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( 6 mars, 2011 )

Goûter au profit des enfants déshérités du centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary d’Arafat [Reportage Photos]

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A Arafat, dans le quartier de Meçid El Nourou, en retrait de la route qui mène vers le cimetière de Nouakchott, derrière un îlot de maisons, se dresse une institution: le Centre feu Moulaye Ould Boukhary de l’Ong Ensemble contre la pauvreté et l’enfance déshéritée. Lorsqu’on pénètre à l’intérieur de cette institution, on est vite bluffé par le cadre et l’environnement. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary, financé par le Japon, dispose d’un réfectoire, d’un dortoir, d’une cuisine, d’une administration, d’une salle de formation, d’une bibliothèque où séjournent régulièrement des élèves du quartier, d’une salle de consultations gratuitement assurée par le radiologue Brahim Ntaghry, un des membres fondateurs de l’institution. 

Voilà 6 ans que cet institut, au nom de l’enfance déshéritée, a été créé par des cadres mauritaniens issus de diverses catégories socioprofessionnelles. Aussitôt, le projet est vite lancé. Les bénévoles se bousculent à la porte et l’institution peut se permettre d’accueillir sans arrêt des enfants déshérités. 

L’expérience est vite couronnée de succès. Coup sur coup, le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary reçoit le prix de la FAO pour la nutrition des enfants déshérités en 2OO7 et un autre décerné par la Croix Rouge Italienne à la même année. Au même moment, l’institution reçoit des visiteurs de haute marque comme des ministres de la République, le vice-ministre des affaires étrangères de la République d’Italie. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary vit aujourd’hui une période très difficile. Et, malgré le peu de moyens dont dispose cette institution, elle continue tout de même à accueillir des enfants déshérités notamment d’Arafat. 

Le président fondateur de cet institut, Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi, s’est engagé depuis quelques temps, dans une course contre la montre pour donner une nouvelle impulsion au Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary qui n’assure plus à ses pensionnaires un repas par jour depuis l’arrêt du projet de nutrition « Orphelins Enfants vulnérables » piloté par le ministère de la Santé. 

Et, aujourd’hui, le défi majeur de l’administration de cette institution qui a pour ambassadeurs de bonne volonté Raghab Alama du Liban et Ousmane Gangué, c’est exactement de pouvoir assurer une prise en charge nutritionnelle aux enfants. 

Ce 2 mars 2011, vers les coups de dix huit heures, le centre est plongé dans une ambiance devenue presqu’inhabituelle. « De temps en temps, on offre des goûters aux enfants », explique Mohamed El Khamess Abdallahi, son président fondateur. Et chaque goûter semble redonner de la vie, de l’harmonie à son institution. 

Ces goûters sont souvent offerts par des personnes de bonne volonté comme à l’image d’Elisabeth Rodach du Lions Club International qui est venue spécialement offrir un goûter aux enfants déshérités du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary doté également d’une mahadraa où étudient les enfants et une mosquée. 

« Vous avez beaucoup de chance de vivre dans ce quartier où vous avez des mamans qui sont à votre disposition, qui vous éduquent et vous donnent du confort. On essaiera de faire le maximum pour trouver et vous offrir davantage de goûters comme celui d’aujourd’hui », déclare Elisabeth Rodach qui a promis d’assister le centre pour le confort des enfants. 

Le centre compte cinq bénévoles dont deux enseignants qui dispensent, à l’après-midi, des cours de rattrapage en français et en arabe aux enfants assuré par Lalla Coulibaly (la mamie des enfants) et Mohamed Salem Ould Aly. 

Dans ce centre qui accueille entre 5O et 8O enfants, on y trouve des orphelins et des enfants issus de foyers extrêmement pauvres. Chaque jour, après les classes, à l’après-midi, ils viennent plancher dans cet institut dont ils sont devenus si familiers.   

« Des requêtes sont en cours pour assurer au moins un repas par jour aux enfants », indique Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi. Malgré qu’il soit débordé, le centre continue à accueillir des enfants déshérités et principalement des enfants orphelins qui ont entre 1 et 10 ans, telle cette fille de 5 ans qui a perdu ses parents et qui traîne avec elle son petit frère âgé d’un an. « Il y’a des cas qu’on ne peut pas refuser et on est obligés de les accueillir », explique-t-il. 

La nuit est tombée depuis une dizaine de minutes et déjà le centre commence à se désemplir petit à petit. Les enfants sont partis rejoindre leurs foyers ainsi que les mères de famille qui bénéficient des services du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary sauf le permanent du centre, Housseynou Ahmed et la gouvernante. 

« Dans un contexte marqué par de fortes disparités sociales et par la persistance de la prévalence de la pauvreté, je suis sûr que tout appui généreux à l’enfance orpheline, frange vulnérable de la population, sera d’un précieux concours pour préserver les acquis et développer de nouvelles activités », glisse, avant de prendre congé, le président du centre et par ailleurs médaillé d’or en tir à la cible à Kampala. 

Aujourd’hui, le centre qui éprouve le besoin d’être soutenu est confronté à une série de contraintes dont principalement l’absence de ressources financières suffisantes pour une prise en charge  conséquente de ses charges et du nécessaire développement de nouvelles activités. 

L’Ong envisage d’ailleurs d’organiser, au mois de mars courant, une soirée de gala avec l’artiste Ousmane Gangué. Puis, un grand concert où des artistes du Mali et du Sénégal seront invités. Les fonds récoltés seront destinés à la réhabilitation du centre Moulaye Ahmed Ould Boukhary et à la nutrition des enfants déshérités. 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 19 octobre, 2008 )

Moussa Sarr, artiste musicien : L’Espoir de Koungueul !

Moussa Sarr est un chanteur-guitariste. A 41 ans, il ne fait plus figure de débutant et il a démontré de solides arguments à faire valoir ce mardi 7 Octobre au Centre Culturel Français où il ouvrait le bal des concerts K’fet de l’année, un moment inédit de distraction et de saveur à découvrir. Contrairement à certains artistes qui ne croient plus en eux, en leur musique, en leur force du fait d’un milieu musical très hostile et où il est très difficile de se faire un nom, au pays d’un million de poètes, lui, il enfourche sa détermination croyant dur comme fer qu’il peut lui servir, sans aucun état d’âme, de cheval de Troie.

Très tôt, il se passionne de musique. Adolescent déjà, il ne rêvait que d’une seule chose : devenir comme ses oncles en suivant leurs traces. Tous ces oncles ont flirté avec la musique. Et, certaines de ses tantes. Chez lui, la musique est une affaire de famille et non de showbiz. C’est une passion et rien d’autre. On n’est pas appâté par l’argent. C’est un penchant naturel et dépouillé de toutes considérations financières.

Un de ses oncles du nom de Samba Lô a fait ses beaux jours et ses belles nuits, à l’Orchestre National de Mauritanie. Un autre aussi, du nom de Gamby Lô a longtemps accompagné certains groupes de Kaédi. En les côtoyant, il voulut très tôt devenir comme eux : une star de la musique, adulée et écoutée par tout le monde.

Marié et père de 4 enfants, cela ne l’empêche pas de vivre pleinement sa musique, avec discrétion et sans l’appui de personne. Et, n’en déplaise aux autorités, celles sensées promouvoir la culture et les arts dans notre pays : la musique se développera sans elles. Elles ont montré leurs limites et leurs possibilités. C’est une question d’ambition et des ambitieux, du genre de Moussa Sarr, hargneux et déterminé,
la Mauritanie en regorge des centaines de milliers.

Le parcours de Moussa Sarr est assez singulier. Il fut d’abord danseur. Il s’y fera remarquer. Mais, aussi, à Kaédi, à l’école, il faisait du théâtre populaire. C’était vers la fin des années 80. Par la suite, il se lance dans la musique. Il sera astreint, pour joindre les deux bouts, d’exercer parallèlement les métiers de peintre en bâtiment et de carreleur, tellement les difficultés sont insoutenables. C’est par la suite qu’il se résolut à abandonner de tels métiers où il gagnait beaucoup pour se consacrer exclusivement à sa carrière de musicien.

Son premier texte qu’il écrira, « Sourga »(célibataire en Français), évoque les difficultés de la vie que rencontrent les jeunes notamment célibataires. Cette composition va marquer son entrée dans la scène musicale. On est en 1992. A cette époque, il se sentait pousser des ailes. Plus qu’une description d’une jeunesse en mal de réjouissance, ce morceau est avant tout un clin d’œil à la contrariété que vit cette jeunesse.

Cet homme à l’allure juvénile est originaire de Koungueul à 54 km de Kaédi au Sud dela Mauritanie. Pour cause d’études, il quitte très tôt son village natal en destination de Kaédi, ville qui le révélera au grand public. Il y fait ses études primaires. Mais, en première année collège, un bon jour, il décide contre toute attente de ses parents, de laisser définitivement les études pour faire de la musique. Depuis ce jour-là, il y est resté malgré les âpretés de la vie de musicien.

Au moment où il prenait cette décision, il n’avait pas encore atteint sa dix-huitième année. Comme certains jeunes de sa génération, il ne croyait pas aux études. Il était déjà emporté par la fièvre musicale qui régnait à Kaédi. Il céda devant la pesanteur et l’influence de la musique. Surtout, dans une ville comme Kaédi, réputée être un carrefour musical et une ville qui a produit de grands musiciens. 

Sa musique est un miroir de la société mauritanienne et puise dans les différentes sonorités musicales des autres communautés du pays. Un mélange ingénieux de tout, de toutes les couleurs musicales du pays. Représentative, elle se veut aussi ouverte. Son objectif : imposer sa musique dans l’oreille des mauritaniens. Lui aussi, il est venu avec son propre style. Son groupe qu’il a créé depuis 1996 est à l’image de sa musique. Il est entouré d’étrangers et de mauritaniens de diverses cultures. Ce qui ajoute à sa musique une certaine authenticité.

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La musique n’est plus l’apanage des griots. L’essentiel, c’est d’avoir la voix, de savoir bien chanter et surtout de faire plaisir pendant de bonnes heures. Avec 9 morceaux joués ce 7 Octobre au Centre Culturel Français, il a séduit le public. Moussa Sarr, en effet, n’est pas un blanc-bec dans le domaine de la musique. Sa musique se nourrit de la folk music, de la musique guinéenne et des ballades. Avec 3 guitares, un hoddu (un instrument monocorde) et une batterie, il allie musique moderne et musique traditionnelle.

Avec une musique soft et open, il parvient à ressusciter les mélodies de la musique traditionnelle. Moussa Sarr est un artiste moderne, émancipé et soucieux de l’avenir de l’humanité. Comme disait l’autre, tout ce qui est humain ne lui est pas indifférent. Il sait aussi être narquois, registre où il excelle pas mal, notamment en direction des célibataires sur qui il ne tergiverse pas à décocher des flèches. Même s’il manque d’originalité dans la conception musicale, les thématiques qu’il aborde sont remarquables par leur densité et leur message.

Dans la vie d’un artiste, il y a des moments qui constituent une étape très importante. Son concert du 7 Octobre en était une. Il espère apporter sa modeste contribution pour changer la musique en Mauritanie. Lui qui a su tirer profit de l’expérience de ses oncles en les côtoyant à bas âge utilise sa musique pour sensibiliser les populations sur certaines maladies et certains problèmes liés à la vie. 

Ses morceaux s’inspirent de la vie des mauritaniens et de certaines réalités : le célibat, la dépigmentation, le bouleversement des mœurs… Ils abordent aussi certains thèmes d’actualités comme la mondialisation et les échanges culturels. Son micro lui sert d’arme pour aussi fustiger certaines pratiques sociales et coutumières comme les mariages précoces ou forcés.

