( 6 mars, 2011 )

Goûter au profit des enfants déshérités du centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary d’Arafat [Reportage Photos]

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A Arafat, dans le quartier de Meçid El Nourou, en retrait de la route qui mène vers le cimetière de Nouakchott, derrière un îlot de maisons, se dresse une institution: le Centre feu Moulaye Ould Boukhary de l’Ong Ensemble contre la pauvreté et l’enfance déshéritée. Lorsqu’on pénètre à l’intérieur de cette institution, on est vite bluffé par le cadre et l’environnement. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary, financé par le Japon, dispose d’un réfectoire, d’un dortoir, d’une cuisine, d’une administration, d’une salle de formation, d’une bibliothèque où séjournent régulièrement des élèves du quartier, d’une salle de consultations gratuitement assurée par le radiologue Brahim Ntaghry, un des membres fondateurs de l’institution. 

Voilà 6 ans que cet institut, au nom de l’enfance déshéritée, a été créé par des cadres mauritaniens issus de diverses catégories socioprofessionnelles. Aussitôt, le projet est vite lancé. Les bénévoles se bousculent à la porte et l’institution peut se permettre d’accueillir sans arrêt des enfants déshérités. 

L’expérience est vite couronnée de succès. Coup sur coup, le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary reçoit le prix de la FAO pour la nutrition des enfants déshérités en 2OO7 et un autre décerné par la Croix Rouge Italienne à la même année. Au même moment, l’institution reçoit des visiteurs de haute marque comme des ministres de la République, le vice-ministre des affaires étrangères de la République d’Italie. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary vit aujourd’hui une période très difficile. Et, malgré le peu de moyens dont dispose cette institution, elle continue tout de même à accueillir des enfants déshérités notamment d’Arafat. 

Le président fondateur de cet institut, Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi, s’est engagé depuis quelques temps, dans une course contre la montre pour donner une nouvelle impulsion au Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary qui n’assure plus à ses pensionnaires un repas par jour depuis l’arrêt du projet de nutrition « Orphelins Enfants vulnérables » piloté par le ministère de la Santé. 

Et, aujourd’hui, le défi majeur de l’administration de cette institution qui a pour ambassadeurs de bonne volonté Raghab Alama du Liban et Ousmane Gangué, c’est exactement de pouvoir assurer une prise en charge nutritionnelle aux enfants. 

Ce 2 mars 2011, vers les coups de dix huit heures, le centre est plongé dans une ambiance devenue presqu’inhabituelle. « De temps en temps, on offre des goûters aux enfants », explique Mohamed El Khamess Abdallahi, son président fondateur. Et chaque goûter semble redonner de la vie, de l’harmonie à son institution. 

Ces goûters sont souvent offerts par des personnes de bonne volonté comme à l’image d’Elisabeth Rodach du Lions Club International qui est venue spécialement offrir un goûter aux enfants déshérités du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary doté également d’une mahadraa où étudient les enfants et une mosquée. 

« Vous avez beaucoup de chance de vivre dans ce quartier où vous avez des mamans qui sont à votre disposition, qui vous éduquent et vous donnent du confort. On essaiera de faire le maximum pour trouver et vous offrir davantage de goûters comme celui d’aujourd’hui », déclare Elisabeth Rodach qui a promis d’assister le centre pour le confort des enfants. 

Le centre compte cinq bénévoles dont deux enseignants qui dispensent, à l’après-midi, des cours de rattrapage en français et en arabe aux enfants assuré par Lalla Coulibaly (la mamie des enfants) et Mohamed Salem Ould Aly. 

Dans ce centre qui accueille entre 5O et 8O enfants, on y trouve des orphelins et des enfants issus de foyers extrêmement pauvres. Chaque jour, après les classes, à l’après-midi, ils viennent plancher dans cet institut dont ils sont devenus si familiers.   

« Des requêtes sont en cours pour assurer au moins un repas par jour aux enfants », indique Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi. Malgré qu’il soit débordé, le centre continue à accueillir des enfants déshérités et principalement des enfants orphelins qui ont entre 1 et 10 ans, telle cette fille de 5 ans qui a perdu ses parents et qui traîne avec elle son petit frère âgé d’un an. « Il y’a des cas qu’on ne peut pas refuser et on est obligés de les accueillir », explique-t-il. 

La nuit est tombée depuis une dizaine de minutes et déjà le centre commence à se désemplir petit à petit. Les enfants sont partis rejoindre leurs foyers ainsi que les mères de famille qui bénéficient des services du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary sauf le permanent du centre, Housseynou Ahmed et la gouvernante. 

« Dans un contexte marqué par de fortes disparités sociales et par la persistance de la prévalence de la pauvreté, je suis sûr que tout appui généreux à l’enfance orpheline, frange vulnérable de la population, sera d’un précieux concours pour préserver les acquis et développer de nouvelles activités », glisse, avant de prendre congé, le président du centre et par ailleurs médaillé d’or en tir à la cible à Kampala. 

Aujourd’hui, le centre qui éprouve le besoin d’être soutenu est confronté à une série de contraintes dont principalement l’absence de ressources financières suffisantes pour une prise en charge  conséquente de ses charges et du nécessaire développement de nouvelles activités. 

L’Ong envisage d’ailleurs d’organiser, au mois de mars courant, une soirée de gala avec l’artiste Ousmane Gangué. Puis, un grand concert où des artistes du Mali et du Sénégal seront invités. Les fonds récoltés seront destinés à la réhabilitation du centre Moulaye Ahmed Ould Boukhary et à la nutrition des enfants déshérités. 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 5 septembre, 2010 )

MAMADOU SARR, secrétaire exécutif du FONADH à propos des réfugiés au Mali

« S’il y a retard dans leur retour, c’est essentiellement au niveau du gouvernement mauritanien qui doit prendre des mesures diligentes »sarrfonadh.jpg

Deux ans après le début des opérations de rapatriement des réfugiés mauritaniens vivant au Sénégal, celles concernant les réfugiés au Mali tardent à être démarrées. Du coup, on s’interroge déjà si leur retour aura lieu ou pas.

Parce que, jusqu’à présent, le gouvernement mauritanien n’a pas encore engagé des démarches diplomatiques visant à entamer le processus de rapatriement des réfugiés mauritaniens établis sur le territoire malien. Et aux yeux de Mamadou Sarr qui est le secrétaire exécutif du FONADH, l’Etat mauritanien doit prendre des mesures diligentes afin que nos compatriotes qui sont au Mali puissent rentrer et retrouver leurs droits dans le cadre d’un retour organisé.

Le Rénovateur Quotidien : Les opérations de rapatriement des réfugiés du Mali ne sont pas encore à l’ordre du jour. Qu’est-ce qui explique cette lenteur ?

Mamadou Sarr : Effectivement, au sujet des réfugiés qui sont restés au Mali, rien encore n’a été décidé. Il y a eu déjà un recensement qui a été fait. Mais, tant qu’il n’y a pas un accord triparti entre la Mauritanie, le Mali et le HCR, ces compatriotes ne peuvent pas revenir dans leur pays.

Toutefois, nous continuons à poser le problème pour que, réellement, le traitement qui a été donné aux réfugiés qui étaient au Sénégal, le soit avec ceux qui sont au Mali. C’est regrettable de constater que jusqu’à présent, rien n’a été fait par rapport à leur retour. Les réfugiés qui sont au Mali sont au nombre 15.000 et beaucoup d’entre eux veulent rentrer.

Le Rénovateur Quotidien : A quel niveau, la situation traine-t-elle ? Au niveau du gouvernement mauritanien ? Du HCR ? Ou du gouvernement malien ?

Mamadou Sarr : Elle traine au niveau du gouvernement mauritanien. Dans ce genre de problèmes, c’est le gouvernement mauritanien qui devrait mener les démarches nécessaires. Le HCR, c’est une institution des Nations Unies qui ne peut rien décider par rapport à cette question.

C’est le gouvernement, comme il l’a fait au niveau du Sénégal, qui devrait inciter à trouver une solution dans la mesure où toutes les autorités reconnaissent que ce problème a existé, que la déportation en 1989 a bien eu lieu dans des conditions que tout le monde connait.

Aujourd’hui, le premier pas qui a été fait au niveau du Sénégal devrait l’être au niveau du Mali. S’il y a retard dans leur retour, c’est essentiellement au niveau du gouvernement mauritanien qui doit prendre des mesures diligentes afin que nos compatriotes au Mali puissent retrouver leurs droits dans le cadre d’un retour organisé.

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on comprendre par là que le régime de Mohamed Ould Mohamed Ould Abdel Aziz est moins engagé que celui de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi par rapport à cette question ?

Mamadou Sarr : Ce qu’il faut comprendre, c’est que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a fait un grand pas en reconnaissant, de manière officielle, ce qui s’est passé durant les années de braise. Il faut reconnaitre cela et qu’en plus, il y a eu un processus qui a été commencé avec lui en 2008 pendant qu’il était Président de
la République.

Il a lancé le premier jalon. Mais en outre, il faut reconnaitre qu’avec l’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz, les choses ont continué. A ce niveau, je pense que chacun a joué son rôle par rapport à cette question. Si après le coup d’Etat du 6 août 2008, il y avait eu arrêt du processus, c’est ce qui allait être dommageable.

Aujourd’hui, 19.000 de nos compatriotes qui étaient au Sénégal sont rentrés. On peut dire qu’il y a eu un effort par rapport à cela. Même s’il y a des insuffisances, on peut dire que le processus de retour, une fois amorcé, a continué.

Le Rénovateur Quotidien : Depuis le 31 décembre 2009, les opérations de rapatriement assisté du HCR ont pris fin. Le fait que cette institution se retire vous rassure-t-il par rapport aux opérations de rapatriement dont le chapitre semble clos ?

Mamadou Sarr : Non, le chapitre n’est pas clos ! Au niveau du HCR, il y a un processus. Le premier processus, c’était un processus assisté. Ce processus n’est pas définitivement arrêté. Seulement, il fallait que la commission tripartite se réunisse pour voir et éventuellement analyser la situation.

Mais, à ce niveau, jusqu’à présent, la commission ne s’est pas encore réunie. Donc, le processus en tant que tel n’est pas arrêté. Il est arrêté par rapport à la première approche. Nous pensons que, dans les meilleurs délais, la commission tripartite va se réunir.

Et d’autres processus vont être enclenchés. Tant que cette commission ne s’est pas encore réunie, on ne peut pas enclencher un autre processus. Aujourd’hui, ce qui est sûr, c’est qu’il y a une forte demande de la part de ceux qui sont restés au Sénégal notamment dans les grandes villes. On dénombre parmi eux des fonctionnaires qui veulent rentrer.

Le Rénovateur Quotidien : Au sujet de l’intégration effective de tous les fonctionnaires et agents de l’Etat qui ont été illégalement radiés de la fonction publique, la manière dont elle est gérée par le pouvoir en place, vous semble-t-elle répondre à vos préoccupations et celles des victimes ?

Mamadou Sarr : L’approche qui a été utilisée pour les fonctionnaires de l’Etat me parait bonne. On peut dire que c’est une commission dirigée par le directeur de la fonction publique qui a été désignée au niveau du Conseil des ministres pour essayer de piloter ce dossier.

