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( 10 mars, 2008 )

Fête internationale de la femme:«Ensemble pour un développement équilibré »

Les femmes mauritaniennes, à l’instar de la communauté internationale, ont célébré hier, au Palais des Congrès de Nouakchott, la fête internationale de la femme sous la présidence effective de l’épouse du Président de la République Madame Khattou Bint El Boukhary. A l’occasion de cette importante cérémonie, madame Vatimétou Mint Khattry, Ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la Famille a révélé qu’un plan d’action pour la femme rurale sera bientôt achevé pour améliorer la situation de celle-ci et pour lui permettre de bénéficier de façon adéquate des programmes de développement exécutés par l’Etat. 

Profitant de ce 8 mars pour exprimer leur élan de solidarité, les femmes mauritaniennes ont exprimé ‘leur admiration et leur grande considération pour la lutte héroïque que mènent leurs sœurs en Palestine’ qui ont refusé ‘obstinément toute soumission et résignation préférant plutôt la mort pour la défense de leur pays’. 

Dans son discours, madame Vatimétou Mint Khattry, Ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la Famille a magnifié d’emblée, au nom de toutes les femmes mauritaniennes, l’action de l’épouse du Président de la République Madame Khattou Bint El Boukhary. «Nous saluons, dit-elle, les sacrifices grandioses consentis par la première dame, l’épouse du Président de la République Madame Khattou Bint El Boukhary en vue d’alléger les souffrances des catégories vulnérables et des sinistrés auxquelles elle montre une solidarité exemplaire dans les moments les plus difficiles ». 

Fêté sous le thème «Ensemble pour un développement équilibré », le 8 mars de cette année 2008 intervient quelques jours après l’appel lancé par le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi  aux femmes mauritaniennes d’entreprendre une campagne contre la gabegie et la corruption et à participer activement à la réforme de la société mauritanienne. 

Plus qu’un coup de projecteur sur la réalité de la femme mauritanienne, la fête internationale de la femme de cette année fut une occasion pour la ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la famille de faire une présentation des actions menées par son ministère et les défis qui se dressent sur le chemin des femmes mauritaniennes. 

C’est vrai que le nombre de femmes dans les postes de décision a accru et que leur participation dans la vie politique, économique et sociale du pays va en crescendo, mais leur place dans la société mauritanienne demeure encore très faible malgré le crédit accordé par le Président de la République aux femmes de bénéficier des priorités du gouvernement dans le domaine du développement et de la lutte contre la pauvreté ainsi que celui de la résolution  des grands défis relatifs à l’esclavage et à ses séquelles, au retour des réfugiés, au règlement du passif humanitaire… 

Face à cette nouvelle conjoncture, le ministère de la promotion féminine, de l’enfance et de la femme a pris une batterie de mesures élaborées dans un plan triennal qui tient en compte le cadre stratégique de la lutte contre la pauvreté. Ce qui a pu permettre de redynamiser la stratégie nationale pour la promotion féminine et d’adopter un arsenal juridique en faveur de la famille, de la femme et de l’enfant. 

Outre cela, le ministère a consolidé les centres de promotion professionnels pour la promotion féminine. Tous ces efforts du gouvernement dans le cadre de la promotion féminine vivent à améliorer le sort de la femme mauritanienne. Ainsi donc, «en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté au sein des femmes et de la famille, confie madame Vatimétou Mint Khattry, Ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la Famille, des efforts ont été concentrés sur cette catégorie à travers des programmes directement ciblés par le département et exécuter par d’autres départements et en coordination avec ceux-ci ». 

La femme mauritanienne est désormais au cœur des préoccupations du gouvernement mauritanien. Cela se manifeste dans les différents programmes élaborés dans ce sens. Comme par exemple, le programme de LIHDADE et d’Aftout, le programme d’urgence dans les wilayas des deux Hodds financé à hauteur de 80.000.000 UM réparties dans des projets générateurs de revenus dans le cadre d’un plan gouvernemental. 

S’inscrivant dans une démarche novatrice, le ministère de la promotion féminine va privilégier l’approche genre et l’intégrer dans les politiques et programmes de développement afin de réaliser l’égalité des chances.  Dans ce cadre, la ministre a fait savoir que son ministère va adopter une stratégie nationale avant la fin de l’année en cours.

Babacar Baye Ndiaye

( 10 mars, 2008 )

Dioba, artiste-chanteuse/Une vraie militante des causes de l’enfant !

Elle est née en 1982 à Nouakchott. Issue d’une famille de griots. Elle est chanteuse et veut aller plus loin : conquérir la Mauritanie et être populaire. Cette ambitieuse, qui refuse de jouer les seconds rôles dans la musique mauritanienne, s’habille toujours en rastafari.

Cette ‘femme publique’ s’appelle Marième Guéye plus connue sous le nom d’artiste de Dioba. Lorsqu’on parle d’elle, les mots et les qualificatifs ne manquent pas : c’est une diva, c’est une star, elle a la voix d’or, elle peut aller loin…affirment ses amies et ceux qui partagent avec elle, le milieu de la musique. Mais elle refuse de s’en affabuler. 

«Je n’ai pas une voix d’or ! Je ne suis pas encore une diva ! », glousse-t-elle.Peu importe, ce que les ‘autres’ pensent ou déclarent puisque les appréciations sont libres. Sa sobriété, elle la garde comme un précieux coffret. D’ailleurs, c’est parmi ses particularités. Normal, peut-on penser, quand on est issu d’une famille où le virus du chant et de la musique se transmet de génération en génération dans les limbes de la voix. 

Elle aurait pu être rappeur, tirer à boulets rouges sur le gouvernement, dénoncer les injustices sociales, dire tout ce qu’elle pense lorsqu’elle monte sur scène sans fioritures, elle aurait pu être un vrai esprit révolutionnaire, mais elle avait envie de faire du vrai mbalax parsemé de jazz, de salsa et  de reggae.

Marième Guèye dit Dioba

Elle va s’appeler Dioba, nom qu’elle a emprunté à sa grand-mère, Fatou Diop Gawlo, une grande cantatrice.  De sa grand-mère, elle ne gardera que son nom. Pas de souvenirs d’elle puisqu’elle décédera très tôt.

Elle bravera tous les obstacles et tous les interdits. En premier lieu, faire face à l’incompréhension de ces parents qui ne voulaient pas qu’elle devienne musicienne. Mais face à sa détermination, le mur parental a finalement cédé. Et elle se rappelle encore de ces moments et ces nuits où ses parents l’interdisaient de sortir. Mais, ses débuts dans la musique furent difficiles, avoue-t-elle. 

Bien sûr, Dioba n’est pas comme ces filles arrogantes. D’ailleurs, l’arrogance, ça l’agace ! Elle ne supporte pas les personnes arrogantes. Free, elle l’est. Elle n’a pas peur des regards et des critiques des autres, dit-elle. Les décolletés qu’elle porte parfois en est une illustration. Mais elle n’oublie jamais qu’elle est une musulmane et qu’elle respecte assidûment les heures de prière.

Cigarette à la main, jambes croisées, string out…Dioba affirme qu’elle n’est pas de cette catégorie de filles. Ni de ces jeunes filles là qui ne savent pas faire la vaisselle, la cuisine…avec de bons plats : yassa, mafé, tchiou, thiébou djeune…

Toutes ces bonnes choses là, elle les a apprises de sa grand-mère, Mariétou Guèye, à qui elle rend souvent hommage dans ses morceaux.  Le copinage ne l’intéresse pas. «Je n’ai pas ce temps-là », s’explique-t-elle. Mariée ? «J’attends l’homme providentiel », répond-elle avec un brin d’humour. Ses relations avec les autres artistes sont parfaites. Elle répond toujours à leur sollicitation.

Qu’elle soit pour assurer leurs chœurs ou faire un play-back sur scène !  Elle participe aussi à des campagnes de sensibilisation notamment sur la lutte contre le VIH/Sida.  Elle vit de manière naturelle son statut de ‘femme publique’. La situation des enfants est son seul leitmotiv. Elle a mal au cœur lorsqu’elle aperçoit dans les rues de Nouakchott, des enfants sans chaussures, sous le soleil, en train de tendre la main.

Sa vie, elle veut la ménager, pour la cause des enfants. Elle compte même créer une association dans ce sens lorsqu’elle trouvera des fonds nécessaires pour venir en aide aux enfants de la rue. Une vraie militante des causes de l’enfant.                                                                                                           

Et celle que l’on taxe souvent de «jamaïcaine» du fait de son look ne s’est jamais découragé. Matin, midi, soir : elle est toujours en répétition. Elle croit dur comme fer qu’elle peut réussir dans la musique et que seul le travail paie. Des projets, elle en a pleine la tête. Mais elle refuse d’en parler. Il semblerait qu’elle a horreur des prévisions.

