( 2 octobre, 2007 )

Populations de Tintane: Le chemin de la Croix continue encore…Mais pour combien de temps ?

Trois semaines après les importantes quantités de pluie tombées sur Tintane, les populations de cette Moughata, seules avec Dieu et leurs chapelets, se débattent pitoyablement, semblables à des proies, pour survivre, échapper à la mort, à la faim et aux maladies, sous le regard impuissant des autorités locales apparemment excédées par la situation qui risque de durer et de perdurer si on ne tire pas sur la sonnette d’alarme. Et rapidement !

Les autorités, à vrai dire, s’étaient-elles préparées à ce genre de situation imprévisible ?
Pas vraiment, car aucun mécanisme de prévention ou de gestion des catastrophes naturelles n’a été mis en place.

Première grande erreur des pouvoirs publics qui ont omis que gouverner, c’est prévoir. Ainsi donc, faute de fonds propres et disponibles (incompréhensible !), de moyens logistiques d’intervention rapide, la Mauritanie s’est tournée vers la communauté internationale laquelle ne tarda pas à se manifester promptement. C’était la seule solution devait-on s’attendre.

En plus, les finances publiques n’ont pas prévu ce genre de catastrophe qui engendre souvent beaucoup de mobilisation financière. Et pour ce faire, deux conférences de presse sont tenues sur-le-champ, l’une par le ministère de la culture et de la communication, l’autre par le ministère de l’économie et des finances, respectivement le 10 et le 11 août.

La situation à Tintane a-t-elle excédé les pouvoirs publics ?

Actuellement, dans cette Moughata, ce n’est pas le beau temps. Les populations sont en train de vivre une (des) situation(s) trépidante (es) pour ne pas dire un temps exécrable.

Eau, électricité, vivres,…les besoins des populations semblent excéder les pouvoirs publics qui avaient pourtant lancé un SOS international en faveur des populations de Tintane.

Un mois presque après le drame, les choses n’ont pas évolué d’un iota ni d’un pouce pour xyz raisons qui n’ont pas encore été élucidées par les autorités aussi bien locales que centrales. Serions-nous sur un «terrain glissant » ?

Boule de mystère ! En plus de cela, les autorités doivent faire face aux divergences tribales entre Sidi Mahmoud d’une part, Lahlal et Dawali d’autre part. Autant d’ingrédients explosifs !Sans oublier les aides qui ne parviennent pas à leurs destinataires. Et les autorités semblent bivouaquer sur leur position : elles sont en train de dédramatiser la situation alors que c’est inquiétant surtout en termes de conséquences et de diagnostic.

Les populations de Tintane se remettront-elles de cette tragédie qui les a instinctivement bouleversées ?

Une chose est sûre et évidente : elles n’omettront pas de si vite cet état de fait. Aujourd’hui, Tintane n’existe que de nom pour ne pas dire complètement rayée de la carte.

Mosquées, écoles, marché, maisons, mairie, dattiers, voitures,…les eaux de pluie ont tout pris et emporté à la fois. Depuis les pluies du 7 août, c’est une autre ville, une autre mode de vie qui a vu le jour. Personne ne comprend. Personne n’a compris. Ce fut très rapide comme un éclair.

 Devant cette vaste étendue d’eau impassible, on ne peut qu’être éberlué. On dirait que Dieu a voulu nous donner, nous êtres périssables, une leçon de grandeur. Que rien ne peut LUI résister !

Vu la situation désespérée dans laquelle vivent ces populations, ce n’est pas encore demain la veille. Quand est-ce que cette vaste étendue d’eau va-t-elle disparaître sous les yeux désemparés des habitants de Tintane ? Dans deux mois, six mois, un an, deux ans…difficile d’y répondre.

Des camps à ciel ouvert

Les camps…il y a ceux qui ont été installés par les pouvoirs publics pour accueillir les populations sans abri. Mais pour combien de temps encore ? C’est la grande question.

Il y a aussi d’autres camps satellites montés en toutes pièces et sans autorisation par d’autres personnes. C’est le cas, à Aguini Ataleb Abdallah, un village situé à 5 km de Tintane et un peu partout aux environs de Tintane.

