( 10 mars, 2008 )

Dioba, artiste-chanteuse/Une vraie militante des causes de l’enfant !

Elle est née en 1982 à Nouakchott. Issue d’une famille de griots. Elle est chanteuse et veut aller plus loin : conquérir la Mauritanie et être populaire. Cette ambitieuse, qui refuse de jouer les seconds rôles dans la musique mauritanienne, s’habille toujours en rastafari.

Cette ‘femme publique’ s’appelle Marième Guéye plus connue sous le nom d’artiste de Dioba. Lorsqu’on parle d’elle, les mots et les qualificatifs ne manquent pas : c’est une diva, c’est une star, elle a la voix d’or, elle peut aller loin…affirment ses amies et ceux qui partagent avec elle, le milieu de la musique. Mais elle refuse de s’en affabuler. 

«Je n’ai pas une voix d’or ! Je ne suis pas encore une diva ! », glousse-t-elle.Peu importe, ce que les ‘autres’ pensent ou déclarent puisque les appréciations sont libres. Sa sobriété, elle la garde comme un précieux coffret. D’ailleurs, c’est parmi ses particularités. Normal, peut-on penser, quand on est issu d’une famille où le virus du chant et de la musique se transmet de génération en génération dans les limbes de la voix. 

Elle aurait pu être rappeur, tirer à boulets rouges sur le gouvernement, dénoncer les injustices sociales, dire tout ce qu’elle pense lorsqu’elle monte sur scène sans fioritures, elle aurait pu être un vrai esprit révolutionnaire, mais elle avait envie de faire du vrai mbalax parsemé de jazz, de salsa et  de reggae.

Marième Guèye dit Dioba

Elle va s’appeler Dioba, nom qu’elle a emprunté à sa grand-mère, Fatou Diop Gawlo, une grande cantatrice.  De sa grand-mère, elle ne gardera que son nom. Pas de souvenirs d’elle puisqu’elle décédera très tôt.

Elle bravera tous les obstacles et tous les interdits. En premier lieu, faire face à l’incompréhension de ces parents qui ne voulaient pas qu’elle devienne musicienne. Mais face à sa détermination, le mur parental a finalement cédé. Et elle se rappelle encore de ces moments et ces nuits où ses parents l’interdisaient de sortir. Mais, ses débuts dans la musique furent difficiles, avoue-t-elle. 

Bien sûr, Dioba n’est pas comme ces filles arrogantes. D’ailleurs, l’arrogance, ça l’agace ! Elle ne supporte pas les personnes arrogantes. Free, elle l’est. Elle n’a pas peur des regards et des critiques des autres, dit-elle. Les décolletés qu’elle porte parfois en est une illustration. Mais elle n’oublie jamais qu’elle est une musulmane et qu’elle respecte assidûment les heures de prière.

Cigarette à la main, jambes croisées, string out…Dioba affirme qu’elle n’est pas de cette catégorie de filles. Ni de ces jeunes filles là qui ne savent pas faire la vaisselle, la cuisine…avec de bons plats : yassa, mafé, tchiou, thiébou djeune…

Toutes ces bonnes choses là, elle les a apprises de sa grand-mère, Mariétou Guèye, à qui elle rend souvent hommage dans ses morceaux.  Le copinage ne l’intéresse pas. «Je n’ai pas ce temps-là », s’explique-t-elle. Mariée ? «J’attends l’homme providentiel », répond-elle avec un brin d’humour. Ses relations avec les autres artistes sont parfaites. Elle répond toujours à leur sollicitation.

Qu’elle soit pour assurer leurs chœurs ou faire un play-back sur scène !  Elle participe aussi à des campagnes de sensibilisation notamment sur la lutte contre le VIH/Sida.  Elle vit de manière naturelle son statut de ‘femme publique’. La situation des enfants est son seul leitmotiv. Elle a mal au cœur lorsqu’elle aperçoit dans les rues de Nouakchott, des enfants sans chaussures, sous le soleil, en train de tendre la main.

Sa vie, elle veut la ménager, pour la cause des enfants. Elle compte même créer une association dans ce sens lorsqu’elle trouvera des fonds nécessaires pour venir en aide aux enfants de la rue. Une vraie militante des causes de l’enfant.                                                                                                           

Et celle que l’on taxe souvent de «jamaïcaine» du fait de son look ne s’est jamais découragé. Matin, midi, soir : elle est toujours en répétition. Elle croit dur comme fer qu’elle peut réussir dans la musique et que seul le travail paie. Des projets, elle en a pleine la tête. Mais elle refuse d’en parler. Il semblerait qu’elle a horreur des prévisions.