Elle ne s’aventure jamais à avancer de date. Car, «Seul Dieu sait», se justifie-t-elle. D’ailleurs, le mot «Dieu » revient tout le temps sur ses propos.  Nièce de Jimmy Mbaye, un guitariste du super étoiles de Youssou Ndour, l’un des meilleurs guitaristes d’Afrique, elle ne veut pas aller trop vite en besogne en ce qui concerne sa carrière musicale.

Même si elle sait qu’elle peut s’en sortir en sollicitant son expérience et son aide.  Elle ingurgite toutes sortes de musique. Une fille moderne et émancipée ! Ma Sané de Wa Flash de Thiès et Coumba Gawlo Seck l’empêchent de dormir. Lorsqu’elles chantent, elle devient muette et attentive !  Choriste de Malouma, elle a pu voyager dans pas mal de pays.

Cette collaboration l’a permis de s’améliorer mais surtout de découvrir certaines astuces de la vie musicale. Grandi entre Nouakchott, Dakar et Tivaouane, elle n’a pas eu la chance de fréquenter l’école française. «Je ne regrette rien », avoue-t-elle. Enfant, se souvient-elle, elle était têtue et bagarreuse. Mais, rassure-t-elle, elle a changé maintenant. Certainement, parce qu’elle est devenue disciple de Khalifa Ababacar Sy (chef religieux de la confrérie Tijane au Sénégal à Tivaouane, ndlr). 

Babacar Baye Ndiaye 

( 10 mars, 2008 )

Situation des prisons en Mauritanie

Aminétou Mint Ely Moctar demande l’amélioration des conditions de détention 

 

Les  conditions de détention des prisonniers mauritaniens ne sont pas fameuses, peut-on penser, à l’issue de la conférence de presse organisée, ce samedi 1er mars, en collaboration avec S.O.S. Esclaves et Al Marsaad Mauritanie, deux associations fortement impliquées dans la défense des droits de l’Homme en Mauritanie. D’ailleurs, le récent rapport de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH) a révélé de nombreux dysfonctionnements criards dans nos prisons. Pas étonnants donc d’entendre des parents de prisonniers affirmer que leurs progénitures sont régulièrement torturées loin de tout regard. 

 

Au cours d’une conférence de presse tenue samedi dernier, la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF), Aminétou Mint Ely Moctar a catégoriquement dénoncé les conditions dans lesquelles sont détenus  les prisonniers mauritaniens, qu’ils soient des prisonniers d’opinion ou de droit commun. «Nous estimons, souligne-t-elle, quel que soit le crime qui a été commis par un prisonnier, il ne faut jamais oublier que c’est un être humain et qu’il a droit d’avoir une vie décente ». A ses yeux, les prisonniers doivent bénéficier plus d’attention de la part des autorités en leur accordant le droit de recevoir des visites, de voir leurs parents, d’être pris en charge, de bien manger, d’être soignés lorsqu’ils souffrent, bref d’être dans de bonnes conditions. 

Elle a par ailleurs attiré l’attention des mauritaniens sur les brimades, les humiliations et les maltraitances que subissent sans relâche ces mêmes prisonniers qui ne bénéficient d’aucune protection juridique ou sociale. «Nous sommes contre de telles pratiques », a-t-elle martelé en soulignant que «leurs parents ont droit de savoir dans quelles conditions ils vivent. De quoi, ils mangent. C’est un droit élémentaire qu’il faut accorder à leurs parents ». C’est pourquoi, Aminétou Mint Ely Moctar a demandé à ce que des mesures soient prises pour que les parents des prisonniers puissent avoir des informations sur les conditions de détention des prisonniers dans le cadre du respect de la dignité humaine. 

Récemment, un rapport sur la situation des conditions de détention dans les prisons a été publié par la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH). Ce rapport a indiqué que les conditions de détention des prisonniers sont catastrophiques. Mais à défaut de changer cette situation, Aminétou Mint Ely Moctar a suggéré qu’elles soient améliorées au bénéfice des prisonniers et de leurs parents.   

Cette situation inquiétante et déplorable est connue des pouvoirs publics qui semblent ne pas accorder du crédit à l’amélioration des conditions de détention des prisonniers. En outre, certains prisonniers, et ils sont nombreux à croupir au fond des geôles, depuis leur incarcération, leurs proches parents n’ont plus de leurs nouvelles. 

Une situation que Aminétou Mint Ely Moctar juge inacceptable et estime qu’il est du ressort des pouvoirs publics d’améliorer les conditions de détention des prisonniers en leur assurant une protection sociale dans un cadre légal. «Tout ce que nous pouvons demander à la justice, c’est qu’elle soit une justice équitable et qu’elle soit une justice réelle » a-t-elle laissé entendre. «Nous voulons que la situation des prisonniers change et que les prisons soient élargies », dit-elle en faisant allusion à la prison centrale qui a largement dépassé sa capacité d’accueil et elle est actuellement à plus de 800 prisonniers entassés dans des cellules souvent trop exiguës. 

Cette situation précaire et dangereuse n’a pas laissé de marbre la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF)  qui a stigmatisé la manière dont les prisonniers sont entassés et la façon dont ils sont traités. «Nous sommes dans un pays démocratique », dit-elle persuadée qu’on ne peut pas continuer à bafouer les principes les plus élémentaires de la justice et du droit alors que la Mauritanie a ratifié la convention contre la torture. «Le fait d’enchaîner un être humain pendant toute la journée et toute la nuit, c’est de la torture. Cela est inadmissible et inacceptable. Il faut traiter l’être humain en tant qu’être humain et non selon le crime qu’il a commis », pense-t-elle. 

Aminétou Mint Ely Moctar a saisi la balle au bond pour lancer un appel au gouvernement mauritanien de revoir la situation des conditions de détention des prisonniers et notamment en permettant aux parents des prisonniers d’avoir un accès aux prisons en leur apportant à manger, en leur soignant lorsqu’ils tombent malades, etc… 

Et par rapport à la condition actuelle qui prévaut dans les territoires palestiniens, Aminétou Mint Ely Moctar a estimé, en tant que défenseur des droits de l’Homme, que c’est un «massacre collectif» qui a visé principalement des femmes et des enfants. L’Etat Hébreu, a-t-elle fait savoir, est entrain de bafouer toutes les conventions internationales sur les droits des enfants et de la femme sans que cela ne fasse rechigner personne. «Nous demandons aux autorités mauritaniennes de faire pression auprès d’Israël », a-t-elle dit en qualifiant ces raids israéliens de «crime odieux», des attaques qui doivent, selon elle, mobiliser toutes les Organisations de Défense des Droits de l’Homme du monde entier pour que cette situation s’estompe immédiatement afin d’éviter qu’elle ne dégénère et étale ses tentacules sur toute la planète. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 10 mars, 2008 )

Allou Allassane, chanteur: »Je me suis marié deux fois à cause d’un manque de compréhension vis-à-vis de mon comportement et de mon esprit d’artiste »

 

Allou Allassane ou l’Enfant du Walo, comme il aime à s’en affabuler, vient de sortir au Sénégal et en Mauritanie, son nouvel album, «Yaag Yoon » (en substance, péripéties de la vie, ndlr) qui comprend six titres : ‘Mame’(aïeul), ‘Mi Yidima’(je t’aime), ‘Ma Dome’(Mon enfant), ‘Nabi’(Le Prophète Mohamed, PSL), ‘Walo’(son territoire natal) et ‘Unité Nationale’. On a eu droit ce jeudi 28 février à une ambiance 100% festive et mbalax comme on pouvait l’attendre de lui. Le C.C.F a vibré au rythme du mbalax made in Mauritania avec Allou Allassane. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment, vous êtes une personne qui ne respecte pas l’heure. Vous deviez être sur scène à partir de 18 heures. Vous avez fait poireauter le public pendant plus d’une heure et demi. 

Allou Allassane : Je m’en excuse auprès du public. C’était indépendant de ma volonté. Encore une fois, je m’excuse car ce n’est pas dans mes habitudes de faire attendre le public. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que faisiez-vous pendant tout ce temps-là ? 

Allou Allassane : Je me douchais…Je me préparais…Je priais… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que quelqu’un comme vous qu’on jette des fleurs en disant que vous êtes talentueux, devrait-il agir ainsi ? 

Allou Allassane : Nul n’est parfait. C’est des choses imprévisibles qui peuvent arriver à tout moment. Ce n’était pas dans mes intentions de monter sur scène avec beaucoup de retard. Les gens qui me connaissent parfaitement savent que je suis une personne qui respecte l’heure. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Sur scène, vous sautillez beaucoup. 

