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( 7 novembre, 2008 )

Nicole Vignote, artiste peintre:Une amoureuse de la Mauritanie !

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«Je suis très attachée à ce pays, j’aime bien le désert, les cultures mauritaniennes et je trouve que les gens sont chaleureuses, respectueuses et fidèles en amitié.» Ces paroles pleines de sincérité et dites avec beaucoup d’émotion sont de Nicole Vignote, une française à la fois peintre, sculpteur, poète et artiste nomade, installée en Mauritanie depuis octobre 1998. Lorsqu’elle parle de la Mauritanie, c’est avec beaucoup d’affection.

Son dada : aller à la rencontre des autres, découvrir d’autres publics ! Tout comme Ulysse et le chevalier à la triste figure, elle part à la quête des autres, d’elle-même et de l’aventure. Animée par «un désir culturel» insatiable, elle voyage au Maroc, au Burkina Faso, au Cap Vert, en Espagne, en Suisse, au Canada, en Tchéquie et au Sénégal. Pas étonnant donc quand elle écrit : «voyage, voyage et fertilise ton regard car le soleil n’éclaire pas que la beauté».

Elle laissera son instinct l’a guidé. Là voilà qui découvre la Mauritanie, cette «autre planète» où elle parviendra à tisser et avoir de bonnes relations amicales. Bourlingueuse dans l’âme, elle multiplie ses expériences et fait beaucoup d’échanges avec des «gens, des enfants, des publics en difficultés, des enfants psychotiques».

L’art, laisse-t-elle entendre, doit être au service de toutes les causes puisqu’elle s’inscrit dans le développement. Très dynamique dans le milieu artistique mauritanien mais peu loquace, caractéristique des artistes, elle a eu à travailler avec beaucoup d’autres artistes de diverses origines comme elle.

D’ailleurs, son CV, très éblouissant et bien fourni témoigne d’un parcours assez singulier et truffé de moments exceptionnels.

En Mauritanie, elle sera à l’origine des premiers «Ateliers pour enfants», de la première «Maison des artistes». Elle co-fondera la première «Association des Artistes Mauritaniens». Elle est aussi à l’origine du «Cercle des poètes». Bref, une femme impliquée et qui a beaucoup joué dans la mutation de l’espace artistique mauritanien.

Parce qu’un artiste, pense-t-elle, doit être impliqué dans la société. Et elle est encore plus optimiste qu’auparavant, elle qui a presque participer à l’éclosion de certains mauritaniens aujourd’hui.

«Je crois, dit-elle, que les choses vont bouger. J’ai déjà vu les choses bouger depuis que je suis là puisqu’il n y avait pratiquement rien quand je suis arrivée. Je pense que ça évolue mais les artistes mauritaniens doivent savoir qu’ils ont encore beaucoup à apprendre».

Autodidacte, elle abandonnera cette voie pour, dit-elle, «se concentrer à son travail d’artiste» qui avait pris place dans son cœur. Ce qui préoccupe Nicole Vignote ? Les enfants, leurs droits. Elle a été à l’origine en collaboration avec l’Ecole Diam-Ly et « Terre des Hommes » de nombreuses manifestations et expositions portant sur les droits des Enfants. Une vraie artiste !

C’est à partir de 1981 véritablement qu’il côtoie le milieu des artistes, des peintres, des sculpteurs et des musiciens dans le quartier de la Bastille à Paris où ses aptitudes artistiques qui dormaient se révélèrent en elle. L’art, pour elle, c’est une manière de s’ouvrir au monde, une façon de restaurer mais surtout d’aller vers les autres, d’appartenir «au regard des autres et à tous». Cette «envie de se confronter à d’autres cultures» reflète parfaitement sa personnalité, sa nature. Elle s’intéresse à tout : à la poésie, au théâtre, au patrimoine.

En un mot, tout ce qui est culturel. «La culture, dit-elle, c’est un facteur de développement. Un pays ne peut pas se développer sans culture. C’est impossible ! Il faut préserver d’une part son patrimoine car la création d’aujourd’hui est le patrimoine de demain. C’est aussi l’image d’un pays à l’extérieur.». Voilà presque 10 ans qu’elle est en Mauritanie ! Et c’est avec beaucoup de connaissance qu’elle parle de ce pays qui l’a adoptée, de la société mauritanienne dans laquelle elle se sent bien et à l’aise.  

 «La Mauritanie, affirme-t-elle, est en train de bouger. Et c’est bien parce qu’on assiste depuis août 2005 à l’émergence de beaucoup d’initiatives. Il y a vraiment beaucoup de gens qui veulent faire beaucoup de choses et c’est bien de les encourager.»

Cependant, «j’ai beaucoup de choses à apprendre encore en Mauritanie. J’en apprends tous les jours», avoue-t-elle. Très édifiant non ! La France son pays, sa famille et ses amis lui manquent beaucoup. Et ce n’est pas l’argent sans doute qui l’a retenue en Mauritanie. «Il y a très peu d’artistes qui gagnent beaucoup d’argent, précise-t-elle. Même en Europe, il y a beaucoup d’artistes en difficultés ».

Malgré certaines contraintes, des moments «de petits découragements», elle ne pense pas qu’elle va abandonner ce noble métier au profit d’un autre. La raison ? L’amour de la peinture et la création sont plus forts que tout !  Pour elle, la liberté est fondamentale dans la création, dans l’art et dans l’œuvre. «Un artiste doit être quelqu’un de libre, quelqu’un qui doit pouvoir exprimer tout ce qu’il pense». Même si elle est en Afrique, elle garde pour autant «sa manière de s’exprimer» dans le domaine artistique. Et là aussi, il n y a pas d’ordre précis. Tout est fait dans un engrenage. Les choses s’enchaînent les unes dans les autres. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 26 octobre, 2008 )

Zeinebou Mint Chiaa, artiste peintre : Pour sa première exposition au CCF, elle a séduit le public

Quand une beauté, comme Zeinebou Mint Chiaa, expose dans un lieu comme le Centre Culturel Français de Nouakchott, c’est la grande affluence. Cerise sur le gâteau, des ambassadeurs comme ceux de la République Française et du Soudan, ont fait le déplacement pour apprécier le travail de génie de Zeinebou Mint Chiaa. Ses œuvres picturales sont à son image, captivante et séduisante. 

Zeinebou Mint Chiaa a fait ses premiers pas à la Maison des Artistes de Nouakchott où elle a eu la chance de côtoyer, durant deux ans, de grands noms de la peinture mauritanienne comme Mokhis. Dans ses tableaux, elle utilise différentes techniques comme par exemple le collage, la peinture à l’eau, la peinture à l’huile, le sable, les pigments. Ses mosaïques riches en couleurs et en formes sont bien inspirées et découpées.  

Les 20% des ventes de ses tableaux, au nombre de 32, seront destinés au soutien des enfants en difficultés. « C’est une bonne volonté à saluer et à encourager. Les enfants méritent plus d’attention de notre part. Ils méritent d’être encadrés pour qu’ils s’épanouissent et deviennent aptes à participer à l’édification de notre pays… », a estimé Amar Ould Rajel, Secrétaire Général de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie et maître d’œuvre du vernissage.  

Le sort des enfants mauritaniens en difficultés a toujours préoccupé Zeinebou Mint Chiaa qui vient d’atteindre ses 22 ans. C’est une manière pour elle, dit-elle, de contribuer à l’amélioration des conditions de vie et d’existence des enfants et de participer au développement social de la Mauritanie.  

Chaque artiste a ses particularités, ses richesses en matière d’art et son propre style, très particulier. Pour cette artiste de vocation qui s’intéresse à la peinture depuis son jeune âge, elle n’est pas venue bousculer les hiérarques de la peinture mauritanienne. Elle vient, avec une singularité remarquable, enrichir le milieu de la peinture mauritanienne en mal de reconnaissance.  

Zeinebou Mint Chiaa excelle dans l’art décoratif, un domaine assez peu développé en Mauritanie. Malgré son jeune âge, elle se distingue déjà par son expression artistique très remarquable. Sa touche artistique caractérisée par des mosaïques décoratives en miniatures ajoute un intérêt particulier à son travail. Pratiquement, elle est présentement la seule artiste peintre mauritanienne qui a un art qui lui est désormais spécifique : l’art décoratif.

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Le talent de cette artiste en herbe est un présage de bon augure. « C’est une artiste pleine de talent. Elle pourra éventuellement représenter la Mauritanie dans les manifestations artistiques à l’échelle internationale… »commente un visiteur, visiblement ébloui par le travail de Zeinebou Mint Chiaa. »C’est une exposition très réussie », lâche, dans une euphorie, Fatma Mint Taky, mère de Zeinebou Mint Chiaa, venue uniquement  contempler le travail de sa fille.  

Même les connaisseurs de l’art ont été agréablement surpris par le travail de Zeinebou Mint Chiaa qui est désormais entrée dans le panthéon des filles qui ont fait de la peinture une vocation. « On n’a pas encore de grands artistes en Mauritanie. Mais, il y a un commencement extraordinaire. Quand je vois que c’est des femmes, je suis plus surpris et plus content », avoue monsieur Kane Mamadou Hadiya, directeur du musée national de Nouakchott. « Cela mérite une aide de la part de tous, en premier lieu, de nous d’abord, les autorités culturelles et des médias aussi. La peinture : c’est comme la littérature. Elle ne peut pas se développer sans la critique. Or, on n’a pas de critiques en peinture (…) Il faut que le public mauritanien s’habitue à ce genre d’expression (la peinture), à l’aimer pour pouvoir la déchiffrer… », lance-t-il. 

Son exposition de ce mardi 21 Octobre est le résultat d’un travail de deux ans. Ses tableaux de peinture bien élaborés ont fait dire à certains connaisseurs de l’art que Zeinebou Mint Chiaa est une future icône de la peinture mauritanienne. Elle aborde dans ses tableaux des thématiques universelles comme la paix, la liberté, la mort, l’existence, l’absurdité de la vie, les bouleversements du monde…De « la vieille époque » à la « Vie nomade » en passant par « la plage sauvage », « la triste époque » et « les mystères de la mer », Zeinebou Mint Chiaa nous invite à fracasser certaines convenances comme à l’image du « musicien du vent ».

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 22 octobre, 2008 )

Fama Mbaye, artiste musicienne:Une future vedette de la musique mauritanienne !

Certes, elle est novice dans la musique. Mais, on dit déjà qu’elle fera un malheur en Mauritanie d’ici quelques années. Fama Mbaye, 24 ans, est une jeune musicienne prometteuse qui a toujours le sourire au bout des lèvres. Séduisante, elle l’est. Elle est venue à la musique pour s’imposer comme tout le monde, bousculer la hiérarchie et pourquoi ne pas faire mieux que ses mamans : Thiédel Mbaye, Malouma, Hawa Diméra, Dimi Mint Haba…

———————-Par Babacar Baye Ndiaye

 

Incontestablement, avec Dioba, elle a de l’avenir. Originaire de Mbagne (dans la wilaya du Brakna), au Sud de la Mauritanie, Fama Mbaye est descendante d’une famille de griot. Dans la famille des griots, les études ne sont pas leur tasse de thé. Mais elle, elle a eu la chance d’être amenée à l’école qu’elle fréquenta jusqu’au collège. Ceci lui a permis d’avoir une certaine ouverture sur le monde. 

