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( 3 octobre, 2007 )

Tghana Cheikh Saad bouh dit cheikh aidara, rédacteur en chef de l’authentique

Aujourd’hui rédacteur en chef de l’authentique depuis sept ans, cheikh aidara a eu à travailler d’abord dans l’administration publique avant d’atterrir sur les pistes du journalisme.

————Par Babacar Baye Ndiaye

D’abord, cheikh aidara a débuté sa carrière de fonctionnaire dans l’administration publique et a eu à collaborer pendant plus de dix ans avec l’Office National des Statistiques (O.N.S).

Ce qui lui permis comme il le dit d’acquérir une longue et solide expérience dans ce domaine et de connaître très bien la Mauritanie mais aussi de côtoyer toutes les couches et composantes de la population. Un plus dans l’enrichissement de son expérience, s’enorgueillit-il.

Mais pourquoi ce choix venant de la part d’un fonctionnaire de l’état ? Parce qu’ « il n y a aucun métier que j’aurai préféré au journaliste. J’ai toujours aimé l’écriture qui m’a toujours passionné. J’écrivais même avant d’être journaliste » et cheikh de poursuivre « le journalisme c’est une vocation comme certains embrassent la carrière d’enseignant comme vocation non pas par amour du gain mais par amour que l’on voue au métier, c’est une passion ».

Nul besoin de lui dire « soyez journaliste si c’est votre métier ». Ainsi donc en déchaussant ses babouches de fonctionnaire de l’état, il préféra marcher sur les berges de la presse écrite et intégra aussitôt l’authentique après avoir passé une période éphémère dans un journal appelé « Le Temps ».

Cependant, le métier de journaliste avoue-t-il est un travail harassant, stressant mais par amour au métier, il essaie tant bien que mal de supporter la lassitude qui fait partie du métier. Derrière son nom de marabout, se cache une rigueur infaillible. « Je suis un homme pointilleux et rigoureux.

Quand j’entreprends un travail, je le fais entièrement avec tout le sérieux requis. D’ailleurs, c’est que me reproche Oumar (directeur de publication de l’authentique) tout le temps ». Alors question Cheikh ? Ne vous est-il jamais arrivé d’être tracassé dans la vie ? « Rien ne me tracasse. Je suis quelqu’un qui ne pense pas au lendemain et qui oublie hier. C’est une disposition naturelle que j’ai cultivée parce que je suis issu d’une famille maraboutique qui a des principes assez rigoristes. Je vis au jour le jour ».

Son principal souci demeure les ressources humaines c’est-à-dire avoir des journalistes formés et se consacrer entièrement à son rôle de rédacteur en chef autrement dit un chef d’orchestre d’une équipe.

Et par rapport à la presse écrite en Mauritanie ? « Elle a connu une grande évolution c’est-à-dire sur le plan de la qualité, de la régularité, de la profusion des titres de journaux, il y a un très grand progrès qui s’est dessiné ces dernières années bien qu’il y a encore beaucoup de lacunes. Les journalistes ont besoin encore de formation parce que très peu sont formés sur les techniques journalistiques ».

Etant né au Sénégal et y ayant fait toutes ses études, Cheikh Aidara fait partie de ceux qui revendiquent leur double culture mauritanienne et sénégalaise. Eternel optimiste, il ne peut s’empêcher de se réjouir du processus de transition qui a tiré à sa fin.

« je pense que l’avenir nous réservera quelque chose de meilleur par rapport à ce que nous avons vécu. C’est le souhait de la plupart des mauritaniens. J’aurai aimé qu’on s’achemine vers un gouvernement d’union nationale pour dépasser cette période de post- transition mais malheureusement tel ne sera le cas. Je le regrette. Je pense qu’il faut qu’il y ait une opposition qui s’oppose de manière démocratique et responsable ».

Quand il est à la maison, il met à profit son temps libre pour s’occuper de sa femme et ses deux enfants. La politique et lui c’est dans le cadre de son travail. « Je ne milite à aucun parti politique. Je ne me suis jamais impliqué dans le jeu politique ».

( 3 octobre, 2007 )

Madame Aminétou Mint Ely Moctar: »L’expérience a montré que la majorité des postes dirigés par des femmes marchent mieux que ceux dirigés par les hommes »

Dans l’interview suivante qu’elle a accordée au Rénovateur Quotidien, madame Aminétou Mint Ely, qui a reçu récemment un prix de la République française, «gicle» ses vérités sur certaines personnes qui ne voudraient pas que la femme mauritanienne s’émancipe ou participent à la gestion de ce pays. Et selon elle, il faut des critères de choix et tant qu’on nommera des gens sur le clanisme, le régionalisme ou le tribalisme, la femme n’avancera pas. Elle n’a pas manqué l’occasion de saluer aussi la détermination des femmes mauritaniennes.

Le Rénovateur : Votre association est-elle bien impliquée dans l’égalité des sexes ?

Aminétou Mint Ely : Notre association a pour objectif l’égalité entre les sexes. C’est parce que nous estimons qu’elle peut jouer un rôle dans le développement de ce pays. Cependant, nous ne pouvons pas dire que la femme est l’égal de l’homme sans qu’elle ne soit en mesure d’accomplir toutes les tâches accessibles pour les hommes. En d’autres termes, elle doit avoir sa parole, être associée à la prise de décision. Elle doit produire et avoir une capacité intellectuelle, de gestion et d’analyse qui va lui permettre de jouer le rôle qui lui est dévolu, le rôle d’égal à égal avec l’homme.

Le Rénovateur : L’Etat vous soutient-il en tant qu’association de femmes leaders dans l’émancipation des femmes mauritaniennes ?

AME : C’est à la femme d’arracher ce qui lui revient de droit. Ce n’est pas à l’Etat encore moins les partis politiques qui vont lui donner ce droit. Je pars du principe que la personne ne peut trouver que ce qu’elle a arraché de ses propres moyens et de ses propres luttes. Dans la production, dans les partis politiques, dans la société civile, dans le développement, dans le mouvement associatif, les femmes sont impliquées et dynamiques. Tout cela, c’est elle-même qui s’est montrée capable de le faire, c’est elle-même qui s’est engagée. C’est vrai qu’il y a eu des opportunités qui lui ont été offertes. Mais il y a aussi leur dynamisme, leur capacité et leur volonté de s’organiser, d’être à la hauteur des choses qu’on leur donne et de participer à la construction de ce pays et à son développement économique, social et politique.