Allou Allassane : C’est l’émotion. J’étais danseur avant d’être chanteur. J’ai le rythme dans le sang. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous avez sorti un album mais vous êtes peu connu des mauritaniens. Qu’allez-vous faire pour vous imposer sur la scène musicale mauritanienne ? 

Allou Allassane : Qu’est-ce que vous entendez par beaucoup de gens ne me connaissent pas ? J’ai sorti mon album à Dakar. J’ai vendu 2000 cassettes. Les radios et les télévisions sénégalaises diffusent régulièrement mes chansons. Comme j’ai fait trois mois de promotion de ma cassette au Sénégal, j’ai décidé de revenir à mon pays pour promouvoir ma cassette et essayer de s’imposer sur la scène musicale mauritanienne. Découvrir la personnalité de Allou Allassane, c’est cela peut-être qui restait ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout le monde vous concède vos talents de danseur. Mais par rapport à vos textes, vous avez encore du chemin à parcourir. 

Allou Allassane : Ça, c’est la première qu’on me le dit ! Dans mon album, j’ai prouvé que je suis un chanteur engagé. C’est moi-même qui définis mes propres thèmes. J’ai chanté sur des thèmes extraordinaires allant de l’éducation à la vie en passant par la religion et la solidarité. Si vous faîtes très attention, beaucoup de chanteurs ne font que des éloges dans leurs chansons. Moi, non ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous, de manière générale, de la musique mauritanienne ? 

Allou Allassane : C’est une musique riche qui a beaucoup de potentialités mais demeure encore inexploitée dans le vrai sens du mot. Il y a des problèmes de mécènes : des supports qui doivent mettre en valeur la culture de ce pays-là. La culture joue un rôle très important dans toutes les activités qui peuvent mettre en valeur un pays partout dans le monde. On espère qu’avec la nouvelle situation du pays, il y aura peut-être des avancées dans ce domaine. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de jouer du mbalax pur et dur. Pourquoi ? 

Allou Allassane : Je ne dirai pas que je fais entièrement du mbalax pur et dur parce qu’aussi, je fais du mbalax diversifié : il y a une partie de jazz avec une coloration rythmique de toutes les couleurs musicales de la sous-région. Je joue de la musique multidimensionnelle et diversifiée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, pensez-vous que les artistes mauritaniens qui jouent du mbalax ont de l’avenir dans ce pays ? 

Allou Allassane : Ils ont de l’avenir si vraiment, ils changent de comportements c’est à dire la vraie valeur d’un artiste, c’est de croire en lui, d’avoir la foi et la détermination pour pouvoir affronter les péripéties de la vie musicale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans votre album, il y a un morceau intitulé «Mi Yidima ». Est-ce que vraiment vous croyez à l’amour ? 

Allou Allassane : Je le crois mais c’est très difficile de le vivre. L’amour est un sentiment divin  qui se trouve dans le cœur : quand tu regardes une femme ou quelque chose que tu aimes, ce n’est pas toi qui choisis le fait de l’aimer. C’est un sentiment intérieur qui donne un sentiment de reflet ou de sensation qui te permet de savoir que tu aimes quelque chose. Maintenant, reste à avoir la conscience de le suggérer, de le gérer en tant qu’amour. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous personnellement souffert de l’amour ? 

Allou Allassane : Oui, beaucoup ! Je me suis marié deux fois à cause d’un manque de compréhension vis à vis de mon comportement et de mon esprit d’artiste. Je suis un artiste sollicité donc je dois être à la disposition de tout le monde. La femme qui ne comprend pas tout cela ne peut pas vivre avec moi. Il y a toujours un problème d’incompréhension mais il existe toujours l’amour. 

 

Le Rénovateur Quotidien : D’ailleurs, êtes-vous marié ? 

Allou Allassane : Je suis encore célibataire mais je suis en train de me préparer au mariage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Revenons encore à votre album «Yaag Yoon ». Quelle est la situation actuelle des ventes ? 

Allou Allassane : Quand je l’ai fait sortir au Sénégal avec le studio 2000, j’ai produit 2000 cassettes. J’ai dupliqué encore 1000 cassettes qui ont été achetés par les walo-walo. J’ai amené à Nouakchott 500 cassettes qui ont été bien vendus. Je suis en train de préparer avec des partenaires la duplication en Compact Disc parce qu’il y a beaucoup de gens qui le demandent. J’ai pu contourner les pirateries parce que je n’ai pas vendu à Sandaga (marché à Dakar, ndlr) mais j’ai vendu mon album en faisant le porte à porte. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et ç’a marché ? 

Allou Allassane : Effectivement ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsque vous intitulez votre album, «Yaag Yoon », à quoi faites-vous allusion ? 

Allou Allassane : Je fais allusion aux moments les plus durs de ma vie. J’ai laissé ma carrière d’enseignant pour être  musicien. J’ai laissé ma famille. J’ai dû faire face à l’incompréhension de mon environnement. Personne n’avait compris ma détermination par rapport à la musique. C’est par rapport à tout l’itinéraire que j’ai fait pour me cultiver dans le domaine musical- 10 ans de musique et 15 ans de danse -, que j’ai décidé d’intituler cet album, «Yaag Yoon ». 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes mauritaniens vivent très difficilement de leur art. Qu’en pensez-vous ? 

Allou Allassane : Ils ne vivent pas de leur musique, c’est vrai. C’est un métier qui ne nourrit pas son homme en Mauritanie parce que ce n’est pas pris en considération. Il n’y a pas d’ouverture. Il n’y a pas de mécène. Vous voyez le C.C.F, c’est une opportunité pour un artiste quel que soit ce qu’on lui paie, de montrer ses talents. Avec les médias et les mécènes, on croit qu’on va nous appuyer pour développer la musique en Mauritanie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que représente le Walo pour vous ? 

Allou Allassane : Il représente beaucoup de choses pour moi parce que c’est un créneau de développement que les gens ignorent. Le Walo représente notre pétrole, notre richesse et nous devons s’unir pour son développement. Nous avons une terre fertile et les eaux du fleuve. Ce qui reste à faire c’est d’amener du matériel agricole et investir dans notre sous-sol. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous serez le premier à y retourner si toutes ces conditions sont réunies ? 

Allou Allassane : Le premier clip que j’ai introduit à la télé, c’est Walo. C’est pour montrer la diversité culturelle et l’idée que j’ai du développement de cette contrée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez chanté dans votre album le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Pourquoi ? 

Allou Allassane : Non, je ne l’ai pas chanté. J’ai fait allusion au peuple qui a élu un Président qui s’appelle tel. Qu’attend maintenant ce peuple ? 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous du Président ? 

Allou Allassane : Je pense qu’il a des idées novatrices qui peuvent permettre à une démocratie, à un développement. Mais est-ce que cette donnée politique est comprise par les éléments politiques de l’époque. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous semblez avoir beaucoup de confiance  en lui ? 

Allou Allassane : J’ai une confiance en lui parce qu’il y a un petit changement qui commence à naître. Vous voyez la liberté de ton qu’il y a dans la presse. Aujourd’hui, les gens s’expriment comme ils veulent.  Lorsque tu entends quelqu’un dire ses pensées, c’est parce qu’il y a une liberté d’expression. Voilà l’espoir que nous avons reste maintenant à s’occuper du peuple, aux gens qui ont faim, qui sont malades, aux sans-abri, à la santé, à l’éducation… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez aussi chanté l’unité nationale. Est-ce à dire que cela vous tient à cœur ? 

Allou Allassane : Je voulais devenir le Président non pas de la Mauritanie mais de l’Afrique pour définir notre politique de développement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous pensez qu’il en manque ? 

Allou Allassane : Bien sûr ! Nous avons les compétences et le savoir mais ça traîne dans la cohésion des idées. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous estimez que les artistes ont un rôle très important  à jouer dans cette unité nationale ? 

Allou Allassane : Parfaitement ! Et si nos politiques et notre gouvernement ont compris cela, ils doivent investir dans la culture en pensant à nous parce que nous jouons un rôle très important dans l’unité de ce pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, lorsque Ousmane Gangué chantait, vous aviez des larmes aux yeux. Etes-vous émotif à ce point-là ? 

Allou Allassane : C’est l’émotion. Il a fait des éloges sur ma personne. Nous, les Africains, nous aimons cela et malheureusement, cela commence à disparaître dans nos traditions. Nous avons tendance à oublier nos traditions du fait de l’influence occidentale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est la première fois qu’un chanteur mauritanien utilise le concept «la Mauritanie qui gagne ». Est-ce que vous y croyez réellement ? 