Il a chanté le sida, une manière pour lui de sensibiliser les populations sur cette maladie qui a tué plus de 25 millions d’individus depuis 1983, date de sa découverte. Il est aussi un paire éducateur. Il a reçu une formation dans ce sens. Depuis 5 ans, il travaille avec une ONG locale du nom de « Networld ». Avec son groupe, il a fait de nombreuses tournées partout en Mauritanie avec cette ONG pour sensibiliser sur certaines maladies comme le sida, la tuberculose…La musique au service de la société, telle est sa conception, pour faire passer le message.

Malgré tout son talent, c’est comme si la guigne le poursuivait. Car, jusqu’à présent, il a du mal à sortir son premier album. Une réalité auxquels sont confrontés les artistes mauritaniens. Et, si son album déjà enregistré en France n’est pas sur le marché national, c’est pour cause de duplication qui coûte énormément chère. La date de la sortie de son album, prévue en 2009, risque ainsi d’être repoussée. Il compte sur l’appui du Centre Culturel Français pour sortir son 1ier album.

C’est un handicap permanent que vivent les musiciens mauritaniens. Mais que faire ? Ils n’ont d’autres choix que de solliciter l’appui de « mains étrangères » pour pouvoir sortir leur album. Depuis 1996, date de la création de son groupe « Jaalal Leñol » ou le Pilier du Peuple, il n’arrive pas à sortir son premier album. Il n’est pas le seul artiste à le vivre. Ceux qui sont en mesure de pouvoir aider la musique mauritanienne à se développer tergiversent toujours à mettre la main dans la poche pour soutenir un tel ou tel artiste.

Réussir musicalement en Mauritanie, c’est faire le chemin de la croix. «Le public mauritanien n’apporte rien à ses musiciens », constate-t-il. «On a fait des concerts gratuitement. Mais pour que le public vienne, c’est un problème », s’indigne-il. Une carrière internationale ? Il y pense déjà ! Car, pense-t-il, c’est la voie du Salut, pour l’artiste mauritanien.

Pour agrémenter de sel sa soirée du 7 Octobre dernier, au Centre Culturel Français, il a invité des artistes comme Monza, Ousmane Gangué, Fama Mbaye, Guéladjo Bâ, Dioba…qui sont venus témoigner leur amitié à Moussa Sarr en apportant, dans leurs bagages, le feeling et le punch qui faisaient défaut à son concert. Même si la musique ne lui a rien apporté, il trouve du plaisir à égayer le public mauritanien. Il voyage de temps à autre à l’intérieur du pays, notamment au Sud, en France et au Sénégal voisin, dans les villages bordant le fleuve Sénégal, où il est bien apprécié. D’ailleurs, il compte y promouvoir largement sa musique.

Babacar Baye Ndiaye 

( 26 septembre, 2008 )

Le Hip Hop Mauritanien:Etat des lieux d’une musique en mal de reconnaissance ?

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La Mauritanie n’est pas seulement le pays d’un million de poètes. C’est aussi le pays où des milliers de jeunes veulent devenir des rappeurs. Mais les autorités de ce pays répugnent encore à accorder du crédit au Hip Hop. Tel est le constat !

Et les acteurs de ce mouvement musical ne semblent pas pardonner ce désintéressement et négligence de la part du Ministère de la Culture qui ne joue pas, à leurs yeux, son véritable rôle d’appui et d’organisateur. C’est ce manque de considération qui a poussé certains à soutenir mordicus que le Hip Hop est le parent pauvre de la musique mauritanienne.  

Et pourtant,  les concerts de Hip Hop sont incontestablement les seuls spectacles qui drainent un monde fou à Nouakchott comme à l’intérieur du pays. «Pourquoi donc continuer à ignorer cette musique », s’interroge Khalzo. «Le Hip Hop comme la musique en général peut être une source d’enjeux financiers avec des retombées socio-économiques incalculables. Il peut alimenter des studios d’enregistrement, favoriser le show-biz et participer à la mise en place d’une véritable industrie culturelle », souligne-t-il.                              

Lorsqu’on parle de Hip Hop, on pense aussitôt que c’est une musique de jeunes, une musique de revendication. «Le Hip Hop est une musique militante. Elle contribue à promouvoir certains aspects, certains droits, certaines revendications de la jeunesse », déclare Georges Lopez dit Dj Gee Bayss, à l’occasion de sa présence à la première édition du «Festival Assalamalekoum Hip Hop » de mai 2008.

«Le Hip Hop, rappelle Dj Khalzo, n’est pas, contrairement à ce que pensent certaines personnes, une musique qui favorise la dépravation de notre jeunesse. Il s’agit d’un courant musical qui a pour objectif d’éduquer la jeunesse, de la sensibiliser sur les problèmes de l’heure en tentant, à travers des messages, d’inculquer l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, la nécessité de préserver l’environnement et bien d’autres valeurs essentielles pour la construction du pays. »

Certains diffuseurs, à l’image de Dj Gee Bayss, s’intéressent à la Mauritanie depuis de bonnes années. C’est que notre pays regorge d’importants nids de rappeurs talentueux. Ce dernier a produit de nombreux jeunes rappeurs mauritaniens. Grâce à lui, ces derniers se sont fait connaitre au niveau du Sénégal et sur le plan international.

«Le Hip Hop mauritanien à travers moi peut avoir une plate forme d’expression », avait-il déclaré. Aux yeux de Monza, le Hip Hop était une sous-culture que certains mauritaniens avaient du mal à adopter. « Mais grâce à certains artistes, le hip hop s’est aujourd’hui imposé de lui-même en tant que musique et genre à part de la musique mauritanienne », s’enorgueillit-il.

Et le Hip Hop naquit… 

C’est au milieu des années 90, qu’a commencé véritablement le Hip Hop en Mauritanie. Au fil des années, ce mouvement a fini par s’imposer lui-même un peu partout dans le pays et notamment à Nouakchott où fleurissent d’importants nids de jeunes rappeurs et des groupes de rap : Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad, Military Underground, Minen Tèye, Waraba, MC Go, Number One African Salam, Adviser, Bad’s Diom, Big Diaz, Habobé Bassal, Youpi for Ever, Cee Pee, Paco Leniol, Franco Man, Laye B, MD Max…

Mais, c’est à partir de 2007, avec la sortie du 1ier album de Diam Min Tekky(Gonga), d’Ewlade Leblad(Adatne), de la Rue Publik(Incontextablement) et de Military Underground(Au Secours en 2008) que la mayonnaise Hip Hop mauritanien a commencé vraiment à intéresser les gens et à gagner notamment la sympathie des jeunes mauritaniens en mal d’occupation et de loisirs.                                                                                                         

Les années 2007 et 2008 marqueront un tournant décisif dans l’évolution du mouvement Hip Hop en Mauritanie. Le Hip Hop semble pousser des ailes. Désormais, rien ne peut l’appréhender. Dans les concerts, le public répond massivement. Comme en témoigne ceux organisés au Centre Culturel Français et notamment la Première édition de «Assalamalekoum Hip Hop Festival ».

Mais, c’est à partir de 2004, que le Hip Hop en Mauritanie commence à se professionnaliser avec l’apparition de studios d’enregistrement, d’ingénieurs de sons. S’arrimant au rythme de l’évolution des nouvelles technologies, les rappeurs mauritaniens prennent conscience de la nécessité d’améliorer le fond et la forme de leurs textes mais surtout leur flow. 

Le Hip Hop, qui  englobe la danse, le dee-jaying et le graffiti qui est encore embryonnaire en Mauritanie, conquiert de nouveaux espaces. En effet, depuis 2000, début de son explosion avec la floraison de groupes de Rap, le Hip Hop ne cesse de se dessiner une autre trajectoire que celle qu’il avait connue jusque-là. Du moins, c’est ce que pensent certains rappeurs comme Monza, président 2 la Rue Publik.

«Dans toute sa totalité, quelque soit l’endroit où on se trouve, ce que j’ai vu et vécu, ce que j’ai pu faire et les autres aussi, me donnent une certaine conviction que le Hip Hop en Mauritanie est sur de bons rails », croit-il.

Le Hip Hop mauritanien fait face à une double difficulté. A savoir la production et la diffusion. Mais cela n’a pas empêché les rappeurs ou groupes de Rap mauritaniens de percer à l’extérieur à l’image de Military Underground, Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad ou Waraba qui a participé à la compilation «AURA» regroupant différents rappeurs africains de renommée internationale dont Dj Awadi. Le Hip Hop n’est plus cette musique de voyous, cette musique malsaine et corruptrice. Et pour cause. De plus en plus, on constate un intéressement grandissant de la part de la jeunesse mauritanienne au Rap et surtout une éclosion de rappeurs ou de groupes de Rap.

Excellent canal de sensibilisation et de mobilisation, comme on le voit souvent à l’occasion des élections ou autres manifestations officielles, la place du Hip Hop est désormais une évidence dans la société mauritanienne.

A côté de la musique traditionnelle, tradimoderne ou moderne à l’image de Malouma, Noura Mint Seymali, Tahara Mint Hembara, Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué ou Dimi entre autres, le Hip Hop, contre vents et marées, a réussi à se creuser son propre sillon. «. Les responsables politiques du pays doivent se tourner vers la jeunesse qui est un moteur de développement », demande Monza, le président 2 la Rue Publik.

Des structures défaillantes 

Au niveau de l’enregistrement, les rappeurs mauritaniens, depuis quelques temps, n’ont plus rien à envier à leurs camarades de la sous-région ou du Maghreb. Là où se situe le bât blesse, c’est au niveau de la duplication, de la distribution et de la communication.

Et, pour vendre un produit musical, il faut de la promotion et de la diffusion au niveau des médias. Sur ce point, notre pays traîne encore. Nonobstant, les efforts de la TVM Plus qui commence à diffuser des clips de Rap mauritanien, la contribution des médias officiels est très infime dans le rayonnement du Hip Hop en Mauritanie.                            

Face à cette situation criarde, certains rappeurs, comme Monza, ont trouvé la clef de la solution. «On a essayé de mettre en place des studios d’enregistrement et de production en investissant de l’argent considérable pour pouvoir nous satisfaire nous-mêmes et satisfaire aussi les autres », explique-t-il.

Ne disposant pas de structures pouvant les protéger, certains rappeurs mauritaniens se sont retournés vers la BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur) ou d’autres structures comme la SACEM (Société des Auteurs compositeurs et éditeurs de Musique) pour défendre leurs produits.    

A vrai dire, comment peut-on développer la musique de manière générale sans pour autant avoir au préalable des réseaux de distribution ? C’est le dilemme principal des rappeurs. Ne sachant pas que faire, ils sont astreints, pour écouler leur produit, d’organiser ce qu’on appelle «Les Concerts Dédicace ».

Et, Dieu sait que cette procédure ou méthode ne réussit pas à tout le monde. Le Hip Hop Mauritanien est bien représenté à l’étranger. En France, par B.O.B et au Sénégal, par Laye B qui y a sorti en 2003 et 2007, respectivement «Black à part » et «Sénégal-Mauritanie ».

On n’investit pas dans le Hip Hop 

Les producteurs se comptent par gouttes. Fatigués de taper à toutes les portes à chaque fois qu’il s’agit de production, certains rappeurs ont fini par se muer en producteurs. «Il n’y a pas de personnes aptes à produire.

Elles ne savent pas ce que c’est que la production. Il n’y a pas de gens qui veulent s’engager dans une structure pour investir sur des artistes en produisant leurs albums », s’indigne Monza. «Nous, les rappeurs, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir et de travail à faire pour que les gens soient totalement convaincus de ce que nous faisons », estime Waraba alias Big Power.    