La manière dont les recensements ont été menés nous satisfait dans la mesure où on a essayé de faire des recensements aussi bien au niveau des agents et fonctionnaires qui sont en Mauritanie et au niveau de ceux qui sont à l’extérieur. On a quand même tenu en compte toutes nos préoccupations à savoir que toutes les victimes soient recensées. Maintenant, il s’agit de savoir comment le dossier va être traité au niveau de cette commission.

Il faut savoir aussi que ce n’est pas seulement les fonctionnaires et agents de l’Etat qui sont concernés. Il y a aussi d’autres travailleurs qui ont servi au sein de certaines entreprises nationales comme la SNIM, la SOMELEC ou comme d’autres sociétés. Ces personnes n’ont pas été prises en compte. Nous espérons qu’elles seront rétablies. Au niveau de cette action, il faut qu’on tienne en compte les autres catégories qui ont été victimes comme les paysans et les éleveurs. Quel est le sort qui leur sera-t-il réservé ?

Quand on parle de réconciliation nationale, il faut prendre en considération tous les facteurs, les problèmes  et essayer de façon consensuelle à trouver des solutions. Telle est notre démarche et nous allons continuer à appuyer cela pour que vraiment toutes les victimes puissent être rétablies dans leurs droits. On peut dire qu’il y a un pas qui a été déjà fait.

On sent une volonté politique de régler cette question. Nous ne pouvons qu’apporter notre appui. L’ensemble des problèmes des déportés doit être pris dans leur globalité et nous pousserons les autorités compétentes à prendre en considération toutes leurs préoccupations en vue de créer un déclic.

Le Rénovateur Quotidien : Parmi les questions en suspens dans le cadre du règlement du passif humanitaire, il y a celle relative à l’ouverture d’une enquête indépendante afin de clarifier le sort des personnes portées disparues, d’identifier et de traduire en justice les auteurs. Croyez-vous que Mohamed Ould Abdel Aziz va oser franchir le rubicond en l’ordonnant par exemple ?

Mamadou Sarr : Quand un Président de la République reconnaît qu’il y a eu une situation, cela nous réconforte. Aujourd’hui, je crois qu’aucun mauritanien n’ignore ce qui s’est passé. La meilleure solution, c’est d’avoir le courage de poser le problème. C’est pourquoi nous disons que le passif humanitaire reste aujourd’hui un problème pendant.

Nous estimons que la meilleure approche, c’est de mettre en place une commission d’enquête indépendante qui disposera de toutes ses prérogatives pour faire la lumière de ce qui s’est passé. Les coupables doivent être jugés. Quand nous demandons qu’ils soient jugés, cela ne veut pas dire qu’on demande à ce qu’on leur coupe la main. Tel n’est pas notre objectif. Notre objectif, c’est que plus jamais, de telles choses ne se passent en Mauritanie.

Le seul moyen de le faire, c’est que les victimes sentent que les bourreaux ont été jugés. C’est notre approche et nous continuons à le faire. On a donné « quelque chose » aux veuves et ayants droits mais nous estimons que ce n’est pas suffisant, en tout cas, pour régler le problème du passif humanitaire.

Même le Président de la République doit être conscient que cela ne règle pas fondamentalement le problème parce que si tel était le cas, la question serait réglée depuis très longtemps. Pour nous, le devoir de mémoire est très important, le devoir à la vérité c’est-à-dire mener des investigations. Cette commission doit être mise en place. Mais, essayer de rester dans le flou ne réglera pas fondamentalement cette question.

C’est pour cette raison que nous insistons sur la mise en place de cette commission indépendante pour que réellement ce problème du passif humanitaire comme le problème des victimes des évènements de 1989. Par rapport à ce dernier point, on a mis en place une commission chargée de statuer sur la situation des déportés. Pourquoi ne pas avoir la même approche par rapport au passif humanitaire ?

Aujourd’hui, le seul moyen de permettre aux mauritaniens de se réconcilier, c’est de mettre en place cette commission qui va faire toute la lumière et trouver une solution idoine à ce problème.

Le Rénovateur Quotidien : Concrètement, qu’est-ce qui retarde la mise en place de cette commission d’enquête indépendante ?

Mamadou Sarr : Je n’ai pas d’informations précises là-dessus. Bientôt, nous allons demander à rencontrer le Président de la République. Je tiens à rappeler que le jour de sa démission (pour se présenter à l’élection présidentielle du 18 juillet 2009, Ndlr), il nous a reçus et nous lui avions expliqué l’ensemble de nos préoccupations par rapport au passif humanitaire, aux déportés, à l’esclavage, à l’impunité, à la corruption et surtout au problème des terres.

Cet aspect foncier pose un sérieux problème. Aujourd’hui, il est élu. Nous allons le rencontrer pour voir l’état d’avancement de ces dossiers. Il y a certains pas qui ont été accomplis au niveau de certains dossiers mais nous estimons que beaucoup de choses restent à faire. Donc, aujourd’hui, étant lu, il doit être en mesure, par rapport à nos préoccupations, de pouvoir donner des réponses. Nous pensons qu’il y va de l’avenir de la Mauritanie. Déjà, il y a une piste sur laquelle on est engagé, il faut aller jusqu’au bout.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez tantôt évoqué le problème foncier. Il semblerait que les rapatriés seraient installés sur des terres appartenant à des autochtones comme la communauté Harratine. Une telle situation ne risque-t-elle pas de dégénérer ?

Mamadou Sarr : Dans l’accord triparti, il était clair que les rapatriés doivent disposer de leurs biens mobiliers et immobiliers dont les terres agricoles. Mais, ce que nous sentons aujourd’hui, que surtout, au niveau de l’autorité locale, il n’y a pas une volonté de régler ce problème. Quelqu’un qui avait un périmètre qu’il a aménagé, s’il revient, il n’y a pas de raison qu’on ne lui remette pas ses terres.

Je donne l’exemple de Médina Salam. Un cas flagrant. La personne est venue s’installer sur son terrain, au lieu que l’autorité locale l’aide à ce qu’elle puisse reprendre ses terres, on lui crée des problèmes. D’abord, on l’arrête, le défère et ensuite on autorise quelqu’un d’autre à exploiter ses terres. C’est cela qui crée la frustration.

Des gens se sont accaparés des terres des rapatriés. Ce n’est pas normal et il faudrait qu’au plus haut niveau qu’on se penche sur cette question foncière sinon elle peut être grosse de tensions. Cela peut pousser les populations à réagir. Je vous rappelle qu’il y a eu une circulaire sortie au mois de mai 2009 par rapport à cette question. On est au mois de février et jusqu’à présent, cette question n’est pas encore réglée.

En tout état de cause, les rapatriés ne demandent qu’à être rétablis dans leurs droits. Malheureusement, malgré leur patience, il n’y a pas de répondant. C’est là où le bât blesse par rapport à cette question foncière.

Propos recueillis par

Babacar Baye NDIAYE          

( 7 décembre, 2008 )

Coup d’Etat du 6 août: Couly Man dit non et appelle Aziz à rendre le tablier

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Qui aurait pensé que nos rappeurs avaient perdu leur réputation : celle de dénoncer. Détrompez-vous ! Après «Ewlad Leblad » qui vient de chanter un morceau contre le coup d’Etat du 6 août, c’est au tour de Couly Man, par ailleurs médiateur du groupe de rap « La Rue Publik » de monter au créneau, en exigeant de Mohamed Ould Abdel Aziz de quitter le pouvoir.  S’exprimant sur la situation actuelle du pays qui se trouve divisé en pro-Sidi et pro-Aziz, il n’a pas caché ses craintes de voir la Mauritanie basculer dans une situation sociale et politique dramatique. D’où son appel à toutes les parties afin de trouver les solutions à cette crise. 

Toutefois, il a fait savoir son ras-le-bol de la permanence des coups d’Etat en Mauritanie. Et, pour lui, celui que vient de se faire, contre toute attente, après une transition démocratique citée en exemple à travers le monde notamment arabe et africain, Mohamed Ould Abdel Aziz doit sonner le glas d’une époque révolue. «On en a marre que les militaires prennent les destinées de notre pays », s’insurge-t-il.  

Pour lui, au nom de la démocratie, les militaires n’ont pas le droit de s’ingérer dans la vie politique du pays, a fortiori prétendre diriger
la Mauritanie. Cette tâche, rappelle-t-il, incombe aux hommes politiques.
 

Il estime que le coup d’Etat du 6 août 2008 n’est pas la manière appropriée de sanctionner un Président de la République qui a été élu démocratiquement par la majorité du peuple mauritanien. Il y a des voies légales par lesquelles on doit passer pour ce faire, a-t-il rappelé. 

Il est temps, a-t-il laissé entendre, qu’on cesse de plonger la Mauritanie dans des situations pareilles qui inquiètent plus qu’elles ne rassurent. Et, sur le plan médiatique, il a fustigé l’attitude des médias publics qu’il considère comme étant un excès de zèle. «A l’échelle internationale, la Mauritanie n’est plus considérée ! C’est comme si on était rayé de la carte », se désole-t-il. 

Partant de ce constat consécutif au coup d’Etat du 6 août 2008, Couly Man a appelé le général Mohamed Ould Abdel Aziz à remettre le pouvoir à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi afin qu’il termine son mandat de 5 ans et surtout afin d’épargner à la Mauritanie les foudres de la Communauté Internationale. 

Pour autant, cet appel, selon lui, ne signifie pas un soutien à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qu’il n’a pas ménagé non plus dans ses critiques. Mais, pour lui, l’essentiel est qu’on sauve la Mauritanie de l’impasse et qu’on en finisse avec les coups d’Etat. 

Il a plaidé, dans sa sortie, pour plus de liberté d’expression et de presse. Dans son réquisitoire, il n’a pas raté les parlementaires ayant soutenu le coup d’Etat du 6 août 2008. «C’est honteux », trouve-t-il. Occasion pour lui d’appeler le peuple mauritanien à les sanctionner aux prochaines élections législatives.  

Déçu par l’attitude des parlementaires ayant soutenu Abdel Aziz qui a refusé de se plier à la décision de l’institution présidentielle, Couly Man n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Pour lui, ce n’est plus le temps d’accepter de laisser les militaires mener le pays comme ils l’entendent. «Quiconque n’est pas là pour le peuple, celui-ci ne sera pas là pour lui non plus», rappelle-t-il. 

A l’avis de Couly Man, Aziz n’a aucune expérience pour diriger la Mauritanie. Son rôle, dit-il, c’est de rester dans les casernes et d’exécuter les ordres du Président de la République qui est par ailleurs chef des armées. Autant de raisons qui doivent le pousser à rendre le tablier. 

Et, comme la majorité des mauritaniens, il se pose la question suivante : quand est-ce qu’Aziz va quitter le pouvoir ou organiser des élections présidentielles ?

