• Accueil
  • > Recherche : ousmane gangue
( 6 avril, 2008 )

Khady Mint Cheikhna, directrice du Festival International des Musiques Nomades

«Le Festival International des Musiques Nomades est l’occasion de montrer que nous sommes une terre de convivialité, d’hospitalité et d’ouverture » 

                                                            khady.jpg

A quelques heures de l’ouverture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades à Nouakchott par Ousmane Gangué et le Kodé Pinal, la directrice dudit festival Khady Mint Cheikhna nous a accordé une interview exclusive dans laquelle elle a laissé entendre que ce festival pourrait servir de vitrine à la culture mauritanienne dans les prochaines années à venir.  

Le Rénovateur Quotidien : Les grands noms de la musique mauritanienne comme Malouma, Tahara Mint Hembara, Dimi, Tiédel Mbaye entre autres ne participeront pas à ce festival. Expliquez-nous un peu ? 

Khady Mint Cheikhna : Certains grands artistes auraient pu participer mais en raison de leur indisponibilité, ils n’ont pas pu le faire. Nous avons fait une programmation artistique qui a été faite sur la base de critères objectifs. Parmi lesquels, on peut citer la disponibilité des artistes mais surtout de donner l’opportunité à des talents émergents et enfin de donner des chances à ceux qui n’ont jamais pu participer aux précédentes éditions du Festival International des Musiques Nomades. Si certains artistes n’ont pas pu participer, c’est en fonction de ces critères-là que je viens d’énumérer. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qu’un rappeur comme Didier Awadi vient faire dans un festival international consacré aux musiques nomades ? 

Khady Mint Cheikhna : La musique nomade est tout à fait convertible à la musique moderne. On peut la valoriser et pour nous, la musique nomade ne doit pas rester en retrait. Elle doit communiquer avec le monde et accompagner l’évolution artistique du monde entier. Elle peut trouver sa place dans le circuit des marchés internationaux. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les concerts dans les moughataas mettent en valeur plus les artistes mauritaniens que la programmation du Ksar qui met l’accent sur la musique internationale. Est-ce un choix délibéré ? 

Khady Mint Cheikhna : Nous avons un public très varié. Une frange de la population opte pour la musique traditionnelle. Nous avons des jeunes qui sont imprégnés et de plus en plus acquis à la musique moderne. Pour cette raison, nous avons essayé de donner satisfaction à tout notre public et à toute notre population dans toutes ses composantes et goûts aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Organiser un festival de cette dimension demande beaucoup d’argent. D’ailleurs, est-ce que son financement a posé problèmes ? 

Khady Mint Cheikhna : Bien entendu que c’est difficile de trouver de l’argent pour ce genre de manifestation ! C’est encore beaucoup plus difficile chez nous parce que les hommes d’affaires ne sont pas encore complètement acquis à l’idée que la musique et la culture de manière générale peuvent générer des fonds. Cependant, nous avons eu des partenaires mauritaniens et étrangers comme la coopération française, espagnole et allemande. Mais l’argent, le sponsoring ou le financement d’un Festival pose  toujours problème parce qu’il est toujours perçu comme une perte sèche ou une simple contribution sans retour financier. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Vous qui êtes la directrice de ce festival, la réussite de cette 4ième édition, à votre avis,  dépendra de quoi exactement ? 

Khady Mint Cheikhna : La réussite dépendra de l’adhésion et de l’intégration de la population à cet événement mais surtout de la nécessité d’organiser régulièrement une manifestation culturelle de cette dimension ; si la population comprend qu’elle a besoin d’une manifestation culturelle, de son propre festival comme le Mali, le Niger, le Sénégal qui ont leurs propres festivals. Le festival international des musiques nomades, c’est un rendez-vous, un échange culturel et une occasion d’identifier de nouveaux talents mais aussi l’occasion de montrer que nous sommes une terre de convivialité, d’hospitalité et d’ouverture. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En quelque sorte essayer de vendre l’image de la Mauritanie ? 

Khady Mint Cheikhna : Bien sûr ! L’un des objectifs majeurs est de valoriser l’image de marque de la Mauritanie et de la montrer dans toutes ses facettes culturelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de l’ouverture de la 4ième édition du Festival International de Musique Nomade, est-ce que tout est fin prêt ? Y’a-t-il eu des couacs de dernière minute ? 

Khady Mint Cheikhna : On ne peut jamais dire que la réussite d’une manifestation comme le Festival International des Musiques Nomades est acquis d’avance. Quoiqu’on dise, il y a toujours des imperfections. Toutefois, toute l’équipe du festival n’a épargné  aucun effort pour que l’organisation soit la meilleure possible. Et je dis bien ‘possible’ puisque le risque zéro n’existe pas. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour l’ouverture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades, vous avez porté votre choix sur Ousmane Gangué. Qu’est-ce qui a dicté le choix sur lui ? 

Khady Mint Cheikhna : Parqu’Ousmane Gangué est l’un des artistes modernes en Mauritanie qui commence véritablement  à faire son ascension musicale. C’est un artiste qui a beaucoup de courage et qui travaille très bien. Nous voulons d’abord le faire découvrir et l’aider afin qu’il puisse occuper une place dans le circuit des marchés internationaux et dans le showbiz. 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique comme outil de développement économique, vous y croyez ? 

Khady Mint Cheikhna : Tout à fait ! Je pense que la culture est un moyen extraordinaire de génération de fonds. La culture : si elle est bien organisée et sponsorisée peut rapporter des fonds énormes et peut être un axe de développement économique. 