Pour certains rappeurs mauritaniens, à l’image de Waraba, qui ont eu la chance de voyager et côtoyer d’autres rappeurs africains, le Hip Hop Mauritanien  va mal. Lui aussi, il met en avant les problèmes de structures et d’organisation.

«Et pourtant, il y a des talents et des rappeurs qui font du bon boulot. Ils écrivent de très bons textes. Mais, bon ! Il n’y a pas une aide derrière », regrette-t-il. Certains pensent que le Rap doit être une musique militante et engagée. «Cela dépend des sources d’inspirations. Aujourd’hui, le Rap, rappelle Waraba, n’est pas une musique circonscrite. C’est une musique d’ouverture. Si certains pays sont en avance sur nous, c’est parce qu’ils élargissent ce qu’ils font. On est tous engagés mais de différente manière. »

Pour Mar de Diam Min Tekky, le Hip Hop en Mauritanie s’est détourné de sa voie originale. Pour lui, il y a des choses plus importantes que de faire danser les gens. «C’est là(en Mauritanie) où se trouve le racisme, l’inégalité et l’esclavage », se justifie-t-il.

Le Hip Hop Mauritanien a du mal à se départir de l’influence extérieure notamment américaine. «Les rappeurs mauritaniens plagient beaucoup. On voit un Method Man, un Awadi en Mauritanie. Cela handicape notre Rap. On doit rester des mauritaniens et créer notre propre style », pense-t-il. «Le Hip Hop Mauritanien est là pour prouver par rapport aux autres », soutient-il en pensant qu’il n’est pas encore l’heure de faire du show-business, mais, de dénoncer.

«On n’a pas le temps de faire sortir des filles habillées en string », ironise-t-il en faisant allusion aux clips américains ou sénégalais. «Si on sent que le Hip Hop en Mauritanie  ne va pas, nous ouvrir, nous les rappeurs, d’autres portes, nous allons laisser tomber et faire autre chose », lance-t-il avec défi.

Waraba est de ceux qui croient dur comme fer que le Hip Hop Mauritanien peut rivaliser avec celui des autres pays comme le Sénégal ou le Mali. «Les talents sont là. Mais cela ne suffit pas. Il faut avoir un staff derrière. Par exemple, les rappeurs maliens, ils sont bien structurés. De même que les sénégalais ou burkinabé. C’est ce qui fait qu’ils sont en avance sur nous », explique-t-il.

Aujourd’hui, malgré une évolution en termes de production, on a constaté que le Hip Hop Mauritanien ne se vent pas bien. Là où un rappeur malien, sénégalais ou burkinabé arrive à vendre 100.000 cassettes, un rappeur mauritanien ne parvient même pas à écouler plus de 1.500 cassettes. Pire encore, il n’y a pas de lieux de vente. Quand un rappeur sort son album, il est obligé de louer l’Ancienne Maison des Jeunes pour espérer vendre son produit. Dans ces conditions-là, peut-on exporter le Hip Hop Mauritanien ?

Des rappeurs comme P.A et F. Diou de Military Underground qui en ont fait l’expérience portent d’une part cette responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture et d’autre part sur celui des artistes qui manquent, à leurs yeux, d’organisation. «Nous, les rappeurs, nous ne voyons pas aucune initiative venant d’une bonne volonté. Nous avons besoin d’appui pour que la musique Hip Hop puisse avancer notamment au niveau des ventes afin qu’on vive de notre art », affirme F. Diou. «C’est très important le fait de vendre, enchaîne P.A. On ne peut pas espérer mieux que cela. C’est la base de tout. » 

Autre problème auquel sont confrontés les rappeurs est celui de la piraterie qui les empêche de dormir à tête reposée. Le cri est partout le même chez les artistes. Là aussi, selon P.A et F. Diou, la piraterie constitue un manque à gagner considérable pour les rappeurs mauritaniens. Cela n’empêche pas qu’il y ait une ruée vers le Hip Hop de la part des jeunes.

Le Hip Hop est devenu une porte ouverte à tout le monde. «Chacun y a sa place », pense F. Diou.  Cependant, avertit-il, on devrait assainir le Rap gangrené par des musiques ou paroles pleines d’incivilité et d’insolence.

«Le rappeur est mal vu et mal jugé dans nos sociétés déjà.  Cela n’a pas sa raison d’être dans le mouvement Hip Hop mauritanien », dit-il. Pour autant, les «Hip hoppeurs » mauritaniens semblent être optimistes. «Le Hip Hop mauritanien a de l’avenir. La preuve, nos albums sont appréciés par tout le monde », déclare P.A, optimiste.

L’absence de médias privés, le peu de crédit accordé au Hip Hop par les médias officiels, le déficit structurel en termes de diffusion et de distribution, le manque de niveau et d’instruction participent au retard de l’explosion du Hip Hop en Mauritanie. En outre, au niveau de la tonalité et du groove de la musique, la qualité pose problème parce que les studios ne disposent pas de machines de masteurisation.   

Babacar Baye Ndiaye  

( 25 septembre, 2008 )

Ousmane Gangué, lead vocal de « Koodé Pinal »

«La musique mauritanienne patauge. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est » 

 

A l’occasion des dix ans de musique d’Ousmane Gangué et de son Groupe «Kodé Pinal », le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser des questions relatives à sa carrière musicale, de ce qu’il pense de la situation actuelle de la musique mauritanienne et surtout de la nécessité de créer des structures propices à son développement. Et sa position par rapport au coup d’Etat du 6 août 2008. Entretien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous êtes un grand artiste dont le talent ne fait plus l’ombre d’un doute. Toutefois, on a remarqué que vous avez du mal à vous imposer et surtout à investir dans la musique ? 

 

Ousmane Gangué : Certes, je suis connu, je fais des tournées internationales. Mais, je le fais avec les moyens du bord. Si, aujourd’hui, la musique de Ousmane Gangué est arrivée à un certain niveau de notoriété, c’est grâce à ma volonté et ma propre abnégation. Sans l’aide de personne ! Si vous jetez un coup d’œil dans le microcosme musical mauritanien, quel est cet artiste qui peut se targuer de vivre dans de très conditions enviables. Comment peut-on investir dans la musique alors qu’il n’y a aucune volonté de faire bouger les vieux réflexes ? 

Les artistes vivotent. Ils commencent à se décourager parce qu’il n’y a aucune perspective qui se décline devant eux. Il ne faut pas être surpris si certains artistes comme moi prennent leurs claques et leurs cliques pour aller s’installer à l’extérieur. Rien n’a été fait pour que la musique mauritanienne puisse connaître des jours heureux. La preuve, nos prédécesseurs vivent dans des conditions lamentables. Ils n’ont pas réussi à sortir du trou la musique mauritanienne. Notre génération est en train de revivre la même situation. Quoique très difficile, je vais continuer à mener le combat afin de redresser la situation moribonde dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Ma femme est de nationalité française. Je pourrais aller avec elle et vivre en France comme tout le monde. Mais, ce ne serait pas une bonne idée. 

A mon avis, on doit rester ici et relever les défis relatifs aux problèmes structurels que rencontre la musique mauritanienne. Je préfère demeurer en Mauritanie pour relever le niveau de notre musique. Toutefois, cela demande beaucoup de sacrifices et surtout des structures qui vont épauler la démarche des artistes. Pour que je puisse investir en Mauritanie, il faudrait que j’aie des retombées d’abord au niveau de ma musique. Que la musique que je joue soit écoutée en Mauritanie. Et, surtout qu’on arrête de prendre des griots qui prétendent être des artistes pour les envoyer à de grands festivals internationaux pour y représenter la Mauritanie. Cela ne fait que retarder la musique mauritanienne! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous en connaissez, comme vous le dites, des griots qui ont été envoyés à l’extérieur pour représenter la Mauritanie ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne parle pas dans le vide ! Nous avons participé à un grand festival en France alors que nous n’avions même pas encore sorti un album. Cela a ébahi beaucoup de personnes. Nous avons réussi à faire connaître la Mauritanie à travers ce festival. Pour la petite histoire, certaines personnes confondaient la Mauritanie à l’Ile Maurice (Mauritus en Anglais). Pour lever cette équivoque, on a pris une carte pour pouvoir situer la Mauritanie. On avait filmé notre participation à ce festival. Le film, jusqu’à présent, dort dans les tiroirs de la télévision nationale.  Est-ce que cela va nous motiver ? NON ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : A qui la faute ? Le ministère de la Culture ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne peux pas porter toute la responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture. La Culture est le parent pauvre en Mauritanie. Il y en a certains qui réussissent à s’en sortir. Nous savons tous que la musique mauritanienne va mal. Et pourquoi ? Rares aujourd’hui sont les artistes mauritaniens qui peuvent décrocher des tournées internationales !

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Le Rénovateur Quotidien : Pour mieux défendre leurs intérêts, des artistes ont mis en place deux structures pour échanger des idées et voir comment ils peuvent faire pour que la musique mauritanienne connaisse des jours heureux. Qu’en pensez-vous ? 

Ousmane Gangué : Pour vous dire la vérité, ces structures n’ont aucune utilité à mes yeux. Ce n’est pas elles qui vont faire évoluer la musique mauritanienne. Il faut qu’il y ait d’abord de la stimulation et qu’on sente vraiment qu’il y a une main derrière les artistes. Cela ne demande pas grand-chose. Si par exemple, on voit un artiste qui progresse sur le plan musical, qu’on lui attribue des distinctions. Cela va pousser les autres artistes à vouloir faire mieux et à avancer de l’avant. Et je vais vous dire une autre chose par rapport à ces structures : elles sont souvent utilisées à des fins saugrenues. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En fin de compte, la musique mauritanienne n’est-elle pas à l’image du pays, raison pour laquelle elle n’arrive pas à voler de ses propres ailes ? 

 

Ousmane Gangué : Effectivement ! Cela dit, nous, les artistes, nous allons continuer à nous battre pour porter la musique mauritanienne aux quatre coins du monde. Nous comptons sur la participation de tous les mauritaniens pour changer la situation. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A part les rappeurs, les artistes mauritaniens sont timidement engagés. L’actualité de ces derniers jours reste dominé par le Coup d’Etat du 6 août 2008. Peut-on savoir ce que vous en pensez ? 

 

Ousmane Gangué : Moi, je suis apolitique ! Je ne suis pas derrière personne. Je suis avec celui qui est là pour œuvrer dans l’intérêt des populations, qui prône la justice et l’égalité. Je suis apolitique ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique mauritanienne est aussi handicapée par l’absence de médias audiovisuels privés. Cette situation vous réjouit-elle ? 

 

Ousmane Gangué : Pas du tout ! C’est un secret de polichinelle. Les médias surtout privés sont incontournables dans le rayonnement de toute musique. Nous lançons un appel aux autorités de ce pays de libéraliser le secteur audiovisuel. Cela pourrait changer la situation actuelle dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Sans cela, on sera toujours parmi ceux qui traînent. Et, cela n’est pas bien pour notre pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les médias publics jouent faiblement leur rôle dans le développement de la musique. Pour pallier à cela, les autorités avaient créé la TVM Plus pour entre autres, favoriser une certaine expression musicale. D’ailleurs, qu’en pensez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Je suis leur premier admirateur ! Malgré leurs faibles moyens, ils ont réussi à abattre un énorme travail. Si aujourd’hui, beaucoup de mauritaniens ont commencé à regarder la télé, c’est grâce à la TVM Plus. La télévision est un miroir, un reflet de la société. Les mauritaniens s’identifient à la TVM Plus parce qu’elle a su donner ce que veulent voir les mauritaniens. Si elle continue sur cette lancée, on n’aura plus besoin d’ici peu de temps de regarder les autres télévisions nationales comme la RTS. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Si on fait un feed back sur votre carrière musicale, on voit visiblement qu’ Ousmane Gangué a beaucoup évolué notamment musicalement. Ce n’est plus non plus la période des vaches maigres. La preuve, vous semblez être comblé. 