Par Babacar Baye Ndiaye 

( 20 novembre, 2008 )

Bassékou Kouyaté, musicien-chanteur: »C’est à nous, les Africains, de mettre en valeur nos instruments de musique traditionnelle »

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Ce virtuose du N’Goni n’est plus à présenter sur le plan international. Il joue une musique, le « Korossé Koré », très proche du blues, qui enthousiasme avec des rythmes qui ensorcellent. Il était de passage à Nouakchott où il a donné un concert au Centre Culturel de Nouakchott, ce jeudi 6 Novembre 2008. On en a profité pour lui tendre notre micro. Il n’est pas du même avis que ceux qui pensent qu’on ne peut rien faire avec nos instruments traditionnels comme nos balafons, nos tidinits, nos koras ou nos calebasses…Il est une preuve vivante que nous, les Africains, nous n’avons pas besoin des instruments occidentaux. Entretien.

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous rappeler brièvement vos débuts dans la musique en tant que professionnel ?

Bassékou Kouyaté : Mon début ? D’abord, je suis griot. Au Mali, un griot, c’est celui qui fait de la musique, qui intervient dans les conflits dans les villages, qui chante dans les mariages…Mon père, mon grand-père et mon arrière grand-père qui furent de grands griots sont passés par-là. Contrairement à eux, j’ai voulu travailler autrement. J’ai mis en place mon propre groupe de musique où on ne joue que du N’goni, un instrument traditionnel. Je me suis professionnalisé. Je pense que c’est à nous, les Africains, de mettre en valeur nos instruments de musique traditionnelle.

Le Rénovateur Quotidien : Votre musique est un mélange subtil de la musique traditionnelle malienne, de Jazz et de Blues. Est-ce un choix qu’on vous a imposé ou c’est plutôt un choix personnel ?

Bassékou Kouyaté : Le blues, je peux dire, vient de chez nous. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter, la musique qu’on joue à Ségou ou Ali Farka Touré. Le blues n’a pas été, franchement, inventé par les américains. Ce sont les esclaves noirs. Si vous partez à Ségou, en pleine campagne, et vous demandez à un griot de vous jouer « Korossé Koro », il vous le fera. Et lorsque vous lui demandez de jouer du blues, il vous demandera ce que c’est. Les américains savent mieux que quiconque que le blues vient de chez nous.

Le Rénovateur Quotidien : N’est-ce pas ce qui explique la ruée des américains musiciens notamment noirs sur Ségou pour se ressourcer ?

Bassékou Kouyaté : C’est cela en fait ! Tout le monde connaît déjà le blues. A Ségou, ce sont les griots qui ont inventé le « Korossé Koro ». Mais, ils n’ont jamais essayé de le valoriser. Si vous demandez à un vieux à Ségou depuis quand il joue cette musique, il vous dira qu’on joue cette musique depuis le règne de Bito Mamaré Coulibaly, l’empereur de Ségou, mort au 17ième siècle. Nos parents n’ont jamais pensé à valoriser cette musique hors des frontières de Ségou. Par exemple, mon père n’a jamais accepté de venir jouer à la télévision nationale ou à la radio. Par contre, mon grand-père (Ba Soumana Sissoko, très connu au Mali) a une fois voyagé sur Paris. Quand vous écoutez sa musique et celle de John Rucker, vous allez en déduire que c’est la même musique.

Le Rénovateur Quotidien : Vos parents n’ont jamais été tentés par une carrière internationale. Et, pourquoi, avez-vous décidé de vous lancer à la conquête du monde ?

Bassékou Kouyaté : Les contextes ne sont pas les mêmes. De même que les ambitions. La plupart des griots, à une époque récente, jouaient uniquement pour les rois qui entretenaient en retour leurs griots. Ces derniers n’avaient donc pas de soucis particuliers à se faire. Les griots ont toujours vécu sous la coupole des rois. C’était ainsi. Maintenant les temps ont changé. Il n’y a pas plus de rois. Les gens ont assez de problèmes pour se permettre de prendre en charge, sans bourse délier, un griot. C’est, partant de ce constat, que j’ai décidé de me lancer dans une carrière musicale professionnelle dans le but de m’imposer sur le plan international. Et Dieu merci, j’ai réussi à imposer ma musique que tout le monde apprécie. Nous avons une belle musique que nous ont légués nos anciens. C’est à nous, la nouvelle génération de griots, de valoriser cette musique sur le plan international. Le « Korossé Koro » est une musique spécifique aux griots.

Le Rénovateur Quotidien : Comment avez-vous connu Lucy Duran qui est à la fois spécialiste de la musique africaine et journaliste radio à la BBC et qui a, d’ailleurs, produit, votre premier album ?

Bassékou Kouyaté : Je la connais depuis plus d’une dizaine d’années. C’est elle qui a produit Toumani Diabaté par exemple. Elle a collaboré avec de nombreux musiciens maliens. On a un rapport de confiance. D’ailleurs, c’est elle qui doit produire mon second album qui doit sortir, en principe, au mois de décembre au Mali. Avec la participation de la maison de production de « Out Here ».

Le Rénovateur Quotidien : Votre premier album « Segu Blue » sorti en 2007 vous a propulsé sur le plan international. Peut-on l’espérer davantage de votre second album qui devra, certainement, confirmer tous vos talents de musicien ?

Bassékou Kouyaté : J’ai bien peur que le succès de mon second album ne dépasse de loin celui du premier album. Avec mon premier, je n’étais pas assez bien connu et c’était un peu difficile. Aujourd’hui, j’ai acquis une grosse expérience en voyageant et en côtoyant de grands professionnels de la musique. Mon groupe, aussi, a acquis de la maturité. Rien que pour cette année-ci, on a fait, à présent, plus de 60 concerts, à travers le monde.

Le Rénovateur Quotidien : Sur le plan international, vous avez réussi à vous creuser votre propre sillon. Cependant, en Afrique, vous avez dû mal à vous imposer. Comment pouvez-vous nous expliquer ce contraste ?

Bassékou Kouyaté : J’avoue que c’est très difficile de se faire un nom en Afrique. Au Mali, on apprécie beaucoup ma musique. Pour apprécier une musique, il faut d’abord la connaître. Le problème, en Afrique, c’est que la plupart des gens ne connaissent pas la valeur de nos instruments musicaux. C’est dû au fait aussi que je n’ai pas essayé véritablement à chercher un public en Afrique. Ce qui m’intéresse d’abord, c’est de construire d’abord ma carrière internationale.

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu à travers le monde grâce notamment à votre N’Goni qui est un instrument traditionnel. Y’a-t-il de la baraka dans cet instrument ou un esprit qui vous accompagne dans votre carrière musicale ?

Bassékou Kouyaté : (Il se tord de rires). NON ! Ce qui m’accompagne par contre, c’est mon travail. Je bosse dur et sans répit. Quand j’ai joué, un jour, à Los Angeles, avec Carlos Santana, il m’a demandé s’il y avait quelque chose dans mon instrument. C’est pour vous dire que dans la musique et dans tout autre domaine, il n’y a pas de secrets particuliers. Il faut retrousser les manches. On ne peut pas passer tout son temps à lézarder et espérer des résultats satisfaisants. Non ! Et aux jeunes griots notamment, je n’ai qu’un seul mot à leur dire : travaillez ! Et, surtout valoriser la musique griot. Nous, les Africains, nous n’avons pas besoin des instruments occidentaux. On peut créer toutes sortes de musique avec nos balafons, nos tidinits, nos koras, nos percussions, nos calebasses…On a beaucoup de choses à valoriser en Afrique. On n’est pas obligé de singer les autres. Si tous les musiciens africains avaient fait comme moi, on n’en serait pas là aujourd’hui.

Le Rénovateur Quotidien : En 2008, aux BBC Radio 3 Awards for World Music, vous avez remporté le prix du meilleur artiste africain et l’album de l’année. Comment pouvez-vous nous expliquer ce succès fou ?

Bassékou Kouyaté : Le travail ! Franchement, je n’ai pas de répit. Le succès est entre les mains. Avec le N’Goni, on peut créer n’importe quel son instrumental. C’est un instrument incroyable, un instrument complet. C’est pourquoi, j’ai toujours essayé de travailler jour et nuit pour avoir un résultat positif. On répète tout le temps, sans répit. Même si les membres de mon groupe se plaignent, je leur force la main en leur faisant savoir que la réussite est au bout de la peine. Aujourd’hui, on a fait le tour du monde. Là où je passe, on parle de moi et de mon groupe. La presse anglaise va même jusqu’à dire que nous sommes le meilleur groupe de Rock n’Roll du monde. Récemment, à Anvers, j’ai joué devant plus de 2000 personnes émerveillées d’entendre ma musique. Actuellement, je suis en train de voir comment ouvrir une école pour y enseigner cette musique. Je ne le souhaite pas de sitôt. Imaginez que je disparaisse un jour. Qui va continuer à répandre cette musique ?

Le Rénovateur Quotidien : On vous compare déjà à Ali Fraka Touré en pensant que vous êtes en train de suivre ses pas. Cela vous réjouit-il ?

Bassékou Kouyaté : Monsieur le maire de Gnafanké, monsieur le maire Ali Farka Touré, qu’il repose en paix. J’ai travaillé avec lui. On a fait ensemble « Savana ». Je n’ai jamais eu la chance de travailler avec quelqu’un d’autre comme lui. C’est un monsieur humble et bienveillant. En Afrique, certains leaders musiciens ne soutiennent pas souvent certains talents qui veulent éclore. Tel n’était pas son cas, lui. C’est grâce à lui que j’ai pu oser m’engager dans une carrière professionnelle. C’est lui aussi qui m’a aidé à trouver un producteur et m’a présenté à de grands noms du monde de la production musicale mondiale. Je garde beaucoup de souvenirs de lui. On a tourné ensemble à travers le monde et à chaque fois, c’est moi qui assurais la première partie. Je lui dois tout.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Mensonges, populisme, démagogie…:Le Fndd sort la grosse artillerie pour accabler le HCE

Les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (Fndd) ont organisé, ce jeudi 6 Novembre 2008, un meeting à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott. A défaut d’obtenir une autorisation de manifester leur ras-le-bol en marchant dans les artères du centre ville de Nouakchott ! 

Après une accalmie de plus d’une semaine, le Front National pour la Défense de la Démocratie semble se revigorer et veut faire le plein ces jours à venir dans l’optique de discréditer les thèses du HCE qui est en train de mener, avec tambour battant et caméras à l’appui, des campagnes d’explication à l’intérieur du pays pour faire comprendre aux populations les tenants et les aboutissants du mouvement de rectification du 6 Août 2008.   

Tour à tour, au cours de ce rassemblement qui a réuni des centaines de contre-putchistes, les responsables du Fndd ont une nouvelle fois affiché leur détermination à faire partir Aziz du pouvoir. Décidemment, le Fndd n’est pas prêt à lâcher du lest.

Bâ Mamadou Alassane, président du Plej, n’y est pas allé, lui aussi, avec le dos de la cuillère. « Nous ne faisons pas confiance à la junte militaire, aux généraux putschistes. Parce qu’ils n’ont pas respecté l’engagement qu’ils avaient pris à Bruxelles », s’insurge-t-il. »Ils avaient promis de retourner à leurs casernes. Ils ont ramené la dictature dans le pays en privant les gens de liberté. Ils ont mis en prison et arbitrairement un président démocratiquement élu (Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Ndlr) « , rappelle-t-il. 