Elle ne s’aventure jamais à avancer de date. Car, «Seul Dieu sait», se justifie-t-elle. D’ailleurs, le mot «Dieu » revient tout le temps sur ses propos.  Nièce de Jimmy Mbaye, un guitariste du super étoiles de Youssou Ndour, l’un des meilleurs guitaristes d’Afrique, elle ne veut pas aller trop vite en besogne en ce qui concerne sa carrière musicale.

Même si elle sait qu’elle peut s’en sortir en sollicitant son expérience et son aide.  Elle ingurgite toutes sortes de musique. Une fille moderne et émancipée ! Ma Sané de Wa Flash de Thiès et Coumba Gawlo Seck l’empêchent de dormir. Lorsqu’elles chantent, elle devient muette et attentive !  Choriste de Malouma, elle a pu voyager dans pas mal de pays.

Cette collaboration l’a permis de s’améliorer mais surtout de découvrir certaines astuces de la vie musicale. Grandi entre Nouakchott, Dakar et Tivaouane, elle n’a pas eu la chance de fréquenter l’école française. «Je ne regrette rien », avoue-t-elle. Enfant, se souvient-elle, elle était têtue et bagarreuse. Mais, rassure-t-elle, elle a changé maintenant. Certainement, parce qu’elle est devenue disciple de Khalifa Ababacar Sy (chef religieux de la confrérie Tijane au Sénégal à Tivaouane, ndlr). 

Babacar Baye Ndiaye 

( 9 janvier, 2008 )

Baba Maal

Lancement de son album «Riche Afrique!!!» en Mauritanie 

Ce vendredi dernier (4 janvier 2008), au Centre Culturel Français de Nouakchott, avait lieu le lancement du nouvel album de Baba Maal intitulé international «Riche Afrique!!!».Après «Mi Yewni ou Missing You » et sept ans de sabbat musical, Baba Maal et le Dandé Lénool nous reviennent avec un nouvel album intitulé «International Riche Afrique!!!». Un album qui tombe à pic et qui vient s’inscrire en faux contre certains propos à la limite désarmants du genre «l’Afrique est pauvre », «l’Afrique est le déchet du monde », «En Afrique, c’est la déchéance ». Un album international pour montrer aussi que «l’Afrique est riche par sa beauté, sa culture et ses ressources naturelles ». 

 

On a attendu, beaucoup attendu et trop attendu même. Toujours pas la silhouette de Baba Maal ! La conférence de presse, prévue dans la salle des spectacles du CCF à 16 heures, n’aura finalement lieu que vers les coups de 17 heures et demi. L’expectative devenait de plus en plus insupportable. «Il sera là dans 5 minutes » nous dit-on en guise d’assurance après avoir poireauté pendant plus de 90 minutes.  Enfin, elle a eu lieu mais avec beaucoup de piétinement. « Sur le plan timing, il est ingérable (Baba Maal, ndlr)» nous confie un des organisateurs de la venue à Nouakchott de l’enfant du Podor apparemment dépité par cette longue attente. Vrai ou faux, les journalistes qui ont été invité à cette conférence de presse en ont beaucoup souffert cette  après midi de vendredi. 

Habillé en boubou blanc qui n’arrêtait pas d’émettre des frou-frou et cousu par des jeunes stylistes mauritaniens, Baba Maal est apparu devant le public avec un nouveau look, plus rajeuni et plus raffiné. En rasta ! Dès son apparition, comme à l’accoutumée, en roi, il a eu droit à des glorifications de la part d’une femme dont on méconnaissait l’identité. Certainement sa griotte ! Il y avait les passionnés de Baba Maal qui ont tenu à être présents à cette conférence de presse. Mais aussi des popularités du monde politique et stylistique comme Ibrahima Moctar Sarr et Madame Oumou Sy. Son dernier voyage en Mauritanie date de deux ans. Donc, son retour était très attendu par ses groupies et le lancement de son nouvel album en Mauritanie n’était point fortuit. 

Au cours de sa conférence de presse, Baba Maal a beaucoup parlé de l’Afrique, de la culture africaine, de sa jeunesse. Ce qu’il pense de la situation actuelle qui prévaut dans le continent noir, de sa vision de l’avenir, de ses projets, de ses relations avec les autorités politiques sénégalaises en premier lieu avec le Président de la République du Sénégal, maître Abdoulaye Wade. 