 

Ousmane Gangué : Pas encore ! La musique, comme tous les métiers, est une carrière avec des hauts et des bas. C’est vrai que nous vivons des fruits de notre musique. Mais, croyez-moi, parfois on a envie de crier : aïe ! Ce n’est pas une sinécure. Il nous arrive souvent de vouloir tout remettre en cause. Les artistes mauritaniens manquent de tout : de spectacles pour se produire, de lieux de distraction… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Parallèlement à ces problèmes structurels, les artistes mauritaniens n’ont pas un bureau qui défend leurs œuvres. 

 

Ousmane Gangué : Personnellement, je n’ai pas ce problème. Mes œuvres sont protégées par le BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur). Ce serait une bonne idée que les artistes mauritaniens puissent avoir une structure capable de protéger leurs œuvres. On nous avait promis, par les autorités, de mettre en place une telle structure. Nous attendons toujours ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Certains mauritaniens ne comprennent pas toujours pourquoi vous êtes établi au Sénégal. Qu’en est-il exactement ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne suis pas établi au Sénégal. Je travaille là-bas. Il y a des mauritaniens qui travaillent aux Etats-Unis d’Amérique. C’est pareil pour mon cas. Si j’ai du travail au Sénégal, j’y vais ! Il y a aussi une chose que j’aimerais qu’on sache. J’ai des origines sénégalaises aussi. C’est vrai que je suis un artiste mauritanien. Ce n’est pas dans mon esprit de rester uniquement en Mauritanie. NON !

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Le Rénovateur Quotidien : Vous représentez à l’image d’autres artistes comme Malouma entre autres la musique mauritanienne sur le plan international. Pensez-vous que la Mauritanie peut rivaliser avec le Mali, le Sénégal, la Cote d’Ivoire qui ont réussi à imposer leur musique hors de leurs frontières ? 

 

 

Ousmane Gangué : On est loin de là. Ces pays-là, contrairement à nous, se sont investis dans le développement de leur musique en mettant les structures qu’il faut. Ces pays-là ont favorisé leurs artistes, leurs traditions et leurs cultures. En Mauritanie, nous avons mis les charrues avant les bœufs. La preuve, les mauritaniens continuent à s’abreuver de leurs musiques. On n’investit pas sur les artistes mauritaniens. On préfère appeler un artiste étranger et lui payer plus d’un million d’ouguiyas que de prendre Ousmane Gangué. C’est là où se situe d’abord le malaise de la musique mauritanienne.   

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de la célébration de vos dix ans de carrière musicale, comment vous sentez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Free ! Dix ans de musique, ce n’est pas dix ans de carrière. On célèbre juste les dix ans de mon groupe Kodé Pinal. C’est pour montrer aux mauritaniens que nous sommes sur la scène musicale depuis dix ans. On ne se cantonnera pas uniquement à fêter les dix ans d’Ousmane Gangué et du Kodé Pinal. Ce sera l’occasion pour nous de jeter un regard critique sur la musique mauritanienne. Car, a-t-on remarqué, elle traîne toujours par rapport à celles des pays de la sous-région comme le Sénégal. Nous avons estimé nécessaire de faire une analyse par rapport à l’évolution de la musique mauritanienne. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vos propos laissent apparaître des sentiments d’indignation. Estimez-vous que la musique mauritanienne est au fond du trou ? 

 

Ousmane Gangué : La musique mauritanienne patauge. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est. En premier lieu, ce sont les artistes eux-mêmes qui sont d’abord les premiers concernés. Si la musique mauritanienne se développe, ce sera d’abord à leur avantage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos dix ans de musique avec votre groupe Kodé Pinal ? 

 

Ousmane Gangué : Sur le plan musical, j’ai beaucoup progressé. Mais, moralement, je ne suis pas satisfait. Un artiste ne vit que de sa musique. Or, la musique mauritanienne sombre de plus en plus dans des difficultés écoeurantes. Le sort de la plupart des artistes est triste et lamentable. Ils ont besoin d’appui pour pouvoir, surtout, progresser. Moi, personnellement, je suis mieux connu au Sénégal qu’en Mauritanie. C’est un contraste ! Les artistes mauritaniens ne représentent rien aux yeux du public. Quand les artistes étrangers viennent jouer en Mauritanie, le public répond massivement. Si c’est un artiste mauritanien, personne ne vient. Il y a problème ! Cela ne participe pas à motiver les artistes mauritaniens. C’est à nous, les artistes, de se ferrailler pour que les mentalités changent et évoluent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour revenir à ce problème de notoriété dont souffrent les artistes mauritaniens, j’en prendrai comme preuve votre cas. On a remarqué par exemple, au Sénégal, vous avez réussi à vous imposer. Ce que vous n’avez pas réussi à faire dans votre propre pays. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

 

Ousmane Gangué : C’est une situation qu’on a du mal à comprendre. Je pense que c’est dû essentiellement à la mentalité mauritanienne. Les mauritaniens éprouvent un complexe d’infériorité sur le plan musical par rapport aux autres pays qu’ils soient africains ou arabes. Même sur le plan sportif, ils en souffrent. Tant que cet état d’esprit va demeurer, on n’ira pas loin. C’est ce manque de considération qui fait que la musique d’Ousmane Gangué n’a pas réussi véritablement à s’imposer. Le showbiz au Sénégal est rude. Et, pourtant, j’ai réussi à m’imposer. Cela veut dire que la musique d’Ousmane Gangué marche très bien. Le problème est à rechercher au niveau du public et non du coté des artistes. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de fêter vos dix ans de carrière musicale sous le haut patronage de Ahmed Hamza Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott et le parrainage de Baba Maal et Youssou Ndour. Volonté d’impressionner ou simple invitation ? 

 

Ousmane Gangué : Pour ce qui est de Hamza, non seulement je le considère comme un maire, mais c’est une personne que j’admire énormément. Je n’ai pas à me dérober. Hamza est un monsieur qui a beaucoup fait pour moi. En retour, je lui dois le minimum de considération et de sympathie. Je n’ai pas froid aux yeux de le dire : c’est grâce à lui que j’ai pu organiser mes dix ans de carrière musicale. Youssou Ndour : je travaille avec son label (Jololi). Ce ne serait pas élégant, si je ne l’avais pas convié à cette fête. Baba Maal, c’est une icône pour moi. Quelqu’un qui a su porter la culture poular à travers le monde. Je le considère comme une idole. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait presque 3 ans que vos fans attendent la sortie de votre deuxième album. Est-ce que cela est dû à un manque d’inspiration ? 

 

Ousmane Gangué : Avec le label de Youssou Ndour, on ne sort pas sur une prise de tête un album. Non ! Ensuite, je ne vois pas l’opportunité ou l’avantage de sortir des albums coup sur coup. A la limite, cela peut lasser les consommateurs. Il y a aussi une chose à comprendre : ce n’est pas la sortie d’un album qui va faire les affaires d’un artiste. La plupart des artistes qui sortent coup sur coup des albums n’ont pas d’orchestre. Je ne suis pas pressé de sortir mon deuxième album. Mon contrat avec Jololi va expirer d’ici deux ans. Je verrai si je peux continuer ou non ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye NDiaye 

 

( 16 juillet, 2008 )

Diddal Jaalal:Le temps des concerts et des découvertes

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Décidément, Diddal Jaalal a le vent en poupe ces derniers temps, est-on tenté de dire. De retour de la Gambie, où ils ont participé pour leur première fois à l’International Gambian Roots, Festival qui s’est tenu du 31 mai au 7 juin dernier, ils ont enchaîné sans répit concert sur concert à Nouakchott. Au stade de Banjul, plein à craquer, ils ont ouvert ce festival devant le Président de la République gambienne Yaya Djameh et l’ambassadeur de la Mauritanie en Gambie. 

Durant leur séjour, ce fut l’occasion pour Diddal Jaalal de découvrir la Gambie.  Par exemple, ils ont joué au Kamasutu Cultural Camp, un lieu réputé pour sa lagune naturelle bordée de maisonnettes fantastiques. Situé à quelques kilomètres de la capitale gambienne, ce haut lieu touristique et écologique offre un cadre de vie exceptionnel. C’est dans ce lieu à la fois moderne et sauvage que la ministre gambienne a dansé aux rythmes de la musique de Diddal Jaalal.   

Autres localités où a joué Diddal Jaalal : Kanélagne, Diandiambouré. L’objectif visé par les organisateurs de l’International Gambian Roots Festival, c’est de promouvoir le tourisme culturel en Gambie, qui demeure un pays peu connu des touristes européens. A Banjul,  à l’occasion de l’International Gambian Roots Festival, Diddal Jaalal a laissé une bonne impression au sein du public gambien. 

C’est dans cette atmosphère de dégustation inachevée que Diddal Jaalal a quitté la Gambie. De retour à Nouakchott, le temps d’un répit, ils vont enchaîner coup sur coup en jouant successivement au Centre de détention pour mineurs de Beyla à l’occasion de la journée de l’Enfant africain, à l’Ecole Souleymane Baal durant les journées de la scolarité, à Nouakchott. 

Le 21 juin, voilà Diddal Jaalal au Centre Culturel français, pour célébrer avec les mauritaniens, la fête de la musique aux côtés de Ousmane Gangué, Tahara Mint Hembara, la virtuose de l’ardine. Avec cette dernière, ils viennent de créer un nouveau morceau intitulé «Ligodène Leydimen» qui signifie en français «développons notre patrie». Le mois de juin ne fut pas de tout repos pour Diddal Jaalal. D’ores et déjà, il en sera autant pour juillet ! 

A l’occasion de la Quinzaine des Arts du 18 juin au 2 juillet dernier, Diddal Jaalal a rencontré le groupe toulousain Afrodream de Momar Kane, un sénégalais établi en France. Chacun a découvert en l’autre des affinités, des points communs sur le plan musical. Coup du destin ou pure coïncidence, ces deux groupes ont comme blason la vache. Entre le blues que joue Afrodream de Momar Kane et l’Afronomade que joue Diddal Jaalal, il n’y a quasiment pas de frontières, ou si peu. 

Organisée par Médiation, une structure artistique basée en Europe, la quinzaine des arts fut une occasion grandiose pour Diddal Jaalal de faire des créations internationales avec des groupes comme Afrodream de Momar Kane, Kodé Pinal d’Ousmane Gangué… 

Lors de toutes ces rencontres, les échanges furent enrichissants pour Diddal Jaalal qui venait de franchir une autre étape dans sa professionnalisation. Avec Balléké Cissako, Michaël Delféro, Kenneth String, Old Grey Goose…, Diddal Jaalal a encore une fois montré que c’est un groupe qui bouge en direction des autres, toujours à la quête d’échanges culturels, de nouvelles expériences et de nouvelles connaissances. Bref, à la quête de l’autre. Une des caractéristiques qui fait le charme du groupe ! 

Si, aujourd’hui, Diddal Jaalal commence à conquérir d’autres horizons, c’est grâce au style musical très différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre en Mauritanie. Leur style musical, l’Afronomade, est une musique que partagent des peuples de culture nomade, une musique qui transcende les frontières physiques. Universelle, elle l’est aussi parce qu’on la joue dans de nombreux pays africains. 

Ce succès n’emballe pas pour autant les membres du groupe qui garde la tête sur les épaules. Même si ça leur fait plaisir de découvrir le monde, d’autres cultures, d’autres publics. En l’espace de 8 ans, Diddal Jaalal a beaucoup appris par le biais de leurs voyages à l’extérieur et des relations qu’ils ont su tisser avec d’autres artistes. 