A tour de rôle, les responsables politiques du Fndd ont dénoncé les mensonges, les méthodes et le populisme utilisé par la junte militaire pour s’éterniser au pouvoir. Ils ont appelé les militaires à s’inspirer de la démocratie américaine qui vient de nous donner une leçon à méditer et pourquoi pas à imiter en Mauritanie. « Il n’y a qu’avec la démocratie et le respect des institutions qu’un pays peut avancer et qu’une société peut se développer », souligne Mohamed Ould Khoulane, vice-président de Tawassoul. « Cela devrait être aussi une leçon pour les usurpateurs qui, aujourd’hui, au 21ième siècle, veulent encore s’arroger un pouvoir de manière arbitraire par la force des armes alors que c’est une méthode qui est anachronique et que nous n’allons jamais accepter », conclut-il. 

Ladji Traoré, secrétaire général de l’Alliance Progressiste Populaire (APP), toujours en verve, a réitéré dans ses propos leur attachement au retour à l’ordre constitutionnel incarné par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « Seul le peuple a le droit d’élire ses représentants et de les changer », adresse-t-il à la junte militaire au pouvoir. »Le contexte dans lequel nous vivons aujourd’hui est un contexte d’arbitraire, de mensonges, de populisme et de démagogie », dit-il. « On ne peut pas faire croire au peuple mauritanien qu’on va transformer en 3 semaines ou 6 semaines El Haye Essaken. Non ! Ou bien, on va donner des habitats à l’ensemble des populations du 6ième. Ou bien, on va instrumentaliser l’image et le nom de l’ancien président de la Mauritanie en disant : on va lui donner enfin une avenue », ironise-t-il en assimilant cela à de la démagogie facile. 

L’humoriste du Front National pour la Défense de la Démocratie, Boïdiel Ould Homeïd, en outre vice-président du Parti Adil, a gratifié le public d’un cours magistral sur les fondements de la démocratie et les différentes péripéties qu’a connu la Mauritanie dans son processus politique. Pour lui, notre pays vit aujourd’hui une situation d’exception comparable à l’époque où la Mauritanie était caractérisé par le système du parti unique. Pour étayer ses propos, il cite les médias publics qui sont aujourd’hui entre les mains du HCE et ses laudateurs. 

Sur un ton ferme, il a dénoncé la répression qu’utilise Mohamed Ould Abdel Aziz. A ses yeux, cela est une mauvaise manière de procéder et en a profité pour appeler la junte militaire au pouvoir de s’inspirer de l’exemple de la démocratie américaine tout en demandant la libération immédiate du président déchu. « On doit laisser le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi achever son mandat. Le droit de sanctionner appartient au peuple et non aux militaires », souligne-t-il. 

Il a appelé Mohamed Ould Abdel Aziz à respecter les dispositions de la Constitution qui a prévu les conditions dans lesquelles on peut être président ou accéder au pouvoir. Dans sa conclusion, il a balayé d’un revers de la main les accusations portées par Aziz qui les reproche d’avoir fait appel à la Communauté Internationale pour régler la crise actuelle. Une infirmation pour dire que le Front National pour la Défense de la Démocratie ne fait pas les yeux doux à la Communauté Internationale. 

Pour le leader de l’Union des Forces de Progrès, Mohamed Ould Maouloud, et par ailleurs président en exercice du Fndd, avec la survenue du coup d’Etat du 6 août 2008, Mohamed Ould Abdel Aziz a ramené la Mauritanie et les mauritaniens en arrière. Ayant tiré les leçons de 2005, Ould Maouloud a fait savoir que cette fois-ci, ils ne se laisseront pas duper pour la deuxième fois par les militaires qui semblent ne pas vouloir quitter le pouvoir. 

Il est revenu sur les marchés de gré à gré qui inaugurent, selon lui, une nouvelle ère de corruption et de mauvaise gestion économique. De même que fustigé l’attitude de la majorité parlementaire qui est en train de fermer les yeux sur cet état de fait. Suffisant pour lui pour dire que le Parlement n’a pas un droit de regard sur ce que fait le HCE. 

Il a révélé aussi que l’argent destiné aux financements du Programme Spécial d’Intervention mis en place par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est en train d’être détourné à d’autres fins dans le but de distraire l’opinion publique nationale. Cela démontre, dit-il, que le HCE est en train de promouvoir la gabegie au sein de l’administration. Pire encore, toujours selon lui, le Haut Conseil d’Etat est en train de puiser dans les fonds de la SNIM pour financer ses propres activités. 

Par rapport aux nominations du HCE, il a analysé cela comme une volonté de la part de Mohamed Ould Abdel Aziz de ne pas quitter le pouvoir. Ce qui est inadmissible à ses yeux. Et sur les élections promises par les militaires, Ould Maouloud semble suspicieux et n’y accorde aucune crédibilité. Pour lui, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. « Toutes les balles ont été utilisées », lance Mohamed Ould Maouloud à l’endroit d’Aziz qui semble s’agripper sur la machine populaire après avoir essuyé, selon lui, un cuisant revers sur le plan international. D’où les campagnes d’explication à l’intérieur du pays. 

Au cours de son intervention qui a duré plus de 25 minutes, il s’est expliqué sur les raisons qui expliquent sa désapprobation du coup d’Etat du 6 août 2008 qui a été fait, à l’en croire, par des intérêts purement personnels et non par des objectifs bien clairs. 

Il n’a pas manqué de dévoiler ses appréhensions de voir la crise actuelle faire basculer la Mauritanie dans un cycle infernal dont on ne saura pas les conséquences. A ses yeux, il est temps que les militaires arrêtent leur campagne de dénigrement dirigé contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi accablé de toutes parts aujourd’hui par la junte militaire qui l’accuse d’avoir failli à sa mission. 

Sur une note d’espoir et qui pourrait constituer un signe de décrispation de la situation politique actuelle du pays, Mohamed Ould Maouloud, après avoir copieusement chargé le HCE, a laissé entendre que le Fndd pourrait participer aux prochaines journées de concertation ou Etats Généraux de la Démocratie. Sauf si, a-t-il précisé, elles ne se déroulaient pas sous la tutelle des militaires. 

Babacar Baye Ndiaye   

( 14 octobre, 2008 )

Mécontent de l’union de sa nièce avec Brahim Ould Mohamed Ould Marcou:Le comissaire Vadili Ould Naji s’y mêle en décidant de casser leur mariage!!!

Certains couples mauritaniens, notamment jeunes, continuent à souffrir de certains obstacles les empêchant de vivre pleinement leur amour du fait de leur appartenance à différentes castes ou communautés. C’est le cas du couple Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji et Brahim Ould Mohamed Ould Marcou. La première (24 ans) est issue d’une famille chérifienne et le second (28 ans) du côté de sa mère d’une tribu guerrière du nom de Oulad Agchar. Son père n’est autre que le riche homme d’affaires mauritanien, Mohamed Ould Marcou.

—————————-Par Babacar Baye Ndiaye 

Voilà à peine 5 ans qu’ils se connaissent, qu’ils sont ensemble et qu’ils s’aiment à la folie. Leur amour était connu de tout le monde excepté que les parents de la jeune fille n’ont jamais dit qu’ils étaient contre cette union. Mais, lorsque Brahim Ould Mohamed Ould Marcou est parti voir la famille de sa dulcinée pour la demander en mariage, la famille de cette dernière a catégoriquement refusé. A chaque fois qu’il réitérait sa demande de mariage, la famille parvenait toujours et pendant cinq bonnes années à trouver un alibi pour empêcher le mariage qu’elle ne voulait pas. 

Dépitée par sa situation de célibataire et vu que sa sœur venait d’être mariée, Vatimetou décide de se marier contre la volonté de ses parents. Malgré les pressantes demandes en mariage de Brahim Ould Mohamed Ould Marcou, le tuteur de la fille (Ould Naji) montre toujours sa réticence envers tout projet de mariage dont il ne veut pas entendre. 

Décidés à vivre leur amour et leur passion contre vents et marées, Brahim Ould Mohamed Marcou et Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji s’envolent à l’insu de tout le monde au Maroc pour y consommer leur mariage qu’ils attendent depuis 5 ans devant des autorités religieuses et des témoins. 

Montrant qu’elle ne veut lier son sort qu’avec celui de Brahim Ould Mohamed Ould Marcou, Vatimetou fait une procuration témoignant de sa détermination et de son engagement à vivre avec celui qu’elle aime. Après ce mariage scellé en terre marocaine où ils firent leur lune de miel, ils y vécurent pendant 4 mois. Par l’intermédiaire de proches, ils sont mis au parfum qu’ils seront appréhendés une fois de retour à Nouakchott. Cette information ne tarda pas à se confirmer. 

Car, au 5ième jour de leur arrivée à Nouakchott, les deux tourtereaux délectant leur union sont cueillis par des éléments de la force de sécurité de l’aéroport de Nouakchott sur les ordres de Vadili Ould Naji, tuteur et oncle de Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji. Vadili Ould Naji fut impliqué dans l’affaire de la drogue. C’est lui actuellement qui chapeaute la sécurité au niveau de l’aéroport de Nouakchott. Ce dernier, pour des raisons d’appartenance de castes, s’est toujours opposé au mariage de sa nièce. 

La présidente de l’Afcf, Aminétou Mint Ely Moctar, n’y est pas allée par quatre chemins pour stigmatiser l’attitude de certains de nos hommes de loi, à l’image du commissaire Ould Naji, qui ignorent tout des conventions internationales ratifiées par
la Mauritanie dans le cadre du respect et de la défense des droits de l’Homme à travers le monde. 
 

Mamadou Sarr, le secrétaire exécutif du Fonadh, venu apporter sa contribution, lui aussi, dans cette affaire, a condamné cet acte du commissaire Ould Naji visant à désunir un couple qui s’aime par l’usage de la force au grand mépris des procédures judiciaires prévues dans ce sens. «En Mauritanie, on favorise malheureusement l’impunité », regrette Mamadou Sarr. «Nous allons continuer à nous mener le combat pour que jamais de telles pratiques ne se renouvellent dans l’intérêt de notre jeunesse et de notre pays », a-t-il promis. 

Le comble dans tout cela, c’est souvent de hauts fonctionnaires (en activité ou en retraite) de l’Etat qui sont mêlés à ce genre d’histoires, les premiers qui devaient faire observer scrupuleusement l’application de la loi.  

Sarr a appelé les autorités à se ressaisir et à combattre sur tous les plans l’impunité et la corruption. Ce qui est en jeu dans cette affaire, c’est la liberté des femmes souvent objet de marchandage et de chantage. 

Cette affaire vient d’être portée entre les mains du Procureur de
la République de Nouakchott qui est un ami même du commissaire Vadili Ould Naji. Aux dernières nouvelles, le dossier est en instruction. Actuellement, le couple est toujours gardé au commissariat de Police de Tévragh-Zéina I. Cela fait 3 jours qu’il y croupisse. Et, pourtant, la loi n’autorise que 24 heures de détention dans un commissariat. 
 