En 2002, elle jette l’éponge à cause, dit-elle, de la musique. Sa décision est à la limite compréhensive. Une griotte, comme elle, n’a pas vocation de faire des études poussées. Elle n’est jamais obnubilée par les diplômes. Les études, ce ne sont pas leur marque de fabrique.  

Chez elle, la gêne de la chanson se transmet de génération en génération. Chaque parent lègue cet héritage à sa progéniture. Dans sa famille, tout le monde chante. C’est leur métier. On les appelle « griots ». Dans les cérémonies de mariage, de baptême : c’est eux qui font office de maîtres des lieux. Fama Mbaye est aussi passée dans ces cérémonies. Lorsqu’elle n’était pas à l’école, elle était aux trousses de sa grand-mère, Coumba Rella, elle est aussi une grande poétesse musicienne. 

Elle grandit sous l’encadrement de cette dernière qui l’amenait, depuis toute petite, dans les cérémonies. Avec sa grand-mère, elle voyagea et découvrit certaines contrées du pays. C’est dans cet environnement qu’elle se forgea une destination morale jusqu’au jour où elle rencontrât un certain Seydou Sarr, son actuel manager qui lui propose de faire carrière dans la musique. En 2006, elle quitte sa ville natale pour venir tenter sa chance à Nouakchott. 

Ainsi donc, après plusieurs années passées à chanter dans les cérémonies, elle tourne casaque en décidant de se lancer dans une carrière musicale. Petit à petit, elle commence à creuser son sillon et se faire remarquer du grand public et des organisateurs événementiels qui ne peuvent pas se passer d’elle. Aussi, elle est invitée dans les concerts. Avec le peu d’argent qu’elle thésaurise, elle met en place un orchestre restreint. Elle commence à être sollicitée et à voyager. Dans son rôle de chef d’orchestre en tant que jeune musicienne, elle avoue ne pas rencontrer d’obstacles majeurs.  

Mais, depuis qu’elle est entrée dans la musique, comme profession, celle-ci lui bouffe énormément de temps. Pour autant, elle continue à chanter dans les cérémonies, le temps de perpétrer une tradition, un héritage. Pour elle, impossible de ne pas chanter dans les cérémonies. Elle serait mal appréciée et en plus cela fait partie de leurs us et coutumes. C’est une question d’honneur. Même la réussite sociale ne pouvait muer en rien cet état de fait. 

Son grand-père n’est autre que Samba Malal, un grand maître à la fois dans l’art de chanter et de jouer du « xalam »(guitare traditionnelle africaine à une seule corde). Il a voyagé partout en Mauritanie, à travers le monde en participant à de grands festivals internationaux, pour y répandre la culture des griots. Fama Mbaye, ainsi donc, a tout le potentiel pour marcher sur les traces de son grand-père qui fut aussi un grand poète musicien dont la renommée a transcender les frontières mauritaniennes.

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Fama Mbaye est une musicienne qui progresse vite. C’est en cela qu’elle est surprenante et qu’elle a, sans supercherie et sans fausse modestie, de beaux jours devant elle. En quelques années, elle a réussi à se faire découvrir, se faire apprécier. Et, lorsqu’elle chante, vous ne pouvez pas vous empêcher d’apprécier sa belle voix et de ressentir la chair de poule. «Quand tu es une artiste, il faut être charmante sur scène. Parmi le public : certains admirent ton comportement, d’autres sont attirés par la musique et d’autres encore font attention à ton accoutrement… », dit-elle. 

Elle est encore jeune, sans expérience musicale. Et, sans aller jusqu’à la hisser au rang d’une nouvelle Thiédel Mbaye ou Malouma, on ne peut qu’être admiratif de sa voix forte si captivante et de sa présence remarquable sur la scène. Toutefois, elle est consciente des dures réalités qui existent dans le milieu de la musique et de l’énorme espoir qui pèse sur ses frêles épaules. Elle est consciente aussi qu’elle ne peut compter que sur elle-même pour réussir dans la musique, surtout dans un pays où on rechigne à mettre la main dans la poche pour développer la musique mauritanienne qui manque malheureusement de soutien. 

Malgré ses difficultés, elle n’est pas tentée par l’aventure, par l’exil…Elle ne veut pas s’embarquer sans biscuit dans une entreprise dans laquelle elle ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants. «Si tous les artistes mauritaniens se tournent vers l’extérieur notamment vers le Sénégal, c’est un signe de complexe d’infériorité. Ils doivent pouvoir rester ici et changer la situation », s’écrie-t-elle. En Mauritanie, les artistes mettent trop de temps pour sortir leur premier album. Depuis 2007, elle attend le premier producteur providentiel, après avoir démarché infructueusement de nombreuses personnes. 

Dans un monde où les mentalités évoluent vite, elle ne s’inquiète guère de la disparition progressive des griots. A une certaine époque, avant l’apparition des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le griot était la mémoire du peuple. C’est en cela qu’il était respecté parce qu’il était leur pilier. «Si ce n’était pas lui, on ne saurait rien de l’histoire, de la vie des peuples précédents et notamment des grands hommes et des familles royales », nous rappelle Fama Mbaye. 

Aujourd’hui, cette fonction de nos poètes musiciens est usurpée par des intrus. La musique est devenue un fourre-tout. Chacun pense avoir droit au chapitre. Il n’y a plus seulement les griots qui font office d’être les dépositaires de la mémoire collective. Cela n’inquiète pas outre mesure Fama Mbaye. 

Fama Mbaye est ouverte à toutes les musiques. «Je n’ai pas de musique spécifique à écouter. Je dois être ouverte à toutes les musiques. Cela peut m’enrichir car chaque musicien est différent de l’autre. » Fidèle en amitié. «J’entretiens les mêmes relations que j’avais avec mes ami(e)s d’enfance. Si je reviens de voyages, je m’enquiers de leurs nouvelles en les appelant… » Fama Mbaye est aussi superstitieuse et se méfie comme une peste des mauvaises langues. «Récemment, j’ai eu trois programmes qui ont été annulés », raconte-t-elle en y voyant le mauvais sort. Depuis lors, elle est devenue plus attentive à sa carrière musicale. 

Sur scène, elle s’est imposée une limite à son accoutrement : jamais de tenue sexy ou des décolletés provoquants et lascifs. C’est contre son état d’état d’esprit et de ce que doit véhiculer une musicienne sur scène ou hors scène. Cela ne rentre pas dans sa ligne de conduite. Pour elle, une artiste doit être un miroir de la société et notamment pour les jeunes filles qui l’admirent. Les grands boubous ou les demi saisons restent ses accoutrements favoris. Il n’empêche : cette femme est capable de faire tourner la tête par sa coquetterie, sur scène, tout spectateur.  

C’est elle qui compose ses chansons qui tournent essentiellement autour des faits de société. Comme Alexandre le Grand parti à la conquête du monde, elle espère, elle aussi, conquérir la Mauritanie avec sa musique et sa voix. Derrière cette apparence de jeune musicienne que tout intéresse excepté la politique, Fama Mbaye est une ambitieuse. Une carrière internationale trotte déjà dans son esprit. Elle avoue être prête à s’y engager car elle sait ce que cela implique comme ressources. 

Et, pour le moment, elle ne pense pas au mariage même si elle avoue que les hommes qui lui font la cour ne manquent pas. Mais, elle privilège d’abord sa carrière musicale encore très fragile. Aînée de sa famille, elle rêve d’être une vedette de la musique mauritanienne. Pour elle, il n’est pas question de rater le coche. Chaque jour est un défi pour elle. Son statut de jeune musicienne n’enlèvera en rien sa détermination. 

Issue d’une famille modeste et héritière d’une lignée qui a toujours appartenu à l’histoire des grandes familles royales, elle n’oublie pas qu’elle ne doit pas décevoir. Sa devise « je ne me décourage jamais ! » en dit quelque chose. Elle en appelle aussi à ses sœurs de ne pas baisser les bras pour conquérir leur indépendance. Aussi n’est-elle pas née pour chanter ?

 

Babacar Baye Ndiaye

( 17 octobre, 2008 )

Me Lô Gourmo Abdoul à Mohamed Ould Znagui: »Ne croyez pas qu’il sera facile d’instrumentaliser la justice de notre pays »

Les avocats de la fondation KB dirigée par l’épouse de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, président déposé le 6 août dernier par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, ont organisé au siège de la dite fondation un point de presse. A l’ordre du jour, deux points : leur visite à Dakar pour déposer plainte contre Baba Tandian, un homme d’affaires sénégalais, pour diffamation calomnieuse à l’endroit de leur cliente et les dernières déclarations faites par le président de la commission sénatoriale  chargée d’enquêter sur l’origine des fonds de la fondation KB, Mohamed Ould Znagui.

———————–Par Babacar Baye Ndiaye

 

 

Me Lô Gourmo Abdoul, au cours de ce point de presse, est longuement et amplement revenu sur leur voyage de la semaine dernière, lui et Me Moulaye Ould Ghali, à Dakar. «Nous étions partis porter plainte au nom de la fondation KB contre l’homme d’affaires sénégalais (Baba Tandian) dont les déclarations extrêmement graves et intempestives à propos de madame la présidente de la fondation (Khattou Mint El Boukhary, Ndlr) ont porté un très grand tort à la première dame et donné à ceux qui soutiennent le coup d’Etat matière à alimenter la confusion et à détourner l’opinion publique de la réalité », renseigne-t-il. 

Baba Tandian aurait tenu, selon Me Lô Gourmo Abdoul, sur les ondes sénégalaises et sur certains plateaux de chaînes de télévisions, des propos très «hargneux et attentatoires» à l’encontre de Khattou Mint El Boukhary. «Il (Baba Tandian, Ndlr) a laissé croire que le coup d’Etat en Mauritanie provient de l’attitude et des activités de l’ex-première dame. Que c’est elle qui en est la cause. Il a aussi laissé croire qu’elle s’était accaparé du pouvoir pour en faire un objet entre ses mains : instrumentalisant tout, nommant des ministres, dégommant des ministres et même limogeant des généraux ! Pour agrémenter tout cela du sel nécessaire, il a même dit qu’on a transformé le palais présidentiel en bergerie et en lieu de débauche », a déclaré Me Lô Gourmo, en rapportant les propos de Baba Tandian. 

Ces propos tenus par Baba Tandian, à l’en croire toujours, ont écorné l’image de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et de sa femme en particulier, accusée à tort et à raison, de tirer du bout du nez son mari et surtout d’avoir détourné d’importantes sommes d’argent au nom de sa fondation. Durant leur séjour à Dakar, les avocats de la fondation KB rejoints par Me Aïssata Sall (elle a participé à de nombreux procès en Mauritanie notamment celui de Haïdalla et de Ouadenague, Ndlr), ont saisi la justice sénégalaise en introduisant ce qu’on appelle la procédure de citation directe. Elle permet à la victime de saisir directement le tribunal en informant le prévenu (celui-ci doit fournir la preuve de ses allégations dans un délai de 15 jours) sans avoir à demander au Procureur de
la République de faire une enquête ou à saisir un juge d’instruction. Le procès aura lieu en principe le 6 Novembre prochain à Dakar.
 

Selon Me Lô Gourmo, «on n’est pas obligé de porter atteinte à l’honneur des gens ni de les insulter », a-t-il affirmé en faisant savoir, en réponse à Baba Tandian, que l’affaire Khattou Mint El Boukhary n’est pas une mince affaire. «On est en plein dans le cœur du coup d’Etat du 6 août 2008. L’une des justifications qui a été avancée, c’est la corruption, la concussion, le trafic d’influence, le clientélisme familial, le népotisme. Ce n’est donc pas une affaire pour rigoler », a-t-il tenu à rappeler. 