Le Rénovateur : Tantôt, vous avez fait allusion à des opportunités qui ont été offertes à la femme mauritanienne…

AME : La femme mauritanienne, depuis longtemps, s’est toujours intéressée à la politique et à connaître le monde dans lequel elle vit. Dans ce cadre, lors des journées de concertations d’octobre 2005, il y a eu une large participation des femmes et surtout des groupes qui se sont formés pour faire un plaidoyer en demandant l’accès des femmes aux sphères de décision. Et n’oublions pas que l’expérience a montré que la majorité des postes dirigés par des femmes marchent mieux que ceux dirigés par les hommes. Elles sont plus correctes dans leur gestion. C’est très rare de voir des femmes qui font des détournements. Ces journées de réflexion ont permis aux femmes d’avoir le quota des 20%. Malgré que je sois pour ce quota qui n’est qu’un moyen vers l’égalité, j’estime qu’il doit y avoir égalité. Je félicite le régime actuel des pas qu’il a franchis vers l’émancipation des femmes mais il reste encore surtout dans l’application effective du quota.

Le Rénovateur : Et que dites-vous à ceux qui disent ou pensent que l’émancipation de la femme mauritanienne constitue une aspiration utopique ?

AME : Cela me fait rire parce que ça ne m’étonne pas. Il y a des moments que la Mauritanie a vécus et que personne ne croyait plus à rien. Il y a quelques années, nous ne croyions pas qu’il y aurait un jour changement, que nous parlerions de démocratie dans notre pays, qu’il y aurait un président de la République élu démocratiquement, qu’il y aurait une loi criminalisant l’esclavage, qu’il y aurait le retour des déportés. La population mauritanienne est constituée aujourd’hui de 53,6% de femmes. Comment développer ce pays alors que la grande majorité est exclue ? Ce n’est pas seuls les hommes qui peuvent développer ce pays ni économiquement, ni juridiquement, ni socialement. Il faut l’effort de tous dans le respect, dans l’égalité et dans la justice entre les êtres humains. Il ne faut pas perdre de vue que c’est la femme qui porte tout dans la société mauritanienne.

Le Rénovateur : Pensez-vous que l’Etat mauritanien est bien armé pour relever les défis de l’émancipation de la femme mauritanienne ?

AME : Pas vraiment. Car, il y a des gens qui sont enchaînés par les coutumes, par une confusion entre la coutume et la religion. C’est une force rétrograde qui empêche la femme d’être égale à l’homme. On entend cela tous les jours à la radio, à la télé mais en réalité, ils ne veulent pas admettre cette émancipation. Par exemple, l’un de nos célèbres imams s’est même insurgé dans un prêche contre la nomination des femmes ambassadrices. Une femme peut être astronaute et conserver le principe de sa religion et tout ce qui est en relation avec ses coutumes et traditions qui n’ont rien à voir avec la religion. Nous continuerons à nous battre pour renforcer la capacité des femmes enchaînées par des structures étatiques qui ne fonctionnent pas et qui ne font rien en ce sens-là. Les pratiques qu’ils font sont contraires à la politique générale de l’Etat.

Le Rénovateur : Qu’est-ce qu’une femme émancipée pour vous ?

AME : Chaque pays a sa vision des choses. Nous sommes des pays africains. Nous avons nos valeurs, nos traditions. Ceux qui se gênent de nos valeurs et de nos traditions qui ne sont pas contradictoires avec la charria et celle-ci a donné à la femme tous ses droits. Mais il y a une confusion chez nous entre charria et les traditions. Nous voulons une charria débarrassée des traditions. Nous voulons aussi une émancipation égalitaire d’une vision africaine et non européenne.

Le Rénovateur : Succinctement, comment pouvez-vous dans ce cadre acquérir l’émancipation de la femme mauritanienne ?


AME : Nous cherchons tout d’abord à renforcer les capacités des femmes pour être en mesure de diriger, d’orienter et de s’imposer. Nous, nous ne pouvons pas demander à l’Etat de mettre une femme qui n’a pas la capacité. Le renforcement de leur capacité à nos yeux est fondamental. En d’autres termes, former des femmes leaders capables de diriger ce pays et de participer à la gestion des affaires publiques ; créer une indépendance  économique en mettant en place des mutuelles, des unités de micro crédits, des projets générateurs de revenus et enfin créer une solidarité entre toutes les femmes sans distinction de statut social.

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Madame Marième Daddah

Pour la première fois de son existence, la fondation Moktar Ould Daddah peu connue des mauritaniens a tenu sa première Assemblée générale constitutive ce 19 Mai à son siège de l’îlot O à tévragh Zeina. Le Rénovateur a profité de cette occasion pour s’entretenir avec Madame Marième Daddah, Présidente de la Fondation.
Le Rénovateur : Depuis le 30 juin 2004, votre association a été reconnue par l’Etat mauritanien. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour tenir votre première Assemblée Générale ?
Madame Marième Daddah : Nous avons attendu trois années pour différentes raisons. Il y a d’abord les contextes politiques qui ont été assez variés pendant cette époque précise. Mais aussi, il y a eu ma volonté d’asseoir la Fondation, de lui donner des assises véritables. Je ne m’imaginais pas une telle Assemblée il y a deux ou trois ans. Je n’étais pas prête. Voilà succinctement les raisons pour lesquelles on a tardé à tenir notre première Assemblée Générale.
Le Rénovateur : Beaucoup de jeunes ne connaisent pas assez bien le Président Moktar Ould Daddah. Quelles sont les actions que vous comptez mener pour faire rayonner sa mémoire auprès des générations présentes et futures ?
Mme. M.D : C’est une question intéressante dans la mesure où c’est une obsession pour moi de toucher la jeunesse qui est le trésor de ce pays. C’est sur elle qu’on doit porter l’essentiel de nos efforts. Ce que vous ne savez peut être pas c’est que cette jeunesse vient elle même à la Fondation. C’est une occasion d’insister de manière assez précise là-dessus : la Fondation prend des initiatives c’est vrai mais je souhaite qu’elles viennent du peuple mauritanien et en particulier de sa jeunesse. C’est cela qui m’intéresse.
Le Rénovateur : Que reste-t-il de l’héritage du Président Moktar Ould Daddah ?

