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( 16 janvier, 2011 )

Les violences sexuelles ‘ne doivent pas être tolérées ni acceptées’ selon Zeinabou Mint Taleb Moussa

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Une des leçons à retenir du rapport de synthèse 2010 sur les cas de violences sexuelles à Nouakchott élaboré par l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (A.m.s.m.e.) pourrait être celle-ci : premièrement, les cas par rapport à l’année 2009 ont diminué et deuxièmement, on constate que, comparativement, à l’année précédente, les tranches d’âge 10/15 et 16/18 sont toujours les plus touchées.

Lors de la publication, le 13 janvier, des résultats de ce rapport de synthèse au Centre El Wafa pour les conseils et la prise en charge des victimes des violences sexuelles de l’A.m.s.m.e., sa présidente, Zéinabou Mint Taleb Moussa, a expliqué cette chute du taux de violences sexuelles par la mise en place de programmes de prévention et de sensibilisation qui ont touché presque toutes les catégories socioprofessionnelles menés dans les neuf moughataas de la ville de Nouakchott.

C’est dans les moughataas d’El Mina, d’Arafat, de Sebkha et de Dar-Naim où l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant a enregistré le plus grand nombre de cas de violences sexuelles. Cet état de fait serait consécutif, selon cette Ong, à la particularité géographique de ces zones de forte prédominance des violences sexuelles.

Pour l’année 2009, l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant avait enregistré 205 cas de violences sexuelles. En 2010, cette Ong a enregistré 160 cas de violences sexuelles. Les filles mineures se retrouvent à la tête du peloton (127 cas) suivies des filles mineures domestiques (9 cas) et des femmes adultes (10 cas). Les femmes domestiques ferment la marche avec seulement deux cas. Les garçons mineurs n’échappent pas non plus aux violences sexuelles. Pour l’année 2010, 12 cas ont été enregistrés.

Derrière le profil des agresseurs se cachent des visages du mari de la mère, de l’enseignant, du père, du marabout, du voisin, du boutiquier, du camarade de classe, de l’ami de la famille, de l’employeur domestique, du domestique, du cousin, du vendeur ambulant, du pompiste, du tailleur, du tôlier, du mécanicien, de l’ânier, du taximan, de l’étranger, du délinquant, de l’inconnu et du mari. Au total, cela fait 258 agressions enregistrées pour l’année 2010.

Les victimes des violences sexuelles proviennent la plupart du temps de la Brigade des mineurs, des structures sanitaires, des commissariats de Police et du Centre El Wafa pour les conseils et la prise en charge des victimes des violences sexuelles.

« Lorsque nous les accueillons, nous leur faisons des examens médicaux. Pour le VIH/Sida, jusqu’à présent, on n’a pas eu un cas positif. Mais, en ce qui concerne le virus de l’hépatite B, nous avons eu deux cas positifs », a indiqué Zéinabou Mint Taleb Moussa.

Par ailleurs, en plus des prestations fournies aux victimes par le Centre El Wafa et le suivi médical des victimes, l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant assure le suivi juridique des dossiers.

« Mais, parfois, il y’a des valeurs socioculturelles qui interviennent pour décourager les victimes de porter plainte devant les juridictions. C’est un problème que nous rencontrons et nous faisons tout afin de pousser les victimes à n’avoir pas peur de porter plainte », a expliqué Me El Id Ould Mohameden, avocat à la Cour et chargé du suivi juridique des dossiers au niveau de l’A.m.s.m.e.

Dans le rapport de synthèse de cette Ong, on a noté une forte diminution des arrangements qui se faisaient soit devant la police ou devant le tribunal entre les parents en comparaison avec l’année 2009 où le taux de pourcentage représentait 43%.

Pour l’année 2010, le pourcentage d’arrangement est tombé jusqu’à 41%, un résultat qui s’expliquerait par le fait que les parents des victimes aient compris le besoin de porter plainte. « Il y’a violence mais il n’y a pas de justice. Nous sommes victimes, victimes et victimes. Victimes d’une agression barbare, victimes de mentalités et victimes de l’injustice et de l’insuffisance des lois », a souligné Zeinabou Mint Taleb Moussa.

L’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant vient d’achever une enquête sur les violences sexuelles dans cinq régions de la Mauritanie (Gorgol, Assaba, Brakna, Adrar et Dahlet Nouadhibou). D’après sa présidente, cette enquête montre que ce phénomène est réel en Mauritanie et demeure encore un sujet tabou.

Zeinabou Mint Taleb Moussa a annoncé la création d’une ligne d’assistance téléphonique et d’aide aux enfants qui souhaitent des conseils ou qui sont en danger. Ce numéro vert (80001010) d’appel gratuit mis à la disposition par la Mauritel à l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant sera également ouvert aux femmes victimes de violences. D’ici février, ce numéro vert sera ouvert aux autres opérateurs téléphoniques à savoir Mattel et Chinguittel.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

Des femmes se forment aux techniques de plaidoyer et de communication

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Une session de formation en technique de plaidoyer et de communication organisée par l’Association des Femmes Chefs de Famille (A.f.c.f.) s’est ouverte, ce lundi, au Ksar, au siège de cette organisation de la société civile.

S’exprimant à l’ouverture de cet atelier qui prendra fin le 14 janvier, Salimata Sy, qui pilote au niveau de l’A.f.c.f. les activités du programme « Former et Agir en Mauritanie«  financé par l’Union Européenne, a présenté les détails de ce programme portant sur « le renforcement des capacités des associations locales de défense des droits humains en matière de mobilisation sur les droits des femmes ».

« C’est un projet qui est axé essentiellement sur le plaidoyer pour l’amélioration de la législation qui règle ou organise la vie des femmes dans notre pays« , a-t-elle expliqué, précisant aussi que cette session de formation en technique de plaidoyer et de communication sera l’occasion de revenir minutieusement sur « les différents textes nationaux ou internationaux qui organisent la vie de ces femmes à savoir les conventions internationales, les lois nationales, les décrets… ».

« Avant de plaider, il faut savoir d’abord parler. Pour parler, il faut savoir communiquer, cerner son message et identifier sur quoi ce que l’on veut communiquer », a-t-elle lancé aux participantes de cette session de formation assurée par Tijani Ould Mohamed El Kerim, directeur de l’Institut Mauritanien pour l’Accès à la Modernité.