Comme on peut s’y attendre, dans ces genres de situation, tout le monde couine. Tout le monde profite de cet état de fait exceptionnel et circonstanciel pour se déclarer victime. Mais rassure le maire de Tintane, Saadna Ould Jeddou, il sera mis sur pied un comité pour recenser tous les sinistrés et tout ça dans une éthique de transparence !

Cependant, a-t-il reconnu, il sera très difficile de distinguer les sinistrés sans un recensement précis et surtout sans tenir compte de l’avis des populations qui connaissent mieux le terrain. Dans ces camps, plus d’une dizaine de personne, papa, maman, grand-père, grand-mère, petits enfants cohabitent sous une seule tente dans une promiscuité indescriptible et incroyable.

La desserte en eau n’est pas régulière et elles (les populations) peuvent rester des jours sans se doucher. Pas de toilettes ni de lumière. Des cas de choléra commencent à apparaître. Un médecin pour un camp de plus de 1000 âmes ! Côté sécurité, selon un responsable militaire d’un des camps visités, ils veillent(les militaires) sur les populations comme du lait sur le feu.

Ce n’est pas demain la veille pour les populations
Alors qu’on parle tous les jours de milliards donnés par-ci, des médicaments donnés par-là, Tintane, la meurtrie fait beaucoup parler d’elle. Pour ses populations de cette Moughata, toujours en quête d’assistance sérieuse, le chemin de la Croix continue encore…

Et par ailleurs, la première pause du futur site de relogement, prévu provisoirement dans le sud-est de la ville tarde à voir le jour. De toute évidence, ce projet peut prendre du temps. Sur cette question, la poire est divisée en deux. Certains ne veulent pas entendre parler de relogement ou de reclassement provisoire.

Ils préconisent la reconstruction de la ville. Sur ce, des études ont été menées. Ce sont celles-ci seulement qui pourront déterminer ou non de la reconstruction de la ville de Tintane.

En attendant qu’il se concrétise, les populations de Tintane combattent pour leur survie quotidienne qui ne sera pas de tout repos.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Corruption et gabegie:Deux maux qui gangrènent toujours notre administration

Ces deux maux très fréquents dans notre administration sont des paramètres parmi entre autres qui expliquent aujourd’hui et en grande partie notre retard économique et social. Et pour sortir du sous-développement anachronique, il est ressort du gouvernement d’être inflexible en mettant en place des mécanismes efficaces de lutte contre la corruption et la gabegie.

La lutte contre la corruption et la gabegie passe sans doute par la mise en place d’un système judiciaire composé d’hommes et de femmes indépendants, responsables et probes capables de juger certains fonctionnaires de l’Etat qui ont commis des manquements ou délits dans l’exercice de leur fonction.

Pour ce faire, le gouvernement avait fait voter une loi sur la transparence financière visant à combattre la gabegie dans notre pays. Est-elle toujours respectée ? En Mauritanie, les lois sont souvent faites pour distraire l’opinion publique. Et d’autre part, entre l’adoption et l’application d’une telle loi, il y a un pas que nos hommes politiques ne franchissent jamais. La Haute Cour de Justice qui a été mise en place à cet effet veillera-t-elle scrupuleusement au respect de la transparence financière ?

A des degrés dissemblables, la corruption et la gabegie en Mauritanie touchent presque tous les démembrements stratégiques de l’Etat. De la douane à la police nationale en passant par l’appareil judiciaire et les industries extractives, ce phénomène des temps modernes difficile à combattre semble défier les barrières restrictives. Ainsi donc, certaines sociétés nationales, Air Mauritanie par exemple, ont souffert de mauvaise gestion économique.

Chaque directeur général se croyant tout permis allant même jusqu’à transformer cette compagnie en entreprise familiale et l’argent détourné au su de tout le monde sans que des sanctions ne tombent sur la tronche de ces gaspilleurs.

Il fallait s’y attendre : cette situation dramatique a mené inexorablement notre compagnie aérienne à la faillite programmée résultat d’une mauvaise politique de gestion économique catastrophique.