«C’est vrai que nous traversons des moments difficiles, reconnaît-il,  nous avons les guerres, les conflits, la pauvreté, les maladies. C’est sûr ! Mais ce n’est pas une raison valable pour condamner l’Afrique à jamais. Nous avons la jeunesse africaine qui est très dynamique et qui n’aspire qu’à faire quelque chose pour son continent et pour elle-même. Nous avons aussi les femmes qui restent un groupe très solide sur qui nous pouvons compter demain». Pour lui, fini le temps de pleurnicher, il faut agir et cela en comptant sur nous-mêmes, sur notre engagement personnel, sur les Africains qui ont conscience du devenir de leur continent, sur les amis de l’Afrique, sur les gens qui aiment ce continent, sa culture et son histoire. 

L’album international «Riche Afrique!!!» est un appel solennel à tous les africains de se joindre au projet «Africa 2015» afin de promouvoir les Objectifs du Millénaire pour le Développement, lutter contre la pauvreté et essayer surtout de corriger l’image de l’Afrique. « C’est dommage, dit-il, qu’une partie de l’Afrique ne se rende pas compte que nous avons le monde entier rivé sur nous. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas promouvoir ce qu’il y a de plus beau sur ce continent, ce qu’il y a de positif. Ce n’est pas non plus une raison de ne pas montrer certaines parties de ce continent qui essaient de véhiculer une bonne image de l’Afrique». 

Baba Maal est un artiste déroutant sur le plan musical. La preuve, de «Baayo» à «Mi Yewni ou missing you» qui a reçu le prestigieux «Prix de la Word Music» décernée par la BBC en passant par «Laam Toro», «Firin Fouta» et «Nomad Soul», il a su allier divers styles musicaux, lui qui nous a souvent habitué à la musique traditionnelle. De Philadelphie au studio du groupe mythique «Roots» à Londres au studio «Beethoween» en passant par Dakar, les enregistrements de l’album «Riche Afrique!!!» aura duré deux ans. «On a voulu travailler de manière naturelle pour sortir quelque chose qui reflète ce que je voulais ressortir. Il fallait donc réfléchir à deux fois avant de sortir un nouvel album international» confie-t-il. Un album qui ne s’inscrirait pas dans les mêmes perspectives que les albums précédents de Baba Maal sur le plan international. Une rupture dans la conception musicale ! Un «pont de jonction» entre le continent noir et le reste du monde et notamment  la diaspora africaine. 

Pilotant le projet «Africa 2015», Baba Maal, qui n’est plus à présenter, est aujourd’hui parmi les rares artistes africains qui collaborent avec le Programme des Nations Unies pour le Développement. «Nous utilisons la musique pour pouvoir échanger des idées, mener des projets et essayer de trouver des financements pour construire même si ce n’est qu’une salle de classe ou acheter des table-bancs» dit-il. 

Dans «Tinoo», Baba Maal fait un clin d’œil à la femme africaine tout en se préoccupant de son sort. «Nous avons besoin de nos sœurs, de nos mamans et de nos femmes. Nous avons besoin d’elles un peu partout dans la société parce qu’elles restent une référence, une force qui peut participer à changer la destinée de nos pays et de nos peuples » lance-t-il. «Nous avons beaucoup de choses à gagner de ces femmes qui sont les femmes africaines» rajoute-t-il. 

L’album international «Riche Afrique!!!» a vu la participation de Bineta Lally Sow et Baba Maal n’a pas tari d’éloges envers cette diva de la musique guinéenne. «J’ai été très sensible au fait qu’elle était une grande chanteuse au même titre que Césaria Evora. Elle a tout donné à cette culture peule, cette culture poular. Avec 50 ans de carrière musicale, elle ne vit pas décemment. Elle a un caractère qui montre vraiment la grandeur des femmes africaines et des femmes foulbé». 

S’inspirant des Objectifs du Millénaire pour le Développement, Baba Maal a composé une chanson(lekki-lekki) qui parle de l’écologie, de la protection de l’environnement. «Même si, nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe sur cette planète, nous devons nous réunir pour parer toutes ces éventualités comme la désertification» avertit-il. 

A travers son album international «Riche Afrique!!!», Baba Maal a montré encore une fois une autre facette de lui, de son génie musical en puisant dans ses expériences pour parler de l’Afrique. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

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