En plus, les parents de Brahim Ould Mohamed Ould Marcou sont privés d’accéder au commissariat. Face à cette situation, la famille de Brahim Ould Mohamed Ould Marcou et l’Afcf ont commis d’office deux avocats pour défendre Ould Marcou qui risque d’être transféré au parquet. Ces avocats sont Yarba Ould Saleh et Ahmed Bezéid Ould Mamy.  

La présidente de l’Afcf a dénoncé le trafic d’influence qu’exerce Ould Naji dans cette affaire  en tant que commissaire et ami du Procureur de

la République. Elle a aussi demandé la libération immédiate et sans condition du couple détenu depuis 3 jours au commissariat de Tévragh-Zéina I. Et, surtout, elle a exigé que le commissaire Vadili Ould Naji soit poursuivi en justice et puni pour abus de pouvoir, trafic d’influence et d’utilisation de biens publics… 

Le Procureur de
la République de Nouakchott a été mobilisé dans cette affaire par le commissaire Ould Naji pour enfoncer Brahim Ould Mohamed Ould Marcou. Aminétou Mint Ely Moctar a demandé au commissaire Ould Naji de respecter la constitution et la loi criminalisant l’esclavage et toutes les formes de discrimination. «Ce problème est un problème de justice », a-t-elle laissé entendre. 
 

«Si, aujourd’hui, le commissaire (Ould Naji, Ndlr) veut casser ce mariage (entre Brahim Ould Mohamed Ould Marcou et Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji, Ndlr), c’est qu’il veut encourager la prostitution et la dépravation », soutient-elle tout en condamnant cette attitude de Ould Naji qu’elle juge immorale d’autant plus que sa nièce est consentante pour se marier avec Brahim Ould Mohamed Ould Marcou. «L’essentiel dans un mariage, c’est d’avoir le consentement de deux êtres humains », a rappelé la présidente de l’Afcf, Aminétou Mint Ely Moctar. 

( 28 septembre, 2008 )

Les Nouvelles du Jour

                            Candidat des militaires ?     

Depuis quelques jours, l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou déploie d’énormes efforts afin de convaincre les généraux de la pertinence d’un parrainage de la candidature de Sidi Mohamed Ould Boubacar à la prochaine présidentielle, à l’instar de ce qu’ils ont fait pour Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi lors de la présidentielle de 2007. Ould Boubacar, actuellement ambassadeur de la Mauritanie à Madrid est le sujet de louanges sans précédent, ces derniers temps à Nouakchott, de la part de Ould Bouamatou et de ses proches. Ould Bouamatou, dont les rapports avec Ely Ould Mohamed Vall se sont détériorés ces derniers temps fait tout ce qui est en son pouvoir afin de barrer la route de la présidence à l’ancien président démocratiquement élu. Ses rapports avec Ould Abdel Aziz sont, semble-t-il, au beau fixe. Il est par exemple le coordinateur d’un intense lobbying afin de faire accepter le coup d’état par les occidentaux. Rien, en revanche, ne permet de dire pour l’instant qu’il a réussi à convaincre Ould Abdel Aziz de parrainer la candidature de Ould Boubacar.

                                                  Népotisme  

Le Haut Conseil d’État (HCE) vient de nommer un nouveau consul pour la Mauritanie à Djeddah en Arabie Saoudite. Il s’agit de Eddou Ould Bebena, président de la chambre de commerce. Selon plusieurs observateurs du paysage politique, cette nomination est perçue comme une récompense de son frère, le député Mohamed Ould Bebana qui a joué un grand rôle dans la promotion du coup d’état du 6 août dernier. Une autre nomination a été accordée à un proche du député Sidi Mohamed Ould Maham en la personne de son proche Abdarahmane Ould Brahim Ould Banem, qui a remplacé Ahmed Ould Mohameden. De même, la nomination de Hamoud Ould Abdi à la tête de l’Agence Nationale de la Promotion de l’Emploi des Jeunes (Anapej) ne peut pas être isolée du rôle joué par son épouse, la députée Ghleiwé Mint Ahdhana dans l’explication et la promotion du putsch.

                                                         Rfd-Tvm 

Le 24 septembre 2008, la TVM a diffusé dans ses journaux télévisés du soir une déclaration attribuée à un groupe d’individus présentés comme étant des militants du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD). Cette diffusion par la TVM a été relayée ensuite par radio Mauritanie ainsi que par les journaux Horizon et Chaab. Face à cette mascarade, le Parti a mandaté M. Yedali Ould Cheikh, Président de la Commission Communication, pour une mise au point au sujet de l’intervention de ce groupe d’imposteurs et protester auprès des médias publics concernés contre cette opération de désinformation malveillante à l’endroit du RFD et de ses instances officielles. La Direction de Communication du Parti devait prendre contact avec la TVM pour l’organisation de la diffusion de la mise au point projetée.  

                                                Position de l’Algérie  

Le ministre des Affaires étrangères, M. Mourad Medelci, a réaffirmé jeudi que la position de l’Algérie par rapport au coup d’Etat en Mauritanie est claire. M. Medelci qui était l’invité de l’émission de la Radio internationale(Rfi), a rappelé que la position de l’Algérie a été exprimée mercredi par le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines à l’envoyé spécial mauritanien, le général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed. « La position de l’Algérie a été claire, notamment à travers le communiqué du ministère des Affaires étrangères qui est bâti sur des principes claires », a-t-il précisé. Le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, M. Abdelkader Messahel, avait « réitéré la position constante de l’Algérie qui condamne les changements de pouvoir en violation des règles constitutionnelles ». Interrogé sur la position de l’Union du Maghreb arabe (UMA) au sujet du coup d’Etat, M. Medelci a rappelé que le guide libyen, le colonel Maamar El-Gueddafi, avait « immédiatement, en sa qualité du président de l’UMA, dépêché son secrétaire général qui a pris contact avec des responsables mauritaniens et a établi son rapport ». « Je crois que l’UMA va continuer à travailler dans le sens du raffermissement du dialogue et elle est extrêmement soucieuse de la préservation de la démocratie dans le pays (Mauritanie) », a-t-il ajouté. Interrogé sur la visite d’Etat du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, le ministre a indiqué que les autorités des deux pays ont fait, au cours de cette visite, le tour d’horizon sur les relations bilatérales et examiné leur élargissement à d’autres domaines, notamment touristique et culturel. Au sujet du dossier du nucléaire iranien, M. Medelci a réitéré la position de l’Algérie qui soutient le développement nucléaire à des fins pacifiques, exprimant par ailleurs sa désapprobation quant à la politique de « deux poids deux mesures » qui fait, a-t-il dit, que « certains pays peuvent avoir des possibilités ou des degrés de liberté, alors qu’on les refuse à d’autres ». Pour le ministre, le dialogue autour du dossier, entre les pays 5+1 avec la présence d’un représentant du gouvernement américain, « est extrêmement important et constitue un élément d’espoir qu’il faut développer pour rétablir, dans les semaines qui viennent, les rapports de confiance de nouveau » afin de trouver, a-t-il dit, « une solution politique acceptable pour les différentes parties ».  

                                                        Ultimatum  

L’ultimatum fixé pour le 6 octobre prochain par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (CPS), lequel a exigé le retour à l’ordre constitutionnel en Mauritanie “par le rétablissement inconditionnel de M. Sidi Ould Cheikh Abdallahi, président de la République, dans ses fonctions”, n’a pas été du goût de Nouakchott, qui a rejeté cette injonction par la voix de députés favorables au coup d’État. En effet, ces derniers, majoritaires au Parlement, ont rejeté l’ultimatum de l’Union africaine (UA). Par la voix du député Sidi Mohamed Ould Maham, porte-parole des députés pro-putsch, il ont rétorqué : “Nous rejetons cet ultimatum parce qu’il ignore tout simplement la réalité dans le pays où les deux-tiers du Parlement, la quasi-totalité des maires élus et la majorité du peuple sont favorables au changement du 6 août.”  Ne s’arrêtant pas là, il a déclaré que ses amis sont scandalisés par cet ultimatum qui “émane d’une institution censée servir la paix en Afrique et qui s’emploie au contraire à susciter la guerre civile et attiser les contradictions dans notre pays”. Pour étayer cette position, favorable aux putschistes, il a ajouté : “Nous avons l’exemple des solutions à l’africaine, au Zimbabwe et au Kenya, on aurait pu aller dans ce sens en Mauritanie mais, apparemment, notre pays est vu comme le maillon le plus faible.”Selon lui : “Le retour de l’ex-président au pouvoir est une ligne rouge à ne pas franchir.” Sidi Mohamed Ould Maham ira jusqu’à affirmer : “L’UA et le reste du monde doivent savoir que ce projet (du retour du président déchu) serait fatal pour la Mauritanie, l’ancien président étant une partie du problème. Son retour n’est pas négociable, tout le reste par contre peut être discuté.” Il recommandera à l’UA de tenir compte de la feuille de route initiée par le Parlement et prévoyant une élection présidentielle dans 12 à 14 mois, précédée de journées de concertations ouvertes à toutes les forces politiques du pays et aux partenaires étrangers de la Mauritanie. Pour ce groupe de parlementaires, l’UA “doit reconsidérer ses injonctions et ses menaces”. Reste à savoir qu’elle sera la réaction de l’UA, qui avait à l’issue de sa réunion tenue à New York, en marge des travaux de l’Assemblée générale des Nations unies, demandé instamment “aux États membres de l’Union africaine et à la communauté internationale dans son ensemble de considérer comme illégitimes et illégales toutes les actions et initiatives des auteurs du coup d’État destinées à faire échec à la restauration de l’ordre constitutionnel”. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a déclaré “nulles et de nul effet toutes les mesures de nature constitutionnelle, institutionnelle et législative prises par les autorités militaires et découlant du coup d’État du 6 août 2008”. Jusque-là, seul le Maroc s’est solidarisé avec le nouveau régime militaire en place à Nouakchott, à travers un message de soutien du roi Mohammed VI, au général Mohamed Abdel Aziz, chef de la junte.Quant à l’Algérie, elle a réitéré récemment, par la voix d’Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, son souhait que les auteurs du coup d’État en Mauritanie “acceptent d’aller à la rencontre de la seule solution viable et juste, celle du retour à l’ordre constitutionnel”. 

                                                       Pêche 

Le commissaire européen à la pêche, Joe Borg, a déclaré vendredi que l’Union européenne avait trois semaines pour mettre en œuvre l’accord sur la pêche conclu avec la Mauritanie et qu’elle ne verserait les sommes prévues que si elle est certaine de leur bonne utilisation par la junte militaire. « Nous utilisons le temps dont nous disposons pour nous assurer que les termes du contrat concernant l’utilisation de l’argent que nous donnons à la Mauritanie seront  respectés », a-t-il annoncé. « Si nous avons la confirmation que la Mauritanie respecte les termes de l’accord, le paiement sera effectué dans les délais », a-t-il ajouté. Les ministres de la Pêche des Vingt-sept ont signé en juillet un accord aux termes duquel l’UE devait verser 86 millions d’euros à la Mauritanie avant le 31 août pour obtenir l’autorisation de pêcher dans ses eaux territoriales. 