Ce projet regroupe trois autres organisations de défense des droits de l’Homme mauritaniennes dont l’Association des Femmes Chefs de Famille.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 8 janvier, 2011 )

Un père soupçonné d’avoir violé puis sodomisé sa fille

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Un père, soupçonné d’avoir violé et sodomisé sa fille âgée de 17 ans, a été appréhendé puis gardé à vue au niveau de la Brigade des mineurs de Socogim Ps, à la suite d’une plainte déposée par l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant, a-t-on appris mercredi auprès d’une source proche de cette Ong.

Lundi dernier, vers 11h, cette jeune fille a été accueillie par le centre El Wafa de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant.

Cette jeune fille, dont la mère vit actuellement au Sénégal, était sans cesse abusée sexuellement par son père. Pour se sauver des griffes de ce dernier, elle décida de chercher du travail et trouva refuge auprès d’une femme restauratrice.

« Les week-end, elle ne partait pas chez elle. Sous le poids de la souffrance, elle faisait des crises et pleurait tout le temps. C’est ainsi que sa patronne l’amena à l’hôpital. Et, une fois examiné, elle avait de l’hémorroïde. Elle avouera par la suite que c’est son père qui en est responsable », a indiqué une source proche de l’Ong.

La dame s’est ensuite rendue à la Brigade des mineurs pour porter plainte contre le père de la jeune fille accusé de viol et de sodomie sur mineure avec la contribution de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 3 novembre, 2010 )

Inefficacité de la lutte contre les viols : La présidente de l’A.f.c.f. met en cause l’absence d’une préoccupation très forte de la part des pouvoirs publics

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (A.f.c.f.), Aminétou Mint El Moctar, juge inefficace la lutte contre les viols. Elle met en cause l’absence d’une préoccupation très forte de la part des pouvoirs publics au sujet de ce phénomène qui a atteint un pic sans précédent ces deux dernières années avec à l’appui des statistiques inquiétantes et troublantes.

« Le viol n’est pas stigmatisé chez nos populations. C’est dans les us et coutumes. Il est extrêmement difficile pour la victime de prononcer qu’elle a été violée. Il est extrêmement difficile pour les parents d’accepter porter plainte. La fille est aussi accusée, devant la justice et la police, d’avoir commis un crime d’adultère. Et, c’est toujours la victime qui paie les pots cassés », explique Aminétou Mint El Moctar.

Puis, elle se plaigne que l’opinion publique ne soit suffisamment pas mobilisée au sujet du viol qui est aujourd’hui un véritable phénomène de société tout en appelant de ses vœux à l’Etat de criminaliser le viol.

Il faut souligner, dans le même ordre d’idées, que, depuis, quelques années, des associations féminines dont notamment l’Association des Femmes Chefs de Famille (A.f.c.f) mènent un combat pour la mise en œuvre d’un cadre juridique de protection spécifique contre les violences à l’égard des femmes mauritaniennes.

Face à l’urgence et à l’ampleur de ce phénomène, ces associations de femmes attendent plus d’engagement de la part des pouvoirs publics dans le domaine de la lutte contre les viols. Mais, aussi, dans un autre registre, elles demandent également la compression de certaines dispositions juridiques qu’on retrouve ça et là, éparpillées, dans le Code Pénal, la Convention sur les droits de l’Enfant, l’Ordonnance 2005-015 sur les mineurs et le Code du Statut Personnel. Et, pour ce faire, elles comptent sur l’appui des parlementaires.

« Il ne s’agit pas de faire des lois qui ne seront pas appliquées ni de les multiplier pour ne pas les appliquer. Cela ne servira à rien », a-t-elle souligné.

Aminétou Mint El Moctar en a aussi appelé le gouvernement à se préoccuper davantage du sort des femmes mauritaniennes. « Elles constituent 51,6% de la population. C’est elles qui sont victimes de la pauvreté, de l’ignorance, du manque de formation spécifique pour répondre aux besoins du marché de l’emploi. C’est elles qui sont discriminées, victimes de violences, de maltraitances. On a besoin d’une politique de prise en charge de la question de la promotion des droits de la femme », a-t-elle rappelé.

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 septembre, 2010 )

A moins de 4 jours de la campagne présidentielle : Le Fndd et le Rfd reprennent le combat de la rue

Le Fndd et le Rfd ont organisé, ce lundi 18 mai, une grande marche pour, disent-ils, sauver la Mauritanie des conséquences néfastes de l’agenda unilatéral du régime militaire issu du coup d’Etat du 6 août 2008.

Ainsi, des milliers de personnes, hommes, femmes et principalement des jeunes, tous opposés au coup d’Etat, ont à nouveau investi les artères de la capitale. A moins de 4 jours du début de la campagne présidentielle, la pression du côté du Fndd et du Rfd semble ne pas faiblir. Cette marche intervient en pleine médiation sénégalaise qui en est à son ultime round…

« Les mauritaniens se dresseront contre Mohamed Ould Abdel Aziz pour faire échouer le coup d’Etat du 6 août 2008. On n’acceptera pas non plus les élections du 6 juin prochain », a déclaré le président de l’Assemblée Nationale, Messaoud Ould Boulkhéir. « On est déterminé à aller au bout de notre objectif qui est celui de faire échouer l’agenda unilatéral du général », a-t-il poursuivi.

En outre, Messaoud Ould Boulkhéir a vigoureusement fustigé l’attitude des parlementaires de la majorité parlementaire qu’il accuse de torpiller tout processus de dialogue visant à dénouer la crise politique actuelle. D’ailleurs, il les a qualifiés d’hypocrites à la solde de Mohamed Ould Abdel Aziz. « C’est des gens sans conviction », dit-il.

« Non au coup d’Etat ! Non au coup d’Etat », a martelé Ahmed Ould Daddah, au cours de son intervention. « Non ! Non ! Non à l’agenda unilatéral de Mohamed Ould Abdel Aziz », dénonce-t-il.

Quant à Mohamed Ould Maouloud, il a fait part de son inquiétude, face à l’obstination de Mohamed Ould Abdel Aziz, que la Mauritanie s’enlise davantage dans l’isolement international. « Mohamed Ould Abdel Aziz est en train de nous mener vers le chaos », dit-il. « Ce qu’il est en train de nous proposer n’est rien d’autre que des élections à trouble, à problème. Nous n’en voulons pas de ces élections », a-t-il conclu.

Cette imposante marche des forces anti putsch intervient à un moment ultime de la médiation sénégalaise qui suit son bonhomme de chemin.

