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( 9 juillet, 2008 )

A la recherche d’une vie meilleure:L’immigration clandestine vue par nos cinéastes

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Durant la troisième édition de la Semaine Nationale du Film (SENAF), une douzaine de courts-métrages ont été projetés, tous réalisés par de jeunes cinéastes mauritaniens. Leur particularité et leur point commun : ils évoquent sans exception la thématique de l’immigration clandestine. D’où le thème choisie à cette édition : «Migration…d’ici et de là-bas ».

 

Face à la forte pression migratoire, les pays européens corsent et durcissent les mesures contre l’immigration clandestine des jeunes africains, chassés de leur pays par la misère, la pauvreté et l’absence de perspectives. En 2006, à la demande de l’Espagne, complètement débordée par l’arrivée massive d’immigrants illégaux, sur l’archipel espagnol des Canaries, Frontex, créée en 2004 (une agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union Européenne) met en place un dispositif de contrôle de l’immigration clandestine au large du Sénégal et de la Mauritanie.

 

Le 18 juin 2008, les députés européens adoptent, dans le même sillage, un projet de loi fixant des normes minimales communes au renvoi des sans-papiers de l’Union Européenne. Cette loi européenne, sur initiative française, baptisée «directive retour », vise en priorité à faciliter les départs volontaires des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans l’Union Européenne tout en prévoyant la nécessité de les expulser dans le cas contraire, avec une durée de rétention minimale de 18 mois, et un bannissement de 5 ans après expulsion.

 

Visiblement, ces mesures, décriées à contrecoeur par de nombreuses organisations non gouvernementales et des droits-de-l’hommistes, visent substantiellement les migrants africains illégaux. Tous les moyens sont parfaits pour circonscrire, à défaut de la contrecarrer, l’immigration illégale des jeunes africains. Craignant d’être infestés, les pays européens signent par-ci et coopèrent par-là. Ceci dans le but de montrer que l’Europe ne peut pas accueillir, nourrir, loger et donner du travail à tous ces jeunes désespérés issus souvent de milieux défavorisés.

 

Les contrôles et les recherches se renforcent. Par exemple, en décembre 2007, à Tripoli, dans la capitale libyenne, le ministre italien de l’Intérieur, Giuliano Amato, et le ministre libyen des affaires étrangères, Abdurrahman Mohamed Shalgam, signent un accord de coopération pour lutter contre l’immigration clandestine.

 

Dans la foulée, l’Espagne fait signer à la Mauritanie, en 2003, un accord qui la contraint à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. Un Centre de Rétention pour migrants sera créé à Nouadhibou, sur fonds espagnol.

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Plus qu’un sujet d’actualité, le phénomène de la migration touche presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest où des milliers de jeunes tentent de rejoindre l’Europe via la Mauritanie. Même si ce n’est pas un phénomène nouveau, il connaît de plus en plus un développement spectaculaire. Malheureusement, le continent africain n’échappe pas à ce phénomène. Mondialisation oblige ! Et, surtout, nécessité de réussir dans la vie. Nous gardons fraîchement ces images choquantes exhibant des «cayucos », remplis d’âmes, chavirer au large des côtes espagnoles et de celles des pays riverains de la Méditerranée.

 

En dépit des plans d’actions déroulés par les pays membres de l’Union Européenne notamment la France et l’Espagne pour tenter de contenir les départs des «cayucos » vers les Iles Canaries, le drame sera irréversible ! La question de la migration est ainsi portée sur l’écran et devient un sujet de film. Chacun y allant de sa propre imagination, de sa propre analyse et de ses propres ressentiments par rapport à ce phénomène mondial. En Mauritanie, nos jeunes cinéastes vont se saisir de ce sujet pour en faire des films.

 

 

Ces films, empreints d’une réalité crue, sont en quelque sorte, une alerte sur l’immigration clandestine des jeunes africains. Dans «Le rêve brisé » d’Ousmane Diagana, on voit une mère qui ne pense qu’à amener son enfant en Europe. Au-delà de cette recherche de l’ailleurs, Ousmane Diagana a voulu porter un regard critique sur les raisons de ce phénomène. «Dans la plupart des films(sur l’immigration clandestine), constate-t-il, on pointe un doigt accusateur sur l’Europe. Je ne suis pas d’accord avec ses réalisateurs, écrivains ou journalistes qui le voient de cette manière. Sur l’immigration clandestine, nous, africains, avons aussi notre part de responsabilité. Nos gouvernants, aussi, ont leur part de responsabilité. Si, aujourd’hui, les jeunes quittent l’Afrique pour aller en Europe, ce n’est pas pour regarder le spectacle de la neige ou comment vivent les blancs. C’est la richesse économique qui les amène là-bas. Si on arrive à forger notre richesse économique (…), on arrivera à retenir les jeunes ».

 

La question de la migration est un sujet ouvert et chacun y va de ses propres réflexions. Quand certains portent un regard critique, d’autres déplorent la manière dont les expulsions se font et les arrestations. «Nous voyons tous les jours des immigrés qui se font retourner à leur pays d’origine. Nous avons vu aussi les images choquantes montrant des corps gisant au bord des côtes espagnoles. C’est vrai que ceux qui choisissent la voie de l’immigration clandestine n’ont pas le choix. Mais, ce n’est pas une raison supplémentaire pour se sacrifier bêtement en bravant la mort ! », lâche Moussa Samba Mbow, réalisateur de «Amanda ou la liberté »

 

Ces films sonnent ainsi comme un haro au phénomène de l’immigration clandestine. En outre, des films comme «Là-bas dans la capitale » de Ahmed Taleb Ould Taleb Khiar ayant remporté le 1ier prix de la SENAF traite d’une autre forme de migration plus connue sous le nom d’exode rural. «C’est le même processus qui est en marche ; que l’on quitte la brousse pour rejoindre Nouakchott ou que l’on quitte un pays pour un autre c’est toujours à la recherche d’une autre vie qu’on espère meilleure », tente-t-il d’expliquer.

 

Le film «Voyageurs égarés » de Jean Louis Chambon aborde lui le thème de la migration sous un angle différent. «J’ai voulu montrer que les immigrés, ce sont aussi des Européens qui viennent vivre en Afrique…. Et que là aussi, cela peut tourner mal ou s’avérer très décevant. Cependant, on ne peut mettre en parallèle les deux migrations, comme je l’ai fait dans ce film, que pour les opposer : l’européen a presque toujours des ressources matérielles derrière lui, alors que l’Africain, lui, retombe sans filet… Depuis que je suis en Afrique, cette inégalité n’a jamais cessé de me frapper », constate-t-il. 

A travers ces films, chacun essaie de porter un regard différend de la question migratoire avec une dose parfois de conscientisation. «L’Europe, ce n’est pas ce que vous pensez encore moins ce que montrent certains films bien faits qui poussent à rêvasser. Que la souffrance et la galère existent là-bas aussi ! D’ailleurs, les immigrés qui sont là-bas sont souvent maltraités et inconsidérés », affirme Mohamed Mahmoud dit Alphadi, réalisateur de «Les Frontières ». «Il n’y a pas que l’Europe pour vivre heureux. Le continent africain est plein de richesses ! Ils n’ont qu’à essayer de rester ici, travailler et vivre dans le bonheur. Au lieu de penser à l’Europe, encore l’Europe, toujours l’Europe ! », conclut-il.

Maintenant, reste à savoir, si les jeunes africains vont accepter d’entendre ce message.

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

 

 

 

 

 

 

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