Allou Allassane : C’est pour cela, je l’ai chanté. Je ne chante pas ce que je ne ressens pas. Je suis un musicien engagé et cultivé. Un musicien qui a rampé, qui a souffert et qui comprend qu’il y a un peuple derrière moi qui demande à ce que je transmette  leurs doléances. Je me considère en quelque sorte leur porte-parole. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 21 février, 2008 )

Papis Koné, chef d’orchestre de Walfadjiri Groupe

«. C’est vrai que nous jouions au VIP mais cela ne voudrait pas signifier que notre avenir est en jeu »

 

Avant l’attaque du 29 janvier dernier contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie, le Groupe Walfadjiri égayait les noctambules du VIP où il assurait tous les VSD. Maintenant que VIP aurait été fermé, comment les membres dudit  groupe l’ont-ils vécu ? Est-ce un coup dur pour eux d’autant plus qu’ils s’apprêtaient à sortit leur premier album avec l’appui financier du propriétaire de VIP? Eléments de réponse dans cette interview suivante avec Papis Koné, chef d’orchestre de Walfadjiri Groupe.

 

Le Rénovateur Quotidien : Après l’attaque contre l’ambassade d’Israël, le VIP, où vous jouiez régulièrement, a été fermé. N’avez-vous pas peur pour la suite de votre carrière musicale ? 

Papis Koné : Mais bien sûr puisque cela fait à peine plus de 5 ans que notre groupe (Walfadjiri, ndlr) assurait tous les VSD (vendredi, samedi, dimanche, ndlr). Cette attaque, qu’elle soit l’œuvre de mauritaniens ou d’étrangers, est inacceptable.

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous rencontré le propriétaire du VIP ? 

Papis Koné : Pas du tout ! Lorsque nous avons essayé de rentrer en contact avec lui, nous avons eu au téléphone sa femme qui nous a confirmé qu’il a été évacué sur Dakar. Depuis la nuit de cette attaque, nous n’avons plus de ces nouvelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et que comptez-vous faire maintenant ?

Papis Koné : Nous avions eu des projets avec le propriétaire du VIP. Avec nos propres moyens, nous avions réussi à faire un CD à Nouakchott. Avec l’argent que nous avons gagné, j’ai pu aller en France pour faire le mixage et le mastering. Restée seulement la duplication que lui devait assurer. Malheureusement, cette attaque est survenue. Alors qu’il était prêt à décaisser l’argent nécessaire pour la duplication de notre CD qui devait se faire au Maroc. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A vous entendre parler, on a l’impression que cette attaque a changée littéralement votre programme ? 

Papis Koné : Effectivement ! Puisque VIP constituait un point de vente et de promotion pour  notre groupe. C’est un milieu très fréquenté par beaucoup de touristes notamment français qui veulent se distraire lorsqu’ils sont de passage à Nouakchott. Ça leur faisait énormément de plaisir car il y avait toujours un groupe qui jouait en live. C’est vraiment un coup dur pour notre groupe d’autant plus qu’actuellement, nous ne jouons plus, même si c’est vrai que nous jouons dans d’autres endroits, les jours ordinaires. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quelle attitude comptez-vous adoptez ?

Papis Koné : Personne n’ignore que la musique est une activité dévalorisée dans notre pays. C’est une raison des raisons d’ailleurs qui explique le départ de plusieurs musiciens mauritaniens vers d’autres pays comme la France, le Sénégal, le Mali. Telle ne sera pas notre attitude. La culture est essentielle dans la promotion d’un pays. Il n y a pas que la politique qui peut faire changer les choses. La musique joue un rôle non négligeable dans la société pour preuve, nous avons participé à de nombreuses campagnes de sensibilisation sur les élections et bientôt sur la bonne gouvernance. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Où en êtes-vous par rapport à la sortie de votre premier album ? 

Papis Koné : Le CD était déjà enregistré à Nouakchott. Tout ce qui restait c’était le mixage et le mastering. Cela ne fait pas à peine 10 jours que je suis revenu de France où j’étais parti finaliser l’enregistrement de notre album. Comme je vous ai expliqué tantôt, il ne restait plus que le propriétaire du VIP décaisse  l’argent pour qu’on fasse la duplication au Maroc et revenir à Nouakchott faire la promotion de notre album au centre culturel français. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant, comment vivez-vous cette situation au niveau de votre groupe ? 

Papis Koné : Très difficilement ! Nous sommes là, les bras croisés ! VIP était notre lieu de répétition. Ces temps-ci, nous ne savons plus où se donner de la tête. Nous sommes désœuvrés ! Ce qui nous reste maintenant comme solution, c’est d’aller à la mosquée.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous essayé de faire quelque chose pour que VIP retrouve sa place ? 

Papis Koné : Ce n’est pas de notre ressort de le faire. D’ailleurs, il paraît qu’il (le propriétaire, ndlr) est en train de chercher un autre lieu plus sécure. C’est vrai que nous jouions au VIP mais cela ne voudrait pas signifier que notre avenir est en jeu. Nous sommes en train de voir d’autres perspectives, de pister d’autres solutions. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous contacté d’autres gens pour la duplication de votre album ?    

Papis Koné : Nous avons cela en ligne de mire. Mais qui contacter ? Nous avons adressé des lettres de sponsoring qui n’ont reçu aucune suite favorable. C’est très difficile de trouver des partenaires s’il s’agit de produire un album. Nous voulons faire notre propre autoproduction et c’est bien possible. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes musicien. Comment expliquez-vous le fait qu’il soit très difficile de trouver un producteur en Mauritanie ? 

Papis Koné : Ce qui intéresse les mauritaniens, ils le font. La musique et le sport ne les intéressent guère. Si tu attends une aide de qui que ce soit, tu risques de perdre ton temps inutilement. Tous les artistes qui ont réussi aujourd’hui, ils ont réussi grâce à leur détermination et leur abnégation. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Mais est-ce que vous êtes partis voir des artistes qui ont plus de relation que vous à l’extérieur  pour qu’ils vous appuient. D’ailleurs, n’est-ce pas que vous avez une association, non ? 

Papis Koné : C’est vrai que nous avons une association. Mais à quoi sert-elle ? En ce qui concerne ces artistes dont vous avez fait allusion, nous rencontrons les mêmes difficultés et les mêmes préoccupations. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quand on parle de musique, on songe aussitôt à des studios de production, de promotion, de duplication. Mais rien de tout cela en Mauritanie. Que faut-il faire à votre avis ?

Papis Koné : C’est une situation très déplorable. Ce n’est pas à nous d’aller voir les autorités pour leur faire-part de cette situation connue de tout le monde. Il y a des gens qui ont réussi à monter des studios grâce à leurs propres moyens. On sent vraiment que ces derniers veulent participer à la promotion de la musique mauritanienne. Mais il faut les appuyer dans leurs initiatives. En plus de cela, il n’existe pas une structure qui défend les droits des artistes quand ils mettent leur album sur le marché national. 

 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

  

 

( 13 février, 2008 )

Brigitte Ould Daddah, artiste plasticienne

« La Mauritanie est un pays d’humanité. Où que vous alliez, il y a cette chaleur humaine dans toutes les couches de la population » 

 

Le fait d’être l’épouse d’Ahmed Ould Daddah, le chef de file de l’opposition démocratique, ne l’a pas transfiguré. Sobre, elle l’est jusqu’à la moelle de ses os. Pour preuve, on ne l’entend presque pas. «C’est moi qui ai toujours voulu me mettre en arrière », explique-t-elle. Ce lundi 11 février, elle exposait ses ‘tapisseries en patchwork’ au centre culturel français de Nouakchott, Antoine de Saint-Exupéry.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que c’est votre première fois d’exposer au Centre Culturel Français ? 

Non ! J’expose depuis 20 ans. J’ai commencé à Bangui en République Centre africaine(ndlr : R.C.A) où on était en poste(avec Ahmed Ould Daddah, son mari, ndlr). J’ai exposé ici(au CCF, ndlr), il y a 15 ans, lorsque je suis revenue. Ce n’est pas ma première fois d’exposer au CCF. Tous les deux ans, j’expose ici, depuis 1992. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Très peu de mauritaniens connaissent les techniques du patchwork ! C’est quoi exactement ? 

Le patchwork, c’est un assemblage de tissus. On coupe le tissu en petits bouts, en carré ou en longueur. Après, je les couds ensemble pour faire une harmonie de couleurs. Chaque bout a une couleur différente. J’ai appris ça en Bangui, figurez-vous, avec une française qui l’avait appris d’une américaine. Mais c’est une technique extrêmement courante en Amérique. Ça s’appelle Log-Cabin. On commence avec un support d’un tissu blanc, on trace des lignes et ensuite on commence au milieu et on fait les tours. Ce qui fait qu’on a de petits carrés de 10 cm sur 10. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Chinguetti, Oualata, Boutilimit, Nouadhibou, Bogué…Que représentent ces villes pour vous ? 