Les derniers développements de cette valse diplomatique dirigée de mains de maître par le ministre d’Etat et ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Cheikh Tijane Gadio, poussent de plus en plus à l’optimisme si on s’en réfère aux déclarations du haut responsable sénégalais qui était de nouveau à Nouakchott hier et qui est attendu aujourd’hui en même temps que le président Abdoulaye Wade.

Dès lors, pourquoi le Fndd et le Rfd qui avaient suspendu provisoirement le calendrier de leur marche ont repris de nouveau le rythme des manifestations ? Est-ce à dire que le chemin de la réconciliation est en encore très long pour rapprocher les acteurs de la crise politique mauritanienne ?  

Babacar Baye Ndiaye

( 27 février, 2009 )

Affaire Ould Marcou : A défaut d’être fixées sur son sort, l’Afcf et SOS Esclaves demandent sa libération immédiate

Brahim Ould Marco croupit toujours en prison et son jugement est toujours renvoyé aux calendes grecques. Cette situation n’en finit pas d’exaspérer la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, Aminétou Mint El Moctar qui suit ce dossier de près depuis le début. «Brahim Ould Marco est écroué en prison, sans toute forme de procès », déplore-t-elle.

Pour elle, ce dernier est tout simplement victime d’une injustice. Puisque la liberté provisoire que lui avait accordée le juge d’instruction a été refusée par le procureur de la République. Rappelons qu’à cet effet, sa conjointe, qui a été simultanément appréhendée par la police de l’aéroport à leur retour de Maroc où ils avaient convolé en noces, a été relâchée, grâce à son oncle Vadhili Ould Nagi, à l’époque commissaire de l’aéroport de Nouakchott.

Pour la présidente de l’Afcf, le cas d’Ould Marco est une illustration parfaite du manque de justice en Mauritanie. «Nous condamnons le comportement de la justice envers une tranche de la société. Nous demandons que la justice soit à la portée de tous et qu’il n’y ait pas de discrimination entre les différentes communautés du pays », dit-elle.

Cette affaire doit, selon elle, trouver une solution très rapidement. Elle n’a pas épargné dans ses critiques l’ex-procureur de la République qui a été démis de ses fonctions et principalement le commissaire Vadhili qu’elle accuse tous deux d’être derrière cette affaire. «Ce n’est pas le commissaire Vadhili qui peut bouleverser toute une justice », précise-t-elle.

La présidente de l’Afcf a affirmé qu’elle va éclairer la lanterne des mauritaniens au sujet de l’affaire Ould Marco, derrière laquelle se trouverait la main de Vadhili Ould Nagi.

Selon la présidente de l’Afcf, il y aurait aussi derrière cette affaire la main de Cheiyakh Ould Ely, actuellement conseiller à la présidence de la République qui aurait fait pression sur le ministre de la justice.

Aminétou Mint El Moctar semble avoir la coupe pleine et d’ailleurs elle l’a fait savoir en tirant à boulets rouges sur ce qu’elle appelle la féodalité mafieuse. «Ils sont en train de bafouer la justice mauritanienne et font tout ce qu’ils veulent. Ils utilisent leurs postes pour faire régner la terreur au sein des populations mauritaniens », a-t-elle dénoncé. «On ne peut pas continuer à violer allègrement les droits des citoyens », conclut-elle sur un ton de dépit.

Aminétou Mint El Moctar demande à ce qu’Ould Marco soit libéré. «Il n’a rien fait et il est innocent », soutient-elle puisque Brahim Ould Marco s’est marié avec Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi dans la légalité au royaume chérifien. Aussi, elle a demandé sa libération immédiate, à défaut de procès.

Boubacar Messaouad, président de SOS Esclaves, venu prêter main forte à la présidente de l’Afcf, n’y est pas allé de main morte en qualifiant l’affaire Ould Marco comme étant un crime. «La situation d’Ould Marco et de Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi est une situation de déni de droit », dit-il. «C’est l’expression d’une discrimination très flagrante et compréhensible dans un Etat féodal où les hommes et les femmes ne sont pas égaux », explique-t-il.

Pour Boubacar Messaoud comme pour Aminétou Mint El Moctar, l’affaire Ould Marco est la preuve que les autorités du pays ne veulent point instaurer un nouvel ordre social, basé sur la justice et l’égalité des chances entre les différents citoyens.

La famille de Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi, qui exerce un chantage sur Ould Marco, est en train de tout faire pour que le mariage de ce dernier avec Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi soit cassé et surtout qu’Ould Marco se sépare de son épouse, pour sortir de prison. «Nous voulons savoir pourquoi Ould Marco ne peut pas épouser Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi ? Pourquoi veut-on que leur mariage soit rompu ? Pourquoi est-on en train de punir Ould Marco ? », s’interroge Boubacar Messaoud.

A ses yeux, on est en train d’assister à un «divorce forcé » entre Brahim Ould Marco et Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi. Il n’a pas non plus manqué de dénoncer la prise en otage de la justice mauritanienne par une famille, une tribu ou une communauté. «C’est à cause de cela, explique-t-il, que la Mauritanie continue d’être la Mauritanie des Kwars, la Mauritanie des Bidhanes, la Mauritanie des Harratines… »

Ainsi donc, il estime que, tant que cela continuera, la situation du pays ne va jamais changer. «On n’oblige pas une femme à épouser quelqu’un. Mais non plus, on ne l’oblige pas à divorcer », dit-il.

Boubacar Messaoud va plus loin. Il  assimile l’affaire d’Ould Marco à certains cas relatifs à l’esclavage. «Les esclaves ne peuvent pas épouser des femmes qui ne sont pas esclaves. Les Harratines ne peuvent pas épouser des femmes qui ne sont pas Harratines. Les forgerons ne peuvent pas se marier en dehors de leurs castes, de même que les griots. Par contre, certains peuvent épouser qui ils veulent », souligne Boubacar Messaoud. 

Aux dernières nouvelles, Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi serait en état de grossesse. Et du côté de sa famille, on tente, par tous les moyens, de la faire avorter. A ce sujet, la mère de Brahim Ould Nagi, Fatimétou Mint Hameydane, qui était présente à cette conférence de presse, a laissé entendre que si la famille de sa belle fille s’aventurait à le faire, son fils les poursuivrait en justice.

Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi qui est majeure a consenti à se lier librement à Brahim Ould Marco. Mais ses parents continuent de soutenir que son mariage est nul. Ce qui n’est pas de l’avis de Boubacar Messaoud qui a déclaré que la justice devait avoir la même attitude vis-à-vis de Brahim Ould Marco et de Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi.

Les détracteurs d’Ould Marco se fondent principalement, pour casser ce mariage, sur le fait qu’il aurait des origines chrétiennes. «C’est une manière de faire la pression sur lui afin qu’il cède », a expliqué Aminétou Mint El Moctar.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Claudy Siar: »Les choses changeront pour les artistes mauritaniens à condition qu’il y ait une volonté très forte de changement »

Tout Nouakchott attendait depuis très longtemps l’arrivée de Claude Siar, animateur sur Radio France Internationale (Rfi) de l’émission « Couleurs Tropicales ». Cette venue n’a été possible que grâce à Philippe Debrion, directeur du Centre Culturel Français Antoine Saint-Exupéry de Nouakchott, qui s’est personnellement investi pour le faire venir à Nouakchott pour la première fois en Mauritanie. Pendant deux jours (13 et 14 février 2009), Claudy Siar et son équipe ont campé le décor au Ccf pour y enregistrer l’émission « Couleurs Tropicales » qui sera diffusée en début de cette semaine sur Rfi. Sa venue n’a pas pour autant manqué de susciter des lueurs d’espoir dans le cœur des artistes mauritaniens.  » Nous ne pouvons pas changer la réalité de la musique mauritanienne « , prévient Claude Siar. Durant son séjour à Nouakchott, le Rénovateur Quotidien en a profité pour le rencontrer.

————Entretien réalisé par Babacar Baye Ndiaye  

Le Rénovateur Quotidien : Couleurs Tropicales, l’émission que vous animez sur Rfi, existe depuis presque 15 ans. Vous vous êtes rendu dans tous les pays francophones d’Afrique sauf la Mauritanie. Pourquoi ce boycott, cette absence ? 

Claudy Siar : Non, les termes sont très forts ! Il n’y a pas eu de boycott ni d’absence. Maintenant, on ne peut plus dire que je ne me suis pas rendu à Nouakchott. C’est vrai qu’il y a toujours eu un souci. Notre ancien correspondant à Nouakchott, Aziz Guissé, voulait vraiment que l’on vienne. Mais, à chaque fois, il y avait des problèmes politiques. Finalement, on ne pouvait pas venir. 

Le directeur du Ccf, Philippe Debrion, a tout fait pour que « Couleurs tropicales » soit enregistrées à Nouakchott. Il y avait déjà eu un report. Maintenant, Ce n’est pas le cas ! C’est un bonheur pour nous d’être en Mauritanie. C’est un rêve qui se réalise et puis c’est notre mission : être en Mauritanie pour recevoir les artistes, faire entendre au monde ce qu’est la réalité des artistes mauritaniens et donner le parfum des musiques mauritaniennes aux auditeurs de Rfi. 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous avez entendu les artistes mauritaniens se plaindre du manque de soutien, de structures, de production, de visibilité internationale…Dans ce sens, allez-vous contribuer, ne serait-ce que symboliquement, à l’évolution de la musique mauritanienne ? 

Claudy Siar : Je vais être très clair ! Nous ne pouvons pas changer la réalité de la musique mauritanienne sauf peut-être ce que l’on peut dire, les échanges que l’on peut avoir avec les uns et les autres, les artistes qu’on aura rencontrés et que l’un d’entre eux ou plusieurs pourront avoir, grâce à nous, l’opportunité de trouver une maison de disques probablement. 

Mais, on ne peut pas changer la réalité parce qu’elle est ce qu’elle est, à cause des problèmes d’infrastructures, du manque de professionnalisme de certains, à cause aussi peut-être du ministère de la Culture qui n’a pas encore suffisamment entendu les plaintes de tous les créateurs, de tous les artistes pas seulement ceux qui font de la musique mais ceux qui également sont plasticiens, cinéastes, comédiens et autres. 

Je pense que il serait prétentieux de penser qu’on puisse changer les choses. Notre présence à Nouakchott peut donner un peu d’énergie à certains, aux artistes pour mieux comprendre leur métier, du fait qu’on les a mis en lumière durant le temps de la présence de « Couleurs Tropicales » à Nouakchott en prenant conscience, malgré leurs petits moyens, de ce qu’ils peuvent faire… 

Le Rénovateur Quotidien : Pour vous donc, les artistes mauritaniens ne doivent pas tout attendre de vous ? 

Claudy Siar : Non ! Evidemment que non ! Ce serait prétentieux de penser que je puisse apporter la vérité aux autres. En plus, je ne connais pas complètement les réalités que vivent les artistes mauritaniens. Ils savent mieux que moi ce qui ne va pas et n’ont pas besoin de moi pour le savoir. Le fait qu’on soit là, d’enregistrer l’émission « Couleurs Tropicales » en public avec autant de monde, c’est juste un coup de pouce. 

J’aime comparer ce que nous faisons à Nouakchott avec ce fabuleux espoir que nous a donné Barack Obama par son élection. Il ne va pas venir changer la réalité des gens. Mais, le fait qu’il ait été élu nous donne une énergie supplémentaire, nous booste dans nos espoirs, dans notre volonté légitime de changer les choses. Et, c’est ce que, nous, à notre modeste niveau, pensons pouvoir faire en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans un pays comme la Mauritanie où le retard musical est énorme, que faut-il faire pour qu’il y ait un véritable déclic ? 

Claudy Siar : Cela dépend de tellement de choses. Je pense aussi que c’est être là au moment où il faut rencontrer les gens. Il y a des détonateurs parfois. Comme par exemple lorsqu’un peuple en a assez avec la réalité qui perdure, lorsqu’un milieu artistique se dit : « Ecoutez, on en a marre ! Ça suffit, il faut faire quelque ! » Je crois aux synergies et au moment dans la vie où l’on peut faire des choses. Il y a aussi des moments où ce n’est pas le moment. On a parfois raison d’avoir raison très tôt. Il y a un temps pour tout ! 

Je vais vous citer une phrase d’Abraham Lincoln qui disait : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ». Alors, il y a un moment donné où les choses vont changer. Les choses changeront aussi pour les artistes mauritaniens. Mais, les clefs sont entre les mains des uns et des autres. Il faut qu’il y ait une volonté très forte de changement. 