Me Lô Gourmo Abdoul est aussi, au cours de ce point de presse, revenu sur les déclarations de Mohamed Ould Znagui, président de
la Commission sénatoriale chargée d’enquêter sur la provenance des fonds de la fondation KB, dirigée par Khattou Mint El Boukhary. On lui prête l’intention de vouloir convoquer à nouveau, en usant de la force, de la menace et de la pression policière, la présidente de la fondation KB pour l’auditionner. «C’est vraiment très significatif d’un état d’esprit », révèle l’avocat de la fondation KB en assimilant cette commission sénatoriale à une «commission inquisitoriale ».
 

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Ce monsieur Znagui est accusé par les avocats de la fondation KB d’avoir proféré des menaces à l’endroit de leur cliente, Khattou Mint El Boukhary qui a refusé de déférer à une deuxième convocation de la commission d’enquête sénatoriale. Ils lui reprochent aussi de vouloir «user des moyens de l’Etat et exiger au ministère de l’intérieur de prendre en charge le dossier afin que Khattou Mint El Boukhary puisse venir témoigner par force et être auditionnée » par les membres de la commission d’enquête sénatoriale. 

Maître Lô Gourmo a, en outre, attiré l’attention de l’opinion publique mauritanienne sur les mécanismes de droit qui sont en train d’être bouleversés et violés sur l’affaire KB qu’il a qualifié « d’explosive » par les membres de la commission d’enquête sénatoriale. «Il ne mesurent pas les risques et les dangers qui tournent autour des manipulations de ce dossier », a-t-il souligné. 

Dans le dernier numéro de Jeune Afrique en date du 14 octobre 2008, Monsieur Mohamed Ould Znagui y allègue que
la Commission d’enquête sénatoriale détiendrait des «documents» qui authentifient que la fondation KB aurait été financée par le trésor public mauritanien. Sa sortie à Jeune Afrique a provoqué l’ire de Me Lô Gourmo. «Avant d’aller révéler à la presse ce que tu as eu comme résultats de ton enquête, il faut aller le dire à tes mandants. Il faut aller d’abord déposer ton rapport devant ceux qui t’ont désigné comme président d’une commission d’enquête avant de le dire à Jeune Afrique. Avant de dire ce que tu as découvert à Jeune Afrique mais dis-le d’abord aux sénateurs qui t’ont élu », dit-il en s’adressant à Mohamed Ould Znagui. 
 

Ensuite, sur un ton d’indignation, il s’adresse directement en le vouvoyant cette fois-ci à Monsieur Znagui, président de la commission d’enquête sénatoriale en ces termes : «Ce n’est pas de cette manière que cela se passe. Puisque vous avez été mandaté par les sénateurs, puisque votre commission a essayé en vain d’auditionner madame Khattou, vous devriez revenir voir les sénateurs qui vous ont élu et leur dire : « Messieurs les sénateurs, la dame Khattou refuse de nous entendre. Nous pensons qu’elle est coupable ». Si les sénateurs sont convaincus de la justesse de vos arguments, monsieur Znagui, d’après une résolution d’un article très précis du règlement intérieur du Sénat, une procédure devant un juge au nom du principe de la séparation des pouvoirs sera engagée (…) en passant par la voie régulière des communications avec l’exécutif, avec en charge le parquet qui va engager la procédure d’ouverture contre x », explique-t-il.  

A ses yeux, cette commission d’enquête sénatoriale n’est pas habilitée à auditionner Madame Mint El Boukhary. En plus, c’est une commission nébuleuse. «Si maintenant les membres d’une commission d’enquête devaient se substituer aux assemblées qui les ont désignés pour aller droit au but en passant par-dessus la tête les mandats qu’ils ont reçu, mais il n’y a plus de liberté. On est dans une logique conventionnelle qui mène vers la dictature fasciste : les fameuses commissions qui se créent, qui dépouillent des dossiers, qui prennent des décisions et éventuellement qui sanctionnent dans l’obscurité la plus complète », déclare-t-il en fustigeant avec véhémence cet état de fait.  

«Ce n’est pas à une commission d’enquête sénatoriale à laquelle nous avons affaire mais à une commission d’individus privés qui se sont affranchis des règles du sénat en agissant selon leur bon vouloir et en s’acharnant sur une femme… Ce sont des règlements de compte politiques qui ont cours actuellement et n’ont strictement rien à voir avec quelque recherche de vérité que ce soit. Quand on cherche la vérité, on l’expose à ceux qui vous ont mandaté. Il s’agit d’une humiliation et une insulte contre une chambre que le monde entier qualifie de chambre des sages », note-t-il avec indignation.  

«Si la commission Znagui croit pouvoir nous impressionner en narguant de sa volonté de poser quelques preuves que ce soit devant les juges, nous leur disons chiche. Nous n’attendons que la justice », dit-il. «Depuis que ce cirque a commencé, la fondation KB ne peut plus fonctionner normalement. Elle ne peut obtenir aucun appui. On est en train de compromettre son image… », s’insurge-t-il. 

Me Lô Gourmo Abdoul demeure convaincu en l’impartialité et à l’indépendance de notre justice parce que, croit-il, nous avons des juges aussi patriotes que n’importe quel autre mauritanien. «Nous avons également des juges qui ont conscience de l’importance du travail qu’ils font et qui savent que l’histoire les jugera comme aux juges sénégalais auxquels nous sommes allés nous plaindre. Si vous pensez que le fait de se saisir de la justice est suffisant pour l’amener à faire ce que vous voudriez qu’elle fasse, c’est une erreur », dit-il en faisant savoir que Khattou Mint El Boukhary ne se laissera pas marcher dessus. Et que «nous attendons avec sérénité la phase judiciaire », a-t-il conclu.

 

Babacar Baye Ndiaye

 

( 25 septembre, 2008 )

Ousmane Gangué, lead vocal de « Koodé Pinal »

«La musique mauritanienne patauge. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est » 

 

A l’occasion des dix ans de musique d’Ousmane Gangué et de son Groupe «Kodé Pinal », le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser des questions relatives à sa carrière musicale, de ce qu’il pense de la situation actuelle de la musique mauritanienne et surtout de la nécessité de créer des structures propices à son développement. Et sa position par rapport au coup d’Etat du 6 août 2008. Entretien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous êtes un grand artiste dont le talent ne fait plus l’ombre d’un doute. Toutefois, on a remarqué que vous avez du mal à vous imposer et surtout à investir dans la musique ? 

 

Ousmane Gangué : Certes, je suis connu, je fais des tournées internationales. Mais, je le fais avec les moyens du bord. Si, aujourd’hui, la musique de Ousmane Gangué est arrivée à un certain niveau de notoriété, c’est grâce à ma volonté et ma propre abnégation. Sans l’aide de personne ! Si vous jetez un coup d’œil dans le microcosme musical mauritanien, quel est cet artiste qui peut se targuer de vivre dans de très conditions enviables. Comment peut-on investir dans la musique alors qu’il n’y a aucune volonté de faire bouger les vieux réflexes ? 

Les artistes vivotent. Ils commencent à se décourager parce qu’il n’y a aucune perspective qui se décline devant eux. Il ne faut pas être surpris si certains artistes comme moi prennent leurs claques et leurs cliques pour aller s’installer à l’extérieur. Rien n’a été fait pour que la musique mauritanienne puisse connaître des jours heureux. La preuve, nos prédécesseurs vivent dans des conditions lamentables. Ils n’ont pas réussi à sortir du trou la musique mauritanienne. Notre génération est en train de revivre la même situation. Quoique très difficile, je vais continuer à mener le combat afin de redresser la situation moribonde dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Ma femme est de nationalité française. Je pourrais aller avec elle et vivre en France comme tout le monde. Mais, ce ne serait pas une bonne idée. 

A mon avis, on doit rester ici et relever les défis relatifs aux problèmes structurels que rencontre la musique mauritanienne. Je préfère demeurer en Mauritanie pour relever le niveau de notre musique. Toutefois, cela demande beaucoup de sacrifices et surtout des structures qui vont épauler la démarche des artistes. Pour que je puisse investir en Mauritanie, il faudrait que j’aie des retombées d’abord au niveau de ma musique. Que la musique que je joue soit écoutée en Mauritanie. Et, surtout qu’on arrête de prendre des griots qui prétendent être des artistes pour les envoyer à de grands festivals internationaux pour y représenter la Mauritanie. Cela ne fait que retarder la musique mauritanienne! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous en connaissez, comme vous le dites, des griots qui ont été envoyés à l’extérieur pour représenter la Mauritanie ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne parle pas dans le vide ! Nous avons participé à un grand festival en France alors que nous n’avions même pas encore sorti un album. Cela a ébahi beaucoup de personnes. Nous avons réussi à faire connaître la Mauritanie à travers ce festival. Pour la petite histoire, certaines personnes confondaient la Mauritanie à l’Ile Maurice (Mauritus en Anglais). Pour lever cette équivoque, on a pris une carte pour pouvoir situer la Mauritanie. On avait filmé notre participation à ce festival. Le film, jusqu’à présent, dort dans les tiroirs de la télévision nationale.  Est-ce que cela va nous motiver ? NON ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : A qui la faute ? Le ministère de la Culture ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne peux pas porter toute la responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture. La Culture est le parent pauvre en Mauritanie. Il y en a certains qui réussissent à s’en sortir. Nous savons tous que la musique mauritanienne va mal. Et pourquoi ? Rares aujourd’hui sont les artistes mauritaniens qui peuvent décrocher des tournées internationales !

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Le Rénovateur Quotidien : Pour mieux défendre leurs intérêts, des artistes ont mis en place deux structures pour échanger des idées et voir comment ils peuvent faire pour que la musique mauritanienne connaisse des jours heureux. Qu’en pensez-vous ? 

Ousmane Gangué : Pour vous dire la vérité, ces structures n’ont aucune utilité à mes yeux. Ce n’est pas elles qui vont faire évoluer la musique mauritanienne. Il faut qu’il y ait d’abord de la stimulation et qu’on sente vraiment qu’il y a une main derrière les artistes. Cela ne demande pas grand-chose. Si par exemple, on voit un artiste qui progresse sur le plan musical, qu’on lui attribue des distinctions. Cela va pousser les autres artistes à vouloir faire mieux et à avancer de l’avant. Et je vais vous dire une autre chose par rapport à ces structures : elles sont souvent utilisées à des fins saugrenues. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En fin de compte, la musique mauritanienne n’est-elle pas à l’image du pays, raison pour laquelle elle n’arrive pas à voler de ses propres ailes ? 

 

Ousmane Gangué : Effectivement ! Cela dit, nous, les artistes, nous allons continuer à nous battre pour porter la musique mauritanienne aux quatre coins du monde. Nous comptons sur la participation de tous les mauritaniens pour changer la situation. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A part les rappeurs, les artistes mauritaniens sont timidement engagés. L’actualité de ces derniers jours reste dominé par le Coup d’Etat du 6 août 2008. Peut-on savoir ce que vous en pensez ? 