Rien de spécial ! Pas plus que les autres villes ! Ça représente la Mauritanie. C’est la lumière de la Mauritanie. C’est le dépouillement aussi des villes. Parce que c’est des villes au bord de l’eau. C’est des villes sahariennes. Les villes ne représentent pas quelque chose de spécial. C’est des impressions ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment faites-vous pour confectionner de telles tapisseries ? 

Je les fais toute seule avec le plus grand plaisir. Personne ne touche ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez beaucoup sur les couleurs aussi. 

C’est ma manière de travailler. J’aime les couleurs. J’aime travailler avec les couleurs et parfois aussi avec les non -couleurs c’est à dire les couleurs beiges. Il faut qu’il y ait toujours quelque chose qui ressort. Cette fois-ci, ce n’est pas trop beige, sauf Nouadhibou(parmi ses tableaux exposés, il y en a un intitulé ‘Nouadhibou’, ndlr). Je joue avec les couleurs, c’est vrai. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Il vous a fallu combien de temps pour préparer toute cette merveille ? 

Une année de préparation ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La religion est présente aussi dans vos tableaux à travers l’évocation des lieux de culte ? 

C’est la tonalité de la Mauritanie. Ce n’est pas que la religion. C’est une spiritualité qui ressort de l’environnement, qui donne une sorte de paix dans l’âme. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on penser que vos tableaux que nous avons ce soir (11 février, ndlr) reflètent bien tout ce que vous avez vu ou vécu pendant une ou des années ? 

C’est un peu mes sentiments vis à vis de mon environnement et plus aussi de mes voyages ailleurs, de mon origine danoise. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce que cela vous a fait de voir tout ce public venu nombreux pour admirer votre travail ? 

Ça m’a fait grand plaisir. A chaque fois que j’expose, il y a un monde fou. Seulement, la presse ne s’intéressait pas beaucoup avant. Afin, ce n’est pas qu’elle ne s’intéresse pas. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment expliquez-vous le fait qu’on ne vous entende presque pas ? 

C’est moi qui ai toujours voulu me mettre en arrière. Je ne suis pas au devant de la scène 

politique comme je ne suis pas du pays. Cela ne veut pas dire que je ne m’y intéresse pas. C’est un de mes principes parce que je vis dans un environnement politique. Mais la politique, proprement dite, comme militante ou me montrer, non ! Je n’ai jamais voulu ça. Je suis réservée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et votre mari, que représente-t-il pour vous dans votre métier (artiste plasticienne, ndlr) ? 

Il m’a toujours soutenu. Il m’a toujours encouragé. Il trouve très, très bien que je m’occupe comme ça. C’est une manière saine de vivre, de s’exprimer. Ça lui convient bien ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous avez un secret particulier puisque votre technique a émerveillé plus d’un ? 

Non, je ne crois pas ! Je ne sais pas trop ! Je n’analyse pas tellement ce que je fais. Je pense que peut-être que c’est des gens qui connaissent bien l’art. Je suis très ravie de voir beaucoup de mauritaniens. Avant, il y en avait pas beaucoup et maintenant, il devient de plus en plus nombreux. Pas seulement, les artistes plasticiens mais aussi le public. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et quel regard portez-vous sur les artistes peintres ou plasticiens mauritaniens ? 

Ils ne se sont pas seulement améliorés mais ils se sont révélés. On voit qu’ils existent. Peut-être qu’ils ont toujours existé mais ils n’ont pas pu s’exprimer ou ils n’ont pas voulu s’exprimer publiquement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : L’espoir, la paix, le rassemblement…sont des mots qui évoquent beaucoup de choses apparemment pour vous ? 

Mais bien sûr ! D’abord, la Mauritanie est un pays d’humanité. Où que vous alliez, il y a cette chaleur humaine dans toutes les couches de la population. Ça nous fait sentir à nous tous une paix, une sérénité et le rassemblement parce que tout justement, c’est la ‘Terre des Hommes’. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes l’épouse d’Ahmed Ould Daddah. Quelle place occupez-vous auprès de lui ? 

Je suis sa campagne depuis 42 ans(elle glousse). Je ne peux pas dire plus. 

 

Le Rénovateur Quotidien :  L plupart des femmes des hommes politiques sont des femmes engagées. Est-ce que vous l’êtes? 

Je suis engagée à ma manière. Mais à la maison. Je reçois les gens avec mon mari. Dès fois, sans lui, lorsqu’ils sont des dames. Je ne suis pas la garde robe d’un homme. Jamais ! Je ne m’impose pas parce que j’ai toujours quelque chose à faire. Mais je suis disponible, si on a besoin de moi. C’est ma philosophie. C’est mon goût personnel. Je laisse la Mauritanie aux mauritaniens. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et ce soir (11 février, ndlr), vous avez vendu combien de tableaux ou de tapisseries ? 

Je n’ai pas encore fait les comptes. Mais j’ai vendu la moitié de ma production. Je suis très satisfaite. Ça a été vraiment très sympathique. Vous savez, j’ai beaucoup de connaissance. Ils peuvent être parfois complaisants. Ils achètent peut-être pour me faire plaisir. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes d’origine et de culture occidentale et votre mari de culture arabo-musulmane.  Deux sphères différentes. Comment vivez-vous cela, ce biculturalisme ? 

Non, ce n’est pas un grand problème. D’abord, lui, il est biculturel. Il est absolument mauritanien à 100% mais il a une grande ouverture d’esprit comme la plupart des mauritaniens de sa génération. Ça n’a pas été compliqué. Moi, je m’adapte tant bien que mal. Ce n’est pas difficile pour moi. Mais la langue( le hassanya, ndlr) est un peu difficile pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et comment vivez-vous actuellement en Mauritanie ? 

Je vis très bien. J’adore être ici parce que j’ai beaucoup de temps pour faire mon travail. Je vois le monde comme je veux le voir. Je suis bien avec les mauritaniens, la culture mauritanienne qui m’intéresse beaucoup et me touche. La Mauritanie, c’est mon pays. Je suis là depuis 1967. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

  

 

 

 

 

 

( 13 février, 2008 )

Marchés de la capitale et de 5ième: Les autorités font la barbe aux vendeurs

Les autorités ont décidé, cette fois-ci, de mettre fin à l’occupation illégale et parfois même anarchique des voies publiques notamment au bord des grands marchés comme ceux de la capitale et de 5ième. Une mesure qui est loin d’être appréciée par les déguerpis qui n’en croyaient pas de leurs yeux !

 C’est un véritable coup de pioche que les vendeurs ont reçu sur leur tronche ce jeudi 7 février. Hagards, ils semblent être pris de court par la rapidité des événements et pourtant, on les avait bien avertis quelques jours auparavant. «Nous avons informé et sensibilisé la population pendant 4 jours », se défend la maire de Sebkha, Raby Chérif Aidara, trouvée au marché de 5ième. Accompagnée d’une équipe du Ministère de l’Habitat et de l’Equipement, madame la maire est descendue sur le terrain pour constater de visu l’état d’avancement des opérations de déguerpissement. «Nous sommes là pour la population. Nous représentons la populations », déclare-t-elle avant d’affirmer qu’ils(les élus locaux, ndlr) ont reçu l’ordre de ‘faire déguerpir les gens qui occupent illégalement les espaces publics notamment au bord des marchés’. 

Afin de protéger les marchés et les populations, contre des risques d’incendie et autres, le gouvernement de Zéine Ould Zéidane a décidé de prendre le taureau par les cornes : déguerpir les vendeurs des voies publiques. Et, malgré l’opiniâtreté et l’obstination de ces derniers, le gouvernement semble être déterminé à aller jusqu’au bout de sa logique. Mais cette énième mesure de déguerpissement connaîtra-t-elle un succès. Car, pour certains, elle n’est pas la première et ne sera pas la dernière non plus. «La population mauritanienne n’est pas habituée à ces genres de choses. Elle est habituée à vivre dans l’illégalité. Je crois que les gens vont comprendre notre action », dit-elle en déclarant que les raisons d’un tel déguerpissement sont d’ordre sécuritaire. «Ces temps-ci, fait-elle remarquer, nous avons pu recenser beaucoup d’incendies, de fusillades et d’incendie. C’est pour cela, tout le gouvernement plus les élus locaux se sont réunis pour lutter contre ces problèmes ». 