Le Rénovateur Quotidien : N’avez-vous pas peur de décevoir les mauritaniens qui croient en vous et qui pensent que vous pouvez changer les choses d’un coup de baguette magique ? 

Claudy Siar : Evidemment ! C’est pour cela qu’il faut être honnête et ne pas laisser croire aux gens qu’on va changer leur vie. Mais, en revanche, le fait d’être là, encore une fois je le répète, le fait de se parler, de dire que c’est possible est important…Mais, les clefs, ce sont les mauritaniens qui l’ont. Moi, je vous apporte juste de l’énergie, quelques façons de faire, vous montrer la piste à prendre… Malheureusement, c’est tout ce que je peux faire ! 

Le Rénovateur Quotidien : Couleurs Tropicales est devenu un baromètre de la musique africaine. Aujourd’hui, quelle lecture en faites-vous ? 

Claudy Siar : Pour moi, il n’y a pas une musique africaine mais des musiques africaines. C’est très important ! Evidemment que nos musiques évoluent. Ce qu’il y avait dans les années 1980 ne ressemble plus à ce qu’il y a aujourd’hui. Puis, le fait que nos musiques populaires soient toujours aussi populaires auprès des peuples signifie qu’elles évoluent, qu’elles correspondent au quotidien des gens. 

D’un autre côté, il y a de plus en plus de difficultés pour les artistes d’Afrique à trouver des maisons de disques à l’international, à vivre décemment de leurs œuvres. Le piratage et autres contrefaçons sévissent de plus belle. Alors, c’est très compliqué. Dans le même temps, les artistes n’ont jamais aussi bien créé. Ils n’ont jamais été aussi proches du peuple. Qu’il s’agisse des artistes qui font de la musique traditionnelle comme par exemple en Mauritanie ou du couper-décaler en Côte d’Ivoire… 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il n’y a pas aussi une volonté délibérée de tuer toutes ces musiques africaines-là au niveau de l’industrie musicale mondiale ? 

Claudy Siar : De toute façon, l’industrie du disque veut toujours tuer les « industries indépendantes ». Aujourd’hui, les majors compagnies cherchent à investir ou à s’approprier ce qu’on appelle les « musiques de niche » qui sont des musiques destinées à des couches très spécifiques qui génèrent de l’argent. Lorsqu’elles n’arrivent pas à obtenir ce marché-là, elles peuvent trouver toutes sortes de biais pour occuper le terrain. Là, on est plus dans une guerre économique. C’est comme par exemple une compagnie aérienne. À un moment donné, il y a de l’agressivité dans sa politique commerciale pour gagner de plus en plus de marché quitte à faire du mal aux compagnies locales ou aériennes.   

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous toujours eu à l’esprit que l’animateur, parallèlement à son rôle de faire plaisir, devait aussi avoir un rôle beaucoup plus engagé sur certains sujets comme par exemple politiques, sociaux… ? 

Claudy Siar : Je pense qu’aujourd’hui, au regard de la situation de l’Afrique, dans ce drôle de bain de l’occidentalisation dans lequel l’Afrique a été plongée, qu’il est important que chacun d’entre nous soit militant. Le président Tabo M’Béki disait en 1998 qu’un véritable africain est un combattant, un militant pour son continent. Je pense qu’on ne peut pas être autre chose sinon ce serait être complice de ceux qui commettent des crimes contre l’Afrique qui ne sont d’autre que les grandes instances dites internationales (Banque mondiale, Fmi, Onu….), des instances nées pour asseoir le pouvoir de l’Occident sur les pays dits du tiers-monde. 

Sur l’Afrique, l’évidence est là : elle est devant nos yeux. L’Afrique est quand même un continent où des religions sont venues avec les conquêtes, l’esclavage, la colonisation, donc, des religions qui ne sont pas les nôtres et que nous avons adoptées. L’Afrique est abreuvée de toutes les cultures occidentales qui oppressent ses propres cultures. L’Afrique est un continent, dans une partie en tout cas, où l’on donne aux enfants des prénoms occidentaux et l’on oublie les prénoms ancestraux. 

L’Afrique est un continent où bon nombre de nos femmes ne voient leur beauté qu’à travers les canons de beauté occidentaux (dépigmentation, tissage…). L’Afrique subit une agression d’une extrême violence et ses enfants ne comprennent pas qu’ils doivent la sauver en œuvrant dans le domaine qui est le leur. Quel que soit le niveau où l’on se situe, il est important de s’engager pour l’Afrique parce que chaque jour, des êtres humains, qu’ils soient d’Afrique ou pas, lui arrachent l’écorce de sa dignité, l’écorce de sa vérité, l’écorce de son humanité. Chaque jour, on arrache l’écorce de l’arbre de l’Afrique. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’aujourd’hui vous vous sentez redevable au continent africain, d’où ce discours que vous tenez ? 

Claudy Siar : Je ne suis pas redevable ! C’est tout simplement parce que c’est mon continent, c’est l’histoire de mon peuple. Je suis né au sein d’un peuple qui est né dans les fers de l’esclavage : ce sont les africains des Caraïbes, de la Guadeloupe pour être précis. Le socle de notre identité, c’est l’Afrique. Après, il y a par-dessus tout cela, de l’indianité, de l’européanité…. 

Lorsqu’on voit que notre continent est dans un tel état, lorsque moi je vois que mon continent est dans un tel état, est-ce-que je dois faire comme si de rien n’était parce que je vis en Europe ? Je serais complice d’un crime contre l’Afrique si je ne fais rien. Les prénoms (Keyla et Nidiaye) de mes enfants sont des références à l’Afrique. Moi, je ne veux pas oublier ! 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes le créateur du concept « Génération Consciente ». A partir de quoi, ce concept a germé ? 

Claudy Siar : C’est un état d’esprit ! Quel que soit notre milieu social ou notre âge, on doit pouvoir être conscient de la société dans laquelle on vit, de ses fonctionnements, de ses tares et de ceux qui en veulent à cette société-là. Lorsqu’on est conscient de ça et lorsque dans sa vie on fait quelque chose pour essayer de changer les choses, on appartient à cette « Génération Consciente » qui est une communauté de penser et d’action. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu aussi pour vos positions très courageuses voire déplaisantes. Ne vous arrive-t-il pas d’éprouver des craintes pour votre carrière, votre avenir, votre personne ? 