 

Ousmane Gangué : Moi, je suis apolitique ! Je ne suis pas derrière personne. Je suis avec celui qui est là pour œuvrer dans l’intérêt des populations, qui prône la justice et l’égalité. Je suis apolitique ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique mauritanienne est aussi handicapée par l’absence de médias audiovisuels privés. Cette situation vous réjouit-elle ? 

 

Ousmane Gangué : Pas du tout ! C’est un secret de polichinelle. Les médias surtout privés sont incontournables dans le rayonnement de toute musique. Nous lançons un appel aux autorités de ce pays de libéraliser le secteur audiovisuel. Cela pourrait changer la situation actuelle dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Sans cela, on sera toujours parmi ceux qui traînent. Et, cela n’est pas bien pour notre pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les médias publics jouent faiblement leur rôle dans le développement de la musique. Pour pallier à cela, les autorités avaient créé la TVM Plus pour entre autres, favoriser une certaine expression musicale. D’ailleurs, qu’en pensez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Je suis leur premier admirateur ! Malgré leurs faibles moyens, ils ont réussi à abattre un énorme travail. Si aujourd’hui, beaucoup de mauritaniens ont commencé à regarder la télé, c’est grâce à la TVM Plus. La télévision est un miroir, un reflet de la société. Les mauritaniens s’identifient à la TVM Plus parce qu’elle a su donner ce que veulent voir les mauritaniens. Si elle continue sur cette lancée, on n’aura plus besoin d’ici peu de temps de regarder les autres télévisions nationales comme la RTS. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Si on fait un feed back sur votre carrière musicale, on voit visiblement qu’ Ousmane Gangué a beaucoup évolué notamment musicalement. Ce n’est plus non plus la période des vaches maigres. La preuve, vous semblez être comblé. 

 

Ousmane Gangué : Pas encore ! La musique, comme tous les métiers, est une carrière avec des hauts et des bas. C’est vrai que nous vivons des fruits de notre musique. Mais, croyez-moi, parfois on a envie de crier : aïe ! Ce n’est pas une sinécure. Il nous arrive souvent de vouloir tout remettre en cause. Les artistes mauritaniens manquent de tout : de spectacles pour se produire, de lieux de distraction… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Parallèlement à ces problèmes structurels, les artistes mauritaniens n’ont pas un bureau qui défend leurs œuvres. 

 

Ousmane Gangué : Personnellement, je n’ai pas ce problème. Mes œuvres sont protégées par le BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur). Ce serait une bonne idée que les artistes mauritaniens puissent avoir une structure capable de protéger leurs œuvres. On nous avait promis, par les autorités, de mettre en place une telle structure. Nous attendons toujours ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Certains mauritaniens ne comprennent pas toujours pourquoi vous êtes établi au Sénégal. Qu’en est-il exactement ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne suis pas établi au Sénégal. Je travaille là-bas. Il y a des mauritaniens qui travaillent aux Etats-Unis d’Amérique. C’est pareil pour mon cas. Si j’ai du travail au Sénégal, j’y vais ! Il y a aussi une chose que j’aimerais qu’on sache. J’ai des origines sénégalaises aussi. C’est vrai que je suis un artiste mauritanien. Ce n’est pas dans mon esprit de rester uniquement en Mauritanie. NON !

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Le Rénovateur Quotidien : Vous représentez à l’image d’autres artistes comme Malouma entre autres la musique mauritanienne sur le plan international. Pensez-vous que la Mauritanie peut rivaliser avec le Mali, le Sénégal, la Cote d’Ivoire qui ont réussi à imposer leur musique hors de leurs frontières ? 

 

 

Ousmane Gangué : On est loin de là. Ces pays-là, contrairement à nous, se sont investis dans le développement de leur musique en mettant les structures qu’il faut. Ces pays-là ont favorisé leurs artistes, leurs traditions et leurs cultures. En Mauritanie, nous avons mis les charrues avant les bœufs. La preuve, les mauritaniens continuent à s’abreuver de leurs musiques. On n’investit pas sur les artistes mauritaniens. On préfère appeler un artiste étranger et lui payer plus d’un million d’ouguiyas que de prendre Ousmane Gangué. C’est là où se situe d’abord le malaise de la musique mauritanienne.   

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de la célébration de vos dix ans de carrière musicale, comment vous sentez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Free ! Dix ans de musique, ce n’est pas dix ans de carrière. On célèbre juste les dix ans de mon groupe Kodé Pinal. C’est pour montrer aux mauritaniens que nous sommes sur la scène musicale depuis dix ans. On ne se cantonnera pas uniquement à fêter les dix ans d’Ousmane Gangué et du Kodé Pinal. Ce sera l’occasion pour nous de jeter un regard critique sur la musique mauritanienne. Car, a-t-on remarqué, elle traîne toujours par rapport à celles des pays de la sous-région comme le Sénégal. Nous avons estimé nécessaire de faire une analyse par rapport à l’évolution de la musique mauritanienne. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vos propos laissent apparaître des sentiments d’indignation. Estimez-vous que la musique mauritanienne est au fond du trou ? 

 

Ousmane Gangué : La musique mauritanienne patauge. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est. En premier lieu, ce sont les artistes eux-mêmes qui sont d’abord les premiers concernés. Si la musique mauritanienne se développe, ce sera d’abord à leur avantage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos dix ans de musique avec votre groupe Kodé Pinal ? 

 

Ousmane Gangué : Sur le plan musical, j’ai beaucoup progressé. Mais, moralement, je ne suis pas satisfait. Un artiste ne vit que de sa musique. Or, la musique mauritanienne sombre de plus en plus dans des difficultés écoeurantes. Le sort de la plupart des artistes est triste et lamentable. Ils ont besoin d’appui pour pouvoir, surtout, progresser. Moi, personnellement, je suis mieux connu au Sénégal qu’en Mauritanie. C’est un contraste ! Les artistes mauritaniens ne représentent rien aux yeux du public. Quand les artistes étrangers viennent jouer en Mauritanie, le public répond massivement. Si c’est un artiste mauritanien, personne ne vient. Il y a problème ! Cela ne participe pas à motiver les artistes mauritaniens. C’est à nous, les artistes, de se ferrailler pour que les mentalités changent et évoluent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour revenir à ce problème de notoriété dont souffrent les artistes mauritaniens, j’en prendrai comme preuve votre cas. On a remarqué par exemple, au Sénégal, vous avez réussi à vous imposer. Ce que vous n’avez pas réussi à faire dans votre propre pays. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

 

Ousmane Gangué : C’est une situation qu’on a du mal à comprendre. Je pense que c’est dû essentiellement à la mentalité mauritanienne. Les mauritaniens éprouvent un complexe d’infériorité sur le plan musical par rapport aux autres pays qu’ils soient africains ou arabes. Même sur le plan sportif, ils en souffrent. Tant que cet état d’esprit va demeurer, on n’ira pas loin. C’est ce manque de considération qui fait que la musique d’Ousmane Gangué n’a pas réussi véritablement à s’imposer. Le showbiz au Sénégal est rude. Et, pourtant, j’ai réussi à m’imposer. Cela veut dire que la musique d’Ousmane Gangué marche très bien. Le problème est à rechercher au niveau du public et non du coté des artistes. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de fêter vos dix ans de carrière musicale sous le haut patronage de Ahmed Hamza Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott et le parrainage de Baba Maal et Youssou Ndour. Volonté d’impressionner ou simple invitation ? 

 

Ousmane Gangué : Pour ce qui est de Hamza, non seulement je le considère comme un maire, mais c’est une personne que j’admire énormément. Je n’ai pas à me dérober. Hamza est un monsieur qui a beaucoup fait pour moi. En retour, je lui dois le minimum de considération et de sympathie. Je n’ai pas froid aux yeux de le dire : c’est grâce à lui que j’ai pu organiser mes dix ans de carrière musicale. Youssou Ndour : je travaille avec son label (Jololi). Ce ne serait pas élégant, si je ne l’avais pas convié à cette fête. Baba Maal, c’est une icône pour moi. Quelqu’un qui a su porter la culture poular à travers le monde. Je le considère comme une idole. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait presque 3 ans que vos fans attendent la sortie de votre deuxième album. Est-ce que cela est dû à un manque d’inspiration ? 

 

Ousmane Gangué : Avec le label de Youssou Ndour, on ne sort pas sur une prise de tête un album. Non ! Ensuite, je ne vois pas l’opportunité ou l’avantage de sortir des albums coup sur coup. A la limite, cela peut lasser les consommateurs. Il y a aussi une chose à comprendre : ce n’est pas la sortie d’un album qui va faire les affaires d’un artiste. La plupart des artistes qui sortent coup sur coup des albums n’ont pas d’orchestre. Je ne suis pas pressé de sortir mon deuxième album. Mon contrat avec Jololi va expirer d’ici deux ans. Je verrai si je peux continuer ou non ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye NDiaye 

 

( 25 septembre, 2008 )

Portrait de Birame Ould Dah Ould Abéid

Un adepte de la franchise et du franc-parler comme Birame Ould Dah Ould Abéid ne manque pas d’adversaires dans un pays comme la Mauritanie dirigée par des bonimenteurs, des hypocrites, des tribalistes, des esclavagistes, des racistes, des traditionalistes, des arrivistes, des ethnicistes et des exclusivistes de tout genre. «C’est le prix de l’engagement à payer », explique-t-il. 

Ses prises de position contre certaines injustices et pratiques sociales et religieuses lui ont valu d’être considéré par l’Etat mauritanien  comme un élément subversif de la société mauritanienne. «Très tôt, dans ma jeunesse, j’ai été fiché et mis en quarantaine », raconte-t-il. Cet agitateur n’a jamais été en odeur de sainteté auprès des pouvoirs publics. Malgré ses diplômes et son parcours, on le privera de ses droits. En 2004, il sort major du concours de l’ENA de Paris. A la place d’une reconnaissance de la République, il aura droit à une marginalisation. 

Malgré ces crocs-en-jambe et ces anicroches, Birame Ould Dah Ould Abéid, en bon musulman, ne faillit pas mais continue à croire en son combat : celui de la justice et de l’égalité entre tous les citoyens mauritaniens sans distinction de communauté. Aujourd’hui, il est l’une des personnalités, dans le domaine des droits de l’homme, les plus en vue en Mauritanie.

Contrairement à certains droits-de-l’hommistes de la place, au lieu de vivre dans les quartiers chics de Nouakchott comme Tévragh-Zéina, Las Palmas, E-Nord, il a préféré vivre à PK, à quelques mètres du carrefour Bamako. «C’est dans les quartiers populaires qu’on retrouve les franges les plus humbles de la société. Je suis issu de ce milieu. La grande partie de mon combat est destiné à ce milieu », se justifie-t-il. 

Descendant d’esclave, de par sa grand-mère maternelle qui a été capturée pendant les guerres samoriennes au Soudan, l’actuel Mali, le cœur de Birame Ould Dah Ould Abéid ne se gonfle pas pour autant d’amertume. Au contraire, cette situation de descendant d’esclave, dit-il, il le vit comme un stimulant à ne donner aucune concession à l’injustice sans faiblir en guise de mémoire à sa grand-mère maternelle qui a été écoulée au Trarza comme une marchandise puis achetée par un riche commerçant maure. 