( 25 septembre, 2008 )

Ousmane Gangué, lead vocal de « Koodé Pinal »

«La musique mauritanienne patauge. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est » 

 

A l’occasion des dix ans de musique d’Ousmane Gangué et de son Groupe «Kodé Pinal », le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser des questions relatives à sa carrière musicale, de ce qu’il pense de la situation actuelle de la musique mauritanienne et surtout de la nécessité de créer des structures propices à son développement. Et sa position par rapport au coup d’Etat du 6 août 2008. Entretien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous êtes un grand artiste dont le talent ne fait plus l’ombre d’un doute. Toutefois, on a remarqué que vous avez du mal à vous imposer et surtout à investir dans la musique ? 

 

Ousmane Gangué : Certes, je suis connu, je fais des tournées internationales. Mais, je le fais avec les moyens du bord. Si, aujourd’hui, la musique de Ousmane Gangué est arrivée à un certain niveau de notoriété, c’est grâce à ma volonté et ma propre abnégation. Sans l’aide de personne ! Si vous jetez un coup d’œil dans le microcosme musical mauritanien, quel est cet artiste qui peut se targuer de vivre dans de très conditions enviables. Comment peut-on investir dans la musique alors qu’il n’y a aucune volonté de faire bouger les vieux réflexes ? 

Les artistes vivotent. Ils commencent à se décourager parce qu’il n’y a aucune perspective qui se décline devant eux. Il ne faut pas être surpris si certains artistes comme moi prennent leurs claques et leurs cliques pour aller s’installer à l’extérieur. Rien n’a été fait pour que la musique mauritanienne puisse connaître des jours heureux. La preuve, nos prédécesseurs vivent dans des conditions lamentables. Ils n’ont pas réussi à sortir du trou la musique mauritanienne. Notre génération est en train de revivre la même situation. Quoique très difficile, je vais continuer à mener le combat afin de redresser la situation moribonde dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Ma femme est de nationalité française. Je pourrais aller avec elle et vivre en France comme tout le monde. Mais, ce ne serait pas une bonne idée. 

A mon avis, on doit rester ici et relever les défis relatifs aux problèmes structurels que rencontre la musique mauritanienne. Je préfère demeurer en Mauritanie pour relever le niveau de notre musique. Toutefois, cela demande beaucoup de sacrifices et surtout des structures qui vont épauler la démarche des artistes. Pour que je puisse investir en Mauritanie, il faudrait que j’aie des retombées d’abord au niveau de ma musique. Que la musique que je joue soit écoutée en Mauritanie. Et, surtout qu’on arrête de prendre des griots qui prétendent être des artistes pour les envoyer à de grands festivals internationaux pour y représenter la Mauritanie. Cela ne fait que retarder la musique mauritanienne! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous en connaissez, comme vous le dites, des griots qui ont été envoyés à l’extérieur pour représenter la Mauritanie ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne parle pas dans le vide ! Nous avons participé à un grand festival en France alors que nous n’avions même pas encore sorti un album. Cela a ébahi beaucoup de personnes. Nous avons réussi à faire connaître la Mauritanie à travers ce festival. Pour la petite histoire, certaines personnes confondaient la Mauritanie à l’Ile Maurice (Mauritus en Anglais). Pour lever cette équivoque, on a pris une carte pour pouvoir situer la Mauritanie. On avait filmé notre participation à ce festival. Le film, jusqu’à présent, dort dans les tiroirs de la télévision nationale.  Est-ce que cela va nous motiver ? NON ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : A qui la faute ? Le ministère de la Culture ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne peux pas porter toute la responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture. La Culture est le parent pauvre en Mauritanie. Il y en a certains qui réussissent à s’en sortir. Nous savons tous que la musique mauritanienne va mal. Et pourquoi ? Rares aujourd’hui sont les artistes mauritaniens qui peuvent décrocher des tournées internationales !

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Le Rénovateur Quotidien : Pour mieux défendre leurs intérêts, des artistes ont mis en place deux structures pour échanger des idées et voir comment ils peuvent faire pour que la musique mauritanienne connaisse des jours heureux. Qu’en pensez-vous ? 

Ousmane Gangué : Pour vous dire la vérité, ces structures n’ont aucune utilité à mes yeux. Ce n’est pas elles qui vont faire évoluer la musique mauritanienne. Il faut qu’il y ait d’abord de la stimulation et qu’on sente vraiment qu’il y a une main derrière les artistes. Cela ne demande pas grand-chose. Si par exemple, on voit un artiste qui progresse sur le plan musical, qu’on lui attribue des distinctions. Cela va pousser les autres artistes à vouloir faire mieux et à avancer de l’avant. Et je vais vous dire une autre chose par rapport à ces structures : elles sont souvent utilisées à des fins saugrenues. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En fin de compte, la musique mauritanienne n’est-elle pas à l’image du pays, raison pour laquelle elle n’arrive pas à voler de ses propres ailes ? 

 

Ousmane Gangué : Effectivement ! Cela dit, nous, les artistes, nous allons continuer à nous battre pour porter la musique mauritanienne aux quatre coins du monde. Nous comptons sur la participation de tous les mauritaniens pour changer la situation. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A part les rappeurs, les artistes mauritaniens sont timidement engagés. L’actualité de ces derniers jours reste dominé par le Coup d’Etat du 6 août 2008. Peut-on savoir ce que vous en pensez ? 

 

Ousmane Gangué : Moi, je suis apolitique ! Je ne suis pas derrière personne. Je suis avec celui qui est là pour œuvrer dans l’intérêt des populations, qui prône la justice et l’égalité. Je suis apolitique ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique mauritanienne est aussi handicapée par l’absence de médias audiovisuels privés. Cette situation vous réjouit-elle ? 

 

Ousmane Gangué : Pas du tout ! C’est un secret de polichinelle. Les médias surtout privés sont incontournables dans le rayonnement de toute musique. Nous lançons un appel aux autorités de ce pays de libéraliser le secteur audiovisuel. Cela pourrait changer la situation actuelle dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Sans cela, on sera toujours parmi ceux qui traînent. Et, cela n’est pas bien pour notre pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les médias publics jouent faiblement leur rôle dans le développement de la musique. Pour pallier à cela, les autorités avaient créé la TVM Plus pour entre autres, favoriser une certaine expression musicale. D’ailleurs, qu’en pensez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Je suis leur premier admirateur ! Malgré leurs faibles moyens, ils ont réussi à abattre un énorme travail. Si aujourd’hui, beaucoup de mauritaniens ont commencé à regarder la télé, c’est grâce à la TVM Plus. La télévision est un miroir, un reflet de la société. Les mauritaniens s’identifient à la TVM Plus parce qu’elle a su donner ce que veulent voir les mauritaniens. Si elle continue sur cette lancée, on n’aura plus besoin d’ici peu de temps de regarder les autres télévisions nationales comme la RTS. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Si on fait un feed back sur votre carrière musicale, on voit visiblement qu’ Ousmane Gangué a beaucoup évolué notamment musicalement. Ce n’est plus non plus la période des vaches maigres. La preuve, vous semblez être comblé. 

 

Ousmane Gangué : Pas encore ! La musique, comme tous les métiers, est une carrière avec des hauts et des bas. C’est vrai que nous vivons des fruits de notre musique. Mais, croyez-moi, parfois on a envie de crier : aïe ! Ce n’est pas une sinécure. Il nous arrive souvent de vouloir tout remettre en cause. Les artistes mauritaniens manquent de tout : de spectacles pour se produire, de lieux de distraction… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Parallèlement à ces problèmes structurels, les artistes mauritaniens n’ont pas un bureau qui défend leurs œuvres. 

 

Ousmane Gangué : Personnellement, je n’ai pas ce problème. Mes œuvres sont protégées par le BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur). Ce serait une bonne idée que les artistes mauritaniens puissent avoir une structure capable de protéger leurs œuvres. On nous avait promis, par les autorités, de mettre en place une telle structure. Nous attendons toujours ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Certains mauritaniens ne comprennent pas toujours pourquoi vous êtes établi au Sénégal. Qu’en est-il exactement ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne suis pas établi au Sénégal. Je travaille là-bas. Il y a des mauritaniens qui travaillent aux Etats-Unis d’Amérique. C’est pareil pour mon cas. Si j’ai du travail au Sénégal, j’y vais ! Il y a aussi une chose que j’aimerais qu’on sache. J’ai des origines sénégalaises aussi. C’est vrai que je suis un artiste mauritanien. Ce n’est pas dans mon esprit de rester uniquement en Mauritanie. NON !

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Le Rénovateur Quotidien : Vous représentez à l’image d’autres artistes comme Malouma entre autres la musique mauritanienne sur le plan international. Pensez-vous que la Mauritanie peut rivaliser avec le Mali, le Sénégal, la Cote d’Ivoire qui ont réussi à imposer leur musique hors de leurs frontières ? 

 

 

Ousmane Gangué : On est loin de là. Ces pays-là, contrairement à nous, se sont investis dans le développement de leur musique en mettant les structures qu’il faut. Ces pays-là ont favorisé leurs artistes, leurs traditions et leurs cultures. En Mauritanie, nous avons mis les charrues avant les bœufs. La preuve, les mauritaniens continuent à s’abreuver de leurs musiques. On n’investit pas sur les artistes mauritaniens. On préfère appeler un artiste étranger et lui payer plus d’un million d’ouguiyas que de prendre Ousmane Gangué. C’est là où se situe d’abord le malaise de la musique mauritanienne.   

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de la célébration de vos dix ans de carrière musicale, comment vous sentez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Free ! Dix ans de musique, ce n’est pas dix ans de carrière. On célèbre juste les dix ans de mon groupe Kodé Pinal. C’est pour montrer aux mauritaniens que nous sommes sur la scène musicale depuis dix ans. On ne se cantonnera pas uniquement à fêter les dix ans d’Ousmane Gangué et du Kodé Pinal. Ce sera l’occasion pour nous de jeter un regard critique sur la musique mauritanienne. Car, a-t-on remarqué, elle traîne toujours par rapport à celles des pays de la sous-région comme le Sénégal. Nous avons estimé nécessaire de faire une analyse par rapport à l’évolution de la musique mauritanienne. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vos propos laissent apparaître des sentiments d’indignation. Estimez-vous que la musique mauritanienne est au fond du trou ? 

 

Ousmane Gangué : La musique mauritanienne patauge. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est. En premier lieu, ce sont les artistes eux-mêmes qui sont d’abord les premiers concernés. Si la musique mauritanienne se développe, ce sera d’abord à leur avantage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos dix ans de musique avec votre groupe Kodé Pinal ? 