Claudy Siar : Ma carrière a reçu beaucoup de coups à cause de mes engagements. Cela ne m’a jamais empêché de vivre de mon métier puisque j’ai toujours fait beaucoup de choses pour que l’autre comprenne que même s’il me prive de boulot, je pourrais continuer de vivre. Souvent, on vous tient par le côté économique de la chose. On veut vous montrer que si tu ne te tais pas tu vas perdre ton gagne-pain, tu ne pourras plus élever tes enfants. Avec moi, ça ne marche pas. 

J’ai toujours compris que je devrai montrer à l’autre que je suis indépendant pour continuer à pouvoir dire ce que je dois dire. Evidemment, ça me coûte très cher même au sein de Rfi. Ce n’est pas simple d’avoir un discours comme le mien et d’être accepté par ses supérieurs. C’est peut-être aussi pour cela que je voulais avoir ma propre radio qui existe depuis un an et demi. Alors, ça crée des jalousies chez certains de mes collègues. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous assumez le fait d’être une personne engagée quel qu’en soit le prix à payer ? 

Claudy Siar : Ah, oui ! Mais, je ne me considère pas comme une personne engagée. Je me définis juste comme quelqu’un qui est conscient du monde dans lequel il vit. Alors, j’ai deux choix : ou je fais comme si je ne voyais rien. Là, c’est terrible, je vais mourir mal avec des aigreurs d’estomac. Ou alors, je me dis, c’est la réalité dans laquelle je vis et je dois faire quelque chose pour changer cette réalité afin que mes enfants n’aient pas besoin de mener les combats que je mène dans l’espoir que les générations futures aient peut-être un monde meilleur. 

C’est complètement utopique, fou d’ailleurs ! Mais je me dis que d’autres avant moi, des anonymes, ont donné leur vie, leur temps, leur énergie pour que des choses changent. Je pense à tous les anonymes durant l’apartheid qui se sont fait torturer dont l’histoire n’aura jamais retenu les noms. Je pense que durant la colonisation, il y a des gens qui se sont battus et qui sont morts dont l’histoire ne retiendra jamais le nom. 

Le Rénovateur Quotidien : Justement au sujet de monde meilleur, quel regard avez-vous de l’émigration clandestine des jeunes africains vers l’Europe ? 

Claudy Siar : Je réfute la terminologie « émigration clandestine ». Il n’y a que des êtres humains ayant connu le colonialisme et le néocolonialisme qui veulent aller chercher ailleurs une vie meilleure parce que les systèmes politiques sont incapables de trouver les bons mécanismes pour subvenir à leurs besoins. Pour moi, donc, il n’y a rien de clandestin. Il ne faut jamais oublier que des européens, après des conquêtes, sont partis aux quatre coins du monde, ont pris la terre des Aborigènes d’Australie, celle des Maoris en Nouvelle-Zélande, des peuples amérindiens d’Amérique du Sud, du Nord, des Caraïbes. Ils ont souvent exterminé des peuples pour leur prendre leurs terres. Comment se fait-il qu’aujourd’hui on dénie le droit aux africains d’aller aussi chercher ailleurs une terre plus prospère ? Donc, pour moi, il n’y a pas d’émigration clandestine! 

( 20 novembre, 2008 )

Pierre Bonte, anthropologue: »La tribu permet de comprendre certaines évolutions et réalités contemporaines »

Pierre Bonte est un anthropologue d’origine française. Il a consacré de nombreuses recherches sur les sociétés tribales sahariennes. Son domaine de prédilection porte sur les tribus et plus particulièrement sur celles de la Mauritanie. Pour une énième fois encore, il a été invité à Nouakchott pour présenter, au Centre Culturel Français de Nouakchott, son dernier ouvrage intitulé « Ibn Khaldun et l’anthropologie moderne : l’Emirat de l’Adrar ».

La Mauritanie est un pays qui se caractérise, sur le plan ethnique, par la prédominance des tribus dans notre système d’organisation sociale. Mais, pour autant, la tribu ne semble pas une spécificité typiquement mauritanienne. Déjà, les romains, avant de s’organiser en cité, étaient regroupés en tribus. Item chez les grecs. En Irak, en Afghanistan, on y retrouve aussi des zones tribales. Et, dans d’autre pays de la planète. C’est un phénomène qui a de beaux jours devant lui en Mauritanie. « La tribu, c’est encore une réalité dans le monde mauritanien contemporain malgré les mutations sociales, économiques et culturelles qu’a connu la société mauritanienne », s’étonne Pierre Bonte.

Pour autant, les tribus ont toujours souffert et continuent à souffrir de certaines étiquettes. « Quand on parle de tribus, il y a beaucoup de jugements de valeurs qui sont posés à priori. Quand on parle de tribus, on pense archaïsmes, anarchie, irréductibilité, opposition et contradiction entre l’Etat », relève-t-il.

La tribu, « c’est aussi, tout ce qui empêche la modernité, la mise en place de l’Etat et du sentiment national », pensent certains. Contrairement aux touaregs dont la filiation est fondée sur la filiation matrilinéaire, celle des tribus mauritaniennes est fondée sur la filiation patrilinéaire.

La tribu en Mauritanie est un type de société fondé sur la filiation unilinéaire. C’est-à-dire que les groupes qui la constituent se définissent en référence à un ancêtre commun. Leur mode d’organisation a très tôt intéressé les historiens et les anthropologues. D’ailleurs, ce type d’organisation a fait dire à de nombreux chercheurs que ces sociétés tribales étaient comparées à des modèles de sociétés sans Etat. Ce type d’organisation, à leurs yeux, correspondait à un stade nécessaire de l’organisation de l’humanité marqué par trois phases d’évolution : la sauvagerie, la barbarie et la civilisation.

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Dans ses recherches sur les tribus mauritaniennes, Pierre Bonte s’est aperçu de l’existence de hiérarchie sociale et politique au sein de ses tribus. S’inspirant de Ibn Khaldun, il a réussi à comprendre les mécanismes qui régissent ces tribus.

Dans son ouvrage, pour mieux comprendre le fonctionnement de la société tribale mauritanienne fondée sur les liens de l’utérus : il étudie minutieusement la succession de l’Emir de l’Adrar du nom de Mohamed Ould Haïda mort en 1861. Après sa mort, s’est ouvert un cycle infernal pour sa succession entre ses différentes progénitures qui se livrèrent à de rudes combats parfois mortels. A cette époque, l’Emirat de l’Adrar connut une instabilité sociale et politique sans précédent. Cette histoire a beaucoup marqué la vie politique et sociale de l’Adrar.