Mais Birame Ould Dah Ould Abéid est-il un esclave ? «Pour la société dans laquelle je vis, répond-il en soupirant, je suis classé dans la catégorie des esclaves et des anciens esclaves avec tout ce que cela découle comme mépris, stigmatisation, préjugés et supériorité sur nous qu’ont les groupes dominants dits nobles qu’ils soient arabo-berbères ou négro-africains. » 

Né en 1965 à Dagana (en Mauritanie), l’actuel Jidrel Mohguen où il a passé la totalité de sa jeunesse, Birame Ould Dah Ould Abéid est issu d’une famille modeste. Propriétaire terrien et de bétail, son père faisait parallèlement du commerce entre le Sénégal et la Mauritanie. Après l’obtention de son baccalauréat, il entre dans l’administration judiciaire en tant que greffier. Sa soif de découverte et de connaissance le pousseront plus tard à s’inscrire à l’Université de Nouakchott où il y sortira avec une maîtrise en droit. 

Ensuite, direction : l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar pour faire un Diplôme d’Etudes Supérieures (D.E.A.) en droit. Actuellement, il est doctorant. Ainsi donc, accumuler des diplômes, tel semble être parmi ses sports favoris. «J’aime les études et surtout les études sociologiques et historiques », dit-il en ajoutant : «C’est par rapport au combat contre l’esclavage et les autres injustices (que je mène). J’ai embrassé ces études pour étoffer encore ma connaissance sur ces phénomènes que je combats et pour pouvoir avoir un avis d’expert en la matière. » 

Grand sympathisant du mouvement El Hor, Birame Ould Dah Ould Abéid a très tôt milité dans les mouvements d’élèves et étudiants avant de déposer ses baluchons à l’UFD/Ere Nouvelle, dirigée à l’époque par Ahmed Ould Daddah. C’était le parti d’opposition qui était en vogue. Mais, son passage dans ce parti ne sera que de courte durée. «Je l’ai quitté en 1993 lorsque j’ai constaté qu’elle était devenue un parti dans lequel s’est installé le système social mauritanien que je décris », explique-t-il. 

Pour la petite histoire, après avoir claqué la porte de l’UFD/Ere Nouvelle, il se présente donc, pensant qu’il peut faire le poids devant le PRDS (Parti Républicain Démocrate et Social, Ndlr), comme un candidat indépendant à la mairie de Nouadhibou aux élections municipales de Janvier 1994. «(Ma) candidature s’est terminée en échec », révèle-t-il. «Cela a raffermi ma conviction à poursuivre la lutte (contre le système social mauritanien)», croit-il. 

Déçu, il semble ne plus croire à l’efficacité et à l’action des partis politiques. «Tous les partis politiques, affirme-t-il, portent en eux-mêmes une dose d’héritage de notre système social et idéologique. Surtout, une dose d’insanité propre à notre société à savoir l’hypocrisie, le culte de la personnalité, les non-dits et les coups bas ». Difficile donc pour lui de s’acclimater dans un tel environnement. Dans une société comme la nôtre fortement caractérisée par les combats de positionnement et d’opportunisme, lui, il préfère ne pas aliéner son indépendance et sa liberté d’esprit et de pensée. «C’est à ce moment que je peux jouer mon véritable rôle », pense-t-il. 

En politique, il ne dérobe pas son admiration et son soutien à Messaoud Ould Boulkhéir, président de l’APP (Alliance Populaire Progressiste), qu’il considère comme étant son père spirituel même s’il n’a jamais eu la chance de le côtoyer tout près. «Mais, j’ai appris à travers  ses discours, confie-t-il, ses positions et sa trajectoire, la manière dont un citoyen comme moi descendant d’esclave devrait se comporter. » 

Il apprécie à sa juste valeur le compagnonnage de Messaoud Ould Boulkhéir avec Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi depuis son élection du 19 avril 2007. Car, pense-t-il, cette sympathie insuffle au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, une dose d’humanité, d’humilité et d’attention aux plus pauvres. «Messaoud Ould Boulkhéir est une caution morale très importante pour le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Cette caution, quand elle disparaît, la position de beaucoup de mauritaniens sera reconsidérée vis-à-vis du pouvoir », prédit-il. 

Ce que la politique ne lui a pas donné, c’est les droits de l’Homme qui vont le lui donner : la célébrité. C’est dans les droits de l’Homme qu’il va retrouver ses repères, se faire découvrir aux yeux du monde. Désormais, lui qui a toujours refusé l’aliénation et la domination, il va pouvoir agir sans contrainte électoraliste, ethnisciste ou communautariste. L’Homme est désormais au cœur de son combat. 

Mais… «La culture des droits de l’Homme est extrêmement minoritaire pour ne pas dire inexistante, s’indigne-t-il amèrement. L’idéologie qui gère la mentalité des hommes et femmes de ce pays est réfractaire aux droits de l’Homme autant dans ses interprétations religieuses que dans ses us et coutumes. Il y a aussi la tradition des pratiques administratives, judiciaires et policières qui laissent à désirer. L’idéologie sociale perçoit les droits de l’Homme comme une vague d’invasion civilisationnelle et culturelle de l’Occident qui vient éclabousser, déraciner et mettre sous sa coupe la culture nationale. Certains mauritaniens ne savent pas que les droits de l’Homme sont des valeurs universelles qui sont seules capables de faire le bien être de tous et garantir la paix civile et l’Etat de droit. » 

Son activisme dans le combat des droits de l’Homme en Mauritanie absorbe énormément son temps. Lui-même, il le reconnait. Il n’a pratiquement pas de vie de famille. «Les plaintes sont tellement nombreuses. Nous sommes régulièrement sollicités par les victimes, par les parents des victimes. Il n’y a aucun répit. Nous n’avons aucune possibilité de pouvoir jouir d’un temps pour la lecture et la famille. Les victimes sont souvent dans des conditions graves et interpellantes », raconte-t-il. 

Dans sa famille, chacun est devenu un militant des droits des droits de l’Homme à force de côtoyer les victimes. Sa maison se transforme souvent en foyer d’accueil et d’écoute pour ces dernières. Sans l’appui de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de S.O.S. Esclaves, Birame Ould Dah Ould Abéid aurait certainement croulé comme un château de cartes depuis belle lurette. Actuellement, il semble avoir le vent en poupe. Et rêve-t-il déjà la tête de ces deux organisations ? «Pas du tout ! Boubacar Ould Messaoud comme Messaoud Ould Boulkhéir sont des monuments indispensables vu leur qualité, leur combativité, leur persévérance et leur courage. Autant, l’un est indispensable au mouvement des droits de l’Homme et surtout à la lutte anti-esclavagiste; autant, l’autre l’est en politique(…) », pense-t-il. 

En direction de Mohamed Saïd O. Homedi, président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH), il ne tarit pas d’éloges. «Mohamed Saïd O. Homedi est un homme mûr, un démocrate et un homme de lettres. Je ne prétends pas qu’il est militant parce qu’il ne l’est pas. C’est un homme consensuel, un modérateur et un fédérateur des différentes mouvances de la CNDH qui étaient à l’origine des mouvances très opposées et à couteaux tirés. Mais, son prestige, son talent, sa capacité de modération et son tact à lui ont pu rapprocher les gens », témoigne-t-il. 

Birame Ould Dah Ould Abéid a mal lorsqu’il voit la communauté arabo-berbère détenir seule les leviers de commande du pays en paraissant  insouciante et insensible aux dangers qui couvent au sein de la communauté négro-africaine martyrisée et harratine populeuse et paupérisée. «Cela peut nous amener dans des situations extrêmement graves et regrettables », craigne-t-il. «Rien n’est fait par les pouvoirs publics pour essayer de garantir la paix civile. Cela passe d’abord, cette paix civile, par l’édification d’un système judiciaire fiable et équitable, par le partage des richesses d’une manière juste, par le diagnostic clair et net, sans ambages ni tabou, des phénomènes et anachronismes qui rongent la société (mauritanienne) », regrette-t-il tout en s’indignant de la démission des pouvoirs publics sur cet état de fait dangereux. 

Aujourd’hui, Birame Ould Dah Ould Abéid ne rêve que d’une seule chose : avoir des compagnons de lutte qui croient comme lui à la même cause et prêtent à se sacrifier, à défier la société et le pouvoir pour imposer les droits de l’Homme en Mauritanie. Mais aussi la disparition des bidonvilles de Nouakchott, la fin des pratiques esclavagistes, la mémorialisation des victimes du génocide effectué entre 1986 et 1991 en leur dressant des sépultures décentes. Son discours radical lui vaut de temps en temps des menaces à travers le net, des violences verbales. «Ceci ne m’intimide pas », lâche-t-il. «J’ai décidé depuis que j’ai eu l’âge de 35 ans, en faisant un sermon, que je ne me tairai jamais face aux injustices », rappelle-t-il. 

Ce qu’il ne compte pas refaire non plus, c’est se réengager en politique. Et quand il parle de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi, il ne prend pas de gants. «C’est un homme qui appartient à la communauté arabo-berbère qui domine le pays. Il a les mêmes réflexes, les mêmes idées et les mêmes positions qu’un vieux maure normal. Il n’est pas anti-esclavagiste. Il n’est pas particulièrement solidaire des victimes des violations des droits de l’Homme. Il n’est pas un homme qui tient rigueur pour la vérité ni pour l’intégrité », pense-t-il. 

Comme tout le monde, Birame Ould Dah Ould Abéid suit avec beaucoup d’attention et d’intérêt les élections présidentielles de novembre 2008. Il soutient Barack Obama donné favori. Déjà, il pense que la Mauritanie aura un jour un président noir. «Cela va se réaliser après des secousses. L’histoire va ainsi », croit-il. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 septembre, 2008 )

Violences à l’égard des femmes

Un phénomène de plus en plus grandissant en Mauritanie ! 

 

C’est un secret de polichinelle : la Mauritanie, en matière de violences exercées à l’égard des femmes, fait partie des mauvais élèves. Un jour ne passe sans que la presse n’en fasse ses choux gras. D’où l’inquiétude grandissante des organisations de défense des droits de la femme. «La violence s’accentue dans ce pays de jour en jour. Personne n’est à l’abri de la violence et particulièrement les femmes parce qu’elles constituent la couche la plus vulnérable (de la société) », s’inquiète Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF). 

 

Les violences à l’égard des femmes constituent à nos jours un sujet tabou dans la société mauritanienne. C’est pour vaincre ce signe indien que l’Association des Femmes Chefs de Famille en partenariat avec le FLM a organisé le week-end dernier une journée de formation sur les violences contre les femmes au profit des juges, des avocats et des hommes de sécurité. «Parler des violences faites à l’égard des femmes, c’est parler de nos réalités, pense madame Aïssata Salgui Sy, coordinatrice de l’Initiative pour la Promotion de l’Education Citoyenne et du Dialogue Politique(IPCD). Nous devons réfléchir à cette situation qui prévaut actuellement. Nous devons nous interroger pourquoi y’a-t-il de plus en plus de violences faites à l’égard des femmes. » 

 

Un détour sur les statistiques montre combien le phénomène est devenu sérieux et inquiétant. En effet, en 2000, plus d’un million de personnes en partie des femmes, à travers le monde, sont décédées suite à un acte de violences. Et, nul n’ignore l’impact de ces violences sur la santé, l’environnement, le développement, la qualité de la vie et le bien-être social. En Mauritanie, faute de statistiques, il est impossible de dire avec exactitude le nombre de cas de violences faites à l’égard des femmes. Cependant, la situation semble alarmante. «Les femmes battues se présentent par dizaine chez nous. C’est des victimes qui viennent nous voir pour chercher secours et l’encadrement. Elles cherchent à être orientées et à être accompagnées dans les violences qu’elles subissent », renseigne Aminétou Mint El Moctar. 