En effet, cette disposition intervient quelques jours après le terrible embrasement du marché des planchers situé à quelques mètres des kebbas d’El Mina occasionnant d’importantes pertes financières. Avec ce déguerpissement, c’est des milliers de famille qui retombent dans l’inquiétude et le désespoir. Car, si certains ont dû mal à dissimuler leurs craintes d’autres par contre ont dû mal à ruminer leur colère. «Nous sommes des mères de famille et nous dépendons beaucoup de notre labeur, confie Ba Boye, habitante de Kouffa, dans la colère et la frustration. Avant de déguerpir les gens, il faut préalablement leur chercher des espaces où occuper. Les policiers ont passé tout leur temps à nous lancer des grenades lacrymogènes ». «Depuis plus de 20 ans, nous sommes là. Nous, les vendeuses de poissons, nous sommes fatiguées de ces provocations. C’est comme si nous n’étions pas de ce pays. Et pourtant, chaque jour, nous payons entre 300 et 400 UM. Non seulement, ils nous déguerpissent de manière sauvage mais ils nous maltraitent », renchérit une autre dame. 

Deux jours après le drame, certains sont revenus, notamment des femmes, pour récupérer dans les décombres, les dépôts d’ordures, ce qui peut l’être davantage. D’autres, nonobstant la présence des éléments de la police et de la gendarmerie qui veillent au grain, continuent de braver l’interdit. D’autres encore essaient de résister mais à leur manière. «Nous restons là malgré nous. C’est vrai que c’est interdit de s’installer ici mais nous n’avons pas d’autres solutions », confie un grilleur de viande. 

C’est vrai que Nouakchott est devenu une ville encombrante, que notre capitale ressemble à un taudis, que les voies publiques sont envahies de jour en jour par des cohortes de miséreux, que cette mesure participe à aérer les espaces occupés. Mais est-ce une raison suffisante de pourchasser comme des bêtes des familles entières qui n’ont d’autres sources de revenus que ce qu’ils gagnent de leur labeur. Et certains reprochent aux autorités de s’être lancées dans une telle entreprise sans avoir pris assez de précaution et jettent la responsabilité sur le compte de l’Etat mauritanien. «Ces gens-là sont installés ici depuis combien de temps ? On a tout fait. On est allé voir les autorités. Elles n’ont rien fait. C’est une situation qui risque d’être dangereuse, si on ne trouve pas des solutions et des mesures très rapides. Il faut prendre des mesures d’accompagnement. Quand on décide de dégager les gens, il faut les prévoir un lieu », fulmine un riverain du marché 5ième qui pense par ailleurs que la faute incombe aux autorités surtout locales qui ont laissé pourrir la situation. «L’Etat doit aménager des marchés de poissonnerie modernes pourvus d’eau », préconise Coly Sow, agent d’hygiène qui estime que c’est la seule solution pour venir à bout de cette ‘pagaille’. «Si les autorités veulent que cette pagaille cesse, elles doivent aménager des espaces destinés uniquement aux vendeuses de légumes, de poissons et de viande », rajoute-t-il. 

Jusqu’où ira cette mesure ? Ou est-ce une manière de faire du boucan ? Les autorités iront-elles jusqu’au bout de leur logique ? Face à des populations déterminées, les autorités vont-elles lâcher du lest ? 

Comme pour convaincre les populations, Raby Chérif Aidara avancera que toutes les dispositions ont été prises par le gouvernement pour recaser les déguerpis qui semblent ne pas croire de telles choses. Mais entre la prise de décision et la réalisation d’un projet dans les faits, c’est toute une éternité. En Mauritanie, nous sommes tellement habitués à des retournements de situation, que certains pensent déjà que cette mesure n’aura pas de succès. «Là où je suis, je suis avec l’équipe du plan et de l’aménagement du ministère de l’habitat et de l’équipement pour nous aider à borner  les lieux », rassure la maire de Sebkha. 

Ces lieux se trouvent derrière le dispensaire de Basra et le marché de Kouffa. 

Babacar  Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Les métiers de la coiffeuse: Un secteur en plein essor ?

En quelques années, les salons de coiffure ont investi la ville de Nouakchott. Face à une demande en croissance exponentielle, une économie lucrative s’est mise en place.  Devenus un secteur lucratif, les métiers de la coiffeuse attirent de plus en plus de jeunes filles. Mais, il n y a pas que cela. Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg.

Il y a aussi des risques énormes que courent les coiffeuses surtout pour celles qui ne sont pas issues des centres de formation professionnelle en coiffure et esthétique. «Le professionnalisme est beaucoup recherché dans le marché de la coiffure, affirme Rouguiya Diaw, assistante de direction au centre de formation professionnelle en coiffure et esthétique, Exotifs.

Nous exigeons beaucoup de nos candidates qui voudraient suivre une formation en coiffure. Il faut d’abord qu’elles sachent lire et écrire parce que les coiffeuses travaillent avec des produits chimiques. Avant de les utiliser, il faut d’abord les connaître. Il y a des notices et des normes d’utilisation. Dans les salons, nous voyons des filles qui utilisent des produits sans pour autant les connaître. » 

Impossible d’y échapper, les salons de coiffure pullulent partout à Nouakchott et proposent divers services de coiffure (coupe de cheveux, tissage, bouclage, brushing, mèches, balayage…), des soins de beauté(visage, pieds, épilation…) et d’autres proposent également en vente des produits de beauté, des cheveux naturels et des accessoires de tissage. 

Signes des temps modernes, de plus en plus, les filles choisissent les métiers de la coiffeuse. Mais pour quelles raisons ? Les concernées livrent leurs ‘petits secrets’ sans pour autant prouver les raisons d’in tel choix. 

«C’est une question de passion et de goût », pense Aida, coiffeuse à Premier et gérante du salon ‘Wa Keur Baye Niasse’. «C’est un métier qui fait évoluer, qui permet de connaître beaucoup de gens, de rencontrer toute sorte de personnes, de s’épanouir, de se faire plaisir, de faire plaisir aux autres, de découvrir beaucoup de choses dans la vie… », explique madame Chaitou Sana, coiffeuse à Tévragh-Zéina et propriétaire de ‘Salon Myriam’.

On constate de plus en plus un intéressement grandissant des métiers de la coiffeuse. «La coiffure est un métier qui rapporte beaucoup. Quand on gère bien, on peut bien gagner sa vie », pense aussi Yéni Diop, coiffeuse à Médina 3 et spécialisée dans le brushing, la coupe de cheveux et la teinture. 

Pour être belles et agréables aux yeux de leurs maris, de leurs amants, de leurs confidents ou de leurs concubins, nos femmes sont prêtes à faire tous les sacrifices inconcevables voire dépenser des sommes colossales. Ainsi donc, les salons de coiffure, les centres d’esthétique, les boutiques de cosmétique et les hamames, autrefois peu répandus, sont pris d’assaut par la junte féminine mauritanienne.

C’est une véritable course à l’élégance et au charme artificiel qui ont supplanté la nature et les mœurs. C’est vrai que nos femmes se sont toujours préoccupées de leur élégance, de leur beauté et surtout de leur carnation. Mais que cache une telle ruée effrénée vers ces «lieux de beauté» qu’on retrouve presque dans chaque coin de rue de Nouakchott. «C’est vouloir se déterminer, confirmer sa personnalité. C’est tout simplement un bien-être. C’est naturel ! Il n’y a aucune obligation », confie madame Chaitou Sana. 

Non seulement, les métiers de la coiffeuse souffrent d’un manque de valorisation mais ce secteur est marqué aussi par l’anarchie et la désorganisation. Les salons de coiffure poussent comme des champignons partout à Nouakchott. Une situation mal vue par certaines coiffeuses professionnelles dont madame Chaitou Sana qui s’insurge contre certains «charognards » qui ont investi ce secteur et voudraient en faire un fonds de commerce. «Si on est du métier, on est obligé de vivre avec les problèmes qu’on rencontre. Si quelqu’un n’est pas du métier, il ne sent pas la douleur ni la difficulté encore moins la fatigue morale ou physique », explique-t-elle avec un brin d’amertume.   

Exerçant depuis plus de 18 ans dans la coiffure, madame Chaitou Sana voit d’un mauvais œil la prolifération tous azimuts des salons de coiffure qui provoquent la concurrence des prix. «Si une coiffeuse qui est dans les quartiers périphériques de Nouakchott propose par exemple 700 UM et qu’une autre qui est à Tévragh-Zéina propose 2500 UM, cela va provoquer la concurrence des prix. Certaines clientes font la différence entre le métier, le professionnalisme et le service et d’autres entre le prix et le service. C’est dommage que les gens ne sachent pas différencier en Mauritanie. Une cliente est chiche de vous quitter à cause de 500 UM de différence !» 