Mme.M.D : J’espère beaucoup de choses. L’histoire et la mémoire ont été occultées pendant ces trente dernières années. Trente ans c’est plus qu’une génération et c’est la raison pour laquelle vous aviez dit tantôt que les jeunes ne le connaissent pas assez bien. Il est décédé- que Dieu l’accueille dans son paradis- en 2003 mais il est plus que jamais présent. Ce qui reste de lui, c’est l’essentiel c’est-à-dire une manière de gouverner, de voir l’avenir de la Mauritanie, un ensemble de valeurs basées sur la probité intellectuelle, la transparence, l’amour de la patrie et le respect du peuple mauritanien.
Le Rénovateur : Vous connaissez assez bien le nouveau Président de la République et du reste, il vous a reçue récemment en audience au palais de la République. Quelles relations entretenez-vous avec lui ?
Mme. M.D : Lorsqu’il a décidé de se mettre en politique, aux affaires comme il disait, il m’a rendu visite au mois de décembre 2006 et à sa demande pour me présenter son programme et ses projets. J’avais trouvé cette démarche très agréable et pertinente aussi. Effectivement, non seulement je l’ai rencontré après son élection mais à son investiture récemment il y a quelques jours. Nous avons ensemble évoqué la situation actuelle du pays et notre disponibilité pour l’aider à relever les défis qu’il s’est donné et qui sont très lourds et graves. Il a besoin de la participation de chaque mauritanien.
Le Rénovateur : Vous êtes partisane de la valorisation des hommes du passé qui ont été actifs dans la construction du pays pendant les premières années de l’indépendance. Pourquoi un tel choix ?
Mme M.D : Eh bien, ce choix s’explique pour le respect de l’histoire ! Ce n’est pas parce que Moktar a été le leader incontesté de cette période. Il a fondé l’Etat-Nation mauritanien, personne même ceux qui ont des réserves à son égard ne peuvent le nier mais ce travail n’a pas été fait seul. Il a fait ce travail avec des gens, des ministres, des ambassadeurs, des gouverneurs et tous les fonctionnaires qui ont travaillé avec lui de même que les membres du parti peuple mauritanien. Tout ce monde là fait partie de l’histoire. Je pense qu’il est heureux, bon et bien de les associer à l’œuvre de construction nationale du Président Moktar.
Le Rénovateur : A un moment donné de votre vie, vous avez été aux contours du pouvoir. Quel parallèle faites- vous entre la Mauritanie des années 60 et celle d’aujourd’hui ?
Mme M.D : Je me suis jusqu’ici interdite de faire des comparaisons pour deux raisons principales. D’abord, c’est difficile de la faire. La Mauritanie des années 60 s’inscrivait dans un contexte régional et international qui n’est plus du tout le même aujourd’hui. La deuxième raison est la plus importante à mon avis c’est-à-dire mon refus de me transformer en tribunal. Je ne porterai pas de jugements. Le rôle de al Fondation c’est de faire reconnaître l’œuvre du Président Moktar. Parce qu’elle est méconnue et occultée. Elle a été volontairement cachée et cela est mauvais. Je suis obligée de le dire. Je pense que l’histoire aura son rôle et que les mauritaniens sont assez intelligents pour en tirer les conclusions qu’ils doivent en tirer.
Le Rénovateur : On entend pas assez souvent la Fondation Moktar Ould Daddah. Qu’est-ce qui explique ce manque de visibilité?
Mme M.D : Elle s’explique par le contexte dans lequel il est né et qui n’était pas favorable. C’est en bousculant un peu les choses qu’on a été finalement reconnu en juin 2004. Cela s’explique aussi par le fait qu’au début notre Fondation n’avait pas assez de membres et que la communication n’était pas assez importante bien qu’on ait fait beaucoup de choses.
Le Rénovateur : L’unité nationale vous tient certes à cœur. Est-ce à dire que vous avez des appréhensions ?
Mme M.D : Avoir des appréhensions serait une attitude négative. Je constate des faits qui se sont déroulés ces trente dernières années et qui ont ébranlé l’unité nationale. Qu’il s’agisse des conflits tribaux, de personnes, de culture, rien n’a été fait. Il faut que nous vivions nos différences comme une richesse. Et pour qu’elle le soit, il faut qu’on apprenne à se connaître les uns les autres et à se respecter pour faire ensemble quelque chose. C’est cela une nation. On a un passé commun et Dieu sait qu’il est long, passionnant, intéressant et riche. On doit bâtir un avenir commun et pour cela il faut qu’on se connaisse et s’aime entre nous.
Le Rénovateur : Pensez-vous que cette unité passera par l’instauration d’une véritable justice qui est un axe de la démocratie ?
Mme. M.D : Bien sur ! Une justice digne de ce nom qui soit séparée des autres pouvoirs. S’il n y a pas cela, ce n’est pas possible de parler de démocratie. D’abord donc une justice qui en soit une. En ce moment là, on pourra espérer établir un régime démocratique je dirai à la mauritanienne. Il faut quand même que nous gardions un peu de recul par rapport aux systèmes importés de l’extérieur avec des histoires et des cultures différentes.
Le Rénovateur : Vous êtes une femme ambitieuse et par rapport à la Fondation, qu’est-ce qui vous préoccupe et que vous aimeriez voir se réaliser ?
Mme M.D : Une Mauritanie qui a retrouvée sa dignité, son unité, sa place dans le monde. Elle avait une place dans le monde arabe et en Afrique. Une Mauritanie fraternelle, crédible pour les investissements extérieurs, qui s’enrichit et connaît une forte croissance mais cela ne suffit pas. Je veux une répartition équitable et juste pour nos ressources nationales et pour cela je compte sur les mauritaniens. C’est eux seuls qui doivent prendre leur destin en main. L’aide extérieure ne pouvant jouer qu’un rôle d’appoint important mais le destin c’est nous qui devons le prendre entre nos mains. Jusqu’ici, j’ai le sentiment que ce principe n’a pas été respecté et cela m’afflige.
Le Rénovateur : Et Ahmed Ould Daddah, quelles sont vos relations ?
Mme M.D : La fondation Moktar Ould Daddah n’est pas un parti politique. Nous ne cherchons pas le pouvoir. Nous avons des objectifs à long terme. Nous ne cherchons ni fonction ni argent. Ahmed Ould Daddah est le demi frère de Moktar. Il a crée depuis longtemps son parti politique. Il vit sa vie de leader politique et chacun fait ce qu’il doit faire pour le pays.
Interview réalisée par Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Protection des enfants

Haro sur leurs mauvais traitements !

