie et de la flambée incontrôlable des prix, le chômage grandissant qui frappe la jeunesse en particulier les diplômés.

Les roublards de la République- de la transition- ont emporté avec eux comme un Tsunami les tirelires de l’Etat laissant derrière eux une Mauritanie chauffant au bain-marie. L’économie, la politique, la collectivité…aucun pan de la vie nationale n’est épargné par les soubresauts d’une situation délétère consécutive à un marasme économique qui frise des interrogations. Dans ce tohu-bohu socio-politico-économique où c’est le sauve-qui-peut, le cauchemar de la marmite turlupine les chefs de famille de plus en plus pris entre l’enclume et le marteau.

Récemment, dans une interview accordée à un hebdomadaire de la place, l’éveil-hebdo, Ibrahima Moctar Sarr affirmait que «la situation économique et sociale du pays est réellement préoccupante, beaucoup d’entreprises semble-t-il risquent de déposer leur bilan, certaines vont être rétrocédées à des privés étrangers, on parle de la SNIM pour au moins 20%, Air Mauritanie n’est plus gérable, la Somelec et la SNDE traînent des assiettes, le marasme existe dans nos bidonvilles et dans la campagne, il est aggravé par les catastrophes naturelles. Nous devons tous nous nous préoccuper de cette grave situation et être inventifs pour trouver des solutions salvatrices».

Par Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Sœur Carmen

Une Sœur au chevet des femmes mauritaniennes. Depuis 14 ans, cette sœur espagnole de Notre Dame d’Afrique, travaille comme volontaire au croissant rouge mauritanien et dirige le centre de formation de Péka 10 où des centaines de femmes apprennent trois ans durant les techniques de couture et de teinture ainsi des cours d’alphabétisation.

« Je suis en Mauritanie depuis le 13 janvier 1993. Depuis mon enfance, j’ai toujours travaillé à la promotion de la femme. Je pense que la femme mauritanienne comme toute femme africaine c’est elles qui sauveront demain l’Afrique ».
Le croissant rouge mauritanien a ouvert trois centres de formation à Nouakchott, à Dar-Naim, à Dar-El-Barka et à Péka 10. Depuis 1993, Sœur Carmen dirige le centre de formation de Péka 10. Chaque année, ce centre accueille plus de cinquante femmes qui sont formées pour trois ans. Outre cela, ce centre accueille les enfants de ces femmes qui n’ont pas encore atteint l’age de la scolarisation.
Aujourd’hui, avec la coopération espagnole et une ONG qui s’appelait la MPDL (mouvement pour la justice et la paix) Sœur Carmen a réussi à construire et meubler une boutique située en face de l’ancien hôpital de Sebkha. « Le but de la boutique c’est de faire connaître les produits que les femmes mauritaniennes du croissant rouge font dans les trois centres de formation, raconte-t-elle. C’est pour créer une porte de sortie pour les femmes mauritaniennes. Les femmes peuvent avoir du travail mais où écouler leurs produits, d’où l’idée de mettre en place cette boutique. Malheureusement nos clients ce sont les toubabs et ces derniers préfèrent les robes à l’européenne faite avec des couleurs et des teintures africaines ».
Pourtant, les femmes de ces trois centres participent à toutes les expositions notamment la journée du 8 mars dédiée à la femme pour promouvoir et faire connaître leurs produits. Alors comment faire ? S’interroge Sœur Carmen. « Pas un centime d’aide de la part de l’état mauritanien. Les autorités ne savent même pas qu’on existe. Peut être qu’elles le savent maintenant puisqu’en 2005 il y a eu la reine d’Espagne qui est venue en visite officielle en Mauritanie. Elle est venue visiter notre centre à Péka 10. En ce moment-là, notre centre est sorti à travers les médias mauritaniens et espagnols. J’ai reçu des coups de fil de partout et les gens me disaient que Carmen nous sommes contents de vous on vous a vue à la télé ». Depuis lors, la situation n’a pas changé et les problèmes subsistent. Sœur Carmen reconnaît qu’elle ne peut pas tout faire à elle seule, qu’elle passe parfois des nuits entières sans fermer l’œil parce qu’elle n’a plus de quoi payer la nourriture, de quoi nourrir les enfants. Comme elle le dit, ce n’est pas le paradis. « Si ce n’était pas mon pays, il y a longtemps que ce centre n’aurait plus existé, lance-t-elle. Maintenant, nous allons vers une autonomie financière car les gens ne peuvent pas être assistées durant toute leur vie et ce n’est pas bon. La Mauritanie doit s’habituer à pouvoir trouver par elle-même ces propres fonds pour fonctionner. Ce n’est pas normal qu’un centre de formation qui délivre un diplôme aux femmes, que ce diplôme n’ait pas une valeur officielle. Les autorités mauritaniennes doivent se rendre à l’évidence que ce sont des centres de formation et qu’elles doivent prendre en considération ces diplômes ».
Babacar Baye Ndiaye.
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

La réalité de l’épidémie du VIH/SIDA en Mauritanie et les possibilités de traitement des malades