 

Ousmane Gangué : Sur le plan musical, j’ai beaucoup progressé. Mais, moralement, je ne suis pas satisfait. Un artiste ne vit que de sa musique. Or, la musique mauritanienne sombre de plus en plus dans des difficultés écoeurantes. Le sort de la plupart des artistes est triste et lamentable. Ils ont besoin d’appui pour pouvoir, surtout, progresser. Moi, personnellement, je suis mieux connu au Sénégal qu’en Mauritanie. C’est un contraste ! Les artistes mauritaniens ne représentent rien aux yeux du public. Quand les artistes étrangers viennent jouer en Mauritanie, le public répond massivement. Si c’est un artiste mauritanien, personne ne vient. Il y a problème ! Cela ne participe pas à motiver les artistes mauritaniens. C’est à nous, les artistes, de se ferrailler pour que les mentalités changent et évoluent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour revenir à ce problème de notoriété dont souffrent les artistes mauritaniens, j’en prendrai comme preuve votre cas. On a remarqué par exemple, au Sénégal, vous avez réussi à vous imposer. Ce que vous n’avez pas réussi à faire dans votre propre pays. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

 

Ousmane Gangué : C’est une situation qu’on a du mal à comprendre. Je pense que c’est dû essentiellement à la mentalité mauritanienne. Les mauritaniens éprouvent un complexe d’infériorité sur le plan musical par rapport aux autres pays qu’ils soient africains ou arabes. Même sur le plan sportif, ils en souffrent. Tant que cet état d’esprit va demeurer, on n’ira pas loin. C’est ce manque de considération qui fait que la musique d’Ousmane Gangué n’a pas réussi véritablement à s’imposer. Le showbiz au Sénégal est rude. Et, pourtant, j’ai réussi à m’imposer. Cela veut dire que la musique d’Ousmane Gangué marche très bien. Le problème est à rechercher au niveau du public et non du coté des artistes. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de fêter vos dix ans de carrière musicale sous le haut patronage de Ahmed Hamza Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott et le parrainage de Baba Maal et Youssou Ndour. Volonté d’impressionner ou simple invitation ? 

 

Ousmane Gangué : Pour ce qui est de Hamza, non seulement je le considère comme un maire, mais c’est une personne que j’admire énormément. Je n’ai pas à me dérober. Hamza est un monsieur qui a beaucoup fait pour moi. En retour, je lui dois le minimum de considération et de sympathie. Je n’ai pas froid aux yeux de le dire : c’est grâce à lui que j’ai pu organiser mes dix ans de carrière musicale. Youssou Ndour : je travaille avec son label (Jololi). Ce ne serait pas élégant, si je ne l’avais pas convié à cette fête. Baba Maal, c’est une icône pour moi. Quelqu’un qui a su porter la culture poular à travers le monde. Je le considère comme une idole. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait presque 3 ans que vos fans attendent la sortie de votre deuxième album. Est-ce que cela est dû à un manque d’inspiration ? 

 

Ousmane Gangué : Avec le label de Youssou Ndour, on ne sort pas sur une prise de tête un album. Non ! Ensuite, je ne vois pas l’opportunité ou l’avantage de sortir des albums coup sur coup. A la limite, cela peut lasser les consommateurs. Il y a aussi une chose à comprendre : ce n’est pas la sortie d’un album qui va faire les affaires d’un artiste. La plupart des artistes qui sortent coup sur coup des albums n’ont pas d’orchestre. Je ne suis pas pressé de sortir mon deuxième album. Mon contrat avec Jololi va expirer d’ici deux ans. Je verrai si je peux continuer ou non ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye NDiaye 

 

( 21 septembre, 2008 )

Birame Ould Dah Ould Abéid

«Les autorités font tout pour nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie et mettre les bâtons dans les roues du mouvement abolitionniste et des militants anti-esclavagistes »

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Dans la présente interview, que nous a accordée Birame Ould Dah Ould Abéid, membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de S.O.S. Esclaves, dans le cadre de la sortie du film «Chasseurs d’esclaves » produit par la télévision franco-allemande Arte, l’intéressé fait des révélations et brosse le tableau de la situation sociale du pays avec un focus sur la question centrale – celle de l’esclavage – phénomène que la société mauritanienne continue à appréhender comme étant normal et contre lequel personne ne doit s’insurger, ou se révolter.

Quand à vouloir en sanctionner les auteurs, c’est du domaine de l’utopie. Comme vous allez le constater, il ne sera pas du tout tendre avec les magistrats, les officiers de police judiciaire, les administrateurs civils, les médias officiels qu’il considère comme les pires propagandistes de l’idéologie esclavagiste.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez participé, avec Aminétou Mint Ely Moctar, à la réalisation d’un film d’Arte, intitulé «Chasseurs d’esclaves ». Comment est née l’idée de réaliser ce film?

Birame Ould Dah Ould Abéid : J’ai été sollicité par Sophie Jeannot, qui est une journaliste-réalisatrice à Arte. Au cours d’une discussion que j’ai eue avec elle, elle m’a fait part de son intention de se déplacer jusqu’en Mauritanie pour nous accompagner dans l’une de nos actions pour libérer des esclaves en cas de plainte des leurs.

Son arrivée a coïncidé avec une mission que je devais accomplir au nom de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). J’étais accompagné d’Aminétou Mint Ely Moctar. L’avocat Ishaq Ould Ahmed Hadi, qui devait être de la mission, s’est désisté à la dernière minute pour des raisons personnelles. Aminétou et moi sommes finalement partis seuls avec l’équipe d’Arte pour libérer Haby Mint Rabah, esclave depuis la naissance chez ses maîtres (Abdoulaye Ould Moctar et sa sœur Aminétou Mint Moctar).

L’origine de cette mission, c’est la plainte introduite par Bilal Ould Rabah, frère de Haby Mint Rabah, auprès de S.O.S. Esclaves d’abord, puis auprès de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez été mandaté, comme vous dites, par la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Mais, concrètement, avez-vous rencontré des difficultés, des réticences sur le terrain de la part des autorités pour libérer Haby Mint Rabah ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Effectivement ! Premièrement, nous avons dû faire face à l’hostilité manifeste des autorités administratives et judiciaires. Dès notre arrivée à Tiguint, nous avons été interceptés par un peloton de gendarmerie qui nous a cernés et conduits devant le chef d’arrondissement de cette bourgade.

Nous nous sommes même engueulés avec lui puisqu’il voulait, lui et la gendarmerie, mettre en doute l’objet de notre mission en voulant nous empêcher d’y aller. Ils nous ont même empêchés de prononcer le mot «esclavage ».  Ils ont voulu nous culpabiliser d’office en percevant notre mission comme une action subversive contre la société et l’Etat mauritanien.

Le Rénovateur Quotidien : Et comment expliquez-vous ce refus de leur part ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Ce refus s’explique par le fait que la société et l’Etat mauritanien restent dominés par l’idéologie esclavagiste. La pensée sociale continue à appréhender l’esclavage comme un phénomène normal et contre lequel on ne doit pas s’insurger, se révolter et qui ne doit pas attirer de sanctions, ni d’investigations.

D’autre part, l’Etat mauritanien reste dominé par une communauté esclavagiste en l’occurrence la communauté arabo-berbère qui détient tous les leviers de commande du pouvoir.

L’Etat aussi dans ses différents corps (administrateurs civils, magistrats, officiers de police judiciaire,…) est constitué en majorité d’esclavagistes. On ne peut compter sur de telles personnes, pratiquant l’esclavage pour le criminaliser, le combattre et l’éradiquer.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez tenu beaucoup de conférences de presse sur la question de l’esclavage. Mais, visiblement, cela n’a pas servi à grande chose. Est-ce que c’est dans ce cadre que ce film a été réalisé, pour servir de moyen de pression sur les autorités pour qu’elles reconsidèrent davantage le problème de l’esclavage en Mauritanie ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je pense que ce film va constituer un jalon de plus dans la somme des documents visuels et sonores qui, sans aucune équivoque, mettent en lumière sur la question de l’esclavage en Mauritanie et mettent en accusation, devant l’opinion publique nationale et internationale, l’Etat mauritanien, ses fonctionnaires et ses oulémas qui essaient de cacher vaille que vaille la question de l’esclavage qui est un crime.

Le Rénovateur Quotidien : On a vu dans ce film, un imam balayer du revers de la main l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Cela vous écœure-t-il d’entendre de tels propos alors que tout le monde sait que l’esclavage existe en Mauritanie, sauf aux yeux de ceux qui le nient ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Cet imam, c’est Mohamed El Hafedh Ould Enahoui, qui est un imam esclavagiste à plus d’un titre. Il est l’un des actionnaires dominants de la filière orientale de l’esclavage. Il fait passer des filles esclaves mauritaniennes vers le Golfe. Il est impliqué dans la tentative de faire passer une de ses esclaves, Zéina.

C’est un imam qui pratique jusqu’à présent l’esclavage. Il a plusieurs femmes esclaves et sur lesquelles il exerce un esclavage sexuel.

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi, ce monsieur n’est-il pas inquiété alors qu’il existe une loi criminalisant l’esclavage ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et son pouvoir n’ont pas fait la loi pour qu’elle soit appliquée. Ils ont fait la loi pour essayer de redorer le blason de la Mauritanie, en faisant de l’agitation et de la propagande sur cette loi. C’est pour faire le change devant la communauté internationale.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi nie lui-même l’existence de l’esclavage. Il ne parle que de séquelles. Les ministres, les officiers de police judiciaire, les administrateurs civils ont classé tous les cas d’esclavage avérés qui ont été portés devant la justice et l’administration mauritanienne.

Au jour d’aujourd’hui, depuis la promulgation de la loi (n°2007-048, Ndlr), il n’y a que 43 esclaves au total qui ont été libérés. Aucun des criminels soupçonnés d’esclavage n’a été poursuivi ni interpellé. Il n’y a aucune enquête en bonne et due forme.

Le Rénovateur Quotidien : Quelle a été la réaction des autorités lorsque «Chasseurs d’esclaves » est sorti ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je ne sais pas, mais je sais que, lorsque nous avons amené Haby Mint Rabah, le Premier ministre de l’époque, Zéine Ould Zéidane, a joué des têtes et des pieds.

Lui et sa directrice adjointe de cabinet, Mint Bourdid, ont inondé nos responsables supérieurs (la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Ndlr) de plaintes et de messages pour dire que Haby Mint Rabah n’est pas une esclave, que c’était un kidnapping, que c’était femme libre qui vit avec ses parents.

Le Premier ministre à l’époque (Zéine Ould Zéidane) était très solidaire des esclavagistes.  Il avait même demandé qu’on reprenne Haby Mint Rabah pour la rendre aux gens présentés comme ses parents alors qu’ils ne sont que ses maîtres.

Il n’y a pas un démenti plus grand que ces allégations tenues par le Premier ministre et sa directrice adjointe de cabinet.

Le Rénovateur Quotidien : Au vu de tout cela, peut-on espérer la disparition imminente de l’esclavage en Mauritanie ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Non ! On ne peut pas espérer une disparition proche de l’esclavage en Mauritanie. Loin s’en faut ! Les autorités, à travers l’action des magistrats, des officiers de police judiciaire, des administrateurs civils, à travers le discours des ministres, du Premier ministre et du président de la république, font tout pour nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie et mettent les bâtons dans les roues du mouvement abolitionniste et des militants anti-esclavagistes.

La destitution de l’ancien wali du Brakna, Sidi Maouloud Ould Brahim, qui a coopéré avec la mission de la CNDH qui a libéré la petite esclave Messouda Mint Hova des griffes de ses maîtres à Boghé en est une preuve évidente.