 

Propos recueillis par : 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

( 24 mars, 2008 )

Philippe Debrion, directeur du centre culturel français Antoine de Saint-Exupery de Nouakchott

« On n’est pas le lieu de la diffusion de la culture mauritanienne. On est un lieu de dialogue et d’échanges sur différents types de perception culturelle » 

Quel intellectuel  du pays issu de l’école française n’a fréquenté le centre culturel français de Nouakchott ? Un coin autrefois favori du mauritanien : qu’il soit artiste ou intellectuel ! Sa seule évocation éveille bien de souvenirs pour certains qui y ont presque passé leur jeunesse en bouquinant, en regardant des films… L’importance du centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry n’est plus à démontrer. Au fil des années on a comme l’impression que ce centre a perdu  tout son prestige d’antan. Mais qu’en est-il réellement ? Eléments de réponse dans cette interview suivante de Philippe Debrion, directeur du centre culturel français Antoine de Saint-Exupery de Nouakchott.

————Propos recuillis par Babacar Baye Ndiaye

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsqu’on vous a affecté à Nouakchott, comment avez-vous réagi ? 

Philippe Debrion : J’étais plutôt content. C’est un pays un peu différent de l’Afrique Noire. Il y a un mélange de différentes  cultures et une diversité assez intéressante. Mon affectation, je l’ai plutôt pris comme quelque chose de très positif. 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait à peine plus de six mois que vous êtes là, comment trouvez-vous la Mauritanie ? 

Philippe Debrion : Le pays, je ne le connais pas assez bien ! J’ai été une fois à Chinguetti et une fois à Rosso. C’est tout ce que j’ai fait. Je sais quand on sort de Nouakchott, on a une vision complètement différente du pays. C’est cette vision qu’il faudrait bien garder. Moi, j’aime beaucoup le désert. Je trouve que c’est beau : il y a de beaux paysages, de belles dunes. On ne peut qu’être sensible et ému à la beauté de ce désert. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis votre arrivée, vous tardez à annoncer les couleurs. Les programmes, dit-on, sont vides comme des coquilles voire qu’ils  ne sont pas alléchants. Certains affirment même qu’ils sont nuls. Que répondez-vous à tout cela ? 

Philippe Debrion : (Un peu surpris) C’est vide ? Je suis un peu étonné par vos propos parce qu’on a beaucoup de monde : on vient de passer Habib Koité (4 mars dernier, NDLR) et la salle était pleine. Les concerts forum, il y a beaucoup de monde qui vient. Au cinéma aussi, on a beaucoup de public. La programmation est grosso modo la même. On a rajouté de nouvelles manifestations qui n’existaient pas auparavant et puis on est en train de préparer d’autres manifestations. Non, il est toujours aussi complet ! 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous êtes venu avec un nouveau programme ou bien c’est le même programme concocté par votre prédécesseur qui continue toujours ? 

Philippe Debrion : Non, il y a une certaine continuité ! On a gardé les concerts forum et les concerts cafétéria. J’ai mis en place avec Lamine Kane ‘tous sur scène’ qui a un succès. Il y a les cours de théâtre qui ont repris idem les cours de danse qui vont reprendre. Nous allons collaborer avec ‘Mauridanse’. Il y a des ateliers qui se mettent en place avec les écoles : on est en train de développer un projet autour du livre et de la lecture. 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes mauritaniens de manière générale souffrent d’un manque criard d’appui de la part des autorités culturelles. A votre niveau,  avez-vous  des projets ambitieux pour les soutenir ? 

Philippe Debrion : On a un projet qu’on est en train de monter avec ‘Monza’. C’est un festival hip-hop qui va avoir lieu au mois de mai prochain avec une programmation nationale et internationale. On est en train de monter avec les griots mauritaniens des opérations de musique beaucoup plus traditionnelles. Ce sera l’occasion de créer des lieux de rencontre et d’échanges culturels entre les musiciens traditionnels et modernes. Il ne faudrait pas que la musique moderne fasse disparaître la musique traditionnelle. 

Le Rénovateur Quotidien : Y’ a-t-il  des artistes qui viennent vous soumettre des projets et que si ces derniers peuvent donner des résultats satisfaisants vous les appuyez ? 

Philippe Debrion : Mais bien sûr ! Après, il y a un niveau de qualité. S’ils n’ont pas une qualité sur scène qu’on espérait, il faudrait qu’ils travaillent davantage. C’est une longue étape pour arriver au professionnalisme ou avoir un niveau musical qui soit de bonne qualité. On offre la possibilité à un artiste qui n’a pas de compacts Disc, de cassettes, de pouvoir se présenter sur le forum. Pour ceux qui ont de l’expérience, on a la possibilité de faire un concert cafétéria. Pour ceux qui sont dans une mécanique beaucoup plus professionnelle voire en phase de le devenir, on peut envisager de les faire entrer en salle. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment se passent les élections au niveau des choix sur les artistes ? On affirme et même qu’il y a des discriminations et du favoritisme. 

Philippe Debrion : (Il observe un silence) Moi de mon coté, je n’ai pas le sentiment qu’on favorise ou défavorise certains. Tous ceux qui sont artistes disent qu’ils sont bons. Il y a des étapes, il faut les passer. Certains artistes voient dans le passage au CCF comme étant un aboutissement. On ne peut pas non plus prendre le même groupe tout le temps. On essaie aussi de ne pas blesser les susceptibilités. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que c’est vous qui allez à la recherche des artistes où c’est l’inverse ? 