C’est vrai qu’une carrière internationale est toujours agréable et alléchante. On peut même s’attirer quelquefois les foudres de la jalousie ! Dans leur esprit, le travail d’abord avant de penser à l’argent. Ainsi donc, ils sont en train de construire leur propre promotion et leur propre carrière musicale. Chemin nécessaire pour atteindre les sommets de la gloire et de la célébrité. Maintenant, ils comprennent comment fonctionne le monde du showbiz. Leur destin est déjà tout tracé. Il ne leur reste plus qu’à le suivre. Idem pour le succès. Aujourd’hui, la Mauritanie peut compter sur ce groupe artistique hors pair qui a commencé déjà à faire connaître le pays sur le plan international grâce à la musique, la leur ! 

Sans album, ce groupe déjà populaire (chaque année, il joue plus de 200 concerts à l’intérieur du pays !) est en phase de devenir l’un des ambassadeurs de la musique mauritanienne. En attendant la sortie imminente de leur premier album, Diddal Jaalal déguste paisiblement ses succès. Ce n’est que le début d’une histoire, d’une aventure d’une bande de musiciens qui ne rêvent que de conquérir le monde. Mais, une chose : Diddal Jaalal ne pense pas s’établir en Europe pour y promouvoir sa musique ! Leur place est ici en Mauritanie, clament-ils. 

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Partout où il est, il est tout le temps avec son appareil photo en train d’immortaliser certaines scènes quotidiennes de la vie. Même s’il est en voyage. Il ne s’en débarrasse jamais. Il est aujourd’hui l’un des rares artistes peintres mauritaniens qui utilisent la photographie comme expression artistique. C’est sa vie. Enfant déjà, lorsqu’il voyait quelqu’un avec un appareil photo, il s’émerveillait de joie. L’envie de caresser cet appareil photo s’emparait subitement de lui et envahissait son esprit. 

Adolescent, dans son village, quand il se promenait en pleine nature, il revenait la tête, remplie d’images. Aujourd’hui, il maîtrise aussi bien les techniques de la photographie que celles de la peinture ou du dessein. «La photographie est très négligée en Mauritanie. L’art plastique s’impose. La peinture s’impose. Mais la photographie, elle n’arrive pas à s’imposer», constate-t-il. 

Présentement, il a réalisé plus de dix mille photographies sur la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie et la France. Il croit dur comme fer que la photographie peut participer au rayonnement de l’image de la Mauritanie à l’extérieur. «C’est bien possible car la Mauritanie a de très beaux paysages», croit-il. Cependant, un fait est là : ces paysages sont aujourd’hui négligés. Et, pourtant, ils peuvent contribuer à l’évolution du tourisme culturel en Mauritanie, un concept qui lui est si cher. 

On ne peut pas développer le tourisme culturel, dit-il, sans pour autant que les autorités en charge de la Culture et du Tourisme fassent un effort de bonne volonté en soutenant la production photographique de certains artistes qui réalisent de belles photographies. 

En peinture, il est aussi un maître incontesté. A son actif, plus de 3000 esquisses et une cinquantaine de tableaux. Sa forme d’expression lui a valu d’être surnommé Picasso. Et, surtout, de travailler avec de nombreux artistes étrangers qui admirent en lui ses tableaux toujours riches en couleurs. 

Durant la Quinzaine des Arts qui a eu lieu du 18 juin au 2 juillet, ce fut une délectation pour lui de faire la connaissance d’artistes étrangers avec qui il a réalisé des tableaux. A son avis, il pense que les artistes mauritaniens ont besoin de ce genre de manifestations culturelles pour s’enrichir. «On a beaucoup appris. Les échanges étaient très riches entre les artistes. C’était excellent. On a appris de nouvelles techniques. Cela nous a enrichis», reconnaît-il. 

Durant cette première édition de la Quinzaine des Arts, Ba Djibril Ngawa a travaillé avec Nadia H. Cas, une artiste-peintre française et Diallo Abdoulaye, sur un tableau commun qu’ils ont appelé «Amitié». Avec Myrielle, une mosaïste française, dans «Point d’interrogation sur le futur des mariages», ils s’interrogent, avec le développement des mariages homosexuels, sur l’avenir de l’institution du mariage qui semble être menacé. 

Parallèlement à cela, Ba Djibril Ngawa a exposé à l’Université de Nouakchott, à la Communauté Urbaine de Nouakchott et au Musée National dans le cadre d’une exposition commune à l’occasion de la Quinzaine des arts. «Les frontières», «Le fardeau» et «Vie sur terre» sont ces dernières créations artistiques qui constituent des quêtes permanentes de soi. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 22 mai, 2008 )

Lamine Kane, initiateur de ‘A vous la scène !’

«Il n’y a aucune volonté politique pour faire la promotion de notre culture » 

 

En matière de création et d’imagination artistique, les jeunes mauritaniens n’en manquent pas. Tout ce qui leur faut, c’est d’être soutenu par les pouvoirs publics. Lamine Kane en est une parfaite illustration. ‘A vous la scène’, c’est lui. En plus de cela, il dispense des cours de musique gratuits ouverts à tous les publics. Dans le but uniquement de promouvoir la musique mauritanienne marquée par une carence en termes de musiciens. On l’a rabâché à plusieurs fois. Le centre culturel français de Nouakchott ne peut pas tout faire à lui seul. Il est grand temps maintenant que le ministère de la culture s’implique dans la promotion de nos artistes musiciens qui manquent énormément de lieux de production et de rencontres. Le développement de la musique mauritanienne, ce n’est pas uniquement l’affaire de Malouma, de Tahara, de Dimi, de Thiédel, d’Ousmane Gangué pour ne citer que ceux-là. C’est l’affaire d’abord du gouvernement mauritanien qui doit mettre en place une politique efficace en matière de promotion culturelle. Sur ce point, l’initiateur de ‘A vous la scène !’ ne sait pas tourner autour du pot quand il s’agit de dire la vérité, rien que la vérité. «J’accepte mal qu’on ait un ministère de la Culture qui ne fout rien pour les artistes. Ce n’est pas le fait d’organiser des prix qui va sortir la musique mauritanienne du creux de la vague. Il faut appuyer les artistes. Il faut ouvrir les maisons des jeunes et y mettre du matériel pour qu’ils puissent s’exprimer. » Cela pourrait permettre, à son avis, d’annihiler le taux de chômage, de banditisme et de criminalité. Car, rajoute-t-il, il y a beaucoup de jeunes musiciens, comme lui, qui ont d’énormes projets dans la tête. «Mais ce qui leur manque, argumente-t-il, ce sont les moyens. »

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Les initiatives existent, selon lui, mais il faut qu’elles soient soutenues par les autorités en premier lieu par le ministère de la Culture. Sans cela, très peu de mauritaniens vivront convenablement de leur musique. Comment faire donc pour améliorer cette situation désarmante ? «Il faut qu’on soit aidés(les artistes de manière générale, Ndlr). Nous seuls, nous ne pouvons rien faire ! » 

Il regrette l’absence de volonté politique pour faire la promotion de la culture mauritanienne. «Non seulement la culture est un facteur de développement social et économique, explique-t-il, mais c’est aussi un facteur de stabilité et d’unité. » 

La réconciliation nationale qu’on clame, à longueur de journée, c’est à travers, dit-il, la culture qu’on pourra y arriver. «Il n’y a pas d’autres alternatives », professe-t-il. L’initiateur de ‘A vous la scène !’ demeure convaincu, malgré les problèmes de tout bord, que la musique mauritanienne est sur les rails. «Le terrain est encore vierge, reconnaît Lamine Kane. Nous avons un rythme de tortue mais on va y arriver. » 

Passionné de musique, il compte bientôt monter un Centre de Formation Musicale. Lorsqu’on a des partenaires comme Machéo Parker(saxophoniste de James Brown), Steve Coleman, Richard Bonna, Salif Kéita, Manu Katché, Moctar Samba, on ne peut que renifler l’air du paradis. «Tous ces gens-là sont régulièrement mis au parfum de l’évolution de ce projet », renseigne-t-il. 

L’argent nécessaire pour acheter le matériel est de 2 millions d’ouguiyas. Le Centre Culturel français de Nouakchott sera un partenaire de ce grand projet culturel qui sera logé dans un premier temps dans la salle polyvalente du CCF. «Mais je souhaite avoir mes propres fonds pour construire notre propre centre de formation », confie-t-il. 

‘A vous la scène !’ est né dans le but de rapprocher davantage les musiciens mauritaniens et de les promouvoir. Quatre mois après le début de cette aventure musicale, Lamine Kane semble être traversé par une lumière d’optimisme. «Au début, on avait fait le programme sans pour autant penser au public. J’avais fait ‘A vous la scène !’ pour tous les musiciens qui veulent chanter, jouer de la musique sans pour autant attendre que le public soit là ou non. Du moment qu’on a vu que le public s’intéressait à ça, on a essayé maintenant de réorganiser la chose pour qu’elle soit plus agréable et beaucoup plus appréciée par le public. » 

‘A vous la scène !’ du mois de mai recevait Tiédel Mbaye avec la présence de la TVM Plus sous forme d’un plateau télévisé. Une première à ‘A vous la scène !’ 

. «Je pense qu’il faut changer de temps en temps pour ne pas tomber dans la routine », explique Lamine Kane. Le budget de ‘A vous la scène’ est de 30.000 UM donnés entièrement par le Centre Culturel Français. Et Lamine Kane a été très clair avec les artistes en ce qui concerne les primes de prestation. «Je ne peux pas inviter des artistes comme Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué, Nora, Amath Kâ, Wal Fadjri Groupe…et leur donner 30.000 UM alors que ce sont des professionnels. Alors, je leur ai dit : ‘La buvette est là. Vous voulez boire, buvez ! Vous voulez manger, mangez ! Je paierai. Quand vous rentrez, je vous donne votre billet de transport. Ou alors, si vous voulez, je prends 3 têtes d’affiches et je leur donne chacune 10.000 UM’. » 

Pur produit des frères Athié qui l’ont initié aux rudiments de la musique en 1994, Lamine Kane est exacerbé lorsqu’il entend dire qu’il y a une musique qu’on peut qualifier de typiquement mauritanienne. «Je ne peux pas prendre Ousmane Gangué et dire que c’est ça la musique mauritanienne. Tel ne se verrait pas dedans. La musique de Yélinkaré, tel autre ne se verrait pas dedans. Ils nous faut asseoir une musique où tout le monde se verrait dedans. La musique doit être un miroir », soutient-il. 

Cela est du ressort de la responsabilité des artistes musiciens mauritaniens et c’est bien possible. Car, presque chaque pays a une musique dans laquelle tout le monde s’identifie. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 28 avril, 2008 )

Unité et diversité culturelle:Les atouts d’une démocratie en marche

Les événements dramatiques de 1989 et les différentes répressions militaires qui s’en suivirent ont jeté un véritable coup de froid sur la coexistence entre les différentes communautés du pays. Ceci créa un climat de tension, de suspicion et de distanciation entre elles. Les corollaires sont connus : érosion de l’image de la Mauritanie à l’extérieur, recul de sa position sur le plan international, timide ouverture politique initiée au début des années 90… Le 19 avril 2007, à la suite d’élections libres et transparentes, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi accède au pouvoir et affiche une ferme volonté de résoudre l’épine dorsale des problèmes auxquels la Mauritanie est confrontée : la question des déportés. Et depuis cette date, le Président de la République n’a cessé de poser d’importants jalons allant dans le sens de l’unité et de la diversité culturelle.   