 

Lorsqu’il s’agit de ratifier ou de signer des conventions internationales, la Mauritanie est championne dans ce domaine. Mais quand il s’agit de les appliquer, bonjour les obstacles. Parallèlement à cela, la police et la justice ne facilitent pas la tâche aux associations de défense des droits de la femme. Les plaintes qu’elles déposent souvent à la brigade mixte n’aboutissent pas. Ce sont les victimes qui en pâtissent en premier lieu. «Toutes les portes sont closes devant elles, s’indigne la présidente de l’AFCF. A la police comme à la justice. Elles sont découragées même de poser leur problème. Maintenant, elles se taisent sur les plus grandes violences dont elles sont victimes. Elles ne savent pas à qui se confier. Elles sont abandonnées à leur sort. Elles ne sont pas écoutées. Plus grave encore, elles sont menacées par la police. » 

 

C’est pour améliorer cette image que cette journée de formation a été organisée dans le but de sensibiliser les personnes concernées par ce phénomène. La négligence des autorités notamment celles de la police qui ferment les yeux sur cette plaie ouverte qu’est le phénomène des femmes violentées a été rudement dénoncée. En outre, jusqu’à ce jour, il n’y a pas de structures d’insertion pour les femmes victimes de violences. Non plus, il n’y a pas de juridictions ou de lois spécifiques, comme au Maroc par exemple, qui permettent de traiter le phénomène des violences faites à l’égard des femmes convenablement et lui apporter des solutions adéquates. Pour autant, on peut assister ces femmes-là juridiquement. «Il y a quand même, malgré tout, dans le code Pénal et la constitution, des règles qui permettent de traiter le problème judiciairement dans le cadre de la répression de la violence en général et des agressions contre les individus de droit commun », précise Ahmed Bezeid O. El Mamy. 

 

Aux yeux de maître Bilal O. Dick, avocat à la cour, on peut améliorer voire changer la situation des femmes victimes de violences notamment sur le plan juridique d’abord en révisant les textes. «Tous les textes qui régissent le domaine des violences sont des textes qui ne sont pas précis. Les jugements qui sont souvent rendus ne sont pas tout à fait concordants avec la réalité. Ce n’est pas dû à l’incompétence du juge. C’est peut être dû à l’interprétation qu’il fait du texte dans la mesure où les textes ne donnent pas une position précise de ce phénomène », fait-il remarquer. 

 

Souvent, les auteurs de ces violences ne sont pas inquiétés ou les peines sont légères. «La grande partie des jugements que nous avons, c’est des jugements qui sont de 2 à 3 ans avec une réparation de la victime de 100.000 UM. Nous estimons que c’est très insignifiant », soutient maître Bilal O. Dick. «Les policiers et les magistrats sont de mentalités d’antan. Ils ont des considérations sur la femme qui relèvent de la mentalité médiévale. Pour eux, la femme est parfois elle-même la source des problèmes. Malheureusement, pour ce qui concerne les violences à l’égard des femmes, les autorités policières et judiciaires sont toujours méfiantes », confie maître Ahmed Bezeid O. El Mamy. «Il faut que les juges et les policiers mesurent l’impact de ces violences pour aider les victimes à les surmonter », a lancé Aminétou Mint El Moctar. 

 

La prise en charge des femmes victimes, la lutte contre l’impunité, l’assouplissement des procédures juridiques, l’application de la loi et surtout son harmonisation avec les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie peuvent constituer des étapes importantes dans l’éradication du phénomène des violences exercées à l’égard des femmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

( 21 septembre, 2008 )

Violences à l’égard des femmes

Un phénomène de plus en plus grandissant en Mauritanie ! 

 

C’est un secret de polichinelle : la Mauritanie, en matière de violences exercées à l’égard des femmes, fait partie des mauvais élèves. Un jour ne passe sans que la presse n’en fasse ses choux gras. D’où l’inquiétude grandissante des organisations de défense des droits de la femme. «La violence s’accentue dans ce pays de jour en jour. Personne n’est à l’abri de la violence et particulièrement les femmes parce qu’elles constituent la couche la plus vulnérable (de la société) », s’inquiète Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF). 

 

Les violences à l’égard des femmes constituent à nos jours un sujet tabou dans la société mauritanienne. C’est pour vaincre ce signe indien que l’Association des Femmes Chefs de Famille en partenariat avec le FLM a organisé le week-end dernier une journée de formation sur les violences contre les femmes au profit des juges, des avocats et des hommes de sécurité. «Parler des violences faites à l’égard des femmes, c’est parler de nos réalités, pense madame Aïssata Salgui Sy, coordinatrice de l’Initiative pour la Promotion de l’Education Citoyenne et du Dialogue Politique(IPCD). Nous devons réfléchir à cette situation qui prévaut actuellement. Nous devons nous interroger pourquoi y’a-t-il de plus en plus de violences faites à l’égard des femmes. » 

 

Un détour sur les statistiques montre combien le phénomène est devenu sérieux et inquiétant. En effet, en 2000, plus d’un million de personnes en partie des femmes, à travers le monde, sont décédées suite à un acte de violences. Et, nul n’ignore l’impact de ces violences sur la santé, l’environnement, le développement, la qualité de la vie et le bien-être social. En Mauritanie, faute de statistiques, il est impossible de dire avec exactitude le nombre de cas de violences faites à l’égard des femmes. Cependant, la situation semble alarmante. «Les femmes battues se présentent par dizaine chez nous. C’est des victimes qui viennent nous voir pour chercher secours et l’encadrement. Elles cherchent à être orientées et à être accompagnées dans les violences qu’elles subissent », renseigne Aminétou Mint El Moctar. 

 

Lorsqu’il s’agit de ratifier ou de signer des conventions internationales, la Mauritanie est championne dans ce domaine. Mais quand il s’agit de les appliquer, bonjour les obstacles. Parallèlement à cela, la police et la justice ne facilitent pas la tâche aux associations de défense des droits de la femme. Les plaintes qu’elles déposent souvent à la brigade mixte n’aboutissent pas. Ce sont les victimes qui en pâtissent en premier lieu. «Toutes les portes sont closes devant elles, s’indigne la présidente de l’AFCF. A la police comme à la justice. Elles sont découragées même de poser leur problème. Maintenant, elles se taisent sur les plus grandes violences dont elles sont victimes. Elles ne savent pas à qui se confier. Elles sont abandonnées à leur sort. Elles ne sont pas écoutées. Plus grave encore, elles sont menacées par la police. » 

 

C’est pour améliorer cette image que cette journée de formation a été organisée dans le but de sensibiliser les personnes concernées par ce phénomène. La négligence des autorités notamment celles de la police qui ferment les yeux sur cette plaie ouverte qu’est le phénomène des femmes violentées a été rudement dénoncée. En outre, jusqu’à ce jour, il n’y a pas de structures d’insertion pour les femmes victimes de violences. Non plus, il n’y a pas de juridictions ou de lois spécifiques, comme au Maroc par exemple, qui permettent de traiter le phénomène des violences faites à l’égard des femmes convenablement et lui apporter des solutions adéquates. Pour autant, on peut assister ces femmes-là juridiquement. «Il y a quand même, malgré tout, dans le code Pénal et la constitution, des règles qui permettent de traiter le problème judiciairement dans le cadre de la répression de la violence en général et des agressions contre les individus de droit commun », précise Ahmed Bezeid O. El Mamy. 

 

Aux yeux de maître Bilal O. Dick, avocat à la cour, on peut améliorer voire changer la situation des femmes victimes de violences notamment sur le plan juridique d’abord en révisant les textes. «Tous les textes qui régissent le domaine des violences sont des textes qui ne sont pas précis. Les jugements qui sont souvent rendus ne sont pas tout à fait concordants avec la réalité. Ce n’est pas dû à l’incompétence du juge. C’est peut être dû à l’interprétation qu’il fait du texte dans la mesure où les textes ne donnent pas une position précise de ce phénomène », fait-il remarquer. 

 

Souvent, les auteurs de ces violences ne sont pas inquiétés ou les peines sont légères. «La grande partie des jugements que nous avons, c’est des jugements qui sont de 2 à 3 ans avec une réparation de la victime de 100.000 UM. Nous estimons que c’est très insignifiant », soutient maître Bilal O. Dick. «Les policiers et les magistrats sont de mentalités d’antan. Ils ont des considérations sur la femme qui relèvent de la mentalité médiévale. Pour eux, la femme est parfois elle-même la source des problèmes. Malheureusement, pour ce qui concerne les violences à l’égard des femmes, les autorités policières et judiciaires sont toujours méfiantes », confie maître Ahmed Bezeid O. El Mamy. «Il faut que les juges et les policiers mesurent l’impact de ces violences pour aider les victimes à les surmonter », a lancé Aminétou Mint El Moctar. 

 

La prise en charge des femmes victimes, la lutte contre l’impunité, l’assouplissement des procédures juridiques, l’application de la loi et surtout son harmonisation avec les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie peuvent constituer des étapes importantes dans l’éradication du phénomène des violences exercées à l’égard des femmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

( 21 septembre, 2008 )

Birame Ould Dah Ould Abéid

«Les autorités font tout pour nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie et mettre les bâtons dans les roues du mouvement abolitionniste et des militants anti-esclavagistes »

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Dans la présente interview, que nous a accordée Birame Ould Dah Ould Abéid, membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de S.O.S. Esclaves, dans le cadre de la sortie du film «Chasseurs d’esclaves » produit par la télévision franco-allemande Arte, l’intéressé fait des révélations et brosse le tableau de la situation sociale du pays avec un focus sur la question centrale – celle de l’esclavage – phénomène que la société mauritanienne continue à appréhender comme étant normal et contre lequel personne ne doit s’insurger, ou se révolter.

Quand à vouloir en sanctionner les auteurs, c’est du domaine de l’utopie. Comme vous allez le constater, il ne sera pas du tout tendre avec les magistrats, les officiers de police judiciaire, les administrateurs civils, les médias officiels qu’il considère comme les pires propagandistes de l’idéologie esclavagiste.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez participé, avec Aminétou Mint Ely Moctar, à la réalisation d’un film d’Arte, intitulé «Chasseurs d’esclaves ». Comment est née l’idée de réaliser ce film?

Birame Ould Dah Ould Abéid : J’ai été sollicité par Sophie Jeannot, qui est une journaliste-réalisatrice à Arte. Au cours d’une discussion que j’ai eue avec elle, elle m’a fait part de son intention de se déplacer jusqu’en Mauritanie pour nous accompagner dans l’une de nos actions pour libérer des esclaves en cas de plainte des leurs.

Son arrivée a coïncidé avec une mission que je devais accomplir au nom de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). J’étais accompagné d’Aminétou Mint Ely Moctar. L’avocat Ishaq Ould Ahmed Hadi, qui devait être de la mission, s’est désisté à la dernière minute pour des raisons personnelles. Aminétou et moi sommes finalement partis seuls avec l’équipe d’Arte pour libérer Haby Mint Rabah, esclave depuis la naissance chez ses maîtres (Abdoulaye Ould Moctar et sa sœur Aminétou Mint Moctar).