Quelle est la situation actuelle des droits de l’enfant en Mauritanie ? C’est pour apporter des éclaircissements à cette interrogation, que Terre des Hommes a initié un débat sur les droits des enfants dans les domaines de la justice et de la santé animé par des experts sociologues, juristes, médecins et psychiatres au Centre Culturel Français Antoine de Saint Exupéry de Nouakchott ce mardi 19 septembre.

Ce débat a permis, loin d’être un diagnostic holistique, d’avoir une meilleure connaissance de la situation des droits de l’enfant, du cadre juridique et institutionnel, de certaines pratiques traumatisantes qui provoquent un déséquilibre psychique mais aussi la nécessité de mener des campagnes de sensibilisation sur les mauvais traitements des enfants qui constituent de facto la couche la plus vulnérable de la société. Au cours de ce débat, les experts ont essayé de faire comprendre la situation dans laquelle vit l’enfant mauritanien de manière générale. Chacun de son coté a évoqué la nécessité de protéger les enfants trop souvent victimes de pratiques coutumières nocives à la santé ou de violences extrêmement graves.
Certes, beaucoup de choses ont été accomplies dans le cadre de la promotion des droits de l’enfant. Parmi lesquelles, on peut citer l’adoption du code statut personnel, l’intégration de la dimension enfant dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, la réforme de la justice juvénile qui sont des avancées significatives militant en faveur du recul et de la disparition des mauvais traitements des enfants.
De même que la Mauritanie a ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux : la convention relative aux droits de l’enfant et a adhéré au protocole additif à la CDE, la convention sur les pires formes de travail, la convention 182 du bureau international du travail, la convention sur le travail de nuit des enfants.
Mais il a été relevé par certains experts du débat que le législateur mauritanien qui est sensé même protégé l’enfant ignorent le contenu de ces conventions qui ne sont pas souvent harmonisées avec les lois internes, et d’autre part, les parents eux non plus ne maîtrisent pas ou ne connaissent pas bien les droits et les devoirs de leurs progénitures. Ceci crée, à leurs yeux, des disjonctions entre les textes juridiques et les pratiques. Et par ailleurs, il n y a pas de spécification sur toutes les situations d’atteinte aux droits de l’enfant en Mauritanie. Et Dieu sait qu’elles sont nombreuses !
Dans notre pays, les enfants peuvent se retrouver du jour au lendemain dans un cercle vicieux. Drogue, pédophilie, vols, viols… Cette situation est un corollaire de l’extrême pauvreté de certaines familles qui vivent parfois dans des conditions difficiles.
Même si la situation des droits de l’enfant dans notre pays est peu reluisante, il faut dire que la dimension de l’enfant a toujours été prise en considération. On peut citer entre autres la loi n°006/07 portant incrimination et répression des pratiques esclavagistes qui assure la promotion et la sauvegarde du droit et du bien être de l’enfant.
Sur le plan institutionnel, la mise en place de la brigade des mineurs a permis la diminution de certains phénomènes qui étaient jusque là persistants. Disposant suffisamment de peu de moyens et travaillant dans des conditions parfois très difficiles, cette brigade a participé à la régression de la délinquance juvénile Nouakchott. C’est le cas des vols de voiture souvent faits par des enfants issus de familles aisées. Pour ce qui est des viols qui demeurent le délit le plus fréquent, la brigade enregistre par jour 2 à 3 cas. En ce qui concerne l’inceste ou les mariages forcés, la situation est en nette régression.
Sur le plan judiciaire, il y a eu beaucoup de choses qui ont été faites dans le cadre de la promotion des droits de l’enfant. La législation mauritanienne qui est inspirée du droit musulman a marqué des pas importants dans la justice des mineurs. Auparavant, les pouvoirs publics appliquaient les même peines appliquées aux adultes et les enfants en conflit avec la loi partageaient les mêmes cellules avec les adultes. C’est par la suite que le centre de Beyla fut construit pour essayer d’apporter des solutions à la délinquance juvénile et de séparer les enfants des adultes. Aujourd’hui, certaines associations de défense des droits de l’enfant plaident pour la suppression de ce centre qui, à leurs yeux, ne constituent pas la solution au x problèmes de délinquance juvénile. Et aujourd’hui, grâce à la réforme de la justice des mineurs, l’enfant bénéficie juridiquement du principe de l’assouplissement des peines. Ainsi donc d’une législation répressive on est passé à une législation éducative.
Ce n’est pas uniquement le chapitre justice qui est apparent dans les droits des enfants même si elle occupe une place assez importante. Il y a aussi le volet sanitaire puisque les conséquences psychologiques de certaines pratiques sont incalculables. En outre, il a été noté au cours de ce débat que les filles sont les premières victimes en matière d’atteinte aux droits de l’enfant : gavage, viols, travail forcé, exploitation sexuelle, pédophilie…
En Mauritanie, on estime à 78 pour 1000, le taux de mortalité infantile. Aujourd’hui, on suppose que 56% des filles de 0 à 1 an sont excisées. Ce phénomène est pratiqué dans presque toutes les communautés du pays. Mais elle demeure plus pratiquée dans l’est du pays chez les Maures. Mis à part ceci, l’excision est pratiquée à grande échelle dans notre pays. Un tour sur les statistiques confirme cet état de fait. 75% des femmes interrogées sur cette pratique affirment qu’elles feront exciser leurs filles. Les raisons sont assez dissemblables : 80% d’entre elles la pratiquent pour des raisons religieuses tandis que 20% la font pour des raisons coutumières. Et par rapport aux conséquences, il y a eu des discussions entre les médecins et les religieux. Mais jusqu’à présent, les médecins mauritaniens ne se sont pas prononcés de manière explicite sur cette pratique. Un jeu de ping pong s’est installé entre les médecins et les religieux, chacun ne voulant pas assumer ouvertement ces propres responsabilités sur cette question assez «embarrassante» et délicate.
Pour ce qui est des infanticides, 34 cas(2007) ont été signalés dans la ville de Nouakchott alors que celui des enfants abandonnés a fortement progressé. Ajouté à cela, les enfants malades qui souffrent du manque de prise en charge.
Les enfants apprentis et les enfants almoudos ferment la marche des enfants dont les droits les plus élémentaires sont bafoués au vu et au su de tout le monde. C’est pour tirer la sonnette d’alarme que ce débat a eu lieu afin de permettre d’ouvrir d’autres brèches dans la promotion et la sauvegarde du bien être de l’enfant mauritanien. Et ceci passera nécessairement par l’information, la formation et la sensibilisation sur les droits de l’enfant.
Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Objectifs du Millénaire pour le Développement:L’égalité des sexes et l’autonomisation des Femmes