Philippe Debrion : C’est une conjonction des deux. Il y a des gens qui ont suffisamment de renommée et de talent : donc, il faut aller les chercher. Il y a d’autres aussi qui sont très solliciteurs mais qui n’ont pas nécessairement le talent des premiers. Le concert forum par exemple est une occasion pour les artistes de se frotter à la scène. Il ne faudrait pas oublier que nous sommes un centre culturel. Culture ne veut pas dire artistique. Ce n’est pas non plus seulement  un lieu de diffusion de la musique.  On est aussi un lieu de travail, d’études, de recherche et de lecture. On essaie de donner aux artistes mauritaniens une visibilité à un moment donné. On essaie de faire passer aussi des connaissances à travers des expositions scientifiques ou littéraires. On a une forte diversité dans nos activités. Il est aussi intéressant pour les artistes mauritaniens de découvrir ce qui passe dans la sous-région. On n’est pas le lieu de la diffusion de la culture mauritanienne. On est un lieu de dialogue et d’échanges sur différents types de perception culturelle. 

Le Rénovateur Quotidien : Toujours dans le cadre des échanges culturels, avez-vous une politique qui permet d’envoyer par exemple des artistes mauritaniens en France ? 

Philippe Debrion : On n’est pas non plus le lieu pour envoyer des artistes à l’étranger. (…)Il y a des pays où les artistes mauritaniens ne sont pas connus: donc, il faut s’imposer et être meilleur ou avoir une qualité de musique qu’on ne trouve pas ailleurs. Une musique assez novatrice et en même temps d’un très bon niveau dans son exécution. ! Quand vous voyez les artistes africains capables d’aller en Occident, aux Etats Unis d’Amérique  ou ailleurs, vous vous rendez compte qu’il y en a pas beaucoup. En Mauritanie, vous avez de la chance. Vous avez Malouma qui est une artiste internationale. Ousmane Gangué qui commence à prendre un peu d’ampleur. Il faut bien comprendre que les CCF ne peuvent pas être le lieu de diffusion de la musique locale à l’étranger si déjà l’artiste lui-même n’arrive pas à s’imposer dans les pays limitrophes. 

Le Rénovateur Quotidien : Je reviens encore à la programmation. On a constaté qu’il y a trop de jazz. C’est seulement dans ce mois de mars qu’on n’a pas eu de jazz. Allez-vous procéder à une programmation plus locale ? 

Philippe Debrion : Pour le jazz, on va reprendre au mois de mai. On va faire un coup d’arrêt. On a d’autres priorités : on essaie de faire venir une troupe de danse, les frères Guissé du Sénégal et Ablaye Cissoko qui fait du jazz avec de la Kora… 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué aussi que les pièces de théâtre manquent énormément. Avez-vous pensé à équilibrer un peu la programmation ? 

Philippe Debrion : Effectivement ! D’ailleurs, on fera venir un groupe de théâtre de la Guinée Conakry. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il est facile de faire venir des stars internationales comme Habib Koité et comment cela se passe concrètement ? 

Philippe Debrion : Il y a une coordination régionale gérée par un ami qui se trouve à Dakar. C’est plusieurs CCF qui se mettent ensemble pour gérer ce type de spectacle. Parce qu’il y a des tournées, on arrive donc à avoir ces spectacles à des prix assez raisonnables. Il arrive parfois qu’on bute sur des difficultés. Par exemple, on a essayé de monter un spectacle avec DJ Awadi mais on n’a pas réussi.   

Le Rénovateur Quotidien : Au mois de février, vous nous annonciez  la venue de Claudi Siar(animateur de couleurs tropicales sur RFI, NDLR). Qu’en est-il exactement ? 

Philippe Debrion : Il semblerait qu’au mois de décembre dernier, il y a eu  quelque chose d’un peu particulier et qu’au mois de janvier, il y a eu encore un autre problème en Mauritanie(il fait allusion à l’assassinat des 4 touristes français du 24 décembre 2007 et l’attaque contre l’ambassade d’Israël du 29 janvier 2008, NDLR).  Du coup, il y a eu un conseil aux voyageurs qui a été prescrit par le Quai d’Orsay.   

Le Rénovateur Quotidien : Mais lui qu’est-ce qu’il a à voir dans tout çà ? 

Philippe Debrion : S’il y’a un problème de sécurité, automatiquement, il va y avoir des réticences à faire partir des gens à l’étranger notamment dans des pays susceptibles d’être des pays à risques. Cependant, je suis toujours en contact avec Hortense (productrice de couleurs tropicales, NDLR). Je dois la rappeler la fin du mois de mars pour refaire le point et voir quand est-ce qu’on pourrait enregistrer l’émission (à Nouakchott, NDLR). 

Le Rénovateur Quotidien : Comment percevez-vous le fait que la Mauritanie soit assimilée à un pays terroriste ? 

Philippe Debrion : Pays terroriste ? Vous allez un peu vite en besogne ! C’est vrai qu’il y a eu des incidents de parcours mais ce n’est pas vraiment le cas. Ce qui vous a choqué peut-être, c’est que ce n’était jamais arrivé. 

Le Rénovateur Quotidien : Les autorités françaises ne sont-elles pas allées trop vite en besogne comme vous dîtes lorsqu’elles ont déconseillé  ‘fortement’ à  ses ressortissants de ne pas se rendre en Mauritanie ? 

Philippe Debrion : (Il observe le silence) Ça, vous allez voir directement les autorités(rires). Ce n’est pas moi l’autorité ! Vous leur demandez à eux. Moi, je constate simplement. C’est un fait et puis les choses risquent fortement de se tasser. Je crois que les mauritaniens ne sont pas des gens agressifs ni méchants. Moi qui vis dans ce pays, je me dis que c’est un peu injuste : les mauritaniens ne méritent pas ça.   