Pour la 1ière  fois dans l’histoire d’une campagne électorale présidentielle en Mauritanie, le thème de l’unité et de la diversité culturelle occupe une place prépondérante dans le programme et le discours de tous les candidats. Tous reconnurent la nécessité absolue de lutter pour l’avènement d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Ainsi donc, la consolidation de l’unité nationale et le raffermissement de la cohésion sociale furent placés au 1er rang des priorités des programmes politiques de chaque parti politique et de chaque candidat. 

Après seulement 2 mois à la tête de la magistrature suprême, le Président de la République prononce un discours dans lequel il expose sa vision de la réconciliation nationale. «L’unité nationale et la cohésion sociale requièrent l’instauration de la concorde entre toutes les composantes de notre peuple sur la base du respect des principes d’égalité, de justice et de dignité. Notre devoir est de faire de sorte que tous les mauritaniens puissent éprouver la légitime fierté d’appartenir à une grande nation, qu’ils sentent que la République les protège et les traite sur un même pied d’égalité, tous sans exclusive ». Ayant compris que l’unité nationale passe d’abord par l’instauration d’un Etat de droit, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi a appelé les mauritaniens à vivre leurs diversités non pas comme un facteur d’exclusion mais comme un facteur d’enrichissement. Ses orientations confirmeront cette volonté politique de garantir à notre pays une stabilité politique et sociale. 

Toujours dans cette optique, des journées de concertation et de sensibilisation sur les formalités d’organisation du retour des réfugiés et la résolution du passif humanitaire sont organisées ‘dans un climat, marqué par le consensus des mauritaniens, toutes appartenances politiques et sociales confondues’, c’est-à-dire dans l’union, le rétablissement du droit et de la consolidation de l’unité nationale. 

A ceux qui pensent qu’il va y avoir une chasse à l’homme, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi déclare. «Nous ne cherchons nullement à remuer le couteau dans la plaie mais plutôt à la guérir ; nous ne cherchons pas à régler des comptes mais à lever des injustices et réconcilier les cœurs ; nous ne cherchons pas à déterrer le passé mais bien à préserver le présent et à assurer l’avenir ». Le renforcement de l’unité nationale et de la concorde entre toutes les composantes du pays impose de rechercher les voies et moyens de résoudre les problèmes du passé. Ainsi donc, d’importantes mesures ont été prises par le gouvernement pour assurer un retour digne des mauritaniens déportés et accompagner leur réinsertion dans le tissu social. 

  

Le pouvoir, l’opposition et la société civile se font sien le combat pour une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Refusant d’être en marge, les femmes s’impliquent aussi dans la réconciliation nationale. Elles organisent des journées de réflexion pour soutenir la recherche et la mise en œuvre de solutions viables et acceptables de nature à rétablir la paix et la concorde nationale. Les religieux dont l’impact dans la réconciliation nationale est essentiel participent au processus de réconciliation.  Le parachèvement du processus de réconciliation nationale passe  inéluctablement par la mise en place d’institutions véritablement démocratiques et d’organes médiatiques représentatifs et pluriels. Dans ce cadre, on peut noter l’arrivée sur la scène médiatique de la TVM plus et de Radio Citoyenne qui sont devenues une parfaite illustration de notre diversité culturelle. Toutes les différentes langues nationales du pays sans exclusion y sont représentées. Chacune bénéficie, même s’il y a encore des choses à améliorer, d’un temps d’antenne assez conséquent. «Sans le respect des droits culturels, il ne peut pas y avoir de démocratie. Si nous parvenons en Mauritanie à réconcilier les différentes communautés nationales afin que les mauritaniens se reconnaissent dans leur radio, leur télévision nationale, leur gouvernement, leur hymne national, les symboles et les éléments déterminants culturels, il est certain que nous aurions fait beaucoup de choses. Il faut se dire aussi qu’on ne peut pas construire une nation en braquant les communautés les unes après les autres en faisant de l’exclusivisme politique », souligne le professeur Sow qui pense qu’il y a une nouvelle dynamique qui s’est opérée avec l’arrivée au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « Il est de notre devoir, poursuit-il, d’accompagner ce mouvement afin qu’il soit un mouvement irréversible parce que la finalité du respect des droits culturels c’est l’instauration d’une Mauritanie où toutes les composantes nationales dans la fierté reconnue acceptent de vivre et d’œuvrer pour le développement de notre pays ».     

Au soir de l’an I de la démocratie, un concert gigantesque regroupe différents artistes des 4 communautés du pays. Placé sous le signe de la Réconciliation Nationale, le concert du 19 avril qui marquait par la même occasion le premier anniversaire de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à la tête du pays a réuni pendant plusieurs heures des milliers de jeunes mauritaniens enthousiasmés. L’esprit d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même a plané durant tout le temps que dure  le concert. Toutes les couches de la population mauritanienne sans exception étaient représentées par ses chanteurs. Ousmane Gangué pour les hal poular, Allou Allassane pour les wolofs, cheikh O. Abya pour les hassanya et Coumba Sala pour les soninkés pour ne citer que ceux-là.  Le combat pour l’unité nationale et la diversité culturelle suppose aussi un combat contre l’esclavage. En ce sens, nos deux chambres ont voté une loi portant incrimination et répression de cette pratique. Ce qui fait dire à certains qu’il faut d’abord réconcilier les mauritaniens avant même d’envisager les autres problèmes liés au développement économique car sans unité nationale, il n’y aura point de démocratie et c’est par la démocratie que passe tout développement. En Mauritanie, cette réalité trouve aujourd’hui tous les ingrédients favorables pour s’instaurer et de manière durable. 

Babacar Baye Ndiaye

( 21 avril, 2008 )

An 1 de la démocratie

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La musique au service de la   Réconciliation Nationale 

 

Pour dire ‘choukraane’ à la jeunesse mauritanienne qui l’avait porté à la tête de la République il y a de cela 1 an, que pouvait offrir de mieux Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à cette jeunesse que d’aller dénicher des stars internationales comme Cynthia, Cheb Khaled, Coumba Gawlo Seck ou Viviane Chedid Ndour… 

 

Le stade était plein à craquer. Des milliers de personnes en majorité des jeunes venus de différents coins de la ville de Nouakchott ont répondu à l’appel de la Réconciliation Nationale. Des panneaux du genre : ‘Non au terrorisme’, ‘Notre Réconciliation est la force de notre cohésion’, ‘Une Mauritanie réconciliée avec elle-même est le garant de notre devenir’, ‘Unissons-nous dans la paix et la quiétude’, ‘La Mauritanie est comme cinq doigts de la main’…bordaient le périmètre de la pelouse synthétique du stade olympique. Déjà à 15 heures, le stade était plein ! Qu’il s’agisse de l’intérieur ou de l’extérieur, il y avait une foule immonde qui attendait. Avec une affiche alléchante, une forte et impressionnante sécurité a été déployée : la police et les sapeurs pompiers sans oublier la fameuse société de sécurité qui a fini par imposer sa notoriété, SPINET. Ayant compris que la musique est un vecteur de rencontre et de cohésion sociale, les autorités de la ville de Nouakchott ont compris cela en réunissant différents artistes venus d’horizons divers. Et pour avoir tous ces artistes, elles n’ont pas hésité à mettre la main dans la poche pour faire plaisir à la jeunesse mauritanienne. 

Placé sous le signe de la Réconciliation Nationale, le concert du 19 avril qui marquait par la même occasion le premier anniversaire de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à la tête du pays a réuni plus de 6 plombes des milliers de jeunes mauritaniens enthousiasmés. L’esprit d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même a plané durant tout le temps que le concert ait duré. Toutes les couches de la population mauritanienne sans exception étaient représentées par ses chanteurs. Ousmane Gangué pour les hal poular, Allou Allassane pour les wolofs, cheikh O. Abya pour les hassanya et Coumba Sala pour les soninkés pour ne citer que ceux-là. Les rappeurs ont bien montré, eux aussi,  encore une fois que nous pouvons compter sur eux pour faire connaître notre Rap National qui n’a plus rien à envier aux autres. De R.J. à Ewlade Leblade en passant par Number One African Salam et Military Underground, nos jeunes rappeurs se sont bien illustrés. Même si parfois, leurs critiques furent un peu acerbes à l’endroit du gouvernement. 

Avec une musique assez originale mêlant somptueusement Rap et sonorités de la musique pular, scandant ‘Tout le monde debout, les mains en l’air’ suivi par des salves d’applaudissements, l’entrée de R.J. a fait presque oublier la longue attente qui commençait à agacer le public. Dans la joie aussi, nous devons nous souvenir de ceux qui ne sont plus avec nous, comme l’inspecteur de police tué durant les affrontements entre la police et les salafistes au centre émetteur de Ksar. Une minute de silence fut observée en son honneur par Number One African Salam et tout le public, une manière de dire non au terrorisme.   

Pendant ce temps-là, le premier magistrat de la ville de Nouakchott, maîtresse d’œuvre de ce concert, le président de la CUN ne cessait d’aller et de revenir. Sacré O. Hamza, toujours au four et au moulin ! Les consignes de sécurité données par les autorités de la ville de Nouakchott furent suivies à la lettre par les forces de l’ordre. Que personne ne bouge de sa place ! Que personne ne sort, une fois, rentré au stade. Conséquence : tous les coins des tribunes étaient transformés en pissotière. Pour sortir, il fallait implorer, supplier ou racler la voix ! 

Pendant que Coumba Sala chantait, une future diva de la musique soninké si elle ne l’est déjà, un documentaire sur l’an 1 de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi se déroulait sur le tableau de score du stade olympique. Il n’était que 19 heures passées de 10 mn. 

La partie droite de la tribune officielle réservée à cette occasion aux filles a littéralement chauffé. Des cris stridents et des ovations nourries y sortaient comme une larve jaillissant d’un volcan. Pareille à une star digne de l’Amérique, Cheikh O. Abya qui succéda à Allassane Allou sur scène s’est permis de descendre sur la pelouse, dansant, courant et chantant pour se rapprocher du public qui était très éloigné du podium. Ce qui déconcertait les artistes qui aiment souvent avoir un contact millimétré avec le public. Celui que l’on nomme ‘la voix d’or’ a fait vibrer le cœur des jeunes filles avec ses morceaux d’amour très bien connus par elles. 

Tout le monde a dansé le Raï. Même certaines autorités ! Sourire aux lèvres, Cheb Khaled nous a abreuvés d’un Raï captivant. Son morceau ‘Ya Habib’ a transformé le stade olympique et lorsqu’il entonna ‘Aïcha’ que réclamait sans répit le public, ce fut l’apothéose dans la foule, semblable à une fourmilière, qui reprenait en chœur ‘Aïcha, écoute-moi !’. 

Après cette prestation du roi du Raï, ce fut la pause. Le temps de prêter une oreille attentive à celui qui est considéré aujourd’hui comme l’ami de la jeunesse, Ould Hamza, de prononcer un laïus dans lequel, il exprima toute sa satisfaction. En substance, il déclarera que ce concert marque la célébration du renouveau démocratique, de la réconciliation nationale et le retour à la fraternité entre les différentes composantes de la nation mauritanienne. Selon l’expression du président de la Communauté Urbaine de Nouakchott, c’est la liberté retrouvée et l’espoir revenu qui sont fêtés à travers ce concert du 19 avril. 

Durant plus de 12 mn, on a eu droit à une lancée de feux d’artifice. On se croirait même dans un épisode de ‘Tom et Jerry’. D’autres ont, ceux qui n’étaient pas présents au stade et qui ne suivaient pas la retransmission à la télé en live,  cru que c’était un affrontement bis entre les salafistes et les forces de l’ordre. Des bulles de lumière fascinantes partaient du ciel pour éblouir nos vues. Le tout sous des cris de joie ! 