En 2000, à l’instar des autres états membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU), la Mauritanie s’est engagée à éliminer toutes les formes de disparités entre les sexes. Sept ans après sa souscription à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement(OMD), où en est notre pays en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes ? Enquête.

«Le premier rôle de la femme est de rester au foyer.» Ces paroles, extraites de Tribaliques, un ouvrage de Henri Lopez, écrivain et homme politique congolais, appartiennent désormais à une époque révolue où la femme était considérée comme «un objet de volupté», où elle n’avait aucun rôle à jouer dans la société, par conséquent marginalisée, tenue en marge de tout ce qui est inhérent aux prises de décision voire aux prises de position se rapportant à l’évolution sociale et politique de son pays.

Signe des temps : la femme a pris des galons, a pris conscience du rôle qui lui est dévolu et surtout acquis de l’expérience. En un mot, un nouveau jour est en train de se lever est-on tenté de dire. Dans presque tous les pays du monde, plus particulièrement dans les pays en développement, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes occupent des places de choix dans les programmes de développement économique et social des gouvernements. Qu’en est-il de notre pays ?

En Mauritanie, déjà, depuis 1985, le gouvernement a adopté un vaste programme de réformes économiques et financières destinées à rétablir les grands équilibres macro-économiques, à relancer la croissance et à lutter contre la pauvreté.

Ainsi donc, sur le plan social et politique, des pas ont été franchis par le gouvernement mauritanien vers l’intégration et la responsabilisation des femmes. A cet égard, des femmes ont été nommées ambassadrices(deux) et walis(deux). Même cas de figure qui pourrait se présenter pour la nomination des hakems où on peut s’attendre à la nomination plus importante des femmes.

Au niveau du gouvernement, trois femmes ont été nommées aux postes de secrétaires généraux même si le nombre de femmes ministres n’a pas augmenté par rapport à la transition. En outre, même si la présence des femmes sur la scène politique est assez singulière, on compte maintenant deux femmes leaders de partis politiques : madame Sehla Mint Ahmed Zaîd du Parti National El inma(PNI) récemment reconnu et madame Naha Mint Mouknass de l’Union pour la Démocratie et le Progrès(UDP).

A l’assemblée Nationale et au sénat, on compte maintenant 17 femmes députées et 9 femmes sénatrices. En outre, Nouakchott qui ne comptait qu’une seule mairie dirigée par une femme en compte maintenant trois dirigées par des femmes. Certains concours administratifs, jusque là inaccessibles aux femmes, sont ouverts à elles. C’est le cas dans l’armée, la gendarmerie, la garde nationale et la police. Même dans l’aviation civile, elles ont «arraché» leur place.

C’est le cas de Ilham Mint Zeidane 23 ans et Maimouna Mint Mohamed Mbarek 24 ans, toutes deux pilotes à saint Hubert à Montréal. Des précédents !Comme quoi, les femmes sont aussi capables. «Je crois que ce n’est pas suffisant, estime Aminétou Mint Ely Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF). I

l faudrait que le quota des 20% soit matérialisé au niveau de l’administration, de la diplomatie, de la magistrature, dans toutes les sphères de l’Etat. Mais surtout, il est très important qu’elles accèdent à la magistrature…Elles sont marginalisées et victimes de l’injustice. Il faut que ce quota soit appliqué. On ne peut pas faire deux poids deux mesures.» Sur le plan social, les femmes à travers des organisations sont impliquées dans tous les grands dossiers : réconciliation nationale, esclavage, retour des déportés, passif humanitaire…actions humanitaires.

Malgré la volonté politique clairement affichée par les autorités du pays en premier lieu le Président de la République de promouvoir l’accès des femmes aux sphères de décision, de réduire leur faible accès à l’éducation, à la santé et aux outils de production, les actions en faveur de l’émancipation de la femme mauritanienne se heurtent à de nombreux obstacles au sein de la société.

La persistance de la pauvreté qui frappe les femmes, les disparités entre hommes et femmes en matière d’accès aux services et aux ressources, l’inégalité devant les structures politiques et économiques, le partage inégal des pouvoirs et des responsabilités décisionnelles, le non respect des droits des femmes, la persistance des mauvais traitements infligés aux petites filles et la violation de leurs droits fondamentaux, la non-scolarisation des filles et l’analphabétisme sont autant de paramètres qui ont été identifiés et qui constituent réellement des empêchements à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes.

C’est vrai que la constitution consacre l’égalité juridique entre les hommes et les femmes, qu’un texte de loi rendant obligatoire l’enseignement des filles de 6 à 14 ans a été adopté en 2002. Certes, dans le but d’assurer l’égalité des sexes, la Mauritanie a signé la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre la femme adoptée par l’assemblée générale des nations unies en 1979 de même que ratifiée son protocole facultatif, le 11 novembre 2001.

Certes, le gouvernement mauritanien s’est engagé, à l’issue des journées de concertation, organisées en octobre 2005, à adopter et mettre en œuvre un quota de représentativité de 20% au profit des femmes, aux fonctions électives. Mais ceci mis à part, il y a toujours des problèmes, des discriminations, des revendications de la part des associations de défense des droits de la femme : notamment la ratification du protocole additionnel de la charte africaine des droits de l’homme que la Mauritanie n’a pas ratifiée et qui est très important pour la femme mauritanienne.

Il y a aussi la non harmonisation des lois internes avec les conventions internationales. Pourtant, les traités et accords internationaux conclu par la Mauritanie, où est reconnu et garanti le principe d’égalité, ont une autorité supérieure aux lois de l’Etat et doivent être obligatoirement exécutés. C’est le cas du code du statut personnel et du code de la famille qui comportent des lacunes.