L’origine de cette mission, c’est la plainte introduite par Bilal Ould Rabah, frère de Haby Mint Rabah, auprès de S.O.S. Esclaves d’abord, puis auprès de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez été mandaté, comme vous dites, par la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Mais, concrètement, avez-vous rencontré des difficultés, des réticences sur le terrain de la part des autorités pour libérer Haby Mint Rabah ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Effectivement ! Premièrement, nous avons dû faire face à l’hostilité manifeste des autorités administratives et judiciaires. Dès notre arrivée à Tiguint, nous avons été interceptés par un peloton de gendarmerie qui nous a cernés et conduits devant le chef d’arrondissement de cette bourgade.

Nous nous sommes même engueulés avec lui puisqu’il voulait, lui et la gendarmerie, mettre en doute l’objet de notre mission en voulant nous empêcher d’y aller. Ils nous ont même empêchés de prononcer le mot «esclavage ».  Ils ont voulu nous culpabiliser d’office en percevant notre mission comme une action subversive contre la société et l’Etat mauritanien.

Le Rénovateur Quotidien : Et comment expliquez-vous ce refus de leur part ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Ce refus s’explique par le fait que la société et l’Etat mauritanien restent dominés par l’idéologie esclavagiste. La pensée sociale continue à appréhender l’esclavage comme un phénomène normal et contre lequel on ne doit pas s’insurger, se révolter et qui ne doit pas attirer de sanctions, ni d’investigations.

D’autre part, l’Etat mauritanien reste dominé par une communauté esclavagiste en l’occurrence la communauté arabo-berbère qui détient tous les leviers de commande du pouvoir.

L’Etat aussi dans ses différents corps (administrateurs civils, magistrats, officiers de police judiciaire,…) est constitué en majorité d’esclavagistes. On ne peut compter sur de telles personnes, pratiquant l’esclavage pour le criminaliser, le combattre et l’éradiquer.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez tenu beaucoup de conférences de presse sur la question de l’esclavage. Mais, visiblement, cela n’a pas servi à grande chose. Est-ce que c’est dans ce cadre que ce film a été réalisé, pour servir de moyen de pression sur les autorités pour qu’elles reconsidèrent davantage le problème de l’esclavage en Mauritanie ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je pense que ce film va constituer un jalon de plus dans la somme des documents visuels et sonores qui, sans aucune équivoque, mettent en lumière sur la question de l’esclavage en Mauritanie et mettent en accusation, devant l’opinion publique nationale et internationale, l’Etat mauritanien, ses fonctionnaires et ses oulémas qui essaient de cacher vaille que vaille la question de l’esclavage qui est un crime.

Le Rénovateur Quotidien : On a vu dans ce film, un imam balayer du revers de la main l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Cela vous écœure-t-il d’entendre de tels propos alors que tout le monde sait que l’esclavage existe en Mauritanie, sauf aux yeux de ceux qui le nient ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Cet imam, c’est Mohamed El Hafedh Ould Enahoui, qui est un imam esclavagiste à plus d’un titre. Il est l’un des actionnaires dominants de la filière orientale de l’esclavage. Il fait passer des filles esclaves mauritaniennes vers le Golfe. Il est impliqué dans la tentative de faire passer une de ses esclaves, Zéina.

C’est un imam qui pratique jusqu’à présent l’esclavage. Il a plusieurs femmes esclaves et sur lesquelles il exerce un esclavage sexuel.

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi, ce monsieur n’est-il pas inquiété alors qu’il existe une loi criminalisant l’esclavage ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et son pouvoir n’ont pas fait la loi pour qu’elle soit appliquée. Ils ont fait la loi pour essayer de redorer le blason de la Mauritanie, en faisant de l’agitation et de la propagande sur cette loi. C’est pour faire le change devant la communauté internationale.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi nie lui-même l’existence de l’esclavage. Il ne parle que de séquelles. Les ministres, les officiers de police judiciaire, les administrateurs civils ont classé tous les cas d’esclavage avérés qui ont été portés devant la justice et l’administration mauritanienne.

Au jour d’aujourd’hui, depuis la promulgation de la loi (n°2007-048, Ndlr), il n’y a que 43 esclaves au total qui ont été libérés. Aucun des criminels soupçonnés d’esclavage n’a été poursuivi ni interpellé. Il n’y a aucune enquête en bonne et due forme.

Le Rénovateur Quotidien : Quelle a été la réaction des autorités lorsque «Chasseurs d’esclaves » est sorti ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je ne sais pas, mais je sais que, lorsque nous avons amené Haby Mint Rabah, le Premier ministre de l’époque, Zéine Ould Zéidane, a joué des têtes et des pieds.

Lui et sa directrice adjointe de cabinet, Mint Bourdid, ont inondé nos responsables supérieurs (la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Ndlr) de plaintes et de messages pour dire que Haby Mint Rabah n’est pas une esclave, que c’était un kidnapping, que c’était femme libre qui vit avec ses parents.

Le Premier ministre à l’époque (Zéine Ould Zéidane) était très solidaire des esclavagistes.  Il avait même demandé qu’on reprenne Haby Mint Rabah pour la rendre aux gens présentés comme ses parents alors qu’ils ne sont que ses maîtres.

Il n’y a pas un démenti plus grand que ces allégations tenues par le Premier ministre et sa directrice adjointe de cabinet.

Le Rénovateur Quotidien : Au vu de tout cela, peut-on espérer la disparition imminente de l’esclavage en Mauritanie ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Non ! On ne peut pas espérer une disparition proche de l’esclavage en Mauritanie. Loin s’en faut ! Les autorités, à travers l’action des magistrats, des officiers de police judiciaire, des administrateurs civils, à travers le discours des ministres, du Premier ministre et du président de la république, font tout pour nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie et mettent les bâtons dans les roues du mouvement abolitionniste et des militants anti-esclavagistes.

La destitution de l’ancien wali du Brakna, Sidi Maouloud Ould Brahim, qui a coopéré avec la mission de la CNDH qui a libéré la petite esclave Messouda Mint Hova des griffes de ses maîtres à Boghé en est une preuve évidente.

Il est encore clair que les médias officiels (la radio et la télévision mauritaniennes) continuent à rebattre les oreilles des mauritaniens de discours négationnistes. Ces médias officiels subliment l’esclavage mauritanien en le rendant social, acceptable et sacré à travers plusieurs programmes comme El Beddaa qui met en relief toute l’arrogance ethnique et de classe de la communauté (arabo-berbère) qui détient tous les leviers de commande du pays.

Cela dénote d’un grand mépris que ces autorités ont pour toutes les victimes, les militants des droits de l’homme en Mauritanie.

Le Rénovateur Quotidien : Votre dépit et déception se comprennent parfaitement. Pensez-vous que le fait de porter la question de l’esclavage sur le plan international, comme en témoigne le film d’Arte (Chasseurs d’esclaves), reste l’unique solution de se faire entendre ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je pense que la seule solution, c’est de consolider le mouvement abolitionniste (mauritanien), le raffermir au niveau national, l’encadrer et surtout essayer d’explorer toutes les voies de lutte possibles.

Mais encore, il faut s’inscrire dans le registre d’une dénonciation systématique de ce qui se passe en Mauritanie afin de porter la complicité des autorités mauritaniennes (politiques, judiciaires, religieuses…) devant la communauté internationale.

Le Rénovateur Quotidien : Ne faudrait-il pas, toujours dans le cadre des voies de lutte contre l’esclavage, essayer d’initier une journée contre l’esclavage comme on l’avait fait au moment où la Mauritanie était confrontée au problème terroriste ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Nous sommes sur un plan d’actions qui va englober tout cela. Il y aura bientôt une série de manifestations pour dire non à l’esclavage, mais aussi à certains anachronismes et phénomènes graves qu’on fait subir à des êtres humains en Mauritanie.

Le Rénovateur Quotidien : La classe politique, dans son ensemble, est évasive sur la question de l’esclavage en dépit de son opposition de principe à ce phénomène. Pensez-vous que certains hommes politiques ont des privilèges à sauvegarder ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Les partis politiques en général, ce sont des partis qui s’arriment à l’idéologie de la société. Je pense que, en dehors du parti APP (Alliance Progressiste Populaire, Ndlr) dont le chef Messaoud Ould Boulkhéir est le chantre incontesté de la lutte anti-esclavagiste en Mauritanie, le REJ (Rassemblement pour l’Egalité et la Justice, Ndlr) de Cheikh Sid’Ahmed Dieng et Tawassoul de Jémil Mansour, il n’y a pas d’autres partis qui essaient de s’inscrire dans une optique abolitionniste.

Je remarque que les autres partis n’accordent pas une importance à cela parce qu’ils ont une position de classe vis-à-vis de la question de l’esclavage.

Le Rénovateur Quotidien : Je reviens de nouveau au film «Chasseurs d’esclaves ». Pensez-vous qu’il aura un impact au niveau des autorités ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je ne le pense pas. Aussi bien que les groupes dominants dont elles sont issues, les autorités sont imbues d’une forte arrogance et se caractérisent par une myopie qui va les perdre à la longue et je le regrette hélas. Ce film a eu un écho à l’étranger.

A travers ce film, j’ai été invité par les députés verts au sein du parlement autrichien. J’ai été invité par des universitaires autrichiens et des personnalités françaises pour des contributions sur l’esclavage en Mauritanie, à la lumière de ce film.

Le Rénovateur Quotidien : Récemment, notre pays, par la voix du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, s’est solidarisé avec Oumar El Béchir, le Président soudanais, accusé par le procureur de la Cour Pénale Internationale, de crimes commis au Darfour. En tant que défenseur des droits de l’homme, qu’en pensez-vous ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je soutiens sans réserve l’action de la Cour Pénale Internationale contre tous les criminels de droit commun, les coupables de crimes contre l’humanité, de crime de génocide ou de crimes de guerre.

Omar Hassan El Béchir et ses collaborateurs doivent répondre des actes de génocide qu’ils ont commis au Darfour. La position de certains partis politiques et certaines personnalités notamment le Président de la République dénote que la Mauritanie et ses dirigeants reste encore un Etat réfractaire aux Droits de l’Homme.

Contrairement à ce que disent certains détracteurs, la CPI n’est pas un tribunal américain ni un tribunal européen. La CPI est un tribunal international à laquelle les Etats de la communauté internationale, dans leur large majorité, hormis les Etats voyous comme le nôtre et le Soudan, ont déjà souscrit et ratifié la charte.

En Mauritanie, il y a des criminels, notamment d’anciens chefs d’Etat ou hauts fonctionnaires de l’administration, qui doivent comparaître devant ce tribunal et nous ne ménagerons aucun effort pour qu’ils comparaissent.

Le Rénovateur Quotidien : Vous venez d’évoquer d’anciens chefs d’Etat mauritaniens considérés par certaines organisations de défense des droits de l’Homme comme étant des criminels et des génocidaires. On cite souvent le nom de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, qu’on accuse d’avoir commis des crimes contre les populations négro mauritaniennes. Actuellement, il vit, sans être inquiété, au Qatar. Etes-vous pour son extradition en Mauritanie pour qu’il réponde des accusations portées contre lui ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Quand on l’extrade ici, il va trouver l’impunité ! Ici, c’est le pays de l’impunité. Il y a des gens qui ont commis des crimes de droits humains très graves, des crimes économiques, des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité. Ces gens-là sont ici, sans pour autant être inquiétés.

Pire encore, ils sont promus de jour en jour. Ils continuent de bénéficier des honneurs de la République. L’extrader ici (Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya), non ! Je veux qu’il soit, comme tous les autres, jugé par la Cour Pénale Internationale.