( 10 mars, 2008 )

Allou Allassane, chanteur: »Je me suis marié deux fois à cause d’un manque de compréhension vis-à-vis de mon comportement et de mon esprit d’artiste »

 

Allou Allassane ou l’Enfant du Walo, comme il aime à s’en affabuler, vient de sortir au Sénégal et en Mauritanie, son nouvel album, «Yaag Yoon » (en substance, péripéties de la vie, ndlr) qui comprend six titres : ‘Mame’(aïeul), ‘Mi Yidima’(je t’aime), ‘Ma Dome’(Mon enfant), ‘Nabi’(Le Prophète Mohamed, PSL), ‘Walo’(son territoire natal) et ‘Unité Nationale’. On a eu droit ce jeudi 28 février à une ambiance 100% festive et mbalax comme on pouvait l’attendre de lui. Le C.C.F a vibré au rythme du mbalax made in Mauritania avec Allou Allassane. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment, vous êtes une personne qui ne respecte pas l’heure. Vous deviez être sur scène à partir de 18 heures. Vous avez fait poireauter le public pendant plus d’une heure et demi. 

Allou Allassane : Je m’en excuse auprès du public. C’était indépendant de ma volonté. Encore une fois, je m’excuse car ce n’est pas dans mes habitudes de faire attendre le public. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que faisiez-vous pendant tout ce temps-là ? 

Allou Allassane : Je me douchais…Je me préparais…Je priais… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que quelqu’un comme vous qu’on jette des fleurs en disant que vous êtes talentueux, devrait-il agir ainsi ? 

Allou Allassane : Nul n’est parfait. C’est des choses imprévisibles qui peuvent arriver à tout moment. Ce n’était pas dans mes intentions de monter sur scène avec beaucoup de retard. Les gens qui me connaissent parfaitement savent que je suis une personne qui respecte l’heure. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Sur scène, vous sautillez beaucoup. 

Allou Allassane : C’est l’émotion. J’étais danseur avant d’être chanteur. J’ai le rythme dans le sang. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous avez sorti un album mais vous êtes peu connu des mauritaniens. Qu’allez-vous faire pour vous imposer sur la scène musicale mauritanienne ? 

Allou Allassane : Qu’est-ce que vous entendez par beaucoup de gens ne me connaissent pas ? J’ai sorti mon album à Dakar. J’ai vendu 2000 cassettes. Les radios et les télévisions sénégalaises diffusent régulièrement mes chansons. Comme j’ai fait trois mois de promotion de ma cassette au Sénégal, j’ai décidé de revenir à mon pays pour promouvoir ma cassette et essayer de s’imposer sur la scène musicale mauritanienne. Découvrir la personnalité de Allou Allassane, c’est cela peut-être qui restait ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout le monde vous concède vos talents de danseur. Mais par rapport à vos textes, vous avez encore du chemin à parcourir. 

Allou Allassane : Ça, c’est la première qu’on me le dit ! Dans mon album, j’ai prouvé que je suis un chanteur engagé. C’est moi-même qui définis mes propres thèmes. J’ai chanté sur des thèmes extraordinaires allant de l’éducation à la vie en passant par la religion et la solidarité. Si vous faîtes très attention, beaucoup de chanteurs ne font que des éloges dans leurs chansons. Moi, non ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous, de manière générale, de la musique mauritanienne ? 

Allou Allassane : C’est une musique riche qui a beaucoup de potentialités mais demeure encore inexploitée dans le vrai sens du mot. Il y a des problèmes de mécènes : des supports qui doivent mettre en valeur la culture de ce pays-là. La culture joue un rôle très important dans toutes les activités qui peuvent mettre en valeur un pays partout dans le monde. On espère qu’avec la nouvelle situation du pays, il y aura peut-être des avancées dans ce domaine. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de jouer du mbalax pur et dur. Pourquoi ? 

Allou Allassane : Je ne dirai pas que je fais entièrement du mbalax pur et dur parce qu’aussi, je fais du mbalax diversifié : il y a une partie de jazz avec une coloration rythmique de toutes les couleurs musicales de la sous-région. Je joue de la musique multidimensionnelle et diversifiée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, pensez-vous que les artistes mauritaniens qui jouent du mbalax ont de l’avenir dans ce pays ? 

Allou Allassane : Ils ont de l’avenir si vraiment, ils changent de comportements c’est à dire la vraie valeur d’un artiste, c’est de croire en lui, d’avoir la foi et la détermination pour pouvoir affronter les péripéties de la vie musicale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans votre album, il y a un morceau intitulé «Mi Yidima ». Est-ce que vraiment vous croyez à l’amour ? 

Allou Allassane : Je le crois mais c’est très difficile de le vivre. L’amour est un sentiment divin  qui se trouve dans le cœur : quand tu regardes une femme ou quelque chose que tu aimes, ce n’est pas toi qui choisis le fait de l’aimer. C’est un sentiment intérieur qui donne un sentiment de reflet ou de sensation qui te permet de savoir que tu aimes quelque chose. Maintenant, reste à avoir la conscience de le suggérer, de le gérer en tant qu’amour. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous personnellement souffert de l’amour ? 

Allou Allassane : Oui, beaucoup ! Je me suis marié deux fois à cause d’un manque de compréhension vis à vis de mon comportement et de mon esprit d’artiste. Je suis un artiste sollicité donc je dois être à la disposition de tout le monde. La femme qui ne comprend pas tout cela ne peut pas vivre avec moi. Il y a toujours un problème d’incompréhension mais il existe toujours l’amour. 

 

Le Rénovateur Quotidien : D’ailleurs, êtes-vous marié ? 