Il y a aussi les réserves sur la CEDAW que la Mauritanie tarde encore à ratifier. C’est également le cas des dispositions de l’article 9 de la convention de Montevideo sur la nationalité des femmes qui avait consacré le principe de la non-discrimination en disposant que «aucune distinction fondée sur le sexe n’existera au regard de la nationalité, dans la législation ou la pratique» n’ont pas encore de traduction dans le droit interne mauritanien qui demeure régi par le code de nationalité de 1961 dont certaines dispositions ne sont pas tout à fait conformes au principe d’égalité consacré par cet article.

Et pourtant, la constitution mauritanienne consacre dans son article 80 la supériorité des conventions internationales régulièrement ratifiées sur la législation. L’Etat mauritanien est-il bien armé pour relever les défis que constituent l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ? Notre pays parviendra-t-il à réaliser ce troisième objectif du millénaire pour le développement d’ici 2015 ?

«En tout cas, face à des structures étatiques composées de féodaux, de maîtres esclaves, de personnes sectaires, de conservateurs, la femme mauritanienne n’aura pas sa place dans cette société même si on veut construire ce pays sur des bases égalitaires et sans discrimination» pense Aminétou Mint Ely.

La promotion de la femme passe d’abord par le travail c’est bien connu. En d’autres termes, favoriser ou créer une indépendance économique des femmes car, tant qu’elles attendront de l’homme quelque chose elles ne pourront pas être indépendantes de celui-ci et seront toujours aliénées.

L’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ne demandent pas de fonds même s’il a un aspect développement. Il ne s’agit pas non plus de créer «un féminisme isolant». Mais de favoriser un certain nombre de paramètres qui sont la garantie de la promotion des femmes et de leurs accès aux sphères de décision.

C’est dans ce cadre qu’un document portant Stratégie Nationale de Promotion Féminine a été élaboré en vue d’améliorer les conditions d’existence durables de la femme et renforcer son statut dans la société.

Celle-ci, qui repose sur une vision à l’horizon 2015, se traduira par un renforcement de la participation économique des femmes, par une éradication de l’analphabétisme doublé d’un accès à l’éducation de base pour toutes, par une amélioration de la santé maternelle et infantile, par une grande participation politique et sociale de la femme et enfin par une reconnaissance entière de ses droits.
 

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Le Vent du Sable ou l’esquisse d’un théâtre en germination

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En Mauritanie, la quasi-inexistence des mises en scène théâtrales peut laisser penser que le théâtre à l’image des autres pans de la culture est dans une impasse rébarbative. Et son avenir certainement passera par la résurgence des compagnies de théâtre. Le Vent du Sable est né de cette perspective pour désormais impulser le théâtre mauritanien.

Le Vent du Sable, c’est un groupe de jeunes comédiens qui portent les aspirations et les cris de désespoir de cette jeunesse mauritanienne que « les gens n’écoutent pas » et qui « ne croient pas » à ses projets qui pourtant sur le contenu « sont très lourds et très bénéfiques ». Alors le théâtre est devenu pour eux « un cheval de combat » contre les tares de la société mauritanienne, contre la dérive, la papelardise, le mensonge, le laxisme des hommes politiques, l’injustice et l’inégalité des citoyens devant la loi.

Pas étonnant donc quand « ils se définissent comme des citoyens, des citoyens mauritaniens qui ont un droit et qui veulent obtenir ce droit ».
Pour ces jeunes(Sophie Diallo, Daouda Kane, Omar Sy, Céta Diagana, Mariama Camara, Eva Thiam et Sarr Amadou) qui ont entre 21 et 25 ans, c’est par passion qu’ils sont entrés dans l’univers théâtral.

« Le théâtre nous dit Daouda Kane, c’est un univers que nous devons découvrir ». « J’ai eu à rencontrer, poursuit-t-il, un ivoirien qui me disait que ce n’est pas difficile de trouver un comédien. Le plus difficile c’est de trouver un comédien qui vit avec la passion du théâtre ».

Ainsi donc, vivre la passion théâtrale, est devenu pour eux un acte d’épanouissement, de liberté. Sans pour autant mettre en second degré leurs études auxquelles ils tiennent beaucoup.

On ne choisit pas son fatum, a-t-on coutume de dire. Derrière Vent du Sable, il y a un certain Daouda Kane très connu dans le milieu artistique.

Ce bout de bois, par la force des choses, est devenu comédien par hasard. Grâce donc à des années passées au «Théâtre Nomade », une compagnie théâtrale basée au CCF, il décida de créer sa propre compagnie théâtrale «Le Vent du Sable ».

Certainement pour apporter un nouveau souffle au théâtre mauritanien. A la fois metteur en scène et comédien, il est aussi un artiste engagé, un artiste qui n’a pas sa langue et ses yeux dans sa poche.

Il a toujours son mot à dire sur certaines situations qu’il trouve injustes. «Dans certains quartiers comme Socogim ou Tévragh-Zeina, il n y a jamais eu de délestages ou de pénuries d’eau alors que dans d’autres quartiers, il y a toujours ces problèmes ».

Dénoncer, relater ce qu’on voit en un mot dire la vérité telle qu’elle est. Leurs projets ? Préparer un court métrage sur le sida et une pièce de théâtre sur les clandestins. Refusant de porter un regard sur la société mauritanienne, pour des raisons qu’ils n’ont pas voulu élucider, les comédiens de Vent du Sable semblent cependant être préoccupés par le rôle et la place que doit avoir la jeunesse en Mauritanie.

Sans pour autant renier à leur liberté d’expression ou d’écriture, ces jeunes ambitieux restent ancrés dans leurs convictions, leurs principes de manière viscérale.
Difficile, quand on est des jeunes artistes ambitieux, de convaincre ou de se faire comprendre par les gens. «Pour eux, un jeune est égal à un délinquant. On rencontre tout le temps des difficultés. Un jeune qui amène son projet, il n’a aucun espoir d’être soutenu dans ses démarches », regrette Daouda Kane.