Il est encore clair que les médias officiels (la radio et la télévision mauritaniennes) continuent à rebattre les oreilles des mauritaniens de discours négationnistes. Ces médias officiels subliment l’esclavage mauritanien en le rendant social, acceptable et sacré à travers plusieurs programmes comme El Beddaa qui met en relief toute l’arrogance ethnique et de classe de la communauté (arabo-berbère) qui détient tous les leviers de commande du pays.

Cela dénote d’un grand mépris que ces autorités ont pour toutes les victimes, les militants des droits de l’homme en Mauritanie.

Le Rénovateur Quotidien : Votre dépit et déception se comprennent parfaitement. Pensez-vous que le fait de porter la question de l’esclavage sur le plan international, comme en témoigne le film d’Arte (Chasseurs d’esclaves), reste l’unique solution de se faire entendre ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je pense que la seule solution, c’est de consolider le mouvement abolitionniste (mauritanien), le raffermir au niveau national, l’encadrer et surtout essayer d’explorer toutes les voies de lutte possibles.

Mais encore, il faut s’inscrire dans le registre d’une dénonciation systématique de ce qui se passe en Mauritanie afin de porter la complicité des autorités mauritaniennes (politiques, judiciaires, religieuses…) devant la communauté internationale.

Le Rénovateur Quotidien : Ne faudrait-il pas, toujours dans le cadre des voies de lutte contre l’esclavage, essayer d’initier une journée contre l’esclavage comme on l’avait fait au moment où la Mauritanie était confrontée au problème terroriste ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Nous sommes sur un plan d’actions qui va englober tout cela. Il y aura bientôt une série de manifestations pour dire non à l’esclavage, mais aussi à certains anachronismes et phénomènes graves qu’on fait subir à des êtres humains en Mauritanie.

Le Rénovateur Quotidien : La classe politique, dans son ensemble, est évasive sur la question de l’esclavage en dépit de son opposition de principe à ce phénomène. Pensez-vous que certains hommes politiques ont des privilèges à sauvegarder ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Les partis politiques en général, ce sont des partis qui s’arriment à l’idéologie de la société. Je pense que, en dehors du parti APP (Alliance Progressiste Populaire, Ndlr) dont le chef Messaoud Ould Boulkhéir est le chantre incontesté de la lutte anti-esclavagiste en Mauritanie, le REJ (Rassemblement pour l’Egalité et la Justice, Ndlr) de Cheikh Sid’Ahmed Dieng et Tawassoul de Jémil Mansour, il n’y a pas d’autres partis qui essaient de s’inscrire dans une optique abolitionniste.

Je remarque que les autres partis n’accordent pas une importance à cela parce qu’ils ont une position de classe vis-à-vis de la question de l’esclavage.

Le Rénovateur Quotidien : Je reviens de nouveau au film «Chasseurs d’esclaves ». Pensez-vous qu’il aura un impact au niveau des autorités ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je ne le pense pas. Aussi bien que les groupes dominants dont elles sont issues, les autorités sont imbues d’une forte arrogance et se caractérisent par une myopie qui va les perdre à la longue et je le regrette hélas. Ce film a eu un écho à l’étranger.

A travers ce film, j’ai été invité par les députés verts au sein du parlement autrichien. J’ai été invité par des universitaires autrichiens et des personnalités françaises pour des contributions sur l’esclavage en Mauritanie, à la lumière de ce film.

Le Rénovateur Quotidien : Récemment, notre pays, par la voix du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, s’est solidarisé avec Oumar El Béchir, le Président soudanais, accusé par le procureur de la Cour Pénale Internationale, de crimes commis au Darfour. En tant que défenseur des droits de l’homme, qu’en pensez-vous ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je soutiens sans réserve l’action de la Cour Pénale Internationale contre tous les criminels de droit commun, les coupables de crimes contre l’humanité, de crime de génocide ou de crimes de guerre.

Omar Hassan El Béchir et ses collaborateurs doivent répondre des actes de génocide qu’ils ont commis au Darfour. La position de certains partis politiques et certaines personnalités notamment le Président de la République dénote que la Mauritanie et ses dirigeants reste encore un Etat réfractaire aux Droits de l’Homme.

Contrairement à ce que disent certains détracteurs, la CPI n’est pas un tribunal américain ni un tribunal européen. La CPI est un tribunal international à laquelle les Etats de la communauté internationale, dans leur large majorité, hormis les Etats voyous comme le nôtre et le Soudan, ont déjà souscrit et ratifié la charte.

En Mauritanie, il y a des criminels, notamment d’anciens chefs d’Etat ou hauts fonctionnaires de l’administration, qui doivent comparaître devant ce tribunal et nous ne ménagerons aucun effort pour qu’ils comparaissent.

Le Rénovateur Quotidien : Vous venez d’évoquer d’anciens chefs d’Etat mauritaniens considérés par certaines organisations de défense des droits de l’Homme comme étant des criminels et des génocidaires. On cite souvent le nom de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, qu’on accuse d’avoir commis des crimes contre les populations négro mauritaniennes. Actuellement, il vit, sans être inquiété, au Qatar. Etes-vous pour son extradition en Mauritanie pour qu’il réponde des accusations portées contre lui ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Quand on l’extrade ici, il va trouver l’impunité ! Ici, c’est le pays de l’impunité. Il y a des gens qui ont commis des crimes de droits humains très graves, des crimes économiques, des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité. Ces gens-là sont ici, sans pour autant être inquiétés.

Pire encore, ils sont promus de jour en jour. Ils continuent de bénéficier des honneurs de la République. L’extrader ici (Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya), non ! Je veux qu’il soit, comme tous les autres, jugé par la Cour Pénale Internationale.

Mais le ramener en Mauritanie, c’est lui garantir une impunité totale. Ce n’est pas une justice de classe, une justice ethniciste, corrompue et prise en otage par des réseaux mafieux et esclavagistes qui peut juger ce genre de crimes et de criminels.

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 26 août, 2008 )

Fondation KB-Sénat:Maître Lô Gourmo demande la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale

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Les avocats de la fondation KB en l’occurrence maîtres Lô Gourmo et Moulaye Aly ont tenu une conférence de presse ce dimanche 24 août. A l’ordre du jour : porter à l’attention de l’opinion publique nationale et internationale un certain nombre d’éclaircissements relatifs à la fondation KB dirigée par l’épouse du Président déchu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Cette conférence de presse, rappelons-le, intervient au moment où le Parlement est en session extraordinaire pour, entre autres, mettre sur pied une commission d’enquête sénatoriale chargée de vérifier la provenance des fonds de la fondation KB. «C’est justement l’occasion rêvée de mettre toute la lumière sur la fondation KB », a estimé Lô Gourmo. «Nous demandons solennellement, poursuit-il, aux Nations Unies qui ont fait une déclaration sur la situation en Mauritanie de mettre sur pied, dans le cadre de l’examen de la situation, une commission d’enquête internationale en relation avec l’Union Africaine et avec d’autres institutions notamment l’Union Européenne pour faire toute la lumière sur les fonds dont disposerait la fondation KB et sur l’utilisation de ces fonds afin de nous dire concrètement où sont passés les fameux milliards que l’on reproche à la fondation, à ses responsables et notamment à sa principale responsable.(Khattou Mint El Boukhary, Ndlr) »

Ayant compris que l’épée de Damoclés est suspendue sur la tête de sa cliente(la fondation KB), maître Lô Gourmo a demandé le plus rapidement possible la constitution de cette commission d’enquête internationale.  «La transparence la plus totale pourrait à ce moment là être trouvée dans cette fameuse affaire qui alimente tellement de rumeurs et même de fantasmes », dit-il tout en fustigeant la destabilisation permanente dont la fondation KB et ses responsables sont victimes. «Il faut que l’on sache où sont les milliards de la fondation. Qui a utilisé ces milliards pour que l’honneur de cette fondation soit lavée ou alors pour que le peuple mauritanien sache qu’il y a eu détournements et abus de fonds sociaux », souligne-t-il. 

Oui, pour la commission d’enquête sénatoriale. Mais, prévient Lô Gourmo : «Nous voulons une instance authentiquement neutre et guidée par la seule volonté de clarifier les comptes de la fondation KB et de dire la vérité au peuple mauritanien afin qu’il ne reste pas le moindre doute sur la moindre ouguiya qui serait tombée dans les fonds de la fondation KB depuis sa constitution ». Autrement dit, une commission d’enquête internationale à qui on chargera la vérification de la provenance des comptes de la fondation KB. 

Comme l’a expliqué Lô Gourmo, seule cette commission d’enquête internationale permettra d’échapper à l’aspect unilatéral d’un contrôle par une des parties impliquées dans la crise politique mauritanienne à savoir le Sénat. En termes plus clairs, cela voudrait dire que les sénateurs pourraient se servir de la commission d’enquête sénatoriale  pour impliquer la fondation KB et partant de là s’en servir comme fondement d’un jugement pour haute trahison du Président de la République déchu. Dans ce cas de figure, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi risquerait la peine capitale. «Cette histoire de commission d’enquête internationale est une question qui est de bonne santé politique et de bonne gestion de la crise actuelle par la communauté internationale », a fait savoir maître Lô Gourmo. 

La situation semble être grave. Et, certains parlementaires de la majorité sont en train, avec la complicité du général Mohamed Ould Abdel Aziz, de dérouler sournoisement leur stratégie de mise à mort de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qu’on pourrait accuser de haute trahison pour avoir aidé la fondation de son épouse de tirer profit de l’argent de l’Etat mauritanien. 

Pour le moment, les avocats de la fondation KB croisent les bras et attendent la constitution de cette commission d’enquête sénatoriale. «Dores et déjà, elle ne représente pas la diversité sénatoriale », lance Lô Gourmo tout en dénonçant l’acharnement orchestré dont est victime, à ses yeux, la fondation KB qu’on accuse à tort et à travers sans preuve. «Nous sommes bien dans le registre des accusations non fondées», soutient-il et pense que l’affaire de la fondation KB est un dossier archivide. «Le coup d’Etat, révèle-t-il, a été justifié par le comportement, entre autres, de la fondation KB. On a vu les communiqués. On a vu les déclarations. On a entendu même de grosses pontes sénatoriales s’exprimer sur cela spécifiquement  devant les délégations internationales venues à Nouakchott pour comprendre le coup d’Etat.» 

Maître Lô Gourmo ne demande qu’une chose à la commission d’enquête sénatoriale qui sera bientôt mise sur place pour enquêter sur la provenance des fonds de la fondation de Khattou Mint El Boukhary : qu’elle aille jusqu’au bout de ces investigations pour dire s’il y a eu la moindre ouguiya venue de l’Etat mauritanien et tombée dans l’escarcelle de la fondation KB ! Parallèlement à la commission d’enquête sénatoriale, maître Lô Gourmo a demandé aussi la constitution d’une commission d’enquête internationale. «Ce serait très gentil de leur part, adresse-t-il aux sénateurs qui vont constituer la commission d’enquête, de prendre le ballon au vol et d’accepter cette commission d’enquête internationale. Mais, ils n’accepteront pas. Vous savez pourquoi. Parce qu’il n’y a rien », avertit-il.   

Babacar Baye Ndiaye   

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