Face à la prolifération des salons de coiffure, un marché sauvage s’est mis en place. «Cela nous dérange un peu, avoue Rouguiya Diaw. Nous avons même créé un syndicat pour cela. Dans tout métier, il faut qu’il y ait des réglementations. Nous sommes en train de nous battre contre cette prolifération de ces salons de coiffure. » 

Avec un marché porteur, nombreuses sont les jeunes filles ou les femmes qui ont investi les métiers de la coiffeuse. Certaines sont sorties des centres de formation, d’autres dans les salons de coiffure. Un marché parallèle ! «Il y a des salons qui forment mais à la fin de leur formation, les élèves ne reçoivent pas de diplômes ou une attestation de formation », précise Rouguiya Diaw. Ces centres de formation travaillent comme les écoles normales c’est à dire qu’ils font des examens, des devoirs, des évaluations contrairement aux salons de coiffure. 

Les produits utilisés, la main d’œuvre, les employés, les frais de loyer, d’électricité et d’eau constituent de véritables casse-tête pour les tenancières de ces ‘lieux de beauté’. 

La concurrence devient de plus en plus rude pour appâter les clientes face à la cherté des produits et du matériel. «Chaque année, on a un changement de prix et les gens refusent de comprendre ce que c’est qu’un changement de prix. On ne peut rien faire sans utilisation de produits ou de matériel », fait remarquer madame Chaitou Sana. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 29 décembre, 2007 )

Mokhis, Président de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie (UAPM)

« Actuellement, les gens peuvent s’exprimer comme ils veulent. A l’époque, c’était très difficile» 

Mokhis, ce bout de bois de Dieu plein de talent, n’est plus à présenter dans le milieu culturel mauritanien. Admiré et respecté par tous notamment la nouvelle génération, pour son engagement et sa disponibilité dans les causes culturelles, un des pionniers parmi tant d’autres de la peinture contemporaine mauritanienne, il incarne sans orgueil une époque, celle du «seul contre tous». Dans l’interview suivante qu’il nous a accordée et réalisée dans son atelier de création à la Maison des Artistes sise Tévragh-Zéina, il revient sur l’UAPM dont il est redevenu le nouveau patron, sur ses débuts dans la peinture et les arts plastiques, entre autres.   

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes redevenu le nouveau patron de l’UAPM. Pourquoi ce retour à la tête de cette association? 

J’avais pris les rênes de cette association, il y a de cela 4 ans. J’ai fait connaître les artistes peintres mauritaniens à travers beaucoup de pays de la sous-région. Vous savez, pour la transparence, il faut qu’il y ait un mandat alors que le mien pendant qu’il expirait, il n y avait toujours pas de candidat. Finalement, on a eu des candidats qui se sont présentés. Il y a eu un premier président qui n’a pas pu finir son mandat faute de disponibilité pour pouvoir véritablement se consacrer à l’association. On a organisé une nouvelle assemblée générale à l’issue de laquelle deux anciens artistes furent optés  pour diriger l’association. Lorsqu’ils furent élus, les gens s’attendaient à ce qu’ils fassent mieux que moi et mon prédécesseur. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui a véritablement motivé votre retour? 

C’est parce qu’il y a eu une carence. On ne sentait plus l’événement. Il n y avait plus de choses qui se font et puis au niveau même de l’association, de la maison, disons presque, les artistes étaient dehors quoi ! Chaque fin de mois, le propriétaire de la maison venait nous menacer régulièrement de fermer la maison. Il a fallu donc que je revienne en prenant les rênes de l’association pour essayer de changer les choses. 

Le Rénovateur Quotidien : Derrière votre nom se cache un grand artiste dont le talent est reconnu par tout le monde. Cette passion pour les arts plastiques et la peinture,  comment est-elle  née en vous? 

Ça a commencé depuis tout petit. Quand j’étais à l’école primaire, je m’intéressais aux bandes dessinées. J’ai commencé à reproduire les affiches de cinéma que je revendais. Des gens m’encourageaient et des personnes plus âgées que moi me disaient : «ce que tu es en train de faire, c’est plutard que tu vas le connaître. D’ailleurs, tu peux même en faire un métier». A cette époque, je ne pouvais pas savoir ce que c’était vraiment ! En 1975, j’ai reçu la visite d’un canadien, Denis Ride, un professeur d’arts plastiques,  de français, d’anglais et de yoga, qui avait entendu parler de moi. J’étais à Rosso et il y est venu me voir. J’étais surpris de le voir. Il a insisté pour que je parte avec lui à Nouakchott. C’est en ce moment là, que l’aventure de Mokhis a débuté, que j’ai commencé à m’initier à la peinture. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes parmi sinon l’un des premiers artistes peintres mauritaniens? 

C’est vrai ! Mais avant moi, il y avait feu Wane Bocar qui était un grand artiste, un doyen. Je suis de l’époque des Hane Mamadou, Abba Souleymane et Issa Baal. En 1979, on a créé la première exposition d’arts plastiques intitulée «Démarrage de la peinture contemporaine en Mauritanie». 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous serez à l’aise pour nous dire comment se porte la peinture en Mauritanie, par rapport à 10, 20 ans en arrière? 

Actuellement, les gens peuvent s’exprimer comme ils veulent. A l’époque, c’était très difficile. Je dirai plutôt qu’à cette époque, nous étions les pionniers, donc, c’était en quelque sorte «seul contre tous» c’est à dire seul contre tous les tabous et surtout de faire comprendre aux gens que ces productions ne sont pas vraiment interdites. Lorsqu’on dessine quelqu’un, on le dessine sur papier, il n y a pas d’ombre et s’il en existait, à l’époque, au temps du prophète Mohamed (PSL), on disait que les gens faisaient des statuettes à usage d’idolâtrie. En ce moment, c’est devenu quelque chose de beau. C’est de l’ornement. Celui qui crée une statuette sait très bien qu’elle n’a pas de pouvoir. S’il croit en Dieu, il saura que c’est la création d’une main humaine. 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes peintres mauritaniens sont à l’image des eaux d’un fleuve. On ne les entend pas. On leur reproche leur manque de cohésion. D’ailleurs, c’est ce qui a poussé Sidi Yahya à rendre le tablier? 

Effectivement ! Au niveau même des artistes, il n y a pas de confiance. Ils n’ont pas confiance en ceux qui les dirigent et ceux qui sont plus anciens qu’eux. Donc, c’est pourquoi, il y a toujours ces lacunes qui créent des problèmes au sein de l’association et qui font aussi que beaucoup de présidents, en cours de route, sont découragés et préfèrent abandonner. 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, y a-t-il assez de programmation culturelle pour promouvoir certains secteurs d’activités culturelles comme celles de la peinture et des arts plastiques? 

Bien sûr ! Par exemple, notre nouveau bureau qui vient d’être élu et dont je suis le Président est un bureau très dynamique composé de gens choisis sur des critères précis. Aminétou Sow qui est notre secrétaire, par exemple, pour son honnêteté et son travail, est une femme qui peut contribuer vraiment pour notre bureau. On a pris comme secrétaire général, Omar Lerajel, un ancien et l’un des artistes qui a eu l’idée d’exposer au CCF avec un très grand sponsor de 3 millions d’UM. C’est des gens qui ont de l’expérience et qui peuvent faire bouger les choses. On a beaucoup de programme pour l’année 2007-2008. Par exemple, on organisera dans trois mois, une rencontre intitulée «Rencontre des artistes du Sahel» qui va aboutir plutard au Festival des Arts en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Les arts plastiques et la peinture sont très peu connus des mauritaniens. Que faut-il faire pour véhiculer l’image de ce secteur? 

Je dirai plutôt qu’il y a quelques années, ce n’était pas bien connu. Nous n’avions que des étrangers qui achetaient nos œuvres. Les mauritaniens participent à toutes les manifestations que nous organisons parfois. Chaque année, nous sommes conviés à l’exposition sur la fête de l’Europe. Beaucoup de gens nous ont côtoyés et en ont conclu qu’il faut encourager ce secteur culturel. 

Le Rénovateur Quotidien : L’UAPM que vous dirigez participe-t-il actuellement au discours de réconciliation nationale comme à l’image des chanteurs qui vont bientôt sortir un album national sur l’unité nationale? 

Mais bien sûr ! Les artistes peintres sont là pour l’unité nationale ou la réconciliation nationale. D’ailleurs, personnellement, l’exposition que je suis en train de préparer, c’est une exposition qui va se faire d’ici peu au Musée National et sera intitulé «Regards sur le passé». Une exposition sur des personnages qui ont marqué l’histoire de la Mauritanie et à qui il faut rendre hommage. C’est donc toutes les couches, les ethnies de la Mauritanie qui ont contribué à la création de ce pays qui seront représentés. 