Le théâtre du Vent du Sable est un théâtre à la fois comique et tragique. Un théâtre qui ensorcelle ! Qui révèle des secrets de la vie réelle…L’égalité et l’autonomisation des femmes, l’émigration, l’épidémie du VIH/sida, la guerre entre autres autant de préoccupations universelles et qui restent toujours des thèmes qui nous interpellent, des thèmes qui nous concernent directement ou personnellement.

Coté primes de prestations, pas la peine de demander à Daouda, le «petit boss », combien ils gagnent. «Pour le moment, c’est très rare de jouer avec des cachets. Nous gagnons surtout la joie de vivre, comme disent les italiens, la dolce vita ».

Cette joie de vivre est certes fondamentale dans un groupe mais cela n’est pas suffisant. Une chose. Daouda et Cie peuvent devenir soudainement loquaces surtout quand il s’agit de dissiper un amalgame sur leurs relations professionnelles.

«Nous sommes entre frères et sœurs. On ne se drague pas et personne ne ressent quoi que ce soit envers qui que ce soit » se défend Mariama Camara. « Il se peut, tempère Daouda, que l’un d’entre nous ressent quelque chose pour l’autre. C’est tout à fait normal. Je ne vous dirai pas que c’est impossible puisque je peux bel et bien s’énamourer de l’une d’entre elles. On a le droit d’être amoureux non ! Mais rien de tout cela. Il y un esprit de groupe c’est à dire une amitié amitieuse et pas un amour amoureux ».

Franchement très drôle non même si on a du mal à comprendre ! Une autre chose. Dommage que la TVM, qui doit participer à l’éclosion des talents, ne soit pas présente pour immortaliser ces jeunes comédiens désopilants qui ont vachement émerveillé tout le public. Pour une première grande mise en scène, c’était chouette et réussi.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

The Black Clock

A leur actif, dans leur discographie, deux albums : «A Song for You » sorti en octobre 2006 et «Life Confection » sorti en juin 2007.

Le week end dernier à l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott, The Black Clock, sous l’initiative de l’ambassade des états unis en Mauritanie, ont offert un concert gratuit. Ils ont été dans notre pays dans le cadre des relations culturelles américano-mauritaniennes.

Beaucoup d’enfants suivent, souvent, les traces de leurs géniteurs. Ils s’écartent très rarement du chemin que leurs parents voudraient qu’ils arpentent.

Seth Sharp n’a pas échappé à cette volonté parentale. Sa mère, Francis Mc Alpbe Sharp, une actrice et une chanteuse américaine l’a fait découvrir très tôt la musique classique, les ballets.

Elle lui donna l’envie de s’essayer dans la musique parce qu’il assistait régulièrement à ses répétitions. Les années passèrent et Seth Sharp devenu adulte se découvrit des aptitudes musicales innées.

Sa mère, malgré qu’elle le portait encore dans son ventre, continuait à jouer des pièces de théâtre sur scène. « C’est de là sans doute que j’ai contracté le virus de la musique. A bas age, j’accompagnais souvent ma mère à ses répétitions » confie-t-il avec beaucoup d’émotion.

The Black Clock est un groupe de jeunes musiciens américains qui font de la World Music avec un zeste de Jazz, de Soul, de Funk, de Blues, de Gospel et de la Musique Classique.

Un parfum de diversité pour toucher un maximum de public. «J’aime mettre beaucoup de genres dans ma musique » avoue Seth Sharp, lead vocal du groupe.

Il y a des événements dans notre vie qui nous marqueront à jamais, des événements qui resteront toujours gravés au fond de notre mémoire. Pour Seth Sharp, ce fut quand il a chanté à la Maison Blanche pour le Président des Etats Unis, Bill Clinton.  

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Et l’autre événement s’est déroulé à Brazzaville au Congo quand lui et sa bande ont joué devant plus de 18.000 spectateurs hyper enthousiasmés. D’ailleurs, il a écrit un morceau exclusivement dédié à Brazzaville.

Seth Sharp est un musicien qui tient beaucoup à la mélodie, à l’amour et à l’espoir. Parfois même il se permet des chants religieux (gospel) même s’il sait que tout le monde n’est pas religieux.

Petiot, avoue-t-il, il était «vraiment timide » sauf quand il chantonnait. Des moments de bonheur et de déceptions, il en a rencontré de toutes les couleurs comme tout le monde dans sa vie.

Mais Seth Sharp sait très bien ce qui l’attend «dans l’industrie musicale qui est très difficile et très complexe car il y a beaucoup de requins dans ce business et il faut savoir parlementer avec eux pour réussir ».

Et si, jusque là, il n’a pas été la proie de ces «bestioles», c’est grâce en grande partie à sa sœur qui est avocate.

Seth Sharp qui se dit très heureux d’être en Mauritanie qu’il trouve pépère est là par l’intermédiaire d’une compatriote travaillant à l’ambassade américaine de Paris qui lui a proposé d’aller jouer en Afrique.

Etablis en Island où ils sont mieux connus qu’aux états unis, The Black Clock est à leur deuxième voyage en Afrique. Au début de l’aventure, c’était uniquement Seth Sharp qui faisait ses concerts seul en Island.

Au fil du temps, il sentit la nécessité de créer son propre groupe qui existe depuis 2006. Depuis lors, c’est devenu Seth Sharp and the Black Clock, un nom de groupe assez particulier.

« La première fois que j’ai joué avec mon groupe en Island, il n y avait pas de nom pour la bande. Il y a quelqu’un qui a demandé le nom du groupe…Un moment je marchais rêveur et d’un coup j’ai entendu des gens glapir «Black Clock ! », «Black Clock ! », « Black Clock !»…je me suis dit que c’est l’appellation qu’on va donner à notre bande » raconte Seth Sharp l’air très ému.

Marié ? «Je n’ai pas le temps pour me consacrer à cela. Pour le moment, je suis marié avec ma musique » dit-il avec beaucoup d’humour dans un accent français hilarant et jovial.

Et pourquoi pas aussi pas de présence féminine dans son groupe ? « J’ai cherché une femme mais je n’ai pas trouvé. Je suis triste qu’il n y ait pas la présence féminine dans mon groupe » regrette-t-il.

Ses stars préférées, disons plutôt ses icônes ne sont autres que Michael Jackson, Stevie Wonder et Jennifer Holiday, des mégas stars dont les chansons ont beaucoup bourdonné dans ses oreilles et l’ont admirablement influencé.