Cynthia, ce pur produit de la star Académy française n’est pas une inconnue en Mauritanie puisque le public, notamment les filles, reprenaient en chœur et par cœur ses morceaux chantés en anglais. Chevelure décoiffée, robe blanche et véritable fée sur le podium, elle nous a offerts une superbe musique où se mêlent pop, RnB, reggae, slow, musique classique, Rockn’Roll.   

Et lorsqu’on annonça la montée sur scène de Ewlade Leblade, des cris fusaient de partout. Véritable phénomène du Hip Hop mauritanien, le spectacle de ce groupe est toujours attendu. Utilisant un langage accessible et chantant en hassanya, Ewlade Leblade a convaincu plus d’un encore ce jour-là. Adulés, les membres du groupe ont montré qu’ils étaient eux aussi là pour représenter le peuple mauritanien. Quand ils commencèrent à asséner leurs vérités que tout le monde vit, on fit en sorte qu’ils descendirent du podium alors qu’ils ne venaient de jouer qu’un seul. Car, ils commençaient à déranger ! Ce qui déplut au public qui continuait à huer et siffler pour réclamer le retour sur podium de Ewlade Leblade qui marquait là un bon point. Il s’en est fallu de peu pour que le concert ne se termine en queue de poisson. Heureusement que le président de la CUN fut prompt à réagir. 

Ayant servi seulement 3 morceaux, Ousmane Gangué, on ne sait pour quelles raisons, n’a pas véritablement convaincu le public. Il était presque minuit et demi lorsque la ‘gazelle noire’, Coumba Gawlo, en bottines, entra sur scène avec son morceau ‘Sey Dou Choix’. Elle chantera ‘Doff’, un morceau sur l’émigration clandestine. «Il faut faire très attention à l’émigration clandestine parce que c’est très dangereux. Nous voulons vous voir fonder une famille et vieillir», lance-t-elle à l’endroit de la jeunesse mauritanienne. Et lorsqu’elle demanda que tout le monde se lève et que les uns et les autres se tiennent les mains, en guise de réconciliation nationale, il fallait voir : des figures qui rechignaient à se lever. C’était vraiment ridicule. Attitude de complexés ou refus de se tenir les mains ? Malgré des couacs sporadiques d’ordre technique, la soirée a tenu toutes ses promesses. Vivi, comme on l’appelle affectueusement ici, a clôturé cette soirée. L’enfer qu’elle avait promis aux mauritaniens n’a pas eu lieu. Car, constatant que le public se retirait petit à petit, elle comprît. Il était deux heures et demi presque. En plus, il faisait froid et les jambes ne résistaient plus. 

 

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr   

       

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( 16 avril, 2008 )

Thiédel Mbaye: »Dans tout le monde entier, c’est la Mauritanie seule qui néglige ses artistes. Parfois, c’est décourageant. Tu fais un concert gratuit, la population ne vient pas »

 

D’origine griotte, cette diva mauritanienne, dont l’amitié avec Baba Maal n’est plus à prouver, a laissé sa carrière de comptable pour se consacrer à la musique, sa passion. Dans l’interview suivante que Thiédel Mbaye, qui n’est plus à présenter, nous a accordé, elle y évoque entre autres sujets l’indifférence totale dans laquelle baigne la musique mauritanienne.                                                                                                   

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Le Rénovateur Quotidien : En Mauritanie, on n’accorde pas assez de crédit à la musique. Les structures manquent. Il y a, en plus de cela, un problème de coordination entre les musiciens. Comment voyez-vous l’avenir de la musique mauritanienne ? 

Thiédel Mbaye : La situation dans laquelle s’est retrouvée la musique mauritanienne est vraiment inquiétante. La situation des artistes est aussi préoccupante. L’art n’a pas sa juste valeur en Mauritanie. Tu peux être artiste, tu fournis des efforts, tu fais tes cassettes, même un concert gratuit, la population n’est pas prête à venir regarder. C’est vraiment un véritable souci pour tous les artistes. On est en train de se battre, de nous structurer, de former des associations regroupant des artistes, avoir un syndicat des artistes, lutter contre la piraterie et forcer la population à venir vers les artistes. Dans tout le monde entier, c’est la Mauritanie seule qui néglige ses artistes. Parfois, c’est décourageant. Tu fais un concert gratuit, la population ne vient pas. Un artiste étranger vient ici, il fait les billets à 4.000 ou 10.000 UM, la salle est pleine. C’est vraiment révoltant !

 

Le Rénovateur Quotidien : Récemment, un bureau regroupant tous les artistes mauritaniens a été mis en place. Qu’en pensez-vous ? 

Thiédel Mbaye : Nous avons deux bureaux qui réunissent tous les artistes mauritaniens. Le bureau présidé par Mohamed Méidah et l’autre par Ahmed Abba appelé ‘Bureau Mauritanien pour la Promotion de la Musique’ dont je suis membre actif. Avec ces bureaux reconnus par l’Etat mauritanien et soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication, nous pensons que cela va permettre aux artistes de résoudre leurs difficultés.

 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué qu’en Mauritanie, il n’y a pas une structure qui défend les œuvres des artistes. Est-ce que cela ne pose pas aussi problème ? 

Thiédel Mbaye : Ça pose énormément de problèmes ! J’ai produit deux albums (‘Jombajoo’ ou la mariée en 2002 et ‘Khuman Biné’ ou l’analphabète en 2005) mais ils ne sont protégés qu’au Sénégal par la BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur, NDLR). En Mauritanie, les productions se piratent de manière incroyable. Il n’y a pas un bureau qui protége les droits d’auteur et les artistes. Il est impossible aux artistes mauritaniens de défendre leurs œuvres. Aujourd’hui, ils ne vivent pas de leur art. Donc, si les œuvres ne sont pas protégées, c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire.

 

Le Rénovateur Quotidien : Au niveau de votre association, avez-vous pensé à mener des démarches pour essayer de mettre en place une pareille structure ? 

Thiédel Mbaye : Notre seul souci d’ailleurs, c’est d’avoir un bureau qui va défendre les droits d’auteur. Chaque artiste doit protéger ses œuvres parce que c’est la seule ressource qu’il a.

 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis quelques temps, on ne vous voit pas. Est-ce qu’on peut penser que les feux de Thiédel Mbaye sont éteints ? 

Thiédel Mbaye : Non ! Je suis en train de me préparer pour sortir mon 3ième album. Je reviens d’une tournée au Sénégal dans la région du fleuve. Je m’apprête aussi à y aller dans le cadre encore d’une tournée. Le 24 avril prochain, je serai à Podor pour participer au Festival des Blues du Fleuve organisé par Baba Maal. Nous sommes en train de faire nos répétitions.

 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment, vous jouez beaucoup dans la région du fleuve ? 

Thiédel Mbaye : C’est vrai ! J’y suis très sollicitée. On est en train de faire notre promotion pour notre prochain album.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et il va sortir quand ? 

Thiédel Mbaye : On a prévu cela pour le 5 juin. Incha Allah !

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’avez pas participé à la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades. Quelle est votre réaction ? 

Thiédel Mbaye : On m’avait proposé mais je ne pouvais pas participer. Je n’ai pas essayé de le faire car je savais que la date n’allait pas me trouver en Mauritanie. J’étais en tournée que j’avais programmé 6 mois auparavant.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant vous êtes actuellement à Nouakchott ? 

Thiédel Mbaye : Oui, je suis là ! Mais je n’ai pas participé malheureusement !

 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourquoi ? 

Thiédel Mbaye : On ne m’a pas contacté officiellement. Et puis le fait de ne pas participer à la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades ne m’a guère dérangé parce que j’avais participé à la 3ième édition.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’éprouvez aucun regret ? 

Thiédel Mbaye : NON ! Aucun regret !

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes une artiste bien connue mais on ne vous a jamais vu faire un duo avec un artiste mauritanien ? 

Thiédel Mbaye : Lorsqu’on se rencontre dans les concerts, on fait des duos. Par exemple, Ousmane Gangué, on a beaucoup joué ensemble. Avec Baba Maal, lorsqu’il fut invité par des boghéens, il a fait un morceau dans lequel tous les artistes mauritaniens ont chanté ensemble. C’est par des occasions de cette nature qu’on peut chanter ensemble sinon quelqu’un t’invite à une soirée, tu viens et tu chantes.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous et Baba Maal, vous semblez entretenir de bonnes relations ? 

Thiédel Mbaye : Baba Maal, vraiment, c’est mon idole ! Et puis, c’est une référence pour moi et c’est un ami personnel aussi.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et lui, a-t-il essayé de faire quelque chose pour vous? Par exemple vous produire ? 

Thiédel Mbaye : Il a beaucoup fait pour moi. Il me conseille. C’est lui qui m’a beaucoup encouragé à faire des tournées dans la région du fleuve. La musique que je joue les Hal poular s’y identifient. Il faut vraiment les convaincre, les voir pour qu’ils admirent ta musique ou l’accepter pour que tu puisses percer. Je suis très connue sur le plan international. J’ai  fait des tournées en Europe, aux Etats Unis d’Amérique. Mais dans la région du fleuve, c’est maintenant qu’ils commencent à me découvrir, à travers les radios privées sénégalaises. C’est pour cette raison que je multiplie mes tournées dans cette zone, de faire une bonne promotion de mon futur album.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous envisagez de faire un duo avec Baba Maal ? 

Thiédel Mbaye : Oui, nous l’envisageons ! Pour mon prochain album, je tiens vraiment à ce qu’il y participe. Il m’a promis qu’il va chanter un morceau avec moi.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes une femme. Est-il facile pour vous d’être un chef d’orchestre ? 

Thiédel Mbaye : Oui ! C’est très, très difficile ! En ce qui me concerne, je demeure toujours avec les membres fondateurs de mon groupe. Mon orchestre est composé de musiciens stables et j’en suis très fière. Mes musiciens n’ont aucun problème et ils me comprennent et me soutiennent. Je n’ai pas de musiciens nouveaux dans mon groupe. Je n’ai pas un problème de musicien. Je n’ai pas un problème pour assurer mon rôle de chef d’orchestre. Nous sommes des musiciens qui s’estiment beaucoup.

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes aussi mère de famille et on sait que vous voyagez beaucoup. Avez-vous l’esprit tranquille lorsque vous laissez votre famille derrière vous ? 

Thiédel Mbaye : C’est un peu difficile pour chaque mère de famille d’être obligée de se séparer de ses enfants surtout lorsqu’ils sont peu âgés. Ma fille benjamine est née en 2000. J’ai une grande famille (machaa allah !) mais j’ai de petits-fils qui vont à l’école. Certainement, mon absence leur manque beaucoup. Mais c’est un choix. Je dois le respecter.

 

Le Rénovateur Quotidien : Sur scène, vous êtes bien maquillée et raffinée. Mais à la maison, comme je vous ai  retrouvée (elle était habillée en sœur musulmane), vous êtes très simple. Pourquoi cette ambivalence dans l’accoutrement ? 

Thiédel Mbaye : Je défends une culture un peu compliquée. Je suis griotte d’origine. Je suis en train de promouvoir la culture griotte. Donc, l’artiste se voit à travers son comportement et son accoutrement. A la maison ou en ville, je porte tout ce que je veux mais sur scène, c’est un pari. Là, je dois porter des habits respectables. A cause de la population, de mon public, à travers aussi la musique que je suis en train de défendre. Je suis obligée de porter des habits présentables.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous estimez que vous avez un rôle à jouer dans le rayonnement de la culture griotte ? 