Allou Allassane : Je suis encore célibataire mais je suis en train de me préparer au mariage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Revenons encore à votre album «Yaag Yoon ». Quelle est la situation actuelle des ventes ? 

Allou Allassane : Quand je l’ai fait sortir au Sénégal avec le studio 2000, j’ai produit 2000 cassettes. J’ai dupliqué encore 1000 cassettes qui ont été achetés par les walo-walo. J’ai amené à Nouakchott 500 cassettes qui ont été bien vendus. Je suis en train de préparer avec des partenaires la duplication en Compact Disc parce qu’il y a beaucoup de gens qui le demandent. J’ai pu contourner les pirateries parce que je n’ai pas vendu à Sandaga (marché à Dakar, ndlr) mais j’ai vendu mon album en faisant le porte à porte. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et ç’a marché ? 

Allou Allassane : Effectivement ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsque vous intitulez votre album, «Yaag Yoon », à quoi faites-vous allusion ? 

Allou Allassane : Je fais allusion aux moments les plus durs de ma vie. J’ai laissé ma carrière d’enseignant pour être  musicien. J’ai laissé ma famille. J’ai dû faire face à l’incompréhension de mon environnement. Personne n’avait compris ma détermination par rapport à la musique. C’est par rapport à tout l’itinéraire que j’ai fait pour me cultiver dans le domaine musical- 10 ans de musique et 15 ans de danse -, que j’ai décidé d’intituler cet album, «Yaag Yoon ». 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes mauritaniens vivent très difficilement de leur art. Qu’en pensez-vous ? 

Allou Allassane : Ils ne vivent pas de leur musique, c’est vrai. C’est un métier qui ne nourrit pas son homme en Mauritanie parce que ce n’est pas pris en considération. Il n’y a pas d’ouverture. Il n’y a pas de mécène. Vous voyez le C.C.F, c’est une opportunité pour un artiste quel que soit ce qu’on lui paie, de montrer ses talents. Avec les médias et les mécènes, on croit qu’on va nous appuyer pour développer la musique en Mauritanie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que représente le Walo pour vous ? 

Allou Allassane : Il représente beaucoup de choses pour moi parce que c’est un créneau de développement que les gens ignorent. Le Walo représente notre pétrole, notre richesse et nous devons s’unir pour son développement. Nous avons une terre fertile et les eaux du fleuve. Ce qui reste à faire c’est d’amener du matériel agricole et investir dans notre sous-sol. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous serez le premier à y retourner si toutes ces conditions sont réunies ? 

Allou Allassane : Le premier clip que j’ai introduit à la télé, c’est Walo. C’est pour montrer la diversité culturelle et l’idée que j’ai du développement de cette contrée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez chanté dans votre album le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Pourquoi ? 

Allou Allassane : Non, je ne l’ai pas chanté. J’ai fait allusion au peuple qui a élu un Président qui s’appelle tel. Qu’attend maintenant ce peuple ? 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous du Président ? 

Allou Allassane : Je pense qu’il a des idées novatrices qui peuvent permettre à une démocratie, à un développement. Mais est-ce que cette donnée politique est comprise par les éléments politiques de l’époque. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous semblez avoir beaucoup de confiance  en lui ? 

Allou Allassane : J’ai une confiance en lui parce qu’il y a un petit changement qui commence à naître. Vous voyez la liberté de ton qu’il y a dans la presse. Aujourd’hui, les gens s’expriment comme ils veulent.  Lorsque tu entends quelqu’un dire ses pensées, c’est parce qu’il y a une liberté d’expression. Voilà l’espoir que nous avons reste maintenant à s’occuper du peuple, aux gens qui ont faim, qui sont malades, aux sans-abri, à la santé, à l’éducation… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez aussi chanté l’unité nationale. Est-ce à dire que cela vous tient à cœur ? 

Allou Allassane : Je voulais devenir le Président non pas de la Mauritanie mais de l’Afrique pour définir notre politique de développement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous pensez qu’il en manque ? 

Allou Allassane : Bien sûr ! Nous avons les compétences et le savoir mais ça traîne dans la cohésion des idées. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous estimez que les artistes ont un rôle très important  à jouer dans cette unité nationale ? 

Allou Allassane : Parfaitement ! Et si nos politiques et notre gouvernement ont compris cela, ils doivent investir dans la culture en pensant à nous parce que nous jouons un rôle très important dans l’unité de ce pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, lorsque Ousmane Gangué chantait, vous aviez des larmes aux yeux. Etes-vous émotif à ce point-là ? 

Allou Allassane : C’est l’émotion. Il a fait des éloges sur ma personne. Nous, les Africains, nous aimons cela et malheureusement, cela commence à disparaître dans nos traditions. Nous avons tendance à oublier nos traditions du fait de l’influence occidentale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est la première fois qu’un chanteur mauritanien utilise le concept «la Mauritanie qui gagne ». Est-ce que vous y croyez réellement ? 

Allou Allassane : C’est pour cela, je l’ai chanté. Je ne chante pas ce que je ne ressens pas. Je suis un musicien engagé et cultivé. Un musicien qui a rampé, qui a souffert et qui comprend qu’il y a un peuple derrière moi qui demande à ce que je transmette  leurs doléances. Je me considère en quelque sorte leur porte-parole. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 6 décembre, 2007 )

Journée Mondiale de Lutte contre le Sida

 

 Casser le mythe qui entoure le VIH/Sida 

 

A l’instar de la communauté internationale, la Mauritanie a célébré la Journée Mondiale de Lutte contre le Sida, une pandémie qui fait des ravages dans le monde. Cette journée organisée à l’hôtel Mercure par l’Association des Jeunes pour la Lutte contre les Maladies(IST, VIH/Sida, paludisme, tuberculose, diarrhées) a vu la participation de plus de 120 jeunes de moins de 30 ans, des représentants de la société civile, des leaders religieux. 