Autre lieu de la survivance et de la promotion flagrante de la corruption : le système judiciaire. Dans son dernier rapport publié la semaine dernière, Transparency International indique que l’influence et l’ingérence directe du pouvoir exécutif dans le processus judiciaire, à travers des menaces, la corruption et l’intimation des juges, sont récurrentes en Afrique.

Le rapport souligne qu’en Afrique, le manque de critères objectifs dans la nomination des membres de la justice et le contrôle de leur salaire et conditions de travail semblent de plus en plus manifestes.

«L’Afrique est l’une des régions où l’on a une perception plus sombre de la corruption judiciaire. La plupart des pays africains perçoivent le système judiciaire comme corrompu » fait remarquer le Vice-président de Transparency International, Akere Muna qui rencarde qu’une personne sue cinq qui ont affaire avec la justice avoue avoir payé un pot-de-vin.

La justice et la police sont comme deux larrons. Récemment, un rapport confidentiel de l’inspection générale d’état a révélé une implication policière dans l’affaire de la drogue de Nouadhibou. Certaines défaillances notées au niveau des forces de sécurité et des services de l’aéroport de Nouadhibou semblent montrer que notre police nationale n’échappe pas à la corruption, autre raison parmi tant d’autres expliquant le développement de la drogue dans notre pays.

En outre, mis à part ceci, notre police nationale est regardée d’un mauvais œil et décriée de plus en plus par les citoyens qui pensent que nos roussins- des corrompus éternels- ne servent plus l’Etat mais sont là uniquement pour se servir. Et comble de l’ironie, la corruption policière se passe maintenant à ciel ouvert et au su de tout le monde.

A coté de la corruption judiciaire et policière, la corruption administrative plus complexe et souvent faite sur des promotions de tout acabit. La corruption dans l’administration détruit la bonne marche de notre société et de ses fondements. Tout se passe dans la manipulation. Sans parler des appels d’offres, des aides internationales, des recrutements de complaisance qui se font à tous azimuts !
L’autre mal qui a sapé et qui sape toujours la société mauritanienne : les détournements de fonds publics.

On se rappelle encore des déclarations du PM à l’Assemblée Nationale faisant état d’un déficit budgétaire de 70 milliards d’ouguiyas. Là aussi, notre armée nationale, nos ministères, nos sociétés nationales, aucun démembrement de l’état n’y échappe.

Pour la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement(CNUCED) qui vient de publier la semaine dernière son rapport, sur 400 milliards de dollars qui s’échappent du continent africain, un tiers aurait pour origine les détournements de fonds publics.

Afin de résorber cette fuite des capitaux, l’organisation internationale préconise une amnistie fiscale temporaire en vue de rapatrier ces fonds en Afrique.

«Je pense que l’idéal serait d’arriver à faire revenir cet argent et à l’injecter dans des investissements productifs, ce qui aurait pour effet d’augmenter le taux de croissance, de créer davantage d’emplois et aussi de régler la pauvreté » à en croire un expert de la CNUCED.

Il s’agira aussi selon cet expert de favoriser les investissements dans les secteurs privilégiant la création d’activités annexes. «Pour caricaturer un peu, les investissements sont concentrés dans les secteurs comme les secteurs des miniers, le pétrole. Maintenant, il faut recommander de pouvoir sortir de ce schéma pour diversifier les investissements dans d’autres secteurs, surtout s’assurer que là on met de l’argent, c’est des secteurs qui vont avoir des effets sur d’autres secteurs. Par exemple, les pays pétroliers pourraient investir dans la pétrochimie, la pétrochimie a beaucoup d’applications(…) ».

Il appartient au gouvernement, dans la lutte contre la corruption et les détournements de fonds, de mettre au point des mécanismes efficaces. Par exemple, dans le domaine des industries extractives qui ont une importance stratégique dans notre économie nationale, pour favoriser la transparence financière et la bonne gouvernance économique, notre pays a mis en place l’Initiative sur la Transparence des Industries Extractives afin d’éviter l’opacité qui entoure souvent les transactions dans ce domaine.

Babacar Baye Ndiaye

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