Certainement, il rêve déjà, un jour, de faire comme elles, de suivre leurs traces : conquérir le monde ! A leur actif, dans leur discographie, deux albums : «A Song for You » sorti en octobre 2006 et «Life Confection » sorti en juin 2007.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Corruption et gabegie:Deux maux qui gangrènent toujours notre administration

Ces deux maux très fréquents dans notre administration sont des paramètres parmi entre autres qui expliquent aujourd’hui et en grande partie notre retard économique et social. Et pour sortir du sous-développement anachronique, il est ressort du gouvernement d’être inflexible en mettant en place des mécanismes efficaces de lutte contre la corruption et la gabegie.

La lutte contre la corruption et la gabegie passe sans doute par la mise en place d’un système judiciaire composé d’hommes et de femmes indépendants, responsables et probes capables de juger certains fonctionnaires de l’Etat qui ont commis des manquements ou délits dans l’exercice de leur fonction.

Pour ce faire, le gouvernement avait fait voter une loi sur la transparence financière visant à combattre la gabegie dans notre pays. Est-elle toujours respectée ? En Mauritanie, les lois sont souvent faites pour distraire l’opinion publique. Et d’autre part, entre l’adoption et l’application d’une telle loi, il y a un pas que nos hommes politiques ne franchissent jamais. La Haute Cour de Justice qui a été mise en place à cet effet veillera-t-elle scrupuleusement au respect de la transparence financière ?

A des degrés dissemblables, la corruption et la gabegie en Mauritanie touchent presque tous les démembrements stratégiques de l’Etat. De la douane à la police nationale en passant par l’appareil judiciaire et les industries extractives, ce phénomène des temps modernes difficile à combattre semble défier les barrières restrictives. Ainsi donc, certaines sociétés nationales, Air Mauritanie par exemple, ont souffert de mauvaise gestion économique.

Chaque directeur général se croyant tout permis allant même jusqu’à transformer cette compagnie en entreprise familiale et l’argent détourné au su de tout le monde sans que des sanctions ne tombent sur la tronche de ces gaspilleurs.

Il fallait s’y attendre : cette situation dramatique a mené inexorablement notre compagnie aérienne à la faillite programmée résultat d’une mauvaise politique de gestion économique catastrophique.

Autre lieu de la survivance et de la promotion flagrante de la corruption : le système judiciaire. Dans son dernier rapport publié la semaine dernière, Transparency International indique que l’influence et l’ingérence directe du pouvoir exécutif dans le processus judiciaire, à travers des menaces, la corruption et l’intimation des juges, sont récurrentes en Afrique.

Le rapport souligne qu’en Afrique, le manque de critères objectifs dans la nomination des membres de la justice et le contrôle de leur salaire et conditions de travail semblent de plus en plus manifestes.

«L’Afrique est l’une des régions où l’on a une perception plus sombre de la corruption judiciaire. La plupart des pays africains perçoivent le système judiciaire comme corrompu » fait remarquer le Vice-président de Transparency International, Akere Muna qui rencarde qu’une personne sue cinq qui ont affaire avec la justice avoue avoir payé un pot-de-vin.

La justice et la police sont comme deux larrons. Récemment, un rapport confidentiel de l’inspection générale d’état a révélé une implication policière dans l’affaire de la drogue de Nouadhibou. Certaines défaillances notées au niveau des forces de sécurité et des services de l’aéroport de Nouadhibou semblent montrer que notre police nationale n’échappe pas à la corruption, autre raison parmi tant d’autres expliquant le développement de la drogue dans notre pays.

En outre, mis à part ceci, notre police nationale est regardée d’un mauvais œil et décriée de plus en plus par les citoyens qui pensent que nos roussins- des corrompus éternels- ne servent plus l’Etat mais sont là uniquement pour se servir. Et comble de l’ironie, la corruption policière se passe maintenant à ciel ouvert et au su de tout le monde.

A coté de la corruption judiciaire et policière, la corruption administrative plus complexe et souvent faite sur des promotions de tout acabit. La corruption dans l’administration détruit la bonne marche de notre société et de ses fondements. Tout se passe dans la manipulation. Sans parler des appels d’offres, des aides internationales, des recrutements de complaisance qui se font à tous azimuts !
L’autre mal qui a sapé et qui sape toujours la société mauritanienne : les détournements de fonds publics.

On se rappelle encore des déclarations du PM à l’Assemblée Nationale faisant état d’un déficit budgétaire de 70 milliards d’ouguiyas. Là aussi, notre armée nationale, nos ministères, nos sociétés nationales, aucun démembrement de l’état n’y échappe.

Pour la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement(CNUCED) qui vient de publier la semaine dernière son rapport, sur 400 milliards de dollars qui s’échappent du continent africain, un tiers aurait pour origine les détournements de fonds publics.

Afin de résorber cette fuite des capitaux, l’organisation internationale préconise une amnistie fiscale temporaire en vue de rapatrier ces fonds en Afrique.

«Je pense que l’idéal serait d’arriver à faire revenir cet argent et à l’injecter dans des investissements productifs, ce qui aurait pour effet d’augmenter le taux de croissance, de créer davantage d’emplois et aussi de régler la pauvreté » à en croire un expert de la CNUCED.

Il s’agira aussi selon cet expert de favoriser les investissements dans les secteurs privilégiant la création d’activités annexes. «Pour caricaturer un peu, les investissements sont concentrés dans les secteurs comme les secteurs des miniers, le pétrole. Maintenant, il faut recommander de pouvoir sortir de ce schéma pour diversifier les investissements dans d’autres secteurs, surtout s’assurer que là on met de l’argent, c’est des secteurs qui vont avoir des effets sur d’autres secteurs. Par exemple, les pays pétroliers pourraient investir dans la pétrochimie, la pétrochimie a beaucoup d’applications(…) ».

Il appartient au gouvernement, dans la lutte contre la corruption et les détournements de fonds, de mettre au point des mécanismes efficaces. Par exemple, dans le domaine des industries extractives qui ont une importance stratégique dans notre économie nationale, pour favoriser la transparence financière et la bonne gouvernance économique, notre pays a mis en place l’Initiative sur la Transparence des Industries Extractives afin d’éviter l’opacité qui entoure souvent les transactions dans ce domaine.

Babacar Baye Ndiaye

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