Autre histoire évoquée dans son livre, c’est l’assassinat de l’Emir Ahmed Ould Mohamed, petit fils de Mohamed Ould Haïda. Ce dernier profita de l’affaiblissement de l’Emirat d’Adrar pour restaurer l’autorité. Son règne connut aussi un cycle de meurtres dans lequel va intervenir l’Emir du Tagant. L’intervention de ce dernier va élargir le conflit entre les différentes tribus de l’Adrar. Cette histoire montre combien ces sociétés tribales sont complexes dans leur fonctionnement. Elles connaissaient régulièrement des changements de position politique et statutaire constante. De tels changements peuvent aussi être l’objet de conflits plus ou maîtrisés.

En général, les clivages s’effectuaient, la plupart du temps, en fonction des appartenances maternelles. De même que les systèmes d’alliances. « Le fait d’avoir des enfants de mères différentes n’était pas exceptionnelle dans la société maure de cette époque », rappelle Pierre Bonte.

En outre, dans ses recherches sur les tribus mauritaniennes, il a remarqué qu’il y avait une opposition symbolique marquée entre le monde des tentes (lieu féminin par excellence) et le monde des campements (le lieu de l’autorité).  » Ceci illustre qu’elles (les tribus mauritaniennes, Ndlr) sont des sociétés fortement patrilinéaires privilégiant les valeurs masculines », note-t-il.

Toujours, dans ces sociétés tribales, une femme ne peut pas épouser un homme de rang inférieur au sien. Ce statut lui procure une position sociale centrale. Par exemple, dans la gestion de la violence, elle fait office d’intermédiaire.

La violence ne caractérisait uniquement pas les sociétés tribales mauritaniennes où souvent des conflits se développaient, des positions se modifiaient et où des hiérarchies pouvaient apparaître. Inscrite dans la culture mauritanienne,  les tribus passionnent toujours les anthropologues qui s’interrogent encore sur leur permanence dans la société mauritanienne.

Par Babacar Baye Ndiaye 

( 20 novembre, 2008 )

Nadi H Cas:La femme fleur au pollen magique!

Elle pourrait être une bonne mère pleine de grâce comme la fleur au pollen magique qu’elle incarne. Mais, le destin en a décidé autrement. Nadia Georget, plus connue sous le nom d’artiste de Nadi H Cas, est issu d’un milieu modeste. Cette situation qu’elle n’a pas choisie n’a jamais pesé sur sa détermination et sa volonté à se hisser dans une époque où l’homme n’avait pas encore inventé l’ordinateur et l’internet. 

Une époque où les Beaux-arts étaient encore un domaine inaccessible. Née dans les années 50, elle fut marquée par l’époque des grandes revendications féministes en France dont la figure de proue était Simone de Beauvoir. 

Son penchant pour le dessin qui constituait pour elle un refuge ne trahit pas sa vocation d’artiste plasticienne. Depuis toute petite, elle se caractérisa par sa passion pour le bricolage. Elle se saisissait de tout ce qui lui tombait entre les mains. »C’était une manière de m’évader », explique-t-elle. 

Cette autodidacte, même si cette appellation ne lui plaît pas (cela me gêne, se défend-elle, parce que ce serait irrespectueux pour tous les gens que j’ai connus dans ma vie), a réussi, en côtoyant des artistes plasticiens, à forger sa propre trajectoire. Son art, qui se réclame de l’art brut, est avant tout le reflet de ses émotions, de sa nature, de sa personnalité et surtout de son éducation. 

Native de Dreux à l’Ouest de Paris, Nadi H Cas a eu la chance d’avoir des parents qui ont très tôt fait germer en elle le génie créateur. Enfant gâtée, elle l’était. Rien ne lui manquait. Autant elle était comblée de bonheur, autant elle l’était en Amour. Elle grandit dans une atmosphère familiale où on ne lésinait pas sur les moyens pour se priver de la moindre fête. Loin des clichés du genre « marginaux du quartier », elle vivait l’insouciance qui caractérise la jeunesse.  

Elle vécut sa jeunesse avec beaucoup d’empreintes. Elle s’initia très tôt aux arts plastiques, à la lecture…Tout lui était permis même de rêver…Cette éducation libérale lui a permis de développer et de forger son intelligence et son tempérament. Déjà, à l’âge de 12 ans, elle paraissait mature. Sa mère y sera pour quelque chose. Elle grandira dans une époque fortement dominée par beaucoup de tabous. Mais, leur foyer faisait l’exception. Comme elle l’a dit, chez elle, tous les sujets étaient débattus. 

Adolescente, dit-elle, rien ne lui plaisait à part l’art. A cette époque, elle ne croyait pas trop aux études. Très peu de filles parvenaient à s’en sortir. Et celles qui réussissaient à tirer leur épingle du jeu étaient souvent destinées à des carrières subalternes. Elle comprît très tôt que sa vocation était ailleurs. Malheureusement pour elle, elle ne réalisera pas le rêve de son père qui a toujours voulu qu’une de ses progénitures devienne un jour un médecin.

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Entre elle et les études, ça n’a jamais été le parfait amour. D’ailleurs, elle va quitter les bancs en classe de 3ième année de Collège. A la même année, ses parents quitte Dreux en destination de Vierzion près de Bourges où elle va étudier pendant deux ans les céramiques industrielles. Mais, celles-ci sont un domaine qui ne l’ont jamais intéressé parce qu’elles ne correspondaient pas à son orientation : l’art. Elle quitte Vierzion et part à la recherche du temps perdu. Elle rencontre des céramistes, des sculpteurs, des potiers…Elle devient ouvrière pour gagner son bifteck et plus tard animatrice pour enfants maltraités et parallèlement à cela, elle continue à peindre et à dessiner. 

Peu motivée, elle abandonnera le métier d’animatrice et décide de revenir à ses premières amours : la peinture. Elle s’installe ainsi à l’Ile de Groix en face de Lorient dans le Morbihan où elle ouvre son atelier. Elle y séjournera 5 ans. Elle quitte cette île pour s’installer à Ariège avant de s’installer depuis janvier 2000 à Toulouse. 

A Toulouse, elle va militer dans un collectif appelé « Mixart Myrys » qui réunit plus de 450 artistes plasticiens, musiciens, comédiens…Elle sera la vice-présidente de ce collectif. C’est dans ce collectif qu’elle fera la connaissance de Momar Kane d’Afrodream. 