Aujourd’hui, en effet, le VIH/Sida n’est plus un secret de polichinelle et touche presque la moitié des populations africaines. De quoi susciter des frissons puisque le VIH/Sida n’épargne personne ! «En 2006, 39 millions de personnes vivaient avec le VIH/Sida qui est la principale cause de mortalité en Afrique subsaharienne où se trouve presque 64% de personnes vivant avec le VIH/Sida, a rappelé Lô Abderrahmane, Président de l’AJLM ». 

Les chiffres révélés par l’Organisation Mondiale de la Santé dans ses différents rapports prouvent que cette pandémie des temps modernes doit mobiliser davantage d’effort de la part de tout le monde. Des chiffres qui effarent et donnent la chair de poule illustrent parfaitement cette nécessité. «2 millions d’entre elles(les personnes vivant avec le VIH/Sida, ndlr) sont des enfants âgés de moins de 15 ans, révèle le Président de l’AJLM. Ainsi sur 10 enfants âgés de moins de 15 ans qui vivent avec le VIH/Sida, neuf vivent en Afrique subsaharienne. On estime à 2,7 millions le nombre de personnes récemment infectées dans la région et à 2 millions celui des adultes et des décédés après avoir contracté le sida ». 

Contrairement à d’autres pays de la sous-région où le taux de prévalence est très important, la situation épidémiologique de notre pays n’est pas pour le moment trop inquiétant. Mais pour réussir à freiner l’élan de cette pandémie, il est urgent de mettre en place des stratégies de lutte contre le sida, des stratégies qui demandent beaucoup d’efforts et d’énergie du fait de sa complexité. «En Mauritanie, le taux de prévalence adulte entre 15 à 19 ans serait un peu moins de 1% rencarde le Président de l’AJLM. Ce taux relativement faible ne doit pas nous empêcher d’agir». 

Pour réussir à casser le mythe qui entoure le VIH/Sida, il faut le «détaboutiser» autrement dit en parler ouvertement comme toutes les autres maladies telles que  le paludisme qui tue chaque 30 secondes une personne. Depuis 2004, date de sa création, l’AJLM s’est fortement impliquée dans la lutte contre le sida qui demeure encore dans notre pays un tabou culturel et religieux en associant des hommes religieux et des représentants de la société civile dans leur campagne de sensibilisation. «Il y a beaucoup de jeunes qui connaissent bien le sida, comment il se transmet et comment l’éviter. Le problème maintenant, c’est d’inciter les jeunes à aller faire le test de dépistage parce qu’ils hésitent encore à faire ce test» a déploré Lô Abderrahmane. «Le Sida existe en Mauritanie et cela ne doit pas être un problème tabou, soutient Cheikh Ahmed, directeur de la Nouvelle Maison des Jeunes. Il y a des centres de dépistage, des centres d’information. Il est tant de reconnaître qu’il est dans nos foyers. Cette journée du 1er décembre ne doit pas être seulement l’apanage des ONGs mais aussi celui de tous les mauritaniens». 

Cette journée de lutte contre le sida s’est terminée sur de belles notes musicales de Ousmane Gangué venu apporter sa contribution non seulement en tant que membre de l’AJLM mais en tant que concerné par le VIH/Sida.

Témoignage de Fatimata Baal, séropositive 

«Ne croyez pas que vous êtes à l’abri du VIH/Sida si vous ne faîtes pas attention!» 