Le Rénovateur Quotidien : On peut s’attendre donc à voir, puisque vous êtes devenu le nouveau patron de l’UAPM, un jour que tous les artistes peintres mauritaniens apportent leur effort et leur contribution à travers une gigantesque œuvre picturale à l’élan de réconciliation nationale? 

On avait pensé à ça. Nous avions  pensé faire une très grande fresque picturale sur ce thème, l’unité nationale mais faute de moyens jusqu’ici, nous demandons  toujours aux gens de nous appuyer et nous sommes prêts à aller voir la Communauté Urbaine de Nouakchott si elle peut nous offrir une façade dans la ville où nous pourrons vraiment se défiler et montrer aussi que les artistes peintres contribuent à cette unité nationale. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il est facile de gérer une équipe comme celle que vous coachez? 

C’est très difficile de gérer les artistes. Mais on fait quand même ce qu’on peut. J’ai été au Mali pour assister au festival de Ségou, au Marché National de l’Art et à l’inauguration du mémorial de Modibo Kéita. J’y ai rencontré des artistes venus de la sous-région. Je dirai plutôt que nous avons franchi un grand pas en avant. 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous êtes revenu à la tête de l’UAPM. Est-ce à dire que vous êtes animé d’une ferme volonté de changer les choses ? 

Mais bien sûr ! C’est pourquoi, nous avons pris cette équipe de choc pour essayer uniquement de refaire, de mieux faire marcher cette association. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui manque aux artistes peintres mauritaniens ? 

C’est d’être pris en charge par l’Etat. Tout ce qui leur pose comme problème pour le moment, c’est leur quotidien. C’est des gens qui sont bloqués. On sent vraiment qu’il y a quelque chose qui les empêche de se défouler. Tant qu’ils ont ce problème, au niveau de leur famille, ils ne pourront pas s’épanouir. Si ce coté est arrangé, s’ils sont pris en charge, comme le faisait Léopold Sédar Senghor (ancien Président du Sénégal de 1960 à 1980, ndlr). Ils étaient logés et nourris. Ils avaient un petit salaire symbolique qui leur permettait, en temps creux, de pouvoir régler leurs problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez un message à faire, une critique à faire, ce serait quoi en tant qu’artiste peintre? 

Ce serait plutôt encourager les gens à amener leurs enfants à faire de la peinture et qu’il y a une association qui est prête à recevoir tous les gens et à donner un coup de main à tout celui qui veut s’initier à la peinture et aux arts plastiques. 

Le Rénovateur Quotidien : Et une critique à faire? 

Je n’ai pas de critique ! 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de la création du prix littéraire pour les arts plastiques et la peinture? 

Vous savez, c’est une première expérience de la part des autorités du ministère de la culture. On ne peut pas leur en vouloir pour ce qu’ils ont fait. C’était une petite erreur qui n’est pas aussi grave. Cela les a servis de leçon et d’expérience pour que, plutard, ils puissent nous mettre au courant, dans le bain, pour tout ce qui doit se faire en ce qui concerne les prix. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre ministère de tutelle participe-t-il réellement à la promotion des arts plastiques et la peinture, à la valorisation du patrimoine national? 

Je dirai plutôt que le nouveau ministre qui est venu est quand même un peu plus sensible aux problèmes des artistes parce qu’il nous a demandés à nous rencontrer à deux reprises. La preuve, le ministère a dégagé une somme d’argent pour payer les arriérés de loyer de notre maison. Tout cela prouve vraiment que le ministère est en train de se pencher sur les problèmes associatifs des artistes surtout plasticiens. 

 

Interview réalisée par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

  

  

( 17 décembre, 2007 )

59ième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme

 

 

Tous contre l’impunité 

 

Tous les gros bonnets des Organisations de Défense des Droits de l’Homme et de la Société Civile que comptent la Mauritanie, enfin presque, s’étaient donnés rendez-vous à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott pour célébrer le 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 sous le thème «combattre l’impunité». De même que toutes les Associations nées des événements malheureux de 1989 telles que le Collectif des Veuves, le Regroupement des Victimes des Evénements 89-91, du Collectif des Opérateurs Economiques Victimes des Evénements de 89 en RIM, la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91 et enfin le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie. 

 

«Nous devons tous nous mobiliser afin de combattre la torture sous toutes les formes car c’est un crime contre l’humanité». Ces propos sont de Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, qui prononçait son mot de bienvenue en prélude à la conférence de Presse sur les droits humains en Mauritanie. Même si, a-t-il reconnu que «la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans notre pays cette année se déroule dans un contexte particulièrement favorable marqué par des changements significatifs». 

Ces changements pris par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi concernent l’adoption de la loi portant incrimination de l’esclavage et répression des pratiques esclavagistes et notamment la tenue des journées nationales de concertation et de mobilisation sur le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire(20,21 et 22 novembre dernier, ndlr). 

Ce 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme fut aussi une occasion pour les femmes mauritaniennes de rappeler les discriminations dont elles sont souvent victimes dans tous les domaines et leur détermination à lutter pour l’avènement d’un monde plus juste. «La femme mauritanienne, a déclaré Aminétou Mint Ely, Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, se débat nuit et jour pour conquérir sa liberté et son indépendance, pour assurer son émancipation et participer, à l’égal de l’homme, à la construction de son avenir et à celui de son pays. » 

Mutilations génitales, mariages précoces, mariages forcés, viols, gavage, discrimination au niveau du droit au logement, de l’accès à l’emploi, du droit à la pension à ses ayant droits après son décès, de l’octroi de la bourse d’études à l’étranger, de la gestion des biens de ses enfants orphelins…sont autant de pratiques néfastes qui obstruent la marche des femmes mauritaniennes vers l’égalité. Ainsi donc, aux yeux de Aminétou Mint Ely Moctar,  toutes les femmes doivent «participer à cette bataille pour l’éradication définitive de toutes les formes de violence, d’exclusion et de discrimination de toutes sortes qui étouffent les libertés et l’aspiration des femmes à la justice et à l’égalité». 

Plaidant pour une meilleure implication des femmes dans la gestion des affaires, la Présidente de l’AFCF a souhaité davantage d’engagement de la part des pouvoirs publics et de tous les acteurs dans la poursuite de ces efforts.   

Cheikh Saad Bouh Kamara, prenant la parole a rappelé l’importance de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui consacre le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales. «Tous les droits de tous les citoyens sont à défendre avec la même ardeur» dit-il en faisant remarquer que la plupart des intervenants présents à cette salle sont des victimes des droits de l’Homme. Faisant allusion aux événements qui ont jalonné le cours de l’Histoire du pays, il a soutenu qu’il est du devoir des pouvoirs publics de combattre l’impunité. D’abord par le devoir de mémoire, le devoir de vérité, le devoir de justice, le devoir de réparation et enfin par le devoir de réconciliation. Dans le même ordre d’idées, il a affirmé qu’il est du ressort des Organisations de défense des droits de l’Homme et des associations nées des événements de 89 d’exiger la mise sur pied d’une commission vérité et réconciliation à l’image de l’Afrique du sud, du Royaume du Maroc, de certains pays d’Amérique latine ou d’Asie et bientôt pour le Liberia. Il a aussi rappelé les 13 groupes sociaux dont les droits sont régulièrement bafoués : les femmes, les enfants, les minorités, les autochtones, les réfugiés, les déplacés, les migrants, les détenus, les analphabètes, les prostituées, les personnes vivant avec le VIH/Sida, les personnes handicapées, les personnes sans ressources ou pauvres. 

Les débats qui ont suivi l’exposé substantiel du contenu de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ont tourné autour  du retour des déportés(la date précise), de la délivrance et de l’obtention des pièces d’état civil des déportés, du rétablissement des veuves dans leurs droits, des poursuites judiciaires, des tortures et des massacres subis par les populations négro-mauritaniennes. 

A l’occasion de la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, des stands animés par des Organisations de Défense des Droits de l’Homme furent montés, des stands qui rappellent les violations massives des droits de l’Homme en Mauritanie. Le stand qui a le plus attiré de monde est celui de la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91(COVIRE). A travers un bandeau en blanc parsemé d’écriture verte, un message attire l’attention : «la Covire lutte pour le devoir de vérité, de mémoire, de justice et de réparation » et au-dessous de ce bandeau, une multitude de portraits de personnes pendues au camp d’Inal rappelle fraîchement l’horreur et la barbarie, la répugnance et l’émotion. Des yeux qui vous regardent dignement, sans voix, sans tumulte, sans superbe, des pères de famille, des jeunes à la fleur de l’âge sacrifiés à l’autel de l’ignominie. Certainement, ceux qui avaient perpétré ces actes n’avaient pas sous leurs yeux l’article premier de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme qui stipule : «Tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

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