Quelles sont les principales informations sur les virus du Sida ? L’engagement du gouvernement mauritanien face à la maladie ? La prise en charge des malades au Centre de traitement ambulatoire de Nouakchott ? La prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant ?…Ces questions ont été abordées lors d’une conférence/débat au CCF ce mercredi 13 juin animée par le docteur Clouzeau de la coopération française, le docteur Abderrahmane Ould Mohamedoune du CTA de Nouakchott et Mme Cira qui pilote l’expérience PTME de Sebkha.
Selon les termes du docteur Clouzeau, la lutte contre le VIH/SIDA passe d’abord contre la lutte des tabous puisque le sida est une maladie rattachée à la sexualité. C’est dans ce cadre que le centre national de lutte contre le sida a été crée, dirigé par le Premier ministre et regroupant différents ministères, la Société Civile, le secteur privé et les religieux. Par ailleurs, c’est le CNLS qui coordonne les financements de la lutte contre le sida comme par exemple le projet MAP financé entièrement par la Banque Mondiale à hauteur de 21.000 USD de même que le projet du Fonds Mondial qui avoisine 17.000 USD. Le CNLS définit et applique le cadre stratégique en optant une approche multisectorielle et décentralisée.
Les grands axes de la lutte contre le sida passe aussi à en croire toujours le docteur Clouzeau par la connaissance de l’épidémie, la prévention de la transmission, le dépistage, le traitement des malades, la lutte contre la discrimination et la prévention de la transmission du VIH/SIDA de la mère à l’enfant(PTME). Depuis 1994, il y a la trithérapie et l’association des médicaments antirétroviraux qui permettent au prix de nombreuses contraintes de restaurer progressivement les cellules détruites par le virus du VIH/SIDA. En Mauritanie, depuis deux ans, ces traitements existent. La situation épidémiologique dans notre pays n’est pas pour le moment trop inquiétant comparativement à d’autres pays. Dans notre pays, 12.000 personnes portent le virus du VIH/SIDA dont 1.250 seulement sont prises en charge au CTA tandis que chaque année il y a 1.500 nouvelles infections. Le sida est une maladie comme le diabète et il est possible de se protéger par l’abstinence, la fidélité ou en utilisant le préservatif(même si ce n’est pas une protection absolue c’est mieux pour se protéger du virus), de se faire dépister à travers les centres de dépistages volontaires, aux femmes enceintes de se faire dépister dans les nouvelles structures ou de se faire traiter.
Avant 2003, la prise en charge pour les personnes portant le VIH/SIDA se faisait au centre de traitement ambulatoire de Dakar. Depuis le 1er décembre 2004, il a été crée le centre de traitement ambulatoire de Nouakchott situé au sein de l’hôpital Sebkha. En 2000, plus de 650 dépistages ont été effectués dans la plus grande confidentialité, l’anonymat, la gratuité. Cependant, reconnaît le docteur Abderrahmane Ould Mohamedoune, les consultations médicales sont très longues et parfois très contraignantes. La distribution des médicaments pour le traitement est gratuite. Hormis cela, il y aussi le soutien psychologique du centre en dehors de la distribution des médicaments et du suivi biologique.
L’expérience de la Prévention de la transmission du VIH/SIDA de la mère à l’enfant(PTME) lors de la grossesse et de l’allaitement du centre de Sebkha a été exposée par madame Cira. La mise en place de la PTME de Sebkha a démarré le 1er décembre 2005 et a été opérationnel depuis avril 2005 pour des raisons de manque de laboratoire. Durant cette période selon elle, 4990 femmes ont bénéficié de dépistages gratuits. 44 d’entre elles ont été déclarées positives et toutes les femmes séropositives ont été conduites au CTA pour une prise en charge. En Mauritanie, on estime qu’il y a plus de 1035 femmes enceintes porteuses du VIH/SIDA. Le dépistage des femmes enceintes est bien possible dans notre pays et selon madame Cira, la contamination des enfants n’est pas une fatalité.
Durant cette conférence-débat, il y a eu le témoignage d’un PVVIH mauritanien qui fait partie des premières personnes bénéficiant du traitement du VIH/SIDA au Sénégal. Son nom c’est Mohamed Mouloud. Quand il a découvert sa séropositivité en 2002, il a, dit-il, senti la mort dans l’âme puisqu’il a perdu son emploi et se sentait rejeté. Maintenant, avec le traitement antirétroviral, il va mieux et il compte se remarier et reprendre ses activités. Il a par ailleurs stigmatisé l’attitude des médias et de la presse qui ne parlent pas de cette maladie. Il a par ailleurs expliqué comment la PVVIH peut vivre secrètement parce qu’il a peur d’être découvert, aller discrètement au CTA, prendre son traitement en cachette, ne pas oser en parler à son entourage. Le sida comme il l’a rappelé n’est pas une maladie contagieuse. C’est une maladie transmissible. Il appelle par conséquent la société à ne pas ajouter à la souffrance physique la souffrance morale. «Je ne suis pas parti au marché pour l’acheter ».

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

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