«C’est la deuxième fois que je m’adresse à des jeunes de votre âge, que je fais un témoignage devant mon fils, mon enfant qui a tenu à m’accompagner. Lui, aussi, se sent touché, engagé, investi et aimerait lutter contre le VIH/Sida. S’il est là aujourd’hui, c’est pour vous dire que le sida est une réalité en Mauritanie. Nous ne savons pas d’où il vient et comment il est arrivé dans notre pays. Mais aujourd’hui, il est là, il est mauritanien. Il n y a pas de famille épargnée par ce virus : des hommes, des femmes et des enfants sont concernés. Des enfants naissent avec le VIH/Sida en Mauritanie. Il ne faut pas surtout croire, comme le disent certains, que c’est la maladie des célibataires, des prostituées. Non, c’est la maladie de tout le monde ! Si mon fils est aujourd’hui ici, c’est pour vous dire que des mamans et papas sont concernés aussi par le sida. Cela veut dire que vous aussi, vous êtes concerné par le sida. Et s’il(le VIH/Sida, ndlr) a réussi à tenir tête jusqu’à ce jour, c’est parce qu’il y a eu la peur qui l’a accompagné, c’est parce qu’il y a eu des silences qui l’ont encouragé partout dans le monde. Cette peur et ce silence, aujourd’hui, personnellement, je pense que c’est vous la jeunesse qui arriverez à bout de cela, c’est vous qui arrivez à mettre fin à cela(…). C’est pour vous dire que nous comptons beaucoup sur vous, les jeunes. Je suis infirmière. J’ai eu à voyager beaucoup. J’ai fait l’Europe et une partie de l’Afrique. Je connaissais les modes de transmission du VIH/Sida mais je pensais que je n’étais pas concerné par le VIH/Sida. Parce que comme beaucoup, je croyais que cela ne me concernait pas, que ce n’était que la maladie réservée à une certaine catégorie sociale, à des personnes que surtout nous, nous discriminons et stigmatisons jusqu’au jour où j’ai découvert en 2000 que je vivais avec le VIH/Sida. Ça a complètement détruit ma vie. Je suis restée des années sans travailler. Des années malade surtout psychologiquement. Il n y avait pas que la peur ! IL n y avait pas que la honte parce que les gens lient la honte au VIH/Sida. Mais, il y avait aussi les médicaments parce que je me disais, il n y a pas de traitement. Comment vais-je survivre ? Je ne pouvais jamais m’acheter les médicaments pour me traiter ! Je ne pourrai pas regarder mon fils pour lui dire que je vis avec le VIH/Sida ! Et je ne pourrai jamais dire aux gens que je vis avec le VIH/Sida parce qu’ils vont porter un doigt accusateur sur mon fils ! Pendant des années, je l’ai caché à ma famille jusqu’au jour où j’ai commencé à fréquenter des personnes vivant avec le VIH/Sida à Nouakchott parce qu’un centre de traitement venait d’être ouvert, parce que certaines de ces personnes, je les ai rencontrées à Dakar. Je me suis rendue compte d’une chose : que moi aussi, j’étais coupable du silence ! Que moi aussi, j’étais coupable de crime ! Qu’en me taisant, le VIH/Sida allait avancer , avoir plus de force, allait toucher plus de maman, détruire plus de famille ! Alors, j’ai décidé de briser le silence. J’ai commencé à briser le cœur de mon fils en lui apprenant que je vivais que le VIH/Sida. J’ai commencé à m’engager officiellement au niveau du Secrétariat Exécutif National de Lutte contre le Sida financé par la Banque Mondiale et l’Etat Mauritanien qui offre le traitement gratuitement à toute personne vivant avec le VIH/Sida, qui offre aussi un accompagnement psychosocial même si encore ce n’est pas l’idéal comme on l’aurait souhaité, c’est beaucoup mieux par rapport à d’autres pays où il n y a même pas de traitement. Aujourd’hui, il n’est pas normal dans notre pays qu’il y ait une personne qui n’ait pas entendu parler du VIH/Sida, qui ne connaît pas les modes de transmission du VIH/Sida, qui ne sait pas qu’il y a un traitement gratuit et qu’une mère qui vit avec le VIH/Sida et qui n’est pas en charge à 99%  a des risques de transmettre le VIH/Sida à son enfant dès sa naissance. Je pense que cela est important et cela doit être dit(…). Rien n’explique le rejet qui est lié au VIH/Sida. Il atteint des papas et mamans responsables et respectables. Il atteint des cadres, il atteint des jeunes de 15 ans, de 20 ans, des filles, des garçons. J’en ai vu qui sont tous désespérés. Ne croyez pas que vous êtes à l’abri du VIH/Sida si vous ne faîtes pas attention ! Faire attention c’est quoi ? C’est connaître la prévention tout d’abord. L’abstinence, c’est la première garantie. La fidélité du couple s’ils sont séronégatifs bien sûr. Mais pour cela, il faut se faire dépister pour savoir qu’on ne vit pas avec le VIH/Sida. Lorsqu’on parle de sexe, il y a le préservatif. Il y a le tabou lié à cela. Il y a l’Islam. Les gens ne veulent pas parler de préservatif. Moi, j’en parle parce que je m’adresse à vous les jeunes. Je m’adresse à mes enfants. Je ne vois que mes filles et mes fils. J’ai décidé d’en parler un jour et je me suis dit qu’il ne faut pas attendre que mon fils attrape cette «salauperie» pour lui dire «il fallait porter des préservatifs». Le plus important, n’oubliez pas qu’il y a des personnes qui vivent avec le VIH/Sida et que ce sont des mères de famille et des pères de famille qui sont en détresse morale surtout parce qu’ils ont peur. Ils ont peur de vous, de votre regard, de votre jugement. Ils ont peur pour leurs enfants pour qu’ils soient indexés demain et qu’il y a une responsabilité que vous devez assumer. Il y a un devoir d’accompagnement que vous devez à personnes là.» 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

   

  

( 4 octobre, 2007 )

Mohamed Camara, Président de l’Association des Groupes de Musiciens Mauritaniens: »Les choses doivent changer »

Le Rénovateur : Pourquoi avez-vous décidé de mettre en place l’Association des Groupes Musiciens de Mauritanie ?

Mohamed Camara : Cette idée est venue à partir d’un constat. Nous avions remarqué que les artistes mauritaniens étaient éparpillés. Nous sommes donc dits qu’il serait intéressant de créer une structure regroupant l’ensemble des groupes musiciens et musiciens de Mauritanie. C’est ainsi que nous avons tenu une assemblée générale à l’issue de laquelle nous avons créé cette association pour promouvoir et donner une forte impulsion à la musique mauritanienne au-delà de nos frontières.

Le Rénovateur : A votre avis, pensez-vous que les artistes mauritaniens étaient dispersés ?

M.C : Effectivement. Mais actuellement, avec cette association, les artistes se retrouvent, s’entraident et à tout moment, on peut faire appel à un instrumentiste ou un musicien dans les manifestations culturelles. Les artistes ont compris qu’il faut qu’il y ait une unité, que les gens se regroupent dans une association.

Le Rénovateur : Et depuis quand cette association existe-t-elle ?

M.C : Elle a été crée le 15 juillet 2005. Certes, nous sommes tout à fait une structure encore jeune mais nous sommes une structure très dynamique.

Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez réussi à réaliser depuis cette date de création de l’association ?