Mais le ramener en Mauritanie, c’est lui garantir une impunité totale. Ce n’est pas une justice de classe, une justice ethniciste, corrompue et prise en otage par des réseaux mafieux et esclavagistes qui peut juger ce genre de crimes et de criminels.

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 19 septembre, 2008 )

Sidi Yahya:L’ombre d’une génération rangée au tiroir de l’oubliette !

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Celui qui aurait parié que Sidi Yahya allait un jour devenir un grand artiste plasticien n’aurait certainement pas eu tort ! Son talent est indiscutable. Il fait partie de cette génération rangée aux tiroirs de l’oubliette. Ce quarantenaire bourré d’imagination à faire craquer n’est plus à présenter dans le milieu des Arts Plastiques en Mauritanie. Le maître d’œuvre de la décoration de la Semaine Nationale du Film, c’est lui ! Très tôt, à bas âge, à l’école primaire, ses qualités de dessinateur hors pair se révélèrent en lui. Et, lorsqu’il raconte ses premiers pas dans l’art, on sent jaillir de son visage et de ses yeux une abréaction.  

A l’école, il n’avait qu’un seul fantasme : à la fin des cours, il s’arrangeait à ramasser les restants de craie qu’il va se servir pour gribouiller sur tous les murs qui se trouvaient sur le chemin du retour à la maison. Il traçait, il griffonnait, il dessinait des formes qu’il ne comprenait pas. Le tout, dans une naïveté spécifique à l’enfance.  

Malgré les plaintes des voisins auprès de sa maman, il récidivait encore le lendemain. Même les murs de leur maison n’échappaient pas à la folie de dessiner qui s’était emparé de son esprit et de son imagination. On aurait dit qu’il était obnubilé par un diable. Mais non ! Il éprouvait simplement du désir à «salir » les murs des voisins. Sidi Yahya est un pur produit des quartiers populaires de Nouakchott. Sa jeunesse, il l’a vécu au quartier populaire du 5ième arrondissement.  

De cette période, il ne garde que des souvenirs fugaces. Aujourd’hui, lui qui avait l’habitude de gambader, il regrette la disparition à petits feux des grands espaces de Nouakchott. «Même si ce n’était pas bien aménagé. Même si ce n’était pas des espaces verts. Même si ce n’était pas confortable. Mais quand même c’était des espaces. Toute mon enfance, je l’ai passé dans ces espaces avec des amis à jouer au ballon, à monter sur le ‘trot-trot’(trottinette). Quand je regarde, aujourd’hui, il n’y a même pas un mètre carré qui reste pour les enfants, la famille. Tout a disparu », regrette-t-il amèrement. 

A l’Institut Scientifique de Mauritanie(ISM), fruit de la coopération entre le Royaume d’Arabie Saoudite et notre pays, Sidi Yahya découvre pour la première fois la calligraphie et la décoration arabo-musulmane. C’est dans cet institut, au bout de deux ans, qu’il va commencer aussi à peindre en ressuscitant la nature morte.  

En 1987, à la fin de ses études à l’ISM, il voyage pour améliorer ses connaissances artistiques. Destination : Saint-Louis du Sénégal où il va rencontrer un certain artiste plasticien sénégalais du nom de Julien Kéita. Le temps d’une collaboration avec ce dernier, il découvre le symbolisme et l’abstraction. De retour en Mauritanie en 1990, il participe, avec 21 autres artistes plasticiens mauritaniens, au concours d’Arts Plastiques organisé par le Ministère de la Culture. Il sera retenu avec Mokhis et Mohamed Vall pour participer, au Maroc, à une exposition intitulée : «Tendances de la peinture contemporaine au Maghreb ». 

Au Royaume chérifien, il est émerveillé en découvrant l’Ecole des Beaux-Arts de Rabat. Et, surtout, il va rencontrer de grands artistes plasticiens marocains de renommée internationale tels que Khassimi Ben Lamine Fouad dont ses travaux ont laissé une forte impression sur lui. Il fut bouleversé et ébahi de faire la connaissance d’un tel monsieur qui force le respect et l’admiration. Ce périple au Maroc lui a ouvert d’autres portes. Désormais connu, il commence à voyager. Une nouvelle vie en perspective ! Son grand plaisir, confie-t-il, c’est de voyager. Il a fait plus d’une vingtaine de pays africains. 

Aujourd’hui, lorsqu’il parle des Arts plastiques, son constat est teinté de déception, d’amertume et de pessimisme : pas assez de journalistes qui s’intéressent à la Culture de manière générale, pas d’espaces culturels spécialisés, pas de galeries, faible participation de nos artistes aux événements internationaux, pas de soutien concret de la part de l’Etat mauritanien, pas de sponsors pour créer des événements culturels…Autant de problèmes structurels qui ne présagent pas des lendemains meilleurs. 

Mais, pense-t-il, ce n’est pas une raison d’abdiquer. «Le devoir de notre génération, c’est de transférer le savoir et la culture des Arts Plastiques aux générations prochaines », croit-il. Et comment faire ? «C’est de créer une Faculté des Arts ou un Institut avec l’appui de l’Etat », répond-il. Pour lui, il ne faudrait pas reprendre les mêmes erreurs qui ont abouti à l’inhumation des Arts Plastiques en Mauritanie.  

Confiant, il l’est. il se fonde sur le fait que les Arts Plastiques commencent à connaître une Ascension fulgurante depuis quelques années. «Avant, c’était impossible de parler d’Arts Plastiques », rappelle-t-il. Cela est devenu possible grâce à l’introduction des Arts Plastiques au niveau de l’enseignement technique où on étudie par exemple l’infographie. Avec le recul du temps, il regrette toujours le fait que les autorités aient éliminé les travaux pratiques dans l’enseignement primaire. Ce serait très intéressant, trouve-t-il, d’inclure les Arts Plastiques dans le programme de l’enseignement général.  

Ce ne sont pas les idées qui manquent pour sortir du trou les Arts Plastiques. «On ne peut pas amener un squelette à Barkéol pour qu’un enfant puisse comprendre ce que c’est. Mais, on peut dessiner un squelette. D’abord, il nous faudra des personnes qualifiées pour pouvoir illustrer les livres scolaires, des professeurs en Arts plastiques pour donner de petites formations aux instituteurs. Cela m’étonne qu’à l’Ecole Nationale des Instituteurs qu’il n’y ait pas un professeur en Arts Plastiques. Un instituteur qui ne sait pas dessiner, comment il va expliquer à ses élèves pour qu’ils puissent comprendre. Un enfant qui n’a jamais vu un avion, il faut que l’enseignant soit en mesure de pouvoir dessiner un avion », explique-t-il. 

Depuis quelques années, il a quitté son quartier populeux(5ième arrondissement) pour s’installer, chose curieuse, à Ilot K, là où il a vu le jour. A ses yeux, cela ne s’apparente guère à un signe d’évolution sociale ou envie de quitter les siens ? NON ! «C’est plutôt pour des raisons artistiques », explique-t-il. Seul, il a réussi à monter une école de formation en Arts Plastiques qui porte son nom. Ce projet, qui existe depuis une année, est une vieille idée d’une française artiste résidant à Nouakchott, du nom de Nadia Masito. 

Après le départ de cette dernière en France, il reprend, avec ses propres moyens, cette école. C’est ainsi que Sidi Yahya l’a reprise avec une volonté ferme de la rendre plus populaire aux yeux des mauritaniens. Avec un effectif de plus de 47 élèves, cette école constituera à n’en pas douter une future pépinière des artistes plasticiens mauritaniens. Malgré les difficultés(électricité, eau, location, employés, achat de matériels pédagogiques, sécurité…), il essaie de faire évoluer cette école contre vents et marées.  

Il a un faible pour les enfants. Il croît en eux ! A ses yeux, ils constituent la pépinière et la culture comme une locomotive même elle n’est pas(la culture) encore une affaire d’Etat avec une stratégie très précise dans l’esprit des acteurs culturels. Ce qui fait qu’être artiste dans notre pays est éprouvant. «Il est instable. Il n’a pas d’horaires fixes pour le travail. Il a besoin surtout d’une femme compréhensive », commente-t-il. «Il faut que la société mauritanienne comprenne que l’artiste est un nomade », s’écrie-t-il.  

Pour autant, cela ne doit pas l’empêcher de jouer un rôle dans l’évolution de la société et des mentalités. «L’artiste est un modèle. Il doit être sensible à ce qui se passe dans son environnement. L’artiste n’est pas un prophète ni un prédicateur. Son rôle, c’est de pousser la communauté à réfléchir », trouve-t-il. Ni homme politique, l’artiste est avant tout un reflet de la société dans laquelle il vit en étant en diapason avec elle car «la création n’a pas de rendez-vous ». 

Sa soif de découverte de nouvelles et bonnes choses le mènent aux débuts des années 90 en Algérie où il vécut pendant 5 bonnes années avec à la clef un mariage en poche. Il y exercera, en plus de la peinture, la broderie pour, dit-il, vivre, devenant ainsi un monsieur touche-à-tout. 

De retour en Mauritanie, il est dépité par le niveau de stagnation des Arts Plastiques. Que de souvenirs désarmants ! «En ce moment, il n’y avait pas encore un artiste plasticien mauritanien qui a fait une exposition personnelle au niveau de Nouakchott. De temps en temps, tous les 2 ou 3 ans, il y avait une exposition collective », révèle-t-il. 

C’est ainsi que l’idée d’un projet de résidence germera dans son esprit. Il fait appel à Meyne, artiste plasticien mauritanien et actuellement journaliste au Calame, pour concevoir ce projet. Ils s’isolent, pour être à l’abri des curieux de la rue, dans un bâtiment funèbre à Nouakchott. Au bout de 6 mois de travail intensif, il accouche d’un bébé baptisé «Travaux de l’atelier ». Ce fut, sans fausse modestie, le véritable début de l’histoire des Arts Plastiques en Mauritanie. «Je n’étais pas sûr de trouver de l’argent pour pouvoir payer mes dettes. A la fin de l’exposition, on avait une recette de 2.700.000 UM », se souvient-il. «Si on est vraiment reconnaissant, on doit dire que c’est cette exposition qui a déclenché l’envie de travailler chez tous les artistes plasticiens mauritaniens », martèle-t-il.  

Dix ans plus tard, la situation est toujours la même : les autorités, les hommes d’affaires, le mécénat n’arrivent pas toujours à comprendre que l’évolution de ce pays passe d’abord par la promotion de l’Art et de la Culture. «Malheureusement, cela demandera beaucoup de temps pour être compris », s’indigne-t-il tout en dénonçant aussi la passivité des artistes mauritaniens. «On n’arrive pas toujours à comprendre l’essentiel du travail collectif. Tous les problèmes de la Mauritanie doivent être résolus d’abord au niveau de l’enfance. On parle de plus en plus d’unité nationale. Celle-ci doit commencer à l’école. Avant, on était dans la même classe, à coté de Diallo, de Fatima ou de Aïcha sur la même table. La cassure est venue lorsqu’on a institué le bilinguisme dans l’école mauritanienne. Cela a été fait exprès », croit-il. 

La seule issue, pense-t-il, c’est de retourner à l’école qui nous apprend les valeurs de tolérance et de respect. Surtout, esquiver, la politisation de certains intérêts personnels. Tout le mal de la Mauritanie vient de là-bas ! 

 

Babacar Baye Ndiaye  

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