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( 26 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons » Jean Renoir 

Croyez-vous que le peuple mauritanien n’en a pas ras-le-bol de cette crise ! Croyez-vous aussi qu’il ne se demande pas quand est-ce qu’on va y sortir. Pensez-vous enfin qu’il n’éprouve pas une peur viscérale par rapport à ce qu’il entend chaque jour que Dieu fait. On en a tellement entendu parler que finalement on ne sait plus quel camp a tort ou raison. A qui se fier ! Tout ce que l’un propose, l’autre le refuse et vice versa. Et jusqu’à quand ? 

Ceux qui soutiennent le Haut Conseil d’Etat ne veulent pas entendre du retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Du côté du Front National pour la Défense de la Démocratie, on réclame le départ sans conditionnalité de Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir en rétablissant l’ordre constitutionnel.  

En attendant que la classe politique mauritanienne- y compris le Haut Conseil d’Etat- trouve, dans l’urgence et très rapidement, une solution consensuelle à cette présente crise née du coup d’Etat du 6 août 2008, il faudra faire avec Mohamed Ould Abdel Aziz, se résigner à son unilatéralisme, s’habituer à ses discours populistes et ses talk-show, ruminer son impatience… 

Même les sanctions américaines ou autres tentatives de destabilisation (au sein de ceux qui le soutiennent) ne le feront pas fléchir. Il ne sera pas facile, pour le Front National pour la Défense de la Démocratie ou la Communauté Internationale, de le tirer par le bout du nez ou de le traîner dans la boue. Il l’a démontré durant deux mois qu’il a passés à la tête de l’Etat et du pays. Malgré les intimidations, brandies çà et là, il garde toujours son sang-froid en montrant qu’une éventuelle mise à l’écart de la Mauritanie sur le banc international ne l’ébranlerait guère. 

Excusez du peu mon intention de déconcerter : le Front National pour la Défense de la Démocratie est en train de poursuivre lamentablement une cause perdue d’avance. Les responsables de ce front manquent d’audace. Ils ont raté l’occasion de tordre le cou de Mohamed Ould Abdel Aziz le 5 Octobre dernier. Ils savent mieux que quiconque, à eux seuls, ils ne peuvent rien faire contre Mohamed Ould Abdel Aziz. Même si ce dernier a commis, certes, des erreurs impardonnables. Aussi ne sont-ils pas obligés de se tourner vers la communauté internationale pour qu’elle fasse le travail à leur place. Ils comptent sur cette Europe-là capable de vendre son âme à n’importe quel prix pourvu que son intérêt soit cautionné. 

Ce qui intrigue le Front National pour la Défense de la Démocratie, ce n’est pas le fait que Abdel Aziz ne veuille pas rétablir l’ordre constitutionnel encore moins libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ou qu’il assure cette période de transition. Ce qui l’intrigue : c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz veuille demeurer au pouvoir ou se présenter à une éventuelle élection présidentielle.  

Fort de sa position de maître du bord, notre général semble se gausser de ses irréductibles adversaires qui voudraient obtenir de lui la caution qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle de 2009- ce qu’il n’a pas encore promis laissant les supputations les plus démentielles aller bon train, surtout après sa visite à l’hôpital national et à « El Haye Essaken », que certains ont analysé à tort ou à raison, comme des signes de campagne pré-électorale. Ce dont on est sûr, c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz va fermer cette page transitoire qu’il a ouverte. Et les responsables du FNDD devaient plutôt chercher d’abord à libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi que de chercher à demander le départ de Aziz qui n’est pas prêt à se décharger de sa fonction de Président du Haut Conseil d’Etat. 

Il sait que le peuple mauritanien raffole de discours dans lesquels on prône le redressement de l’économie, du pays, la répartition équitable des richesses entre les citoyens, la lutte contre l’esclavage, la consolidation de l’unité nationale…Il sait aussi que les occidentaux aiment entendre des discours dans lesquels on prône la lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine, le respect des droits de l’homme, la bonne gouvernance et patati patata.  

Depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Ould Abdel Aziz n’a exhibé aucun signe de disposition et de bonne volonté de rétablir l’ordre constitutionnel  ou de réhabiliter, ce qu’il ne veut pas entendre lui et ses partisans, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, dans ses fonctions de Président de la République. Aussi le moment ne serait-il pas venu pour lui de tenter de dialoguer avec le Front National pour la Défense de la Démocratie.  

Est-on en train de vivre les pires convulsions de notre histoire politique et sociale ? Après la confiscation du pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu par la majorité des mauritaniens et la restriction des libertés civiles et politiques, Mohamed Ould Abdel Aziz veut franchir un nouveau palier : s’imposer convaincu qu’il est investi par le destin de lutter contre le terrorisme et d’assurer à
la Mauritanie et au peuple mauritanien leur développement économique et social.  

Cette manière de gouverner, nous en avons beaucoup souffert, pendant un quart de siècle. Mohamed Ould Abdel Aziz a réussi, on ne sait comment, à mettre sous son joug l’armée, la police, la garde nationale et la gendarmerie. La semaine dernière, le général a consacré une réunion de travail, nous dit-on avec le Ministre de
la Défense et les principaux chefs de l’armée nationale. 

Depuis 48 ans, le discours politique est resté le même. Le Président de la République plagie son prédécesseur, utilise le même protocole, fait du réchauffé, essaie de parler comme lui. C’est un des avatars de nos hommes politiques qui manquent de style, de nature et d’originalité. Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas dérogé à cette règle. Pire encore, il reproduit les mêmes méthodes qui l’ont poussé à kidnapper Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Mais, certains dérapages se paient cash. Cela est immanquable !  

La bataille de l’opinion a assez duré entre le Front National pour la Défense de la Démocratie et les nouvelles autorités de ce pays. Il est temps maintenant d’observer une trêve et de permettre à chaque partie de souffler ! Les possibilités de sortir de cette crise existent. C’est à notre classe politique et au HCE de les trouver.

Par Babacar Baye Ndiaye

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