M.C : A vrai dire, nous avons réalisé beaucoup de choses. Par exemple, nous avons aidé des artistes à participer à certaines manifestations en dehors de notre pays. Nous avons aussi aidé certains artistes à sortir leur album comme par exemple Diam Min Tekky, Maodo Almamy etc. par ailleurs, le ministère de la Culture a reconnu notre association et a eu à travailler avec elle. Ça c’est un privilège. Ce qui est plus remarquable, c’est que nous avons pu obtenir des cartes professionnelles dûment signées par le ministère de tutelle. Il y a beaucoup d’artistes qui n’ont pas eu cette chance là.

Le Rénovateur : Vous êtes le Président de l’AGMM. Certainement, vous serez à l’aise pour nous dire comment se porte présentement la musique mauritanienne ?

M.C : Elle se porte très bien. La preuve, nous représentons notre pays à l’extérieur. Nous avons des vedettes qui s’expriment ailleurs au nom de la Mauritanie. C’est un pas déjà. Auparavant, il n y avait pas cela. Tout musicien que vous interpellerez, il pourra vous dire que tout se passe très bien.

Le Rénovateur : Quels sont ces vedettes qui représentent la musique mauritanienne à l’extérieur ?

M.C : Je peux vous citer Malouma qui est très bien connue, Dimi, Ousmane Gangué, Hamady Gawdel, Tiédel Mbaye, Hawa Diméré qui est notre maman et j’en passe…

Le Rénovateur : Tantôt, vous avez cité Ousmane Gangué et pourtant, il est presque établi au Sénégal ?

M.C : Vous savez le cas de Ousmane Gangué est un cas assez particulier. Les artistes sont libres aussi de s’établir là où ils veulent. Il s’est trouvé qu’il est à l’aise au Sénégal et peut être qu’il trouve ce qu’il veut là bas. Mais néanmoins, il sait que c’est ici son berceau, ses origines. Un musicien mauritanien quand il quitte ici et part au Sénégal, il est bien apprécié. On se demande même où il a appris la musique. Les gens s’étonnent parfois de la manière dont les artistes mauritaniens jouent ou chantent. Et pourtant, nous n’avons pas des écoles de musique.

Le Rénovateur : Que dites-vous du manque de structures musicales en Mauritanie ?

M.C : Effectivement, il y a un manque de structures criard dans notre pays. C’est une réalité. Auparavant, les autorités n’accordaient aucune importance à la musique, aux musiciens, aux structures de musique. Actuellement, vu l’évolution des choses, de la démocratie qui s’installe, les autorités ont conscience de cela.

Le Rénovateur : Depuis que vous avez créé cette AGMM, est-ce que véritablement les choses ont véritablement ont changé ?

M.C : Franchement oui. On a réussi à instaurer cette solidarité entre les musiciens, cette entraide qui existe entre eux. Avant, il n y avait pas ça. Il a fallu qu’on crée cette association pour que les choses commencent à bouger.

Le Rénovateur : Vous êtes à la tête de l’AGMM, est-ce à dire que vous êtes payé ou bien vous exercé cette fonction bénévolement ?

M.C : Moi, je suis là pour aider. Je ne suis pas payé et je n’attends rien des artistes. Vous pouvez demander aux artistes, ils me connaissent tous. Je veux uniquement les aider, que ça marche pour notre pays, pour les musiciens principalement.

Le Rénovateur : Qui finance(ent) votre association ?

 

 M.C : C’est nous-mêmes. Et jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de subventions de la part du ministère de la Culture. C’est aussi par l’intermédiaire des amis, des hommes de bonne volonté, des contacts personnels que je parvienne à débloquer certaines situations pour mener à bien notre action. Mais beaucoup de gens croient que quand on crée une structure c’est parce qu’il y a des millions. Non, il faut travailler pour mériter ces millions.

Le Rénovateur : Souvent, on reproche au ministère de la Culture, leur absence de volonté ou d’appui derrière les artistes. Qu’est-ce que vous en pensez ?

M.C : Effectivement, dans le temps, il y avait ça. Mais actuellement, je crois que les choses ont changé, devraient changer et doivent changer. Récemment, les autorités du ministère de la Culture nous ont reçus et elles sont prêtes à travailler avec nous et à nous soutenir financièrement et matériellement. Auparavant, le ministère ne donnait aucun crédit à cette structure. Elles savent que c’est la seule structure qui regroupe l’ensemble des artistes mauritaniens.

Le Rénovateur : Quand vous devez tenir des réunions, il y a souvent des absences ou des retards. Qu’est-ce que vous comptez faire pour pallier à tout cela ?

M.C : Je prends régulièrement des sanctions à l’égard des artistes. C’est eux-mêmes qui l’ont exigé. Ils ont estimé s’il y a des retardataires, il ne faudrait pas revenir sur l’ordre du jour. En plus, si les gens ne viennent pas à l’heure, il faut qu’ils paient une certaine caution de 1000 UM. Vous savez aussi bien que moi pour soustraire à un artiste 1000 UM c’est tout un tas de problèmes.

Le Rénovateur : Et où ira tout cet argent ?

M.C : Il ira dans l’administration de l’association. Vous savez, l’administration, elle est dispendieuse. Il y a les déplacements, les frais, etc. Quand on veut créer une chose, il faut qu’il y ait une assise. S’il n y pas d’assise, il n y a pas de structure, c’est du leurre. Je n’aime pas ça. Je veux travailler. Je veux prouver que nous sommes là. C’est notre pays, il faut que nous prouvions que nous sommes là. Nos musiciens sont là, il faut qu’ils prouvent qu’ils sont là eux aussi.

Babacar Baye Ndiaye

12
« Page Précédente
|