Thiédel Mbaye : Certainement ! Car c’est mon appartenance à la culture griotte qui m’a poussé à faire de la musique. Je suis griotte d’origine, de père et de mère, d’une grande famille griotte très respectée. Peut être à long terme, je pourrai changer d’accoutrement parce que la musique est un peu curieuse. Plus tu tends vers le professionnalisme, plus le public demande autre chose.

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique exige maintenant beaucoup de professionnalisme. Avez-vous pensé à vous professionnaliser, à rentrer réellement dans le milieu du showbiz ? 

Thiédel Mbaye : Effectivement ! Parce que c’est la seule issue qui peut permettre à un artiste aujourd’hui de se faire découvrir et de se faire connaître davantage. Au début, tu ne peux pas être un professionnel. Tu es obligé d’être un amateur mais à un moment donné, il faut que tu te professionnalises en ayant un manager, un groupe structuré si tu tiens vraiment à faire une carrière musicale. Cela est impératif !

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment pouvez-vous nous expliquez le fait que vous soyez une artiste un peu effacée de la scène musicale ? 

Thiédel Mbaye : C’est curieux ! J’ai mes soirées. Parfois, quand on m’invite, je viens. Mais je suis une femme un peu réservée. Je crois qu’il faut travailler d’abord et ensuite pouvoir faire des choses grandioses. J’étais très fréquente sur la scène musicale mauritanienne. Je faisais des soirées gratuites. Je suis très impliquée dans la sensibilisation de certaines campagnes comme la lutte contre le sida, l’analphabétisme…A un moment donné, je me suis retirée. Mais actuellement, je suis en train de faire un nouveau répertoire, de revoir ma musique et de la parfaire surtout.

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous fait les bancs ? 

Thiédel Mbaye : Oui ! J’ai fait les bancs jusqu’en terminale. Et je suis comptable de profession. J’ai travaillé pendant 4 ans au ministère du développement rural.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous travaillez toujours là-bas ? 

Thiédel Mbaye : Non, non ! J’ai choisi la musique. J’ai abandonné depuis 5 ou 6 ans. Je ne vis que de ma musique et en plus je voyage beaucoup.

 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous devez être riche ? 

Thiédel Mbaye : Je ne suis pas riche. C’est une passion. Aucun artiste mauritanien, comme je l’ai dit tantôt, ne vit de son art. Mais seulement, c’est un choix et je suis prête à tout pour uniquement faire carrière dans la musique. Ce n’est pas que j’en profite comme je veux mais je sais que je laisserai une trace qui sera peut être suivie par mes enfants. Je ne vois que la musique. J’ai toute ma famille qui réside à Paris. Mes frères et mes sœurs vivent en France et ont la nationalité française. Donc, je n’ai pas un problème de nécessité.

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de la nouvelle génération de chanteuses qui est en train de vous bousculer ? 

Thiédel Mbaye : La musique, ce n’est pas une course ! La musique, il faut d’abord la connaître, chercher à la connaître et avoir du temps pour ça ! Mais dès que tu commences à chantonner, tu crois que tu es au niveau, non ! Elles n’ont qu’à être très gentilles, revoir leurs textes et surtout essayer de tendre vers le professionnalisme.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez de la musique traditionnelle. Actuellement, on constate qu’elle est mélangée à toutes les sauces. N’avez-vous pas peur qu’elle ne disparaisse ? 

Thiédel Mbaye : Je fais de la musique tradimoderne mais je tiens beaucoup à la musique traditionnelle. C’est vrai qu’elle a tendance à disparaître. Personnellement, j’ai fait beaucoup de recherches au niveau de mes grands-mères pour mieux connaître cette musique. C’est une musique que je maîtrise parfaitement. Mais j’ai peur que cette génération ou les générations futures n’y comprennent rien du tout ! Ils ont tendance à jouer du mbalax alors qu’il faut d’abord connaître et maîtriser la musique traditionnelle. A partir, tu peux faire des mixages autant que tu voudras.

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment expliquez-vous le fait que la musique mauritanienne devienne de plus en plus influencée par d’autres styles musicaux comme le mbalax ? 

Thiédel Mbaye : C’est vraiment dommage ! La Mauritanie est un pays diversifié. C’est un pays qui est culturellement riche. Mais c’est malheureux que ça ne soit pas exploité. Les gens, dès qu’ils entendent un certain sénégalais ou un malien faire de la musique, ils croient que c’est la meilleure musique. Alors que la musique mauritanienne, je ne trouve pas mieux que ça. Il faut vraiment que les gens promeuvent cette musique en lui donnant sa juste valeur. Les artistes mauritaniens sont vraiment influencés aujourd’hui par des musiques étrangères.

 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez un message à faire passer à l’endroit des autorités culturelles de ce pays, que leur diriez-vous ? 

Thiédel Mbaye : C’est d’avoir un conservatoire pour conserver la musique traditionnelle qui est une partie de notre vie. C’est une partie aussi du développement parce que l’artiste peut bien participer au développement d’un pays mais qu’à travers ses œuvres. Le Ministère de la Culture et de la Communication doit fournir beaucoup d’efforts pour aider les artistes.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

( 16 avril, 2008 )

Clôture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades

Tinariwen et Sékouba Bambino ont mis le feu au stade du Ksar 

 

Tout est bien qui finit bien. Eh ! Oui, la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott qui a réuni durant 5 jours plus de 300 artistes venus d’Europe, d’Orient et d’Afrique, a pris fin ce vendredi 11 avril, avec les prestations époustouflantes de Tinariwen et de Sékouba Bambino respectivement, pour ceux qui ne le connaissent pas, originaires du Mali et de la Guinée Conakry. Malgré une folle semaine marquée par des accrochages nourris entre les forces de l’ordre et des groupes extrémistes dans la ville de Nouakchott, le Festival a finalement triomphé du terrorisme en résistant à la peur.

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Pour le dernier jour du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, personne ne voulait se le faire raconter le lendemain. Déjà, à 20 heures, avant le début du spectacle, les populations riveraines du Ksar ont pris d’assaut le stade. La première partie du concert fut assuré par Tinariwen. Originaire de l’Adar des Ifoghas, ce groupe malien représente les ‘Ishoumar’, jeunes touaregs ne connaissant que le travail précaire et l’exil.  Musique contemporaine touarègue aux guitares électriques blues et aux chants caractéristiques, leur place tient autant à leur poids politique qu’à leur histoire de rebelle. Ils sont devenus de véritables représentants d’une culture à cheval entre l’Orient et l’Afrique Noire sur les scènes internationales. Leur musique, assouf, qui signifie la solitude, la nostalgie, fait la synthèse entre le blues, le rock, la musique traditionnelle touarègue et la musique arabe. Venus se produire pour la première fois en Mauritanie, les musiciens de Tinariwen ont laissé une bonne impression au public mauritanien. Car, dès leur entrée, sur scène, ce sont des salves d’applaudissement qui accueillirent leurs sons de tam-tam. Bien enrubannés, portant des boubous blancs, ils ont offert de leur mieux au public mauritanien. Accompagnés de deux superbes nanas pareilles à des nymphes et vêtues, elles aussi, en voile pourpre, les musiciens de Tinariwen ont égayé le public sur des sons berçant. A chaque début de morceau qu’entamait le groupe, il y avait les cris de joie qui accompagnaient la musique. Le public se reconnaissant dans cette musique que jouait Tinariwen très proche de la musique traditionnelle maure en demandait toujours. Captivante, la musique de Tinariwen vous transporte dans le temps, dans le désert, dans les viscères de la nuit. Ce Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott fut l’occasion pour ce groupe de se faire découvrir en Mauritanie où vit aussi une importante communauté touarègue. A travers leur musique, ils essaient de véhiculer un message de paix entre toutes les communautés. A travers leur accoutrement très particulier, ils revalorisent la culture touarègue très peu connue en Afrique.   

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C’est sous un froid de glace et dans un stade plein à craquer que les jembé et les tam-tam annoncèrent l’arrivée de Sékouba Bambino. Durant presque deux tours d’horloge, il a tenu en haleine le public. Une chose est sûre : les absents ont eu tort et les présents ne le regretteront certainement pas  de s’être déplacés. Les sons de la musique mandingue furent ressuscités ce vendredi 11 avril. Sapristi ! Même le diable a eu chaud ! Item, les dizaines de centaine de personnes. Voire très chaud. Très forte et envoûtante, la musique de Sékouba Bambino n’a pas laissé personne sur le carreau. La batterie, les sons de jembé, de tam-tam et de balafon ont fait exploser l’applaudimètre ! La Guinée était bien là, celle qui sait vibrer les cœurs. Enflammé, Sékouba Bambino ne cessait de chantonner : ‘Mauritanie ! Mauritanie ! Mauritanie !’. L’Afrique était bien là. Les ‘Woooh’ ne cessaient de fuser partout à chaque fois qu’il prononçait la Mauritanie, le Mali, la Guinée, le Sénégal, la Cote d’Ivoire ou le Maroc. Changeant de tempo musical comme ils voulaient, les musiciens de Sékouba Bambino ont bien chauffé le stade du Ksar. Tellement qu’il voulait donner tout le meilleur de lui, que Sékouba a senti la nécessité d’enlever l’un de ses boubous qui commençait à l’importuner. A la suite d’une partie de notes musicales rythmées, endiablées et bien servies, était venu le temps des ballades. Et lorsque Sékouba Bambino prend sa guitare, il faut s’attendre à une partie de plaisir. Rien que des notes douces pour vous bercer comme un marmot d’un an. Sékouba Bambino a bien montré que lorsqu’une musique est bien faite et suave, elle peut être dansée par tout le monde malgré la langue dans laquelle elle est chantée. Eh ! Oui, tout le monde a dansé, chanté, approuvé et applaudi. Surtout lorsqu’il a entonné son mythique morceau ‘Apollo Soumamba’. C’était vraiment le summum ! Que dire de l’entrée sur scène de Ousmane Gangué qui distribua généreusement sans sourciller des billets de 1000 et 2000 UM à Sékouba Bambino ! Le public n’en revenait pas. Ousmane Gangué, content, s’est permis, lui aussi, de balancer dans les airs, son boubou. Ce fut merveilleux. Les ‘Bambino argaye’(en français, viens) que ce dernier chantonnait ont ébloui plus d’un. Ce que la politique n’a  pu faire, la musique l’a fait c’est à dire réunir les cœurs et dire que les frontières sont virtuelles. De leur première rencontre sur scène, ce fut grandiose. Qui disait ou pensait que les mauritaniens ne savent pas danser  la salsa ? Tenez-vous bien, ils en ont montré de tous les pas de danse. Eh ! Oui, parfois même mieux que les Cubains, les inventeurs de la salsa. Détrompez-vous : les mauritaniennes savent aussi décaler. Qu’est-ce que vous croyez ? Il fallait les voir faire le tournesol et vibrer leurs popotins. Hum ! En tout cas pas mal ! Même les mauresses savent gigoter le couper-décaler. Cette fois-ci made in Mauritania. Sékouba Bambino est reparti comme il est venu. Et la directrice du Festival International des Musiques Nomades, à la fin de la prestation de Sékouba Bambino, Khady Mint Cheikhna n’a pas dissimulé toute sa satisfaction. «Je suis contente que ce festival soit déroulé dans de bonnes conditions. On a eu droit à toutes les musiques et la population, visiblement, est comblée parce que ce soir, la ville a une âme. Nous avons, à travers cette manifestation, une rencontre et un rapprochement des hommes. Lorsque les hommes se rapprochent, la paix s’instaure. Je  demande l’indulgence pour les imperfections parce que toute œuvre humaine est par essence insuffisante et comporte des lacunes. Mais en tout cas, je voudrai exprimer toute ma satisfaction envers les partenaires qui nous ont soutenus durant tout ce festival. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr                copiedebambino2.jpg 

 

 

 

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