Par l’intermédiaire donc de Momar Kane, elle vient en Mauritanie qu’elle découvre pour la première fois en juin 2008 à l’occasion de la quinzaine des Arts. Elle y fit la connaissance de tous les artistes plasticiens mauritaniens. Pendant 15 jours, elle fera des résidences avec eux et le résultat de leur travail sera exposé le 1ier juillet 2008 au musée national. Son étonnement fut grand lorsqu’elle découvrit qu’il y avait autant d’artistes plasticiens mauritaniens orientés vers l’art brut et surtout l’existence de l’art africain en Mauritanie. « Cela m’a fait une émotion. C’est comme si on me donnait un cadeau », avoue-t-elle. 

Son séjour en Mauritanie lui fit découvrir la culture et la diversité du peuple mauritanien. Jusqu’à aujourd’hui, elle garde de bonnes impressions sur la Mauritanie. Rentrée à Toulouse, elle prend son pinceau pour extérioriser cette riche expérience de deux semaines qu’elle a passées en terre mauritanienne. Au nombre d’une vingtaine, ses tableaux sont un clin d’œil à tous les artistes plasticiens mauritaniens qu’elle a côtoyé durant la quinzaine des Arts, qui ont changé sa vie et lui ont apporté de la richesse supplémentaire. 

La peinture est devenue pour elle un moyen d’oublier sa maladie. Depuis 3 ans, elle souffre d’un cancer du foie. Pour autant, elle reste forte et refuse toute culpabilisation. Elle l’accepte comme tel en se remettant en bonne croyante entre les mains de l’Eternel. « Je la vis. Je la sens mais je n’y pense pas. Lorsqu’on est en vie, il faut le vivre avec paix, bonheur et joie », dit-elle. Cet état d’esprit est omniprésent dans ses tableaux où domine la thématique de la famille. Une manière de se battre contre sa maladie en refusant qu’elle perturbe sa vie.

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Puisque la vie est un cadeau, tout ce qu’elle fait, elle le fait avec plaisir. Circonscrite et réservée, elle ne met pas en avant l’ambition ou la notoriété. Imbue de la philosophie de la rue, elle ne cherche pas à avoir une image. Sa devise : je fais ce que j’aime en dehors de toutes contraintes ! Condamnée à vivre avec sa maladie, elle n’en demeure pas moins accablée. Cela ne l’empêche pas de vivre sa vie et surtout de voyager lorsque l’envie lui traverse l’esprit. 

Tellement qu’elle se sent une mauritanienne à part entière, elle est revenue pour la deuxième fois à Nouakchott, avec en bagages, plus d’une vingtaine de tableaux. Et quand elle est en Mauritanie, elle se sent guérie. »Là où je suis bien, je me fais adopter », explique-t-elle.  

Par Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Ould Marcou : Le parquet refuse de lui accorder la liberté provisoire

L’avocat de l’Association des Femmes Chefs de Famille Me Ahmed Bezeid Ould El Mamy, commis pour défendre le couple Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji et Brahim Ould Mohamed Ould Marcou a dénoncé au cours d’un point de presse certaines « irrégularités » notées dans la procédure de détention de Ould Marcou.  

La situation se complique davantage pour Brahim Ould Mohamed Ould Marcou qui croupit toujours en prison alors que sa conjointe a été libérée depuis belle lurette, grâce à l’intervention de son oncle Ould Naji, Commissaire de la Police de l’aéroport. 

Ce « deux poids deux mesures » n’a pas été du goût de la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, Aminétou Mint Ely Moctar, qui accuse le Procureur de la République de Nouakchott, le Régisseur de la prison centrale, le juge d’instruction dans cette affaire ainsi que le Commissaire de l’Aéroport d’avoir été à l’origine du refus d’accorder à Brahim Ould Marcou la liberté provisoire. 

Ce refus a fait sortir Aminétou Mint Ely Moctar de ses gongs. L’appareil judiciaire, administratif et policier, fait-elle remarquer, est détenu par « une classe féodale qui empêche toute évolution de la société mauritanienne » connue surtout par sa propension à « violer les lois » de la République qu’elle est pourtant censée protéger. 

La cheville ouvrière dans cette affaire demeure le commissaire Ould Naji, accusé par Aminétou Mint Ely Moctar de vouloir « incriminer » sans fondement Brahim Ould Marcou. 

Boubakar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves, venu témoigner sa solidarité à Ould Marcou, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Pour lui, Ould Marcou est victime d’une « injustice flagrante » et d’un « traitement discriminatoire ». 

Et, au niveau de l’Association des Femmes Chefs de Famille, on s’interroge toujours sur le refus de la part du Parquet d’accorder à Ould Marcou la liberté provisoire. Pire encore, le Procureur de la République semble, lui aussi, vouloir enfoncer Ould Marcou puisque, lorsque le dossier lui a été transmis, il l’a incriminé d’atteinte aux lois de Dieu.

Non seulement, il a déclaré le mariage de Ould Marcou et Vatimétou Ould Naji d’illégal, il a ordonné aussi le dépôt en prison de Ould Marcou. Une telle attitude a été jugée par Me Ahmed Bezeid Ould El Mamy comme un acte discriminatoire. 

Par ailleurs, le commissaire Ould Naji aurait torturé, selon les dires de l’avocat, sa nièce, Vatimétou Mint Boubacar Ould Naji afin de la forcer à se constituer en partie civile contre Ould Marcou, son mari. 

Par ses manœuvres et ses relations, le commissaire Ould Naji aurait réussi à obtenir la liberté provisoire pour sa nièce sans l’objection du Parquet alors que le dossier était en appel devant le procureur de la République. 

Quant aux avocats de Ould Marcou, leur demande de liberté provisoire pour leur client a été refusée malgré l’accord du juge d’instruction. Cette affaire est toujours en appel devant la chambre d’accusation, qui n’est pas habilitée à se saisir de ce genre de dossier. 

Dès l’instant qu’il y a des documents authentifiant le mariage de Brahim Ould Marcou et Vatimétou Mint Naji, estime Me Ahmed Bezeid Ould El Mamy, la procédure pénale ne doit pas avoir lieu puisque le juge civil ne s’est pas encore déclaré.  

Cette procédure pénale, pour lui, est une manière, pour le commissaire Ould Naji, de se venger de Ould Marcou dont le mariage avec sa nièce a été jugé contraire aux « lois de Dieu ».

Par Babacar Baye Ndiaye

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